Chapitre 9
Le réveil-matin se met à hurler sa sonnerie stridente entre les murs de notre chambre. J'ouvre un œil, aperçois la main de Lucretia qui sort du lit pour attraper sa baguette et éteindre l'engin de malheur, puis je me tourne dans mon lit, bien décidée à grappiller encore quelques minutes de sommeil.
J'entends Lucretia qui s'agite, s'extirpe de son lit et commence à rassembler ses affaires pour se laver. Le bruit qu'elle produit dans la chambre finit par décider Shelly à sortir de son lit à son tour. En passant près du mien, elle pose sa main sur la seule partie de mon corps qu'elle peut atteindre, c'est à dire mes pieds, et me secoue légèrement.
Je grogne bien fort, histoire de lui signifier que je n'ai pas envie de me lever. Et elle en réfère immédiatement à notre amie :
- Lucretia, je pense qu'il va encore falloir que tu interviennes, annonce doucement Shelly dont la voix me parvient depuis le côté de la chambre où se trouve la salle de bain.
La réaction de ma deuxième colocataire ne se fait pas attendre.
- Eve, debout ! Hurle Lucretia depuis la salle de bain. Je sais que nous sommes mercredi matin mais ce n'est pas une raison !
Le mercredi est la journée de la semaine que j'exècre le plus. Sans parler du fait que l'entraînement de Quidditch de dix-sept heures se fait en compagnie de notre grand stressé de la vie de capitaine, c'est aussi le jour où je débute avec quadruple cours de Métamorphose. Comment avoir envie de se lever avec un tel emploi du temps ?
- Je te donne soixante secondes pour sortir de ton lit, poursuit mon amie. Une fois ce délai dépassé, j'emploierais les grands moyens.
Lucretia est doté d'un naturel autoritaire, doublé d'un penchant pour le sadisme. Elle serait bien capable de me faire prendre une douche froide directement dans mon lit pour m'inciter à en sortir. Je le sais, elle l'a déjà fait l'année dernière.
D'un geste rageur, je repousse mes couvertures. Le froid qui règne dans les cachots s'insinue aussitôt sous mon pyjama, achevant de me réveiller. Je saute rapidement hors de mon lit, attrape mes affaires que j'ai préalablement préparés hier soir et cours rejoindre mes copines dans la salle bain. La douche brûlante que Lucretia a actionné rend la petite pièce beaucoup plus accueillante que notre dortoir glacial.
- Je déteste être à Serpentard, grommelle-je en posant mon uniforme sur la chaise prévue à cet effet.
Je rejoins Shelly devant les lavabos et commence à me brosser les dents.
- C'est vrai qu'il fait un peu plus frais que d'habitude ce matin, dit Shelly. Il a dû neiger cette nuit.
Si elle le dit.
Je termine mes ablutions en silence et prends la place de Lucretia lorsqu'elle sort de la douche, Shelly occupant déjà la deuxième cabine. Je me réchauffe comme je peux à coup de jets d'eau bouillant, et ressors rouge comme une écrevisse. J'enfile ensuite mon uniforme, lace mes chaussures et rejoins les filles qui m'attendent dans le dortoir. Nous quittons notre chambre, traversons la salle commune déserte et atteignons la Grande Salle.
Lucretia s'installe aussitôt à une portion de la table particulièrement vide. Shelly s'assied à sa gauche, et moi à sa droite. Puis, notre petit-déjeuner se déroule dans le silence le plus complet.
- Tu es d'une humeur de dragon depuis ton passage à l'infirmerie samedi dernier, commence Lucretia au bout de cinq minutes.
J'avale ce que j'ai dans la bouche et rétorque :
- Si tu avais dû supporter les cris de McGonagall pendant vingt minutes, toi aussi tu serais de méchante humeur.
En fin de journée, peu de temps avant que Pomfresh ne m'autorise à rejoindre ma maison, la directrice avait de nouveau fait un crochet par l'infirmerie pour s'enquérir de l'état de santé de Finnigan. Rassurée de savoir que la Serdaigle allait mieux et qu'elle s'en sortirait sans séquelles, McGonagall avait profité de ma présence et de mon rétablissement pour m'offrir un sermon sur les dangers du Quidditch et, accessoirement, me menacer de me retirer de l'équipe si un incident de ce genre devait se reproduire.
- Toujours pas de nouvelles de tes parents ? Demande ensuite Shelly.
Je lève la tête vers le plafond de la Grande Salle, lourd d'épais nuages blancs. J'imagine que Shelly n'est peut-être pas tombée très loin en parlant de neige.
- Je pense que je risque d'en avoir ce matin, réponds-je en guettant l'arrivée des hiboux.
Parce que, non contente de m'avoir bousillé les tympans, McGonagall aussi eu la judicieuse idée de me coller une retenue et d'envoyer un courrier à mes parents pour leur raconter l'histoire. Du coup, j'attends avec fatalité la lettre incendiaire qu'ils ne vont certainement pas oublier de m'expédier.
Je baisse de nouveau le regard sur mon assiette de toasts. Quelques secondes plus tard, le capharnaüm que provoque l'entrée des volatiles dans la pièce m'annonce que l'heure de ma sentence est sans doute arrivée.
Je guette le ciel quelques instants en priant pour que le jugement dernier ne soit pas pour aujourd'hui, puis repère une petite chouette qui fonce dans ma direction.
Je peux arrêter de prier et commencer à rédiger mon testament.
La chouette se pose délicatement près de mon verre et me tend docilement sa patte. Je détache la lettre qui y est attachée, glisse les quelques noises qu'il faut dans la petite bourse accrochée à son autre patte et elle repart aussi sec.
Je lance un regard incendiaire à la lettre que je tiens dans ma main en me demandant si la réaction de mes parents a été aussi catastrophique que je l'imagine.
- Tu comptes l'ouvrir un jour ? me demande Lucretia en constatant que je me contente de fixer ma missive sans rien faire de plus.
- Je ne sais pas. Je me demande si je peux faire croire que je ne l'ai jamais reçu.
- Vu que tu viens de payer le hibou, ça m'étonnerait.
Je soupire, et glisse la lettre dans mon sac. Je préfère la garder pour cet après-midi. Je la lirais avant d'aller à l'entraînement, comme ça, je pourrais me défouler sur les cognards.
O0o0O
A la fin du cours de potion, je fonce à la salle commune en compagnie de Lucretia et Shelly, doublant tous les autres Serpentard de notre année, histoire de réquisitionner les meilleurs places de la pièce. Ce sont des fauteuils moelleux qui sont rassemblés près de la cheminée au feu ronflant jour et nuit. Avec le froid qui s'est installé dans les couloirs, c'est le moyen le plus rapide de se réchauffer. Alors aucune chance que je laisse les autres en profiter.
Nous arrivons les premières dans la salle commune, heureusement quasiment vide. Les sièges prisés sont libre et nous nous y précipitons. Je m'affale dans le mien avec un soupir d'aise et peu de dignité, les bras ballant de chaque côté des accoudoirs. A ma droite, mes deux amies se partagent le sofa aux couleurs de notre maison, il reste donc le fauteuil qui me fait face de libre.
Shelly ôte immédiatement ses chaussures en les envoyant valser plus loin, retire ses chaussettes montantes et agite ses petits orteils devant le feu. L'envie me prend de l'imiter mais je me vois mal afficher mes pieds nus devant les autres élèves. Shelly, elle, n'a pas ce genre de complexes.
A côté d'elle, Lucretia tort sa tête dans tous les sens, comme si elle avait la nuque raide. Ce qui est sans doute le cas, puisqu'elle ne tarde pas à masser le bas de son crâne du bout de ses doigts en lâchant échapper un petit gémissement de douleur de temps en temps.
- Pourquoi est-ce que les chaises du cours de potions doivent-elles être aussi raides ? Râle Lucretia en laissant son bras retomber le long de son corps.
Je hausse des épaules. Sa question ne demande pas particulièrement de réponse.
Le mur de l'entrée de notre maison bouge pour laisser entrer le reste de notre promotion, qui s'éparpille dans la pièce ou rejoint son dortoir. Avisant certains d'entre eux qui sortent parchemins et plumes de leurs sacs pour attaquer leurs devoirs, je décide de faire de même. Vu la complexité du sujet que nous a collé Mr Bradley, le professeur de métamorphose, j'ai plutôt intérêt de m'y mettre dès maintenant.
Je me penche par dessus l'accoudoir pour récupérer les affaires nécessaires dans mon sac de cours, en ressors plumes, encre et parchemins et pose le tout sur la petite table de salon qui trône entre les deux fauteuils et le sofa.
- Tu es sérieuse, là ? S'exclame Lucretia, les yeux ronds, en me voyant faire. Tu vas faire tes devoirs, maintenant ?
Shelly me lance un bref regard surpris, avant de retourner à la contemplation du feu. Lucretia secoue la tête, blasée.
- Tu es consciente que les ASPIC's sont l'année prochaine ? Demande-je à mon amie en retour.
- Ce qui te laisse deux longues années avant de t'en inquiéter, rétorque-t-elle. Quelle est le rapport avec le fait que tu deviennes une bêcheuse ?
Je roule des yeux et lâche un soupir exaspérée avant de replonger dans mon sac et d'en sortir la lettre de mes parents que j'agite sous le nez de Lucretia.
- Ils n'ont pas non plus exigé que tu ais Optimal à toutes les matières, tu sais.
- Sauf qu'à l'allure où je vais, c'est une nuée de Troll que je vais me taper aux examens, dis-je. Alors, je préfères assurer mes arrières.
Lucretia lève les bras et les yeux au ciel, signe qu'elle abandonne pour cette fois. Mais je sais que tôt ou tard, elle reviendra à la charge. Elle ne comprend pas pourquoi depuis le début de l'année, je me mets sérieusement au travail, et ce malgré que je lui ai fait un long résumé de mes vacances. En tant que seule héritière des Nott, Lucretia n'a pas à s'inquiéter de ce qu'elle fera de sa vie : elle n'aura qu'à faire fructifier l'argent de sa famille et le dépenser ensuite comme bon lui semblera. Nous n'avons pas tous cette chance, il faut donc que j'ai le maximum de ASPIC's possible pour pouvoir faire par la suite le métier de mon choix.
Je pose la lettre de mes parents sur la table et lui lance un regard torve. Je ne l'ai pas encore ouverte, par conséquent, j'ignore toujours ce qu'elle contient. Cependant, elle me surprend déjà par l'épaisseur qu'elle possède. C'est comme si il y avait plusieurs feuillets dans l'enveloppe. Pourtant, aux dernières nouvelles, mes parents ne sont pas des fanatiques du courrier.
Supposant que je ne peux plus retarder l'échéance, je soupire et décide de l'ouvrir. Je décachette l'enveloppe et en sors deux feuillets : un d'une couleur crème traditionnelle qui est certainement la lettre de mes parents, et un autre d'un ton bleu et dégageant une légère odeur de lilas. Je fronce des sourcils, décontenancée. De qui peut bien être la seconde lettre ?
Je décide de lire d'abord le courrier de mes parents, histoire de commencer par le plus déplaisant.
Evelyne,
J'imagine que tu peux aisément imaginer à quel point nous avons été surpris, ton père et moi, de recevoir un courrier de la directrice de ton école nous expliquant que tu avais envoyé intentionnellement une de tes camarades à l'infirmerie. Lui lancer un cognard en pleine figure, vraiment ? Nous pensions pourtant avoir été clairs lors de notre discussion sur ton comportement au mois de juillet.
Mais puisque c'est la première incartade depuis ton retour à Poudlard, nous avons décidés de passer l'éponge sur cet incident. J'espère tout de même que tu nous répondras en nous expliquant ce qu'il t'est passé par la tête. Es-tu au moins consciente de la gravité de ton geste ? Tu aurais pu la tuer ! Ton père pense que c'était un accident et que ta directrice à mal jugé les événements. J'espère vraiment qu'il a raison.
Autrement, tu as sans doute remarqué la seconde lettre qui accompagne la nôtre. Nous avons reçus ce courrier d'Amy la semaine dernière, elle nous demande de te le faire suivre.
Nous viendrons te chercher sur le quai 9 3/4 le vingt-trois décembre au soir. Nous espérons ne pas recevoir d'autres courriers du personnel de Poudlard d'ici là.
Nous t'embrassons,
Papa et maman.
Je repose la lettre sur la table lentement. Je n'arrive pas à y croire. Pas à cause de la surprenante tolérance dont mes parents font preuve, mais à cause du passage sur Amelia. Je n'arrive pas à croire que ma cousine m'ait écrit. C'est bien la première fois en cinq ans.
Je laisse mon regard couler sur le papier bleu qui trône encore sur la table. J'hésite à la prendre et à l'ouvrir. Quelle horreur peut-elle bien me réserver ?
- Alors ? Demande soudain Lucretia, me faisant sursauter.
Je lui jette un bref coup d'œil, constate son air impatient, et retourne à ma contemplation du papier bleu. J'angoissais à l'idée de découvrir la lettre de mes parents, mais ce n'était rien comparé à ce que je ressens à présent. Je ne peux m'empêcher de redouter le contenu de la missive de ma cousine. Qu'y-a-t-il de si important pour qu'elle ne puisse pas attendre les vacances de Noël pour me le dire ?
Prenant mon courage à deux mains, je finis par récupérer la lettre, la déplie et parcours rapidement les quelques mots que ma cousine a couché sur le papier.
Salut Eve !
Je t'envoies ce message pour t'inviter à la fête costumée que je donne au domicile de mes parents le soir du 25 décembre. Je vous attendrais, ton cavalier et toi, pour le lancement des festivités à vingt heures tapantes.
Sachant que le thème de la soirée est « Les couples connus », tu comprendras que je ne pourrais te laisser entrer si tu viens seule. Je serais moi-même accompagnée par Jérémy, que j'ai rencontré il y a quelques semaines. Il a 19 ans, est doué pour le dessin et étudie à l'institue Courtauld. Je te le présenterais à cette occasion.
A très vite ma cousine !
Bisous, Amelia.
Je ferme brièvement les yeux, intime à mon cœur de se calmer et d'arrêter de se faire avoir aussi facilement, puis les rouvre. Dans mon poing serré, la lettre ne ressemble plus à grand chose. Lucretia et Shelly me regardent avec beaucoup d'étonnement.
- Qu'est-ce qu'il te met dans cet état ? Demande Shelly.
Je pince les lèvres, les mots de la lettre de Amelia dansant devant mes yeux. Je reconnais bien là ma sale peste de cousine. Cette soirée et son invitation ne sont pas amicales. C'est seulement pour afficher son petit-ami et essayer de prouver sa supériorité sur moi. Elle s'attend sûrement à ce que je décline l'offre, faute de cavalier. Mais il est hors de question que je me laisse marcher dessus.
Sauf que je n'ai qu'un mois pour trouver un garçon qui voudra bien m'accompagner à une fête déguisée moldue. Et ce n'est pas gagné d'avance.
O0o0O
Je tire le livre vers moi, jette un œil au paragraphe qui m'intéresse, en retiens le principal et reformule le tout sur mon parchemin. Puis, je regarde autour de moi, toujours aussi surprise de constater le peu de monde présent. Grâce à cela, un silence studieux règne dans la bibliothèque de Poudlard en ce samedi après-midi pluvieux. J'ignore où sont passés les autres élèves, mais force est de constater qu'ils ne sont pas venus réviser.
Je me replonge dans mon livre rébarbatif, traitant des différentes façon d'entretenir les plantes mortelles, pour mon cours de botanique, puis je lâche un profond soupir d'ennui. Si je n'étais pas l'une des rares élèves à travailler dans la bibliothèque, j'aurais sans doute mieux supporter le silence ambiant. Mais là, j'ai vraiment l'impression d'être une bêcheuse, dixit Lucretia.
Je relève la tête du livre et jette un œil par la fenêtre au dessus de ma tête. La pluie semble avoir cessé de tomber, pour laisser place à une espèce de neige fondue qui va vite devenir consistante avec les températures qui dégringolent. Je ressers mon écharpe sur mon nez en sentant un courant d'air s'insinuer près de mon cou, puis décide de retourner à mon travail scolaire.
J'aperçois alors Potter qui s'approche. Il n'a pas son sac avec lui, donc j'imagine qu'il n'est pas venu réviser pour ses ASPIC's. Et vu qu'il ne me quitte pas des yeux, je crois qu'il est venu me voir. Il ne tarde pas à me prouver que j'ai raison, puisqu'il se glisse sur le siège libre me faisant face.
- Salut.
Je réponds d'un hochement de tête prudent. Nous n'avons pas eu de contacts depuis la semaine dernière, quand il est venu me rendre visite à l'infirmerie. Du coup, je me demande bien ce qu'il me veut.
- Je ne te dérange pas ? Poursuit-il en jetant un œil à mes livres. Tu révises la botanique ?
Il tourne vers lui le premier bouquin à sa portée et regarde le chapitre sur lequel je travaille, sourcille, remet le livre en place et me propose :
- Quand tu m'auras rendu les notes de potion que je t'ai prêté le mois dernier, je pourrais te filer celles de botanique, si tu veux.
- C'est une façon détourner de me dire que je te les accapare trop longtemps ? Demande-je.
Potter tique, surpris, puis esquisse un petit sourire en coin.
- Ben ouais, en fait. J'en aurais besoin pour un devoir que je dois rendre la semaine prochaine.
Je plonge dans mon sac, y farfouille quelques secondes, puis en ressors la liasse de parchemins emplis de l'écriture brouillonne de Potter. Je les lui tends gentiment, et il les récupère avec encore plus de surprise que plus tôt.
- Tu te trimbales toujours avec ?
- Je voulais te les rendre cette semaine, mais je n'ai pas trouvé l'occasion, réponds-je pour me justifier.
Il hoche de la tête, pose la liasse sur la table, mais ne fait pas mine de vouloir repartir.
- Tu voulais autre chose peut-être ? Demande-je en jetant un regard autour de nous pour vérifier que Mme Pince ne s'approche pas de trop près et ne nous choppe en train de parler.
- Oui.
Je me tourne pour le regarder. Sa réponse franche me surprend. Il glisse sa main dans sa poche et en sors un petit sache emplie d'une poudre bleu clair qu'il pose sur la table entre nous, avant de se pencher en avant et de chuchoter :
- C'est un cadeau de mes oncles, dit-il. Ils aiment bien me faire tester leurs nouvelles inventions avant de les mettre en vente, et j'ai pensé qu'on pourrait s'en servir sur Finch.
OK, là, j'ai dépassé le stade de la surprise. Je suis passée à l'effarement.
Weasley, Farce pour Sorciers facétieux est la boutique de farces et attrapes la plus connue du monde sorcier anglais. Leurs nouveaux produits sont soigneusement gardés sous clés jusqu'à leur mise en vente officielle. Que Potter se balade dans Poudlard avec un essai de leur prochain produit me surprend au plus haut point, mais qu'en plus il me propose de le tester avec lui me procure un sentiment d'effarement jamais inégalé. San compter le fait qu'il veuille s'en servir pour me venger.
Il doit remarquer la tête que je fais, parce qu'il se met soudain à rigoler. Discrètement, certes, mais il rit quand même.
- D'accord, fait-il, je reconnais que ça a de quoi surprendre, mais remets-toi !
Je secoue la tête, remettant mes idées en place, puis commence à ranger mes affaires, provoquant de nouveau l'étonnement de Potter.
- Allons discuter ailleurs, explique-je. Mme Pince ne va pas tarder à venir nous voler dans les plumes si on continue à parler ici.
Il acquiesce sans broncher, puis me suit hors de la bibliothèque. Je salue Mme Pince d'un signe de la tête lorsque nous passons devant son bureau.
Nous nous retrouvons dans le couloir glacial et je me demande où nous pourrions nous poser pour discuter tranquillement.
- Qu'est-ce qu'elle fait cette poudre ? L'interroge-je en commençant à marcher, sans trop savoir vers où.
- Mes oncles ne m'expliquent pas les effets de leurs inventions, répond-t-il en m'emboîtant le pas. Il me laissent le découvrir par moi-même.
- Alors comment tu sais que ça sera humiliant pour Finch ?
- Ça l'a toujours été pour toi.
Je le regarde, outrée, alors qu'il rigole, fier de lui. Je comprends un peu mieux comment il pouvait avoir autant d'imagination en matière de crasse : les idées n'étaient pas de lui !
- Ne te plains pas ! Poursuit-il. Au moins, cette fois-ci, ce ne sera pas pour toi. De toute façon, elles ne le seront plus jamais.
J'espère bien !
- Comment on opère alors ?
- C'est toi qui fera tout le boulot, dit-il. Il faut que tu arrives à glisser un peu de la poudre dans son verre du matin. Elle devrait agir toute la journée d'après mes oncles. Tu pourras faire ça discrètement ?
Je lui lance un regard ironique. Il sait très bien que j'en suis capable. Il répond par un grand sourire.
Je crois que nous sommes tous les deux conscients qu'une page importante est en train de se tourner. Si nous nous allions pour faire des farce à ceux qui nous embêtent, Poudlard risquent de ne pas s'en relever. Mais comme j'ai promis d'être sage, cette année, je m'impose de jouer un sale tour seulement à Finch. Et je m'empresse de le préciser à Potter.
- Que ça ne devienne pas une habitude, dis-je alors que nous traversons tranquillement le couloir du troisième étage. Tu sais très bien que j'ai décidé d'arrêter toutes ces gamineries suite aux remontrances de mes parents. Je peux déjà m'estimer heureuse qu'ils ne m'aient pas incendiés après que la directrice les ait prévenus pour le cognard.
- Elle leur a dit pour Finnigan ? S'étonne Potter. Dur. Et tes parents n'ont rien dit de spécial ? Les miens m'auraient tués.
Je ne le lui dis pas, mais je crois bien qu'ils ont lus la lettre que m'a envoyé ma cousine, et qu'ils ont tout de suite su que ma punition était finalement arrivée, sans qu'ils n'aient eu besoin d'intervenir. Ils savent très bien que je ne peux pas supporter Amelia, et à chaque fois que l'ambiance à la maison devient électrique, ils invitent mon oncle et ma tante à déjeuner à la maison avec leur fille. Ça a tendance à détourner mon attention. Du coup, cette histoire de soirée avec cavalier a dû bien les faire rire.
En parlant de cavalier . . .
Je glisse un œil sur le profil de Potter. J'ai très vite pensé à lui et aux faveurs qu'il me doit encore après l'arrivée de la lettre de Amelia. Objectivement, je sais qu'il n'est pas désagréable à regarder et ça risquerait d'agacer ma cousine bien comme il faut. De plus, si je signale que nous allons dans la même école, cela lui collera un sévère urticaire. Elle n'a jamais digéré que je sois une sorcière et pas elle.
Cependant, je ne sais pas si c'est vraiment une bonne idée d'y aller accompagner de Potter. Je ne pense pas qu'il refuserait, mais je me vois mal passer toute une soirée en sa compagnie, même si je dois bien avouer que cette journée à Pré-au-Lard ne s'est pas si mal passé que ça. Nous sommes restés plutôt civilisés l'un envers l'autre.
Mais je préfères quand même essayer de me trouver quelqu'un par moi-même, et garder Potter sous le coude au cas où. Car avec lui, hors de question de faire croire à Amelia que nous sommes un couple, en jouant des câlins et des bisous.
- Alors, tu es partante ? Demande Potter en me sortant de mes pensées.
Je le regarde et acquiesce d'un signe de tête. Il m'est inconcevable de laisser Finch s'en sortir aussi bien. Potter arrive à point nommé avec sa proposition, puisque je réfléchissais déjà à une idée pour lui faire payer mon « accident ».
Potter me glisse discrètement le sachet dans la main alors que nous croisons une bande de septième année de Serdaigle qui nous dévisagent, puis nous échangeons un sourire de connivence.
