Le buché avait été édifié dans la journée sur l'esplanade de terre battue à l'entrée du village. La dépouille du jeune homme reposait à son sommet, les bras croisé sur la poitrine. Les flambeaux épars peinaient à percer l'obscurité qui s'était abattue sur la vallée. Les villageois étaient venus nombreux pour assister aux funérailles bien que le défunt soit un parfait inconnu. C'était de leur devoir d'accompagner l'esprit du mort, et de voir œuvrer leur nouvelle prêtresse.
Wayane s'avança lentement vers le buché, et observa le visage de l'homme qui y avait trouver sa dernière couche. Il était si jeune…
Son attention fut un instant détournée par l'arrivée du groupe des étrangers. Ils étaient environ une dizaine, et tous sans exception portaient leurs armes. Ils se regroupèrent à l'autre extrémité du buché, leurs visages arboraient des mines sombres et affligées. Dissimulée par son voile, Wayane put à loisir examiner ces hommes à l'allure intimidante. Elle s'attarda sur celui qui semblait être leur leader, un homme élancé dont la chevelure blonde était nouées en une queue de cheval qui tombait sur ses épaules et dans son dos presque jusqu'à sa taille. Ils étaient assurément très différents des hommes du village. Avec une pincement au cœur de déception, Wayane ne trouva rien de familier à leur tenue, leur visage ou dans les yeux bleus azur de l'élégant commandant.
Ce dernier entama une éloge funèbre pour leur compagnon. Elle fut brève mais permit à tous les habitants du village de Ryoga de connaître un peu mieux celui qu'ils accueillaient parmi eux pour son dernier voyage.
Tandis que chacun des étrangers défilaient pour rendre un dernier hommage silencieux à leur ami, Wayane remarqua pour la première fois un homme qui se tenait un peu à l'écart, dissimulé dans les ombres au delà du cercle de lumière des flambeaux.
Il s'avança à son tour vers le buché pour adresser une prière muette aux corps étendu sur les branchages. Elle nota qu'il semblait différent de ses compagnons, mais elle ne parvint pas à comprendre d'où lui venait cette impression. Ses yeux sombres étaient secs et sa mâchoire crispée, pourtant il lui apparut comme celui qui semblait le plus affligé. Une bonne partie de son visage grave était dissimulé derrière de longues mèches de ses cheveux d'ébène.
Wayane frémit inexplicablement… la colère et le désespoir qu'elle lisait en lui au-delà des traits figés l'effraya.
Oga s'était approchée d'elle sans qu'elle s'en rende compte. Dans le silence général, la vieille femme déclama la prière qui annonçait à tous l'intervention de la prêtresse. C'était à Wayane de jouer son rôle désormais, et peut-être parviendrait-elle à alléger un peu le fardeaux de ces hommes en leur transmettant les dernières paroles de leur ami.
