Titre : Vent d'Est
Auteur : Mokoshna
Manga : Naruto
Crédits : Naruto est la propriété de Masashi Kishimoto (je l'ai apprise par coeur).
Avertissements : AU, Yaoi, et à partir de ce chapitre il y aura aussi du Yuri. En outre, étant donné la différence d'éducation de certains et suite aux événements qui ont suivi le départ de Naruto, des personnages peuvent paraître OOC.
Blabla de l'auteur : Désolée pour le retard (qui s'applique à toutes mes autres fics de toute manière).
Je sais que le nom du Quatrième Hokage a été révélé dans les derniers chapitres en scanlation, pourtant je garderai le nom de Naruto Uzumaki dans cette fic-ci (et celui que j'ai choisi dans les autres). Le changer maintenant reviendrait à réécrire toute la fic alors que j'ai déjà le scénario prévu à l'avance depuis un petit moment. Ça ne fera que rajouter au côté Univers Alternatif de la chose, je suppose...

Merci de votre compréhension et bonne lecture !


Chapitre 8 :
Départs

Des heures après sa visite à Wensëli, Iruka revint enfin dans son avion. Neville faillit avoir une attaque en le voyant surgir de nulle part dans la même gerbe de lumière par laquelle il était parti. L'escadron n'avait pas bougé, conformément aux ordres, et restait en état stationnaire devant le Feneris. Les hommes d'Iruka avaient l'habitude de l'attendre dans ce genre de situations, mais qu'en était-il du Lord ?

Neville Derwyddon était un homme retors et rusé, mais plusieurs heures d'attente incertaine étaient suffisantes pour mettre à mal la belle image de dandy blasé qu'il se donnait. Son visage blanc jurait avec le pourpre de sa tenue de vol ; quand Iruka voulut le rassurer en lui adressant un salut courtois, il se raidit et lui lança un regard furieux. L'un dans l'autre, il se montra aussi impatient qu'une jeune épouse dont le mari venait de rentrer tard sans l'avoir prévenue.

— Où étiez-vous durant tout ce temps ? pressa-t-il d'une voix rendue sifflante par l'irritation. Comment avez-vous fait ça ? Et quelles sont vos relations avec l'équipage de cet étrange vaisseau ?

Iruka soupira. À peine revenu, et il était déjà soumis à un interrogatoire.

— La Reine est au courant de mes « relations avec l'équipage de cet étrange vaisseau », si vous voulez tout savoir, et m'a expressément ordonné de garder l'information pour moi. Si vous tenez tellement à être mis dans le secret, mon cher Neville, demandez-le lui donc.

Neville lui jeta un regard furibond qui aurait presque pu amuser Iruka sans la sensation désagréable d'être observé par un prédateur particulièrement sournois. Neville pesta.

— Je ne vous permets pas ! Ne vous moquez pas de moi, je pourrais vous le faire regretter !

Disparue la belle prestance et le plaisant babillage de l'homme de bonne naissance ; s'il l'avait pu, Neville l'aurait sans doute défié en duel. Quelle idée, vraiment, que de l'emmener ! La Reine Elaine était plus raisonnable en temps normal. Iruka se demanda ce qui avait bien pu motiver sa décision. Un chantage de la part d'O'Brien, une faveur qu'elle lui accordait tel un os lancé à un chien fidèle ? Ou autre chose de plus inavouable ? Neville se tordait les mains de rage, et Iruka se dit qu'il serait bien avisé de se renseigner davantage sur le personnage sitôt rentré à Landers. Il y avait quelque chose dans cet homme qui le rendait nerveux, même s'il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus.

Mais pour l'heure, Iruka avait encore une mission à accomplir. Il contacta ses hommes qui accueillirent son retour avec l'enthousiasme adéquat et leur transmit les instructions nécessaires pour remorquer l'Ange Céleste. Les invectives de Neville furent cordialement ignorées, ce qui ne contribua pas à améliorer son humeur. Il finit par abandonner mais resta fâché.

Cela ne leur prit pas autant de temps qu'Iruka l'avait craint. Comme promis, Wensëli leur donna un coup de main non négligeable : une minute à peine après qu'Iruka eut mis son escadron au courant, ils virent plusieurs unités volantes sortir d'une cavité du Feneris pour installer sur les parties correspondantes de leurs avions de longs filins argentés de l'épaisseur d'un avant-bras humain. Neville s'agita à l'arrière, sa rancoeur oubliée au profit du spectacle. Il ouvrit de gros yeux intéressés en voyant celui qui s'occupait de leur appareil frôler d'une aile sûre le verre de son cockpit.

— Ce sont des Arcadiens ! Seigneur, comment font-ils pour supporter la pression de ces hauteurs ? Et ils utilisent leurs ailes sans se soucier du vent ou du froid...

— Vous n'êtes plus contrarié, Mylord , sourit Iruka.

Il ne voulait pas se l'avouer, mais il en était bien content : un Neville muet paraissait plus redoutable qu'un Neville bavard, principalement parce qu'il ne savait pas ce que le Lord pensait. Les anecdotes frivoles lui donnaient un air de bon vivant inoffensif qui était sans nul doute faux, mais au moins Iruka n'avait pas à se soucier de lui... Il aurait assez l'occasion d'y penser quand ils seraient de nouveau sur le sol d'Anglica.

— Moi, contrarié ? s'écria Neville avec une moue dédaigneuse. Sottises !

Et il retourna à sa contemplation émerveillée des Arcadiens. Celui qui s'occupait de leur avion (et qu'Iruka reconnut comme étant Letos) leur fit signe qu'il avait fini. Iruka le vit rentrer à tire-d'ailes vers le Feneris, vite suivi par ses compagnons. La cavité par laquelle ils étaient sortis s'aggrandit pour montrer l'intérieur d'un immense hangar contenant un unique aérostat qui glissa vers le vide. Les quelques hélices que Meelian avait fait installer se mirent à tourner tandis que les filins se tendaient, prêts à contenir le choc de la chute. Chacun retint son souffle.

L'Ange Céleste se mit alors à flotter dans les airs, retenu par les quinze appareils de l'escadre Dauphin Bleu. Les pilotes et Neville poussèrent des cris victorieux. Pas Iruka. Il resta concentré sur les étapes du remorquage sans ajouter un mot. Le Feneris s'éloignait déjà pour se cacher dans les nuages.

— Rentrons à Landers, dit-il enfin d'une voix lasse.

Rentrer, mais sans Naruto. Il avait échoué.

o-o-o

La trace était fraîche, quelques heures à peine. Le groupe avançait à une vitesse convenable mais pas trop vite afin sans doute de ne pas attirer l'attention. Allaient-ils tout droit ou avaient-ils pris un détour ? Il était difficile de deviner si tôt dans leur parcours.

— Qu'en penses-tu ? demanda Gaara du Sable à son compagnon de voyage, un homme au visage lisse et aux cheveux noirs du nom de Hijiri Tsumon.

Hijiri scruta l'horizon de ses yeux noirs perçants, des yeux qu'il n'avait de cesse de poser sur lui. Il était difficile de savoir à quoi il pensait exactement ; son visage avait tendance à sauter d'une humeur à une autre sans préavis. Gaara savait par expérience qu'elle n'était pas toujours le reflet de ses sentiments réels. La parcelle de forêt dans laquelle ils s'étaient arrêtés pour faire le point était étrangement silencieuse, comme si elle retenait son souffle à l'attente de leur départ.

— À vue de nez, je dirais qu'ils remontent vers le pays de l'Herbe, dit Hijiri. Quant à savoir ce qu'un homme tel que Kabuto veut y faire...

— Pourquoi avoir pris Lee, à ton avis ? Il n'était pas prévu dans cette équipe, non ?

— Ça... Ta soeur n'aura pas de problème à surveiller Shikamaru toute seule ?

— Elle se débrouillera. Ce n'est pas la première fois qu'elle a affaire à ce type.

Hijiri se mit à rire.

— Tu ne l'aimes pas beaucoup, je me trompe ?

— Il est paresseux et idiot.

— Je ne dirais pas ça d'un type qui a le plus haut Q.I. de sa génération dans son village...

— N'empêche que c'est un type détestable.

— Pas comme ton Lee, hein ?

Le regard perçant que Gaara lui lança fit taire Hijiri, mais il était évident qu'il n'en pensait pas moins. Gaara fit mine de l'ignorer. Depuis qu'on lui avait assigné cet homme comme chaperon, il avait constamment l'impression d'étouffer. Hijiri était avec lui jour et nuit, le surveillant sans cesse, assurant la protection du monde par sa seule présence... et privant Gaara de toute liberté. Il avait beau l'apprécier à sa juste valeur, il pensait parfois qu'un peu de solitude ne lui ferait pas de mal...

— J'espère que tu ne comptes pas leur courir après au-delà des frontières du pays du Feu, dit Hijiri. Ce n'est pas notre travail.

— Et si on les perd de vue ? On ne peut pas se permettre d'attendre une autre équipe.

Hijiri secoua lentement la tête. Gaara sentit une colère sourde l'envahir, qu'il tenta de réfréner en voyant le regard désapprobateur que lui jetait son compagnon.

— Nous les suivrons le plus loin possible, mais si leur chemin va au-delà des frontières que nous ont imposées le village, on rentre.

— Bien ! fit sèchement Gaara.

— Ne fais pas la tête. Le village ne peut pas rester sans son Kazekage, après tout.

Gaara ne répondit pas et partit d'un bond en direction de l'horizon. Hijiri le suivit sans un mot, la mine impassible.

Devant eux, le soleil achevait de se coucher.

o-o-o

Kabuto n'avait pas cessé d'importuner Sasuke depuis qu'il avait appris l'existence de Naruto ; sans doute voulait-il savoir quel était ce mystérieux rival surgi de nulle part dont Lee faisait tant de cas. Sakura n'arrangeait pas les choses : à chaque fois que l'on faisait allusion à la vie amoureuse de Sachiko, elle se mettait à glousser brusquement sans pouvoir s'arrêter. Même Neji qui ne se se souciait pourtant guère de la jeune fille en temps normal commençait à être énervé par son comportement.

— Sakura, nous ne sommes pas là pour discuter d'affaires de coeur, grogna-t-il au bout d'une heure de chemin. Nous avons une mission !

— Désolée, fit-elle en retenant à grand-peine un rire, mais tu dois avouer que c'est franchement hilarant...

— Heureuse de voir que ce qui m'arrive t'amuse autant, fit Sasuke sur un ton furieux, mais on pourrait revenir à la mission ? La mission !

Le groupe avançait en bondissant d'arbre en arbre, selon une formation bien rodée qu'ils prenaient à chaque fois qu'ils escortaient l'un des leurs : la personne à protéger se mettait au centre tandis que les autres l'entouraient en changeant régulièrement de place. Cela leur évitait de se faire surprendre par un ennemi qui aurait examiné leurs positions et formé un plan selon les faiblesses de chacun. Même si le temps de changement offrait une légère ouverture durant quelques secondes précieuses, cela les forçait à redoubler de vigilance, ce qui après des heures de course monotone n'était pas une mauvaise idée. Seul Neji ne bougeait pas de sa position à l'arrière qui lui permettait d'avoir une plus grande vision d'ensemble grâce à son byakugan. Le temps clair leur offrait une visibilité sur plusieurs kilomètres, et bien que la présence de la forêt touffue constituât un risque en soi, les conditions étaient très favorables à leur voyage en cette première journée. Neji semblait assez satisfait malgré l'attitude de son équipe.

— On a encore une semaine à ce rythme, alors économise tes forces, dit-il à Sakura. Lee, change de place avec elle !

Sakura se mit en retrait pour permettre à Lee d'aller à droite de Kabuto tandis qu'elle s'installait à sa gauche. Lee semblait trop fâché pour parler ; il boudait et refusait de regarder Kabuto et Sasuke. Neji soupira. Nul doute qu'il devait regretter d'avoir laissé Shikamaru changer d'équipe.

Ils s'arrêtèrent enfin à la fin de la journée après douze heures de chemin. Neji vérifia le terrain, puis quand il fut sûr qu'il ne présentait aucun danger, il leur permit d'installer le camp. Sakura alla chercher de l'eau tandis que Lee s'occupait du bois pour le feu, chose nécessaire en ces froides nuits d'hiver.

— Encore heureux qu'il ne neige pas, soupira Sasuke.

— Ce serait peut-être mieux, dit Neji. Il ferait moins froid et les traces disparaissent vite avec la neige qui tombe.

Sasuke et Neji étaient restés sur place pour préparer la terre et surveiller leur client. À quelle sorte d'ennemi auraient-ils affaire ? Sasuke n'en était pas sûr ; on avait été chiche en informations avec eux.

— Cette fichue journée est enfin terminée, chuchota Neji à Sasuke en vérifiant que Kabuto ne les écoutait pas. Que dit-on pour Naruto ?

— Le temps que l'on revienne au village, la nouvelle de son apprentissage sous la tutelle de Kakashi sera sans doute déjà connue, soupira Sasuke. Et il est plutôt difficile à cacher.

— Une nouvelle recrue ? proposa Neji.

— Une lubie de Kakashi. Ce ne serait pas la première fois.

Ce n'était pas peu dire ! Entre l'adoption de Sachiko qui avait quasiment surgi de nulle part, sa manie de se rendre en retard à chaque rendez-vous de travail qu'il avait ou presque et ses mauvaises habitudes (lire Le paradis du Batifolage était un exemple comme un autre), les caprices de Kakashi Hatake, jônin extraordinaire et proche collaborateur du Hokage (lui-même l'auteur secret des torchons que Kakashi passait son temps à lire en public) étaient devenus légendaires.

— Et pour toi ?

— Quoi, moi ?

Neji le dévisagea d'un air sceptique.

— Kabuto veut te mettre dans son lit. Lee aussi, même s'il est plus noble de ce côté-là.

— Je m'en fiche. Je ne suis pas intéressée.

— Peut-être, mais tant que tu resteras disponible ils ne cesseront de te harceler et cela risque de poser problème pour la mission.

Cette histoire commençait à taper sur les nerfs de Sasuke.

— Tu proposes quoi, alors ?

Neji ne répondit pas immédiatement. Il semblait réfléchir.

— Neji ?

— Sachiko, que dirais-tu de te fiancer avec moi ?

— Pardon ?!

— Pas pour de vrai, bien entendu, mais cela résoudrait bien des problèmes en attendant. Kabuto ne pourrait plus prétendre à être ton soupirant et Lee pourrait enfin penser à autre chose. Il ne s'intéresse pas aux filles déjà prises.

Sasuke fit un mouvement de recul. Fort heureusement pour eux, Kabuto était comme par hasard occupé à essayer de sortir son sac de couchage qui avait l'air de s'être coincé dans ses affaires. Il sentit un frisson désagréable lui parcourir le cou.

— Tu veux rire, j'espère ? Lee peut très bien se rabattre sur Sakura pour compenser ! Et qu'est-ce qui te fait dire que je vais accepter ?

— Pour le bien de la mission, dit Neji en ayant l'air parfaitement sérieux.

— Ouais c'est ça, et après tu vas me dire que c'est aussi pour le bien de nos familles respectives ?

Cette fois, Neji esquissa un sourire amusé et dit d'une voix riante :

— Je ne vois pas en quoi le fait de me fiancer avec un homme serait profitable à mon clan.

Il fallut bien plusieurs secondes à Sasuke avant d'assimiler ce que Neji venait de lui dire. Quand cela fut fait, il sentit son coeur battre la chamade et jeta un regard affolé en direction de Kabuto. Celui-ci se débattait toujours avec son sac de couchage.

— Il le fait exprès, dit simplement Neji en remarquant son regard. En fait, maintenant que j'y réfléchis, je crois qu'il est déjà au courant.

Sur le coup, Sasuke ne sut que répondre. Son premier réflexe avait été de sauter sur Neji pour le faire taire, mais cela aurait été très mal vu qu'il assassine en pleine mission son chef de groupe. Il se contenta donc de lui lancer un regard menaçant auquel Neji ne prêta aucune attention.

— C'est sans doute le secret le plus mal gardé de Konoha, ma chère « Sachiko », dit-il en continuant de sourire. La moitié du village est au courant et l'autre moitié est très contente de savoir que tu es une fille, alors bon...

— Comment... Pourquoi ?

Une sueur froide coulait du front de Sasuke, qu'il essuya d'un geste distrait en continuant d'évaluer son ami du regard. Il avait mal entendu, n'est-ce pas ? Neji ne pouvait sûrement pas connaître un secret que Kakashi et lui avaient mis tant de temps et d'efforts à construire ! Kabuto vint vers eux, les bras emmêlés dans son sac, et Sasuke se tut de peur de laisser échapper une autre information capitale.

— On ne t'a rien dit sur ton travestissement parce qu'être une fille te va si bien, dit Kabuto comme s'il se joignait à une discussion sur la pluie et le beau temps. Neji, pourrais-tu m'aider, je te prie ? Cette nouvelle marque que vous utilisez me rend dingue ! Quel est l'inconscient qui a eu l'idée d'en changer ?

— C'est Gai qui en a fait la suggestion, dit Neji en allant aider Kabuto à se dépêtrer les membres.

— Je vois.

Le tout dit sur un ton léger qui rendait Sasuke de plus en plus confus. Neji lui jeta une boîte de rations de voyage.

— Je te laisse les répartir selon les besoins de chacun, dit-il sans le regarder.

— Euh... Neji ? Depuis quand tu sais que je suis... enfin...

Neji tourna vers lui ses yeux blancs qu'il montra du bout des doigts.

— Byakugan, tu te souviens ?

Ce qui eut pour effet de rendre Sasuke cramoisi. Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt ? Bien sûr, que Neji pouvait voir à travers son déguisement avec sa technique héréditaire ! Il avait été si inconscient ! Le frisson qu'il avait dans le cou se mua en chair de poule.

— Tu veux dire que tous ceux de ta famille... dit-il, les yeux révulsés d'horreur.

— Oui. Je crois que Shikamaru aussi est au courant, ainsi que Sakura si j'en juge par sa réaction d'aujourd'hui. Mais pas Lee, malheureusement. Désolé pour ma proposition, mais si Kabuto le sait déjà, ce n'est plus la peine de t'en soucier. Il faudra juste en informer Lee. Ça réglerait bien des problèmes et il pourrait peut-être enfin t'accompagner en mission sans se comporter comme un parfait imbécile la moitié du temps.

— Mais comment... pourquoi...

— Kakashi nous a dit, à Hinata et moi, qu'il était plus... poli qu'on ne te le mentionne pas, mais personnellement je trouve cette précaution inutile et dangereuse. Je suis heureux d'avoir enfin pu trouver l'occasion de te le dire, cela faisait un moment que j'essayais de le faire.

Sasuke sentit une colère sourde l'envahir. Ainsi, Kakashi était au courant et avait omis de le lui mentionner ? Il regarda le joli kimono qu'il portait et retint à grand-peine un cri de rage. Il se sentait parfaitement ridicule. L'arrière de sa nuque lui démangeait.

— Je vais le tuer...

Neji parut surpris.

— Pourquoi ? Je suis le premier à dire qu'il s'agit d'une coutume respectable, alors tu n'as pas à t'en faire pour ça. Les gens comprennent très bien.

— Une coutume respectable ? s'écria Sasuke, à moitié hystérique.

— Tu ne te travestis pas en fille pour apporter le bonheur à ta famille et te rendre plus fort, comme le veut la tradition ? s'étonna Neji. Pourtant, Kakashi a dit... Et puis ce n'est pas comme si c'était si rare dans le pays...

— Je vais vraiment le tuer, grogna Sasuke sans plus faire attention à Neji. Toutes ces années perdues où j'aurais pu suivre un entraînement normal au lieu de faire tous ces trucs de fille !

Des pas lourds les interrompirent. Lee était revenu, les bras remplis de grosses bûches qu'il déposa à leurs pieds avec un immense sourire.

— Quoi ? fit-il d'un air innocent, sa colère de tantôt visiblement oubliée. Quelque chose ne va pas ?

Kabuto éclata d'un rire aigrelet qui donna une migraine affreuse à Sasuke. Il se massa les tempes et la jonction qui reliait son cou à ses épaules pour essayer de la faire passer. C'était étrange, sa nuque lui faisait particulièrement mal...

— Au moins, je n'aurais pas à me fiancer avec Neji, dit-il d'un air sombre.

— Quoi ?

— J'ai bien peur que nous n'ayons été battus à plate couture par ce bon vieux Hyûga, mon cher Lee, fit Kabuto en posant une main compatissante sur l'épaule de Lee. Neji vient de faire une demande de fiançailles à Sachiko et elle vient d'accepter.

Quoi ?

Neji et Sasuke échangèrent un regard affolé tandis que Lee, échauffé par les propos de Kabuto, pestait sur place. Il semblait vouloir décapiter Neji du plat de la main. Les yeux de Kabuto étaient fixés sur lui. Pour la première fois, Sasuke remarqua leur éclat cruel.

— C'est faux, dit Neji à l'adresse de Lee.

— Tu n'as pas demandé à Sachiko d'être ta fiancée ?

— Si, mais...

— Mais quoi ? s'énerva Lee. Tu veux me piquer ma copine, en plus d'être meilleur que moi partout ?

— Lee...

— J'ai essayé de ne pas t'en vouloir, sincèrement ce n'est pas de ta faute si tu es aussi doué, mais que tu ailles jusqu'à essayer de me voler Sachiko... Tu savais pourtant ce que j'éprouvais pour elle !

— Tu étais sérieux ? fit un Neji abasourdi. Mais je croyais...

— Tu ne sais rien du tout !

Sakura revint sur ces entrefaites en portant à bout de bras les deux gourdes qu'elle avait emportées avec elle. Sasuke lui fit signe de ne pas trop insister sur son retour. Sa migraine était à présent si forte qu'il sentait comme des coups portés sur son crâne. Lee lançait des coups d'oeil furieux à Neji.

— Lee, dit calmement Sasuke sans quitter son ami des yeux, je ne suis intéressé ni par Neji, ni par Kabuto, ni par toi. Je pensais que c'était clair depuis le temps.

— Laisse-moi seulement une chance ! dit Lee, l'air désemparé. Je te rendrai heureuse !

— Non, et le ton de Sasuke était catégorique. Je ne veux pas de relation amoureuse. Il y a une chose bien plus importante que je veux faire.

— Qu'est-ce qu'il y a de plus important que l'amour ?

Sasuke se sentit soudain mieux. Nulle trace de migraine ou de douleur : il avait l'esprit aussi clair qu'il pouvait l'espérer. Sans que rien ne vienne l'annoncer, il sut exactement ce qu'il devait dire. Cela lui parut si clair, si évident qu'il eut un instant le souffle coupé. Le regard fixe, les yeux écarquillés, ce fut d'une voix tremblante qu'il dit :

— La vengeance.

Son annonce fit l'effet d'une douche froide sur l'assemblée. Même Kabuto avait arrêté de ricaner seul dans son coin et fixait Sasuke d'un air étrange. Sakura s'approcha doucement de lui.

— Sachiko, tu...

— On prépare le camp, on mange et on va se coucher, fit précipitamment Neji sur un ton autoritaire. Sakura prendra le premier quart, puis Lee et moi, Sachiko clôturera la nuit.

Personne ne pensa à protester ; on était trop ébahi pour cela. Jamais Sachiko n'avait fait allusion d'une quelconque vengeance envers quelqu'un et il ne serait venu à l'idée de personne qu'elle puisse faire preuve du moindre sentiment de haine. Sasuke savait qu'il avait éructé ces quelques mots de manière abrupte, pourtant il s'était senti étrangement léger après cela. C'était la première fois qu'il arrivait à dire tout haut l'immense frustration qu'il éprouvait depuis qu'il avait été adopté par Kakashi, presque huit ans auparavant.

Et pour la première fois depuis des années, il réussit à penser à Itachi sans se forcer à taire son nom comme on le lui avait si bien appris. Cette pensée ne lui apporta aucun réconfort ; au contraire, une douleur vive qui alla en s'intensifiant s'installa peu à peu dans son coeur, comme un ver qui aurait élu domicile dans une pomme fraîche et comptait la pourrir de l'intérieur.

Kabuto l'observait avec un sourire en coin.

o-o-o

Naruto se réveilla en sursaut, le coeur battant. Il venait de faire un rêve troublant, un rêve dans lequel il se trouvait dans une cellule sordide aux relents de soufre. Quand il avait voulu forcer les barreaux pour se libérer, il s'était aperçu qu'il ne pouvait pas bouger. De lourdes chaînes rougies le retenaient, et il avait peur, une colère sourde l'envahissait... Souffle court, voix rauque, il avait essayé d'appeler quelqu'un, mais sa gorge refusait de laisser passer ces quelques mots. Le seul nom qu'il avait réussi à prononcer, au bout d'efforts intensifs qui lui avaient arraché un cri de douleur, avait été à moitié étouffé par l'atmosphère écrasante qu'il y avait dans la cellule.

— Yu !

Le nom mourut dans sa gorge. Naruto se rendit compte qu'il était tombé de sa chaise et qu'il gisait à présent à terre, le bras levé en direction du ciel. Le rêve encore en tête, il se releva avec peine en regardant autour de lui. Rien n'avait changé dans son bureau : il était toujours aussi sordide, aussi rempli de papiers et de dossiers poussiéreux. Il soupira.

— Naruto ? fit la voix de Kakashi. Tu vas bien ? J'ai entendu du bruit...

Naruto fit une grimace au jônin. Kakashi l'observa un instant avec méfiance.

— C'est rien, je suis juste tombé de ma chaise.

— J'ai cru t'entendre crier.

— Ouais, j'ai fait un mauvais rêve, rien de grave.

Les rouleaux qu'il était en train d'étudier avant de s'endormir bêtement traînaient sur le sol. L'un d'eux avait été à moitié déchiré ; il le ramassa avec une moue ennuyée. Kakashi se rapprocha.

— Désolé, dit Naruto en lui tendant le cadavre de rouleau.

— C'est rien. Ça devait être un sacré rêve, dis donc.

— Bof. C'est pas la première fois que je l'ai. Ça doit être un truc inconscient.

— Comme un souvenir ?

Naruto jeta à Kakashi un regard irrité.

— Ce n'est pas parce que tu sembles persuadé que je suis une bombe prête à exploser à tout moment que le moindre rêve est... je sais pas, moi, un souvenir ou le signe que je suis sur le point de tout casser sur mon passage ! Je suis quand même plus équilibré que ça !

— Je n'ai jamais...

— Bien sûr que si !

Kakashi fit un pas en arrière au cri de Naruto, ce qui ne servit qu'à l'énerver davantage. Son professeur devait s'en être aperçu puisqu'il s'empressa de s'excuser, d'une mine humble qui ne lui ressemblait guère.

— Je suis désolé, je ne voulais pas t'offenser. Je sais très bien que tu es un gentil garçon et que tu ne voudrais faire de mal à personne.

Le ton employé était si artificiel, sonnait tellement faux aux oreilles de Naruto qu'il eut beaucoup de mal à ne pas lui répondre d'une manière brusque. L'oeil unique de Kakashi le fixait sans détour, le jaugeait, et plus que jamais Naruto regretta l'absence de Sasuke. Aussi instable qu'était parfois le travesti, il ne le lui serait pas venu à l'idée de juger un ami sur un crime qu'il n'avait pas commis mais qui était plutôt le fait d'une créature maléfique enfermée dans son ventre...

— La journée est presque finie, chuchota Naruto. J'ai fait comme tu me l'as dit, j'ai appris tout ce que je pouvais sur la nature du chakra et j'ai fait mes exercices. J'ai droit à ma question du jour ?

Kakashi hocha lentement la tête.

— Pourquoi est-ce que tu as l'air de me détester ?

Naruto vit son professeur se raidir. Kakashi détourna les yeux, et Naruto eut l'impression qu'il cherchait ses mots.

— Naruto Uzumaki, fit-il enfin. Le Yondaime, je veux dire. C'était mon professeur.

— Oh. Mais tu m'as dit que la relation de maître à élève importait peu quand il s'agissait de la sécurité du village...

— Je l'aimais, ok ? s'écria Kakashi d'une voix sèche. J'étais amoureux de Maître Uzumaki.

Naruto ouvrit des yeux ronds.

— Hein ? Mais c'est...

— Épargne-moi tes sermons sur l'amour contre-nature ou je ne sais quel préjugé que l'on t'a inculqué à Anglica, parce que dois-je te rappeler que ce genre de notions n'a pas lieu d'être ici ? Ce sont des choses qui arrivent très souvent, en particulier dans nos sphères guerrières où on nous apprend à nous montrer très prudents envers le sexe opposé. Il n'y a pas de quoi en avoir honte.

— Je n'ai jamais...

— Maintenant c'est toi qui cherches des excuses.

Kakashi soupira bruyamment.

— Je sais très bien que je dois... laisser derrière moi ce souvenir pour ne me soucier que de ma mission actuelle. Je... j'essaierai de faire abstraction de mes sentiments et de ne pas te considérer comme... un ennemi.

— Merci, fit Naruto d'une voix blanche.

Il était tellement choqué qu'il ne savait pas quoi dire d'autre. La révélation de Kakashi au sujet de son ancien maître expliquait effectivement beaucoup de choses... Avait-il haï Naruto comme tous les autres habitants du village quand il avait découvert son existence ? Avait-il voulu le tuer ? Naruto n'osait pas demander. Qu'aurait fait Iruka dans ce genre de situation ?

— Je suis désolé, dit-il avec sincérité. Je redoublerai d'efforts pour que ça ne se reproduise pas. Je ne laisserai pas le Kyûbi sortir.

Un silence embarrassé s'installa. Kakashi tremblait légèrement.

— Je crois qu'on ferait mieux de ranger un brin avant d'aller dîner, fit-il sur un ton léger. Tu aimes les ramen, je crois ? Je t'invite.

Naruto fut grandement soulagé du changement de sujet.

— C'est vrai ? Chouette ! dit-il sur un ton forcé en se frottant le ventre. J'adore ça !

Kakashi hocha la tête.

— C'est bien ce que je pensais.

Naruto ne put s'empêcher de penser qu'il souriait sous son masque.

o-o-o

Shikamaru se força à ouvrir les yeux malgré la peur qui lui serrait l'estomac. À ses côtés, Ino paraissait parfaitement à l'aise, comme si le fait de s'envoler à bord d'une machine était une chose qu'elle faisait tous les matins au réveil. Ils ne pouvaient pas voir Shino de là où ils étaient, mais celui-ci leur avait affirmé avoir installé dans leur habitacle une liaison-radio avec son propre cockpit. Les commandes étaient là, devant lui, mais il n'osait pas y toucher avant d'avoir eu un avis du pilote.

Au sol, il n'y avait que Jiraiya et Sai. Ce dernier les observait sans réagir, ce qui était loin d'être le cas de son patron. Jiraiya ressemblait à un enfant ninja qui venait de recevoir son premier kunai : il faisait de grands signes de la main et sautillait presque sur place, le regard brillant et le sourire radieux.

— Faites bien attention à vous et ramenez-nous Iruka Umino sain et sauf, surtout ! hurla-t-il de toute la force de ses poumons.

Il ne risquait pas de se faire entendre, fort heureusement : durant la nuit, il avait ordonné à un groupe d'ANBU de déplacer l'appareil de Shino dans une immense clairière sécurisée à l'écart du village qui servait aussi de lieu d'entraînement à l'unité spéciale. C'était bien suffisant pour faire décoller l'avion dans de bonnes conditions selon Shino ; le vent fort qui soufflait depuis la veille était aussi une bonne chose.

— On remontera jusqu'au pays de la Foudre avant de suivre les contours du continent, avait-il dit d'une voix sûre. De là, on se dirigera vers les îles Islides jusqu'en Russia, et après ce sera quasiment une ligne droite vers l'Ouest jusqu'à la Franche-Terre.

Ino n'avait pas eu l'air ravie mais avait suivi les ordres sans discuter, ainsi que Shikamaru qui était bien le plus dubitatif de l'équipe malgré son statut de chef. Ino avait dit sur un ton badin qu'il aurait sûrement le mal de l'air. Ce n'était pas très engageant.

Le décollage devait avoir lieu au petit matin. L'herbe était encore gorgée de rosée quand ils arrivèrent au lieu-dit ; Shikamaru avait les paupières lourdes et l'estomac vide. Après ce que lui avait dit Ino, il avait jugé préférable de ne rien avaler avant de s'être un peu habitué au voyage.

— Et bon vent ! cria une dernière fois Jiraiya avec un mouvement ample de la main.

Il était sans doute trop tard pour changer d'avis et demander à rester. De toute manière, Jiraiya ne l'aurait pas accepté : Shikamaru savait à présent trop de choses. Il fit une prière à tous les dieux qu'il connaissait et eut une dernière pensée pour Neji qu'il avait laissé en compagnie de Sachiko et Lee. Quel dommage qu'il n'ait pas pu lui avouer ses sentiments avant de partir...

Le moteur ronronnait et vibrait ; chaque personne présente pouvait le sentir et l'entendre. L'appareil se mit à bouger. Doucement, il avança tandis que la vitre de leur cockpit se fermait sur eux avec un bruit sec, les coupant du reste du monde.

La Libellule amorça son décollage.

o-o-o

L'avion décolla en douceur, comme porté par le vent. Ses ailes se déplièrent soudain : quatre larges paires qui semblaient trop fines pour pouvoir supporter les courants des hauteurs. Tsunade observait la scène avec curiosité, se demandant, pas pour la première fois, comment un garçon aussi renfermé et terre-à-terre que Shino Aburame avait pu construire un tel miracle. Jiraiya faisant de grands gestes en direction des passagers, tel un babouin obscène au zoo qui voudrait attirer l'attention des visiteurs.

— Nous devrions partir, fit Shizune d'une voix craintive. S'ils voient que nous les espionnons...

— Ne t'en fais pas pour ça, ma belle, je connais bien mon vieux camarade. Il sait déjà que nous sommes là, sinon il ne ferait pas autant de bruit.

— Mais...

Sa fidèle assistante se tut, troublée. Tsunade lui prit la main pour la rassurer, ce qui attira une rougeur charmante sur les joues de la jeune femme.

— Ça fait presque une heure qu'il nous a vues, dit-elle sans s'émouvoir. Il se fiche de savoir que je suis au courant de ses manigances. En fait, je crois même qu'il veut que je le rapporte au Conseil.

— On n'aurait pas pu l'arrêter ? Le Conseil est contre, après tout...

— Ça n'aurait servi à rien, il aurait prétexté un état d'urgence avec le retour de Naruto. Je ne peux pas lui donner tort sur ce point.

Elle vit l'avion s'éloigner de plus en plus jusqu'à disparaître derrière un nuage. Jiraiya avait confié la direction de cette équipe au jeune Nara, un garçon intelligent mais sans ambition. Les deux autres étaient issus de familles qui lui était fortement attachées depuis les événements d'il y a cinq ans. Pour beaucoup de monde à Konoha, une telle association serait aberrante : deux traîtres potentiels et un jeune sans volonté qui se laissait embarquer par les événements... C'était sans connaître les jeunes hommes (et la jeune femme) en question. Les Nara avaient beau avoir une réputation de tire-au-flanc, les faits avaient prouvés qu'ils étaient en tout points fidèles au village et à ses idéaux et qu'ils n'hésitaient pas à intervenir s'il le fallait. Le jeune Shikamaru ne faisait sans doute pas exception. Quant à Shino Aburame et Ino Yamanaka, seul le temps pourrait dire vers où se portait leur allégeance...

— Aussi tordus que soient ses plans, continua-t-elle, je ne peux m'empêcher d'approuver sa décision de ramener Iruka Umino. Il est pour l'instant la meilleure mesure de sécurité que nous ayons contre Naruto Uzumaki.

— Mais aller jusqu'au-delà des frontières... Est-ce que ce n'est pas contre ce que nous luttons depuis le début ?

— Il le faut bien, avec cet Umino qui s'est installé là-bas... Je ne serai pas fâchée de l'interroger en arrivant, tiens. Je sais que le Sandaime lui faisait confiance en lui confiant Naruto, mais qui sait ce qu'il voulait en faire ? Les hommes changent en quinze ans.

Shizune était pensive. Tsunade put suivre son raisonnement en voyant son visage de décomposer peu à peu.

— Shino Aburame fait partie de l'équipe, murmura-t-elle. C'est le fils de cette sorcière, n'est-ce pas... celle qui a tué le Sandaime ?

— Pas de conclusions hâtives, dit Tsunade. Nous n'avons jamais pu prouver que ce soit elle.

— Qui d'autre, alors ? J'ai lu les rapports de nos confrères. On avait utilisé sur lui une technique inconnue...

— Qui aurait très bien pu être la sienne ou celle d'un autre ennemi, grogna Tsunade. Je regretterai toujours de ne pas être arrivée à temps pour l'autopsier moi-même. Ces imbéciles n'étaient même pas capables de faire concorder leurs témoignages !

Shizune secoua la tête.

— Je ne sais pas. C'est la seule dans le village qui avait une raison de faire ça. Ne s'était-elle pas disputée violemment avec le Hokage la veille de sa mort ? Elle est coupable, j'en suis persuadée. Elle a même éclaté de rire au procès... Et puis c'est une étrangère !

— Les charges ont été abandonnées faute de preuves. Jiraiya et Asuma se sont même portés garants pour elle, tu te souviens ?

Néanmoins, Shizune ne paraissait pas convaincue. Tsunade avait essayé à maintes reprises de la faire changer d'avis, mais des années de conditionnement contre les étrangers de l'Est avaient endurci son coeur contre eux, ainsi qu'à la plupart des gens de leurs contrées. Dans ces conditions, c'était étonnant que les descendants d'immigrants soient si bien traités ; sans doute leur rôle dans la société et leur profond enracinement dans la population avaient-ils beaucoup contribué à les faire accepter. S'il y avait une chose que les étrangers apprenaient en arrivant, c'était qu'il fallait mieux s'intégrer en épousant très vite un autochtone ou penser à partir.

— Ce n'est pas vraiment une attitude que j'approuve, dit-elle en tâtant ses cheveux pâles.

Shizune baissa les yeux, honteuse.

— Ce n'est pas parce que... enfin, c'est un facteur qui montre leur origine, je suppose, mais pas... autant...

Pauvre Shizune ! Elle bafouillait, elle ne savait plus où se mettre. Tsunade se demanda si Jiraiya les observait. Eh bien ! Qu'il se rince donc l'oeil, ce vieux pervers !

— Pourquoi es-tu si gênée ? demanda-t-elle avec douceur.

— Je suis désolée ! fit une Shizune mortifiée. Je ne voulais pas dire que tu étais... que tes compatriotes... ceux qui ont la même couleur de cheveux... Ah, je n'arrête pas de dire des bêtises !

Elle soupira un grand coup.

— Ce que je voulais dire, c'est qu'elle n'est pas comme toi ou tous ceux qui ont vécu ici depuis des générations, elle n'avait aucune raison d'être fidèle au Hokage ou à nos institutions. Ce n'est pas une question de couleur mais de mentalité. Et de... camp. Aucun habitant de Konoha n'oserait s'attaquer au Hokage.

— Ils sont plus nombreux que tu ne le penses, soupira Tsunade.

— Alors qui ?

— C'est la question, hein ? La question à un milliard de yens qu'on se pose depuis cinq ans. Qui a tué le Sandaime ? Et pour quelle raison, puisque personne ne s'est proposé en tant que meurtrier ?

Elle ricana, pas assez fort pour qu'on l'entende mais suffisamment pour inquiéter Shizune.

— Je pense que Jiraiya a une idée là-dessus, mais il refuse de m'en parler. Par-dessus le marché, le Conseil joue aussi cavalier seul en envoyant Kabuto Yakushi à Cathay. Quelle histoire...

— C'est pour ça que tu as demandé à Sakura d'aller avec lui ? chuchota Shizune. Je m'étonne encore que le Conseil ait accepté...

— C'est parce qu'ils la sous-estiment. Tous, d'ailleurs. Je vous jure, ces hommes, offrez-leur un joli minois, une bouche qui glousse et hop, ils pensent avoir affaire à une ravissante idiote et baissent leur garde.

Tsunade jeta un coup d'oeil en direction de la clairière. Jiraiya rentrait au village en compagnie de Sai, l'air guilleret.

— Le pire, je pense que c'est cette vieille carne, ajouta-t-elle. Il n'a jamais pu perdre complètement ses notions dépassées envers les femmes. Comme si j'avais besoin d'être protégée, à mon âge !

Shizune se mit à rire. Cela ne lui arrivait plus très souvent, ces derniers temps. Pourtant, Tsunade aimait tellement l'entendre rire ! Elle se pencha vers son amie et, lèvres contre lèvres, se perdit contre elle.

Une nouvelle journée commençait à Konoha.

À suivre...


Teaser :

L'hiver à Konoha n'était à nul autre pareil. Il pouvait bien neiger et tempêter à l'extérieur, l'intérieur du village était maintenu à une température idyllique par le réseau complexe que les fondateurs avaient fait construire dans les sous-sols. Ce fut la différence de température qui marqua Itachi à l'arrivée et qui lui rappela à quel point son village d'origine était unique. À ses côtés, Kisame suait à grosses gouttes et pestait contre la chaleur.

On bout, ici ! grogna-t-il. Bon, on se dépêche d'aller à ce fichu rendez-vous et on s'en va. Je n'ai pas envie de traîner dans cette fournaise !

Tu exagères, dit Itachi, il ne fait pas si chaud.

Ça te va bien de dire ça, tu as grandi ici !

Merci de votre fidélité et à bientôt dans le Chapitre 9 : « Les menées de Konoha » !