Bonjour tout le monde !

Me revoilà pour le chapitre huit !

Merci à tous ceux qui ont laissé des reviews pour le précédent chapitre =)

Je devais normalement poster ce texte en deux chapitres, mais j'ai décidé de les rassembler, ce qui donne finalement un grand chapitre de plus de 20 pages word il me semble x) J'espère qu'il vous plaira ;) N'oubliez pas la petite review à la fin, ça fait toujours chaud au coeur =)

Bonne lecture à tous et à la semaine prochaine !


Nuit 2

21h15.

Cette fois, Drago avait fait le tour de toutes les chambres sans exception, avait ordonné à John et à ses deux amis de ne pas mettre leur musique à fond, à Andrew, Maxence et Grégoire de ne pas jouer jusqu'à des heures folles, aux filles de se tenir tranquille, à Arya de passer la nuit à la maison.

Si les trois premiers groupes d'enfants l'avaient écouté _ où avaient du moins feint de le faire _ la dernière l'avait totalement ignoré.

Il avait d'abord cru qu'elle s'était déjà enfuie, lorsqu'il avait trouvé la pièce vide à son entrée. Puis un bruit de papier l'avait fait se retourner et lever la tête.

La veille, il n'avait pas fait attention à l'aménagement de la pièce, plongée dans l'obscurité lorsqu'il était arrivé. Contrairement aux quelques chambres qu'il avait pu apercevoir depuis son arrivée, celle d'Arya était rudimentaire. D'un blanc ennuyeux relevé uniquement par quelques touches de vert foncé par-ci par-là, la pièce n'était en rien personnalisée. Aucune décoration ne venait briser la monotonie des murs, et les meubles de bois clair étaient disposés sans fantaisie aucune. Le lit accolé au mur du fond faisait face à l'armoire de la jeune fille, tandis que le bureau, placé immédiatement à gauche de la porte, était juxtaposé à un petit meuble cubique sans tiroir sur lequel Arya devait sans doute monter afin d'atteindre le hamac fait maison accroché à l'angle du mur.

C'est d'ailleurs là qu'elle se trouvait lorsque le Serpentard était passé la voir. Elle se balançait lentement de gauche à droite, une jambe passée par dessus le bord, un livre à la main et de petits embouts blancs enfoncés dans les oreilles. Elle ne lui avait prêté aucune attention.

- Cette nuit, tu restes ici ! lui avait-il ordonné. Je te préviens, si quand je repasse tu as disparu, tu entendras parler de moi !

Un seconde durant, elle avait posé sur lui des yeux dans lesquels brillait un éclat de moquerie, puis était retournée à sa lecture, sans émettre le moindre son, sans qu'une quelconque émotion ne fasse croire à Drago qu'elle l'avait écouté.

Exaspéré, le Serpentard avait soupiré d'agacement et était sorti en claquant une fois de plus la porte.

21h30.

Sa toilette finie, ses dents lavées et son pyjama enfilé, Drago redescendit pour une deuxième ronde dans les chambres, prêt à incendier le premier gamin qui ne lui aurait pas obéi.

Mais il n'eut pas à le faire.

A sa plus grande surprise, les dortoirs étaient calmes. Dans le Grand Salon, les plus jeunes filles qui la veille avaient jonchaient le dortoir de plume jouaient sagement à la poupée, non loin d'Andrew et de Grégoire, qui disputaient une partie d'échec. John, Marvin et Alec s'adonnaient aux mêmes activités que le soir précédent, mais avaient baissé le son de la Chaine Hifi à quelque chose de raisonnable, qui ne dérangerait pas les occupants des chambres voisines. En l'occurrence, qui ne le dérangerait pas, lui !

Drago eut du mal à cacher sa surprise en constatant que même Arya lui avait obéi, puisqu'elle était toujours dans son hamac lorsqu'il repassa dans sa chambre.

- Surpris, pas vrai ? lui lança-t-elle d'un ton moqueur en soufflant légèrement sur la mèche qui obscurcissait son œil droit.

Ne sachant que répondre, le Serpentard sortit de la pièce, hébété par la soudaine obéissance qui semblait avoir envahi la maison. Il regagna sa chambre, et s'endormit sans problème aucun.

21h50, dans une certaine chambre du deuxième étage.

- Vous croyez qu'il dort ? demanda John à ses deux amis.

Il arborait un air conspirateur et parlait à voix basse.

- Certainement, il est pire qu'une poule niveau horaire ! lui répondit Marvin en passant une main dans ses cheveux noirs dans une vaine tentative pour les recoiffer.

Alec sourit, et farfouilla dans le tiroir de la commode.

- J'espère que ça va marcher, dit-il en sortant une petite bourse de sous un tas de T-shirt.

- Fred et George m'ont assuré que ça fonctionnait à merveille quand je le leur ai acheté ! le rassura Marvin en ouvrant silencieusement la porte. Ca m'étonne qu'ils aient tous tenu parole, ajouta-t-il en s'apercevant que le couloir était calme et vide.

- C'est surtout Arya qui m'a étonné sur ce coup, déclara John d'un air pensif et rêveur en suivant ses amis hors de la pièce.

Ces derniers levèrent tous deux les yeux aux ciel. Ils longèrent le second couloir jusqu'à la chambre du fond. Le petit chevalier qui gardait la pièce somnolait, appuyé sur son épée. Alec sortit un tube du petit sac qu'il avait pris dans le tiroir tantôt.

- Quand même, reprit Marvin, on aurait pu attendre demain soir pour essayer ! C'était marrant hier !

- Ouais, jusqu'à ce qu'il menace de nous emporter la chaîne ! Il l'aurait fait en plus, cet idiot ! répliqua John.

- Vous allez vous taire oui ! intervint Alec. On est juste devant sa porte je vous rappelle, s'il ne dort pas encore, il va nous entendre ! Bon, alors, ça marche comment ce truc ? «Appliquez une ligne fine sur l'encadrement des portes à insonoriser et blablabla. » Les effets durent 3 heures, ce qui veut dire qu'à une heure moins dix maximum, tout le monde doit éteindre et aller se coucher, expliqua Alec. Enfin, avant, puisque Hermione sera revenue pour 23 heures, voire même plus tôt.

- Inutile de se fixer un horaire autre qu'une heure ! Hermione rentre bien avant 23h, mais elle fait comme si elle n'était pas là ! Elle insonorise sa chambre. Je crois qu'elle veut laisser Drago se dépatouiller avec nous, dit Marvin.

- Pourtant j'ai entendu dire hier qu'elle devait manger avec des collègues, s'étonna John.

- Ouais, avec deux aurors. Mais pas jusque vingt-trois heures ! Elle était rentrée à dix heures !

- Ah okay. Je ne la savais pas comme ça.

Alec déposa alors une ligne de substance blanche sur le contour de la porte de la chambre de Drago. Lorsque le garçon eut bouclé le rectangle qu'il avait entrepris de dessiner, le liquide brilla une seconde puis disparut dans le bois de la porte.

Pour quelqu'un qui ne savait pas de quoi il s'agissait, le contenu du tube aurait pu s'avérer n'être qu'un quelconque onguent.

Il n'en était rien.

Fred et George Weasley avaient mis au point ce nouveau produit quelques mois plus tôt à la demande d'élèves de Poudlard qui voulaient pouvoir fêter la victoire de leur maison en Quidditch en toute liberté, sans ameuter Rusard ou Miss Teigne, et surtout, sans devoir aller se coucher avant minuit.

Bien évidemment, Marvin, John et Alec étaient de ses élèves. Ils avaient d'ailleurs chacun un poste réservé dans la boutique des deux Weasley, qui les auraient déjà embauchés comme associés si Hermione ne s'y était pas fermement opposée. « Les études passent avant la création de gadgets à l'utilité douteuse ! » s'était-elle écriée lorsque Fred et George s'étaient présentés au manoir pour lui faire signer les contrats d'embauche des trois adolescents.

Les trois compères échangèrent un sourire.

- Va quand même falloir faire un test, hasarda soudain Marvin.

- Je m'en charge ! s'exclama John, que l'idée de réveiller Drago si le produit ne marchait pas semblait ravir. MALFOY ! hurla-t-il alors en tambourinant comme un fou furieux contre le battant de la porte. OH HEY ! DRAGO !

Aucun réponse ne lui parvint. Même le portrait resta endormi.

- Efficace ! commenta-t-il dans un sifflement admiratif.

- Plus jamais je ne douterai des jumeaux ! renchérit Alec avec un grand sourire.

Puis il s'élança dans le couloir en riant et criant.

- TOUT LE MONDE DEBOUT ! LA NUIT NE FAIT QUE COMMENCER !

Des exclamations joyeuses s'élevèrent dans le manoir alors qu'une animation croissante envahissait les lieux.

Les filles reprirent leur bataille d'oreillers interrompue, Andrew et ses amis envahirent le salon pour une partie d'X-box animée, d'autres encore entamèrent un jeu de poursuite à travers les couloirs.

Hilares, Marvin, John et Alec regagnèrent leur chambre, très fiers d'eux-mêmes. Une musique assourdissante retentit bientôt, et les quelques enfants qui avaient espéré un sommeil paisible ne purent que s'en prendre aux jumeaux Weasley et à leurs inventions farfelues.

Loin de toute cette agitation, une jeune fille s'enfonçait paisiblement dans les bois au rythme des pas de sa monture. Et lorsqu'elle reviendrait, son lit était prêt dans le box de sa jument.


Lorsque Drago se réveilla le lendemain, il fut surpris de constater qu'il avait bien dormi. Aucun bruit n'était venu troubler son sommeil, et il se demanda un instant s'il ne devait pas se méfier plus que cela, avant d'oublier totalement cette idée en réalisant que c'était aujourd'hui qu'il pouvait retirer l'attelle qu'il avait aux doigts. Il la détacha aussitôt et la rangea dans un tiroir de sa salle de bain.

Granger était déjà partie travailler, et cette fois, cela arrangea totalement le jeune Malfoy, qui s'autorisa un vol en balai dans le parc puisqu'il avait retrouvé l'usage entier de ses doigts.

Le soir venu, il précéda comme la veille, et c'est très fier de lui qu'il regagna sa chambre, s'apprêtant à passer une nuit de profond sommeil.

Nuit 3.

21h25

- Oh non, ce mec est débile ! Il a vraiment cru qu'on était resté calme hier ! se moqua John alors que Marvin rebouchait le tube d'insonorisation.

- Johnny, n'exagère rien ! le morigéna gentiment Alec. Ce n'est pas parce que tu le détestes qu'il est forcément débile ! Je te rappelle qu'en plus, il ne nous connaît pas comme nous connaissent Mione et Logan ! Non, moi je le trouve plutôt courageux, parce quand même, il en faut du courage pour nous surveiller sans devenir fou !

Le blond renifla de dédain, dégoûté par le presque-compliment.

- Fou, il y est déjà, de toute façon ! grimaça-t-il, plein de mauvaise foi.

- Il faudrait peut-être insonoriser les chambres de ceux qui veulent dormir, vous ne pensez pas ? demanda judicieusement Marvin après avoir aperçu un des gamins refermer la porte de sa chambre d'un air dépité après les avoir observés.

- Pas bête, il ne faudrait pas qu'ils aillent se plaindre à Drago qu'ils n'arrivent pas à dormir ! acquiesça Alec.

- Et ça serait plus sympa pour eux, renchérit John.

Ils passèrent le quart d'heure suivant à déposer une fine ligne de la création des Weasley sur certaines portes, puis annoncèrent aux insomniaques dans leur genre qu'ils pouvaient se lever.

Alors que les trois jeunes hommes descendaient l'escalier pour rejoindre la cuisine _ où ils comptaient prendre des provisions pour une soirée vidéo _ John s'arrêta au niveau du couloir des filles et alla ouvrir une porte à sa gauche.

Alec et Marvin échangèrent un regard exaspéré.

- John, tu sais parfaitement qu'elle est déjà partie ! soupira l'athlète alors que son ami ressortait de la chambre, l'air bougon.

- C'était juste histoire de vérifier ! se défendit-il. Et puis, elle ne nous a même pas remercié ! Après tout, c'est grâce à nous si elle peut sortir la nuit !

- Tu sais également que même si on ne faisait rien, elle sortirait quand même ! marmonna Marvin, que l'obstination de son deuxième meilleur ami agaçait.

John marmonna quelque chose d'incompréhensible et descendit aux cuisines, suivi des deux autres adolescents.

22h56.

Drago papillonna des yeux, encore endormi. Son inconscient venait de lui rappeler qu'il n'était pas repassé par la chambre d'Arya, et il craignait que la jeune fille ne se soit une fois de plus éclipsée en douce.

Il se força à se lever et à marcher jusqu'à la porte de sa chambre, qu'il ouvrit en baillant.

Le bruit assourdissant qui lui déchira les tympans le réveilla entièrement et instantanément, et il ne lui fallut qu'une poignée de secondes pour comprendre que les odieux protégés de Granger s'étaient roulés de lui.

Il se précipita dans le salon, où tous les ados de l'âge d'Andrew et Grégoire semblaient s'être donnés rendez-vous et hurlaient comme des fous en sautillant devant leur stupide console.

- REGAGNEZ TOUT DE SUITE VOS CHAMBRES ! s'égosilla Drago.

Un dizaine de têtes se tournèrent vers lui.

- Merde, la potion a foiré ! Dégagez tous ! s'écria un môme plus âgé.

Riant aux éclats, les mioches sortirent du salon en bousculant le jeune Malfoy et s'enfuirent dans les couloirs en avertissant leurs camarades. Une subite effervescence se répandit alors comme une traîné de poudre dans toute l'enceinte de la maison.

Le Serpentard se lança à la poursuite des fuyards, et déboula comme un fou furieux dans le dortoir des filles, transformé pour l'occasion en salle vidéo emplumée. Evidemment, la pièce était vide, ses occupants ayant déguerpis lors de l'alerte.

Alors que Drago s'apprêtait à aller passer le savon de leur vie aux responsables de ce désastre _ qui ne pouvaient être que John, Marvin, et Alec, il n'avait aucun doute là-dessus _ il se rappela alors la raison pour laquelle il s'était éveillé.

Il retint un cri de rage en constatant que la chambre d'Arya était vide, et il referma vivement la porte. C'est hors de lui qu'il ouvrit celle de la chambre des trois fauteurs de trouble.

- ALLEZ VOUS COUCHER ! TOUT DE SUITE ! aboya-t-il.

Un air surpris passa sur le visage des trois adolescents, vitre remplacé par un air joyeux pour deux d'entre eux.

- Drago ! Ca faisait longtemps ! s'exclama gaiement Alec.

- Qu'est-ce que tu fais ? s'alarma Marvin alors que Drago tirait vivement sur le câble de la chaîne Hifi.

La prise se débrancha et la musique se stoppa soudainement dans un étrange grésillement.

- Non mais…

- Je ne veux plus Jamais entendre ce stupide engin le soir ! tonna le Serpentard. Et maintenant, vous éteignez et vous allez vous coucher !

- Mais il est à peine…

- PAS DE MAIS ! vociféra l'héritier Malfoy.

En râlant et jurant, les trois adolescents se glissèrent dans leur lit respectif et éteignirent la lampe de chevet.

- Content ? marmonna John en lançant un regard noir à Drago.

- Et croyez bien que je toucherai deux mots sur votre compte à Granger ! ajouta-t-il avec humeur avant de sortir à grands pas de leur chambre, la chaîne Hifi sous le bras.

23h21.

- Non mais qu'est-ce que… murmura le Serpentard en se retournant dans son lit, encore endormi.

Il s'en sortiraaaaa toujours à temps
Tel l'aventurier solitaire
Bob Morane est le roi de la gueeeeeeeerre.

- Ah non, ils ne vont pas recommencer !

Drago repoussa vivement sa couette, bondit hors de son lit, et traversa hâtivement le couloir pour ouvrir une fois de plus la porte de la chambre de John, Marvin et Alec. Il se figea une seconde sur le pas de la porte.

Un petit appareil, celui sur lequel Alec pianotait la veille, était posé sur la table de chevet et diffusait une musique instrumentale à plein volume. Debout sur le bureau, John, riant aux éclats, dansait comme un gamin en chantant à tue-tête les paroles d'une chanson française, l'égratignant sans aucune pitié. Allongés en travers de leur lits, pliés de rire, Marvin et Alex observaient le spectacle, le premier accoudé sur la barre du lit supérieur du lit superposé, le deuxième en travers du lit simple.

Et soudain surgit face au vennnnnt
Le vrai héros de tous les temmmmps
Bob Morane contre tout chacal
L'aventurier contre tout guerrier
Bob Morane contre tout chacal

L'aventurier contre tout guerrierrrrrr

- Non mais qu'est-ce que c'est que ce bordel ! hurla le Serpentard.

John s'interrompit dans sa splendide chorégraphie et se tourna vers lui en faisant une révérence.

- Plait-il ? Lança-t-il avec un sourire.

- Tu nous as pris notre radio, du coup on chante nos siks nous même ! S'exclama Alec.

- Arrêtez moi ces conneries tout de suite !

- T'aime pas ? demanda Marvin, rieur. Johnny, t'as pas autre chose en réserve ?

- Euh att une seconde….

- We Are The Champions ?

- Oh non, je n'y arrive pas celle là.

- Arrête, tu gères là-dessus ! Allez ! insista Alec.

- Okay, okay, change la musiq…

- Hors de question ! Vous allez dormir sur le champ ! Vous aurez tout le temps de chanter demain ! le coupa Drago, furax.

Loin de l'écouter, l'athlète s'empara du boîtier métallique et changea la musique qu'il diffusait. A deux doigts d'éclater de rire, John se lança.

- John ! Descend de là tout de suite ! somma le Serpentard.

Etrangement, il s'exécuta. Mais pas comme l'aurait voulu Drago. Son ami monta le son, et John sauta à bas du bureau, atterrit sur le tapis à genoux pour se mettre à chanter de plus belle. Marvin hurla de rire et roula sur le dos, manquant de passer par dessus la barre du lit superposé.

Soudain, la musique s'éteignit et l'appareil métallique s'éleva dans les airs.

- Oh nooon, se lamenta John en se relevant.

- Mione, s'il te plait, pour une fois, demanda Alec en se tournant vers la porte.

Drago se retourna vivement, douché. Derrière lui se tenait Granger, baguette levée, main droite tendue. Le petit boîtier grisé vint se poser dans sa paume ouverte.

- Pour une fois ! s'esclaffa-t-elle. Non mais oh, tu ne te fous pas un peu de moi là ? Ca fait deux jours que vous profitez de le naïveté de Malfoy et de son incapacité à utiliser la magie pour passer vos soirées à écouter vos musiques !

- N'importe qu…

- Marvin, s'il te plait, tu sais très bien que j'ai raison.

Le jeune homme lui fit la grimace, tel un gamin de 5 ans, et se retourna pour bouder tranquillement.

- Alec, téléphone.

- Mais Hermione, je suis en pleine convers' SMS là ! s'écria-t-il, horrifié.

- Ne m'oblige pas à venir le chercher !

- Mais c'est le mien en plus ! s'étrangla Marvin.

- Tant pis !

En soupirant, l'athlète se leva et lui donna un second petit boiter bleuté semblable en tous points à celui grisé sous le regard catastrophé de Marvin.

- Merci. Et maintenant, au lit. Sur le champ ! ajouta fermement la Gryffondor alors que John ouvrait la bouche pour répliquer.

L'adolescent marmonna une phrase inintelligible, mais se glissa tout de même sous la couette de son lit .

- Bonne nuit.

- Nuit', répondirent les trois garçons avant qu'elle n'éteigne la lumière.

Ignorant superbement le Serpentard, Hermione s'engagea dans les escaliers pour rejoindre sa chambre.

- Granger, attend ! la rappela-t-il.

Elle ne s'arrêta pas, ne fit même pas mine de l'avoir entendu, et descendit dans le couloir des dortoirs des filles.

- Granger ! Qu'est-ce que tu fais le soir, pour rentrer à des heures pareilles !

- Rien qui te regarde, siffla-t-elle en refermant la porte de la chambre d'Arya. D'ailleurs, je vais te poser la même question ! Tu es censé surveiller les gamins, alors pourquoi, quand je rentre, c'est la pagaille ?

- Parlons-en, justement, des gamins ! répliqua-t-il. Tu aurais peut-être pu me mettre au courant de l'insomnie de certains, de la manie de s'exploser les tympans des autres, de l'habitude de s'irriter les yeux toute la nuit de Grégoire et de ses copains, et surtout, tu aurais pu me dire qu'Arya se barrait dès qu'on avait le dos tourné ! se récria Drago, furieux.

- Tu es là pour les surveiller Malfoy ! Et je t'avais dis d'apprendre un minimum à les connaître si tu ne voulais pas te faire bouffer ! rétorqua la jeune femme.

- Donc…

- Je n'ai aucun compte à te rendre, maintenant, tu es gentil, tu me laisses tranquille et tu retournes te coucher !

Et elle s'enferma dans sa chambre sans un mot de plus, laissant un Drago fulminant dans le couloir.


C'est donc de mauvaise humeur qu'il descendit prendre son petit déjeuner le lendemain matin. Andrew et Grégoire vinrent se joindre à lui, mais il les ignora totalement. Après tout, eux aussi avaient profité de « sa naïveté et de son incapacité à utiliser la magie » pour jouer le soir.

- Dray, pourquoi tu ne dis rien ! lui demanda tristement Grégoire pour la troisième fois.

- …

- C'est parce qu'on ne t'a pas obéi hier et avant-hier soir ? demanda Andrew.

- Avant hier soir ? s'écria soudain Drago, le faisant sursauter. Parce non seulement vous vous êtes foutus de moi hier, mais aussi avant hier ?

- Andrew t'es vraiment con par moment ! marmonna Grégoire en lançant un regard furieux à son frère, qui rougit honteusement.

- Alors là, c'est la meilleur ! Et après tu me demandes pourquoi je ne dis rien ? s'énerva le Serpentard.

- Désolé Dray.

Mais le jeune homme était déjà parti.

Il partagea une fois de plus sa journée entre la lecture le matin, et le vol l'après-midi. C'est fatigué mais plus calme qu'il se laissa tomber sur son lit vers 17 heure, dégoulinant de sueur. La température extérieure frisée les 28 degrés, et il avait passé plus de 4 heures sous le Soleil tapant.

Alors qu'il sortait de sa salle de bain après être passé sous la douche, on frappa à sa porte, et le portrait laissa entrer la personne sans même demander la permission au blond, lui faisant ainsi comprendre qu'il n'aimait pas ses manières peu courtoises.

Grégoire poussa timidement le battant de la porte.

- Drago ?

Le concerné soupira. L'adolescent allait à coup sûr lui demander s'il était encore fâché, et pourquoi, et jusque quand, et d'autres questions du même type.

- Ouiiii ?

- Blaise est dans le hall, il veut te parler.

Ah, si c'était pour Blaise, ça allait. Drago se sécha rapidement les cheveux puis descendit dans le hall, suivi de Grégoire, qui se gardait bien de parler pour ne pas l'énerver.

- Salut Dray ! l'accueillit gaiement Blaise en le voyant arriver.

- Lut' !

- Et ben, tu n'as pas l'air d'être au meilleur de ta forme ! Pourtant, on m'a dit que tu avais bien récupéré depuis ton passage à... tu sais où, finit-il, mal à l'aise.

- Qui est-ce qui t'as dit ça ?

- Hermione.

- Ah, oui, j'oubliais que tu avais fait ami-ami avec Miss-Je-Sais-Tout ! se rappela Drago à voix haute avec un rictus dégoûté.

Il éprouva un plaisir sadique à voir Blaise rouler des yeux.

- Je vois que tes relations avec elle ne se sont guère améliorées ! remarqua le métis alors que Grégoire s'éclipsait pour les laisser parler tranquillement.

Alec, Marvin et John descendirent des dortoirs en parlant et riant gaiement, comme à leur habitude, et serrèrent la main de Blaise avant d'aller s'enfermer dans le grand salon, où se fit bientôt entendre la traditionnelle musique assourdissante qui envahissait chaque lieu où les trois jeunes hommes se trouvaient. Drago les suivit du regard avec des yeux sombres.

- Que tu es perspicace, mon cher Blaise ! reprit-t-il avec sarcasme, reportant son attention sur son ami. Navré de te décevoir, mais jamais je ne pourrais m'entendre avec une sang-de-bourbe sbire de Potter, qui me laisse m'occuper tout seul de 32 gamins surexcités et qui fait tout pour me pourrir la vie et me renvoyer à Azkaban ! s'insurgea-t-il, sa voix allant crescendo.

- Tu es toujours aussi têtu ! soupira son ancien camarde de classe. Combien de fois faudra-t-il qu'on te répète que ce n'est pas de sa faute si tu t'es fait tabasser par ton ex-gardien ?

- Des milliards de fois si tu veux, je ne vous croirai jamais ! Elle a fait exprès de me laisser en plan en sachant que j'allais me perdre ! Même toi tu ne comprends pas ça ! J'en attendais plus venant de mon meilleur ami ! Quoiqu'un meilleur ami serait venu voir par lui même si j'allais bien plutôt que de demander à ma pire ennemie qui, même si j'étais sur le point de crever, t'assurerait que j'irais bien ! s'enflamma Drago, soudain énervé.

Car après tout, c'était lui la victime dans l'histoire ! Et Blaise était censé être son meilleur ami à lui, pas celui de Granger ! Qu'il soit ami avec elle était déjà assez agaçant comme cela, mais qu'il la défende, elle, et pas lui, était plus qu'il ne pouvait en supporter ! Alors oui, il était énervé ! Et sa colère était bien légitime !

- Et moi je pensais que tu avais un peu plus confiance en moi ! répliqua Blaise d'un ton mordant, furieux lui aussi. Premièrement, je me suis inquiété pour toi, et je serais passé plus tôt si Hermione ne m'avais pas rassuré en m'expliquant qu'elle t'avait donné ce qu'elle avait de mieux pour que tu sois sur pieds rapidement ! Je te signale également que je Travaille et que je ne fais pas ce que je veux de mes journée ! Et deuxièmement, « ta pire ennemie » comme tu dis, n'est pas du genre à mentir sur l'état de santé de quelqu'un ! Si tu veux tout savoir, elle m'a avoué que ton bras gauche l'inquiétait grandement, car il ne cicatrisait pas très rapidement ! Par la même occasion, je te signale aussi que la « sang-de-bourbe » sbire de Potter est devenue mon amie, et que je n'aime pas qu'on l'insulte de cette sorte !

- Tu… commença Drago.

- Oui je sais, je suis aveugle, elle n'est pas celle que je crois, elle est affreuse, méchante, cruelle, et tout ce que tu veux d'autre ! Elle t'a peut-être forcé la main pour tu sortes sur le Chemin de Traverse, mais n'empêche que c'est grâce à elle que tu es revenu d'Azkaban la deuxième fois ! Et oui, Uitiosus voulait que tu restes là-bas, et si Hermione n'avait pas insisté pour qu'on la laisse te ramener, tu serais de nouveau enfermé là-bas, tes côtes et tes phalanges toujours en morceaux ! Alors même si elle s'est plantée pour le Chemin de Traverse, ne lui reproche pas tous les tords non plus ! Elle ne pouvait pas savoir que les gardes d'Azkaban te tomberaient dessus !

- Je... tenta l'héritier Malfoy.

- Alors maintenant, tu m'excuseras, mais j'ai autre chose à faire que d'entendre tes jérémiades ! Le coupa Blaise, furieux, sans lui laisser le temps d'en placer une. Si elle te laisse tout seul avec les gosses, c'est qu'elle n'aime pas se faire entendre dire que c'est de sa faute si tu t'es retrouvé de nouveau à Azkaban alors qu'elle a tout fait pour t'en faire sortir ! conclut-il après avoir déballé tout ce qu'il avait sur le cœur.

Et sur ce, il disparut par cheminée, laissant Drago tout seul au milieu du grand hall du manoir. Le Serpentard soupira et passa une main lasse sur son visage. Décidément, se mettre tout le monde à dos était devenu chez lui une manie, ces derniers temps. D'abord Granger, puis Arya, même si elle n'avait pas eu besoin de lui pour le détester, et maintenant Blaise.

Dépité, il alla se réfugier dans l'endroit le plus invraisemblable pour lui : dans l'arbre aux imposantes branches, dans la pâture qui s'étendait derrière le manoir, là où il avait déjà trouvé refuge le jour de son arrivée.

Il s'adossa contre le tronc, l'épais feuillage le protégeant de la chaleur du soleil, et entreprit de réfléchir à tout ce que venait de lui dire Blaise.

Même s'il se disait qu'elle avait fait cela par intérêt, il n'arrivait tout simplement pas à s'imaginer Granger entrain de plaider sa cause auprès de Uitiosus pour qu'il sorte d'Azkaban.

C'était tout bonnement impossible. Granger, malgré qu'elle se soit embellie avec l'âge, restait toujours l'horrible Gryffondor , Miss-Je-Sais-Tout, Rat de Bibliothèque que Drago avait connu à Poudlard.

- Pauvre Blaise, et dire qu'il croit vraiment que c'est grâce à elle que je suis rentré ! soupira-t-il en fermant les yeux, laissant le vent tiède de cette fin d'après-midi balayer doucement son visage et ses cheveux.

- Il n'a pas tout à fait tord.

Drago rouvrit vivement les yeux et leva la tête. Son humeur chuta d'un cran de plus.

Perchée à environ deux mètres au-dessus de lui, Arya le regardait, la tête légèrement penchée sur le côté, si bien que sa mèche ne recouvrait plus son œil droit.

- Qu'est-ce que tu fous dans Mon arbre ! s'insurgea-t-il.

A vrai dire, il était plus énervé par le fait qu'elle l'ait surpris plongé dans ses pensées plutôt que par sa présence.

- Cet arbre n'est à personne ! répliqua-t-elle.

- Fais ce que tu veux après tout, je m'en fous, lui lança-t-il alors, ayant d'autres choses à penser.

Il l'entendit bouger, et, levant de nouveau les yeux vers elle, il constata, horrifié, qu'elle descendait pour venir à côté de lui.

- Tu vas tomber, tu es complètement malade ma parole ! s'écria-t-il.

Elle ne répondit pas. Passant ses jambes par dessus là branche sur laquelle elle était assise, elle les laissa se balancer au dessus du vide un moment, puis sauta, atterrit sur une branche inférieure, s'agrippa à une troisième branche pour garder son équilibre, puis descendit habilement sur la branche où était assis Drago, qui, incrédule, la contempla quelques secondes avant de reprendre ses esprits.

- Alors, on s'est embrouillé avec Blaise, hein ? demanda-t-elle avec un sourire mesquin.

- Et puis, pourquoi tu me parles toi déjà ? attaqua-t-il.

Elle recouvra son sérieux et sembla réfléchir à la réponse quelques secondes.

- Parce que je t'aime bien, déclara-t-elle finalement.

Le Serpentard ouvrit de grands yeux ahuris. Il s'était attendu à toutes les réponses sauf à celle là.

- Ce n'est pas l'impression que tu donnes en tout cas ! rétorqua-t-il, peu convaincu. Dès que j'arrive à un endroit où tu es, tu t'en vas ! Et les quelques mots que tu m'as adressé n'étaient pas des plus aimables ! Sans compter que tu me donnes bien du fil à retordre à passer tes nuits dehors !

La rouquine haussa les épaules, nullement coupable.

- C'est vrai, mais je t'aime bien quand même. Alors, avec Blaise, vous vous êtes disputés ?

Le regard de Drago croisa le sien, et il se retrouva malgré lui à dire la vérité face à ces yeux sombres et profonds.

- Cet idiot croit dur comme fer que Granger n'est pas responsable de mon retour à Azkaban !

- Parce que toi tu es sûr du contraire ? rétorqua-t-elle.

- Oui ! … J'en sais rien, à vrai dire. Disons que… ça serait tellement logique ! Elle me déteste, et ça serait une parfaite vengeance des 7 ans d'insultes et de coups bas que je lui ai fait endurer à Poudlard mais en même temps… ça ne lui ressemblerait pas. Potter, Weasley, oui, mais pas Granger !

Il soupira et enfouit son visage dans ses mains, catastrophé. Il venait de faire un semblant de compliment sur la Gryffondor !

- Elle n'a pas mis longtemps avant de réaliser que tu avais disparu. Elle était un peu énervée en sortant de la librairie. Je pense qu'elle voulait que tu te débrouilles un peu tout seul au milieu des gens. Mais elle est vite revenue sur sa décision, et elle s'est retournée pour voir si tu n'avais pas de problème, dit alors Arya, en regardant un point fixe au loin. Quand elle a vu que tu n'étais plus derrière nous, elle est devenue livide et t'a cherché pendant plus d'une heure. Puis une fillette est venue la trouver, affolée, et l'a prévenue qu'un homme t'avait emmené en te tabassant. Hermione a d'abord cru qu'on t'avait enlevé pour une quelconque vengeance, et elle nous a tous ramené ici pour ensuite partir te chercher plus librement. Evidemment, ça lui aurait pris moins de temps si John et compagnie n'étaient pas rentrés bourrés ! pesta-t-elle. La tête de Uitiosus est apparue dans la cheminée au moment où elle allait partir. Cet idiot, tout content, lui a appris que l'on t'avait retrouvé errant sur le Chemin de Traverse, terrifiant tous les passants.

Elle se tut, et un sourire mauvais se dessina sur ses lèvres avant qu'elle ne continue.

- Hermione s'est immobilisée une seconde puis… elle s'est mise à lui hurler dessus comme une furie ! J'ai cru qu'elle allait lui lancer un sortilège à la figure tant elle était énervée ! Ca aurait été amusant ! Sourit-elle. Elle l'a presque chassé puis est partie pour Azkaban. Tu es revenu environ deux heures après, et elle traitait encore Uitiosus de tous les noms en sortant de ta chambre, finit-elle.

Choqué, Drago resta coi quelques secondes.

- Elle a vraiment hurlé sur Uitiosus ? chuchota-t-il.

- Pour sûr ! Il a vite regretté de s'être pointé quand il a vu l'état dans lequel elle était !

Elle n'avait donc pas prévu qu'il se perde sur le Chemin de Traverse et qu'on le ramène à Azkaban... Finalement, elle n'était pas responsable du sale quart d'heure qu'il avait passé, même s'il lui en voulait de l'avoir laissé derrière.

Cependant, comme l'avait dit Blaise, il l'avait accusée à tord, d'où les heures supplémentaires de nounou qu'il effectuait. Ses yeux croisèrent ceux d'Arya dans une question muette. Elle haussa les épaules.

- C'est toi qui vois, c'est ta décision, pas la mienne. Dans les deux cas, tu es obligé de rester ici. A toi de voir si tu préfères vivre un cauchemar ou vivre dans une « bonne ambiance ».

Il y eut un silence durant lequel chacun se perdit dans ses pensées.

- Et toi ? Qu'est-ce que tu fais perchée en haut d'un arbre ? Tu n'as pas d'amis avec qui t'amuser ? demanda-t-il soudain.

- Non… Enfin, il y a bien Yumi, mais elle n'arrête pas de jacasser, c'est saoulant ! Je préfère être seule, c'est beaucoup plus reposant.

Elle sourit sur le dernier mot.

- Où est-ce que tu vas ? s'étonna Drago alors qu'elle amorçait une descente.

- J'ai promis une balade à Laslo.

- Laslo…Qu'est-ce que… s'alarma-t-il.

Il n'eut pas le temps de la retenir, que déjà elle sautait dans une chute d'environ trois mètres de haut. Elle se réceptionna souplement et partit en courant vers l'écurie, laissant derrière elle un Drago bouche bée. Il cligna plusieurs fois des yeux, et se demanda une seconde si elle n'était pas réellement folle.

Revenant à ses soucis, il s'efforça d'oublier la jeune fille et ses acrobaties pour revenir à sa dispute avec Blaise et à ce qui le préoccupait le plus : devait-il s'excuser auprès de Granger, ou pas ?


La porte d'entrée du manoir se referma dans un bruit retentissant, signe que la personne qui venait d'entrer n'était pas de bonne humeur. Ses pas résonnèrent sur le carrelage du hall puis glissèrent sur le plancher du premier étage alors qu'elle gagnait sa chambre.

Somnolant à moitié dans un fauteuil du salon, Drago se força à émerger et à se lever. D'un pas lent, il monta au premier, prenant son temps, moins parce qu'il était fatigué que parce qu'il redoutait l'humeur de Granger.

Il arriva devant la porte de sa chambre, malheureusement fermée. Et Drago était certain qu'il ne suffisait pas de demander bien gentiment au portrait accroché sur la porte de le laisser entrer comme Granger le faisait avec son portrait à lui, qu'il soupçonnait d'être amoureux de la Gryffondor.

- Euh… est-ce que Granger est là ? demanda-t-il à la femme du portrait.

Elle hocha la tête et sourit, attendant visiblement qu'il continue.

- Je dois la voir, vous pouvez me laisser passer ?

- Désolé jeune homme, mais Miss Granger ne veut voir personne ce soir, et puis, sans mot de passe, je ne peux vous laisser entrer !

Ah, parce que elle, elle avait un mot de passe ! Première nouvelle ! Et il était prêt à parier qu'elle l'avait mis en place uniquement pour lui ! Les gamins ne devaient pas en avoir besoin, eux !

- Mais c'est important ! insista-t-il en fronçant les sourcils, énervé qu'un vulgaire portrait lui refuse le passage.

- Sans mot de passe, je ne peux vous laisser passer, répéta-t-elle, imperturbable.

- Ecoutez, un des enfants ne se sent pas bien du tout, et je ne sais absolument pas quoi faire ! hasarda-t-il alors.

Elle prit une expression horrifiée et Drago entendit le déclic de la serrure. Il réprima un sourire victorieux et poussa le battant de bois.

La chambre de Granger était bien plus personnelle que la sienne. Les peintures beiges et chocolats donnaient une ambiance chaleureuse à la pièce, dont les fenêtres donnaient sur le parc, comme dans sa propre chambre. Les meubles étaient fais de bois écru rappelant la couleur clair de la pièce, tandis que les rideaux et le couvre-lit marron renvoyaient à la couleur foncée. Une photo de groupe de tous les adolescent de la maison était accrochée sur un tableau au dessus du bureau, alors qu'une multitude d'autres clichés recouvraient le dessus de la commode, ainsi que toute la surface d'une console blanche. Des photographies représentant pour la plupart la Gryffondor et ses deux meilleurs amis, Potter et Weaslay. D'autres la montraient en compagnie de Weaslay fille et de Loufoca Lovegood, ou avec d'autres personnes que Drago ne connaissait pas.

Le Serpentard sourcilla en voyant une valise ouverte sur le lit, des vêtements étalés un peu partout autour.

- Qu'est-ce que tu fais là ? lui demanda une voix acide.

Il sursauta et leva les yeux vers la Gryffondor, qu'il n'avait pas entendue sortir de la salle de bain. Une trousse de toilette dans une main et une bouteille de shampoing dans l'autre, elle le fixait d'un regard perçant.

- Je suis venu … commença-t-il.

- Laisse tomber ! le coupa-t-elle en soupirant. Je m'en fiche après tout. Sors d'ici.

Elle jeta la trousse de toilette sur son lit, puis le bouscula pour accéder à l'armoire.

- Mais enfin qu'est-ce que tu fais ? interrogea-t-il, agacé du peu d'attention qu'elle lui accordait.

- Je pars !

« Gné ? » fut la seule pensée qu'eut Drago.

Qu'est-ce qu'elle lui faisait là, la petite Granger ? Une scène de ménage ?

- Comment ça tu pars ? demanda-t-il, confus.

- Une semaine. Je pars demain matin à cinq heures. Logan rentre plus tôt que prévu, demain soir pour être exacte, je l'appellerai pour donner de mes nouvelles aux enfants, lâcha-t-elle en lançant un « Failamalle » sur ses habits, qui allèrent se plier dans sa valise.

Drago resta debout, incapable de faire un geste ou de dire un mot.

« Je pars. Une semaine. Demain matin à cinq heure ».

Ces quelques bribes de phrases tournaient en boucle dans sa tête. Et alors qu'elle jetait quelques paires de chaussettes supplémentaires dans son sac, il réalisa. Elle allait partir le lendemain matin à cinq heure pour une semaine Merlin seul savait où, et il allait être tout seul avec les gosses !

- Mais tu ne peux pas partir comme çà ! s'écria-t-il soudain.

- Je n'ai pas le choix Malfoy ! Le métier d'Auror exige parfois des désagréments comme celui-ci ! répliqua-t-elle d'un ton colérique sans le regarder tout en continuant à emplir sa valise.

- Mais…

- Malfoy ça suffit ! Tais-toi et laisse moi tranquille ! Non mais ça va bien à la fin ! Quand je veux que tu parles tu te tais, et quand je veux du calme tu n'arrêtes plus de parler ! Maintenant tu es gentil, tu retournes te coucher ! s'exaspéra-t-elle.

- Et comment je fais moi avec les gosses ! s'emporta-t-il en fermant violemment sa valise, manquant de lui sectionner le bout des doigts.

Elle leva lentement les yeux vers lui. Il déglutit, prenant conscience de ce qu'il venait de faire.

- Tu ne crois tout de même pas que tu vas rester là tout seul toute une semaine avec les enfants, si ? questionna-t-elle à voix basse, ce qui l'effraya fortement.

Il déglutit à nouveau.

- Ben… si…

Hermione éclata d'un rire moqueur qui le blessa.

- Mais qu'est-ce que tu imaginais Malfoy ? Que j'allais te laisser ici, tout seul, Toi, avec les gamins ? Mais tu es complètement fou ! Je ne tiens pas à perdre leur garde !

Drago eut un mouvement de recul, choqué. Jamais il n'aurait imaginé que de simples mots, qui plus est prononcés par Granger, provoqueraient en lui un si grand sentiment de détresse et de trahison. C'est pourtant ce qu'il ressentit à l'entente de ces dires.

- Ron arrive demain, il s'occupera d'eux tous les matins, Logan prendra le relais le soir, lui apprit-elle en fermant sa valise après y avoir mis deux photos. En espérant que tu sois assez responsable pour t'occuper d'eux l'après-midi, ce dont je doute fortement.

Pétrifié sur place, horrifié par ce qu'elle venait de dire, Drago ne réagit pas quand elle lui ordonna de sortir. Elle le poussa donc hors de la chambre avant de dire au tableau de ne le laisser entrer sous aucun prétexte.

Tel un automate, Drago monta dans sa chambre et s'enferma dans la salle de bain, où il se glissa sous la douche tout habillé. Il tourna le robinet et l'eau froide le sortit de sa torpeur.

« WEASMOCHE VA PASSER LA MOITIE DE LA SEMAINE ICI ! » hurla-t-il mentalement. Dépité, il se laissa glisser le long de la paroi carrelée et enfouit son visage dans ses genoux.

Il voulait mourir ! Mourir avant que Weasley ne le tue ! Si Granger n'avait pas abusé excessivement des pouvoirs qu'elle avait sur lui, Weasley, lui, n'allait pas se gêner, au contraire ! Il allait lui pourrir la vie encore plus que Miss-Je-Sais-Tout ne l'avait fait la semaine précédente, et lui faire des remarques désobligeantes sur sa situation, critiquer sa famille, et d'autres choses peu agréables encore. Et le pire, c'était que Drago n'aurait pas le droit de dire quoique ce soit, puisque un, Weasley aurait tous les droits sur lui, et deux, le jeune Malfoy avait fait pareil lors de leur scolarité à Poudlard.

Il sortit de la douche, jeta ses habits trempés dans un coin de la pièce, et enfila un bas de pyjama avant de s'allonger sur son lit pour fixer le plafond. La nuit s'annonçait longue, tout comme la semaine qui allait suivre.

L'homme marchait rapidement, jetant frénétiquement des regards inquiets derrière lui, dans les profondeurs sombres et glacées du couloir qu'il arpentait. De chaque côté, les cellules se succédaient. Et derrière les portes de métal closes, les prisonniers hurlaient ou sanglotaient, passant pour certains leurs mains à travers les lucarnes des portes.

Et lui, il marchait, toujours plus vite, se mettant bientôt à courir pour fuir. Fuir ce lieu maudit. Des pas retentirent derrière lui alors qu'on le prenait en chasse.

Le couloir obliqua. Les prisonniers disparurent subitement, laissant place au monde. Anciens mangemorts, aurors, juges, gardiens, citoyens sorciers. Ils le cernaient, se pressant autour de lui, essayant de l'ensevelir sous leurs insultes.

Assassin,

Monstre,

Traître,

Lâche,

Bête.

Et lui courrait, fuyant les insultes, le mépris et la haine.

Le couloir obliqua une fois de plus, et au bout, une lumière. Son échappatoire, son salut. Il força l'allure, mais alors qu'il parvenait à la sortie, la lumière s'éteignit subitement.

A la place, un cadavre.

Celui de Dumbledore.

Les yeux grands ouverts dans un appel muet, l'invitant à rejoindre le bon camp.

Horrifié, il reprit sa course folle sous le flots d'injures que les gens déversaient sur lui.

Le couloir tourna à nouveau, et cette fois, c'était sa mère qui se trouvait au bout. Un sourire resplendissant aux lèvres, elle le regardait courir vers elle d'un air tranquille, sans jamais cesser de sourire. Une douce lueur émanait de ses beaux cheveux blonds.

Et alors qu'il approchait d'elle, une deuxième personne apparue, entrant dans la lumière qui entourait la femme blonde. Une silhouette fine et élancée, des cheveux bruns mi-longs, de grands yeux noisettes, un visage calme et confiant. Granger. Elle se tenait légèrement en retrait par rapport à la première personne, un petit sourire aux lèvres.

Et lui courrait toujours, essoufflé, haletant, tremblant sous l'effort. Autour de lui, les insultes fusaient de toute part. Mais alors qu'il s'apprêtait à franchir les derniers mètres, alors qu'il ne lui restait que quelques pas à faire pour atteindre sa mère, celle-ci disparut brusquement.

Epuisé, à moitié mort, il tomba aux pieds de Granger, dont le sourire devint méprisant. Il sut alors que tout espoir était perdu.

- Mais qu'est-ce que tu imaginais? ricana-t-elle, remarquant son désarroi. Que j'allais te laisser une chance, à Toi ? Toi qui m'a pourri la vie pendant sept ans ? Toi qui est devenu fou avec le temps ?

Elle éclata de rire, puis s'accroupit à ses côtés.

- Non Malfoy. Non. Tu es dangereux, et fou qui plus est, seul Azkaban convient à des gens comme toi ! D'ailleurs, tu vas y retourner d'ici peu.

Elle lui adressa un dernier sourire et se leva, alors qu'il se sentait aspiré en arrière, entraîné dans le couloir sombre et sinistre qu'il avait tant peiné à traverser.

Drago ouvrit brusquement les yeux et mordit sauvagement son oreiller pour s'empêcher de hurler, tremblant de la tête aux pieds.

L'horloge dans le hall affichait quatre heure quarante-cinq. Hermione réfléchit un instant à ce qu'elle avait pu oublier. Ron avait été prévenu qu'il devait passer à la maison tous les matins, Logan savait qu'il aurait à surveiller ses confrères tous les soirs, elle avait demandé aux filles les plus jeunes de s'occuper des chats et du chien. Quant aux chevaux, Arya n'acceptait pas qu'une autre qu'elle s'occupe d'eux. Et concernant Malfoy, et bien… elle espérait simplement qu'il ne tenterait rien d'imbécile.

Comme elle n'avait aucune chose de dernière minute à faire, elle prit son mal en patience et se résigna à attendre que son portoloin s'active.

- Mione ? s'éleva soudain une voix.

La jeune femme se retourna. Grégoire se tenait en bas des escaliers, en pyjama, les yeux bouffis par le sommeil et les cheveux défaits.

- Que fais-tu debout à cette heure ? demanda-t-elle gentiment.

- J'arrive pas à dormir.

- Comment ça se fait ?

- Pourquoi c'est Ron qui doit nous garder ? Pourquoi lui et pas Drago ?

- Oh, c'est donc ça qui te tracasse, murmura-t-elle.

Le gamin opina de la tête et s'avança.

- Malfoy sera là aussi, mais Ron s'occupera de vous le matin, répondit-t-elle alors en s'accroupissant pour être à sa hauteur.

- Mais ils vont se disputer ! Ils ne peuvent pas se voir ! Tu te rappelles ce que Ron a dit quand il a lu l'article sur Dray avant qu'il n'arrive ? « Ce chien, c'est encore à lui qu'on donne une chance de se racheter, après tout ce qu'il a fait ! Rien que pour lui, j'aurais ré instaurer la peine de mort ! Je ne comprends même pas pourquoi son père n'a pas été condamné ! ».

Embêtée, Hermione ne sut que répondre. Et le regard insistant avec lequel Grégoire l'observait n'était pas pour l'aider. Finalement, elle soupira et le prit par les épaules.

- Ecoute, je ne peux pas faire autrement. Logan ne peut pas se permettre de vous garder toute la semaine. Et puis, tant que Malfoy se tiendra bien, il n'y aura aucune raison pour qu'il se querelle avec Ron, d'accord ?

- En fait… tu me demandes de surveiller Drago ? demanda Grégoire, perplexe.

- Hmm… non, mais maintenant que tu le dis, ce n'est pas une mauvaise idée ! Voilà, je te charge officiellement de ta première mission ! Tu surveilleras Malfoy pendant que je serais absente.

Un sourire resplendissant s'étira sur les lèvres du garçon, qui prit un air important pour répondre.

- Je te promet que je ferais tout mon possible pour que la semaine se passe bien ! déclara-t-il solennellement.

Hermione sourit, amusée.

- Bien, j'appellerai dans la semaine pour savoir où tu en es, ok ?

- Ca marche ! répondit Grégoire, tout sourire.

- Bon, il faudrait peut-être penser à aller te coucher, te ne crois pas ?

- Oui, mais avant je vais faire mon plan de mission ! Faut que je te rende un rapport écrit en fin de semaine ? Comme ceux que tu fais à Josh ?

La Gryffondor rit légèrement, amusée par le sérieux avec lequel il prenait la situation. Même si elle ne comprendrait sûrement jamais la sympathie que Grégoire portait au Serpentard.

- Je ne pense pas que ça soit la peine, sourit-elle en lui ébouriffant gentiment les cheveux. Bon, et maintenant, au lit ! somma-t-elle. Tu as vu l'heure qu'il est ?

Grégoire l'embrassa sur la joue et elle déposa un baiser sur son front, avant de le regarder se diriger vers les escaliers. Cependant, une fois arrivé sur la mezzanine du premier étage, le garçon marqua une pause, et la jeune femme le vit sourire largement à quelqu'un. Elle fronça les sourcils. Finalement, le gamin se retourna, lui adressa un dernier signe de la main, et monta dans sa chambre, qu'il partageait avec son frère et Maxence.

- Descend ! ordonna-t-elle alors.

Personne ne répondit, et rien ne bougea.

- Descend ! répéta-t-elle fermement, bras croisés.

Elle qui s'attendait à se retrouver en face de John, Marvin, Alec ou même Arya, voire n'importe quel adolescent de la maisonnée, fut surprise lorsque Malfoy apparut dans son champ de vision. Il était en pyjama, autrement dit torse-nu, puisqu'il ne mettait qu'un simple pantalon de coton pour dormir. Elle pinça les lèvres en constatant qu'il était toujours aussi maigre et s'efforça de ne pas attarder son regard sur ses côtes saillantes.

- Qu'est-ce que tu fais là ?

Le Serpentard ne répondit pas, et la jeune femme retint un soupir agacé en comprenant qu'il s'était replongé dans son mutisme. Elle remarqua alors que ses cheveux lui collaient à la peau, que ses yeux semblaient humides et qu'il tremblait légèrement.

- Malfoy, est-ce que ça va ? s'enquit-elle en fronçant les sourcils.

Il hocha imperceptiblement la tête, et le silence revint, pesant. Il releva cependant les yeux vers elle une seconde, pour les rabaisser aussitôt, et la Gryffondor crut y déceler une étincelle de peur.

- Où a lieu ta mission ? demanda alors le jeune homme d'une voix chevrotante, afin de détourner l'attention qu'elle lui portait.

Surprise par son attitude, Hermione l'observa quelques secondes avant de répondre, et il baissa la tête pour se soustraire à son regard inquisiteur. Il avait peur qu'elle ne parvienne à lire son trouble à travers ses yeux.

- Je n'ai pas le droit de le dire. Secret professionnel.

Drago soupira intérieurement : et lui qui avait durement réfléchi pour trouver une question à poser ! Il y avait de quoi être dégoûté.

- En tout cas, j'espère que tu profiteras de cette semaine pour… réfléchir, reprit -elle. Ouais, çà serait bien que tu te repasses en mémoire tout ce qui s'est passé depuis ton arrivée ici, ça t'aidera peut-être à comprendre… certaines choses.

Elle retourna auprès de sa valise alors que l'aiguille des minutes de l'horloge se plaçait sur la 59ème minute.

- Malfoy ? appela-t-elle.

Il releva la tête, le regard fuyant malgré tout.

- Cette semaine, avec Ron… fais attention. Il a gardé une animosité certaine à ton égard, et il ne sera pas clément avec toi. Et… essaie de ne pas être trop désagréable avec Grégoire, s'il te plait.

Et sur ces dernières paroles très rassurantes, elle saisit la poignée de sa valise ainsi que son portoloin qui s'activa une seconde plus tard, puis disparut.

Drago soupira. Il était seul désormais, désespérément seul. Avec 32 gamins intenables. Et quand bien même Granger reviendrait, il serait toujours aussi seul, car il savait désormais qu'elle le considérait comme un dangereux individu rendu fou par les années de détention. Il avait compris cela quelques minutes plus tôt, après s'être réveillé de son horrible cauchemar.

Les premiers jours de son arrivée, Granger l'avait, en quelque sorte, mis en confiance, lui assurant qu'il n'était pas fou, et le traitant comme un homme normal, essayant même de mettre de côté la rancœur qu'elle éprouvait pour lui. Et il s'était laissé berner par ses beaux discours. Naïvement, il avait cru en ses paroles, et ne s'était rendu compte de la tromperie que quelques heures plus tôt, alors qu'elle lui annonçait son départ et la venue de Weasley pour surveiller les adolescents.

D'où les sentiments qui l'avaient envahi plus tôt : une des rares personnes qui ne le jugeait pas sur sa folie et sa dangerosité présumée l'avait leurré.

Plus bien sûr de vouloir sortir dans le parc pour se changer les idées, Drago remonta dans sa chambre, alluma les lampes ( Grégoire lui avait appris à s'en servir quelques jours auparavant) … et manqua de s'étouffer avec sa propre salive.

Dans Sa chambre, couché dans Son lit sous Sa couette, était allongé Grégoire, justement.

- Hum hum !

Le gamin leva vers lui une tête ensommeillée _ il allait visiblement s'endormir _ et lui lança un « salut Dray » d'une voix pâteuse avant de laisser sa tête retomber sur Ses oreillers.

- Qu'est-ce que tu fous là !

- Je dors.

- Tu n'as pas une chambre à toi pour dormir ? T'es obligé de venir squatter ici ?

- S'il te plait Drago, laisse-moi dormir avec toi, murmura le môme d'une voix suppliante.

- Hors de question ! répondit le jeune homme. Allez, retourne dans ta chambre.

- Tu es méchant ! lui lança alors Grégoire, croyant que ça allait le vexer.

- Oui, c'est ça. Je suis méchant, cruel, tout ce que tu veux, en attendant, je suis surtout fatigué, alors tu dégages !

Affichant une tête toute triste, le gosse se leva et se dirigea vers la porte alors que Drago se laissait tomber sur son lit. La main sur la poignée, il lui lança un regard implorant et humide.

- Drago…

Imperturbable, il soutint son regard larmoyant.

- S'il te plait…

Une petite larme commença à couler le long de sa joue, et le Serpentard hésita.

- Pour me faire plaisir…

C'est fou ce que le tableau accroché au mur pouvait être intéressant ! Tellement intéressant que Drago détourna le regard pour l'admirer. Les derniers mots de Granger lui revinrent en tête mais il les repoussa.

- Je ferais tout ce que tu voudras après…

- Bon, allez, viens ! soupira le blond en ouvrant le lit.

Sale gosse ! Encore un des apprentissages de Granger ! Il comprenait mieux pourquoi Blaise était devenu si gâteux !

- Merci ! s'écria Grégoire en se précipitant sur le lit, toute tristesse ayant disparue de sa voix.

Et sans prévenir, il s'agrippa au cou du jeune homme en riant, le faisant tomber sur le lit. Le Serpentard se releva en bougonnant et passa une main dans ses cheveux pour leur redonner un semblant d'ordre.

Après un dernier éclat de rire, le gamin s'allongea bien gentiment, mit son oreiller en boule et laissa sa tête retomber dessus. Drago soupira avant de s'allonger à son tour à côté de lui _ à distance respectable cependant _ et t'éteindre les lumières.

Un petit corps frêle vint alors se coller contre lui et il n'eut pas le temps de s'énerver qu'une voix s'éleva dans le noir.

- Je n'aime pas dormir en sachant que Hermione n'est pas là. Avec toi je me sens en sécurité, lui expliqua Grégoire en prenant son bras pour le mettre autour de lui.

Le Serpentard sourit à moitié, pas sûr que la plupart des gamins qui séjournaient au manoir trouveraient sécurisant d'être avec lui. Il resserra tout de même son bras autour du gamin, pensant que si sa mère le voyait, elle en pleurerait de joie ! Son fils unique, qu'elle avait toujours trouvé trop froid et distant, dormait avec un môme pour le rassurer ! Du jamais vu. Mais bizarrement, il se sentait plutôt bien : même s'il n'avait que onze ans et qu'il était plutôt du genre exaspérant, Grégoire l'appréciait un temps soit peu. Et cela lui faisait du bien de se sentir aimer par quelqu'un, même par un gamin.


Quand le Serpentard émergea du sommeil quelques heures plus tard, Grégoire était toujours endormi contre lui. Drago se dégagea difficilement en essayant de ne pas le réveiller et alla s'habiller avant de descendre prendre son petit déjeuner.

Il ouvrit la porte de la salle à manger… et se retrouva face à face avec Weasley. Il serra les dents mais ne bougea pas.

- Malfoy, quel déplaisir de te revoir, le salua le roux avec un rictus narquois.

Le cadet des Weasley avait changé, lui aussi. Il avait encore grandi, et dépassait de ce fait Drago de plusieurs centimètres. Ses cheveux rouges étaient plus longs et cachaient presque ses yeux, et il semblait avoir gagné un petit peu en musculature. Mais pas en maturité, vraisemblablement.

- Ce déplaisir est réciproque, répondit Drago en essayant de garder son calme.

Ils se défièrent du regard de longues secondes et ce n'est que parce que Yumi, accompagnée de Marvin et Arya _ cette dernière se tenant en retrait_ l'appela qu'ils détournèrent les yeux.

- Tu n'aurais pas vu Grég' par hasard ? lui demanda la jeune japonaise. Andrew le cherche partout.

- Si, il dort dans ma chambre.

- Comment ça il dort dans Ta chambre ? demanda vivement Weasley. Qu'est-ce que tu lui as fait ?

- Ron… commença Yumi.

- Non ! Qu'est-ce que tu as fait à Grégoire ? répéta le rouquin, qui commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs.

- Je n'ai rien fait à ce gosse ! C'est lui qui est venu squatter dans ma chambre cette nuit, en prétendant qu'il ne se sentait pas bien parce que Granger n'était pas là ! rétorqua Drago.

Weasley semblait hors de lui, alors qu'Arya, intervenant pour la première fois, s'adressa au Serpentard, le dévisageant d'un air étonné et sceptique.

- Et tu ne l'as même pas mis à la porte ? demanda-t-elle. Mais c'est que tu deviens gentil !

- Arya ! Comment peux-tu lui dire une chose pareille ? Malfoy est vil et le sera à jamais ! rétorqua Ron.

La jeune fille roula des yeux, agacée.

- Et toi tu es têtu et tu y resteras à jamais ! répliqua-t-elle sèchement. On ne t'a jamais dis qu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis ? Et bien tu en fais partie intégrante, contrairement à Drago ! Il n'a encore rien fait et tu cherches déjà le moindre prétexte pour t'en prendre à lui ! C'est toi qui cherche l'embrouille, Ronald !

Et sans lui demander son avis, elle attrapa le Serpentard par la main d'une poigne de fer et, passant devant Weasley _ qui, tellement stupéfait de la voir prendre la défense de son pire ennemi, était incapable de dire le moindre mot _ l'entraîna dans la salle à manger.

- Excuse-là, chuchota Yumi au rouquin en posant une main compatissante sur son épaule.

Un juron étouffé leur parvint de la salle à manger, et un adolescent aux cheveux blonds en sortit. Avec un regard exaspéré et un soupir à fendre l'âme, Marvin le rattrapa alors qu'il montait d'un pas furieux à l'étage.

- Que me vaut l'honneur de cette défense ? demanda Drago à la rouquine une fois installé autour d'une table. Est-ce parce que je t'ai dit hier que tu n'avais pas l'air de m'aimer beaucoup ?

Elle haussa les épaules.

- Ronald a été injuste, c'est tout.

Le ventre plein, et n'ayant plus le morale dans les chaussettes après avoir vu la tête de Weasley tantôt, Drago sortit dans le parc et alla se percher dans son arbre _ qui était le sien depuis la veille, chose qu'il avait décidé lui-même _ là où il aspirait à être tranquille jusqu'au départ du rouquin. Il s'adossa tranquillement le long du tronc, et laissa ses pensées divaguer, réfléchissant à divers moyens de boucler les insomniaques dans leurs chambres, et de manière à ce qu'ils restent silencieux. Malheureusement, il ne trouva pas comment faire sans recourir à la magie, lui qui était encore peu habitué à vivre à la moldue dans un monde où il y avait des choses pour s'occuper. Forcément, à Azkaban, la magie ne lui avait pas manqué étant donné qu'il n'avait rien à faire dans sa cellule hormis attendre que le temps passe et ressasser des mauvaises pensées.

- Malfoy ! On peut savoir ce que tu fais là-haut ?

Ron, que la scène du petit déjeuner avait particulièrement vexé et irrité, s'était dépêché de faire le tour de la maison pour accomplir sa tâche première _ à savoir surveiller les enfants _ puis s'était mis à la recherche du Serpentard, bien décidé à ne pas en rester là. Il l'avait trouvé après une heure de recherche, un gamin lui ayant appris entre deux que le blond aimait aller dans le parc. Avec un sourire sadique, il l'avait aperçu perché en haut d'un arbre, perdu dans ses pensées, et surtout, seul. Aucune Arya n'était en vu. La jeune fille avait toujours inquiété et mis mal à l'aise le Gryffondor, même si elle lui ressemblait par la couleur de ses cheveux.

- Je suis majeur Weasley, et même si ce n'était pas le cas, tu n'es pas mon père, donc non, tu ne peux pas savoir. De toute manière, tu ne comprendrais pas si je t'expliquais, ton QI n'est pas assez élevé pour ça ! lui lança Drago d'un air blasé en cassant une branchette entre ses doigt.

- Je suis bien heureux de ne pas être ton père ! L'idée d'être un mangemort ne me plait pas du tout ! Même s'il a été innocenté, il n'en reste pas moins un ! lui répondit Ron avec insolence.

Le sang de Drago se mit à bouillir dans ses veines. Même s'il n'aimait pas particulièrement son père, il n'acceptait pas qu'on critique sa famille, et encore moins quand s'était Weasmoche, la belette, le Sans-le-Sou, qui se le permettait !

- Ferme-là ! grinça-t-il en serrant les poing pour se calmer, réduisant la petite branche en mille morceau.

Devinant qu'il avait touché un point sensible, et peut-être le seul qui existait chez l'héritier Malfoy, Ron continua sur sa lancée avec plus d'excitation encore qu'auparavant.

- Quoi ? Tu n'aimes pas qu'on parle ainsi de tes parents ? Pourtant tu ne te gênais nullement pour en faire autant lors de nos années à Poudlard ! le nargua-t-il, alors que les yeux du Serpentard se plissaient en deux fentes. Qu'est-ce que ça fait de voir les rôles s'inverser de la sorte, Malfoy ?

Drago accusa le coup, essayant par tous les moyens de se calmer, sachant qu'un dérapage dès le premier jour d'absence de Granger serait de mauvaise augure pour lui.

- Au fait, je ne t'ai pas demandé, comment va ta mère ? Elle ne se sent pas trop seule dans Malfoy House ? On la voit moins souvent ces dernières années ! Elle a perdu ses allures de bourgeoise depuis que tu es Azkaban et AAARRGH !

- Ne reparle plus Jamais de mes parents ainsi Weasmoche, c'est clair ? JAMAIS ! hurla Drago.

Gisant à ses pieds, les traits empreints de douleur et la bouche baignée de sang, Ron se recroquevilla, craignant un nouveau coup.

- RON ! s'alarma alors une voix féminine.

Apolline accourait. Elle revenait de l'écurie, où elle avait laissé sa jument toute harnachée, de peur de se casser un ongle en la dessellant _ Arya s'en chargerait bien _ lorsqu'elle avait aperçu Drago sauter sur Ron du haut de l'arbre avant de lui mettre un crochet du droit dans la mâchoire.

Elle s'agenouilla près du blessé et sortit un mouchoir de sa poche, avec lequel elle essuya le filet de sang qui coulait sur le menton du rouquin.

- Mais tu es complètement malade ! Ca t'arrive souvent de taper les gens ainsi ! Tu n'es plus à Azkaban ! Ici, on ne frappe pas les gens quand bon nous semble ! Nous sommes des humains civilisés, pas…

- Continue comme ça, et c'est toi que je frappe, c'est clair ! menaça Drago en lui empoignant le bras, rivant ses yeux étincelants aux siens. Et ce n'est pas parce que tu es une fille que je me retiendrai ! Vu ?

Un éclair de panique traversa les yeux bleus de la jeune fille qui hocha timidement la tête en déglutissant difficilement. Le jeune homme la lâcha assez violemment. Il s'apprêtait à rentrer dans la maison quand il l'entendit.

- Sauvage !

Un mot murmuré avec haine, qui suffit à raviver celle du Serpentard.

Drago se retourna vivement et flanqua un coup de pied dans le tibia de Ron, qui venait tout juste de se relever, non sans efforts. Il retomba comme une masse sous les yeux horrifiés d'Apolline, qui étouffa un cri.

- Tu vas retouner à Achkaban Malvoy, et tu y pacheras le reste de ta fie à regretter che que tu fiens de faire ! cria Ron alors que Drago s'éloignait à grands pas

- Tu n'en as pas eu assez, tu en veux encore ? lui demanda celui-ci d'un ton doucereux en se tournant vers lui. Tu vois Weasley, quand je retournerai à Azkaban, je ne regretterai pas ce que je viens de faire, au contraire !

- Tu es complètement fou ! murmura Apolline en tremblant.

- Oui, répondit-il à voix basse, oui, je suis fou, et tu veux que je te dises ? Ca ne me chagrine même pas !

Et sur ce, il tourna les talons et rentra d'un pas vif, conscient qu'il n'avait plus que quelques minutes à passer dans cette maison. Mais il s'en fichait un peu, à vrai dire. Qu'advienne ce que pourrait, il avait cogné Weasley, c'était le principal ! Des trois, c'était celui qu'il aimait le moins !

Arya, tranquillement allongée dans son lit, lisait un des derniers livres qu'elle avait acheté. La fenêtre de sa chambre était grande ouverte, et un vent doux pénétrait dans la pièce, soulevant doucement ses cheveux roux avant d'emporter les notes de musiques qui s'élevaient de la chaîne hifi. Son chapitre fini, elle leva les yeux le temps de tourner la page. Elle pencha légèrement la tête sur le côté alors qu'elle jetait un regard sur sa porte entre-ouverte.

Drago gravissait rapidement les escaliers pour monter jusqu'à sa chambre. Ses habits étaient froissés et ses cheveux légèrement en bataille.

- Drago, quelque chose ne va pas ? demanda-t-elle en sortant de la pièce.

- Tout va parfaitement bien ! lui assura-t-il sans s'attarder.

Pas convaincue, Arya le suivit au deuxième étage et entra à sa suite dans sa chambre. Grégoire n'était plus là.

- Mais… qu'est-ce que tu fais ? s'étonna-t-elle en arquant un sourcil interrogateur alors qu'il sortait un sac de l'armoire et commençait à y fourrer les vêtements achetés lors de son excursion mémorable au Chemin de Traverse .

Granger ayant tout mis dans les mêmes sacs ce jour là, ses vêtements s'étaient retrouvés avec ceux de Yumi, et étaient donc rentrés à bon port, contrairement à ses revues de Quidditch, définitivement perdues.

- Mon sac, ça ne se voit pas ?

- Bien-sûr que si ! s'exaspéra-t-elle en levant les yeux au ciel. Mais pourquoi est-ce que…

- MALFOY ! hurla soudain Ron depuis le rez-de-chaussée.

- Rhaa, je savais que j'aurais du lui en remettre une ! marmonna Drago.

Il jeta le reste de ses affaires dans le sac dont il remonta la fermeture Eclair avant de le mettre sur ses épaules.

- Tu as encore fait le con.

Ce n'était pas une question. Elle était sûre de ce qu'elle avançait.

- Mais non rhaaa ! Laisse-moi tranquille !

- Qu'est-ce que tu as fait, ce coup-ci ? demanda-t-elle.

- J'ai assouvi un de mes désirs les plus profonds ! ne put-il s'empêcher de répondre.

Il sortit de la chambre, s'engagea dans le couloir, toujours suivi par la jeune fille.

- C'est à dire ?

- J'ai… comment vous dîtes déjà, vous, les amis des moldus ?… Ah oui, j'ai fait « une tête au carrée » à la belette.

Arya se figea une seconde, surprise. Surprise de quoi au juste ? Drago n'en savait rien. Peut-être de l'entendre utiliser une expression moldue, ou bien de savoir qu'il avait tapé Weasmoche. Il l'ignorait, et ça lui importait peu.

- Tu as quoi ? le fit-elle répéter.

Ah, visiblement, c'était le fait qu'il ait tapé le rouquin qui l'avait surprise.

- Tu as très bien compris ! répondit-il en descendant dans le hall, où Weasley se tenait adossé contre un mur pour ne pas tomber, à côté d'une Apolline encore tremblante d'émotion !

Drago leur jeta un regard méprisant, puis, avec dédain, il toisa Weasley. Ce type était misérable ! Il mangeait à sa faim depuis sept ans, dormait dans un lit confortable, était en pleine forme, et malgré cela, il n'était pas fichu de tenir debout après avoir reçu deux coups de la part de quelqu'un qui venait de passer sept ans à dormir sur une paillasse de paille, à manger des substances douteuses, et à se prendre des coups tous les jours ! Il faisait honte à la gente masculine.

- C'est quoi ce sac ? questionna férocement le rouquin.

- Mes affaires.

- Tu comptais fuir, lâche comme tu es ! se moqua-t-il.

- Tu es encore plus débile que je ne le pensais ! railla le Serpentard avec un rictus méprisant. Je ne serais pas ici devant toi avec mes affaire si je comptais fuir, espèce d'idiot ! Quand on s'échappe, celui qu'on fuit n'est pas censé être au courant ! Non, ce sont mes affaires pour retourner à Azkaban.

Le meilleur ami du Survivant écarquilla les yeux de surprise. Apolline resta bouchée bée. Arya se raidit.

- Je vois que ces sept ans passés à Azkaban t'ont empli le crâne ! Tu arrives à anticiper maintenant ! cingla Weasley.

- Tu devrais peut-être y aller aussi alors ! Mais malheureusement, je crois qu'il te faudrait plus qu'une vie pour égaler le QI du plus jeune des mômes qui vit ici !

A côté de lui, Arya s'esclaffa, appréciant la répartie du jeune homme. Weasley la fusilla du regard, la fureur se matérialisant par le rouge qui envahissait son visage. Elle lui renvoya un regard glacial et il ne put que détourner le regard, intimidé.

- Amène-toi, ordonna-t-il en attrapant le bras de Drago pour le traîner jusque devant la cheminée du hall, qu'il alluma.

- Tu ne vas tout de même pas le ramener là-bas ! s'interposa alors Arya.

- Bien-sûr que si ! Malfoy m'a manqué de respect, il est normal qu'il retourne d'où il vient !

- Ce mec est un vrai sauvage ! Il a tabassé Ron comme une bête ! renchérit Apolline d'une voix suraiguë.

- Toi, la ferme ! Va plutôt desseller ta jument ! La pauvre bête est entrain de tourner dans son box en attendant qu'on lui retire son harnachement, et tout ce que tu trouves à faire c'est venir jouer les héroïnes ici ! Dégage ! cingla Arya d'un ton mordant. Tu ne peux pas faire ça Ronald ! reprit-elle alors. Cet endroit est le pire qui existe dans le monde sorcier !

- C'est l'endroit idéal pour des gens comme lui ! répliqua Weasley en haussant le ton.

A cet instant, Grégoire, alerté par les voix, déboula de l'escalier. Depuis son réveil, il avait cherché partout après Drago sans jamais le trouver, et redoutait le pire quant à ce qui avait pu arriver avec Ron… Et apparemment, il avait eu raison de s'en faire.

A quelques pas de lui, le ton ne cessait de monter entre les deux rouquins.

- Je ne te permets pas ! rugit Ron alors que la gamine venait de lui sortir qu'il mériterait lui aussi d'aller à Azkaban pour la cruauté dont il faisait preuve envers Drago.

Le Serpentard, malgré sa situation précaire, eut un sourire en coin. Jamais il n'avait autant aimé cette fille que maintenant ! Jolie, maligne, rusée, tenace, exaspérante ! Une parfaite Serpentard ! Il se demanda une seconde dans quelle maison elle était, avant de se rappeler qu'il avait des soucis plus importants pour le moment.

Un petit groupe d'adolescents commençait à se former sur la mezzanine du premier étage, et quelques-uns se risquèrent à descendre pour voir la scène de plus près. Andrew et Grégoire regardaient le conflit avec crainte, Marvin et Alec semblaient bien s'amuser, John arborait une moue inquiète et une ride soucieuse barrait le front de Yumi. Les autres ados affichaient diverses expressions, allant de la satisfaction à l'horreur, en passant par la peur, l'exaspération, et d'autres encore.

- Tu n'as même pas l'accord d'Hermione ! argua Arya, qui dégageait une aura de prestance époustouflante.

- Hermione a une totale confiance en moi, sinon elle ne m'aurait pas demandé de venir vous surveiller ! rétorqua Ron qui commençait sérieusement à s'énerver.

- Justement, si tu es ici, c'est pour surveiller les mômes, pas pour provoquer Drago afin de trouver une excuse pour le ramener à Azkaban afin t'assouvir ta vengeance personnelle ! vociféra la jeune fille, ne s'incluant pas dans les enfants que le Gryffondor avait à surveiller.

- Je suis d'accord avec Arya ! intervint Grégoire d'une petite voix, visiblement intimidé par tous ces cris.

- LA FERME ! hurlèrent les deux rouquins à l'unissons alors qu'Alec plaquait une main devant la bouche du gamin avant de l'attirer contre son torse musclé, comme pour le protéger de la fureur des deux protagonistes.

- Très bien, je suis ici pour vous surveiller, alors tu vas monter illico presto dans ta chambre pour ne pas en sortir avant que je sois revenu ! ordonna sèchement Ron à là jeune fille.

- JE N'AI D'ORDRES A RECEVOIR DE PERSONNE ! rugit-elle, faisant presque trembler le lustre accroché au plafond. ET ENCORE MOINS D'UN IDIOT COMME TOI ! ET TU VEUX QUE JE TE DISE ? TU N'ES QU'UN SOMBRE CRETIN AVEUGLE PAR LA HAINE !

La main de l'homme fendit l'air dans une gifle qui aurait du laisser des traces sur la joue de la jeune fille pour un bon moment.

Le claquement de sa main sur la peau pâle ne se fit jamais entendre.

A la place, une exclamation de douleur.

Un grand silence s'abattit subitement sur la pièce.

Plié en deux, Ron, les larmes aux yeux, tenait précautionneusement son poignet droit foulé contre lui, sous le regard dégoûté d'Arya. Elle fusilla du regard Apolline, qui s'apprêtait à venir en aide au rouquin une fois de plus. La gamine se figea, terrorisée.

Sans un regard pour le Gryffondor, la jeune fille sortit de la pièce de sa démarche souple et assurée, sans faire le moindre bruit, si ce n'est la porte du parc qui claqua derrière elle. John s'élança aussitôt pour la rattraper, visiblement peu inquiet de revenir en plusieurs morceaux en allant la déranger alors qu'elle était dans une colère noire.

Quelques secondes plus tard, la porte d'entrée s'ouvrit sur un jeune homme grand et fin, aux cheveux châtains mi-longs et aux yeux bleu foncé. Un sac à dos négligemment jeté sur son épaule droite, il marqua une pause sur le pas de la porte et arqua un sourcil perplexe, balayant du regard la foule inhabituelle qu'il y avait dans le hall.

- Logan ! couina Grégoire en se précipitant sur lui, affolé.

Le jeune homme posa son sac et ébouriffa machinalement les cheveux du gamin tout en analysant la situation du regard.

- Où est-elle ? finit-il par demander à Apolline en repoussant légèrement Grégoire afin de pouvoir aider Ron à se relever.

- Elle s'est enfuie dans le parc, pesta-t-elle, comprenant de qui il parlait. John est parti la chercher.

- Mais quel crétin celui-là ! marmonna le jeune homme.

Apolline se renfrogna et, demandant à Marvin et à Alec de l'aidait, escorta le plus jeune fils des Weasley jusqu'à l'infirmerie.

Ronald était parti plus tôt que prévu. L'ambiance au manoir avait quelque peu chuté, et on avait eu beau chercher après Arya toute l'après-midi, on ne l'avait pas trouvée.

Le soir, dans la salle à manger du manoir, une jeune japonaise commençait sérieusement à s'énerver. Sa meilleure amie n'était toujours pas rentrée, un autre adolescent manquait à l'appel, et tout ce que trouvaient à faire les deux idiots qui mangeaient avec elle, c'était de plaisanter !

- J'en ai marre ! Ca fait des lustres qu'elle devrait être rentrée ! s'exclama-t-elle soudain.

- T'inquiète, tu connais Arya, elle rentrera quand elle sera calmée ! essaya de la rassurer Marvin.

- Oui, et puis, mieux vaut pour nous qu'elle rentre tard et calmée, que tôt et énervée ! Je ne tiens pas à subir une de ses colères ! Je n'ai pas envie de finir comme ce pauvre saucisson ! renchérit Alec en levant sa fourchette, au bout de laquelle était plantée une rondelle de saucisson, pour illustrer ses dires.

- Alec ! Comment peux-tu dire une chose pareille alors qu'Arya est toute seule dans la nature ? gronda Yumi. Qui te dit qu'elle ne s'est pas faite enlever, ou qu'elle n'est pas blessée !

- Primo, il faudrait être complètement suicidaire pour enlever Arya ! Cette fille est une vraie furie ! Sans compter qu'il faudrait être rudement habile pour l'attraper ! Secondo, elle pourrait rester des jours dans la nature que ça ne lui causerait aucun soucis, bien au contraire ! Elle est dehors les ¾ du temps ! Même en hiver ! répliqua le jeune homme.

- Et tertio, elle est certainement avec John, puisque lui non plus n'est pas là ! ajouta Marvin.

- Avec John ? Tu es sérieux là ? ironisa la jeune fille. Il est tout bonnement impossible qu'ils soient ensemble !

- Bien-sûr que non, ce n'est pas impossible ! Les profs' nous on toujours dit qu'il était impossible qu'on ait nos BUSES en faisant le pitre toute l'année, et regarde, on les a eues ! se vanta Marvin. Bon, avec un D, certes, mais quand même !

- Oui, et surtout, on a eu l'ordinateur portable qu'Hermione nous avait promis si on les avait ! renchérit Alec.

- Et bien s'ils sont ensemble, vous devriez songer à aller visiter le site internet d'un funérarium avec votre stupide PC, bande d'idiots !

- D'un funérarium ? Pourquoi ça ? s'étonna Alec.

- Pour commencer à organiser l'enterrement de John, évidemment ! S'il est vraiment avec Arya, dans quel état croyez-vous qu'il va revenir, s'il revient ? Il est plus dangereux pour lui de se retrouver seul avec Arya quand elle est énervée plutôt que sur un balai métallique en plein orage !

- T'es pas sérieuse là ? pâlit Marvin.

- Tu connais Arya aussi bien que moi ! répondit simplement Yumi.

Les deux jeunes hommes échangèrent un regard inquiet et déglutirent bruyamment. Il avaient soudainement peur pour leur meilleur ami.

John revint à vingt et une heure passées, épuisé. Logan, qui avait pris la situation en main, le gronda pour son insouciance puis l'envoya aux cuisines où Shinji lui prépara de quoi se rassasier. Malheureusement, l'adolescent n'avait aucune nouvelle d'Arya. Il avait passé l'après-midi à la chercher, survolant les environs à balai, sans aucun succès.

Malgré les récents événements, l'effervescence qui régnait habituellement dans le manoir le soir ne tomba pas, comme si personne n'était chamboulé par la fugue de la jeune fille.

Le lit d'Arya resta vite.

Le lendemain fut mieux et pire pour Drago. Mieux, parce que Weasley ne vint pas, se contentant de téléphoner à Logan, qui était resté au manoir après avoir prévenu le département de la police magique, dans lequel il suivait une formation, qu'il ne viendrait pas pendant quelques jours. Mieux également car, si les mioches continuaient de l'agacer, John était plus calme, et donc Marvin et Alec aussi. C'est pourquoi le Serpentard réussit à s'endormir plus vite le soir venu.

Pire, parce que l'ambiance au manoir avait quand même chuté. Même si les plus jeunes, insouciants, continuaient à vivre leur petite vie tranquillement, les autres, plus âgés, avaient quand même conscience que l'une des leurs était seule, dans la nature.

Arya n'était pas revenue.

Son lit resta vide pendant une seconde nuit.

Granger appela le lendemain soir. Personne ne lui parla de la dispute entre Ronald et Arya, ni de la disparition de cette dernière afin qu'elle ne se fasse pas de soucis pendant qu'elle était sur le terrain. Grégoire, à qui elle demanda à parler, respectant sa promesse du jour de son départ, lui assura que tout allait bien à regret, sous le regard inquisiteur de Logan.

Drago, qui se tenait alors debout à quelques mètres de là, dévisageait le jeune homme aux cheveux châtains. Il était le seul à garder son calme. En trois jours, jamais le Serpentard ne l'avait vu craquer, alors qu'il était désormais le seul responsable des 33 adolescents, Weasley ayant définitivement déserté. Pourtant, il s'inquiétait. Chaque nuit, Drago l'entendait descendre au premier étage pour ouvrir la porte de la chambre d'Arya, espérant la trouver endormie dans son lit.

Vivante.