Bonjour,

Jeudi signifie nouveau chapitre. Le voici.

Mille merci aux personnes qui me lisent et m'écrivent. Et mille merci à Elyrine qui continue à me lire et me corriger.

Bonne lecture et à lundi

Sydney8201

Musique du chapitre :

Motivation de Sum 41

Chapitre 9 : Grande décision

« Je sais que tu te targues d'avoir toujours raison, Dean. Je sais que tu es têtu, comme moi, et qu'il t'est difficile d'admettre que tu as pu te tromper une fois que tu as pris une décision. Mais ce monde est tel qu'il est impossible aujourd'hui d'être sûr d'avoir fait le bon choix. Tu dois me promettre de ne pas être trop borné à l'avenir et de ne pas laisser échapper une belle opportunité simplement parce qu'elle va à l'encontre de ce que tu avais décidé jusque là. Ce serait stupide, Dean. Et tu n'es pas stupide. »

Journal de Sam Winchester. 08 août 2016.

Dean avait toujours suivi un principe simple. Il lui avait été inculqué dès son plus jeune âge par son père et il l'avait fait sien en grandissant. Quand il prenait une décision, il ne revenait pas dessus. Il s'y tenait et assumait les conséquences qui en découlaient ensuite. Il ne changeait pas de cap simplement parce que la situation devenait compliquée ou parce qu'il avait le moindre doute. Il se fiait à sa première impression. À sa décision primaire. Et il avançait droit devant lui, tête baissée.

Dans le monde d'avant, cela lui avait valu quelques ennuis mineurs. Des disputes, principalement. Rien de bien grave. Il avait également obtenu la réputation d'être quelqu'un de borné. C'était sans doute vrai. Dean admettait volontiers qu'il pouvait être têtu. Il refusait toutefois de changer.

Maintenant que le monde s'était effondré, il refusait de changer. Après la mort de Sam, il n'était plus tout à fait sûr de savoir encore qui il était. Il avait été un grand frère toute sa vie et maintenant qu'il ne pouvait plus tenir ce rôle, il n'avait aucune idée de la place qu'il devait occuper. Revenir sur ses principes de base serait tirer un trait définitif sur l'homme qu'il avait été jusque là. C'était tout ce qui lui restait du Dean d'avant. Il s'y accrochait avec toute la force dont il disposait.

Il savait combien Sam trouvait cela ridicule. Il l'avait même écrit dans son journal. Il lui avait souvent répété qu'il était idiot de ne pas admettre qu'on pouvait avoir eu tort. Que c'était faire preuve de courage que d'accepter qu'on puisse se tromper. Dean avait toutefois été fidèle à lui-même et avait refusé de l'écouter sur ce point. Il allait s'en tenir à sa réputation.

Mais après ce que Gabriel lui avait dit, il n'était plus sûr de rien. En sortant de la chambre de motel, il s'était surpris à s'interroger sur ce qu'il avait entendu.

Il y avait quelque chose chez Gabriel qui le déstabilisait. Il n'était pas réellement sûr de savoir quoi. Il ne lui faisait pas peur. Il ne l'impressionnait pas. Mais il réussissait à l'atteindre avec de simples mots. Comme personne avant Sammy n'avait su le faire.

Dean supposait que ça avait peut être quelque chose à voir avec le fait qu'il était un grand frère, lui aussi. Qu'il était plus âgé que lui et qu'il le voyait également comme une figure paternelle. John Winchester n'avait pas été un père modèle. Il n'avait jamais levé la main sur ses fils. Mais il ne les avait pas non plus élevés comme il l'aurait dû. Et si Dean ne regrettait pas d'avoir dû s'occuper de Sammy depuis sa naissance, il avait parfois regretté de n'avoir personne vers qui se tourner quand il avait lui-même des questions à poser. Il avait bien eu Bobby pour tenir ce rôle. Mais Dean ne pouvait pas tout lui confier. Quand il se posait des questions trop personnelles, il ne se sentait pas le courage de les lui formuler. Il les gardait alors pour lui et les ruminait jusqu'à finir par les ranger dans un coin de son esprit. Il refusait de faire peser un quelconque poids sur son petit frère. Dans ces moments, il aurait aimé avoir un aîné, lui aussi. Un garçon proche de son âge vers qui il pourrait se tourner sans hésiter une seconde.

Gabriel avait réveillé cette envie en quelques minutes. Avec des mots simples et des conseils dont Dean avait besoin sans réellement en avoir conscience. Il s'était senti obligé de l'écouter. Obligé de prendre ses propos en considération. Il se demandait si c'était ce que Sam ressentait avec lui.

S'il avait rencontré Gabriel avant la fin du monde, il n'aurait pas hésité une seconde à devenir son ami. Il aurait trouvé en lui ce qui lui avait manqué jusque-là. Mais il n'était pas sûr de pouvoir en faire de même maintenant. Car cela impliquerait qu'il revienne sur le seul principe sur lequel il refusait de revenir. Cela l'obligerait à changer. Sam lui aurait probablement dit qu'il était grand temps qu'il le fasse. Mais Sam n'était plus là. Et Dean devait prendre cette décision seul.

Le simple fait qu'il y réfléchisse était sans nul doute la preuve qu'il changeait déjà. Et cela le terrifiait complètement.

Le jeune homme soupira longuement avant de s'éloigner de la chambre de motel. Il avait besoin de quelques minutes pour remettre de l'ordre dans ses idées. Pour faire le point et prendre une décision sur laquelle il ne pourrait plus revenir.

S'il partait, il ne reverrait plus jamais Gabriel et Castiel. S'il restait, il ne pourrait plus ensuite les laisser tomber. C'était un engagement sur le long terme. Ou du moins pour ce qu'il lui restait comme temps à vivre. Ce n'était pas anodin.

Dean n'avait jamais réellement réussi à s'engager jusque-là. Mis à part avec Sam, il n'avait eu aucune relation durable. Il avait tenté sa chance avec Lisa mais avait ensuite dû se rendre à l'évidence. Il avait fini par penser que sa seule relation stable serait celle qu'il avait avec son frère. Elle aurait pu lui suffire si le monde ne s'était pas effondré et si Sam n'était pas mort, le laissant seul. Il se sentait orphelin et abandonné. Il n'était toutefois pas sûr que combler ce vide était possible.

Gabriel ne pourrait jamais remplacer Sam. Castiel non plus. Ce n'était sans doute pas ce qu'ils cherchaient, d'ailleurs. Ils lui offraient autre chose. Ils lui offraient de la compagnie. Rien de plus. Rien de moins.

Dean était surpris de voir qu'il avait envie d'accepter. Il ne l'aurait même pas envisagé si Gabriel ne lui avait pas tenu ce discours. Il serait parti sans se retourner. Mais il n'était plus sûr d'en être capable, à présent. Et cela l'obligeait à peser le pour et le contre et à se poser enfin les bonnes questions.

Red était toujours à ses côtés et semblait garder un œil sur lui. Il savait qu'il lui avait fait peur, quelques heures plus tôt. Il s'en voulait. Il se promit de ne plus jamais perdre le contrôle de la sorte dans l'avenir. Il devait se reprendre.

Tout était toujours calme autour du motel. Dean avait tout de même son arme dans la ceinture de son jean. Il était important de rester vigilant. Mais puisqu'il n'y avait aucun danger immédiat, il allait prendre quelques minutes pour réfléchir à ce qui venait de se passer.

Il rejoignit la table où il s'était assis la veille après sa dispute avec Castiel. Red le regarda de longues minutes avant de s'éloigner de lui quelques minutes. Dean le suivit des yeux, son esprit occupé déjà à faire le tri dans ses idées.

Qu'est-ce qui pouvait lui arriver de pire si toutefois il acceptait la proposition de Gabriel ? La réponse était évidente. Il risquait de s'attacher aux deux frères. Et de les perdre ensuite. C'était ce qui lui faisait le plus peur. Il n'avait toujours pas fait le deuil de Sam. Doutait d'y parvenir un jour. Il ne voulait pas avoir à vivre quoi que ce soit de similaire à nouveau. Et il était convaincu qu'il finirait par devenir ami avec Gabriel et Castiel. Il était convaincu qu'ils pourraient s'entendre. Il s'attacherait rapidement à eux. Ensuite, il manquerait à nouveau de vigilance. Et parce qu'ils n'étaient pas capables de se défendre seuls, ils finiraient par se faire tuer. Comme Sam. Dean serait à nouveau seul. Il était sans doute plus prudent de tirer un trait sur eux avant de développer une quelconque affection à leur égard.

Dean était convaincu qu'il s'agissait là de la décision la plus raisonnable. Mais il n'était plus sûr qu'être raisonnable suffisait. Il n'était plus sûr d'avoir envie de l'être. Et c'était là tout le problème.

Gabriel et Castiel lui offraient une opportunité incroyable. Celle de ne plus être seul. Celle de pouvoir se reposer sur quelqu'un. Celle de pouvoir se reposer parfois et de savoir que quelqu'un était là pour veiller sur lui. Il aurait quelqu'un avec qui discuter et quelqu'un pour lui tenir compagnie. Red était là, bien sûr. Mais Dean mourait parfois d'envie d'avoir une simple conversation avec quelqu'un. Parler à son chien l'aidait. Il n'obtenait toutefois aucune réponse. Et le silence était parfois trop dur à supporter.

Il avait suffisamment de place pour eux deux dans sa voiture. Bien sûr, ils auraient besoin de plus de provisions. De fouiller plus d'endroits et de prendre plus de risques pour se ravitailler. Mais il ne le ferait plus seul.

Il était difficile de savoir si les pour étaient plus nombreux que les contre. Ce n'était pas une décision facile à prendre. Et certainement pas une qu'il pouvait prendre à la légère. Il devait être sûr de lui parce qu'il ne pourrait plus revenir en arrière, ensuite.

Dean soupira à nouveau, toujours perdu. Devant lui, Red revenait de derrière un buisson. Il remuait la queue et semblait à nouveau lui-même.

- Qu'est-ce que tu en penses, mon vieux ? Est-ce que tu crois qu'on devrait accepter ?

Il aurait tout donné à cet instant précis pour que Red soit doté de la parole. Pour qu'il soit capable de lui dire ce qu'il devait faire. Dean avait toujours aimé penser qu'il était indépendant. Qu'il était à même de prendre ses propres décisions. Mais à présent, il voulait qu'on fasse ce choix à sa place. Il avait envie de suivre et non plus d'être le leader. C'était fatigant à la fin.

- Il est évident que tu aimes bien Gabriel. Tu ne serais sans doute pas contre l'idée qu'il fasse un bout de chemin avec nous. Et j'ai l'impression que tu as fini par accepter Castiel aussi, même si tu me sembles un peu plus réservé le concernant.

Red s'assit à côté de lui en le regardant. Il semblait avoir compris qu'il s'adressait à lui. Dean lui sourit. Il avait été surpris de voir son chien accepter aussi facilement deux inconnus. D'ordinaire, il était bien plus méfiant. Il avait souvent entendu dire que les animaux avaient un sixième sens et qu'ils étaient capables de voir à la première seconde si une personne était ou non digne de confiance. Le fait qu'il ait accepté Gabriel et Castiel était un bon point pour eux. Cela ne suffisait toutefois pas.

- J'ai envie de leur faire confiance, moi aussi. Je pense sincèrement que ce sont des gens bien. Le problème n'est pas là et on le sait tous les deux.

Dean aimait à penser que son chien n'avait pas besoin d'explications et qu'il savait parfaitement de quoi il parlait sans qu'il ait besoin de le lui dire clairement.

- Le problème, c'est qu'ils finiront par mourir et avec la chance que j'ai, ils mourront avant moi. Qu'est-ce que je ferais quand ils ne seront plus là ? Qu'est-ce que je deviendrais si je les perds eux aussi ? Je ne pense pas être capable de vivre cette situation une nouvelle fois.

Bien sûr, c'était également vrai pour Red. Dean n'avait toutefois pas hésité avant de l'accueillir dans sa voiture. Il n'avait pas pensé une seconde aux conséquences de ses actes. Il s'était pris d'affection pour son chien. L'aimait plus qu'il ne l'aurait cru possible avant la fin du monde. Le perdre serait probablement insurmontable pour lui. Il était finalement déjà revenu sur son principe de base. Mais il avait la sensation que c'était différent pour Red. Il était parfaitement capable de s'en sortir sans lui. Il n'avait pas l'impression qu'il dépendait réellement de lui. Pour Gabriel et Castiel, ce serait pourtant le cas. Ils deviendraient sa responsabilité. Il n'était pas sûr d'avoir les épaules suffisamment larges pour le supporter.

- Je sais ce que Sammy en penserait, bien sûr. Il me dirait de foncer et de ne pas réfléchir. Et le fait que c'est à peu de choses près les propos qu'il m'a tenu dans ce rêve, c'est sans doute la preuve que je le pense aussi. Je ne suis juste... je ne suis pas sûr.

Red se remit alors debout et appuya ses pattes avant sur le banc à côté de Dean. Il vint ensuite presser son museau dans son cou. C'était quelque chose qu'il faisait à chaque fois qu'il sentait un quelconque malaise chez le jeune homme. Sa façon à lui de lui dire qu'il était là, quelque soit ce qu'il ferait ensuite. Son soutien indéfectible était un énorme réconfort. Dean aurait aimé qu'il puisse suffire.

- J'ai toujours été un solitaire, tu sais. J'avais Sammy et c'était suffisant. Je n'avais pas besoin de plus. Je n'avais pas vraiment d'amis à l'école et ensuite... il y avait bien des gens autour de moi, mais j'étais convaincu que je n'avais pas besoin d'eux. Que mon petit frère était la seule personne nécessaire. Maintenant, je... le contact avec un être humain me manque. Le simple fait de parler ou d'entendre un être humain respirer à côté de moi. Je ne me suis jamais senti aussi seul. Et je sais que tu es là, mais c'est différent, hein ?

Red ne bougea pas et continua à presser son museau dans son cou.

- Je suis convaincu qu'en continuant seul, je finirai par perdre la tête. Je n'ai pas peur de mourir mais je ne suis plus sûr d'être capable de mourir seul. C'est... j'ai besoin de faire en sorte de tenir ma promesse et je me demande à présent si j'en serais capable en refusant l'aide des autres.

Dean ferma les yeux et appuya son visage contre la tête de son chien.

- Je ne veux pas le décevoir. Et si pour cela, je dois accepter la compagnie de Gabriel et Castiel, alors pourquoi est-ce que je continue à hésiter ? Pourquoi ce n'est pas plus simple pour moi de prendre une simple décision ? Je n'ai jamais eu aussi peur et... Red, mon grand, je ne sais pas quoi faire.

Il avait bêtement espéré qu'en prenant quelques secondes pour réfléchir, la décision s'imposerait d'elle même dans son esprit. Il n'avait pas cette chance. Il continuait de voir des pour et des contre pour chacune des options. Il n'avançait pas. Il avait besoin d'un signe. De quelque chose ou de quelqu'un pour lui montrer le chemin à suivre.

- Si on était dans un film, c'est le moment où il arriverait quelque chose qui me forcerait à me décider. C'est le moment où je recevrais un signe suffisamment clair pour me montrer la marche à suivre. Mais on n'est pas dans un film, hein mon grand ?

Dean ne croyait pas en Dieu. Mais à cet instant précis, il était prêt à prier pour trouver la solution à son problème. Il était fatigué par les questions qui tournaient en boucle dans sa tête. Fatigué de ne pas être capable de se décider quand le choix pouvait pourtant sembler simple.

- Je les aime bien, en plus. Enfin, je ne les connais pas alors il est difficile de dire si oui ou non on pourrait devenir amis, mais ils... Gabriel est un peu comme le grand frère que je n'ai jamais eu et Castiel est... il est étrange et déstabilisant, mais il est gentil. Il... tout aurait été tellement plus simple si on n'était pas entrés dans ce centre commercial.

Il le regrettait, à présent. Il savait que sans son arrivée, les deux frères seraient probablement morts le lendemain. Et peut-être que c'était là le signe dont il avait tant besoin. Il les avait rencontré juste au bon moment pour leur sauver la vie. Il était revenu les chercher quand il aurait pu partir sans se retourner. Il n'avait pas voulu les laisser se faire tuer. Cela aurait dû lui suffire pour prendre sa décision. Mais il continuait à avoir peur.

- Tout aurait été plus simple si c'était moi qui était mort et non Sammy. Il aurait su quoi faire. Il n'aurait pas hésité une seconde. Il était juste... je pense qu'il était tout simplement plus doué que moi dans ce domaine.

Parfois, Dean avait la sensation de ne pas être normal. En matière de relations humaines, il ne rentrait définitivement pas dans la norme. Les autres ne se posaient pas autant de questions que lui. Ils ne s'interrogeaient pas indéfiniment avant de se décider à se faire des amis. Dean, lui, n'avait jamais réussi à se comporter ainsi. Pas même avant que le monde ne s'effondre. Et c'était encore pire maintenant. Il aurait tout donné pour avoir une enfance normale et pour avoir appris dès son plus jeune qu'il n'y avait aucun risque à faire confiance aux autres. Qu'il n'était pas nécessaire d'être méfiant. De ne se fier qu'aux membres de sa famille.

- Et le pire dans tout ça, c'est que je pense vraiment qu'ils sont sincères. Ils veulent que je reste avec eux. Ils ont besoin que je reste avec eux. Je pourrais leur apprendre comment se défendre. Je pourrais les aider et... je sais qu'ils ont envie d'apprendre. Si je refuse, je les mettrais en danger. Ils ne sont pas prêts à survivre seuls. Je ne suis juste pas sûr d'être capable de relever ce défi... d'avoir cette responsabilité. J'ai échoué une première fois et... qui me dit que je ne recommencerais pas ? Quel bien je leur apporterais si j'accepte de les aider pour leur faire faux bond ensuite ? Je n'ai pas réussi à sauver Sam.

C'était peut-être là tout le problème. Ce n'était pas une question de confiance en les deux frères. Mais bel et bien un problème de confiance en soi. Dean se fichait de mourir. Il se fichait de ne pas être capable de s'en sortir. Et il savait que s'il ne réussissait pas à veiller sur Red, son chien réussirait tout de même à survivre. Castiel et Gabriel, eux, avaient bien plus besoin de lui. Il avait peur de leur faire une promesse qu'il ne pourrait pas tenir. Il avait manqué à sa mission avec Sam. Il ne voulait pas que cela recommence.

- Si je refuse, ce serait par pur égoïsme. Je partirais en sachant qu'ils ont de grandes chances de mourir ici. Je n'ai pas été capable de les laisser dans le centre commercial... je ne sais pas si j'en serais capable maintenant. Mais je ne veux pas le faire non plus uniquement parce que je m'en sens obligé, et... Red, qu'est-ce que je dois faire ?

Le vent s'était levé autour d'eux et Dean sentit un frisson lui remonter la colonne vertébrale. Il rouvrit alors les yeux et observa les alentours. Il recula pour que son chien ne soit plus entièrement appuyé contre lui et tendit l'oreille. Il avait la sensation que quelqu'un l'observait. Il était possible qu'il s'agisse de Gabriel ou de Castiel. Mais il refusait d'ignorer son instinct. Il lui avait sauvé la vie plus d'une fois.

Le jeune homme glissa sa main sous son T-shirt et attrapa la crosse de son arme. Il n'entendait rien mais il préférait rester prudent. À côté de lui, Red semblait avoir compris qu'il se passait quelque chose. Il était descendu du banc et regardait droit devant lui, les oreilles dressées, les muscles tendus. Il était prêt à l'attaque. Et cela ne faisait que confirmer les soupçons de Dean.

Il se leva doucement du banc et fit un tour sur lui-même. Il n'entendait rien mais il était à présent convaincu que quelqu'un l'observait. Il doutait qu'il s'agisse d'un contaminé. Il serait déjà passé à l'attaque. C'était probablement un autre survivant. Ce n'était pas forcément un soulagement. Les êtres humains étaient parfois plus cruels que les contaminés. Ils étaient prêts à tout pour survivre. Dean en avait été le témoin plus d'une fois.

Le jeune homme tendit l'oreille à nouveau. Le vent soufflait dans les feuilles des arbres et il était difficile d'entendre quoi que ce soit d'autre. Il était dangereux de rester immobile à attendre. Dean refusait de prendre le moindre risque. Il siffla pour attirer l'attention de Red puis indiqua le motel du menton. Ils devaient partir.

En prenant la direction de la chambre, Dean se surprit à réaliser qu'il avait pris sa décision sans réellement s'en rendre compte. Il ne pouvait pas laisser Gabriel et Castiel derrière lui. Il ne pouvait pas les abandonner à leur sort. Il allait les emmener avec lui. Et il ne reviendrait pas sur sa décision ensuite. C'était peut-être le signe qu'il avait tant attendu en fin de compte. Dans d'autres circonstances, cela l'aurait sans doute fait sourire. Mais il était convaincu que quelqu'un était prêt à les attaquer. Il en rirait quand ils seraient en sécurité.

Mais pour le moment, il devait rester concentré et vigilant. Il devait faire sortir Castiel et Gabriel de la chambre et prendre la fuite avec eux avant que la personne qui le surveillait ne passe à l'action.

Dean ouvrit la porte sans prendre la peine de frapper alors que Red restait dehors pour monter la garde. Le jeune homme ne la referma pas, incapable de laisser son chien seul face à un danger potentiel. Il posa aussitôt ses yeux sur les deux frères. Ils étaient en train de rassembler leurs affaires. Gabriel parlait à voix basse et Castiel l'écoutait tout en rangeant ses vêtements dans son sac. Ils sursautèrent en l'entendant entrer.

- On doit filer, lança-t-il sans préambule.

Il n'avait pas de temps à perdre à leur expliquer ce qui se passait. Ils allaient devoir lui faire confiance s'ils voulaient s'en sortir.

- Pardon ? Demanda Gabriel en fronçant les sourcils.

Dean soupira, agacé par sa question, avant de jeter un coup d'œil par-dessus son épaule. Red était toujours aux aguets.

- On n'est pas seuls.

- Comment ça, on n'est pas seuls ?

Dean secoua la tête puis prit son sac sur la table. Il avait pris l'habitude de toujours laisser ses affaires à l'intérieur. C'était bien plus pratique si toutefois il devait fuir en urgence. Il gardait le nécessaire dans la voiture et ne sortait que ce dont il avait besoin pour la nuit. Il n'avait rien à récupérer qui ne soit vraiment utile. Cela lui évitait de perdre du temps.

- Il y a quelqu'un qui nous surveille. On doit filer... maintenant.

- Tu veux dire... tu veux qu'on vienne avec toi ?

Dean trouvait stupide que ce soit ce qui surprenait Castiel. Il aurait déjà dû s'être mis en action. Mais il semblait perturbé par le fait que Dean n'était pas enclin à les abandonner à leur sort. Il aurait dû savoir que le jeune homme en était incapable.

- Oui, je veux que vous veniez avec moi. Je ne vais pas vous laisser ici, et... ok, tu veux me l'entendre dire ? Alors oui ! Oui, j'accepte votre proposition. Maintenant, dépêchez-vous ou je vais devoir reconsidérer ma décision.

Castiel l'observa une seconde avant de hocher la tête et de terminer de ranger ses affaires. Gabriel prit son sac sur le lit et le passa sur son épaule. Il attendit ensuite que son frère en ait fait de même, puis reporta son attention sur Dean. Ils attendaient ses instructions. C'était le moment ou jamais de vérifier si le jeune homme avait eu raison ou non de décider qu'il était capable de les aider.

- On fonce dans la voiture et on ne s'arrête pas. Vous montez derrière. Red s'installe à côté de moi. On ne se retourne pas et on ne perd pas de temps. C'est compris ?

Les deux frères hochèrent la tête. Ils semblaient avoir enfin compris l'urgence de la situation. Dean en fut soulagé. Il était conscient qu'il était bien plus compliqué de partir discrètement à quatre qu'à deux. Mais ils allaient devoir réussir. Il se retourna vers la porte, son arme brandie devant lui. Red était toujours sur le seuil, les oreilles dressées. Il avait commencé à grogner. Il était évident à présent que Dean avait vu juste.

Le jeune homme prit une grande inspiration puis sortit finalement de la chambre. Il ne vérifia pas que Gabriel et Castiel le suivaient et garda les yeux rivés sur le parking toujours vide. Il eut le temps de déverrouiller la portière avant qu'un coup de feu ne retentisse non loin d'eux. Il se baissa aussitôt.

- Éloignez-vous de la voiture et on ne vous fera pas de mal, lança une voix depuis la forêt.

Dean ricana aussitôt malgré lui. Ce n'était pas la première fois qu'il se retrouvait dans une situation similaire. On avait déjà tenté de lui voler sa voiture. Il ne s'était jamais laissé faire. Mais il n'était plus seul, à présent. Il jeta un coup d'œil à Gabriel et Castiel. Ils étaient tous les deux accroupis contre la voiture et semblaient totalement paniqués. Red, quant à lui, était à la droite de Dean. Il s'était mis à couvert mais semblait prêt à jaillir si toutefois leur interlocuteur sortait de sa cachette.

- Ne faites pas les idiots. Vous avez une chance de vous en sortir. Je la saisirais si j'étais vous.

Dean secoua la tête. Il n'avait pas l'intention de céder à la menace. Il n'avait pas peur. Depuis la mort de Sam, il ne redoutait plus ce type de confrontations. Il était prêt à mourir, mais il ne le ferait pas sans se battre. Bien sûr, à présent, il devait veiller à ce que Castiel et Gabriel ne soient pas blessés. Il ne pouvait pas agir bêtement et foncer dans le tas.

Il sortit ses clefs de voiture de sa poche et les jeta en direction de Gabriel. Ce dernier les attrapa aussitôt.

- Je vais les distraire et toi, tu t'installes derrière le volant. Quand je te fais signe, tu démarres.

- Il va te tuer, protesta Castiel en secouant la tête.

Dean lui adressa un petit sourire mais garda pour lui le fait qu'il s'en fichait. Il voulait juste que les deux frères aient une chance.

- Faites monter Red. Il va tenter de me suivre.

Il ne laissa pas le temps à Castiel de protester et sortit aussitôt de sa cachette, les mains levées au-dessus de sa tête. Il n'était pas tout à fait sûr de ce qu'il voulait faire mais ne voyait pas d'autre solution. Il entendit des bruits dans son dos puis le son de la portière qu'on ouvrait. Il pria pour que Red se montre coopératif.

- Ok, je suis sûr qu'on peut trouver un arrangement. J'ai besoin de cette voiture, mais je suis prêt à vous donner tout ce qu'elle contient. J'ai des armes et de la nourriture. La seule chose que je veux en échange, c'est partir d'ici avec mes amis.

Un nouveau coup de feu retentit et Dean fit son maximum pour ne pas sursauter. Il était évident que son adversaire ne cherchait pas à le toucher. Cela pouvait signifier deux choses. Soit il ne savait pas viser, soit il ne voulait pas le tuer. Dans tous les cas, cela lui donnait un certain avantage.

- Désolé, mon grand, mais on a besoin de la voiture. Et tu n'es pas en position de négocier.

Dean ne dit rien et après quelques secondes, il vit un homme sortir du couvert des arbres devant lui. Il avait un fusil de chasse dans les mains mais ne semblait pas réellement savoir comment le tenir. Il ne représentait pas une menace importante. Mais il restait dangereux. Dean ne devait pas le sous-estimer. Les gens désespérés étaient prêts à tout.

- Vous savez que je ne peux pas vous la laisser. J'en ai besoin. Et je suis convaincu que vous n'allez pas me tuer.

- Je n'en serais pas aussi sûr, si j'étais toi. Je dois protéger ma famille et je suis prêt à tout pour ça.

Dean prit alors quelques secondes pour observer l'homme en face de lui. Il était plus âgé que lui mais semblait musclé et apte à se défendre si toutefois ils devaient se battre. Le fait qu'il ait sa famille avec lui n'était pas une bonne nouvelle. Cela le rendait plus dangereux encore. Il n'avait toutefois pas l'air d'un tueur.

- Je suis prêt à vous laisser des armes. Mais pas la voiture.

Il devait gagner du temps pour permettre à Gabriel et Castiel de se mettre en place. Il devait également réussir à faire approcher son assaillant. A cette distance, il ne pouvait pas prendre le dessus sur lui. Et même s'il ne semblait pas vraiment apte à se servir de son arme, il était probable qu'il parvienne à le toucher s'il tentait quoi que ce soit.

- Tu es un idiot, mon garçon.

Dean haussa les épaules.

- On me l'a souvent dit, répliqua-t-il.

L'homme approcha de lui, son arme brandie dans sa direction. Dean garda ses bras levés devant lui pour ne pas paraître trop menaçant. Il avait besoin que son adversaire le sous-estime. Qu'il pense pouvoir prendre le dessus sans trop de difficultés. Cela le pousserait à prendre un risque, ce qui lui offrirait une chance de s'en sortir sans avoir à le tuer.

- Je ne suis pas quelqu'un de méchant. Je ne suis pas un meurtrier. Mais tu sais aussi bien que moi qu'on n'a plus le choix. Je suis prêt à tout. Et si je dois en arriver là, je te tuerai. Ne me force pas à le faire. Je suis sûr que tu ne veux pas mourir.

Dean aurait pu lui dire qu'il s'en contrefichait mais il n'était pas sûr que ce soit une bonne idée. Il choisir donc de garder ce détail pour lui. Il se contenta de hausser les épaules alors que l'homme avançait à nouveau. Dans son dos, il entendit Red aboyer depuis l'intérieur de la voiture. Il ne semblait pas content d'être enfermé dans le véhicule sans pouvoir aider le jeune homme. Mais il n'aurait rien pu faire. Il se serait fait tuer.

- Tu vas dire à tes amis de sortir de la voiture. Quelque chose me dit qu'ils t'écouteront. Et tu vas attraper ton chien pour qu'il ne tente rien non plus.

Dean attendit encore une seconde mais son adversaire s'était arrêté à une distance raisonnable de lui. Il semblait suffisamment intelligent pour ne pas être à sa portée. Il allait devoir changer ses plans. Il ne pourrait pas prendre le dessus de cette manière. Il soupira alors.

- D'accord. Mais vous devez me promettre de ne pas leur faire de mal.

- Tant qu'ils ne tentent rien, je te le jure.

Dean avait deux options à présent. Il pouvait se jeter sur son adversaire et tenter de le désarmer avant qu'il ne puisse lui tirer dessus. Ou il pouvait entrer dans son jeu et attendre qu'il soit suffisamment proche de la voiture pour laisser Red s'en charger. Il détestait l'idée de faire courir un tel risque à son chien. Mais il l'avait déjà vu en action et savait qu'il était capable de lui sauter à la gorge avant qu'il ne fasse quoi que ce soit. Cela impliquait toutefois qu'il tue cet homme et sa famille serait alors seule. Il ne voulait pas se sentir coupable ensuite. Il avait besoin de temps pour prendre cette décision. Il allait en gagner en se montrant coopératif.

Il hocha finalement la tête puis prit la direction de la voiture. A l'intérieur, Gabriel et Castiel l'observaient, visiblement perdus quant à ce qu'ils devaient faire. Red, quant à lui, était prêt à bondir. Il était debout sur le siège passager et avait les babines retroussées sur ses dents.

Dean lui jeta un coup d'œil en atteignant le véhicule. Il posa sa main sur la poignée et attendit que Gabriel la déverrouille.

- Ne fais rien de stupide et tout se passera bien, assura l'homme dans son dos.

Dean lui jeta un coup d'œil. Il était suffisamment près pour que Red l'atteigne en un bond. Mais son chien ne prendrait pas de gants avec lui. Il l'attaquerait à la gorge et ne chercherait pas à l'épargner. Dean refusait qu'il le tue. Il ne voyait toutefois pas d'autre solution. Il appuya donc sur la poignée puis après avoir jeté un dernier coup d'œil à Red, ouvrit la portière brusquement.

- Attaque, cria-t-il aussitôt.

Red n'eut pas besoin qu'il le lui répète. Il sauta du siège directement sur leur assaillant. Dean l'entendit crier « non ! » puis un coup de feu. Il se retourna en un bond et fut soulagé de voir que son chien n'avait pas été touché. Il avait les mâchoires refermées autour de la gorge de l'homme, qui était tombé au sol. Son arme était hors de portée, à présent.

- S'il te plaît... ne fais pas ça... j'ai une famille. Des enfants... ils mourront sans moi.

Pendant une seconde, Dean eut envie de lui dire que ce n'était pas son problème. Qu'il n'aurait pas dû prendre le risque de les attaquer. Qu'il avait eu tort de s'en prendre à eux et qu'il devait en assumer les conséquences. Mais il songea ensuite à Sammy. A tout ce dont il aurait été capable pour lui. Il avait tué pour son frère. Et il l'avait fait sans hésiter une seconde. Il était évident que cet homme n'avait pas agi ainsi par pure méchanceté. Il l'avait fait uniquement parce qu'il n'avait pas d'autre choix. Parce qu'il voulait sauver sa famille. Cela faisait probablement de lui quelqu'un de bien.

- Le plus jeune a à peine cinq ans. Ils n'ont aucune chance sans moi. Leur mère est morte et je suis tout ce qu'il leur reste. Je t'en supplie. Ne les condamne pas pour mon erreur.

Dean jeta un coup d'œil par dessus son épaule. Castiel secouait la tête, sans doute pour lui signifier qu'il ne devait pas le tuer. Gabriel semblait statufié. Dean reporta alors son attention sur l'homme que Red n'avait pas lâché.

- Si tu veux les aider, alors ne leur fais pas courir de tels risques. Ne t'attaque pas à quelqu'un que tu ne pourras pas vaincre. Et garde toujours un œil sur eux.

L'homme hocha la tête doucement. Ses mouvements étaient clairement restreints par les dents de Red contre son cou. Il pleurait à présent. Dean détourna alors les yeux et se dirigea vers le coffre. Il l'ouvrit et en sortir un sac de nourriture puis quelques boîtes de munition. Il les jeta aux pieds de l'homme en le dévisageant.

- Je ne suis pas un meurtrier non plus. Mais si je tombe sur toi à nouveau, je n'hésiterais pas. C'est compris ?

- C'est compris.

Dean soupira alors.

- Red, lâche-le, ordonna-t-il.

Son chien obéit aussitôt. Il relâcha la gorge de l'homme et recula suffisamment pour lui permettre de se relever. Il ne lâcha toutefois pas du regard, prêt à intervenir si nécessaire. Dean regarda l'homme s'asseoir en portant une main à sa gorge.

- Il y a suffisamment de nourriture dans ce sac pour tenir quelques jours. L'endroit me semble sécurisé. Tu devrais pouvoir y rester quelques jours. Barricade les portes et garde un œil sur la forêt. On a trouvé un contaminé là-bas il y a quelques heures. Il était probablement isolé mais ses copains ne sont peut-être pas très loins.

Il pouvait lire la surprise sur le visage de l'homme à ses pieds. Il pouvait le comprendre. Il s'était probablement attendu à ce que Dean parte sans se retourner. Mais il ne pouvait pas abandonner des enfants sans donner quelques conseils à leur père avant. Il le faisait uniquement pour eux.

- Ne les laisse jamais sans surveillance... pas même une seconde. Il y a des voitures derrière le motel. Certaines devraient encore avoir de l'essence.

- Je... merci, souffla l'homme après quelques secondes.

Dean n'avait pas besoin de ses remerciements. Il ne faisait pas cela pour les entendre.

- Ne fais plus jamais quelque chose d'aussi stupide ou tu te feras tuer. Les autres survivants ne te feront certainement pas de cadeaux. Tes enfants ont plus besoin de toi que de ce que tu pourrais récupérer en t'attaquant à quelqu'un.

Sur ces mots, Dean tourna les talons. Il contourna la voiture et ouvrit la portière du côté de Gabriel. Il lui jeta ensuite un coup d'œil puis lui adressa un signe du menton. Il n'avait pas l'intention de le laisser conduire sa voiture maintenant que le danger était écarté.

- Tu... ok, je... d'accord, bafouilla Gabriel avant de descendre de la voiture.

Il semblait encore perturbé par ce qui venait de se passer. Dean ne lui en voulait pas. Il supposait que c'était la première fois qu'il se retrouvait confronté à une telle situation. Mais il allait avoir besoin d'apprendre à gérer ce genre de choses. Il allait devoir s'endurcir s'il voulait avoir une chance de survivre.

- Red ? Appela ensuite le jeune homme.

Son chien sauta aussitôt dans la voiture. Dean la contourna à nouveau pour refermer la porte derrière lui. Il se tourna ensuite une dernière fois vers l'homme qui n'avait toujours pas bougé.

- Bonne chance, lui lança-t-il.

Il allait en avoir besoin. Survivre dans ce monde avec des enfants était probablement quasiment mission impossible. Il espérait que cet homme réussirait. Mais ce n'était pas son problème. Il refusait que cela le devienne. Il venait déjà de s'engager auprès de Castiel et Gabriel. Il ne pouvait pas en faire plus pour lui.

Il attendit que l'homme lui adresse un signe de la tête avant de retourner de l'autre côté de la voiture et de s'installer derrière le volant. Il attendit que Gabriel et Castiel soient installés derrière avant de mettre le moteur en route. Il recula ensuite et se dirigea vers la sortie du parking.

Pendant de longues secondes, personne ne dit rien dans la voiture. Dean mit l'autoradio en marche pour rompre le silence. Il savait que ses deux compagnons avaient besoin de temps pour assimiler ce qui venait de se passer. Il était prêt à le leur laisser.

- C'est bien, ce que tu as fait, lança finalement Castiel après de longues minutes.

Dean fut surpris de voir que c'était lui qui avait pris la parole en premier. De toute évidence, il était plus à même que son frère à gérer les situations stressantes. Il l'avait déjà fait quand ils avaient fui le centre commercial.

- Ce type avait des gosses. Je les aurais condamnés si je l'avais tué.

- D'autres ne s'en seraient pas souciés, rétorqua Castiel.

- Je ne suis pas les autres.

Dean n'avait pas la prétention de dire qu'il valait mieux qu'eux. Il savait qu'il était parfois nécessaire de faire des choses atroces pour survivre. Il l'avait fait par le passé. Mais il ne voyait pas l'intérêt de tuer un homme qui ne représentait plus une menace. Il estimait avoir fait ce qui était juste. Il n'était toutefois pas sûr que cela faisait de lui quelqu'un de bien.

- Alors c'est vrai, hein ? Tu veux bien qu'on reste avec toi ? Demanda ensuite Gabriel qui semblait enfin avoir repris le dessus.

Dean lui jeta un coup d'œil dans le rétroviseur avant de se reconcentrer sur la route devant lui.

- Je ne vous fais aucune promesse. Je ne peux pas.

- Ce n'est pas ce qu'on te demande, assura Castiel, qui semblait réellement soulagé.

Dean se garda bien de leur dire qu'il ne pouvait pas faire de promesses parce qu'il en avait déjà fait une à son frère. Il avait accepté de voyager avec eux, mais il n'était pas encore prêt à leur parler de son frère. Il doutait de pouvoir un jour le faire.

- Et vous allez devoir apprendre à gérer ce type de situations. On sera confronté à bien pire sur la route. Je ne pourrais pas vous protéger en permanence. Vous devrez savoir le faire seuls.

- On est prêt à apprendre, assura Gabriel.

Dean sourit alors malgré lui. L'enthousiasme des deux frères était communicatif. Il n'était toujours pas sûr d'avoir pris la bonne décision. Mais il devait reconnaître qu'il appréciait de ne plus être seul dans sa voiture, pour une fois.

- Il se peut qu'on soit obligé de tuer des gens. On ne pourra pas tous les épargner. Et j'ai besoin d'être sûr que vous en êtes capable. J'aurai besoin que vous m'aidiez.

- On le fera.

Dean hocha alors la tête. Il était convaincu que ses deux compagnons n'étaient pas encore prêts à franchir ce cap. Mais il voulait croire qu'ils finiraient par comprendre que c'était nécessaire pour survivre. Qu'ils finiraient par oublier ce qu'ils avaient été avant pour devenir des survivants comme lui.

- Maintenant, la première chose que vous devez savoir me concernant, c'est que je déteste qu'on me parle quand je conduis. Et encore plus après avoir connu une situation stressante. Je vous conseille donc de vous taire si vous ne voulez pas que je vous abandonne sur le bord de la route.

Gabriel et Castiel ne dirent rien et il sourit à nouveau. Il les soupçonnait de savoir qu'il n'en était pas capable. Mais il appréciait toutefois qu'ils jouent le jeu. Il était convaincu qu'ils pourraient s'entendre. Il continuait de penser qu'il n'était pas entièrement de taille à veiller sur eux. Il espérait toutefois être capable d'apprendre à se défendre par eux-mêmes. Il n'avait pas le choix. Il avait pris une décision importante qui aurait un impact sur son futur. Il allait s'y tenir. L'avenir se chargerait de lui démontrer s'il avait eu tort ou non.