Chapitre 9 : Carrots for life


Je me réveillai avec un mal de tête de tous les diables, peu surprenant après le superbe traitement que j'avais reçu. J'ignorais où j'étais, et surtout depuis combien de temps j'y étais. Une chose était sûre : j'y étais mal installée. Lorsque j'essayai de me relever, je me rendis compte que mes poignets étaient attachés. Et mes chevilles. Et mon torse. En fait, j'étais totalement ligotée à un lit pas confortable.

C'était pas une bonne chose. Du tout. Rapidement, je passais en revue ce dont je me souvenais, et en arrivais à une conclusion bien désagréable : j'avais été enlevée. Aussi improbable que cela puisse être, moi, Anastasia Steele, j'avais été enlevée. Alors oui, je me suis mise à rire comme une folle pendant cinq bonnes minutes avant de me mettre à pleurer comme une fontaine mal calibrée. Autant dire que je ne devais pas avoir l'air saine d'esprit.

Heureusement que personne n'était venu me voir avant au moins une bonne heure, hahaha. Ha. Ha. Non, je me sentais vraiment super seule. J'aurais aimé voir n'importe qui à ce moment-là... Et en même temps, vue ma tête, c'était peut-être mieux ainsi...

Une fois que j'eus bien pleuré, je me rendis compte que j'avais très faim et très soif. Je me mis donc à le dire à voix haute, dans l'espoir que quelqu'un puisse m'entendre et m'apporter n'importe quoi de nourrissant. Je n'eus pas de réponse pendant un long moment, et je commençais à être vraiment assoiffée.

« Allo ? Quelqu'un ? Même de l'eau, hein ! AAAAALLLLOOOOOOOO ? »

Après le cri du désespoir, je cessais de parler, n'espérant plus de réponse. Et ce fut – évidemment – à ce moment-là que j'entendis des bruits de pas venir vers moi. Trop fatiguée pour relever la tête lorsque la porte s'ouvrit, je fus éblouie par la lampe allumée et me mis à grogner un peu de mécontentement, ce qui fit rire la personne qui venait d'entrer.

« Je m'excuse, mademoiselle. J'aurais dû vu prévenir avant d'allumer. »

Ma seule réponse fut un grognement supplémentaire.

« J'ai crû entendre que vous aviez faim. J'espère que vous aimez les carottes, je n'ai guère trouvé mieux... »

Honnêtement, je m'en fichais avec une puissance infinie, tant que j'avais de la nourriture dans ma bouche. Et mon interlocuteur l'avait bien compris.

« Je pourrais vous nourrir... Mais je pense que vous trouveriez cela dégradant... »

J'hochais frénétiquement la tête alors qu'il s'installait à côté de moi.

« Donc je peux vous détacher pour manger, si vous promettez de ne pas tenter de vous échapper.

- P...promis. »

Il me détacha, et je m'empressais d'attraper les carottes et d'en avaler deux ou trois fourchettes goulûment. Même en sachant que c'était certainement un vieux plat réchauffé, je les trouvais délicieuse, et une fois que j'eus la certitude de pouvoir manger, je m'installais plus à mon aise pour observer mon ravisseur, évidemment masqué.

« Et... Vous êtes qui ?

- Si je suis masqué, c'est évidemment que je ne veux pas vous révéler mon identité, n'est-ce pas ?

- Certes. Mais si l'on doit continuer à communiquer, il vaudrait mieux que je sache comment vous appeler, non ?

- En effet. Appelez-moi Carla., ça ira très bien.

- Ccccccaaaaarla ?

- ... Vous n'aimez pas ?

- Pas vraiment.

- Ferdinand ?

- Nan.

- Bon, David ?

- Moooouuuuuais. »

Il y eut un nouveau silence pendant que je mangeais encore. Il me regardait (?) manger sans rien dire, et je me serais presque sentie coupable si je n'avais pas été enlevée. Étrangement, ça me permettait de me sentir moins coupable à manger devant lui. Je finis mon assiette avant de la lui tendre encore.

« Hum. Plus ?

- La nourriture avant les informations ?

- Qui sait quand je pourrais à nouveau manger...

- Intelligente. Et si j'avais empoisonné la nourriture ?

- Ben au moins j'aurais bien mangé. »

Il sortit de la salle en riant, pensant bien à verrouiller la porte derrière lui pour m'empêcher de sortir. Si je voulais sortir, c'était raté...