Le soleil se couchait, les villageois s'en allaient rentrer chez eux, et les corbeaux commençaient à croasser dans la nuit.
Prenant son repas, Link appréciait l'effet de la potion sur ses blessures, maintenant transformées en plaies presque refermées, et sans les douleurs cuisantes qui parcouraient habituellement son corps.
Ce remède, il le devait à Balder, ou plutôt la nouvelle tenancière du magasin. Une jeune femme aux cheveux blonds prisonniers dans un fichu, des yeux verts à tomber, la face ronde et les joues grossies, Charlotte avait aussi quelques notions en guérisseuse. N'ayant pas pu finir ses études à la citadelle, elle était retournée auprès de sa famille, à Cocorico.
L'auberge était noire de monde, tous étaient à leurs postes, le buveur notoire comme la cuisinière rondelette qui admirait Link de loin. Il plaisait, il le savait, mais il n'y faisait jamais attention. Il avait même finit par ce dire que comme instrument des Déesses, son cœur ne pouvait se tourner vers ce genre de mœurs. Délaissant son bonnet sur la table, des bribes de discussions lui parvinrent aux oreilles, provenant d'une table voisine :
- Je vous dis qu'elle est venue il y a deux jours, l'aubergiste peut vous le confirmer ! C'est la première fois qu'elle prenait un chambre ... Je me demande où elle loge le reste du temps, dit un moustachu, bière à la main.
- Pff, vu ce qu'elle fait, elle ferait mieux de rejoindre l'armée. C'est peut-être ça ! Elle est peut être partie à la citadelle ! On a son nom à cette créature ? demanda un autre.
Les yeux du deuxième compatriote brillait d'une lueur alarmante. Le premier repris :
- Personne ne sait d'où elle vient, ce qu'elle fait, et comment elle s'appelle, t'es bouché ou quoi ? Franchement, je pense que c'est une sorte de démon, de personne surhumaine ...
- Bien sûr, repris le second. Et un démon viendrait démolir une armée de moblins juste comme ça ? Non mais réfléchis un peu ! Elle arriverait presque au niveau du héros dit-on ! Enfin je dis ça, on l'a jamais vu celui-là ...
Link baissa la tête aussi lentement qu'il put. Faisant l'impasse sur la remarque qui lui était adressée, il se questionna sur l'identité de cette mystérieuse "jeune femme", mi-héro, mi-démon ... Mais Link n'était pas assez naïf pour croire à de telle fabulations. Il décida de ne pas s'en préoccuper, remettant les ragots d'ivrognes à résoudre pour plus tard.
Fatigué de sa journée passé à s'occuper de lui et de Lutra, il emprunta les escalier afin de rejoindre sa chambre habituelle tout en haut de l'hôtel, celle-ci bénéficiant d'un plafond chauffé grâce aux sources chaudes notoires placées sur son toit. Mais son ascension fut stoppée par une main fragile qui l'agrippa au coude. Cette main appartenait à la marchande de remèdes, dont ses produits lui avait si bien servis. Elle parla d'emblée :
- Tes blessures s'arrangent ? dit-elle avec un grand sourire, mettant en avant son charme naturel dont elle avait conscience et que Link remarqua instantanément.
- Oui, la potion s'est avérée très efficace, tu es douée Charlotte, Cocorico a de la chance de t'avoir, dit-il avec un grand sourire.
Il n'était pas doué pour les conversations spontanées. Encore moins avec les gens qu'il connaissait à peine, mais il avait néanmoins ce sourire sincère affiché.
- Tant mieux ! s'exclama t-elle. Je serais triste si mes études ne m'avaient pas servies !
Heureuse mais stoïque, elle inspira à Link un sentiment étrange, tandis qu'il n'arrivait pas à détacher son regard des yeux verts de la jeune femme, tentant désespérément comprendre ce qui lui échappait dans celui-ci.
- Mon travail ne fait qu'avancer, continua t-elle. Je progresse de jours en jours et en conséquences des commandes des soldats, j'investis dans de nouvelles concoctions ...
Et elle lui résuma son projet sur les potions. Améliorer ses produits afin qu'ils deviennent meilleurs et plus facile à la vente, c'était son but. Link était réceptif à ses paroles mais ressentait cette hypocrisie qui trahissait Charlotte à mesure que la conversation progressait. Que cherchait-elle ?
- C'est pourquoi j'aurais besoin de ton sang, pour observer et apprendre.
La guérisseuse en herbe acheva sa phrase en se tordant les mains. Une partie du mystère s'éclaira pour Link, elle voulait expérimenter sur lui. Il n'y avait pas de mal à vouloir aider le progrès ! Il la laissa entrer dans sa chambre d'hôtel baignée de la lueur des bougies. A peine l'hôte avait-il refermé la porte que l'invité brandissait un seringue bon marché, et s'était assise sur le lit, fouillant dans sa sacoche avec plus d'insistance.
Link la rejoignit, interloqué par la détermination de la blonde. Ses gestes étaient quelques peu désordonnés et elle avait pris du roses aux joues.
- Donne moi ton bras, ordonna t-elle.
Link tandis le bras, et son sang coula à travers l'aiguille. Quand celle-ci se retira de sa chair, il décela une infime douleur au niveau de sa blessure au ventre. Oubliant sa compagne, il souleva sa chemise pour observer sa cicatrice naissante, inquiet qu'elle ne se soit rouverte. Une main chaude vint se poser sur la blessure. Cette main appartenait à Charlotte, qui, un bandage en suspens dans l'autre main, était concentrée sur la plaie que ses potions avait soignées. Elle resta quelque seconde dans cette position, longeant de ses doigts fin la courbe de la cicatrice, avant de se redresser un peu confuse. Jetant un œil à son patient, elle colla son bandage sur le bras de celui-ci et entrepris de l'enrouler autour du membre d'un geste lent et leste. Les deux individus étaient proches, la marchande agrippait le bras de Link tandis que celui ci s'était engouffré dans son regard émeraude animé par les minuscules flammes que reflétaient les bougies alentours, comme si le temps s'était arrêté.
Percevant une brèche, Charlotte déplaça sa main sur le torse du héro et approcha ses lèvres. Ce ne fut que quand elle eu clos les paupières que Link put sortir de son hypnose et voir un terrible souvenir refaire surface : c'est yeux, c'était ceux d'Iria.
Il eu un haut le cœur intérieur qui ne se remarqua pas. Se remémorant son échec à sa promesse de secourir son amie d'enfance, il s'engagea un combat intérieur. Si il avait put la sauver, qu'est-ce qui allait maintenant lui arriver, et si les yeux de la marchande était une ruse tortionnaire venant de Muhano lui même ? En avait-il seulement le pouvoir ?
Il sentait sa peau bouillonner tandis que la blonde avait depuis quelque peu atteint les lèvres brûlantes de tension du héro. Il ferma les yeux et se laissa aller à la tentation, conscient du mal qu'il pourrait causer, et notamment sur lui-même. Résolu et sa sagesse reprenant peu à peu le contrôle de son esprit lui fit l'illusion d'une expérience qu'il ne devrait jamais se remémorer, et surtout ne jamais reproduire.
Comme une réaction ayant prit trop longtemps pour passer de son cerveau à ses muscles, il s'écarta d'un bond en dehors du lit et, hors d'atteinte de la jeune femme. Interloquée, celle-ci regarda son ancien patient pleine de désir, ce désir qui muta en sentiment de gêne, puis de honte. Ses yeux n'était plus d'un vert brillant, mais terne, en rien similaire à celui d'Iria. Link n'en fut que plus déconcerté. Comment avait-il pu les confondre ?
Puis, sans un mot, Charlotte se leva, remit sa sacoche d'aplomb, et s'avança vers la porte avant de disparaître derrière, laissant un homme dans l'incompréhension totale. Link porta une main sa bouche de manière machinale, caressant sa mâchoire, plongé dans une profonde réflexion, s'assit sur le lit.
Plus tard, allongé sous les draps de l'hôtel, la cire des bougies diminuées considérablement, Link les yeux grand ouverts, était tourmentés de pensées ravageuses. Soudain, du bruit se fit entendre au dehors. Les gardes sifflaient, la cloche sonnait, l'alarme était donnée.
Regardant par la fenêtre, Link contempla pendant un bref instant sous la brillante lune entourée d'étoiles, les gardes de Cocorico armés de leurs lances qui s'élançaient hors du cadre de la fenêtre, échappant à sa vue du héro.
Il s'empara immédiatement de son arsenal posé au pied du lit, passa sa tunique verte avant d'enfoncer son bonnet sur sa tête et descendit les escaliers en trombe hors de l'hôtel.
Le tumulte de dehors s'engouffrait dans les gorges comme un écho. Le portail nord, Link n'arrivait pas à le voir. En effet, une bonne partie des gardes, lances armées, s'y étaient agglutinés, dos à Link, en proie à une extrême agitation, la plupart d'entre eux criant des instructions à droite à gauche. Dans l'enclos, Epona s'agitait, prisonnière de son licol, ses sabots frappants le sol avec frénésie. Link, dégaina son épée et délaissant la vue des habitants qui sortaient en trombe dans les rues en simple chemise pour courir au vacarme, trancha la corde qui retenait la jument.
Plus le héro se rapprochait de la troupe de gardes, plus il percevait des bruits stridents et répétés. Des moblins. Sentant la colère monter en se remémorant son ennemi, il se demanda si l'attaque sur Cocorico était un punition, un avertissement ou une volonté de terroriser toute la population. Quoique ce fut, Muhano semblait vouer une haine indescriptible aux Hyliens.
Link mit un pied dans un étrier et passa l'autre au-dessus de la croupe de sa jument. De sa position élevé, Link pouvait voir le portail sur le point de céder, d'un côté les moblins le poussant bêtement sur ses gongs, et de l'autre les gardes qui poussaient de même, en tentant de leurs lances de piquer leurs adversaire à travers les lourds barreaux.
Du côté du héro, son instinct lui criant d'agir, cria aux gardes de s'écarter, épée en main. Mais à peine les gardes avaient-ils détournés la tête pour voir d'où provenait l'ordre que le portail céda sur eux, écrasant des malheureux hommes, prisonniers de la lourde porte de fer. Ce fut un massacre. Les gardes chargèrent avec leurs effectifs largement inférieur à celui des moblins, qui eux, trébuchaient sur le portail. Le seul avantage, se dit Link, c'était que les moblins ne réfléchissaient jamais.
Fondant dans la foule, il dépassa les gardes pour renverser bon nombre de moblins à l'aide de sa jument, et arriva à tuer sur son passage. La liste était encore longue, mais les moblins avait pris peur de la jument, et s'écartaient, arrangeant Link qui put faire des gestes plus amples et plus efficaces en galopant de long en large à travers les rangs moblins.
Et il n'eut pas besoin de plus, les moblins diminuait en nombre, et les vagues qui arrivaient par le nord semblaient se décimer par elles même. Comment ? Link n'en avait aucune idée. Les gardes avançait, leurs lances battant l'air, et Link avait posé pied à terre pour finir le travail. Le peu qu'il restait, de gardes comme de moblins, s'étaient immobilisés pour voir la réaction des uns les autre. C'est alors que Link aperçu devant lui un énorme chien en os monté d'un Bokoblin chef, beaucoup plus imposant que le reste de sa troupe. Sa peau d'un bleu âcre et un casque corne posé sur sa tête, il toisait la bataille d'un regard ténébreux. Remarquant la présence à ses pieds avec un air de dégoût, il fit volte-face et galopa vers la plaine, battant en retraite. Link sortit son arc en vitesse, mais il était déjà trop loin. Il ne pourrait l'atteindre de cette distance, il avait été trop lent.
C'est alors qu'il la vit. Combattant les derniers des moblins avec le reste des gardes, une magnifique jeune femme maniait sa lance aiguisée avec une fluidité parfaite et massacrait les monstres un par un. Elle tenta un dernier tour : prenant appui sur la garde de son arme, elle virevolta autour de celle-ci et abattit ses pieds en plein sur un de ses assaillant qui alla valser quelques mètres plus loin, qui tomba raide mort achevé par la chute. Sans s'arrêter de tournoyer et dans un enchaînement presque parfait qui fit voler sa longue tresse noire autour d'elle, elle brandit son arc qu'elle avait pris dans son dos, visa le chef bokoblin déjà trop loin, leva sa flèche vers la nuit, et avec une concentration indescriptible, décocha. Avec étonnement, Link vit la flèche faire mouche. L'horrible bokoblin bleu nuit tomba comme un sac à côté de sa monture au loin.
L'archère baissa lentement son arc, examinant sa cible. Morte, et abandonnée. Semblant satisfaite mais ne laissant rien paraître, elle regarda en arrière et y croisa le regard de Link.
Elle avait des yeux d'ambres, il n'en avait jamais vu de tel. Un visage taillé avec finesse et des cils anormalement longs, elle pouvait facilement rivaliser avec la Princesse Zelda, néanmoins, ses yeux brillaient d'une lueur féroce, pleine de vie. Grande différence avec les yeux bleus ciel, sages, de la Princesse.
Mettant un terme à cet échange, l'inconnue tourna la tête avant de disparaître dans les roches, sa robe noire se fondant dans la nuit.
En deuil et accueillant une nouvelle délégation provenant de la citadelle, le village semblait avoir retrouvé son calme obligé. Et c'est dans cette plénitude, mais nuancée de tension envers la menace d'une attaque imminente, que Link finit de rassembler ses affaires pour partir en direction du nord, vers la citadelle. Il comptait voir la princesse Zelda et la mettre au courant de tout ce qu'il s'était passé. La vérité étant qu'il n'avait aucune idée de comment il devrait agir ensuite, il était livré à lui même.
Chevauchant Epona, épuisée de la nuit dernière et de toute l'agitation qu'elle avait suscité, Link dériva sur la plaine d'Hyrule au nord de Cocorico, en recherche du corps transpercé d'une flèche laissé à l'abandon la nuit dernière. La délégation de soldat arrivé ce matin avait-elle déjà évacué les corps de la plaine ? En tout les cas, l'entrée de Cocorico était remplie de corps de moblins, et malheureusement, de gardes vaillants. Tournant en rond, Link et Epona ne trouvèrent pas le corps du Mokoblin chef qu'il avait vu la nuit précédente, mais ils trouvèrent des traces. Ce n'était pas les soldats qui avait transporté le corps porté disparu, c'était des moblins. Les traces remontaient vers le Nord, vers la cache de Muhano. Du moins, l'ancienne ...
Se détournant de cette chasse, Link poursuivit son chemin vers la citadelle, prenant le pont ouest où, un goron vendeur d'eau thermale avait jadis somnolé, dépressif, regardant dans le vide du pont détruit pendant l'ère de l'ombre. Link leva les yeux au ciel vers ce cercle de nuages orageux qui continuaient de tournoyer autour du château, rendant le soleil invisible et les habitants lassés de ce temps plus que maussade, maudit.
Entré dans la citadelle, l'agitation restait la même, mais sûrement pas au même volume. En effet, les gens couraient en tout les sens, mais personnes ne s'arrêtait discuter. Seulement des gens assis, seul à terre, broyant du noir. Délaissant sa jument à l'écurie, Link marcha sur les dalles en direction de la taverne. Là-bas, il retrouva uniquement Jedh et Telma qui lui dirent que les partisans de la paix était parti à la recherche du sorcier vers le nord, recrutant sur leurs passage plus de partisans à leurs cause. Link leurs transmis les dernières informations dont il disposait et les invita à cherche ailleurs qu'au nord. C'est après un lait de chèvre qu'il sortit sous la pluie, en direction de la plus haute tour de la citadelle.
Les gardes était plus que jamais tendus, sur les nerfs. Ils ne laissèrent le héro passer que sur ordre directe de Zelda, après un long moment d'attente.
- Ceux que tu cherches s'appellent les joyaux des Déesses. Des artefacts laissés sur terre par les Déesses elles-même afin de nous protéger d'une grande menace. Mais cela fait des millénaires qu'ils ont été démantelés et envoyés aux quatre coins du royaume, protégés par plusieurs entités gardiennes, suscitant trop de convoitises et pouvant être utilisés à des fins démoniaques. Ils contiennent un grand pouvoir. Ils ne doivent pas tomber entre les mains du sorciers, c'est primordial.
La Princesse marchait de long en large dans la bibliothèque du château, mais semblait réciter un discours. De son air préoccupé, Link en déduit qu'elle réfléchissait à toute allure.
- Il ne lui en manque plus qu'un seul, il en a déjà deux, et il est en route pour les compléter.
- Oui ... "Vulpi" et "Ibis" ... Il ne lui manque plus que "Lupa", le joyaux maître ...
Zelda plongea dans un profonde réflexion.
- Où est-il ? demanda Link. Nous devons le mettre en sécurité.
- Bien gardé, sinon Muhano l'aurait déjà trouvé. Je ne sais pas où il se trouve, mais tout ce que je sais, c'est "qu'il faut trouver l'ambre et le temps". C'est ce que j'ai appris. Je suis désolée de ne pas pouvoir t'aider d'avantage Link.
Plusieurs voix parlaient dans sa tête, mais la Princesse les fit toutes taire.
