Chapitre 8 :
Deux journées s'écoulèrent après l'attentat à la bombe qui avait visé la famille royale. La "Ligue des mercenaires", la cible principale de l'enquête concernant ce sinistre événement, fût rapidement incriminée lorsque l'ont découvrit que les cadavres des terroristes étaient bien ceux de deux membres de la Ligue. Le maître de la Ligue, Robert Winfield, fût arrêté immédiatement, comme tous les membres de son organisation présents à Bowerstone.
C'est ainsi que le 21 octobre de l'an 415 S.C., la Ligue fût totalement démantelée : les officiers furent arrêtés et emprisonnés, comme les simples membres, et des preuves de leurs différentes activités criminelles furent trouvées : pendant les deux jours qui suivirent, pour éviter le surpeuplement des prisons, les mercenaires prisonniers furent envoyés dans des bagnes en dehors de Bowerstone, à Mistpeak, Pins d'argent, Mourningwood et Aurora... pour ceux qui n'était pas accusés de meurtre, car les autres reçurent leur juste châtiment : ils furent tous fusiller, et leurs corps furent incinérés avant d'être jetés dans les égouts.
Il va sans dire que le parti démocrate de la Chambre des Communes s'insurgea contre de telles mesures car elles paraissaient dictatoriales... mais les citoyens et les soldats apportèrent un soutien quasiment inconditionnel au roi, et le Parlement ne protesta guère que pour la forme.
En plus de débarrassé le royaume de la vermine mercenaire, cette action eut également l'excellent résultat d'ajouter les fonds saisis aux membres de la Ligue au trésor royal, ce qui augmentait le trésor sans que le peuple n'ait été forcés a contribution. (ce qui, bien sûr, ravi encore plus la populace, et tempéra les ardeurs du parti démocrate)
Mais sans se soucier de ces détails, et des répercussions possibles, le prince William accomplit son but principal : deux jours après le début des exécutions, il fût pris dans le Troisième Peloton de l'Académie Militaire Royale d'Albion, c'est à dire qu'il entamait la première des trois années de formation de l'académie qui déboucherait normalement sur son engagement et sa mise en action au grade de major, ou de capitaine, selon l'arme dans laquelle il choisirait de servir (le chef d'une compagnie de cavalerie est un capitaine, alors que celui d'une compagnie d'artillerie ou d'infanterie est un major).
Le prince ne fût pas le seul jeune homme qui intégra les rangs de l'académie cette année là : pour son courage lors de l'attentat, le sergent Andrew Finn vit sa candidature appuyée par le roi Adam III, sans compter que le comportement "héroïque" qu'il avait eut lui avait valut le support de plusieurs officiers, dont le colonel Moran, qui appuyèrent sa candidature aux côtés de Sa Majesté.
En fait, il n'y a rien de particulier à mentionner : l'année 415 s'acheva dans un calme certain, même si la situation était tendue pour les trois ambassadeurs impliqués dans le complot ainsi que pour les deux membres du Parlement qui avaient collaborés avec eux.
Les choses restèrent en l'état jusqu'en mars de l'an 418, lorsque William et Andrew reçurent leurs galons d'officiers "junior", ainsi que leurs premières affectations : le major junior Andrew Finn reçut le commandement de la vingtième compagnie d'infanterie du premier bataillon de Shadnaa, une ville du Protectorat d'Aurora placée à la frontière sud-est de ce dernier. Le major William Sparrow fût quant à lui placé sous les ordres direct du lieutenant-colonel Hayden Ferguson, commandant du Deuxième bataillon d'infanterie du Sixième Régiment de Brightwall qui tenait sa garnison à Fort Elyn, un fort frontalier du nord-est de l'Albion.
Si Andrew Finn était directement en charge de sa compagnie, assurant la protection de Shadnaa, William Sparrow quant à lui était plutôt un officier "suppléant" qu'un officier de terrain au vu de sa spécialisation en planification et en tactique.
- A partir de maintenant, je divise en deux l'action, une partie étant dirigée sur Andrew, l'autre sur William -
21 avril 418, 07h35, Fort Elyn, frontière entre l'Albion et l'Union de Vuyaze.
William observait les environs du fort où il tenait garnison... le contraste entre le territoire d'Albion, derrière lui, était saisissant par rapport au territoire du Vuyaze : alors que derrière le fort, le terrain était composé de collines herbeuses parsemées de bosquets touffus, alors qu'a cent mètres à peine du fort les collines se transformaient en steppes, où le terrain était moins herbeux.
La situation au fort n'était pas des plus reluisantes, car les activités des soldats en poste consistait surtout en l'arbitrage de nombreuses querelles entre les pâtres et éleveurs de chevaux d'Albion avec leurs homologues Vuyazenais, et parfois il fallait chasser les bandes de cavaliers brigands, les Kozacy comme les appelaient les Vuyazenais, qui parcourraient les steppes en rançonnant les convois marchands qui allaient de Pefield, la ville d'Albion la plus proche, à Stropky, la ville Vuyazenaise la plus proche de la frontière.
C'est justement ce que William ne supportait pas : savoir que la vermine à cheval qui menaçait les marchands albionais était trop rapide dans les steppes pour que l'escadron de cavalerie placé à Pefield puisse les attraper. Mais malgré tout, l'état-major refusait que l'escadron de cavalerie du Sixième stationne avec son bataillon d'infanterie, une bonne partie des officiers prétextant qu'un tel renforcement de la garnison risquerait d'être perçu comme une préparation d'invasion...
Mais William ne se souciait guère de ce qui concernait les Kozacy, car il avait été convié à la réunion de l'état-major du fort un peu plus tôt, et il entra donc dans la salle de réunion, après avoir terminé son observation du terrain alentour.
Quatorze des autres majors du bataillon étaient déjà présents, ainsi que le lieutenant-colonel Ferguson. Ils étaient tous assis à une grande table carrée, les soldats leur servant d'intendants leur ayant servi à chacun une tasse de café chaude, et tous saluèrent l'entrée du major Sparrow d'un hochement de tête alors que le Ferguson, placé en bout de table, indiquait différent points sur une carte qui avait été placée sur la table.
- Major Sparrow au rapport, mon colonel, déclara William en entrant dans la pièce et en saluant.
- Ah, major... je voulais que vous soyez informer de notre plan d'action de cet après-midi... le major Bringham, qui doit aussi être tenu au courant, ne devrait pas tarder. En attendant, veuillez vous asseoir.
William s'assit à la table, attendant l'arrivée du major Henry Bringham... ce qui ne prit que quelques minutes, ce dernier arriva, salua, puis s'assit également à la table auprès des autres officiers. Le lieutenant-colonel Ferguson, qui tenait une baguette dans sa main droite, se leva alors :
- Messieurs, je vais pouvoir vous exposez le plan d'action de notre bataillon, qui a été approuvé par l'état-major à Bowerstone. Le plan est simple, et sa réussite nous assurera une certaine tranquillité : quatorze des compagnies de notre bataillon quitteront Fort Elyn cet après-midi, et prendront la route de Stropky, à trente-cinq kilomètres au nord.
Ferguson pointa l'emplacement de la ville Vuyazenaise, avant de tracer un cercle autour d'une zone de collines boisées se tenant à proximité :
- Les collines de Strop, comme les appelle les vuyazenais... c'est ici que les derniers convois ont été attaqués, par des Kozacy selon les dires des survivants, et c'est notre cible : avec l'autorisation des autorités locales, nous allons déployer nos compagnies pour tendre un piège à la bande qui harcèle nos convois et s'occuper de leur chef, un certain Benedykt Jaworski.
- Vous comptez déployez quatorze compagnies pour une simple bande de Kozacy, mon colonel ?
- Major Sparrow, c'est loin d'une "simple" bande, les rapports des survivants des attaques laissent à penser que la "bande" en question compte près de huit-cents cavaliers, voir plus, et leur équipement serait plus performant que celui de Kozacy ordinaires... apparemment, des trafiquants leur aurait fournit des armes a feu de fabrication albionaises, et leur chef aurait reçut une sorte de formation militaire qu'il applique dans ses rangs.
- Et pourquoi les Vuyazenais ne s'occupent-ils pas de cette affaire ? C'est sur leur territoire que nos citoyens sont attaqués, et les Kozacy sont des vuyazenais... demanda le major Bringham.
- Leur ambassadeur à demandé le soutien de l'Armée Royale pour cette opération, car ils n'ont pas assez d'hommes dans la région pour s'en occuper. Nous allons donc mener nos compagnies pour piéger et exterminer ces Kozacy, pendant que vous, major Bringham, vous assurerez le commandement avec pour second le major Sparrow.
- Mon colonel, dit William, avec tout le respect que je vous doit je demande a donner mon avis sur la tactique établie.
- Vous n'avez pas a demandé, major Sparrow, c'est grâce à vos résultats en tactiques que vous êtes ici, donc parlez.
- Je pense que l'idée de déployé quatorze compagnies, soit près de onze-cent hommes, est au mieux hasardeuse, et au pire dangereuse. En toute logique, c'est l'escadron du lieutenant-colonel Hyde, à Pefield, qui devrait s'occuper de cela car un escadron de cavalerie me paraît mieux placé pour une telle opération que des compagnies d'infanterie qui n'auraient pas l'avantage de la mobilité face à l'ennemi. Sans compter que, si les Kozacy que vous recherchez sont aussi rusés qu'ont le prétend, ils pourraient profiter du fait qu'il ne resterait plus que huit-cents hommes au fort pour attaquer.
- Votre explication est pertinente, major... Mais peu probable : comment des Kozacy, même armés de fusils modernes, ne pourraient pas menacé Fort Elyn... il leur faudrait des canons, ce qu'ils n'ont pas. Vous resterez donc ici avec le major Bringham et assurerez le commandement. C'est compris ?
Le jeune major était visiblement déçu, mais il répondit de façon neutre :
- Compris, mon colonel.
21 avril 418, 08h30, Fort Narder, Shadnaa, limite sud-est du Protectorat d'Aurora.
Andrew était réveillé depuis un peu plus d'une heure lorsqu'il fût convoqué par le lieutenant-colonel Benjamin Farmer dans la cour centrale du fort. C'est là que ce dernier commençait généralement sa journée en s'entraînant au tir avec quelques un de ses officiers.
Benjamin Farmer était un petit homme aux cheveux bruns, moustachus et "excentrique" selon ses collègues officiers : il aimait particulièrement le fait de côtoyer ses subalternes directs, et il dédaignait l'emploi du sabre traditionnel pour les officiers au profit du maniement du fusil et du pistolet a rouet, des armes que la majorité des officiers ne prisait guère. (même si le pistolet à rouet faisait partie intégrante de l'équipement des officiers)
Aujourd'hui le lieutenant-colonel et une dizaine des majors de compagnie de son bataillon s'entraînaient sur des cibles mouvantes, des scarabées des sables volants, une dérivation de l'ancienne espèce d'Albion qui vivait dans l'intérieur des terres d'Aurora : chacun des onze hommes armait et tirait à tour de rôle, vidant ses six balles avant de laisser la place, ils ne tiraient pas directement sur les scarabées mais visait des cibles spécial qui avaient été attachées à leur carapace, et ils n'utilisaient pas des balles conventionnelles mais de fines aiguilles dotés de plumets de couleur, ce qui permettait de compter les points.
Pour sa part, Andrew n'appréciait guère cette variante de l'entraînement au tir, même s'il devait admettre que grâce a elle les hommes avaient de meilleurs réflexes de tir contre des cibles mouvantes. Mais ce n'était pas le moment de penser à ça...
- Vous m'avez demander, mon colonel ? Demanda Andrew, une fois qu'il fût en face de son supérieur.
Ce dernier venait d'achever ses tirs, et passait son pistolet à rouet à un des soldats qui s'occupait du rechargement des armes avant de se tourner vers son subordonné.
- Ah, major Finn, en effet je vous ait fais demander. J'ai informé vos collègues lors de notre "partie de tir", et je pensais vous informé vous aussi tout en vous invitant à partager cette partie avec nous.
- Je suis toute ouïe, mon colonel.
Le Farmer se tourna vers l'un des soldats faisant office d'ordonnance et claqua des doigts :
- Donner une arme au major Finn, voulez-vous ?
Le soldat s'empressa d'obéir, et après qu'Andrew ait pris un long fusil à rouet, Farmer se tourna vers le "stand de tir", ou le dernier des dix majors venait d'achever son tour.
- Dites moi, major Finn, avez-vous déjà effectué des patrouilles dans le désert ?
- Bien sûr, mon colonel, répondit Andrew en prenant place pour tirer. J'ai été affecté au bataillon stationné à Ghaira pendant un temps, nous étions bien obligé de patrouillé régulièrement pour protéger les abords de la ville...
Il tira, et son dard au plumet bleu ciel se planta dans le dos d'un des scarabées qui tentait de quitter le terrain de tir en essayant de voler plus haut que la ceinture de barbelés qui délimitait la zone.
- Je ne parlais pas de ce genre de patrouille, major Finn... ici, à Shadnaa, nous envoyons régulièrement des patrouilles plus au sud, dans ce que les auroréens appelle le "désert profond". Ont y trouve souvent des groupes de bandits et d'autres voleurs, et il faut souvent faire un "nettoyage" de la région, par prudence et pour aider nos alliés des communautés du désert.
Finn visa, tira, et un autre dard atteignit un scarabée qui se tenait caché derrière un gros rocher et ne laissait dépasser qu'une minuscule partie de sa carapace.
- Ah ? Et il y une différence entre ces deux types de patrouille, mon colonel ?
- Oui : dans les patrouilles que vous effectuiez à Ghaira, vous pouviez comptez sur des routes et sur plusieurs petites oasis, alors qu'ici nous ne connaissons pratiquement aucune route, et les points d'eau sont aussi très rares... c'est pourquoi nous devons collaboré étroitement avec les "seigneurs du désert", des nomades qui commercent avec les villes du protectorat pour se procurer les biens qu'ils ne peuvent produire.
- Et donc, mon colonel, je devrais collaboré avec les autochtones contre les brigands dont vous faisiez mention ?
- En effet, major... ce qui complique la situation est le fait que les brigands dont nous parlons sont en faits des tribus nomades, comme nos alliés, et la plupart des tribus sont unies sous la bannière d'un seule chef, donc tant que celui-ci est amical, tout va bien.
- Je devrais donc collaboré avec ce "chef", mon colonel ?
Entre-temps, Andrew avait vidé son chargeur, et les scarabées, spécialement dressés, retournaient à leur cage sur un coup de sifflet, se laissant docilement ôté les cibles de leur dos. Ce qui permit aux officiers en place d'admirer les performances au tir de leur jeune collègue : aucun des tirs d'Andrew n'avait raté sa cible, et si ces dernières n'avaient porté des protections en plus de leur cible les scarabées seraient mort à coup sûr.
- En effet, Finn, vous devrez collaboré, mais seulement pour un temps. L'actuel Atabeg des clans du désert est un homme très âgé, qui ne vivra sans doute plus que quelques semaines, voir quelques mois...
- Donc, je devrais officiellement aidé les nomades contre les brigands, et officieusement je devrais veiller à ce que leur nouvel Atabeg comprenne que la collaboration entre nos deux parties resterait profitable et dans son intérêt ?
- C'est exactement ça, major Finn. Vous acceptez cette mission ?
- Je ne crois pas avoir réellement le choix, mon colonel. De toutes façon, si j'accomplis cette mission je servirais le royaume, et c'est ce que j'ai juré lorsque je me suis engagé... quand dois-je partir ?
- Une caravane devrait arriver dans l'après-midi, vous partirez avec elle demain matin. Je vous conseillerais d'aller immédiatement faire vos préparatifs et de prévenir vos lieutenants.
- A vos ordres, colonel.
- la suite reprendra dans le prochain chapitre -
