Gueule de bois

Arthur arriva seul au Quartier Général. Il ne voulait pas éveiller les soupçons et avait préféré laisser Liza dormir. Il ne l'avait pas entendu rentrer, mais il se doutait que ça n'avait pas du être très tôt. Une fois Roy sur place, il l'avait quitté pour retrouver son lit et sa femme, partant du principe qu'il saurait gérer la situation.

Quand il entra dans le bureau, il retrouva seulement Meiji et Sark. Les autres étaient déjà repartis en mission pour interroger de nouveaux suspects. Après le premier compte-rendu de Liza, Léo avait donné des nouvelles recherches à faire à Franky, qui s'était appliqué comme toujours et leur avait trouvé de nouvelles cibles. Lentement l'étau se resserrait. Les langues se déliaient de plus en plus, les mêmes noms revenaient au sein de l'armée, mais surtout parmi les civils et l'équipe de Flainkle commençait à voir le jour. Ils allaient bientôt pouvoir lancer leur attaque.

Arthur apprit également que Roy avait pu discuter avec son premier lieutenant et qu'elle avait parfaitement rempli sa mission, leur apportant de précieuses informations. Le nom du chauffeur était bien connu de leur service et des renseignements. Grâce aux membres de l'équipe de Mustang restés à Centrale, ils pouvaient avoir accès à des données confidentielles. Fuery se débrouillait parfaitement avec les moyens de communication pour brouiller les pistes et ils avaient un contact sur place aux archives, une fille bizarre, très anxieuse, répondant au nom de Schieza qui leur avait fait parvenir des dossiers très complets sur leurs suspects.

Meiji l'avait eue au téléphone pour la remercier et elle lui avait paru horriblement mal à l'aise. Avec tout ça, leur enquête avançait bien. Ils pourraient certainement commencer l'opération dès maintenant, mais Mustang semblait décider à démanteler tout le réseau. Il voulait coincer Flainkle et le mettre hors d'état de nuire. Le major suspectait que cette affaire n'était pas seulement locale et que le colonel en savait bien plus qu'il ne l'avouait. Il était convaincu qu'il ne leur avait révélé que la surface de l'iceberg, limitant au maximum les informations pour ne pas les embourber dans une entreprise qui les dépasserait. Liza n'aurait pas accepté de se mouiller ainsi juste pour quelques détournements de fonds, même si ça impliquait les hautes sphères de l'armée. Il avait parlé d'une histoire d'espionnage et de guerre organisée avec Aegis, mais n'était pas rentrer dans les détails... Il devrait peut-être creuser de ce coté là. Pourtant quelque chose lui disait qu'il ne valait peut-être mieux pas trop poser de questions. Plusieurs personnes de l'entourage de cet homme avaient connu un destin plutôt tragique, et ce n'était peut-être pas un hasard.

Comme Arthur était coincé au bureau avec Meiji, il en profita pour l'aider avec les rapports afin d'avancer un peu et de montrer en hauts lieux qu'ils progressaient. Ils devaient rester discrets sur les méthodes employées, mais pouvaient toujours donner une partie des résultats obtenus concernant les civils. Un peu avant midi, le reste des troupes arriva, visiblement contente. Roy semblait fatigué, mais ne fit aucun commentaire. Il laissa à Léo le soin de faire l'état des lieux et d'annoncer les bonnes nouvelles. Ils avaient réuni des preuves contre deux marchants qui travaillaient avec des entrepreneurs de l'autre coté de la frontière et qui faisait passer du matériel sous couvert de marchandises industrielles. Les populations étaient menacées pour les pousser à la révolte contre les militaires dans plusieurs villages frontaliers et les militaires des zones les plus au sud du pays avaient clairement été appelé à tirer sur la foule. Bien sûr les civils obtenaient des armes grâce aux deux marchands et donc le conflit aurait pu durer longtemps s'ils n'avaient pas réussi à y mettre un terme à temps.

La plupart des soldats sur place étaient des pions, obéissant bêtement aux ordres et se faisaient gentiment manipuler. S'ils s'étaient fait tuer dans une révolte des civils, personne n'aurait vraiment pleuré leur perte. Mais ça aurait servi de parfait prétexte pour entamer les hostilités.

De plus, Léo et Roy suspectaient de passage d'informations avec Aegis pour fragiliser certaines zones stratégiques dans le but de préparer une invasion et de déclencher encore une nouvelle guerre. Le sud était en paix depuis près d'un siècle et c'était bien la seule région de tout le pays. Donc quelque chose devait sûrement se préparer par ici. Et c'était ce qu'ils voulaient éviter à tout prix.

Liza avait fait son entrée discrètement pendant que Léo reportait leurs conclusions. Elle était en civil et portait la même jupe que celle qu'elle avait pour leur voyage en train. Cette fois elle avait changé de stratégie et avait misé sur son décolleté plutôt que sur ses jambes. Mais elle avait les traits tirés et un pli marqué ornait son front. Elle semblait contrariée. Quand tout le monde fut au courant de la situation, elle prit part à la conversation. Elle raconta brièvement sa soirée, se concentrant surtout sur les informations qu'elle avait récoltées. Elle pensait avoir été relativement efficace, taillant une monstrueuse réputation d'opportuniste arrogant à son supérieur, mais paraissait convaincue que Flainkle était intéressé. Il voulait se diversifier, et il serait ravi de rencontrer un homme avec si peu de scrupule. Elle avait un sourire enjôleur et prenait un ton amusé en annonçant qu'elle avait traité son colonel de tous les noms si bien que tout le monde, sauf le concerné, se retenait de rire. Roy, de son côté n'appréciait la plaisanterie qu'à moitié. Certes, il fallait en rajouter pour le convaincre qu'il était l'homme de la situation, mais ce n'était pas la peine de le faire passer pour pire qu'il n'était. Et surtout d'afficher une telle satisfaction à en avoir dit du mal. Essayant de détourner la conversation sur son sujet initiale, il lui demanda quel était son programme de la journée, même s'il le connaissait déjà partiellement.

Liza retrouva son ton professionnel et résuma ses projets. Elle devait retrouver sa cible en milieu d'après-midi, à son bureau. Elle en profiterait alors pour faire une inspection générale des lieux et faire parler le maximum de personnes dans les environs. Elle espérait tenir assez longtemps pour l'entraîner une partie de la soirée, mais ne voulait pas renouveler l'expérience du dîner. Son but était de l'amener dans un pub pour l'apéritif, et de le confronter à Mustang. Elle prétexterait qu'elle devait retrouver Arthur en fin de journée, mais qu'il pouvait l'accompagner, comme ça, elle pourrait faire les présentations.

Son plan parut convenir à toute l'équipe. Surtout qu'il impliquait qu'ils devaient tous se retrouver au pub après pour le reste de la soirée, donc il fut immédiatement approuvé et validé.

Toute l'équipe se leva pour aller déjeuner et c'est alors qu'ils aperçurent les premiers signes. Liza fut prise de vertige et s'appuya tant bien que mal sur sa chaise pour garder son équilibre. Arthur pensa toute suite que c'était du à son abus d'alcool de la veille et tout le monde partit dans un grand éclat de rire aux dépens du pauvre lieutenant. Elle ne se sentait pas bien mais n'avait pas envie d'épiloguer. Elle se contenta de sourire et, retrouvant ses esprits lui suivit au réfectoire. Cependant Roy la retint, voulant s'assurer que tout allait bien. Il avait remarqué les marques de contrariété sur son visage, ainsi que les faibles tremblements qu'elle essayait de cacher. Elle frissonnait, transpirait et il voulut vérifier qu'elle n'avait pas de fièvre, mais elle se dégagea, prétextant que les autres allaient encore jaser s'ils restaient à la traîne. Elle lui prit simplement la main en souriant.

« Je dois juste un peu fatiguée. Ce n'est rien, colonel, pas la peine de vous inquiétez. » Elle mentait plutôt mal, en tout cas avec lui, mais il fit comme s'il la croyait et la guida vers le couloir.

« Promettez-moi de faire attention à vous. Je ne voudrais pas qu'il vous arrive quoi que ce soit. Surtout maintenant… » Il la regarda dans les yeux, elle rougit un peu mais ne cilla pas. De toute façon elle était trop têtue pour lui. Si elle disait qu'elle allait bien, alors pas la peine de discuter. Il soupira et la suivit à la cafétéria.

Le repas se passa dans une bonne ambiance. Personne ne fit vraiment attention que Liza était en civil. Comme elle déjà venue quelques semaines plus tôt, la plupart des officiers la connaissait et ils n'avaient pas vraiment fait le rapprochement avec l'équipe de Mustang. Ils savaient que cette jolie était une amie du major et du colonel et personne en vint les importuner. Elle n'était pas rester suffisamment longtemps en uniforme dans leurs locaux pour se faire repérer comme soldat.

Après déjeuner, chacun retourna à ses occupations. Meiji et Liza avançaient les rapports, les autres retournaient sur le terrain. La blonde ne se pressait pas pour aller à son rendez-vous. Elle n'avait aucune envie de passer l'après-midi avec ce fourbe, qui n'aurait de cesse de lui faire des avances. Bien sûr, elle savait faire tourner les têtes, mais elle n'y prenait aucun plaisir. En plus, cet homme la dégoûtait. Il était arrogant, prétentieux et suffisant. Bon, Mustang aussi, mais lui, il avait des raisons, et souvent, il en rajoutait, jouant un rôle de play-boy pour masquer ce qu'il ressentait vraiment et son apparente ambition cachait une vraie volonté de faire changer les choses de façon positive. Il se sacrifierait pour les autres sans hésiter. Alors que Flainkle n'avait que son intérêt personnel en vu et ne voyait en elle qu'un passe temps temporaire, une jolie poupée avec laquelle jouer un moment, jusqu'à ce qu'il trouve mieux. Elle frissonna encore une fois et du même quitter son poste pour renvoyer l'intégralité de son repas. Meiji n'y prêta pas attention en la voyant se lever précipitamment. Elle était absorbée par ses rapports et ne pensait pas une seconde que Liza pouvait être malade. Au pire un peu de trac, ce qui serait compréhensible dans une situation pareille.

La blonde resta un moment au-dessus du lavabo, à essayer de retrouver ses esprits. Elle ne comprenait pas vraiment ce qui lui arrivait. La nausée de ce matin, de même que les vertiges avaient été mis sur le compte de l'alcool, mais pour que cela dure toute la journée, c'était qu'il devait y avoir autre chose. Elle se passa de l'eau sur le visage et se força à rester calme. Elle était en mission, ce n'était pas le moment de se trouver mal.

Elle retrouva Meiji, finit son dossier et s'excusa pour aller retrouver Flainkle. La rousse lui souhaita bonne chance avant de se replonger dans ses papiers.

L'après-midi se passa sans encombre. Elle visita l'intégralité des locaux, relevant les différents points d'accès, les issus intéressante, ainsi que les fortifications. Une pièce servait manifestement de chambre forte. Elle ne put s'en approcher. Elle était constamment surveillée et ne donnait sur aucune ouverture. La porte était dans un métal qu'elle ne put reconnaître, et visiblement très épaisse. Elle discuta un peu avec les gardes pendant que son hôte recevait un de ses rendez-vous et se proposa pour jouer aux cartes avec le chauffeur. Elle s'excusa pour sa conduite de la veille et promit de ne jamais recommencer, mais se justifia en accusa Gustave de l'avoir entraînée. Elle obtint ainsi le nom de toute sa garde rapprochée et apprit même les spécialités de chacun, et leurs faiblesses, chacun tentant de rabaisser les autres pour mieux l'impressionner. Flainkle voulut l'inviter à dîner pour se faire pardonner de l'avoir laisser seule avec son chauffeur, mais elle suivit son plan et opta pour un simple apéritif, prétextant qu'elle ne s'était pas vraiment remise de leur petite aventure de la veille. De plus, elle devait retrouver Arthur au pub, alors autant qu'il l'accompagne. Elle lui présentait avec un sourire magique et des yeux pétillants auxquels il ne put résister. Tout se déroulait comme prévu. Sauf qu'elle fut encore prise de vertige et manqua de peu de s'effondrer avant de sortir. Elle choisit d'en rire, accusant encore une fois Flainkle de l'avoir fait boire en mettant de l'alcool dans son verre à son insu. Comme ce n'était pas faux, il eut du mal à se justifier, mais tenta tout de même de nier.

Il la suivit jusqu'à son lieu de rendez-vous et fut surpris par la mine déconfite qu'elle afficha en voyant que son ami n'était pas seul. Tout de suite elle lui expliqua.

« Vous voyez le grand brun, là-bas ? C'est lui dont je vous parlais. Il est détestable… Nous ferions mieux de revenir plus tard. »

Flainkle regarda dans la direction indiquée, mais n'avait aucune envie de repartir. L'occasion était trop belle. Plusieurs militaires, passablement saouls attablés ensemble. Les mêmes qui pourrissaient ses affaires depuis quelques jours avec en plus un homme de Centrale qui semblait intéressé par son affaire. Non il devait aller leur parler. Il en apprendrait peut-être un peu plus sur l'avancée de leur enquête et s'il sentait qu'il était cuit, il pourrait se rabattre sur Mustang. Mais il ne pouvait lui présenter de cette façon. A la place, il lui attrapa le bras et tout en souriant lui promit de ne pas le laisser l'approcher. Il la protègerait, en quelque sorte. Et il serait impoli de partir maintenant, surtout qu'elle devait retrouver son ami.

Liza sourit. Quelle ironie qu'il se propose de veiller sur elle… Mais son piège avait fonctionné, Flainkle pouvait jouer les héros et pavoiser qu'il avait obtenu celle que le grand Flame Alchemist avait convoitée.

Ils s'installèrent donc aux cotés des soldats et profitèrent de leur conversation. Le sujet glissa rapidement sur les problèmes de la région et Flainkle fut stupéfait par leurs résultats. Ils annonçaient fièrement avoir démantelé une bonne partie de son réseau, avant même qu'il soit au courant. L'après-midi avait été fructueux. Il se mêla de plus en plus à la discussion, oubliant qu'il n'était pas venu seul et faillit même se trahir une ou deux fois. Par contre, il vit que Liza ne l'avait pas trompé sur la nature du colonel de Centrale. Il défendait bien les actes des militaires, rappelant encore et toujours combien il était difficile de vivre correctement avec leur maigre salaire.

Liza ne sentait pas bien, et voyant qu'elle avait parfaitement rempli sa part, fit signe à Arthur de la raccompagner. Ils ne devaient pas rentrer trop tard pour éviter une scène de Marissa et le blond comprit qu'il était temps pour lui de les laisser. Léo se leva également, indiquant par là que leurs rôles étaient finis. Il fallait laisser Flainkle dans les mains de Mustang maintenant, mais sans partir tous en même temps pour ne pas attirer l'attention.

Les deux officiers raccompagnèrent la jeune femme, et purent parler plus librement. Elle leur fit un bref résumé des évènements importants de son après-midi, décrivant les plans des bureaux de Flainkle, au cas où ils prévoiraient une attaque, insistant particulièrement sur les points faibles des installations. Elle leur donna les noms de tout son personnel, et Léo nota consciencieusement pour faire des recherches. La situation se dénouait plus rapidement que prévu. Ils félicitèrent tous les deux leur amie pour la rapidité et l'efficacité avec laquelle elle avait mené cette affaire pourtant délicate. Elle rougit un peu, et ils crurent que c'était du aux compliments, jusqu'à ce qu'elle s'effondre pour de bon. Arthur la rattrapa à temps, mais elle fut incapable de bouger. Elle frissonnait de plus en plus et ils sentirent la fièvre sur son front. Léo courut chercher une voiture pendant qu'Arthur essayait de lui faire garder les yeux ouverts. Mais peine perdue. Liza avait perdu connaissance, épuisée et vidée par la fièvre et la douleur qui lui transperçait le ventre.

Ils la transportèrent au dispensaire le plus proche et Léo attendit avec elle, pendant qu'Arthur, après avoir prévenu chez lui qu'il y avait un problème repartait au QG prévenir le reste de l'équipe.

De son coté, Mustang restait seul avec Havoc, son fidèle lieutenant et Flainkle, de plus en plus intéressé par les théories du jeune colonel. Il lui exposa un peu de sa combine pour se faire de l'argent, mais refusa de trop s'avancer dans un lieu public. Il avait des accords assez intéressants avec des membres du gouvernement qui trouvaient eux-aussi que les militaires n'étaient pas reconnus à leur juste valeur. Et bien sûr, avec quelques sacrifices, des civils et de soldats incompétents qui détonneraient leur rang, ils pouvaient obtenir de bons résultats. Roy écouta tout ça d'une oreille attentive, et conclut rapidement à un prochain rendez-vous pour connaître les détails de cette affaire. Il serait bien sûr ravi d'aider un homme d'affaire comme Flainkle pour la bonne marche du pays et si en plus, il pouvait y gagner, aussi bien financièrement que politiquement, il n'allait pas refuser.

C'est avec un sourire satisfait que Roy rejoignit le Quartier Général. Havoc suivait, l'air perplexe, une cigarette à la bouche.

Quand il arriva dans le bureau de Léo, ils furent accueillis par Arthur et Meiji, l'air paniqué.

« Quelque chose ne va pas ? » demanda tranquillement Havoc.

Arthur se leva et répondit simplement : « Lili… » Roy pâlit.

Meiji poursuivit, se levant à son tour.

« Apparemment, c'était pas seulement sa cuite d'hier soir. Elle avait bien un truc qui n'allait pas. Elle s'est effondrée dans la rue, et Léo la conduite au dispensaire. On a toujours pas de nouvelle. »

Mustang encaissa l'information et attrapant Arthur par la manche, le traîna dehors.

« Emmène-moi là-bas. Je dois être avec elle. » Le blond acquiesça et le conduisit auprès de sa subordonnée, laissant Meiji et Havoc seuls avec une liste de noms pour finir les recherches.

A peine arrivée, Roy se précipita sur la première infirmière pour savoir où trouver Liza. Elle avait été admise et subissait un premier examen avec une infirmière pour son dossier avant l'arrivée du médecin. Il voulut protester et réclamer d'office qu'elle voit quelqu'un de compétent, mais Arthur posa sa main sur son épaule en lui demandant de rester calme. Il réussit à le modérer en le conduisant vers la chambre indiquée. Léo attendait devant la porte. Liza lui avait demandé de sortir, préférant rester seule pour ce genre de chose. Ce n'était pas un examen à proprement parler, juste quelques questions sur son état de santé général, prendre sa tension et ses constantes, et bien sûr, savoir pourquoi elle se trouvait là, mais elle n'avait pas voulu qu'on lui tienne la main. Si elle n'avait pas été incapable de se lever, elle serait repartie, si tôt après avoir repris connaissance.

L'infirmière était passablement niaise, et quand elle lui expliqua pour ses nausées, ses vertiges et sa migraine, celle-ci prit un sourire radieux et décréta qu'elle devait être enceinte. Liza resta pétrifiée. Elle sortit précipitamment de la chambre et se tournant vers Léo, qu'elle prenait pour l'heureux géniteur et annonça triomphalement :

« Ce n'est rien de grave, monsieur… » Puis elle découvrit trois hommes, tous l'air concerné et anxieux, alors elle se reprit en souriant aux trois à la fois.

« Euh, messieurs… Mademoiselle Hawkeye est enceinte ! » Elle frétillait de contentement. Arthur eut envie de rire, mais Roy et Léo, eux-aussi, furent mortifiés. Ils se regardèrent, tels deux lions avant le combat et chacun se jeta sur l'autre en hurlant :

« Comment avez-vous vous pu faire ça ? »

« Moi, mais je n'ai rien fait ! C'est vous le coureur invétéré ! »

« Me prenez pas pour un imbécile, je vous ai vu tous les deux à Centrale, vous étiez très proche et elle m'a même clairement dit que vous n'étiez pas juste son instructeur ! » Roy s'emportait. Il ne pouvait pas croire que ce colonel de pacotille avait mis sa Liza enceinte ! Elle allait certainement se remettre avec lui maintenant, ne serait-ce que pour le bien de l'enfant. Mais Léo ne se laissa pas démonter. Il savait ce qu'il avait fait, ou plutôt, ce qu'il n'avait pas fait.

« Moi aussi, je vous ai vu ! On vous a tous vus ! Ne me faites pas croire que vous n'êtes que collègues. Même Arthur vous a surpris en train de l'embrasser l'autre soir ! »

Ils étaient sur le point d'en venir aux mains, quand Arthur voulut intervenir. Même si la scène était plutôt amusante, ce n'était pas l'endroit pour ce genre de débat. Et pour lui le nom du père était clair. Mais avant qu'il ne tente quoi que ce soit, Liza se mit à hurler, coupant court à toute discussion.

« Je ne suis pas enceinte ! » Elle essaya de se lever péniblement et leur fit face, appuyée sur l'encadrement de la porte, seulement couverte d'une chemise de nuit d'hôpital qui ne la couvrait pas beaucoup. Elle les regarda dans les yeux, chacun leur tour et déclara simplement :

« Je ne me souviens pas avoir couché avoir aucun de vous deux, alors pas la peine de s'énerver ! » Léo baissa la tête, mais Roy ne semblait pas convaincu. Alors elle ajouta à l'intention de Léo :

« Pour autant que je sache, je n'ai pas passé une nuit avec toi, disons, histoire de lever tous les doutes, dans les deux dernières années ? » Léo acquiesça puis regarda Roy avec défi.

Liza continua vers son supérieur : « Et si je me souviens bien, vous avez toujours considéré que je ne voudrais pas coucher avec vous, donc vous n'avez jamais pris la peine d'essayer de proposer ? »

Roy rougit un peu et baissa la tête à son tour.

« Bien, comme je l'ai dit, je ne pense que mon problème se situe à ce niveau-là, mais quand bien même, vous ne seriez pas concernés, ni l'un ni l'autre ! »

Ils se regardèrent, et allaient s'excuser quand Roy réagit.

« Mais alors c'est possible ? » Liza rougit et soupira. Arthur éclata de rire cette fois et s'avança vers son amie.

« Allez ma belle, vas te recoucher, on va attendre le docteur avant de passer aux conclusions trop hâtives… Tu es sûre de ne pas être enceinte ? Ca me plairait moi ! » Elle le poussa un peu du coude en retournant s'allonger.

« Je ne crois pas… Ca fait presque quatre mois que je n'ai pas… » Elle rougit et s'arrêta en voyant l'air médusé des trois hommes devant elle. « Enfin, bref. Ca me paraît peu probable… »

Tout le monde resta silencieux jusqu'à l'arrivée du médecin. Il les fit sortir et referma la porte derrière eux, avant de commencer son examen.

¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤¤

Voilà, si tout va bien, le prochain chapitre devrait conclure l'affaire et les aventures de Liza. Enfin j'espère, parce qu'il faut encore démanteler le réseau, arrêter les corrompus et bien sûr trouver de quoi souffre notre chère lieutenant. Et peut-être la faire conclure avec son colonel… Il reste beaucoup de non dit entre eux, il serait temps de les faire s'expliquer…