AVANT TA PEAU

Chapitre 9

Une autre illusion

HPDM

UA

Merci à tous ceux qui me soutiennent, en particulier ma Nico ^^

Le lendemain je me suis réveillé difficilement, aux aurores, comme d'habitude. Un jour comme un autre. Un jour de boulot harassant pour moi, un jour de soleil et de plaisirs pour les clients.

Le réveil m'a agressé les oreilles, réveillant par la même occasion un vieux mal de tête, comme après une cuite. Pourtant je n'avais presque rien bu. Etait-ce sa peau qui m'avait saoulé, intoxiqué ? J'ai eu l'impression que sa chair était comme une drogue dure pour moi, générant une explosion de jouissance puis un état de manque grave, physique. J'avais déjà ressenti ça l'année précédente, je crois. Avant de tomber malade.

J'ai eu un léger vertige quand j'ai posé le pied par terre, et tous mes muscles –même ceux dont j'ignorais l'existence, comme on dit dans les mauvais romans- se sont rappelés à mon bon souvenir. Sous la lumière crue du petit jour mes exploits sexuels de la veille m'ont paru glauques, honteux.

Je n'imaginais pas me laisser aller ainsi, si violemment, au point d'en oublier une fois de plus toute précaution. Moi qui ne couchais avec Mélanie qu'avec un préservatif j'avais multiplié les rapports sans protection en quelques minutes, de toutes les manières possibles, sans hésiter. Alors même que je l'avais payé chèrement l'année précédente.

« Ce mec me rend fou » ai-je pensé en me regardant dans la glace, la bouche encore gonflée et un suçon mauve dans le cou.

J'ai secoué la tête pour m'éclaircir les idées, ne provoquant que des élancements douloureux, et j'ai filé sous la douche. Une fois de plus j'osais à peine regarder mon corps, ce corps qui avait pénétré et avait été pénétré sans ménagements, et un mince filet de sang rougeâtre le long de mes cuisses m'a terrifié.

A croire que je n'avais rien appris de mon aventure précédente, à croire qu'il m'avait envoûté. Le gel douche m'a brûlé la peau là où il avait enfoncé ses ongles, et certains bleus m'ont fait peur. Je me suis adossé au carrelage glacé, nauséeux. J'espérais presque être dans un cauchemar, ne pas avoir vécu cela. Ne pas avoir infligé cela.

« Mais comment peut-on se laisser aller à tant de violence physique ? » me suis-je demandé en me séchant la peau délicatement.

…et surtout comment peut-on y prendre tant de plaisir ?

Matt ronflotait dans ses draps, c'était son jour de repos, il avait l'air si calme et tranquille que j'ai regretté de ne pas l'avoir écouté, de ne plus avoir la vie simple que je lui enviais désormais. Je savais très bien que j'aurais mieux fait d'aller servir des crêpes en Bretagne avec Mel, et je savais très bien aussi pourquoi j'étais revenu à l'hôtel.

Pour ça.

Faire l'amour avec frénésie à un parfait inconnu, qui m'avait déjà filé une infection virale un an avant.

Baiser comme un malade avec un mec paumé, ou vicieux. Ou les deux.

J'ai fermé les yeux quelques secondes, pour me rappeler les raisons de cet acte stupide, mais revivre un instant de cette frénésie insensée a provoqué une vague de désir brûlant, et m'a coupé le souffle.

Putain, oui, c'était bon. Trop bon.

En laçant mes chaussures je me suis dit que même si je devais en crever rien ne vaudrait jamais le goût de la peau de Draco.

Et que j'avais pas fini d'en baver.

oOo oOo oOo

Après un café serré j'ai repris mes fonctions de garçon d'étage, mais le briefing de Clémence m'a paru incompréhensible, et j'étais incapable de détacher mes yeux du sol et de cesser de penser à la nuit.

A lui.

Une angoisse sourde me vrillait le ventre, sans que je sache si c'était l'excès de caféine, la peur de le revoir ou l'envie de le revoir. J'espérais autant que je l'appréhendais le moment où j'apporterais le petit déjeuner dans la suite 509.

Dans le journal du matin j'avais vu les photos du couturier lors de la soirée de gala, ainsi qu'un cliché de lui avec une princesse au cours de l'after. Il était souriant, un peu hautain, parfaitement distingué. Difficile de l'imaginer en train d'attacher des garçons ou de leur faire subir les derniers outrages, rien ne clochait chez lui, sauf peut être ses bracelets de force en cuir noir. Visualiser leur probable utilisation m'a dégoûté, comme si j'avais hésité devant l'abjection, la veille. Comme si je m'étais retenu, à un moment ou autre. Etrange comme des gestes que vous croyez ignorer vous viennent naturellement, dans certaines circonstances. Etrange comme on prend plaisir à se rouler dans la fange, parfois.

Peut-être les avais-je toujours eues en moi, ces pulsions, ou alors c'était lui qui les avait générées. Malgré moi. Hum. Facile.

Trop facile.

Clémence continuait son brief, je poursuivais mes pensées, acquiesçant machinalement, tout en chassant une poussière sur les plateaux. Il faisait toujours chaud près des cuisines, et l'odeur de café et de viennoiseries embaumait l'atmosphère.

En fait je réalisais que je ne savais pas grand-chose sur lui, et pas beaucoup plus sur moi, non plus.

- Harry ? Tu me suis ?

- Bien sûr ! Où veux-tu que j'aille ?

- Hum… j'avais pas l'impression. On a du beau monde ce matin, va falloir être attentif.

Du beau monde. Des pervertis, oui, qui se remettaient tout juste de leur after, à tous les coups. Une sourde colère est montée en moi. Que faisait Draco, à cette heure-ci ? Avec qui ?

- Tu commenceras par la chambre 408, en frappant délicatement. C'est une dame qui n'aime pas le bruit. De la grâce et de la discrétion, bien sûr…

- Bien sûr.

J'ai saisi le plateau, curieux. Thé vert et muesli, fruits frais découpés.

Je pariais pour une dame plus très jeune, très mince, avec de longs cheveux et des idées bobos. Du genre à ne pas utiliser trop de produits ménagers pour défendre l'environnement, mais qui n'hésite pas à sauter dans un avion pour aller au bout du monde. Logique.

J'ai frappé discrètement, une longue dame élégante est venue m'ouvrir, sans un regard. Gagné, sauf qu'elle avait les cheveux courts. Après elle m'a glissé un pourboire dans la main avec un sourire bienveillant, comme si elle venait de me sauver la vie. Je l'ai remerciée un peu sèchement, je détestais cette espèce d'apitoiement.

Puis ce fut une famille, bols de céréales, chocolat chaud et croissants pour les enfants, œufs pochés et café de Colombie pour les parents. La petite fille s'est écriée en me voyant :

- Oh ! C'est le monsieur des serviettes ! Elle est ouverte, la piscine ?

La moue éloquente de la mère m'a fait répondre :

- Non, pas encore. Plus tard…

- Quand ?

- Ben, euh… ta maman te le dira. Tu pourras y aller, ne t'inquiète pas.

- Et t'auras une serviette pour moi ?

- Oui, promis.

La mère m'a souri, soulagée, et en refermant la porte j'ai réalisé qu'elle ressemblait beaucoup à Mélanie, alors je me suis demandé si nous fonderions aussi une gentille famille, un jour.

Un jour sans Draco.

Soudain une voix derrière moi, dans le couloir, m'a fait sursauter :

- Tiens ! Notre oiseau de nuit est revenu !

J'ai reconnu ce timbre de voix un peu grinçant et ce ton ironique, et je me suis retourné vers Julia, qui me souriait à demi :

- Pourquoi tu dis ça ? Je suis là.

- Oui, mais hier soir t'étais pas là…

- Hier soir ? Mais je croyais que tu travaillais, hier soir… T'étais pas à la soirée privée ?

Elle m'a fait un petit clin d'œil qui m'a mis mal à l'aise, puis a répondu :

- Si, mais je suis passée à ma pause, et il n'y avait personne…T'étais où ?

- Tu travailles pour le KGB ?

- Tu trompes ta copine ?

Un désagréable frisson m'a traversé, mais j'ai repris le plus naturellement possible :

- Pas du tout. Tu inventes n'importe quoi.

Nous avancions rapidement dans les couloirs feutrés et j'essayais de lui masquer mon trouble naissant, alors qu'elle me fixait avec curiosité :

- T'as de la chance, on ne le voit presque pas.

- Quoi ?

- Ton suçon.

J'ai porté la main à mon cou, me trahissant définitivement, et elle a ri :

- Tu mens bien mal, mon pauvre Harry ! T'en as ailleurs, aussi ?

- Quoi ? ai-je répété, hébété.

- Des marques. C'est une violente, ta copine de la nuit. Méfie-toi, c'est les pires, les voraces. Après elles te poursuivent partout, elles n'arrêtent pas de t'appeler, elles menacent de tout dire à ta fiancée…. Les plus riches sont les plus capricieuses, en plus… T'as pas fini, à mon avis !

J'ai haussé les épaules en prenant l'air le plus détendu possible : « N'importe quoi ! » mais elle a posé la main sur mon épaule, pour me forcer à m'arrêter :

- Harry, fais attention. Je t'aime bien, je ne voudrais pas que tu te fourres dans les ennuis.

- Mais je te jure que… ai-je tenté maladroitement.

- Tu n'as rien à me jurer, tu sais, c'est pas moi que tu trompes. Je veux juste t'aider, parce que tu as la tête d'un type qui vient –ou qui va- faire une connerie. Réfléchis bien, et ne te laisse pas emporter dans un truc qui te dépasse.

- Mais je…

- Au fait, tu ne m'as pas raconté pourquoi tu as déjeuné avec Matt, hier à midi. C'était pas très sympa de me laisser tomber. Tu voulais savoir quoi ?

- Je… oh, c'était à propos d'un type que j'avais cru reconnaître. Mais c'était rien d'important, finalement.

- Un type ? Quel type ?

- Oh, personne… bon, va falloir que j'y aille, Clémence va m'attendre, et il y a du boulot aujourd'hui.

Elle a resserré sa prise sur moi, m'empêchant de repartir :

- Quel type, Harry ?

- Tu ne le connais pas, et puis…c'était pas lui, de toute façon. Faut que j'y aille…

- Dis le moi, je t'en prie. Tu ne connais pas les gens ici, ils ne font pas de cadeau. Tu n'es rien pour eux.

- Je sais, figure-toi, je sais…

Je me suis dégagé rapidement et je suis reparti vers Clémence comme si ma vie en dépendait.

La matinée s'étirait paresseusement, juste troublée par mes réflexions sur mon attitude la veille, et les paroles de Julia. Comment cette diablesse avait-elle fait pour deviner mon forfait ? Est-ce que ma faute se lisait sur mon visage comme un livre ouvert ? Je me scrutais dans les miroirs de l'hôtel, sans relâche, cherchant la trace d'un indice sur ma peau blême. En fait c'était plutôt mes yeux qui avaient changé, mon regard plutôt, même si je ne savais pas déchiffrer l'ombre que j'y voyais. La peur, sans doute.

Je découvrais qu'on pouvait ne pas seulement avoir peur des autres, mais de soi.

- Harry, tu vas finir par user les miroirs, tu sais… tu finiras comme Narcisse, si tu ne fais pas attention, a soupiré Clémence.

- Comme qui ?

- Narcisse. Il s'est noyé en s'observant trop dans un lac. C'est bizarre, en général ce sont plutôt les starlettes qui font ça. T'as rencontré un producteur ?

- Ah ! ah ! trop d'humour. Je ris pas, j'ai des gerçures…

- Bon, au boulot Harry. Il y a la commande de la suite 509 à monter. Tu te rappelles ce que je t'ai dit à ce sujet ?

- Oui, oui… ai-je balbutié, le cœur battant.

- De la classe surtout, et un sourire en prime…

- Non mais tu me prends pour qui ?

- Euh… pour un étudiant qui se la pète, parfois. Alors fais gaffe, tu joues ta carrière, Harry ! a-t-elle ajouté tandis que je m'éloignais en haussant les épaules.

Ma carrière de porte-serviettes. Pas une grosse perte. Si je ne risquais que ça…

Mon cœur battait lourdement tandis que je poussais mon chariot dans le couloir moquetté du 5ème étage. Des milliers d'idées se bousculaient dans ma tête, et j'espérais presque ne jamais arriver jusqu'à cette porte. J'étais beaucoup moins déterminé et sûr de moi que la veille. Enfin, que quelques heures plus tôt.

Mon corps portait encore les stigmates de nos abus, j'avais peur de le revoir. Peur qu'il soit encore plus marqué que moi.

Peur qu'il ne se souvienne plus de rien. Pas même mon prénom. Etais-je retombé dans l'anonymat, la non-existence ? Qu'est ce que je pouvais espérer être, à part un sextoy d'hôtel, au mieux ?

Je suis resté un moment immobile devant la porte, tétanisé. J'ai levé la main pour frapper à la porte et je l'ai laissée retomber, avec un bruit mou.

Je ne savais toujours pas ce qui se cachait derrière elle, entre moi et la vue imprenable sur la mer.

Peut être un jeune homme blessé, blessé par moi ou par son amant jaloux en découvrant mes traces sur son corps. Mes traces sur son corps. Mes genoux ont légèrement fléchi je crois.

Peut être le couturier fou de rage, m'attendant avec une valise pour me la jeter à la tête.

Peut être un garçon indifférent, déjà passé à autre chose.

Peut être rien.

Rien que la suite impeccable, la vue imprenable.

Imprenable comme le garçon bizarre qui m'avait tout pris, finalement.

Une porte s'est ouverte dans le couloir, et instinctivement j'ai frappé à la porte, pour justifier ma présence. J'ai frappé à cette porte comme on plonge dans le vide, avec le cœur qui tombe comme une pierre dans l'estomac.

- Entrez, a dit une voix grave, et j'ai sorti mon passe de ma poche.

Ma main tremblait un peu et je suis entré, plus mort que vif, les joues en feu. Tout d'abord je n'ai rien vu, que les reflets éblouissants du soleil sur la mer, à perte de vue. Les portes fenêtres étaient grandes ouvertes, la chaleur et le soleil entraient à pleins flots dans la suite, j'avais presque l'impression qu'avec quelques pas de plus je me jetterais dans l'onde bleue, sans effort.

- Posez le plateau sur la terrasse, m'a dit une voix avec un fort accent russe -allemand ?

Elle émanait de la chambre attenante, peut être la salle de bain. J'ai jeté un rapide coup d'œil autour de moi –personne. J'étais soulagé et déçu à la fois, et j'ai marché jusqu'à la terrasse avec mon chariot, obéissant.

En franchissant la porte fenêtre avec mon lourd plateau sur les bras, précautionneusement, j'ai aperçu une forme blafarde du coin de mon œil, immobile. Le temps de le poser sans encombre mais en tremblant sur la table basse du balcon fleuri, j'ai reconnu un corps et un peignoir blanc, immaculé.

Il était étendu sur un transat bleu et blanc, juste à côté de la table, caché derrière ses lunettes noires, qui contrastaient étrangement avec sa peau laiteuse et le peignoir. En un instant j'ai reconnu les longues jambes fines émergeant du peignoir et la bouche meurtrie, trop mal embrassée.

Il n'a pas tourné la tête vers moi, sa main ne s'est même pas crispée sur l'accoudoir.

Je me suis dit qu'il dormait, sans doute pour ne pas me dire qu'il ne m'avait pas reconnu. Avoir perdu à nouveau toute existence était un peu dur à encaisser, de bon matin.

N'existais-je que quand j'abusais de lui, le sortant momentanément de son grand sommeil intérieur ?

J'aurais dû partir immédiatement, ou au moins dire bonjour poliment. Je n'ai fait ni l'un ni l'autre. Je suis resté bras ballants, à fixer cet homme inconnu que j'avais caressé longuement la nuit même, qui ne réagissait pas. Peut-être dormait-il vraiment, sur ce transat.

Une mouette criait, le temps passait, je savais que je prenais des risques, je ne pouvais pas bouger. Pas le quitter. L'envie de le toucher est revenue, obsédante. Effleurer à nouveau le velours de sa joue, la courbe de son cou, cette chair fine et tiède qui avait vibré sous mes doigts.

Sa bouche abimée et entrouverte le rendait encore plus beau, plus émouvant, comme un détail imparfait signe un chef d'œuvre. Et ça m'a agacé je crois.

Mais que faisait-il donc de sa vie à part somnoler en peignoir, en attendant la raclée qui lui fouetterait le sang ? Quelle sorte de zombie était-il ?

Un instant j'ai eu envie de le secouer, de lui dire : « Lève-toi, bouge-toi. Prends une douche, enfile tes Nike et va courir, tu n'es pas que beau et fragile, bon sang ! »

- Vous attendez quelque chose ? a demandé la voix grave derrière moi, désagréable.

- Je… euh, non, non, Monsieur, désolé.

Je me suis retourné d'un geste et je me suis retrouvé face à un homme sévère, la bouche amère, me regardant avec mépris, les poings sur les hanches. Il était mince, pas très grand, brun, vêtu avec excentricité d'un jean blanc à chaînes et d'une chemise à jabot, un look improbable. Il m'a détaillé des pieds à la tête, comme si j'étais une marchandise potentielle, évaluant ma valeur, qui ne devait pas être élevée, vue sa moue dégoûtée.

J'avoue je suis parti sans demander mon reste, sans jeter un coup d'œil à Draco, qui s'était peut être réveillé. Si tant est qu'il dormait vraiment. En fait je me demandais s'il n'était pas juste idiot, par moments, ou drogué.

Un modèle parfait pour un peintre, capable de garder la pause des heures sans frémir.

Moi je repartais dans les couloirs avec le feu aux trousses, une fois de plus, et avec la certitude d'avoir fait une connerie la veille. La certitude que nos deux mondes ne se croiseraient plus jamais, sauf sur un malentendu.

La certitude qu'il valait mieux l'oublier.

oOo oOO oOo

J'ai lutté une partie de l'après midi contre la déception et les remords, distribuant les serviettes sans entrain près de la piscine bondée. Julia avait encore essayé de me faire parler, je l'avais méchamment envoyée paître, malgré moi.

« Bah, c'est pas grave, j'ai déjà perdu Draco, ça doit être mon karma. Ou alors c'est juste parce que je suis con », ai-je conclu en haussant les épaules.

Je m'efforçais de ne pas le chercher des yeux au bord de la piscine, de conserver le regard sur mon mes serviettes, un sport épuisant pour la nuque. Rien de pire que de se mentir à soi même, j'en arrivais à perdre ma propre estime.

Le pire était de réaliser qu'il ne m'avait ni fait de promesses ni trahi, que tout se passait dans ma tête. Un fieffé imbécile.

Le vent commençait à se lever, un mistral déplaisant, quand il est arrivé.

« Enfin » est le mot qui m'est venu à l'esprit, immédiatement, et mes mains se sont crispées sur l'éponge. C'est là que j'ai compris que je l'attendais depuis des heures, et je me suis détesté encore davantage.

« Pourvu que je ne t'attende pas toute ma vie » me suis je dit in petto en lui tendant une serviette, la main hésitante. J'étais en perpétuel état d'émotion en sa présence, il était parfaitement indifférent. Je ne voyais pas son regard derrière ses lunettes de soleil, mais il avait marmonné un vague « bonjour » en attendant sa serviette. Normal. A croire qu'aucune émotion ne passait jamais sur son visage parfait, sauf entre mes bras. Et encore, je n'étais pas sûr d'avoir l'exclusivité.

Un instant je me suis dit qu'il ne voulait pas se montrer en public avec moi, que peut être le couturier le surveillait, mais c'était loin d'être sûr. Il m'avait peut être tout simplement oublié.

Il s'est à nouveau allongé sur le transat le plus éloigné de la mer, au bord du jardin, me tournant le dos, face aux palmiers. Il était tard, les familles rentraient l'une après l'autre, je devais débarrasser les matelas.

Je me suis promis d'appeler Mélanie le soir même, lui proposer les fiançailles, pour me sortir ça de la tête. Revenir à la vraie vie, arrêter de rêver.

Je m'étais construit tout un film, en fait il ne s'était peut être rien passé. Enfin, rien d'important. Un coup en passant.

Un truc qui arrive tout le temps, quand on est en vacances.

En me glissant derrière son transat, pour en débarrasser un autre, j'ai aperçu sur son ventre blanc ce petit grain de beauté que j'avais longuement léché la veille, sous le nombril. Des frissons m'ont traversé, et j'ai eu un début d'érection, que j'ai tenté de cacher par le matelas que je portais. Un subtil phénomène de manque m'en envahi, purement physique sans doute.

La piscine était presque déserte, je n'avais plus d'autre choix que de l'observer. Pas d'autre loisir. Et je n'aimais pas ce que je voyais. De près, une ombre mauve décorait sa cuisse et une longue estafilade partait de son épaule vers le dos.

Etait-ce mon œuvre, celle du couturier, celle d'un autre ?

Je devenais de plus en plus nerveux à l'approche de la nuit, à l'idée de le perdre. Ce type de clientèle ne restait jamais longtemps dans un hôtel, ce serait peut être sa dernière nuit. Notre dernière nuit dans ce palace, lui dans sa suite immense, moi dans ma piaule minable, supportant les ronflements de Matt.

Quand le jour a commencé à tomber, je ne l'ai plus quitté des yeux, m'emplissant de sa beauté, sa rare beauté, qui me serrait le cœur. Il flottait une atmosphère étrange, un peu mystérieuse et mélancolique, sans doute due aux spots blancs et bleus, au ciel qui virait au mauve.

- C'est lui ? m'a soufflé une voix douce, me faisant sursauter

- Hein ? Qui ? Quoi ? ai-je répondu à Julia qui me scrutait.

- Tu le fixes depuis presque une heure, j'ai cru que tu t'étais changé en statue…

- Qui ? Moi ?

Le parallèle avec la statue m'a bêtement effrayé, comme s'il m'avait filé un autre virus, le virus de l'immobilité. Ou de la mort, peut être.

- Oui, toi. T'as bon goût, remarque. Mais méfie-toi, je crois qu'il est avec le couturier de la suite 509.

- Sans blague ?

- Quoi, sans blague ? Tu le connais ? Tu lui as parlé ?

- Un peu, en passant…

En passant entre ses reins j'avais bien dû lui parler, oui… d'amour, peut être même.

J'ai haussé les épaules, elle a levé les yeux au ciel :

- Ne t'aventure pas à fréquenter ce type, c'est un junkie.

- Quoi, t'es sûre ?

- T'as vu sa tête ? Mais au fait… je ne savais pas que tu t'intéressais aux garçons, Harry. T'es pas fiancé ?

- Quoi ? Si. Si, je suis fiancé. La preuve que je ne m'intéresse pas aux garçons, comme tu dis…

- On peut aimer les deux, a-t-elle repris avec un sourire coquin et un clin d'œil. Ecoute, tu peux me rendre un service ?

- Quoi encore ? ai-je répondu avec irritation, mécontent de m'être fait percé à jour.

- Il y a encore une soirée privée, et je suis crevée… tu veux bien me remplacer ?

- Pff… moi aussi je suis fatigué.

- Allez, sois sympa. En plus ça te fera du fric.

J'ai jeté un coup d'œil au jeune homme immobile, comme mort sur son transat, dans la semi pénombre.

Un bon moyen de ne pas passer la soirée à l'attendre, ou ne pas tenter le sort.

- OK, ai-je répondu avec un petit regret, en détournant résolument les yeux.

Soudain il s'est levé et est passé à côté de nous lentement, j'ai cru déchiffrer l'ombre d'un sourire sur son visage parfait, mais c'était peut être juste une illusion. Une autre illusion.

A suivre...

Merci à ceux qui lisent, et surtout à ceux qui reviewent …

Je réponds ici aux non inscrits :

Scam : merci d'avoir aimé ce chapitre et mes marottes stylistiques, qui peuvent être insupportables, je le conçois, mais qui sont vraiment ma marque de fabrique. Enfin merci d'aimé, cette fois-ci, jusqu'au lemon, jusqu'au titre ;)

Lydie : merci pour ta review ! Non, on ne sait pas ce qui s'est passé, mais c'est clair qu'on peut compter sur Harry pour essayer de le remonter, par des moyens pas toujours très orthodoxes ^^

Luna : Merci d'adorer cette nouvelle fic, en particulier le personnage de Draco. Oui, c'est un peu sombre, on ne se refait pas. Je poste chaque week-end, parfois même en semaine dans l'intervalle ^^….merci pour ta fidélité !

GROS BISOUS A TOUS