Chapitre 8 :

Assis dans un des rares tas de foin qu'il y avait dans la propriété, Gabriel lisait un livre, attendant que le temps passe. Il tournait les pages d'un air agacé, la joue appuyée contre le poing. Il ne s'était même pas ennuyé à détacher ses cheveux. Il ne savait pas quand il devrait travailler de nouveau.

Il attendait.

La lecture n'était pas plaisante du tout.

Il soupira en tournant une autre page.

Puis il entendit le bruit d'une voiture et il se redressa. Il ferma le livre d'un coup et se redressa pour venir voir. Mako ou Jack ?

Il entendit des poules crier et il sourit. Jack. Il y avait aussi un coq, à voir la queue épaisse et pleine de plume chatoyante dépassé de la cage. Il devait vouloir quelques poussins de temps en temps.

Gabriel attendit que l'homme ait complètement arrêté sa voiture pour le rejoindre. Le blondinet ouvrit la portière et fit le tour pour prendre la boîte. On lui avait dit que toutes les poules devaient être enfermées dans le poulailler et le coq dans son compartiment adapté.

- Re-bonjour.

- Re-bonjour. Fit Jack en déplaçant la cage.

- Vous avez trouvé votre bonheur ?

- Oui. Cinq poules et un coq ! C'est suffisant, non ?

Gabriel acquiesça en le suivant, ayant pris la cage du coq pour lui faciliter la vie. Il s'occupa de l'installer alors que Jack se débrouillait avec les futures pondeuses.

- Le travail est fini. Les autres sont même partis en ville. C'est dire ! Y reste du travail à faire mais vous pouvez le faire au jour le jour ou juste avec l'aide de Mako.

- Oh… Fit Jack.

Il se tourna vers lui, remontant un peu plus ses manches.

- Bien sûr. Reprit-il. Vous avez du travail et c'est normal que vous ne vous embêtiez pas à…

- Vous voulez que je revienne, Morrison ? Sourit Gabriel en s'approchant de lui.

Il secoua la tête en réponse.

- Ah ! Alors vous ne me verrez plus. Mais moi si !

Il sortit un magazine qu'il avait mis entre sa peau et son jeans.

- Oh non… Souffla Jack.

- Il faut que vous me le signiez !

- Comment vous avez trouvé ça ?

Le propriétaire des lieux se passa la langue sur les lèvres. C'était le dernier numéro et à en voir l'état, il avait souvent été feuilleté.

- Par pur hasard. Un site reprenait tout ce que vous aviez fait. Y compris sous vos autres noms.

- Dites-moi que vous l'avez trouvé comme ça.

Gabriel lui tendit le magazine en souriant.

- Vous êtes cruel.

Il se frotta la tempe.

- Vous avez un marqueur ?

Reyes fouilla ses poches pour trouver un stylo-bille qu'il lui donna. Jack soupira en feuilletant le magazine.

- Vous voulez vraiment cet autographe ?

- Oui !

Jack se laissa tomber à genoux et se pencha pour parapher la page.

- Normalement, ce sont des femmes qui achètent ça.

- Oh, je suis sûr que non.

Le blondinet se passa de nouveau la langue sur la lèvre. C'était vrai qu'il voyait des fois des regards d'hommes mais il pensait que ce n'était pas lié à ça. Qui s'ennuierait à regarder son visage ?

Il tendit le magazine et Gabriel s'en saisit.

Son cœur s'arrêta de nouveau de battre une fraction de seconde.

- J'ai besoin de savoir. Souffla-t-il.

- J'ai acheté, j'ai regardé mais c'est tout.

Jack soupira, au moins un peu soulagé. Il regarda le magazine dans sa main.

- Combien de fois vous l'avez regardé ?

- Peut-être que ce n'était pas vous que je regardais. Sourit Gabriel. Pourquoi vous pensez que c'est vous ?

Le propriétaire se redressa, épousseta la poussière de son pantalon et se dirigea vers la grange pour voir s'il y avait quelque chose à faire. L'autre regarda le magazine et le feuilleta de nouveau pour arriver à la page qui l'intéressait. Celle où un beau blond était nu, le regard langoureux et tenant un drapeau américain juste devant son bas-ventre, plié de telle façon que l'on voyait son aine, ses jambes…

Bien sûr qu'il avait regardé cette page trop souvent. À chaque fois que Jack était loin, qu'il ne s'était pas présenté…

Il se rappelait l'accident de voiture. La façon dont Jack s'était inquiété pour lui. Pas juste sur le coup mais aussi lorsque l'ambulance était arrivé et n'avait pas pu sauver les deux jeunes. Il lui avait même offert un milkshake.

Il était idiot.

Mais il appréciait le fait qu'il soit idiot.

- Reyes ?

- Oui ?

- Vous pouvez venir ?

- J'arrive !

Il referma le magazine et se dirigea vers la grange, rangeant le magazine.

Il poussa la porte et trouva Jack qui avait ouvert sa chemise, dévoilant son torse. Elle était à moitié descendue sur ses bras mais pas tombée. Gabriel avala sa salive en le voyant ainsi assis dans le foin.

- Qu'est-ce que vous faites ?

Jack serra ses mains sur le foin.

- Je ne sais pas. Je n'ai jamais fait ça…

- C'est votre travail.

- Hm… Seulement si vous ne me touchez pas. Chuchota-t-il.

Gabriel s'approcha de lui, posa le genou à terre et admira quelques secondes le torse qui se soulevait et s'abaissait fortement. Il tendit les mains et le vit tressauter. Il lui prit les pans de la chemise et les tira pour la refermer. Le souffle de Jack sortit de ses lèvres, levant un regard surpris vers lui.

Les doigts de l'homme s'approchèrent de sa joue et ce fut lui qui se déplaça légèrement pour frotter sa joue contre sa paume. Reyes s'approcha de lui.

- Je ne t'obligerais à rien.

Tutoiement.

Le souffle de Jack s'accéléra encore.

- J'ai un joli magazine pour ça. Dit-il d'un ton taquin. Je ne veux absolument pas que tu te vois comme un objet. Je t'apprécie beaucoup.

- Je n'ai jamais fait ça avec un homme. Je suis hétérosexuel. Murmura Jack. Mais quand tu me touches… mon cœur arrête de battre. Mon souffle se coupe…

Gabriel lui frotta la joue.

- Inspire un grand coup parce que je vais t'embrasser. Sauf si…

Jack se redressa et enfoui sa main dans ses cheveux, les détachant sans le vouloir, et il colla leurs lèvres ensembles. Son corps se serra contre le sien mais il avait peur d'aller trop loin.

Il ne voulait pas se répéter encore mais tout ça était beaucoup trop nouveau pour lui…

Gabriel éloigna ses lèvres des siennes et lui sourit.

- Tu respires encore ?

- Oui… Mais embrasse-moi.

Il ne se fit pas prier et il l'embrassa tendrement. Juste s'embrasser dans le foin, c'était déjà vivifiant.

µµµ

Hana faisait la vaisselle alors que Mako défaisait le fauteuil pour le transformer en lit. Ça faisait étrange parce que Jesse avait toujours été là. Et d'un autre côté, il était tellement content qu'il ne soit plus là. Ni Jesse, ni Zenyatta ne lui manqueraient. D'accord, ils l'avaient beaucoup aidés, ils étaient efficaces mais ils parlaient trop, ils se disputaient trop souvent…

Puis, demain, trois autres personnes seraient ici et ils seraient bien assez comme ça à lui pourrir la vie.

Mais, heureusement, il était l'homme à tout faire. Rien ne l'obligeait à les fréquenter. Il se contenterait de passer par Jack. Espérait-il.

La porte de la salle de bain s'ouvrit et Junkrat était encore à moitié mouillé. Mako soupira et vint chercher une serviette pour lui frictionner les cheveux et le corps. Les mèches blondes étaient dans tous les sens et tenaient en l'air toutes seules.

- Va te coucher.

Junkrat laissa la serviette sur ses épaules. Il se dirigea vers le lit qu'il avait fait pour Mako. Aussi, l'homme s'installa sur le clic-clac.

- Tu ne viens pas dormir ici ? Ce serait mieux, non ?

- Oui, tonton ! C'est le lit qu'il t'a fait.

Hana sourit alors qu'elle rangeait la vaisselle dans les armoires.

- Il peut dormir seul. S'il va dans ce lit-là, je prends celui-ci.

Junkrat regarda son bras orange. Il pensait à l'argent que Mako avait mis dedans, malgré la réduction, et il se disait qu'il l'aimait vraiment beaucoup. Puis il l'abandonnait comme ça ? Il le laissait dormir seul…

Il avait peur des cauchemars, peur du chien ou du loup qui surgissait toutes les nuits. Et pire que tout… il n'avait vraiment pas sommeil. Il avait la sensation qu'il n'était même pas capable de fermer ses paupières.

Il se frotta l'œil qui était toujours douloureux et il se roula dans les couvertures et les tira au-dessus de sa tête.

Hana s'approcha de son oncle qui s'installait dans le lit. Il se lavait toujours le matin pour faciliter l'usage de la salle de bain.

- Tonton, Junk' t'adore. Il aimerait dormir avec toi. Murmura-t-elle.

- J'ai du travail demain, je dois dormir.

Il tira les couvertures sur lui. Il n'y avait pas de débat à avoir. Junkrat pouvait dormir seul et il n'était même pas loin. S'il était triste, paniqué ou quoi que ce soit, il ne doutait pas que le jeune homme viendrait dans son lit et l'empêcherait de dormir…

Hana soupira et lui posa un baiser sur la joue. Elle alla ensuite jusqu'à son ami pour lui embrasser la joue.

- Dors bien. Et t'inquiète pas : il t'adore.

Elle le serra dans ses bras.

- Ton bras gère.

- Tu gères, poupée.

Il dressa le pouce et elle s'obligea à partir pour sa chambre. Demain, elle avait école et son oncle la réveillerait pour qu'elle le fasse peu importe si elle était fatiguée ou pas. Elle sourit en voyant un papillon accroché à la fenêtre. Elle songea à McCree qui n'essaierait pas de les chasser cette fois-ci. Avant, il voulait les tuer mais depuis qu'elle l'avait supplié d'arrêter, il se contentait de les chasser.

Il était gris et scintillant. Magnifique.

Elle retira ses lentilles et se coucha avant de couper la lumière. Elle était épuisée ! Au moins, travailler dans une ferme, ça fatiguait. Et elle faisait d'excellente nuit, depuis.

µµµ

Les rayons du Soleil filtrèrent par les rideaux et Mako grogna.

Il fallait qu'il se lève, qu'il se prépare dans la salle de bain, qu'il réveille Hana et qu'il fasse le repas. À moins que Junkrat décide de s'en occuper. Il le faisait presque tous les jours. Il n'y avait qu'une fois qu'il avait passé son tour, encore assoupi et voulant rester dormir. Et il l'avait laissé faire.

Est-ce qu'il aurait laissé passer ça à Hana ?

Est-ce qu'il était trop sensible avec lui ? Est-ce qu'il lui laissait tout passer ?

Il décida de ne pas penser à tout ça et alla se laver puis s'habiller. Lorsqu'il sortit de la pièce, Junkrat était toujours couché. Ce qui était plutôt rare. Il s'approcha de lui et lui frotta doucement la joue.

Froide.

Il fronça les sourcils et s'assit sur le lit. Il ne le trouvait pas trop froid comparé à ce qu'il avait pu l'être le premier jour. Il s'assura qu'il respirait et s'immobilisa. Il ne respirait de nouveau pas. Il sentit son cœur s'arrêter… De suite, il se pencha sur lui et tenta de lui insuffler de l'air. Comme la dernière fois.

La dernière fois, il s'était réveillé d'un seul coup en lui demandant pourquoi il l'avait embrassé.

Cette fois…

Il n'y avait rien…

- Junkrat ! Dit-il en le secouant. JUNKRAT !

Il le secoua très fort. Le jeune homme ne bougeait pas. Il était inerte.

Pourquoi ses yeux se mouillaient ?

- JUNKRAT ?!