Au même moment, allongée sur le banc qui lui servait de lit, Arizona se remémorait la visite de Callie. Cette femme l'intriguait autant qu'elle lui plaisait. Son brutal changement de comportement ne lui permettait pas de cerner complètement sa personnalité mais elle était certaine que sous cette apparence de dur à cuire se cachait une jeune femme qui regorgeait de nombreuses qualités. L'humanité dont elle avait fait preuve envers elle en était une. Un sourire flotta sur ses lèvres alors qu'elle visionnait mentalement le visage de la jeune femme. Elle aimait son regard expressif, ses lèvres pulpeuses qui appelaient les siennes. Elle n'avait qu'une seule déception : ses cheveux. Elle ne les avait vus qu'attachés et elle les imaginait parfaitement envelopper légèrement ses épaules lorsqu'ils étaient libérés. Elle n'avait aucune information sur son orientation sexuelle mais son instinct lui soufflait que cette attirance était réciproque. Elle tempéra cependant bien vite son enthousiasme. La dernière fois qu'elle avait accordé une place dans sa vie à une personne autant Sofia qu'elle en avait souffert. Il n'était pas question de renouveler l'expérience. Elle devait se préserver et surtout épargner à sa fille une nouvelle déception d'autant plus que pour l'instant Callie était celle qui risquait de l'envoyer en prison.
Le lendemain, Callie eut à faire face aux conséquences de sa soirée. Son corps ne se montra guère clément et lui fit payer son abus d'alcool de la veille. Elle se détacha délicatement de l'étreinte de son amie et remit ses vêtements en prenant soin de ne pas faire de bruit. Elle laissa un mot à sa collègue et quitta l'appartement. Ce n'était pas la première fois qu'elle se livrait à un moment de plaisir avec elle mais cette fois-ci était différente. Alors qu'elle était pourtant célibataire, elle avait l'impression d'avoir commis un acte d'infidélité lorsqu'elle pensait à celle qui venait de passer sa première nuit en cellule. Elle se raisonna mentalement en se disant qu'elle n'avait aucun compte à rendre à personne et une fois dans la rue, contacta des collègues afin de faire placer Sofia sous protection. Elle passa rapidement chez elle prendre une douche puis repartit travailler. En chemin, elle s'arrêta dans un Starbucks où elle acheta deux cafés puis se rendit sur son lieu de travail. Arizona était réveillée et visiblement, la nuit qu'elle venait de passer n'avait pas été des plus reposantes. La fatigue creusait les traits de son visage mais elle n'enlevait cependant rien à sa beauté. Callie fit ouvrir la porte et s'assit à côté de la jeune femme en lui tendant un gobelet.
Arizona : Vous offrez le café à tous vos détenus ?
Callie : Non, d'habitude il est en supplément mais je fais une exception pour cette fois.
Pour la première fois, un sourire accompagna leur échange de regards. Leur relation demeurait un mystère pour toutes les deux. L'animosité qui les avait amenées à se confronter violemment la veille avait totalement disparu et elles appréciaient toutes deux ces moments en tête à tête.
Callie : Vous êtes prête pour votre audience ?
Arizona : Je n'ai pas grand chose à faire. C'est surtout mon avocate qui va devoir se montrer convaincante.
Callie : Je suis certaine que le juge acceptera de vous libérer sous caution.
Arizona : Vous seriez la première à me faire condamner immédiatement.
Callie : Heureusement pour vous que ce n'est pas moi qui juge l'affaire alors.
De nouveaux sourires ponctuèrent leur conversation avant que le silence s'impose durant quelques secondes.
Arizona : Pourquoi vous m'avez laissée parler à ma fille ?
Callie : J'avais dit à vos amies que je vous permettrai d'entrer en contact avec elle. J'ai pour habitude de toujours tenir mes promesses.
C'était un demi-mensonge. Callie ne s'était toujours pas libérée de ses remords. Ses sentiments pour cette femme compromettaient sérieusement la mission qu'elle s'était donnée. La moindre information qu'Arizona était à même de lui fournir était capitale. Il allait falloir qu'elle parvienne à surmonter ses problèmes de conscience et qu'elle rivalise de ruses afin d'arriver à ses fins. Elle préféra se lever avant qu'Arizona ne remarque son air indécis.
Callie : Je ne vous crois pas coupable..., lui avoua-t-elle sans se retourner.
Cette confidence suscita l'étonnement d'Arizona qui esquissa un sourire en la regardant partir. Savoir que Callie ne la voyait plus comme une meurtrière était déjà une victoire pour elle. Ses craintes se confirmaient : Elle était en train de s'attacher beaucoup trop vite.
Alors qu'elle se dirigeait vers son bureau, Callie passa devant Cristina qui accrochait sa veste au porte-manteau. Elle s'arrêta, ne voulant pas fuir devant elle mais fut incapable de dissimuler son malaise. Cristina n'avait pas été surprise de se réveiller aux côtés d'un mot. Leurs ébats n'avaient jamais connu de réveils enlacés mais ce qui la perturbait était cette lueur de regret qu'elle percevait dans le regard de Callie et qui était inexistante auparavant. Il ne lui fallut pas longtemps pour comprendre qu'Arizona était la cause de ce changement. Elle savait que malgré ses affirmations, Callie finirait par ouvrir son c½ur à une femme, elle avait simplement espéré être l'heureuse élue. Elle prit sur soi et préféra dissiper le malaise. Elle avait perdu une amante mais il lui restait une amie.
Cristina : Tu as du nouveau ?
Callie fut soulagée. Même si elle savait qu'elle serait incapable à présent de partager le même lit qu'elle, leur amitié comptait. Cristina était une des rares femmes à comprendre l'amour qu'elle avait pour son métier et ce qui avait pu pousser une femme à l'exercer. Elle remercia intérieurement son amie de sa bienveillance et entama sa journée de travail avec elle. Durant la matinée, elle se chargea de contacter Meredith Grey et la convoqua au commissariat afin de procéder à son interrogatoire. Sa version concordait en tout point avec celle d'Arizona. C'était un pas de plus vers l'innocence pour elle. L'alibi de Meredith vérifié, elle la libéra et rejoignit ses collègues.
Callie : Bon, Meredith Grey a confirmé qu'Arizona l'avait bien quittée à 13h40.
Henry : Et le coup de fil qu'elle a passé à la victime la veille ?
Callie : Izzie a coupé court à leur conversation parce qu'elle avait un rendez-vous. J'ai reconstitué son emploi du temps. Elle a bien travaillé avec un styliste l'après-midi. Je l'ai appelé et d'après lui, elle semblait nerveuse et préoccupée. Mais il y a quelque chose qui m'intrigue, on ne sait absolument pas où elle se trouvait dans la matinée qui a précédé sa mort. Il faudrait creuser.
Cristina : Je m'en charge.
Lexie : Je vous apporte le rapport d'autopsie, leur annonça le médecin légiste en entrant.
Callie : En personne ? Dis donc, tu sais que le fax existe, plaisanta Callie qui connaissait parfaitement la raison de sa venue.
Mark : Elle ne peut pas manquer une occasion de me voir.
Lexie lui donna raison en lui volant un baiser.
Lexie : La victime ne présente qu'une seule entrée de balle au niveau du sternum, c'est ce qui a causé sa mort, leur exposa-t-elle en tendant le rapport à Callie. Elle provient d'une arme de calibre 9 mm. J'ai envoyé la balle au labo, elle correspond à l'arme retrouvée sur les lieux du crime. D'après l'angle de tir, je dirais qu'elle était à terre lorsqu'on lui a tiré dessus.
Callie : Des traces de lutte ?
Lexie : Oui, elle présente des ecchymoses à plusieurs endroits du corps, notamment au niveau des membres supérieurs. D'après le contenu de son estomac, elle a été tuée sur les coups de 13h50.
Callie : Et Arizona serait arrivée vers 14 heures...
Mark : Malheureusement rien ne le prouve.
Callie : On a tout de même le témoignage de Meredith Grey qui prouve qu'Arizona n'a pas menti sur son emploi du temps. A moins de courir, Arizona ne pouvait pas être au domicile d'Izzie en moins de dix minutes.
Lexie : Autre chose, les examens toxicologiques ont bien révélé la présence de cocaïne dans le sang de la victime. C'était une consommatrice régulière. En revanche, les examens sanguin de votre suspecte sont propres.
Callie : Donc Izzie Stevens se droguait bien..., en déduisit-elle à haute voix alors qu'elle tentait de mettre en relation toutes les informations qu'ils avaient rassemblées jusqu'ici.
Mark : Tu penses que son meurtre est lié à la drogue ?
Callie : En parti, lui répondit-elle, sûre de sa théorie. Rien d'anormal sur son compte en banque ?
Henry : Non, aucun retrait important.
Callie : Comment elle payait ses doses alors ? Elle piochait dans le compte de son petit ami ? Tu as vérifié où il était au moment du meurtre ?, demanda-t-elle à Cristina.
Cristina : Oui, il était en présentation devant dix investisseurs. Tous ont confirmé sa présence quand je les ai appelés.
Callie réfléchit quelques secondes en silence avant de développer sa théorie.
Callie : Et si elle devait de l'argent à un des dealers à la solde de Shake ? Elle ne peut pas payer sans éveiller les soupçons de son petit ami. Shake la menace, elle s'arme, il ordonne de la faire tuer alors qu'il sait qu'elle est sur le point de prévenir une de ses ennemies, Arizona Robbins. L'homme de main se pointe, Izzie tente de se défendre mais il finit par la tuer. D'une pierre deux coups, Shake s'est débarrassé de deux personnes qui pouvaient le mettre en danger.
Ces suppositions déconcertèrent ses collègues qui se lancèrent des regards interrogateurs, certains qu'il leur manquait quelques éléments pour comprendre le raisonnement de leur supérieur.
Mark : Attends, qu'est-ce que Shake a à voir avec tout ça ?
Callie n'eut le temps de lui répondre. Son téléphone puis celui de Lexie se mirent à sonner : un nouveau meurtre venait d'être commis.
Les véhicules se stationnèrent près d'un parc longeant le lac Michigan. Ce lieu n'était pas dépourvu de signification pour Callie et il lui procurait encore aujourd'hui des frissons. Alors qu'elle marchait en direction de la rive, son regard se posa sur un banc. Cristina qui devina le fond de ses pensées s'approcha d'elle et caressa son dos.
Cristina : Ca va aller ?
Callie : Ouais...
Un maigre sourire retroussa les lèvres de la jeune femme avant qu'elles ne rejoignent le lieu du crime où Henry venait de s'informer auprès de leurs collègues.
Henry : Alex Karev, 30 ans, ingénieur en informatique. Ce sont des promeneurs qui ont prévenu la police en apercevant le corps.
Il leur tendit le portefeuille de la victime dans lequel était glissée une photo qui alerta les enquêteurs : Alex y apparaissait en compagnie d'Izzie.
Callie : Il connaissait Izzie ?
Henry : C'est pour ça que les gars nous ont prévenus. Il pensait que l'affaire pourrait nous intéresser.
Cristina : Alex aurait été l'amant d'Izzie ?
Cette découverte contraria Callie. Elle rejoignit Lexie qui notait ses premières observations dans son carnet et se pencha vers elle.
Callie : Qu'est-ce que ça donne ?
Lexie : Blessure par balle au niveau de la poitrine. Je pencherai pour une arme de gros calibre.
Callie : A quand remonte la mort ?
Lexie : C'est là que c'est intriguant. D'après la rigidité cadavérique, il est mort avant-hier-soir.
Callie : Avant Izzie ?, demanda-t-elle interloquée.
Lexie : Oui et il n'a pas été tué ici. Son corps a été déplacé. D'après ses nombreux hématomes, il est fort probable qu'il se soit battu avant qu'on ne l'abatte.
Le regard de Callie se porta vers le lac. Tout coïncidait jusqu'ici. Ce meurtre ne pouvait être isolé mais il ne cadrait plus avec ses suppositions. Un détail lui échappait forcément. Elle se redressa et s'approcha du bord du lac.
Callie : C'est ici que le corps de Timothy Robbins a été retrouvé..., expliqua-t-elle en sentant la présence de Cristina près d'elle.
L'hypothèse que Callie avait émise un peu plus tôt prit soudainement tout son sens.
Cristina : Attends, tu crois que tous ces meurtres sont liés ?
Callie : Ce n'est pas un hasard si le meurtrier a pris soin de déplacer le corps ici. Shake m'envoie un message. Et crois moi, je vais me faire un plaisir d'y répondre, lui affirma-t-elle avant de s'éloigner.
De retour au commissariat, Callie retrouva Arizona qui s'apprêtait à affronter sa première audience. Elle espérait que la jeune femme pourrait l'aider à éclaircir l'énigme que représentait pour elle le meurtre d'Alex Karev. Elle entra dans sa cellule et lui sourit.
Callie : Pas trop nerveuse ?
Arizona : Si... Tout ce que je souhaite, c'est pouvoir serrer ma fille dans mes bras en fin de journée, lui confia-t-elle avant de noter son air soucieux. Il y a un problème ?
Callie : Est-ce que le nom d'Alex Karev vous dit quelque chose ?
Arizona : Oui, c'était le meilleur ami de mon frère. Pourquoi ?
C'était la partie de son travail que Callie exécrait. Ce moment où ses paroles brisaient une vie en quelques secondes, un moment qu'elle aurait aimé épargner à Arizona après toutes les épreuves qu'elle venait de traverser et celles qui l'attendaient encore.
Callie : Il est mort... On vient de retrouver son corps près du lac...
Interdite, Arizona perdit toute capacité à s'exprimer. Elle secoua la tête alors que ses yeux se gorgeaient de larmes.
Arizona : Non... Non...
Callie : Je suis sincèrement désolée...
Une vive douleur saisit Arizona qui fondit en larmes. Alex Karev avait toujours été proche de la famille Robbins. A la mort de Timothy, c'était lui qui avait veillé sur elle et Sofia. Avec son décès, Arizona perdait de nouveau un frère. Callie se sentit impuissance face à une telle souffrance qu'elle ne connaissait que trop bien. Elle l'avait endurée il y a deux mois et elle se rappelait à elle aujourd'hui. Elle s'autorisa à la prendre dans ses bras en se convainquant que ce geste était le seul dont Arizona avait besoin en cet instant et la réaction de la jeune femme lui donna raison. Arizona s'accrocha à elle et déversa sa peine sur son épaule.
