Bonjour Bonsoir!

Ca faisait longtemps! La seconde période de partiels passée, j'ai pu retourner à Mondes Alternés tranquillement! Désolée encore pour le délai ^^'' J'espère bien réussir à me faire pardonner par cette suite!

Au passage, merci à Ayu-Tan pour ta Review :D Que de compliments, je suis ravie que mon humble travail te plaise! :3

Sans plus attendre, voilà la suite de nos aventures ~

Disclaimer: Jérémie et son équipe, ainsi que XANA, Lyoko et Kadik ne m'appartiennent évidemment pas, tout le mérite revient aux créateurs ~


Jamais Jérémie n'avait autant eu mal de toute sa vie, quel que fut l'endroit. Une des raisons pour lesquelles il évitait d'assister aux cours de sport au collège était qu'il n'avait pas le gabarit type de l'endurant ou du masochiste sur piste. Autant dire qu'il n'avait jamais songé vivre une pareille agitation un jour...

Il s'était réveillé, endolori, le front glacé, entouré de débris de tôle, auprès d'une Aelita écorchée à la joue et aux mains, mais surtout inquiète. Elle l'appelait de toute la puissance de sa petite voix, jetant des regards anxieux autour d'elle. A ses côtés, Nicolas versait de l'eau sur son front. C'était donc ça, la fraicheur qui l'avait ramené parmi les conscients... Le temps de revenir totalement, il s'était senti soulevé par derrière, puis soutenu le long d'un trajet qui lui avait semblé durer l'éternité. Puis il s'était retrouvé dans un immense hall vert. Vert. La première couleur dans ce monde. Ca lui avait tellement accroché le regard qu'il n'avait pas senti le soutien l'abandonner pour l'assoir au sol. Aelita s'était à nouveau retrouvé devant lui, à lui parler, lui demander si ça allait. Il a répondu oui. Il avait mal, mais il était vivant. Odd a juré de soulagement à son côté. Lui aussi était blessé, mais ça n'avait pas l'air impressionnant. Tant mieux.

Voilà tout ce qu'il se souvenait depuis l'instant où il avait dû courir dans la camionnette pour fuir le monstre. Le Favori, comme l'avait appelé Nicolas. Sans compter Ulrich. Il avait été se battre! Il aurait pu être gravement blessé, ou pire encore! Mais non. Il se souvenait de son ami, sautant dans le véhicule. Il était vivant, lui aussi. Mais où était-il?

Sa réponse vint vite, donnée par un grognement d'épuisement derrière lui. Jérémie se retourna vivement.

"Tu t'es battu contre ce chat géant!"

Le brun souleva froidement les épaules. "Réflexe".

"Il n'y a pas de réflexe qui tienne, c'était inconscient! Tu ne savais rien de ce monstre, et tu as foncé! On n'est pas sur Lyoko ici!"

"Ah, et on est où alors, Einstein?" Répliqua sèchement le garçon, toujours sans accordant un regard vers le chef. Ce dernier demeura muet, ne sachant que répondre. Quelque chose n'allait pas. Ulrich avait certes son caractère, mais là il faisait carrément la gueule... Avant qu'il n'ait pu y réfléchir, une bande de tissu tomba sur ses genoux. Devant lui se dressaient Yumi et Elizabeth, déjà soignées à en juger par les bandages enserrant leurs poignets ou les pansements décorant leur peau. La jeune japonaise s'agenouilla devant Jérémie et inspecta ses bras.

"Bon, ça aurait pu être pire, je m'en occupe". Elle sourit légèrement à son ami, le réconfortant un peu. Odd souffla à nouveau et se leva.

"On est à l'abri maintenant?" Lança-t-il en direction d'Elizabeth et Nicolas. Ce dernier hocha la tête tranquillement en s'éloignant. "J'ai dérapé un peu trop pendant l'accident, j'ferais mieux d'aller m'soigner..." La jeune femme approuva avant de retourner aux Lyoko-Guerriers. Elle n'avait plus l'air aussi méfiante, mais pas pour autant amicale. Odd ne s'en formalisa pas et reprit :

"On est où alors? Et c'était quoi cette... chose, devant le collège?" Jérémie remarqua qu'il tremblait un peu. Il n'en fut pas étonné. Un chat violet, il n'y avait qu'à eux cinq que cela évoquait quelque chose...

"Regarde autour de toi. Ca ressemble à quoi?" Répondit Elizabeth. Les jeunes adolescents détaillèrent, pour la première fois, leur nouvel asile. Le toit, en forme d'arche, avait dû être autrefois en verre étant donné le vert laissant filtrer une faible vue du ciel. Les murs étaient d'un blanc sali et délimitaient un immense hall, comme l'avait remarqué Jérémie. La porte devant eux était partiellement barricadée à l'aide de vieilles planches de bois. Seule un pan demeurait accessible, tout en verre. A leurs gauche et droite se tenaient ce qui avait dû autrefois faire office de magasins, les prix et produits proposés toujours en affichage : sandwiches, boissons, hebdomadaires, horaires de bus... Dans l'un d'eux, un groupe de jeunes adultes les observaient avec une relative discrétion. Au dessus de l'entrée, une horloge indiquait 15H00. En dessous d'elle, un ancien panneau d'affichage était désactivé. Mais au vu des lignes se succédant, il avait dû annoncer des heures, ou des destinations...

"Une gare?" Tenta Jérémie.

"Bingo" Approuva Elizabeth. "Mais nous ne resteront pas là. Nous nous sommes faits repérer, et ils savent que nous n'avons pas beaucoup d'endroits où nous cacher. Ils penseront forcément à la gare".

"Qu'est ce qu'on attend alors?"

"Que nos plaies soient pansées et qu'on puisse évacuer tout le monde. La totalité des opposants au régime vient dormir ici, ils doivent être prévenus. De toute façon, ils ne viendront pas tout de suite ici. S'il est vrai qu'ils connaissent cette planque, ils se souviennent aussi sans doute que c'est en ce lieu que nous les avons menés en déroute la première fois, il y a deux ans. Ils y réfléchiront à deux fois avant de foncer vers nous".

"Par "ils", tu veux dire les hommes qui dirigent cette ville?" Questionna Yumi en terminant de soigner Jérémie. Elizabeth émit un petit rire.

"Y a pas à dire, tu lui ressemble, miss Ishiyama. Remarque, je n'ai pas eu le temps de faire connaissance avec... Ton double".

"Nous l'avons croisée en arrivant ici! Nous avons tenté de la suivre, Yumi et moi! Elle était dans le collège..." S'exclama Aelita, un peu pour tout le monde.

"Vous l'avez pistée?" S'étonna Elizabeth. "Une sacrée chance qu'elle ne vous ait pas vues. Sinon, vous auriez été avec elle visiter la prison".

"Alors ce n'est bel et bien plus une école...".

Yumi s'allongea, comme si elle venait de prendre toute la mesure de la situation. Jérémie nota qu'elle tremblait, tout comme Odd. Etrange...

"En tout cas, si je m'attendais à voir une Sis... Elizabeth aussi douée au combat un jour..." Lança ce dernier, une pointe d'admiration dans la voix.

"Vous en connaissez une autre?" Questionna Elizabeth. "Vous avez une sacrée histoire à me raconter, vous..."

Vrai que Jérémie lui avait promis... Il fallait reconnaître qu'il se sentait moins hésitant qu'au tout début de cette histoire, après tout ces combattants les cachaient, les soignaient... Un peu de la méfiance initiale s'était évaporée. Il comprenait également qu'Elizabeth voulût des réponses. Eux aussi aimeraient savoir tellement de choses sur ce monde... Et pour ça, le donnant-donnant serait inévitable. Il sonda ses amis du regard. Aelita, sans être particulièrement rassurée, ne semblait pas pour autant le contredire, de même que Yumi. Ulrich refusait toujours tout contact avec le génie, après tout qui ne dit mot consent. Quant à Odd, il prit carrément les devants et ria.

"Ca, on peut dire que c'est pas pareil du tout... Chez nous, les gens sont un peu plus "amicaux"... Quoique de ce que j'ai compris, ça l'a été ici aussi, autrefois..."

Elizabeth renversa la tête en arrière, un sourire amer greffé sur son visage comme confirmation. "Vous êtes des sortes de visiteurs du passé, ou un truc du genre?"

Jérémie respira un grand coup. Il remit vivement ses souvenirs en place, prêt à devoir répondre de leur présence. "On en sait pas grand chose, à vrai dire... Nous sommes en quelque sorte la seule barrière qui empêche notre monde d'être anéanti par une entité nommée XANA..."


L'horloge sonna quinze heures trente quand le génie reprit son souffle pour la dernière fois de son récit. Il se sentait comme écrasé par un char d'assaut. Il avait commencé par le début _ sa vie de collégien, les premières attaques si ressemblantes au début de l'histoire d'Elizabeth, la rencontre avec Aelita, Lyoko, les avatars_ pour passer directement à cet après-midi où tout a basculé. Tout en racontant, il avait pris la mesure de l'irréalisme de leurs vies, du danger omniprésent, puis de l'illogisme de sa propre réaction face à la situation. Il était... épuisé. Mais malgré tout, revivre cette journée à voix haute lui avait permis de se calmer un peu. Il avait tâché de paraitre assuré face à ses camarades, et ne manqua pas de remarquer qu'Aelita n'était plus aussi accrochée à lui qu'avant. Yumi avait guetté les réactions d'Elizabeth en silence, tandis que les garçons n'avaient rien ajouté.

Devant lui justement, Elizabeth était assise en tailleur, ses doigts pianotant sur ses genoux, le regard rivé sur ses pieds, comme réfléchissant. Elle avait l'air à la fois perdue et grave. Le génie se tortilla, un peu mal à l'aise, attendant une réflexion de la part de son interlocutrice. Derrière elle Nicolas, qui les avaient rejoints depuis, restait immobile, les yeux écarquillés comme face à la plus grande aberration du monde. Il siffla, puis tenta de reprendre :

"Alors vous v'nez d'un autre univers, comme le notre avant, sauf que chez vous, vous êtes des sauveurs?"

"Hum, c'est résumé un peu vite, mais on peut voir les choses comme ça..." Acquiesça Yumi, ce qui eut pour effet d'assommer Nicolas. Il s'assit aussitôt alors qu'Elizabeth releva la tête.

"Ce qui est arrivé chez vous, c'est l'inverse de ce qui a fait l'Histoire chez nous. J'imagine que vous avez deviné qui sont les tenants du pouvoir actuellement..."

"Ce n'est pas possible!" S'exclama soudain Aelita. "Je connais mes amis, ils ne sont pas comme ça! Et jamais ils ne m'auraient trahie, jamais je ne les aurais laissés faire non plus!"

"Tes amis, peut être, mais nos ennemis, crois-moi qu'ils le sont" Trancha Elizabeth. "Quant à toi, personne ici ne t'a jamais vue. Il se peut qu'ils n'aient aucune idée de ton existence. Ou que tu n'en ai aucune".

"Vous vous méprenez peut-être, ils doivent être sous le contrôle de XANA..."

"Je les ai affrontés, ils étaient en pleine possession de leurs moyens".

"Ils sont peut-être encore un peu pacifiques, on peut essayer de les raisonner..."

"NON!"

Nicolas s'était écrié subitement en se relevant, le corps tendu et tremblant, les poings serrés jusqu'à en être rouges. Il fixait Aelita d'un œil ardent, explosif. La situation demeura électrique quelques secondes, puis le jeune homme se rassit nerveusement. Elizabeth avaient conservé un regard grave tout ce temps, avant de lentement déclarer :

"Nous ne pouvons plus espérer une paix à l'amiable, et ce depuis que cette horreur est arrivée. Ils sont allés bien trop loin..."


Trois jours. Cela faisait trois jours qu'elle avait eu cette conversation avec Ulrich et ses amis. Trois jours déjà qu'il ne lui parlait plus. Oh, bien sûr, c'était exagérer que de dire qu'ils communiquaient beaucoup avant ce jour, mais au moins lui disait-il "bonjour". Là, plus rien, silence radio. Il préférait passer tout son temps avec ses nouveaux camarades, à manigancer elle-ne-savait-quoi...

Enfin, si, elle le savait. A peu près. Cette chose, ce XANA qui leur avait demandé de l'aider contre des ennemis inconnus, cette force informatique sans précédent _ de ce qu'elle avait compris du moins _ occupait leurs esprits, elle n'était pas dupe. Et son hésitation à rallier leur cause l'avait condamnée au banc de touche. Pourtant, elle n'était pas allée voir son proviseur de père, comme tout son être le lui hurlait. Cette affaire était certes louche, mais pas question de perdre la moindre chance de retrouver son Ulrich un jour! Quelque part, elle s'imaginait que se garder de les dénoncer finirait par lui valoir de la reconnaissance... Sur sa chaise de cours, elle se crispa, entendant encore cette petite voix, cette petite conscience, l'avertir qu'elle avait tort. Cette chose n'était pas normale. Et puis elle avait été attaquée... Elle n'arrivait plus à approcher un câble, fût-il de sa lampe de chevet, sans trembler. Les explications de Belpois ne l'avait pas convaincue. XANA était derrière tout ceci. Il pouvait contrôler des câbles, bon sang! Et ce serait quoi, la prochaine fois, hein? Comment savoir s'il n'était pas plus fort encore?

"Belpois? Il est absent?"

La voix de Madame Hertz parvint aux oreilles distraites de Sissi. Intriguée, elle se tourna pour constater qu'effectivement, le vide remplaçait l'adolescent derrière son bureau. Une vague de murmures emplit la pièce. Belpois l'intello absent, c'était inédit! Beaucoup croyaient même qu'il dormait dans les salles de cours, à force de le voir si zélé et appliqué... Mais qu'à moitié sérieusement, évidemment.

Sissi eut un mauvais pressentiment. Aussitôt, elle se tourna sur sa droite. Ni Ulrich ni l'autre blondinet n'étaient là.

Il y avait fort à parier que la chin... Japonaise était aux abonnés absents dans sa promotion également.

"C'est bizarre, quand même..." Chuchota Hervé, un autre intello maigrichon qui traînait avec Sissi, bien que le terme "collait" correspondait davantage. Derrière eux, un garçon blond bien bâti du nom de Nicolas opina.

"Ouais, il viendrait en cours même avec une jambe cassée..."

Sissi sursauta quand son cellulaire vibra dans sa poche. Elle avisa sa professeure, qui notait d'un air perplexe les noms des trois absents, et se hâta de sortir son téléphone et de l'enfoncer dans sa trousse pour pouvoir le consulter plus discrètement.

C'était un message d'Ulrich.

Les doigts tremblants, elle afficha le SMS. Ce qu'elle lut ne lui plut pas, mais alors pas du tout.

"Plan pour aider XANA mis en place. Aura lieu aujourd'hui. Si tu veux nous rejoindre, c'est maintenant ou jamais".

Le... Plan? Quel plan? Qu'est ce qu'ils comptaient faire? Il fallait en savoir plus! Elle se pressa de répondre tout en jetant des coups d'œil angoissés vers Madame Hertz, occupée à écrire le plan de son cours au tableau. Elle devait faire vite.

"Vous allez faire quoi?"

La réponse ne tarda pas à arriver : "Tu nous rejoins, oui ou non?"

Elle ne le sentait pas. Elle n'arrivait pas à avoir confiance en ce XANA. Et pourquoi Ulrich ne voulait pas lui expliquer? Pourquoi ne lui faisait-il pas confiance? Elle comprit qu'elle n'aurait pas de réponse à sa question. Lui souhaitait la sienne, et rien de plus. Elle devait choisir maintenant. Elle devait mettre un point final sur trois jours de questionnements, en un SMS. Une part d'elle voulait suivre Ulrich, jusqu'au bout du monde, même avec l'entité la plus louche de l'Univers. Mais une autre part d'elle hurlait de toutes ses forces qu'elle ferait une erreur. Que tout allait mal tourner, qu'elle ne serait pas dans le bon camp, qu'Ulrich se plantait. Qu'il fallait qu'elle lui fasse entendre raison. Mais que surtout, elle ne le rejoignît pas.

Prise entre deux eaux troubles, elle n'entendit pas Hervé tenter d'attirer son attention.

Ses doigts alternaient entre les touches "o" et "n", sans pouvoir appuyer sur l'une ou l'autre. Les deux options s'entrechoquaient, aucune ne semblait meilleure ou pire. Elle avait bien trop peur...

"Mademoiselle Delmas!"

Elle manqua de tomber de sa chaise par surprise. La silhouette frêle mais pleine d'autorité de la professeure de chimie se dressait devant la jeune fille. Elle arborait un regard sévère et désapprobateur.

"Que faites-vous avec votre trousse depuis tout à l'heure? Je doute que vos stylos soient plus intéressants que mon cours. Montrez-la moi tout de suite!"

Le temps était écoulé, elle aurait tout juste le temps de répondre à Ulrich, et encore. Sans plus réfléchir, elle se hâta de le faire, bien trop vite pour vraiment réaliser ce qu'elle tapait. Soudain, la trousse se déroba à sa vue, découvrant sa main tremblante serrant la machine. Elle n'eut pas le temps d'appuyer sur la touche "envoyer" que Madame Hertz arracha le portable de ses mains, l'air de plus en plus mécontente.

"Et vous osez l'utiliser sous mes yeux! Ca ne se passera pas comme ça, jeune fille! Quand votre père saura que..."

Le reste du sermon se perdit dans les oreilles de Sissi. Tout s'embrouilla.

Il lui sembla qu'elle allait répondre "non".

Non.

Alors elle aurait prit le risque de perdre Ulrich...? Elle en était capable?

"Et peut-on savoir qui donc est plus intéressant que ma leçon, mademoiselle Delmas?"

Ulrich. Ulrich. Le plan. XANA.

Les idées se mêlèrent, elle était incapable d'y mettre de l'ordre. Elle était bloquée. Ils n'allaient pas attendre indéfiniment sa réponse. S'ils voulaient agir ce jour même, ils n'allaient pas tout reporter pour elle. Elle n'était pas indispensable, ces trois derniers jours l'avaient prouvé.

Alors quoi? Elle allait rester silencieuse? Tout ça pour ne pas perdre Ulrich? Chaque seconde s'écoulant la rapprochait de cette issue, de toute façon. Elle ne savait pas où ils se trouvaient, et chercher nécessiterait un temps qu'elle allait perdre dans le bureau de son père prochainement. Il fallait qu'elle retrouvât Ulrich, qu'elle l'arrêtât, maintenant.

"Mademoiselle Delmas, je vous préviens..."

"Ils ont prévu un mauvais coup".

Soudain, son esprit se vida complètement. Il n'y eut plus rien d'autre que cette constatation, énoncée à voix haute au beau milieu d'une assemblée d'adolescents avides de connaître le dénouement de cette scène. A ses côtés, Hervé et Nicolas la contemplaient, mi-curieux mi-admiratifs pour ce qu'ils devaient prendre pour de l'effronterie. Puis enfin Madame Hertz acheva le tableau, ses sourcils toujours froncés, son expression inchangée.

"Qu'est ce que vous dites?"

"Ils ont prévu un mauvais coup" Répéta l'adolescente en se redressant. Elle allait le dire. Elle allait arrêter Ulrich. "Il y a une sorte de... Chose informatique, appelée XANA, qui a lancé une attaque contre moi, Ulrich Stern et le nouveau. Jérémie Belpois est persuadé que cette chose est en danger et qu'on doit l'aider, mais elle n'est pas claire, elle..."

"Calmez-vous Mademoiselle Delmas!" L'interrompit la professeure, un peu perdue. "De quoi parlez-vous? Quelle attaque? Qu'est ce que c'est que ce charabia?"

"Je vous dit la vérité" Insista Sissi, incapable de trouver meilleure formulation. "C'est fou, je sais, mais vous devez me croire, cette chose est dangereuse..."

Madame Hertz la détailla, l'air clairement inquiète et perplexe. Elle sembla réfléchir. La jeune fille ne devait pas la laisser douter!

"Vous devez les retrouver, c'est pour ça qu'ils sont absents, parce qu'ils vont faire quelque chose avec ce XANA, je ne sais pas quoi, mais ça va être grave, vous devez les retrouver..."

"Ca suffit Mademoiselle" La coupa son interlocutrice. "Vous sortez. Que quelqu'un l'accompagne chez le provi..."

Soudain, plusieurs sonneries de portable retentirent dans la pièce. Tous les élèves détournèrent leurs regards vers leurs poches, effarés ou pris de court. Madame Hertz se dressa.

"Mais enfin, que se passe..."

"Hé, qu'est ce que c'est?" S'écria Hervé.

Sissi se pencha par dessus son épaule, lui arrachant le cellulaire des mains.

Sur l'écran s'affichait l'Œil. Ce maudit Œil. Celui qu'elle avait vu sur l'ordinateur de Belpois.

C'était trop tard.

Le temps d'enregistrer l'information, et toutes les prises électriques de la salle se mirent à émettre des éclairs menaçants. Les portables sonnèrent de plus en plus fort, puis expirèrent dans un concert de court-circuits. Les néons implantés aux plafond s'allumèrent brusquement pour disjoncter. L'alarme incendie hurla dans le couloir. Les élèves criaient de surprise ou de peur.

C'était une cacophonie chaotique. Sissi ne put penser correctement. Trop de bruits autour d'elle lui vrillaient le cerveau. Même l'image d'Ulrich s'effaçait pour laisser place à la panique.

"Lève toi, vite!"

Elle fut levée de sa chaise par le bras puissant de Nicolas, avisant la sortie déjà prise d'assaut par les adolescents. Madame Hertz tentait de les canaliser, en vain. L'inquiétude était aussi visible sur son visage. Hervé se précipita sur Sissi

"De quelle menace tu parlais, tout à l'heure?"

La jeune fille parla sans le réaliser. "C'est Belpois... C'est lui, et XANA, ils font tout sauter...".

Elle fut interrompue par un coup de coude dans les côtes, administrée par un élève paniqué les bousculant de son chemin. Nicolas l'insulta copieusement en redressant le jeune fille.

"On doit pas rester ici, viens Hervé..."

Ils se fondirent dans la masse d'élèves occupant le couloir, jurant et trépignant sur place alors que rien ne bougeait. Une vague de cris prétendit les élèves agglutinés au fond que le passage au dehors était bloqué par des sortes de cubes. Les néons étaient tous éteints, mais l'alarme incendie, elle, continuait son chant de banshee. Une épaisse fumée provenait de la salle informatique d'où sortait un Monsieur Jim toussotant. Les professeurs essayaient de retrouver leur classe en se jetant des regards impuissants.

"Votre attention, s'il vous plait!"

La voix retentit de nulle part, plus forte que les cris de la foule. Tous se turent de surprise. Sissi reconnut la voix avant même que quelques murmures ne le suggérât.

"Belpois..."

"Nous sommes navrés du désagrément que vous subissez actuellement, mais nous avons une annonce à faire. Comme vous l'avez constaté, le système électrique de Kadik entre autres connait quelques ratés, mais ne vous en faites pas, c'est sous notre contrôle. Une seule ânerie, une seule tentative de partir avant la fin de l'intervention, et nous saurons utiliser cet avantage pour nous faire entendre."

"Qu'est ce que c'est que se cirque, Belpois?" S'exclama le proviseur Delmas, fendant la foule d'un air franchement mécontent, comme si le jeune homme pouvait l'entendre.

"Ce n'est pas un cirque, une blague, ou quoi que ce soit d'autre du même genre" Répliqua soudain Ulrich, de l'autre côté de l'attroupement. Sissi sentit son sang se glacer. Elle devait lui parler. Comme s'il avait compris, Nicolas s'empressa de repousser quelques camarades pour leur ouvrir un passage. La jeune fille et Hervé le suivirent jusqu'à se retrouver en face de l'adolescent brun, accompagné de Yumi Ishiyama. Il avisa Sissi d'un regard froid tandis que sa collègue se dirigea vers monsieur Delmas, les mains levées.

"Nous n'avons pas de mauvaises intentions. Nous voulons seulement mettre fin à ce qui est un scandale ignoré. Nous sommes actuellement menacés par l'armée, qui, en nous espionnant, prépare un plan d'envergure mondiale afin de nuire aux citoyens. Un programme de leur invention s'est retourné contre elle, et est menacée de destruction. Nous devons l'aider pour que ceux qui doivent nous défendre ne soient pas ceux contre qui nous aurons à nous défendre. Nous voulons vous ouvrir les yeux, vous tous! Ils sont nos ennemis et ne veulent plus notre bien. Ils vous voleront votre vie privée, ils feront de vous des chiffres et des données pour mieux vous porter préjudice. Nous voulons nous battre, mais seuls nous sommes trop peu. Joignez-vous à nous, autorisez-vous à contrôler votre vie, exigez la vérité. Ensemble, on va leur sauter à la gorge!"

"Ce sont des foutaises!" S'écria Hervé, comme sorti de nulle part. "Vous n'espérez pas convaincre qui que ce soit avec un tel baratin? De quelle menace parlez-vous, quel est ce programme mystérieux?"

"On dit que l'armée nous surveille, pourtant..." Tenta une voix dans la foule.

"C'est vrai, même qu'ils peuvent nous écouter il parait!"

"Alors c'était vrai?"

"Ils cherchent à vous faire peur!" Répliqua Hervé sèchement. "Ils vous font croire que vous êtes en danger pour mieux vous avoir!"

"Tu es le seul qui a peur de voir les choses en face ici" Rit Ulrich. "Tu n'as rien pour prouver qu'on a tort".

"Pas plus que vous, vous n'avez de preuve de vos allégations!"

"Ah oui, et les néons? Et vos portables? Ce sont des faits hasardeux? Mais nous nous attendions à ce qu'il vous faille plus d'évidences".

Le jeune homme sortit son portable, avec une lenteur suffisamment appuyée pour que chacun pût constater qu'il était intact. Il pianota quelque chose, puis rangea la machine avec un sourire de pure arrogance pour Hervé et Sissi.

Aussitôt, les néons s'allumèrent au dessus des têtes des étudiants. Chacun dressa le nez vers le plafond, abasourdi.

"Voyez? Nous pouvons faire ça. Nous pouvons contrôler les lumières, les connexions internet, les fréquences de vos portables. Il faut bien la force d'un puissant programme pour ça. Nous l'avons. Nous sommes en capacité de récupérer nos vies, de les maîtriser. Venez avec vous, et vous n'aurez plus à redouter les complots des hommes de l'ombre".

Sissi secoua la tête. C'était absurde... Ca ressemblait à un mauvais scénario de blockbuster... Pourtant, la rumeur de ses camarades enflant autour d'elle lui indiquait qu'ils marchaient. Ils marchaient. Comment pouvaient-ils avaler ça?

"Cela suffit!" S'exclama le proviseur Delmas, la voix plus forte qu'elle ne l'avait jamais été. "Vous allez me mener à monsieur Belpois immédiatement! J'exige d'avoir des explications sur ce programme! Dans ce lycée, sous ma responsabilité..."

"Sauf notre respect, Monsieur Delmas, vous n'avez pas les capacités de contrôler la situation" Le coupa Ishiyama. "On vous demande de nous croire sur parole, et promis, vous ne le regretterez pas".

"Il n'en est pas question! Monsieur Jim, faites-les tous sortir!"

Le professeur d'EPS acquiesça et, par de larges mouvements de bras, força l'attroupement à se diriger vers les sorties.

"Mademoiselle Ishiyama et monsieur Stern, poussez vous immédiatement!" Brailla-t-il.

A nouveau, Ulrich sortit son portable, envoya un second texto, et rangea sa machine.

"Je ne crois pas, non".

"Sortez ou je vous vire par la force!"

"Non".

Excédé, Jim traversa la foule et prit les deux adolescents par le bras. Il les emmena dehors, suivi du proviseur, de Sissi et ses deux compagnons. Mais ils ne purent aller plus loin que l'immense grillage de la cité scolaire. On leur barrait la route.


(Promis, l'idée du complot était prévue avant l'affaire des écoutes par les USA ^^'' *Se sent presque comme une devin, pour le coup*

Bref, voila la première partie du flashback d'Elizabeth! La suite au prochain épisode, et préparez vos mouchoirs, ça va être dramatique x')

Mais j'espère que ça vous a plu, et que vous avez passé une bonne lecture!

A la prochaine suite, rapidement cette fois, promis!

Bonsoir/Bonne nuit/Bonne journée! o/