Bien le bonjour à vous, lecteurs ! Désolée pour le retard mais ce chapitre m'a posé un peu plus de soucis que les autres. Je ne suis pas très douée pour ce qui est des sentiments des personnages. Il faut savoir doser pour éviter trop de sentimentalisme ce qui a été assez difficile. Je vous laisse juger. Il n'y a pas beaucoup d'action dans ce chapitre mais le prochain devrait rattraper ce manque.
Et merci pour les reviews ! Les commentaires sont toujours bienvenus et surtout, ils aident à écrire plus vite… Bonne lecture !
Chapitre 9
Coupable de Loyauté
Ce soir là, il avait fait un choix. Il avait décidé de protéger le jeune Joshua Mason, quoi qu'il lui en coûte… Il aurait pu ignorer la solitude et la détresse du garçon mais il ne l'avait pas fait et aujourd'hui, il le regrettait.
L'eau froide cessa de couler sur les mains de Newkirk tandis que les images du passé s'effaçaient peu à peu, ne laissant derrière elles que le goût amer du présent.
- Josh… Soupira l'anglais tout en observant le bleu qui commençait à se former sur le dos de sa main droite.
Perdu dans ses pensées, il n'entendit pas la porte de la baraque s'ouvrir derrière lui et bondit de surprise au contact d'une main sur son épaule.
- Colonel ! S'écria t-il d'une voix un peu plus aigue qu'il ne l'aurait voulu en reconnaissant l'homme qui se tenait derrière lui.
Instinctivement, il s'éloigna de son supérieur, buttant malencontreusement contre l'une des couchettes et se retrouvant assis sur le matelas.
Hogan observait la réaction de son caporal sans dire un mot. Il avait l'impression de se trouver en face d'un animal sauvage blessé et pris au piège. Le regard fuyant de Newkirk finit par croiser le sien et Hogan s'étonna de la facilité avec laquelle Newkirk réussissait à feindre le sentiment de culpabilité.
L'anglais savait que les réprimandes qui allaient suivre étaient méritées mais étrangement, aucun reproche ne sortit de la bouche du colonel. C'était idiot mais subitement, Hogan ne savait plus du tout ce qu'il était censé dire. D'autant qu'il ne savait pas réellement ce qui s'était passé dans le tunnel.
Il ne s'attendait vraiment pas à ce que Newkirk se confie soudainement à lui.
- Je n'ai jamais été qu'un bon à rien colonel, murmura l'anglais en regardant son supérieur droit dans les yeux, mais ce type… Il me l'a fait ressentir jusqu'au plus profond de mes entrailles.
Un rictus de dégout retroussa furtivement les lèvres de Newkirk alors qu'il évoquait son ancien instructeur. L'anglais ne parlait que très rarement de lui mais la situation ne lui laissait pas le choix. Et puis, il ne voulait pas que le colonel perde la confiance qu'il avait en lui comme en chacun des membres de leur équipe.
Newkirk marqua une pause, hésitant encore à se confier comme il s'apprêtait à faire. Pour l'encourager à continuer, Hogan tira une chaise et s'assit dos à la table qui se trouvait dans le coin de la pièce opposé à la couchette sur laquelle était assis Newkirk. Le visage de l'anglais lui était caché par le pilier de bois du lit mais il pouvait toujours voir ses mains. Newkirk serait plus à l'aise pour parler avec cette distance entre eux.
En effet, Newkirk se décida :
- Je sais que Lackey vous a dit que j'ai fait de la prison avant de rentrer dans l'armée. Un an pour vol à la tire. Je n'en ai fait que la moitié, c'était déjà beaucoup trop. Enfin, a priori, ça ne vous dérange pas d'avoir un criminel dans l'équipe.
C'est vrai que les talents de Newkirk en matière de vol étaient un atout indispensable à la réussite de bon nombre de missions. Hogan ne pouvait pas le nier.
- Ca me dérange. Dit-il pourtant.
Le visage de Newkirk se décomposa mais il n'eut pas le temps de se demander si le colonel pensait vraiment ce qu'il venait de dire que ce dernier rajouta d'une voix amusée :
- Ca me dérange d'avoir sous mes ordres un voleur… qui se soit déjà fait prendre.
La remarque eut l 'effet escompté. La tension retomba des épaules de l'anglais qui rit de s'être laissé dupé, ne serait-ce qu'une seconde, par son supérieur.
- Si ce n'est que ça gouverneur, je peux vous assurer que je ferais tout pour que ça n'arrive plus.
- Bien. Répondit Hogan en souriant.
Plus détendu après s'être rendu compte que le colonel ne le jugerait pas pour ce qu'il était, Newkirk continua son récit :
- En prison, il y avait ce lieutenant de la Royal Air Force. Un type super, honnête et respecté de tous. Un genre de héros, si on oublie le double homicide… Une bagarre qui avait mal tournée si je me souviens bien mais ce n'est pas important. Il m'a dit une fois que je ferais un bon soldat. Ca m'a fait rire sur le coup mais plus j'y pensais et plus l'idée me plaisait. Alors quand je suis sorti, je me suis engagé. C'est le meilleur moyen que j'ai trouvé pour rester dans le droit chemin. Ensuite je suppose que mon histoire rejoint celle d'un tas d'autres gars. Avec la guerre, je suis vite devenu caporal et on m'a proposé une place de pilote. Les premiers raids sur l'Allemagne ont tué beaucoup d'anglais et ils n'ont pas trouvé assez d'officiers pour les remplacer…
La voix de l'anglais se fit plus lointaine alors qu'il se rappelait ces temps qui paraissaient si lointains. Hogan comprenait bien ce sentiment. Lui aussi avait parfois l'impression d'avoir toujours été prisonnier de ce camp, même s'il pouvait sortir prendre l'air quand bon lui semblait. Dans ces moments là, les souvenirs de son pays, de sa famille, lui semblaient tout droit sortis d'un rêve.
- J'ai tout de suite vu que le capitaine avait un problème avec moi. Parce que j'avais fait de la prison, parce que j'étais suis un cockney. Pour lui je n'avais pas ma place dans son unité d'élite mais je ne lui ai jamais laissé une occasion d'en faire la preuve. Jusqu'au vol.
- L'argent pour les familles des pilotes. Ne put s'empêcher de compléter Hogan. Et comme Newkirk ne semblait pas vouloir continuer, se doutant de ce que Lackey avait pu raconter à ce sujet, le colonel rajouta :
- Je te connais Newkirk, tu ne l'as pas volé.
Il en était persuadé. Du moins, il l'espérait tellement qu'il s'en croyait persuadé.
Les poings de Newkirk se contractèrent, ses épaules s'affaissèrent alors qu'il soufflait :
- Vous ne me connaissez pas. Si vous pensez vraiment ce que vous dites, vous ne me connaissez pas.
- Newkirk…
Le caporal se leva et planta son regard dans celui de son supérieur.
- Vous avez raison, je ne l'ai pas pris. Pas cette fois mais je suis responsable.
- Qui essayes-tu de protéger ? Demanda le colonel qui savait que la seule raison valable pour que Newkirk ne clame pas son innocence, pour peu qu'il soit innocent, était qu'il protégeait le véritable voleur.
L'anglais paru surprit de la déduction du colonel et réfléchit un moment avant de se décider.
- Après tout, ça n'a plus aucune importance maintenant.
Il tira une chaise et s'assit en face du chef des prisonniers, croisant ses mains sur la table. Avisant les quelques cartes qui traînaient sur la table, le reste du paquet ayant sans doute été perdu ou trop abimé, Newkirk en saisit une. Une dame de cœur…
- Josh Mason. C'était un gamin de mon unité. Un gosse intelligent, élève officier à dix-neuf ans. Mais pas fait pour être soldat… Il était trop gentil, un peu comme Carter, incapable de faire valoir son grade pour se faire respecter. Les gars le chahutaient pas mal à cause de ça. Pas méchamment mais c'était déjà trop.
Newkirk fit disparaître et réapparaitre la carte entre ses doigts plusieurs fois avant de devoir s'arrêter, la douleur dans sa main droite le forçant à reposer la carte sur la table. Le colonel Hogan n'était pas aveugle, il avait vu la marque violacée qui courrait sur le dos de sa main et il ne fallait pas être un génie pour deviner comment l'anglais s'était blessé.
- C'était un chouette môme. Il ne voulait pas se battre, il était terrifié à l'idée de piloter un chasseur. Alors je lui ai promis que je veillerais sur lui et qu'il ne lui arriverait rien tant que je surveillerais ses arrières…
Newkirk baissa les yeux sur la table de peur que le colonel lise la culpabilité qui s'y reflétait.
Il m'a dit un jour que depuis tout petit il voulait devenir médecin et je suis sûr qu'il aurait pu y parvenir. Il était assez malin pour ça. Enfin, un père général, ça a suffit pour que le gosse tire un trait sur ses rêves. Je lui ai dit de parler avec son père mais il ne voulait pas le décevoir.
- Alors il a volé l'argent pour pouvoir s'enfuir. Compléta Hogan.
- Josh a fait ça sur un coup de tête. Il n'est pas parti. Je savais qu'il risquait de faire une chose stupide alors je l'ai suivi et je l'ai arrêté avant qu'il ne quitte la caserne. Je ne voulais pas qu'il soit pris pour un déserteur, il aurait pu être tué pour ça… Le vol a été découvert presque immédiatement et l'alerte a été donnée. J'ai ordonné au gamin de se cacher. Si on me trouvait seul dans un hangar désert, je savais que personne n'allait le fouiller… Je me suis laissé prendre et Lackey n'a pas mis longtemps avant de faire ses propres conclusions. Et comme l'argent n'a jamais été retrouvé, le capitaine était persuadé que je l'avais dissimulé quelque part. Et croyez moi, il a tout fait pour que je lui dise où.
- Le gamin ne s'est pas dénoncé ? Hogan avait du mal à comprendre que l'on puisse laisser un ami se faire accuser à sa place.
Newkirk releva son regard vers lui, un regard dur et sans appel.
- Je le lui ai interdit. J'ai l'habitude d'être traité comme un criminel. Lui, il ne l'aurait pas supporté… Il n'était pas assez fort…
Et là, Hogan comprit soudainement la rancœur qui émanait de l'anglais, la culpabilité qui se lisait dans ses yeux.
- Qu'est-ce qu'il lui est arrivé ?
C'était un lâche, on l'a retrouvé pendu au bout d'une corde dans le dortoir. Il a préféré la fuite au combat.
Newkirk serra le poing alors que les mots de Lackey lui revenaient en mémoire. IL était allé le voir pour s'excuser de son comportement, pour parler avec lui malgré la rancune qu'il entretenait à son égard. Il l'avait fait pour le colonel Hogan et pour le reste de l'équipe, pour ne pas risquer de laisser ses sentiments prendre le dessus sur la mission. Et il lui avait demandé des nouvelles du jeune Mason. Au fond de lui, il se doutait que le garçon n'était probablement plus de ce monde. Tellement de pilotes étaient descendus par l'ennemi que ce soit dans le ciel allemand ou anglais. Mais pas comme ça.
S'il n'avait pas pris sa défense, s'il ne l'avait pas arrêté lors de sa fuite, s'il ne s'était pas fait accusé à sa place, Joshua ne se serait pas retrouvé au pied du mur. Il serait probablement toujours en vie… Et lui, lui n'aurait pas eu à subir tout ça. Pour rien.
Un lâche. Le mot de trop. Le capitaine n'avait pas eu le temps de voir le coup venir.
- Il est mort. Se contenta de répondre l'anglais. Et moi je vais retourner en prison. Enfin, ça ne changera pas beaucoup. Même si ici ce n'est pas pareil. D'ailleurs, après ce que j'ai fais au capitaine, je comprendrais que vous ne vouliez plus de moi dans l'équipe.
Lentement, le colonel se leva de sa chaise et s'approcha de son caporal, posant une main sur son épaule.
- Ne dis pas n'importe quoi Newkirk. Tu es le meilleur appât que j'aie.
Sur ce, l'américain laissa l'anglais méditer sur ses paroles. Chose qui, état de stress oblige, mit un peu de temps.
- Un appât ? Releva finalement Newkirk, pris soudain d'un très mauvais pressentiment.
Aucune explication ne vint confirmer ses doutes, le colonel avait déjà quitté la baraque.
oOo
Newkirk, imbécile… Qui pourrait te reprocher d'être trop loyal ? Songea le colonel en s'éloignant de la baraque six.
Après avoir écouté l'anglais se mettre à nu sur son passé, le chef des prisonniers n'avait plus eu le courage de le sermonner. De toute façon, Newkirk savait très bien ce qu'il risquait à présent et même si Hogan ne pouvait cautionner la violence dont il avait fait preuve à l'égard d'un supérieur hiérarchique, il ne pouvait pas non plus lui en vouloir. Pas après ce qu'il venait d'entendre. D'autant que la version du caporal avait très certainement été allégée de quelques détails.
Hogan rangea dans un coin de son esprit son inquiétude concernant le pickpocket de l'équipe et se focalisa sur sa mission actuelle, saluant le garde de la Luftwaffe posté à l'entré du bureau de Klink avant d'y entrer.
Hilda, toujours fidèle à son poste, leva les yeux de ses papiers pour identifier le visiteur et rougit lorsqu'elle vit de qui il s'agissait. Hogan lui servit un de ces sourires enjôleurs dont il avait le secret et posa son index sur les lèvres de la jeune femme pour lui intimer le silence. Il s'approcha ensuite de la porte du bureau du commandant du camp et y colla son oreille.
Comme prévu, le colonel Klink n'était pas seul. Bien qu'il l'aurait sans doute préféré, la compagnie d'un général de la gestapo et d'Eberhart en particulier n'était pas des plus plaisantes.
- Bien sûr. Entendit Hogan, reconnaissant immédiatement l'intonation hypocrite du commandant du camp. Vous pouvez rester jusqu'à ce que la route soit praticable. C'est un plaisir de vous avoir parmi nous, si je peux vous être d'une quelconque utilité.
Là, c'était le moment parfait !
Le colonel américain ouvrit brutalement la porte, affichant un air outré et ignorant totalement la présence du général de la gestapo alors qu'il passait près de lui et posait ses deux mains à plat sur le bureau de Klink.
- C'est intolérable ! S'écria t-il avant que les mêmes mots n'aient eu la chance de franchir la bouche grande ouverte de Klink.
- Les prisonniers peuvent faire irruption dans votre bureau à leur guise, Klink ? Et vous me répétez que ce stalag est le plus sûr d'Allemagne ? Intervint le général Eberhart, visiblement peu satisfait du manque de rigueur dans la sécurité du camp.
Bien. Se dit Hogan. Plus vite il voudra rejoindre Berlin et mieux ce sera pour nos affaires.
Faisant semblant d'ignorer l'intervention du général, Hogan continua sur sa lancée :
- Vous ne pouvez pas laisser Schultz faire ça, c'est contre la convention de Genève.
Le commandant du camp fixa un instant le chef des prisonniers, ne comprenant absolument pas de quoi ce dernier était en train de parler.
- Schultz ? Questionna t-il. Qu'est-ce qu'il a encore fait ?
- Il m'a demandé de former une équipe pour remettre la route en état. Vous n'avez pas le droit de forcer les prisonniers de guerre à travailler ! Nous n'avons rien à voir avec les dégâts causés à cette route, il n'y a aucune raison pour que mes hommes aient à les réparer.
- A vrai dire, ce sont vos alliés qui ont bombardé cette zone. Donc il serait logique que vous répariez les dégâts. Je dois avouer que Schultz a peut être eu une bonne idée pour une fois, aussi étonnant que cela puisse paraître…
Coupant court à toute réflexion inutile de la part du colonel allemand, réflexion qui pourrait très bien compromettre la réussite de son plan, Hogan pris un air scandalisé.
- Vous ne m'obligerez pas à former cette équipe !
Klink jubilait toujours lorsqu'il pensait avoir le dessus sur l'américain, ce qui était étonnamment rare malgré le fait qu'il soit censé être son prisonnier. Le plus dur pour Hogan était de l'amener à croire qu'il avait réellement tout pouvoir sur ses prisonniers, ce qui dans un autre camp aurait été le cas. Mais le stalag 13 avait un atout que les autres n'avaient pas, le colonel de l'US Air Force Robert Hogan. Evidemment, le fait que le commandant du camp soit un parfait idiot lui facilitait aussi la tâche.
Une petite lueur de sadisme s'alluma dans le regard de l'allemand et Hogan sut qu'il avait gagné.
- Vous ferez exactement ce que Schultz vous a demandé. Choisissez une dizaine de volontaires, qu'ils le soient ou non. Soyez devant la grille à quatorze heures précises.
- Mais… Commença le colonel Hogan dans une tentative volontairement ratée de faire changer d'avis l'allemand.
- A moins que vous préfériez que vos hommes aient à se passer de douche et de pain blanc pour la semaine à venir.
Hogan lui lança un regard noir mais ne répondit rien, laissant Klink croire qu'il venait de remporter la partie.
Ledit colonel allemand leva un regard fier en direction du général de la gestapo qui était resté silencieux durant l'échange mais la moue de dégoût qu'arborait celui-ci l'empêcha de savourer pleinement sa victoire sur l'américain qu'il se contenta de congédier d'un mouvement agacé de la main.
Ca devient presque trop facile. S'amusa Hogan sans quitter son masque de vaincu, sortant de la pièce la tête basse et les épaules lourdes du poids de la défaite, esquissant un rapide salut avant de claquer la porte derrière lui pour ajouter une pointe de drame à la scène.
Une petite pierre de plus rajoutée à l'édifice de son plan.
Mais la partie était loin d'être terminée. Il suffisait qu'une seule pierre soit mal placée et tout l'édifice s'écroulerait. Et cela ne concernait pas seulement la mission. Toute l'organisation serait en danger s'il commettait la moindre erreur. Ou si l'un de ses hommes devenait trop distrait par les démons de son passé pour suivre les ordres à la lettre…
A suivre…
