La prophétie des mondes

Désolée, désolée pour ce long retard… J'ai eu plusieurs problèmes qui ont bloqué mon inspiration, mais maintenant que tout est réglé, je peux reprendre ma plume (ou mon clavier) et vous livrer la suite. J'essayerai à l'avenir de ne plus recommencer. J'ai établi une sorte de planning qui, je l'espère, devrait m'aider à rester plus ou moins régulière. Vous me pardonnez ?

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réponses aux reviews :

Isilriel : T'arracher les cheveux ? Mon suspens ? A ce point-là ? lol Ça me fait très plaisir, merci à toi. J'espère que la suite te plaira autant… Et oui, je continue, désolée si mon retard et d'autres choses ont pu laisser penser le contraire…

irumi : Tu as tout lu en deux jours ? Hm, eh bien… Merci de me rassurer en tout cas, ça me met du baume au cœur (et dieu sait comme j'en ai eu besoin à un moment donné… M'enfin). Merci merci pour ton message. Et voici (enfin !) la suite.

Itarïlë : Dire que tu avais déjà attendu le chapitre précédent… A croire que je le fais exprès ! Mais non, je vous assure ! Voici la suite, en espérant que tu sois encore là… Pour la bibliothèque, je dois avouer que j'ai particulièrement adoré écrire ce passage, ça doit se ressentir… Depuis le temps que je voulais faire cette scène, j'en suis assez fière. Enfin voilà.

Bonne lecture à vous !

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Chapitre 9 : Décisions

La porte de la grande salle du trône s'ouvrit avec fracas, faisant sursauter le Roi et tous ceux qui l'entouraient. Thranduil regarda avec un froncement de sourcil son fils avancer vers lui d'un pas décidé, la jeune Edhelwen le suivant en jetant des regards comme effrayés autour d'elle. Le Prince de Mirkwood s'immobilisa devant son père et le fixa avec une expression de colère contenue. Il jeta un regard noir aux conseillers qui se tenaient là et qui s'empressèrent de s'éclipser en silence, puis chercha des yeux le chef de faction Elfe qui avait plusieurs semaines auparavant délogé la flèche de l'arbre et s'était ensuite vu confier la charge de l'enquête après l'avoir sollicité. Heureusement, il se trouvait parmi la garde en faction ce jour-là dans la salle du trône. Le visage un peu moins sévère, Legolas lui fit signe de s'approcher, puis se retourna vers son père.

Celui-ci ne pouvait détacher son regard de la Princesse, tandis que son fils lui expliquait la situation avec nervosité. Elle se tenait légèrement en retrait, la tête basse comme fautive d'il ne savait quoi. Cependant, il croisa furtivement son propre regard, dans lequel il lui sembla voir briller une lueur farouche et vindicative. Mais elle détourna la tête, le laissant perplexe et inquiet, autant par les paroles alarmantes de son fils que par l'étrange attitude de la jeune Elfe. Il porta son attention sur le sergent, qui quelques minutes plus tôt se tenait bien droit aux côtés de Legolas, comme le voulait sa fonction, mais qui à présent jetait des regards troublés au Prince, essayant malgré tout de rester discret.

-Il faut à tout prix le retrouver, conclut le Roi, laissant s'écouler quelques minutes de silence après que son fils se soit tu. Peu importe comment, nous mettrons tous les moyens en œuvre. Eldrin, si vous voulez bien…

-Je reprendrai cette enquête ! s'exclama le sergent. Si vous le voulez bien, sire… reprit-il en s'inclinant, conscient de son impair.

-Soyez le plus discret possible, reprit Thranduil. Ne mettez dans le secret que vos hommes les plus dignes de confiance. Faites tout ce que vous jugerez bon ou nécessaire, je ne vous tiendrai rigueur d'aucun de vos actes tant qu'ils seront justifiés. Allez, à présent, et que les Valar puissent éclairer votre quête des meilleurs auspices…

Eldrin s'inclina respectueusement, une main sur le cœur, avant de faire demi-tour et de sortir, la mine sombre et un éclair de colère profondément ancré dans le regard. Thranduil observa un moment Edhelwen en silence, réfléchissant. Elle s'était tournée pour suivre Eldrin des yeux, jusqu'à ce qu'il fut hors de sa vue. Elle croisa à nouveau le regard du Roi et l'évita tout autant.

-Legolas, mon fils, dit-il en se tournant vers lui, tu sais ce que je vais te demander…

-Oui, père.

-Quant à vous, Dame Edhelwen, je ne saurais assez vous conseiller de lui faciliter la tâche en ne restant plus seule dès à présent, reprit le Roi. Votre vie nous est précieuse, à nous peuples des Premiers-nés. Je vous saurais gré de prendre soin de vous.

Il réfléchit un instant et songea que ce n'était en aucun cas le genre de paroles que l'Elfe écouterait sagement. Il se leva de son siège et descendit de l'estrade pour prendre les mains de l'Elfe dans les siennes. Surprise, elle leva les yeux vers lui. Le regard de Thranduil paraissait soucieux. Elle se sentit plus que jamais importante aux yeux de cet homme et en prit peur.

-Au-delà de votre rôle de drapeau d'espoir, je crains pour une amie qui me fut chère autrefois, murmura le Roi. Malgré tout ce qu'on put dire vos contemporains, vous étiez une Elfe exceptionnelle, belle et dangereuse comme la tempête, mais juste. Aujourd'hui vous être certes différente, mais votre beauté est la même et votre âme est pure. Quoi que vous pensiez, si le souvenir de ce que vous étiez est toujours présent en nous, sachez que beaucoup parmi nous vous aiment telle que vous êtes aujourd'hui devant moi. Pour eux plus que pour tout autre, restez en vie…

La voix du Roi s'était faite suppliante, et Edhelwen en eut le cœur serré. Il rapprocha ses mains l'une de l'autre et se pencha pour lui baiser les doigts, avant de faire demi-tour pour sortir de la grande salle, avec un léger signe pour Legolas. Le Prince se tourna vers l'Elfe et lui tendit la main pour l'entraîner à sa suite, mais il suspendit son geste, interdit. L'Elfe fixait son père, visiblement bouleversée. Des larmes perlaient au coin de ses yeux écarquillés. Quand il eut disparu à sa vue, elle baissa les yeux sur le dessus de ses mains et les observa longtemps, se mordant la lèvre.

-Je… Je ne… Je croyais… balbutia-t-elle. Est-ce vrai ? demanda-t-elle à Legolas en lui adressant un regard implorant.

Il aurait pu répondre un simple oui, un simple mot qui lui ferait comprendre qu'il tenait à elle pour ce qu'elle était maintenant, mais sans qu'il ne devine pourquoi, ce mot refusait d'être prononcé. Il prit sa main et l'attira contre lui. L'Elfe se laissa aller contre lui, les yeux fermés, et un sourire heureux, enfin, se dessina sur son visage. Elle n'avait besoin de rien de plus. Malgré la menace qui pesait sur elle, les bras du Prince l'enfermant dans un cocon de douceur et d'affection lui procurait un sentiment de sécurité et de bien-être auquel il lui semblait ne jamais avoir touché.

×××××

-J'avais refusé d'y croire, je l'admets, commença l'Elfe. Mais comment croire que votre vie est en danger alors que, jour après jour, l'on vous répète que vous êtes porteur de l'espoir d'un peuple entier ? De plus, il me semble qu'il n'y a rien de pire lorsqu'on ne se souvient de rien que de voir qu'on a finalement assez d'importance pour être une cible…

-Je ne puis comprendre parfaitement ce que vous pouvez ressentir, mais je peux tenter d'essayer… répondit Legolas.

Il se détourna du balcon pour la regarder droit dans les yeux. La jeune Elfe était assise en tailleurs sur le lit du Prince, l'épaule et la tête appuyés contre l'une des colonnades du lit.

-Je sais que cela vous fait peur, ne le cachez pas, reprit-il. Vous voulez paraître forte – et vous l'êtes, sans aucun doute – mais ne me cachez pas vos craintes.

-Que pourrais-je encore vous cacher que vous ne sachiez déjà ? répliqua Edhelwen avec une légère pointe d'amusement.

-Peut-être l'endroit où vous disparaissez chaque soir… et où l'on vous surprise hier…

Le sourire d'Edhelwen se figea. Puis elle ferma les yeux et soupira.

-Je suis navrée d'avoir tissé tout ce mystère autour d'une si petite chose, mais… comment vous expliquer ? Je vouais d'abord savoir, et comprendre, avant d'en parler avec vous. Pardonnez-moi, je n'ai pas été franche avec vous…

Legolas abandonna son poste près du balcon et vint s'asseoir près d'elle.

-Que vouliez-vous comprendre ? demanda-t-il.

-Ma vie… répondit rêveusement l'Elfe. Celle d'avant, les voyages de la Princesse guerrière, ses choix, ses liens avec les gens et les choses… Je n'ai pas encore trouvé beaucoup d'informations, mais je suis en mesure d'affirmer que… qu'elle… que je… qu'elle était étonnante. Pardonnez-moi, quand je lis les récits qu'ont écrit ceux qui l'ont connue, je ne peux m'empêcher de me sentir profondément éloignée d'elle. J'espère… trouver un jour quelque chose qui me rapproche d'elle, ainsi je serais peut-être… moins… tourmentée… finit-elle dans un murmure.

-Vous doutez toujours de votre identité ?

-Je…

L'Elfe se tut soudain et se prit la tête entre les mains, comme prise d'une violente douleur. Legolas n'eut pas le temps de réagir que déjà elle se reprenait et se levait d'un bond, les yeux exorbités. Il voulut la rasseoir, inquiet, mais elle dégagea son poignet et sortit de la pièce en disant :

-Il faut que je voie quelque chose…

Legolas se leva vivement à son tour et la rattrapa dans le couloir. Elle ne semblait pas absente ni dans une quelconque transe, mais au contraire bien éveillée et consciente de ce qu'elle faisait. Legolas ne comprenait pas, ni ce qu'elle devait voir, ni l'enchaînement des faits, bien trop rapide. Elle se dirigeait d'un bon pas vers la bibliothèque et y entra en coup de vent. Il la perdit de vue un instant, jusqu'à ce qu'un léger bruissement de papier parvienne à ses oreilles d'Elfe. Il la trouva devant une table, cherchant frébilement sur une liasse de parchemin. Il s'approcha et jeta un rapide coup d'œil sur le texte. Il fut surpris de ne pas reconnaître les signes.

-Où est-ce… marmonnait l'Elfe. Je suis pourtant sûre d'avoir recopié ce passage…

-Allez-vous enfin m'expliquer ? s'exclama Legolas.

Elle releva la tête et regarda droit devant elle, avec l'expression de quelqu'un qui cherche à retenir des images d'un rêve qui s'envole.

-Des montagnes, et un fort… Un gouffre… chuchota-t-elle avant de secouer la tête pour retourner à ses feuilles. Oubliez.

Mais Legolas n'avait aucunement l'intention d'oublier, ni même de baisser les bras. Il la prit par les épaules et la força à le regarder. Elle s'étonna de son air si sévère.

-Expliquez-vous, que s'est-il passé, tout à l'heure ? redemanda-t-il.

-Je… J'ai… bégaya Edhelwen, son excitation soudain retombée. J'ai vu une image… D'un lieu que je ne connais pas… Que je connais… J'en ai lu sa description… Mais je ne me rappelle pas…

-Décrivez-le moi, je pourrais peut-être vous aider… proposa Legolas.

Mais une crispation de douleur reprit l'Elfe un très court instant, et son visage s'illumina par la suite. Elle fixa Legolas dans les yeux avec un sourire triomphant.

-Je sais, je sais ce que j'ai vu, je viens de l'entendre… C'était le Gouffre de Helm… Je connais le Gouffre de Helm ! Je suis allée au Rohan ! s'écria-t-elle avec bonheur.

Le Prince aurait pu sourire si un détail ne l'avait pas autant gêné. Après tout, Edhelwen venait de retrouver un souvenir de son ancienne vie, ce qu'elle espérait ardemment depuis quelques jours. Mais quelque chose dans sa joie toute légitime et dans ses paroles lui faisait craindre que ce n'était pas tout à fait ce qu'ils attendaient. Ce qui aurait pu paraître pour du bonheur d'avoir enfin obtenu une bribe de son passé s'était ensuite mué en véritable ébahissement, comme si avoir vu le Gouffre était un immense honneur.

Mais peut-être se faisait-il des idées… Il n'allait tout de même pas tout voir en noir alors qu'elle allait enfin être en mesure de pouvoir répondre aux attentes de son peuple… Il se devait de partager sa joie, inconditionnellement. Aussi, en partie pour lui témoigner sa propre liesse et en partie pour lui cacher ses doutes, il la prit à nouveau dans ses bras.

×××××

Legolas errait un peu sans but à travers bois. Il ruminait les paroles d'Edhelwen. Cette jeune Elfe était surprenante au plus haut point, mais il commençait à s'y faire. Lentement… mais sûrement. Cette petite était en train de le changer, et ferait bien plus encore s'il n'y prenait pas garde. Il aurait eu du mal à l'admettre devant qui que ce soit, mais elle le domptait peu à peu, un peu comme les jumelles l'avaient fait avant elle.

C'était d'ailleurs en leur compagnie qu'il avait laissé la Princesse, avec la recommandation de ne la laisser seule sous aucun prétexte. Précaution superflue, car depuis qu'elles avaient appris la nouvelle tentative du tireur mystérieux contre elle, elles avaient juré à elles-même et au Prince que personne ne pourrait lui faire de mal en leur présence. Et puis… l'Elfe était heureuse en leur compagnie. Elles avaient été les premières à l'assurer d'une amitié non dédiée à l'ancienne Edhelwen, depuis son retour.

Il secoua la tête, agacé. Que lui avait-elle dit en le laissant partir ? Qu'elle ne se détachait de sa précieuse présence que pour lui permettre de parler enfin à son père, et que s'il s'avisait de revenir sans l'avoir fait, elle ne lui adresserait plus la parole avant leur retour à Fondcombe ! Elle était cruelle ! songea-t-il. Comment pouvait-elle lui faire un tel chantage avec ce sourire d'ange ? Elle était cruelle et bien plus maligne qu'il ne l'avait pensé. Il devrait éviter de la sous-estimer, à l'avenir !

Il se surprit à sourire. Qu'il était bête de penser de telles choses ! La jeune Edhelwen savait le prendre par les sentiments, voilà tout. Il lui suffisait d'apprendre à ne plus être si vulnérable face à elle, ou bien elle parviendrait à échapper au futur qu'il lui réservait à Valinor… Puis il prit conscience de ses pensées. Lui, faible ? Face à cette jeune rebelle ? Voilà qui s'avérait amusant ! Attendri, à la rigueur, bien qu'il ne soit guère du genre à s'attendrir facilement, mais affaibli ! Il lui prêtait trop d'influence, elle n'avait pas tant d'emprise sur lui ! « Eh bien… C'est tout de même grâce à elle que je suis ici à courir après mon père en balade je ne sais où… » pensa-t-il.

Il le trouva alors debout, droit comme un jeune arbre vaillant, les mains dans le dos. Il regardait d'un air songeur à travers les méandres de la forêt, comme en proie à une intense réflexion. Legolas hésita à le déranger. Son père, lorsqu'il méditait ainsi, pouvait être le plus compréhensif des êtres comme le plus redoutable, selon la nature de ses pensées. Mais de celles-ci, nul indice ne transparaissait jamais sur son visage, et l'on pouvait bien l'observer des heures, des jours durant, jamais personne ne parviendrait à tirer la moindre conclusion des plissements de son visage.

Alors qu'il regardait autour de lui, comme cherchant un encouragement ou au contraire une dénégation d'une créature absente, le Roi se tourna vers lui et après être resté un moment immobile à le fixer de loin, il lui fit signe de s'approcher. Le Prince s'avança alors en silence et se plaça aux côtés de son père, contemplant à son tour les sous-bois face à lui, comme s'il redoutait de croiser le regard de son père, qui n'aurait aucun mal à le percer à jour.

-Ainsi vous avez délaissé notre jeune Princesse… commença le Roi d'une voix grave mais peu élevée.

-Elle se trouve en bonne compagnie, père, répondit Legolas. Je crains qu'elle ne se soit pas facilement détachée de moi si ce n'était le cas.

-C'est une jeune femme pleine de bon sens, comme elle le fut autrefois, nota Thranduil. Quoi que l'on dise, il est des choses immuables chez les êtres, même les plus changés. Je devine ses angoisses et sais qu'elles sont probablement justifiées.

-Elle ne se reconnaît pas dans la Princesse dépeinte par les récits, acquiesça Legolas.

-Et il ne pourrait en être autrement… Elle est aussi éloignée de ce qu'elle fut qu'un orc peut l'être d'un Elfe. Elle en garde les fondements tout en étant à l'opposé de ses convictions de l'époque. Vois-tu, Legolas, j'aimais énormément Edhelwen, je la considérais comme une fille et je n'étais d'ailleurs pas le seul. Aradîn son père avait nombre d'alliés parmi les grand seigneurs de notre race, car toujours lui et les siens étaient prompts à aider leurs semblables…

Thranduil soupira.

-Peu à peu son peuple a disparu, leur nombre diminuait sans jamais augmenter, car ils avaient cessé depuis bien longtemps d'avoir des enfants, et ils étaient peu dès le départ. La… La mort d'Aradîn et de Laurëanor, la mère d'Edhelwen et d'Aranor, nous a tous beaucoup attristés. Aranor a surmonté sa peine et a pris la suite de son père à la tête de ce peuple nomade, et… sa sœur, encore si jeune en ce temps-là, a refoulé tout au fond d'elle la douleur de cette perte. Depuis ce jour elle a arboré ce masque d'indifférence qui ne l'a plus jamais quittée.

Il se tourna vers son fils et le regarda d'un air grave.

-La Princesse guerrière Edhelwen était peut-être juste et toujours combative, mais elle cachait ses émotions et ses sentiments derrière une apparence fière et dédaigneuse, et parfois absente, n'oublie jamais cela. Ce fut, j'imagine, l'erreur que nous fîmes tous, de croire qu'elle était réellement aussi forte qu'elle nous le montrait. Et ce fut peut-être ce qui la perdit, bien qu'aucun de nous n'accepte de l'admettre. Aussi j'aimerais que tu ne te fies jamais à ce qu'elle dévoile sur ses traits, mais que tu cherches au fond d'elle, toujours, la part de vérité, et les tourments qu'elle peut cacher. Tâche de ne pas répéter notre faute et de la protéger comme nous n'avons pu le faire, par ignorance volontaire.

-Que me racontez-vous ? murmura Legolas, totalement perdu. Je ne comprends pas…

Mais Thranduil reporta son attention sur la forêt devant lui et ne répondit pas. Après de longues minutes de silence, alors que Legolas s'apprêtait à insister, le Roi reprit la parole :

-Je sen que quelque chose te tracasse, mon fils. Tu n'étais pas venu pour que je te conte quelques bribes du passé de notre Princesse, n'est-ce pas ?

-Non, en effet…

Legolas hésita, puis se jeta finalement à l'eau. Edhelwen comptait sur lui pour enfin prendre ses responsabilités, c'était ses propres mots. Pouvait-il repartir sans avoir annoncé la nouvelle à son père ? Sans lui l'avoir affronté et lui avoir dit au revoir ? Cela n'était pas digne de lui.

-J'étais venu vous faire part d'une décision que j'ai prise. Je n'ai pas eu le courage de vous en parler plus tôt, car je craignais votre réaction…

-Quelle est cette décision ? demanda Thranduil, l'air soudain inquiet.

-Je me suis joint à la Compagnie qui se rend en Mordor détruire l'Unique…

Le cri d'indignation du Roi des Elfes Sylvains de Mirkwood résonna jusqu'au palais, qui rassura Edhelwen sur la parole du Prince mais qui lui fit craindre pour son propre bien. Et pour la place de Legolas au sein de la Communauté.

×××××

-Ah ça ! J'avais raison de redouter de le lui dire ! s'exclama Legolas.

-Ce n'est pas une raison pour vous défouler sur moi, je n'ai rien fait d'autre que vous faire prendre vos responsabilités ! Aïe !

-Excusez-moi, je vous ai fait mal ?

Edhelwen profita de ce qu'il baissait sa garde pour lui faire une prise qui le propulsa sans pitié à terre. Il ne se releva pas, se contentant de l'observer d'un regard noir, tandis qu'elle se laissait tomber près de lui, essoufflée.

-Vengée… marmonna-t-elle.

-J'espère bien, rétorqua le Prince. Je n'aurais pas aimé vous devoir encore quelque chose.

L'Elfe garda le silence, reprenant lentement son souffle, assise aux pieds du Prince toujours allongé au sol. Son visage avait pris une expression sérieuse et lointaine qui faisait toujours redouter le pire à Legolas. La dernière fois qu'elle avait eu ce regard, elle se préparait à presque lui ordonner d'aller voir son père…

-Quand partons-nous ? demanda-t-elle soudain, sans le regarder.

-Mon père doit encore décider si mon initiative est bonne ou si j'ai fait preuve de folie…

La jeune Elfe sembla bondir d'indignation et planta ses yeux dans ceux du Prince.

-Vous n'êtes pas fou, Legolas ! s'écria-t-elle. Ou si vous l'êtes c'est d'espoir ! Vous êtes ivre d'espoir, et c'est cette force qui vous permettra de continuer !

Elle se tut soudain et fronça les sourcils, avant de secouer la tête et de redevenir absente. Elle ne voulait pas inquiéter Legolas avec de vagues impressions. Pourtant… il lui avait semblé toucher quelque chose du doigt, un détail important, mais qui lui échappait maintenant qu'elle cherchait à le retenir. Mais elle finit par secouer la tête à nouveau, les yeux fermés.

-Qu'y a-t-il ? interrogea Legolas, presque malgré lui.

-Rien. Comme… un souvenir qui aurait voulu se rappeler à moi… C'est idiot, oubliez cela, lui dit-elle en souriant.

Il ne voyait pas pourquoi il aurait dû oublier, bien au contraire, mais il décida de ne pas insister. Que ne ferait-il pas pour ce beau sourire, au lieu de cette mélancolie qui assombrissait continuellement ses traits ?

×××××

Les jours suivants passèrent si vite qu'ils eurent tous deux l'impression de ne les avoir pas vécus. Les jumelles s'occupaient de leur petit couple favori avec leur dévotion et leur gaieté coutumières. Elles s'amusaient parfois à glisser de petites allusions à l'un ou à l'autre, s'amusant de les voir rougir en leur assurant qu'elles se faisaient des idées. Discrètement, elles gardaient un œil sur leur Princesse, de peur de la voir succomber à une troisième attaque.

Le Roi Thranduil et son sergent poursuivaient leurs investigations dans l'ombre, sans aucun résultat, mais avec un acharnement à la limite de l'obsession. En dépit de tout, Thranduil ne semblait pas vouloir pardonner à son fils la lourde décision que celui-ci avait prise. Il lui parlait toujours avec distance et sévérité, ce qui mettait Legolas au comble de l'inquiétude.

En vérité, le Roi avait plusieurs fois confié à Edhelwen ses véritables soucis. Jamais il n'avait considéré son fils comme un fou, bien au contraire, et Legolas venait de lui prouver une fois de plus son incroyable courage et sa bonté de cœur. Ainsi, Edhelwen savait ce que Legolas doutait à présent de jamais entendre un jour : Thranduil était fier de son fils. Simplement, il redoutait l'issue de cette quête, que tous qualifiaient de suicidaire. Il ne voulait pas perdre son fils, comme il avait perdu sa femme.

Forte de ce secret, Edhelwen avait souvent tenté d'arranger les choses. Elle rassurait Legolas comme elle le pouvait, se retenant à grand peine de dévoiler ces mots qui lui brûlaient les lèvres, et elle essayait de convaincre Thranduil de parler à son fils, de lui expliquer, le menaçant de le faire elle-même s'il ne se décidait pas, ce qui lui attirait toujours un regard peu convaincu du Roi. Si elle s'en amusait vaguement au début, elle avait fini par trouver cela de plus en plus dérangeant. Legolas ne souriait plus et se morfondait à longueur de temps.

-Je vais lui dire ! s'écria-t-elle un jour en entrant dans la salle du trône.

Les conseillers, désormais habitués à devoir laisser le Roi seul dès qu'elle apparaissait, ce qui devenait de plus en plus fréquent, s'éclipsèrent sans rechigner, résignés.

-Je vous jure que cette fois, ce ne sont en rien des paroles en l'air ! ajouta-t-elle.

Cette fois, contre toute attente, Thranduil la crut. Il prit un air sombre qui ne la dissuada pourtant pas de continuer. Il semblait soudain abattu.

-Je ne me sens pas capable de le lui dire… avoua-t-il d'un air piteux.

-Je le sais ! répliqua-t-elle, tout en faisant les cent pas devant lui, les nerfs à fleur de peau. Mais est-ce une raison pour le laisser dans u tel état ?

-Je le vois bien…

-Alors pourquoi ne faites-vous rien ? hurla-t-elle en s'arrêtant face à lui, au comble de l'énervement. Allez-vous le laisser sombrer sans rien faire ? Allez-vous le retenir ici de force ou au contraire le laisser partir là où son destin l'appelle ?

-Calmez-vous, Princesse, je vous en prie !

-Pardonnez-moi… murmura Edhelwen.

Elle se laissa tomber au sol, en tailleur, et cacha son visage dans ses bras. Thranduil l'observa un moment. Si passionnée, si sensible, dans tout ce qu'elle faisait… Cette passion ne l'avait jamais quittée, mais cette sensibilité était-elle sienne seulement dans sa nouvelle vie, ou Edhelwen avait-elle tout fait pour la cacher, la contenir, dans cette autre vie ?

-Vous l'aimez beaucoup, n'est-ce pas ? demanda-t-il doucement.

-J'aimerais surtout le voir sourire à nouveau, répondit-elle entre ses bras. Vous êtes son père, vous devriez comprendre cela.

Elle releva la tête vers lui. Il lut dans son regard une sincérité qu'il n'y en avait jamais lue avant sa disparition.

-Le laisserez-vous suivre son destin ? demanda-t-elle. Nous en avons déjà parlé, vous connaissez mon avis, ajouta-t-elle après un silence. Je sais, je sens qu'il doit y aller, qu'une partie de l'avenir de cette terre repose sur ses épaules. Vous savez que j'ai raison. L'empêcher de repartir à Fondcombe et de faire partie de la Communauté formée par le Seigneur Elrond serait une erreur. Si vous avez jamais fait à Edhelwen, vous devez me croire.

-Je… balbutia Thranduil.

-Faites quelque chose, supplia-t-elle. Je peux le faire pour vous mais cela n'aurait pas le même impact, pas la même authenticité. Vous devez lui parler.

Thranduil soupira.

-Par respect pour vous et pour notre amitié, ancienne et nouvelle, je le ferai, dit-il.

-Non. Par amour pour votre fils, vous le ferez, rectifia Edhelwen.

×××××

Edhelwen était attablée à la bibliothèque, devant son habituel amas de parchemins. Elle paraissait absorbée dans une lecture délicate. Ses notes incompréhensibles s'étalaient en tous sens sur une feuille posée près d'elle. Sa plume était abandonnée en travers des manuscrits.

Legolas hésita. Il l'avait cherchée dans le palais avant de se tourner tout naturellement vers ce lieu où il savait qu'elle aimait passer du temps – où elle avait manqué se faire tuer. Mais maintenant qu'il se trouvait là, à l'observer si concentrée, il ne savait plus ce qu'il était venu faire. Les jumelles la surveillaient discrètement, fidèles à leur promesse. Il leur adressa un signe de la main. Elles sourient en retour et s'en allèrent en riant sous cape. Il resta seul, les bras ballants, fixant Edhelwen comme s'il n'existait qu'elle dans la pièce.

Mais après tout, il était venu lui dire une chose qu'elle serait ravie d'entendre. Elle attendait cela avec une telle impatience… Il s'avança vers elle et elle releva aussitôt la tête.

-Prince ? s'étonna-t-elle. Que vous arrive-t-il ? Vous semblez plus soucieux que d'ordinaire…

-Puis-je ? demanda-t-il en désignant une chaise en face d'elle.

-Bien sûr.

Elle débarrassa vivement le coin de la table tandis qu'il s'asseyait. Puis elle joignit ses mains et attendit en le regardant interrogatrice.

-Êtes-vous venu me dire quelque chose ? demanda-t-elle devant son silence.

-Mon père m'autorise à partir, annonça Legolas de but en blanc. Je partirai bientôt pour les terres noires.

-C'est merveilleux ! s'exclama Edhelwen. Je suis soulagée pour vous, si vous saviez à quel point !

Le Prince se permit un léger sourire. Celui d'Edhelwen, en revanche, disparut progressivement, et elle finit par détourner la tête, morose. Il ne remarqua rien, ou fit semblant.

-Je vous remercie, dit-il. Je n'aurais jamais osé espérer qu'il me dise être fier de moi quant à cette décision.

-Douteriez-vous de l'amour que vous pore votre père ?

-Non… Je ne sais… avoua-t-il. Je craignais tant qu'il ne veuille pas que je reparte d'ici…

-Vous êtes son seul héritier, la seule famille qu'il lui reste…

-Vous êtes la seule famille d'Aranor, déclara alors Legolas d'un ton entendu.

-Vous savez bien que je n'ai plus rien en commun avec la sœur qu'il a perdue, rétorqua Edhelwen.

-Et s'il lui arrivait quelque chose, vous deviendriez la souveraine de votre peuple, ajouta-t-il.

-Souveraine ? Pourquoi voulez-vous qu'il lui arrive quoi que ce soit ?

-Une guerre se prépare, Princesse. Pensez que le pire peut arriver, à votre frère comme à vous. Vous avez chacun votre rôle : pour votre frère, celui de diriger votre peuple ; pour vous, celui de protéger votre vie. Vous savez les espoirs qui reposent sur vous.

-Mais où voulez-vous en venir ? s'écria-t-elle.

Elle le fixa d'un œil sévère. Elle se doutait de ce qu'il se préparait à dire, mais elle avait peur de comprendre.

-Je sais que vous désespérez de nous accompagner, se résigna-t-il à dire. Mais songez à ce que vous représentez : la Princesse d'un peuple en perdition, l'unique héritière de la couronne après votre frère ; pour lui, sa seule famille ; et l'Espoir pour tous les autres. Pour la race des Elfes, et pour vous, vous devez prendre le bateau pour Valinor…

-Il en est hors de question ! hurla-t-elle en se levant vivement, envoyant sa chaise au sol. Vous ne comprendrez donc jamais ? Vous profitez de la confiance que vous avez su obtenir de moi pour m'évincer ! Jamais je n'irai à Valinor ! Et ni vous ni personne ne m'empêcherez de suivre ma route ! Maintenant, j'ai du travail !

Comprenant qu'elle lui intimait de la laisser seule, Legolas se leva à contre-cœur. Les poings et les mâchoires de la jeune Elfe étaient serrés et ses yeux le fixaient d'une colère contenue. Il sentit qu'il avait été trop loin. Cette fois, elle ne lui pardonnerait pas facilement. Il s'éloigna, furieux contre lui-même et désespéré. Lorsqu'il disparut de la vue de la Princesse, il entendit un sanglot étouffé suivi d'un fracas, comme si elle s'était laissée tomber à terre. Il prit la fuite dès qu'il entendit les pleurs.

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Le départ de la Forêt Noire était ainsi prévue trois jours plus tard. Mais Edhelwen, absorbée dans la lecture d'un long récit qu'elle refusait de quitter, insista pour le retarder jusqu'au moment où elle aurait terminé ces parchemins. Thranduil accepta de bon cœur, convainquant son fils qu'il pouvait bien rester encore quelques jours. Legolas ne savait trop que penser. Elle savait qu'il ne pouvait partir à Fondcombe sans elle, son frère l'y attendait. Etait-ce sa façon d'échapper à Valinor ou de le punir ?

Il allait régulièrement l'observer à la bibliothèque. Parfois, elle le voyait, et l'invitait poliment à la rejoindre, mais jamais elle ne lui parlait de ce qu'elle lisait, et aucun n'abordait plus de sujet délicat, ni n'évoquait les accusations qu'elle avait proférées contre lui. Leur amitié était à présent entachée de tabous, et cela se ressentait dans la gêne qui s'intensifiait entre eux.

Deux jours après sa dispute avec Legolas, elle alla à nouveau trouver le Roi. Les conseillers, en grande conversation avec celui-ci, lui jetèrent un regard noir. Le sourire un peu troublé, elle s'assit en tailleur contre un mur pour attendre son tour, mais les vieux Elfes s'en allèrent en pestant sur un geste du Roi.

-Dame Edhelwen ? s'étonna-t-il. Que me vaut l'honneur de votre visite ?

-Je sais que vous vous demandez pourquoi je tiens tant à repousser notre retour à Fondcombe… expliqua-t-elle en lui offrant un air contrit.

-Je vois à votre visage que vous semblez soucieuse… nota-t-il avec perspicacité.

-Je… Oh ! Autant vous le dire, soupira-t-elle. Lui et moi avons eu un léger différent. Rien de grave… assura-t-elle alors que Thranduil allait prendre la parole. Mais… Que feriez-vous de moi ? Je veux dire, si vous aviez la responsabilité de ma vie ?

-Je ne vois pas ce que vous voulez dire…

-M'enverriez-vous à Valinor ?

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Hm… Je ne suis pas particulièrement fière de ce chapitre. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais il me semble très différent des précédents, dans le style comme dans l'histoire. Je verrai à remédier à cela. En attendant, je vais travailler sur le prochain chapitre qui, je l'espère et j'en suis sûre, sera plus intéressant (un peu d'action lol)

Voili voilà, à la prochaine ! (très bientôt j'espère, avant l'année prochaine en tout cas lol)

DreamAngel7 / Angel of Seven Dreams