« Tu veux vivre ! Tu sais donc comment on doit vivre ? Tu crains de mourir ! Eh ! Ta vie n'est-elle pas une vraie mort ? » - Sénèque, Œuvres Complètes.
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PDV HERMIONE :
Malgré mon épisode de folie schizophrène d'il y a trois jours dans mes appartements de Préfète-En-Chef, j'avais repris les cours, à la demande de Cliffton d'abord, mais aussi parce que bizarrement, j'en avais envie.
En effet, depuis cette dernière crise, j'avais fini par me rendre compte des progrès que j'avais faits. Il arrivait parfois que je ressente des sentiments. Mes crises diverses s'étaient également espacées, pas disparues, non, certainement pas, mais elles étaient beaucoup moins fréquentes. Parfois même, j'avais envie de quelque chose. Je sentais l'ancienne Hermione s'agiter en moi et je n'attendais plus qu'une chose : qu'enfin elle réapparaisse entièrement, et qu'elle prenne le desus sur cette folie et sur tous ces sentiments trop noirs.
Malheureusement, et malgré tous ces progrès, j'avais toujours en moi ce désir de mort, ce désir d'oubli total qui m'occupait entièrement et hurlait à la mort dans mon esprit et ma conscience, me possédant tel un démon sorti tout droit des Enfers.
J'avais mal. J'avais toujours mal, c'était impossible à oublier, comme une marque gravée au fer rouge, comme un brouillard noir qui enveloppe, linceul mortuaire, l'âme.
Mais j'avais désormais une minuscule étincelle, graine infime portée par Poudlard, qui s'était logée dans mon cœur et dans mon esprit dévasté par la folie et le malheur : l'espoir.
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Je marchais lentement dans les couloirs du château, accompagnée de Neville, allant en direction de la salle d'Histoire de la Magie pour le deuxième cours de cette journée.
Neville me parlait, et moi, je me taisais. A quoi bon parler, lorsque tout ce que l'on a à raconter c'est le malheur ? Autant se taire.
Il me parlait de tout et de rien, de la botanique, de ses projets d'avenir, de ses amis même. Je ne l'écoutais que distraitement.
Mon avenir à moi… je ne l'envisageais même pas. Je vivais au jour le jour. Je survivais au jour le jour.
« Tu sais Neville, moi aussi j'aimerais vivre. Mais je ne peux pas. C'est impossible. Alors pourquoi vivre si on ne peut pas ? »
Il me regarda avec compassion et la fin du chemin se termina en silence.
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Enfin, nous arrivâmes.
Je sentais toujours les regards de mes « camarades » sur moi.
Peuvent-ils s'habituer à l'horreur ? Apparemment pas encore.
Tous me pesaient, tous ces regards, emplis de fascination malsaine, de curiosité, comme des chiens reluquant le cadavre d'un autre ! Je me sentais tellement mal, mais je ne montrais rien, parce que j'avais déjà tant souffert, que ce n'était pas quelques cons qui allaient me faire perdre la face.
Je préférais alors me concentrer sur le fantôme de Binns qui déblatérait tranquillement, comme à son habitude, tentant tant bien que mal de faire abstraction de tout, sauf du cours.
Sûrement étais-je la seule à l'écouter.
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Nous enchaînâmes ensuite par Sortilèges.
Je détestais, je haïssais ce cours.
Ces éclairs de lumière me dégoûtaient, me révulsaient, me terrifiaient. J'avais peur, tellement peur, et puis honte, tellement honte, alors je me roulais en position fœtale et me bouchais les oreilles pour ne plus entendre le bruit, pour ne plus voir les couleurs, pour ne plus me souvenir. De rien.
Certains s'en amusaient. En ce qui concernait notre nouvelle professeure de Sortilèges, Mrs. Gloria, elle se contentait de me transpercer de son regard perçant, d'esquisser une petite moue désapprobatrice avant de pincer les lèvres et de détourner les yeux.
Neville restait près de moi, ami fidèle à qui je devais beaucoup, tour à tour me rassurant, me défendant, puis s'entraînant en parallèle avec une agilité toute nouvelle, toutefois teintée d'une petite touche de maladresse qui me rappelait le garçon de mon enfance.
...Depuis combien de temps n'avais-je pas touché à une baguette magique ?
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Nous sortîmes enfin, à mon plus grand soulagement. Je m'appuyais d'ailleurs sur Neville, ne me sentant pas la force de marcher seule.
Au repas, je touchais à peine à ma nourriture, grignotant néanmoins, mais surtout pour faire plaisir à mon ami, quelques feuilles de salade et un abricot.
J'étais plongée dans une sorte de transe dans laquelle j'étais bercée, mélancolique, par les souvenirs. Ni bien, ni mal, je respirais juste, et gardait les yeux ouverts, songeuse, emportée par le courant de mes pensées. On aurait pu me croire juste ensommeillée.
Le regard de Malefoy braqué à nouveau sur moi, à mon plus grand désarroi d'ailleurs, je me demandais s'il avait entendu mes délires déments, il y a trois jours. Je sais que c'est lui qui m'a amené à l'infirmerie. Cliffton me l'avait dit.
S'il avait entendu quelque chose d'important, s'il savait ce que j'ai fait… jamais plus je n'aurais pu le regarder dans les yeux. Déjà que j'avais du mal !
Il s'est peut être assagi selon Cliffton, il a peut être mûri pour beaucoup de personnes, mais pour moi, il sera toujours Malefoy le fils de Mangemort, le sale gamin fils à papa raciste que je déteste.
J'ai peur qu'il me fasse du mal lui aussi. J'ai peur de tout le monde en fait. A part Neville, en qui j'ai une confiance absolue, je ne crois plus en personne.
Suis-je paranoïaque ? Ca fera toujours une forme de folie en plus.
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J'ai toujours aimé la botanique. Les plantes me rassurent et me fascinent à la fois. Je ne suis pas non plus une passionnée comme Neville, mais les plantes ont toujours entretenues une place particulière dans mon cœur.
Nous prîmes place dans la serre, Gryffondors et Serpentards. Pour changer…
« Au programme de cet après-midi, nous allons travailler sur des boutures de belladonite et tenter d'en extraire la partie dite « blanche ». Qui parmi vous peut me dire ce qu'est la belladonite et en quoi consiste l'extraction de cette fameuse partie « blanche » ? » demanda Mrs. Chourave, qui fait partie des rares professeurs à ne pas êtres partis après la guerre.
Personne ne levait la main. Je connaissais la réponse.
Jette-toi à l'eau Hermione. Vas-y. N'aie pas peur.
Un regard encourageant de la part de Neville me décida. Mon bras se leva lentement, avec hésitation. On était loin de l'ancien temps, où je battais des records en rapidité.
Le regard de Pomona Chourave s'éclaira, et un sourire vint se peindre sur son visage.
« Oui, Miss Granger ?
-La belladonite est une plante magique rappelant la belladone chez les Moldus. C'est une plante très rare qui a des propriétés assez spéciales, puisqu'un côté de la belladonite contient une substance bleue aux vertus anti-inflammatoires, mais de l'autre côté coule un liquide violet foncé qui est un véritable poison, mortel. Ses effets rappellent ceux d'une méningite aigüe, mais mélangée avec une éclabouille. La personne ayant ingurgitée ce poison meurt en dix-huit heures. La partie dite « blanche » est la partie guérisseuse donc, et le côté contenant le poison est appelé partie « noire ». récitais-je d'une traite, ce qui en fit rire certains, qui allèrent même jusqu'à chuchoter « Miss-je-Sais-Tout est de retour ! » ce qui m'arracha un semblant de sourire.
- Excellent Miss Granger ! Cinquante points pour Gryffondor ! s'exclama, ravie, Chourave, visiblement très heureuse et "sur-notant" donc mon travail.
Nous nous mîmes ensuite par deux afin de travailler sur nos plans de belladonites, et Neville me chuchota à l'oreille, un énorme sourire aux lèvres :
-Tu vois Hermione ! Tu vas te rétablir, t'es sur la bonne voie. »
Et ces mots, ces quelques mots, réchauffèrent l'espace d'un instant mon cœur figé, et je me surpris à penser que peut-être, j'allais oublier et vivre. Peut-être.
Lorsque je sentis une larme dévaler ma joue sans que je ne contrôle rien. Puis une autre.
Je jetais un regard à mes mains : elle tremblaient violemment.
Et je savais ce que cela signifiait.
Fin du game.
Fin du rêve.
Jamais je ne pourrais vivre et oublier. Jamais. Jamais, tu comprends ?! JAMAIS PUTAIN !
Et j'en voulus durant une fraction de seconde à mon ami de m'avoir fait miroiter ce rêve, cette utopie.
Je me levais d'un bond, plus vive que jamais, et me ruais hors de la serre le plus vite possible, sous les regards éberlués de mes camarades, sous le regard tétanisé de Neville qui devait revoir à travers moi ses parents.
Je pleurais à gros sanglots, mon visage devait sûrement commencer à se déformer comme à chaque fois, et je ne pouvais pas m'arrêter putain je contrôlais plus rien, plus rien du tout et j'avais peur, peur toujours peur, c'en était encore une, encore une, encore mais ça faisait des semaines que j'avais arrêté, nononononon c'est pas possible !
Mes jambes se mirent elles aussi à trembler. J'étais agitée de tremblements partout, un vrai pantin désarticulé, comme atteinte d'une maladie de Parkinson violente. Chaque secousse résonnait dans mon corps comme un Doloris infligé avec précision sur un os particulier. Et j'avais mal, au cœur, au corps, à l'âme. Partout tout n'était que douleurs et réminiscences.
J'atteignis le château, et courais désespérément dans les couloirs en direction de l'infirmerie.
Je courais je courais je courais je courais je courais. Plus vite Hermione. Cours cours cours cours cours. Cours plus vite. Tu sais ce qui va arriver sinon.
Cliffton avait les médocs il pouvait empêcher ça, il pouvait empêcher ce qui allait suivre, alors cours Hermione cours cours cours cours !
Déjà je sentais ma vue se brouiller, les larmes coulaient, coulent encore et encore, et un voile blanc commença à obscurcir mon regard.
Je
Ne
Pouvais
Plus
Courir
Alors je rampais dans les couloirs du château, et je vis enfin les portes de l'infirmerie se profiler devant moi. Mais je ne les atteints jamais.
Avant que mon corps ne cesse de fonctionner et que mon subconscient ne prenne le dessus, je réussis à crier dans un dernier effort :
« AU SECOURS ! »
J'entendis des bruits de pas rapides, et une main se poser sur ma joue. Ce n'était ni Cliffton ni Neville. Mais qui ?
Et ce fut la dernière question que je pus me poser car la douleur empêche de réfléchir, et puis ce fut le noir, le blanc, les tremblements trop violents qui me brisaient le dos les hanches les côtes la nuque, la sensation de froid trop froid beaucoup trop froid, et cette espèce de fièvre brutale, épuisante et mauvaise qui me saisit.
Je la connaissais cette crise.
Et je savais qu'ensuite, entourée d'un halo de lumière verte, viendrait tous mes pires souvenirs, depuis ma naissance jusqu'à maintenant, que j'allais revivre tous un par un, sans rien oublier.
Merci à la magie, merci aux Mangemorts aux idées tordues, merci à la haine. Et vive les sortilèges bien sûr.
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Coucou tout le monde !
Voici un petit cadeau de Noël en retard hehe (on peut pas être parfait tout le temps hein).
Donc un nouveau chapitre, un peu plus court que les précédents, mais que j'ai mis plus de temps à pondre.
J'espère que vous avez compris ce que voulait dire Hermione au début quand Neville lui parle, et qu'elle lui répond qu'elle aimerait vivre mais qu'elle ne peut pas.
Et sinon, avouez, vous y avez cru au rétablissement d'Hermione hein ! X) niark rassurez vous ça viebdra, mais pas tout de suite, on va la laisser soyffrir encore un peu mouhaha
Laissez moi des reviews pour me dire ce que vous en pensez, et puis BONNE FÊTE DE FIN D'ANNÉE ET BISOUS UNIVERSELS
Merci à ceux qui m'ont laissé des reviews, vraiment vraiment merci keur sur vou hein x)
On se revoit en 2016 !
Enjoy !
