Chapitre 8 : Let is snow!

Disclaimer : L'univers et les personnages de "Harry Potter" appartiennent à JKR. Seuls Rose Wayne, Derek Dent, William Van der Voo et quelques autres sont mes personnages. Cette fanfiction ne vise aucun but lucratif. Présence d'un couple homosexuel.
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Poudlard, 1
er septembre 1991

Les deux enfants ouvraient des yeux grands comme des soucoupes à mesure que se dessinait l'imposante silhouette d'un énorme château. Leurs doigts se resserrèrent et ils échangèrent un regard plein d'excitation. Des exclamations de surprise surgissaient ci et là des barques qui glissaient silencieusement sur l'eau sombre. Certains nouveaux élèves discutaient d'une voix empressée ou émerveillée, mais les deux enfants serrés l'un contre l'autre à l'avant d'une des barques ne pouvaient prononcer un mot.
Lorsqu'ils touchèrent de nouveau le sol, ils semblaient n'être qu'une entité indivisible. Le groupe de jeunes suivit sagement un homme immense qui avait dit s'appeler Rubeus Hagrid. Ils gravirent des marches de marbre, et se massèrent devant d'immenses portes, semblant attendre quelqu'un. Les portes s'ouvrirent aussitôt et une grande sorcière à l'air sévère, habillée de vert émeraude les surplomba alors. Les deux inséparables se lancèrent un regard de connivence, le sourire aux lèvres.
Le professeur McGonagall, car c'était elle, les guida au travers du hall pour les mener dans une salle plus petite, où ils durent se serrer les uns contre les autres. La sorcière se tourna vers eux et leur souhaita la bienvenue, expliquant des détails sur le déroulement de la soirée et les maisons de Poudlard. Elle les quitta après son discours, et les laissa livrés à eux-mêmes.
Bientôt, des exclamations parvinrent jusqu'aux oreilles des deux amis : au moins vingt fantômes venaient de faire leur apparition dans la petite salle. Ils discutaient entre eux de sujets que les enfants ne comprirent pas, puis leur prêtèrent un peu d'attention, leur lançant quelques paroles avant de traverser le mur et de disparaitre. Le professeur McGonagall revint et leur ordonna de la suivre en rang.
Ils purent enfin contempler la Grande Salle de Poudlard, au plafond magique et à l'atmosphère unique. Des tables y étaient disposées, et des élèves étaient déjà assis : ceux des années supérieures. Au bout de l'allée centrale, devant la table des professeurs, il y avait un tabouret, surplombé d'un vieux chapeau élimé.
Soudain, le couvre-chef se mit à chanter, à la plus grande surprise de ceux qui ne connaissait pas le Choixpeau Magique. Les deux enfants qui ne se quittaient pas se regardèrent de nouveau, appréhendant d'être séparés par le choix de l'objet ensorcelé. Quelques élèves de première année furent appelés et répartis dans leur maison. Enfin, McGonagall appela :

- Dent, Derek !

Le jeune blond lâcha son amie et traversa la foule, se dirigeant vers le tabouret. Il s'assit, nerveux, et se coiffa du chapeau. L'élève avait l'air concentré et après quelques secondes, le Choixpeau annonça clairement :

- SERDAIGLE !

Le blond reposa l'objet sur le tabouret et alla s'asseoir à la deuxième table à gauche. Son amie hocha lentement la tête en signe d'approbation alors qu'il cherchait son regard. Derek était le quatrième élève de la soirée à se faire envoyer chez les Serdaigle. Ses nouveaux camarades l'accueillirent avec chaleur. Un peu plus tard, un certain Anthony Goldstein rejoignit la maison à l'aigle. Pour lui, le Choixpeau avait juste eu à frôler sa tête pour prendre une décision. Arrivés à la lettre « P », Padma Patil fut assignée chez les Serdaigle, tandis que sa sœur allait chez les Gryffondor. Puis McGonagall prononça :

- Potter, Harry !

Des murmures s'élevèrent aussitôt dans toute la salle. Lorsqu'un petit brun s'assit sur le tabouret, tous les élèves se turent et l'observèrent avec curiosité. Le Choixpeau mit longtemps à se décider alors qu'Harry Potter avait les yeux fermés. L'enfant restée dans la file croisa les bras, agacée d'attendre aussi longtemps. Finalement, le Survivant fut envoyé chez les Gryffondor, qui lui réservèrent l'ovation la plus tonitruante de la soirée.

Puis seuls quatre élèves restèrent, attendant leur tour : elle, une autre fille et deux garçons. L'amie de Derek les considéra à tour de rôle. La fille lui adressa un sourire timide, auquel elle ne répondit que brièvement. Il y avait un roux, probablement un Weasley, pensa-t-elle aussitôt. Et le dernier était un noir, les mains profondément enfoncées dans les poches et l'air nonchalant. Ils se jaugèrent du regard pendant que Turpin, Lisa était envoyée à Serdaigle. La grande sorcière annonça alors :

- Wayne, Rose !

Ladite Rose redressa fièrement la tête, tandis que le supposé Weasley lui lançait un regard étonné. Lissant rapidement sa robe de sorcière, elle se dirigea vers le tabouret, le regard impassible et rivé droit devant elle. Prenant place, elle leva le Choixpeau pour le poser sur sa tête et croisa ses mains blanches sur ses cuisses, patientant, les yeux dirigés vers la grande porte.

- Oh oh, fit une petite voix dans son oreille. Une Wayne ! Sais-tu que je désespérais d'en rencontrer d'autres ? Ton père était à Gryffondor, mais tu dois le savoir.

Tandis que Rose approuvait mentalement, le Choixpeau émit un son dubitatif.

- Il y a du courage en toi… des capacités intellectuelles… Mais je vois aussi un côté plus fier et ambitieux… C'est difficile…

Rose ne fit aucun commentaire, attendant.

- Pourquoi pas Serpentard ? Ta mère y était, si je ne fais pas d'erreur. Tu pourrais très facilement y trouver ta place.

- Non.

La négation était sortie de sa bouche avec fermeté, bien que le volume soit resté très bas.

- Très bien, concéda le Choixpeau. Il y a quelque chose qui m'empêche de t'envoyer à Gryffondor, sais-tu. Une chose sombre…

Rose pensa à Derek qui était à Serdaigle et imposa l'image du blason bleu et argent à son esprit.

- Si tel est ton choix, alors ce sera… SERDAIGLE !

Le dernier mot fut prononcé à voix haute, officialisant son entrée chez les Serdaigle. Ravie, Rose remercia mentalement avant de retirer et replacer le Choixpeau sur son socle. Elle rejoignit la table où Derek lui faisait déjà une place. Ils se pressèrent l'un contre l'autre, heureux de leur répartition. Weasley, Ron fut envoyé à Gryffondor, et rejoignit ses frères pendant que Rose murmurait :

- Pas de surprise…

Le dernier élève s'assit enfin sur le tabouret. C'était le noir avec lequel Rose avait échangé un long regard elle regarda attentivement, se demandant où il allait atterrir. Au bout de quelques secondes, le choix fut clair pour Zabini, Blaise :

- SERPENTARD !

Rose fit une grimace très peu distinguée et marmonna avec mépris :

- Et un abruti de plus, un…

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Poudlard, stade de Quidditch, 4 novembre 1995

«Weasley est un grand maladroit
Il rate son coup à chaque fois
Voilà pourquoi
Les
Serpentard chantent avec joie
Weasley est notre roi.

Weasley est né dans un trou à rats
Il laisse le
Souafle entrer tout droit
Voilà pourquoi
Grâce à lui, c'est sûr, on gagnera.
Weasley est notre roi. »

- Mais qu'est-ce que… commença Anthony.

Les Serdaigle se tournèrent de concert vers les gradins des Serpentard, l'air incrédule. Padma et sa sœur ouvrirent grand la bouche. Derek fronça les sourcils et Mandy siffla :

- Mais quelle bande d'abrutis !

Rose fit la moue. Weasley n'était pas exceptionnel, mais c'était vraiment du Serpentard tout craché de faire une chose pareille.

- Et regardez-moi cet imbécile sur son balai, jura Lisa. Il est ravi.

Les Serdaigle observèrent Malefoy qui braillait en chœur avec ses camarades.

- Dix contre un que c'est lui qui a composé cette charmante comptine, railla Michael.

Terry hocha la tête, dégouté.

- Ils ne sont vraiment pas fair-play ceux-là.

Pendant ce temps, Gryffondor avait encaissé quatre buts, rendant les serpents encore plus véhéments. Les deux attrapeurs décrivaient des cercles au-dessus du terrain sans avoir l'air de trouver le Vif d'Or.

- Mais que Potter mette un terme à cette mascarade, et vite, grommela Derek.

- Ça devient ridicule, soupira Rose. Pourquoi Mme Bibine ne les arrête-t-elle pas ?

- Les supporters ont le droit de se manifester comme ils le veulent… regarde Lovegood.

- Oui mais elle, contra Lisa, elle ne porte pas tort à l'équipe adverse.

Pratique, Anthony exposa sa théorie :

- Ils essayent juste de déconcentrer Weasley. Et ça fonctionne plutôt bien pour l'instant.

- OH ! Gryffondor a marqué ! s'exclama Mandy dans la liesse générale.

Les Serdaigle continuèrent à faire des commentaires sur le déroulement du match jusqu'à ce que…

- Regardez Potter ! couina Parvati.

L'attrapeur fonçait vers le sol, bientôt suivi de près par son rival. Michael et Derek ne purent s'empêcher de serrer les poings, tandis que Terry et Rose s'écrasaient mutuellement les doigts.

- IL L'A EU ! vociféra Anthony.

- Bravo !

- Non ! s'insurgea Padma. Il vient de recevoir un Cognard !

Les évènements s'accélérèrent, et bientôt le groupe de Serdaigle put voir Potter et les jumeaux Weasley faire face à un Malefoy goguenard malgré sa défaite.

- Qu'est-ce qu'ils fabriquent… murmura Terry.

Puis, fous de rage, Potter et un des Weasley se jetèrent sur le blond. Mandy plaqua la main sur sa bouche, et Rose se pencha à la rambarde pour ne rien manquer.
Mme Bibine intervint rapidement, rouge de colère, et les sépara, sous les huées et les quolibets des autres élèves. Ils l'entendirent distinctement dire qu'ils allaient avoir à faire avec leur directrice de maison, et les trois personnes disparurent rapidement du terrain.

- Malefoy a l'air mal en point… nota Padma.

- Bien fait, cracha Mandy avec haine. Il l'a sans doute mérité.

Rose hocha la tête avec vigueur, puis regarda les autres élèves se lever pour quitter les gradins. Les Serdaigle avaient pris l'habitude de rester jusqu'à ce que tout le monde ou presque soit parti, afin d'éviter les bousculades. Et ce jour-ci, elles risquaient d'être nombreuses.

- Hé bien, soupira Anthony. C'était une sacrée entrée en matière pour la saison.

Terry hocha la tête, et Lisa glissa :

- J'espère qu'ils ne vont pas avoir trop d'ennuis…

- Si c'est Minerva qui s'occupe d'eux, ça devrait aller, supposa Rose.

- Ombrage, fit soudainement Michael.

- Quoi ?

- Je ne l'ai pas vue quitter le terrain avec les autres professeurs.

- Et alors ? demanda Mandy, un sourcil levé.

- Alors, ça veut certainement dire qu'elle est partie avant tout le monde. Juste après Potter et compagnie.

Les Serdaigle se lancèrent de petits regards significatifs.

- Je crois que finalement, ils vont avoir de gros ennuis, conclut Rose avec calme. Nous le saurons certainement mieux ce soir. Allons-y.

Anthony hocha la tête et leur groupe quitta enfin le terrain.

Et au dîner, il s'avéra en effet que Potter et les jumeaux Weasley avaient été interdits à vie de jouer au Quidditch. Les joueurs de l'équipe de Serdaigle avaient tous mangé près les uns des autres, commentant à voix basse cette décision, et les changements que cela allait sans doute apporter au classement du tournoi. Les filles, Terry et Anthony écoutaient sans vraiment faire de remarques, préférant s'abstenir, par peur de faire monter la tension qui régnait déjà. William avait l'air particulièrement remonté et ses yeux étincelaient de fureur.
Rose n'osa pas regarder vers la table des Serpentard –vraiment, ce n'était pas la soirée à faire ça. La maison vert et argent semblait être définitivement devenue la bête noire de toute l'école. Pourtant, elle aurait aimé voir sur le visage de Blaise ce qu'il pensait de tout ça.
Le dimanche, quelques flocons de neige annoncèrent l'arrivée imminente de l'hiver. Cela n'empêcha pas l'équipe de Quidditch de s'entraîner pour le match contre les Poufsouffle, qui aurait lieu le samedi 9 décembre. Derek et Michael étaient donc partis affronter le froid, sous les incontestables ordres de leur capitaine Roger Davies. Les autres étaient restés dans le château et s'étaient éparpillés entre ses murs. Rose mit un point final à sa dissertation de Potions, ne pouvant s'empêcher de penser à Blaise à qui elle avait promis de l'aide à ce sujet.
Mais depuis le match de la veille, il était impossible pour quiconque d'oser penser à prononcer le mot même de « Serpentard ». Ainsi l'héritière Wayne garda-t-elle ses réflexions pour elle.
La journée s'écoula donc, et il apparut qu'au dîner, même les rares élèves qui avaient des amis chez les Serpentard n'allèrent pas les voir. Plus personne ne parlait ouvertement de l'altercation d'hier, mais l'ambiance qui régnait laissait entendre que rien n'était pardonné.
Le lundi en Histoire de la Magie, les Gryffondor faisaient toujours triste mine. Rose apprit également que Potter et un des Weasley avaient été collés pour toute la semaine à venir par Minerva. Cette punition, additionnée à l'interdiction à vie d'Ombrage, faisait un lourd bilan pour le Survivant et les Weasley.
Les Serdaigle avaient bien trop de tact pour remuer le couteau dans la plaie, aussi ils se contentèrent de suivre le cours tous ensemble, ce qui ne leur arrivait que rarement.

Rose passa les jours suivant à hésiter sur la conduite à adopter, et, malgré les cours en commun avec les Serpentard, elle n'adressa pas un mot à Blaise –même si elle ne savait pas s'il avait participé à la chorale menée par Parkinson. Il tenta plusieurs fois d'engager la conversation, mais elle se contentait de secouer négativement la tête pour le dissuader de parler.
Le jeudi en Botanique, elle finit par glisser un mot sous la main de Blaise, toujours sans un mot. Le noir s'empressa de le déplier tout en faisant mine de prendre des notes.

« Blaise,
Après ce qu'il s'est passé avec les Serpentard, le chant sur Weasley, l'exclusion à vie de Potter… tu imagines bien que les élèves de votre maison sont encore moins fréquentables qu'avant.
Je souhaite nous éviter des ennuis à tous les deux n'oublie pas qui je suis, je me méfie de la réaction que certains pourraient avoir s'ils en venaient à nous surprendre nous fréquentant.
Par conséquent, tu comprendras pourquoi je t'évite, et qu'aussi je ne le fais pas de gaieté de cœur. Laissons cette affaire se tasser.
J'espère que tu comprendras.
R.W. »

Elle ne regarda pas le visage de Blaise tandis qu'il lisait sa lettre elle espérait toutefois que sa réaction serait, peut-être pas positive, mais au moins modérée. Comme il ne souffla mot, ni ne lui fit de réponse directe, la jeune fille se dit qu'il avait certainement compris.
À la fin du cours, il glissa un papier plié dans le sac de Rose et quitta la serre, toujours muet. Elle attendit d'être seule dans la chambre pour le lire.

« Rose,
Je comprends tes motivations. Depuis samedi les Serpentard essaient de faire tête basse, mais ce n'est pas facile d'éviter tous les élèves de l'école !
Beaucoup d'entre nous sont secrètement ravis que Potter ne puisse plus jouer pour des raisons stratégiques, mais nous pensons tous –et en particulier les joueurs de Quidditch- que Mme Ombrage leur a infligé une terrible punition.
Encore une fois, Drago est mon ami, mais il a encore voulu démontrer sa supériorité, et ça ne lui a pas réussi ! En tout cas, sa haine envers Potter est encore plus grande maintenant, et il se réjouit haut et fort de son exclusion.
Pourrons-nous dans cette situation communiquer par lettre ?
Que Van der Woo ne profite pas de mon absence momentanée pour prendre de l'avance !
À bientôt alors,
B. »

Rose sourit à la fin de la lettre, et se sentit soulagée qu'il accepte ce compromis. Elle s'empressa de lui faire une brève réponse, confirmant l'idée de s'envoyer de nouveau des lettres à l'avenir. La jeune fille ne pouvait s'empêcher de se dire qu'elle trouvait bien son compte dans cette affaire : le poids de sa décision lui était momentanément retiré. Blaise ne pourrait plus lui parler directement, et William était trop occupé par ses entraînements. Peut-être que cela n'allait durer que quelques maigres jours, mais c'était toujours ça. Elle espérait ainsi pouvoir repousser toute échéance jusqu'à la rentrée de janvier, au moins.

La tension entre les Serpentard et les autres maisons s'apaisaient de plus en plus, et à vrai dire, seule la vision d'un Malefoy goguenard pouvait encore faire sortir de leurs gonds les Gryffondor. Rose n'en reprit pas pour autant ses rendez-vous avec Blaise, repoussant encore et toujours la date butoir. Ainsi novembre s'étira, laissant derrière lui des feuilles mortes, soigneusement retirés par Hagrid qui était revenu –au grand dam des filles qui faisaient Soin aux Créatures Magiques, mais Lisa ne le fit remarquer qu'une fois.

Un mercredi, pendant le cours de Soin aux Créatures Magiques, Hagrid emmena ses élèves un peu plus loin que d'habitude, dans la forêt. Certains étudiants se lancèrent des regards peu rassurés, tandis que le garde-chasse expliquait que le groupe de la veille avait assisté au même cours et que tout s'était bien passé. Toutefois la carcasse de bovin qu'il portait sur les épaules n'était pas pour tranquilliser ses élèves. Lorsqu'il posa la bête morte à terre, il expliqua que les animaux qu'ils allaient voir étaient très rares, et que le seul troupeau d'Angleterre était ici, à Poudlard. Lisa était tellement impatiente qu'elle tendait le cou et regardait dans toutes les directions. Rose avait un mauvais pressentiment, qui s'accentua lorsque le demi-géant leur dit, ravi :

- Ils arrivent, regardez…

Et en effet, ils arrivèrent. Trois horribles chevaux, qui s'avançaient avec prudence vers la viande au milieu de la clairière. Hagrid les regarda sans mot dire, ravi, lorsqu'une élève leva la main et lança timidement :

- Excusez-moi mais euh… qu'est-ce qu'il y a à voir ?

- Des Sombrals, Abbot, répondit son professeur avec fierté. C'est moi qui les ai élevés.

Certains se lancèrent des regards affolés : ces animaux étaient censés porter malheur ! Le garde-chasse leur expliqua alors qu'au contraire, ils étaient très nobles, et qu'à Poudlard ils étaient utilisés pour tirer les calèches ainsi que parfois, par des professeurs pour se déplacer. Rose garda un air impassible sur le visage, les yeux rivés vers un point fictif. Elle n'avait jamais dit à ses amis, ni à personne d'ailleurs, qu'à présent elle voyait comment les calèches avançaient dans les allées de Poudlard. Lorsqu'elle les avaient vus la première fois au début de l'année, elle était restée tellement choquée qu'elle n'y avait pas cru. Par la suite, se souvenant avoir déjà lu quelque chose à ce sujet, la Serdaigle avait feuilleté son bestiaire magique pour élucider le mystère, sans grand succès. En tout cas, ce cours la convainquit qu'elle n'était pas folle.

L'intervention de Lisa apporta un élément de plus : interrogée, la rousse expliqua que seules les personnes ayant vu la mort étaient capables de voir les chevaux ailés. Lorsque le demi-géant demanda alors qui voyait les Sombrals, Rose se garda bien de lever la main. De toute façon, elle n'était plus tellement attentive et réfléchissait à la raison qui faisait qu'elle les voyait à présent. Les élèves qui ne voyaient pas les chevaux décharnés étaient obligés de se contenter des explications fournies par Hagrid, et de contempler la carcasse être peu à peu dépouillée de toute sa viande à mesure que les animaux mangeaient. C'était pour eux la seule preuve que les Sombrals existaient. Anthony avait l'air particulièrement frustré et gardait les sourcils froncés, pendant que Lisa prenait des notes à toute vitesse. Comme Rose ne semblait pas regarder les animaux, personne ne lui fit de remarque. Elle réfléchissait toujours, et sa conclusion lui vint pendant qu'un Poufsouffle demandait des explications supplémentaires : le seul évènement qui avait changé sa vie dernièrement, c'était sa mutation en Animagus. Tout lui semblait logique finalement. Rose avait vu la mort en face, puis l'avait vaincue en survivant au quatrième stade de sa maladie, et pouvait maintenant voir ces chevaux décharnés. Elle frissonna, cette découverte ne la réjouissant pas vraiment.

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Un soir pluvieux, la jeune fille était allongée dans son lit depuis plusieurs heures. Impossible de s'endormir. Rose avait tenté de s'apaiser, de penser à des nuages, avait compté des moutons, tout, elle avait tout fait. Elle commençait à désespérer, quand elle sentit qu'elle partait dans un songe étrange. La Serdaigle se laissa emporter et la chambre disparut.

Rose chutait. Longuement, comme dans un abîme sans fond. Elle voulut ouvrir la bouche, mais le vent était trop violent. Elle voulut bouger les bras, mais ils étaient collés le long de ses corps. Elle voulut fermer les yeux pour ne plus avoir le tournis, mais ses paupières refusaient de lui obéir.
Alors elle abandonna, et laissa l'environnement la malmener. Sa résignation eut du bon : elle aperçut la fin du tunnel. D'ailleurs, le sol s'approchait à une vitesse incroyable. Les yeux verts s'agrandirent, roulèrent, s'affolèrent. Et bientôt, elle toucha le sol. Ce fut violent, brutal. Rose crut que ses os allaient craquer, que son souffle allait se couper pour toujours. Sa joue frappa l'herbe froide. Elle sentit de nouveau le sang circuler dans son corps avec la douleur qui se répandit.

- Ça va ?

Rose releva la tête du mieux qu'elle put. Une silhouette maintenant familière était penchée vers elle, la mine intriguée. Elle tendit la main à la jeune fille.

- Je vais t'aider.

Son interlocutrice poussa un grognement et s'appuya sur les bras pour se redresser. Elle attrapa la brune par la main et se laissa relever. Une fois sur pieds, elle tâta ses bras et son visage. Elle défroissa ses vêtements –l'uniforme de sa maison, puis chercha l'apparition du regard. Cette dernière la regardait faire, les bras croisés.

- Tu as fait une sacrée chute. Ça faisait longtemps que je ne t'avais pas vu.

Encore une fois, les lèvres ne bougeaient pas, seules les paroles résonnaient dans l'air empli de brouillard. Rose avait appris à écouter cette sorte de fantôme sans faire de commentaire, pourtant cette fois-ci, elle ne put s'empêcher de demander :

- Où est ton amie ?

L'autre haussa un sourcil, puis finit par sourire.

- Oh, elle a dû partir momentanément. Changer de monde, tu comprends ?

Non, Rose ne comprenait pas vraiment, mais elle hocha lentement la tête.

- Tu as du mal à dormir en paix n'est-ce pas ?

L'intéressée approuva.

- Sinon tu ne serais pas vraiment ici. Je voudrais t'aider.

Décidément, elle était bien plus loquace que d'ordinaire. D'ordinaire, elle se contentait de phrases courtes et mystérieuses. D'ordinaire, elle ne la touchait jamais. Et d'ordinaire, elle n'était jamais sans l'autre. Celle aux yeux violets.

- Rose, il faut que tu réfléchisses. Tu voudrais dormir tranquillement ?

- Oui.

Sa voix n'était qu'un murmure.

- Mais ton esprit t'en empêche. Il faudrait pouvoir calmer ton esprit.

- Comment ?

- Il faut qu'il soit soumis à quelque chose de plus fort que lui.

Rose fronça les sourcils, en pleine réflexion.

- Non, non, je ne songe pas à un quelconque médicament, corrigea le fantôme. Crois-moi, c'est bien plus dangereux qu'on ne le pense…

La Serdaigle pencha la tête sur le côté. Comment avait-elle deviné ?...

- Il faut chercher en toi. C'est déjà en toi.

Ses paroles avaient de plus en plus de mal à atteindre le cerveau de Rose.

- La réponse est très simple. Si simple que tu n'y as pas encore pensé. Ou peut-être crois-tu que ça ne sera pas efficace. Mais cela le sera.

Les paupières de la jeune fille voulaient s'abaisser. Elle résista.

- Cherche en toi, Rose. La réponse est toute proche.

Elle n'entendit plus rien. Ne vit plus rien. Tout se brouilla. Le corbeau croassa. C'était fini.

Rose se redressa violemment sur son lit, et inspira profondément, pendant de longues secondes, comme si elle remontait du fond de la mer. Son cœur battait à tout rompre. Elle passa une main tremblante sur sa cicatrice pour se calmer. Le rêve lui revint peu à peu en mémoire. La chute, la douleur, la revenante, ses paroles…

- Dormir… en paix… Chercher au fond de moi.

Elle fronça de nouveau les sourcils.

- La réponse est en moi depuis toujours…

Elle ferma les yeux pour mieux se concentrer.

- Quelque chose qui soit plus fort que mon esprit.

Rose eut un sourire.

- Bien sûr.

Elle ébouriffa ses cheveux, ravie d'avoir trouvé.

- C'était pourtant évident.

La jeune fille s'étira, puis focalisa son esprit sur une seule pensée. Être un animal.
La panthère fit son apparition presque instantanément. La bête se secoua un peu, puis se roula plus ou moins en boule sur les draps chauds.
Elle s'endormit quelques secondes plus tard.
D'un sommeil sans rêve.
La méthode de Rose se révélant très efficace, elle la testa de nouveau le lendemain. Puis le surlendemain. Et toutes les nuits qui suivirent cet étrange rêve. Alors, bien que sa tête soit un vrai chantier, que ni Blaise ni William ne l'aidaient, Rose dormait très bien. Elle ne rêvait plus, et ne faisait plus de cauchemars elle avait donc trouvé une excellente méthode pour les empêcher d'envahir son subconscient. Dès que les rideaux étaient tirés, une grande panthère d'un noir de jais prenait place dans le lit aux linges délicats. Le petit Boursouf n'avait au début pas très bien compris, et les premières nuits il était tellement effrayé qu'il partait dormir avec Lisa et son ami le chaton Duke. Puis, il s'était habitué, et son cerveau d'animal avait fini par saisir que sa maîtresse ne se faisait pas dévorer tous les soirs.

Et décembre fut là, apportant un froid et mordant blizzard, en même temps qu'une quantité de devoirs suffisante pour calmer l'ardeur de deux fervents chevaliers servants…
Le match des Poufsouffle contre les Serdaigle eut lieu, et ces derniers l'emportèrent de juste, assurant ainsi une belle soirée dans le dortoir, que les préfets en chef n'osèrent pas interrompre –d'ailleurs, ils étaient de la partie.
L'Armée de Dumbledore se réunit de nouveau la veille des vacances. Quatre élèves parmi les Serdaigle disparurent ce soir-là pour ne rentrer que quelques heures plus tard, le sourire aux lèvres et l'air émerveillé. Rose savait d'instinct qu'elle n'allait pas pouvoir supporter leurs mystères et le petit air supérieur d'Anthony, aussi elle alla se coucher avant leur retour, et prit grand soin de fermer les rideaux et de devenir animal.

Leur dernière journée leur parut longue. Tout le groupe de Serdaigle rentrait chez soi pour Noël, voulant à tout prix échapper à Ombrage ne serait-ce que pour le temps des vacances. Ils firent leurs bagages, et se rendirent au dernier dîner dans la Grande Salle. Elle était entièrement décorée pour Noël, et était encore plus féérique que d'ordinaire. Les Serdaigle mangèrent et burent du jus de citrouille, tout en parlant de ce qu'ils avaient prévu pour les vacances. Lisa partait faire du ski avec ses parents, et il était prévu qu'Anthony la rejoigne pour quelques jours après Noël. Les autres seraient simplement chez eux, dans leur famille en Angleterre –et dans le cas de William, quelque part en Europe, comme il l'avait si bien dit. Rose avait donc prévu de passer le réveillon du 24 au Manoir, et la mère de Derek l'avait déjà invitée à les rejoindre pour la fin des vacances, ce qui était devenu une coutume entre les deux familles.

Le samedi 16 décembre au matin, les Serdaigle quittèrent leur Salle Commune et rejoignirent les autres dans le hall, prêts à monter dans les calèches qui les mèneraient jusqu'au train. Ils se séparèrent pour se répartir dans deux voitures différentes. Rose n'eut pas le temps de comprendre pourquoi ni comment ils avaient fait, mais elle se retrouva seule avec… William.
D'abord imperturbable, elle finit par hausser un sourcil et lui demander :

- Vous avez planifié ça quand ?

Il eut un petit sourire et répondit, très calme :

- Avant-hier. Ça ne te plait pas ?

Rose ne put s'empêcher de lui sourire en retour.

- Je ne m'y attendais pas.

- C'était le but.

Elle opina.

- Et pour quelle raison alors ?

- Je voulais être sûr que tu ne m'oublierais pas pendant les vacances.

La Serdaigle leva les yeux au ciel.

- Il y a peu de risque !

Il se déplaça et vint s'asseoir à côté d'elle. Sa main joua avec une boucle de cheveux qui prenait ses libertés sur l'épaule de Rose. Le jeune homme prit une inspiration, puis s'arrêta. Rose l'incita à parler d'un mouvement du bras.

- J'aurais… espéré que tu prennes une décision avant Noël. Ça va être encore plus long maintenant.

Elle fuit son regard.

- Je suis désolée, murmura-t-elle. Je n'y arrive pas.

Il laissa retomber les cheveux foncés et soupira :

- Je m'en doute… avoue que tu préfères Malefoy, hein ?

Rose éclata de rire.

- Mince, me voilà découverte. Moi qui pensais garder le secret un peu plus longtemps !

- Je suis trop clairvoyant pour toi.

- Je m'incline, déclara Rose. Tu lis en moi comme dans un livre ouvert.

- Avec Zabini… commença-t-il.

La Serdaigle haussa à nouveau le sourcil.

- Tu l'as revu ? Je veux dire, en très privé ?

Elle sourit à l'expression de William et secoua négativement la tête.

- On s'est envoyé des lettres, avoua-t-elle, mais c'est tout.

Il hocha la tête.

- Tu crois qu'on pourrait se voir pendant les vacances ? osa enfin demander le Serdaigle. Toi et moi ?

Rose fronça les sourcils. Elle n'avait pas l'habitude. La seule personne qu'elle voyait vraiment en dehors de l'école, c'était Derek. Et cette année… il était difficile d'expliquer qu'elle voulait s'éloigner au minimum du Manoir.

- Tu n'es pas obligée de répondre tout de suite, ajouta-t-il précipitamment en voyant son hésitation.

- C'est tellement compliqué maintenant…

- Ce n'est pas grave, ce n'est pas grave.

Il cacha son évidente déception derrière un sourire rassurant. Rose lui fit une moue désolée.
Elle se rendait compte qu'il n'était absolument pas au courant de ce qui se passait derrière les épais murs du Manoir. Peu de personnes savaient réellement, d'ailleurs. Personne n'avait besoin de savoir.
Les calèches commençaient à ralentir. William prit une inspiration et prononça d'une traite :

- Tu voudrais bien me faire un cadeau de Noël à l'avance ? S'il te plait ?

Rose ouvrit grand ses yeux, perdue. Il se pencha contre son oreille et chuchota :

- Embrasse-moi.

Secouée, l'Animagus se contenta d'ouvrir un peu la bouche, ne sachant que faire. William la contemplait sans mot dire, à sa merci. Ils étaient très proches. Les lèvres du Serdaigle, que Rose ne put alors s'empêcher de fixer, l'attirèrent comme un aimant. Doucement, elle posa sa bouche contre celle du brun, fermant peu à peu les yeux. William la tint par l'épaule, d'une pression légère, comme s'il avait peur de la casser. Ses doigts caressèrent la joue pâle de la jeune fille et il la tint par la nuque, sans forcer. Ce fut Rose qui la première entrouvrit la bouche. Le Serdaigle l'imita et alla caresser l'autre langue avec délicatesse.
Une secousse les avertit que la voiture venait de s'arrêter. William relâcha la jeune fille et délia leurs lèvres. Ses yeux bleus, brillants, semblaient apaisés, et Rose y vit un sérieux, un calme qui n'y était presque jamais. Il lui sourit largement, et elle ne put s'empêcher de le trouver atrocement séduisant comme ça. Elle se sentit très enfantine, avec ses cheveux épars, son souffle court, ses yeux trop grands. William frôla sa main et chuchota avant de s'éloigner d'elle :

- Tu es belle.

Les portes s'ouvrirent, et le froid qui s'y engouffra les sortit de leur torpeur. William descendit le premier, puis tendit la main à la jeune fille.

- J'imagine que ça non plus, tu ne sais pas le faire toute seule… geignit-il d'une voix faussement désabusée.

Elle éclata de rire et se laissa aller contre sa paume pour sortir de la calèche.

- Tu n'as pas tort. Je pourrais t'engager comme assistant personnel.

Il fit mine de réfléchir.

- C'est bien payé au moins ? Non parce que satisfaire tous les désidératas d'une aristo, ça a un prix !

Le rire de Rose retentit de nouveau dans l'air froid.

- Ça, il faudra voir avec le maître d'hôtel. Je te préviens, il est très dur en affaires !

William lui sourit largement, puis lui tendit le bras pour avancer dans la neige. Rose s'y appuya, puis ils rejoignirent leurs amis qui attendaient non loin du train. La Serdaigle lança un regard terrible à ses amis pour les empêcher de pouffer du tour qu'ils lui avaient joué, puis ne put s'empêcher de sourire à son tour.

- Cette fois-ci, Anthony et moi devons tout de suite commencer nos rondes dans le train, lança Padma.

Son homonyme hocha la tête.

- On va juste poser nos affaires dans notre compartiment.

Ils s'engouffrèrent dans le long train. Cette année, il était quasiment aussi bondé que pour la rentrée, le mot d'ordre ayant été le même pour tous les élèves : fuir Ombrage !
Ils trouvèrent assez rapidement un compartiment vide et s'y installèrent. Les deux préfets les saluèrent donc et partirent « chasser le mal et la dépravation », selon Mandy. Les septième année étaient restés avec eux. Lisa les taquina en leur demandant s'ils n'avaient pas quelque rendez-vous avec d'innocentes jeunes filles juste avant Noël. Les jumeaux secouèrent la tête avec désespoir, faisant rire les trois filles. Les trois animaux furent libérés et ils furetèrent sagement, passant de genoux en genoux. Kweenie adopta définitivement les jumeaux lorsque ceux-ci le firent rouler d'une extrémité à l'autre de leur bras, comme une balle de jonglage. Au début, Rose leur avait lancé un regard courroucé, et Tom et Jimmy avaient interrompu leur mouvement, l'air penaud. Mais Kweenie s'était mis à couiner aussi fort qu'il le pouvait, parce que lui décidément, ça l'amusait beaucoup. Les jumeaux firent tout un numéro de charme à Rose pour qu'elle les autorise à jouer avec le petit animal. Elle finit par éclater de rire devant leurs petits airs et les laissa malmener le Boursouf, qui ronronnait de joie.
Ainsi leur voyage se déroula, les amis rassemblés dans la voiture parlant et dormant tour à tour, observant le paysage, mangeant, jouant aux cartes…

Alors que l'après-midi était avancé, Rose s'étira et considéra ses amis. Lisa regardait par la fenêtre, à moitié hypnotisée, Mandy s'était endormie contre Jimmy qui lisait une revue sur le Quidditch, tandis que son frère avait disparu dans les couloirs. Avec lui Michael, qu'on n'avait pas revu depuis quelques heures. Derek dormait la tête sur les genoux de Terry, plongé dans un livre d'Histoire. Assis en face d'elle, William caressait distraitement le chaton qui ne le quittait plus. La Serdaigle sourit devant le spectacle, puis décida d'aller se dégourdir les jambes. Elle fit un signe de main aux éveillés, puis referma la porte derrière elle. Elle soupira, puis fit quelques pas, ne sachant pas vraiment où elle voulait aller. Peut-être nulle part. Rose repensa au baiser qu'elle avait accordé à William. En même temps, elle en était ravie –il n'avait pas menti en lui déclamant son C.V., il embrassait vraiment bien-, mais elle ne pouvait s'empêcher de se sentir un peu coupable. Elle risquait de lui donner de faux espoirs, la jeune fille en était bien consciente. Enfin, ce n'était pas comme si elle savait ce qu'elle voulait. C'était même le contraire.
Quand il ne jouait pas le fanfaron pour l'amuser et amuser les autres, William pouvait être vraiment mature avec elle. Lorsqu'il le décidait. Il avait un côté léger, qui faisait que Rose se sentait adulte, parfois plus que lui.
Et Blaise ? Lui, c'était le contraire. Lorsqu'il était avec elle, il se libérait tellement plus qu'avec les autres. Il avait l'air d'être réservé avec ses amis Serpentard, alors que lorsqu'ils étaient ensemble… il était entier, jeune homme mature et responsable il la faisait rire aussi. Et il y avait cette dimension physique, bien sûr, qui mettait Rose à la merci du noir.
Attraction qui se transformait en tendresse avec William.
Par Merlin que c'est compliqué !
Rose croisa Anthony et Padma avec qui elle échangea trois mots apparemment, Ron Weasley avait disparu, en même temps que ses frères et sœur. La Serdaigle fronça les sourcils mais ne s'en formalisa pas plus que ça. Elle continua sa promenade le long du couloir, croisant élèves et préfets. Enfin, elle arriva à la hauteur d'un compartiment duquel sortait une voix traînante qu'elle reconnut aussitôt.

- Vous auriez vu la tête de Potter quand je lui ai parlé de sa mère à la fin du match… Et lui qui tombe dans le panneau et me saute dessus !

- Il t'a quand même fait saigner, intervient Parkinson d'une petite voix inquiète.

- Peu importe, minimisa le Serpentard. Maintenant, Potter est exclu ! À vie qui plus est !

Tous ses amis s'esclaffèrent en chœur, et Rose eut une moue de dégout. Elle voulut passer rapidement devant la porte, même s'il n'y avait pas beaucoup de risque que l'un d'eux la voie. Elle se figea quand une voix grave répondit à la question « où tu vas ? » :

- Je reviens. Je vais faire un tour aux toilettes.

Le cœur de Rose s'emballa instantanément et elle suspendit son geste, paralysée. Le battant vitré pivota et une silhouette sortit dans le couloir. La jeune fille ne pouvait toujours pas bouger de toute manière une fuite pure et simple semblerait très suspecte.
Le nouvel arrivant se figea.

- Rose ! Qu'est-ce que tu fais là ?

Il referma précipitamment la porte avant que quelqu'un les entende. Elle lui fit un petit sourire et expliqua qu'elle se promenait quand elle avait entendu la voix de Malefoy. Blaise hocha la tête et lui fit signe de marcher.

- Il vaut mieux qu'on s'éloigne d'eux, marmonna-t-il dans sa barbe.

Rose opina simplement de la tête. N'oubliant pas sa requête, le Serpentard restait à bonne distance d'elle.

- Tu rentres chez toi alors ? demanda-t-il.

- Oui. Je pense rester au Manoir pour les semaines qui viennent. Il est possible que je passe quelques jours chez Derek.

- Dis, je pensais… tu te souviens l'histoire de nos lettres qui n'arrivaient jamais ?

- Oui.

- Tu as eu des informations à ce propos ?

La jeune fille secoua la tête, puis lui fit un sourire.

- Non. Mais je te promets que j'enquêterai pendant ces vacances !

Il esquissa un sourire en retour. Blaise regardait alternativement de droite et de gauche, comme s'il cherchait quelque chose. Ne le trouvant pas très bavard, Rose se mit à suivre son regard pour essayer de trouver ce qu'il scrutait. Ils avaient repris le chemin que Rose venait de parcourir.
À la réflexion, elle trouvait même qu'il avait l'air nerveux. Elle hésita quelques secondes pour formuler une phrase qui ne soit pas trop brusque.

- Blaise… il y a quelque chose qui ne va pas ? Tu as l'air anxieux…

Il lui lança un rapide coup d'œil et lui fit signe d'attendre encore un peu. Surprise, Rose se contenta de le suivre sans plus rien dire. Enfin, il s'arrêta devant une porte vitrée. Le noir passa sa tête par l'entrebâillement, puis il y entra. Rose le suivit et ferma la porte derrière elle. Blaise finit par lui sourire et s'expliqua :

- Je ne voulais pas prendre le risque qu'on nous entende trop parler. Désolé, ce n'était pas génial comme entrée en matière.

Rassurée, Rose lui fit un large sourire pour montrer qu'elle ne lui en voulait pas. Elle s'assit face à lui et l'observa.
Il y a quelque chose qui ne va pas quand même.
Elle allait prendre la parole lorsqu'il la devança :

- Écoute, je t'ai vu avec Van der Woo tout à l'heure. Descendre de la calèche, précisa-t-il.

- Ah.

Ce fut le seul son qui sortit de sa bouche. Elle attendait la suite. Blaise haussa un sourcil à son interjection pas très développée.

- Vous étiez seuls dedans n'est-ce pas ?

- Oui. Je te félicite, tu n'es pas venu lui casser la figure.

Il esquissa un demi-sourire.

- J'y ai pensé. Mais je me suis dit que ce n'était pas le meilleur moyen de gagner des points auprès de toi.

Rose sourit encore, amusée.

- Bien raisonné.

Le Serpentard laissa passer un blanc, puis lança finalement :

- Pourquoi vous étiez seuls ?

- Un coup monté par mes amis.

- C'est lui qui avait demandé ça ?

- Oui.

-Pourquoi ?

Elle avait décidé de répondre patiemment à ses questions. De toute manière, elle ne pouvait pas résister à son air un peu fâché.

- Il voulait me dire au revoir avant les vacances, résuma Rose.

Blaise sembla ruminer dans son coin quelques instants son amie le laissa faire sans broncher. Enfin il céda :

- Vous vous êtes embrassés ?

Tiens. Ça faisait longtemps qu'on ne me l'avait pas posée celle-là.
Bon. Si je dis la vérité, il va être fâché. Et si je mens… c'est pas bien de mentir.
Et puis c'est rigolo quand il est fâché.

- Oui.

Les mâchoires du noir se contractèrent violemment, exactement comme Rose s'y attendait. Quelque chose dans son ventre se tordit. Il serra inconsciemment les poings, son regard se faisant lointain. Ses yeux se braquèrent de nouveau sur Rose :

- Pourquoi tu souris ? Il embrasse si bien que ça ?

Sa voix laissait transparaître une pointe de fureur contenue. Rose haussa un sourcil en le fixant, et les poings se desserrèrent. Ils se considérèrent quelques secondes comme ça sans bouger, puis Blaise soupira. Il se pencha vers le canapé d'en face et lui tendit la main. Rose l'attrapa sans trop se poser de questions, puis le Serpentard l'attira contre lui. Elle se lova contre lui sur la banquette pendant qu'il l'enserrait de ses bras. Blaise appuya son menton contre la tête de la jeune fille et ferma les yeux. Rose avait déplié sa main contre le torse caché par le pull noir. D'une voix douce, il lui posa la question habituelle :

- Toujours pas de décision ?

- Non, murmura-t-elle.

Il opina lentement de la tête. Un léger soupir lui échappa, ce qui fit sourire Rose.

- Tu m'avais manquée, chuchota-t-il.

Elle ferma les yeux pour savourer l'instant. Ses doigts graciles s'accrochèrent un peu au pull pour faire comprendre qu'elle ressentait la même chose.
Ils se laissèrent bercer par le rythme lent du train pendant plusieurs minutes, sans prononcer un mot. Ils n'entendaient même pas les éclats de voix des élèves dans le couloir.

- Comment tu te sens ? finit par demander Blaise.

Il faisait allusion à son retour au Manoir ils en avaient déjà longuement parlé, à l'oral comme à l'écrit : la maladie d'Olivia, les absences répétées du père… Rose laisse échapper un petit soupir.

- Nerveuse. J'ai un peu peur aussi.

- Peur ?

- J'ai peur qu'en rentrant, Olivia… qu'elle soit encore plus malade. Ou pire.

Elle eut un long frisson, Blaise resserra leur étreinte.

- Ça va aller, rassura-t-il. Ça va aller, tu verras.

Rose hocha un peu la tête puis ferma de nouveau les yeux.

- Alors, comment tu vas passer Noël ? lui demanda-t-elle à son tour.

- Certainement avec toute la famille de ma mère, comme tous les ans. On reçoit chez nous je crois cette année. Je l'aiderai un peu.

Les lèvres de Rose s'étirèrent.

- C'est bien, tu es brave.

- Ne te moque pas, sourit-il. Ma mère est terrible. Tu ne voudrais pas me prêter un ou deux elfes de maison pour Noël d'ailleurs ?

Elle se mit à rire franchement.

- Non, non, ils ne sont pas à louer. Et d'abord, s'ils ne sont pas avec moi, comme je vais m'en sortir ? Je ne pourrai plus manger. Ce sera terrible.

Le noir laissa échapper un rire.

- C'est vrai. Une tragédie. Tu deviendrais encore plus maigre, et à la rentrée je n'arriverai pas à te reconnaître. D'ailleurs on ne te verra plus du tout.

- Tu vois. Même toi tu le reconnais. Non, je suis désolée, mais il faudra assumer avec ta mère.

Il sourit, sa main se perdant dans les boucles de Rose. Elle ferma de nouveau les yeux.
Les deux élèves discutèrent encore un peu, par intermittence, profitant de ces instants de tranquillité.
Mais bientôt une voix –qui arriva trop vite au goût de Rose-, annonça que le train n'allait pas tarder à entrer en gare. Blaise rouvrit les paupières et s'aperçut que Rose le regardait avec un sourire en coin.

- Je ne me suis pas endormi.

- Mais non voyons.

- J'écoutais le monde les yeux fermés.

- Mais oui.

Elle souriait encore néanmoins, et il ne put s'empêcher de l'imiter. Il la fit se redresser, puis reprit une position plus digne.

- Il va falloir qu'on rejoigne nos compartiments respectifs, annonça Blaise.

- Je sais.

Les yeux noirs se vrillèrent dans les siens.

- J'ai le droit de t'embrasser avant qu'on se sépare ?

Surprise qu'il pose la question, elle ouvrit un peu plus les yeux. Désarçonné –et un peu vexé- par son manque de réaction, Blaise fit mine de se redresser un peu plus, mais il fut retenu par des doigts qui tirèrent sur son pull. Rose glissa sa main contre son cou et l'attira vers elle. La main du noir s'enroula autour de sa hanche, et leurs lèvres se scellèrent. Le bras sur lequel Rose s'était appuyé céda et Blaise le rattrapa.
Elle avait oublié comment étaient ses baisers.
Le Serpentard finit par l'enlacer complètement, tandis qu'elle s'accrochait à sa nuque, ses ongles pressés contre sa peau. Il imprima plusieurs baisers sur ses lèvres, puis demanda l'accès vers sa langue. Rose ne se fit pas prier et lui céda toute résistance. La main droite de Blaise glissa le long du corps de Rose, qui réprima un frisson. Les grands doigts enveloppèrent une cuisse recouverte d'un collant épais. Inconsciemment, sans cesser de s'embrasser, les deux adolescents étaient en train de s'allonger contre le cuir du divan. Blaise retenait fermement le dos de Rose afin qu'elle ne tombe pas trop vite, tandis qu'elle entrainait le jeune homme avec elle en le maintenant par la nuque.
Lorsque Rose toucha la banquette, le noir s'appuya sur un coude pour ne pas l'écraser sous son poids. Il quitta ses lèvres devenues rouges pour embrasser son cou offert. Rose lâcha un soupir de bien être qui résonna délicieusement aux oreilles du Serpentard. Leurs ventres se frôlèrent, encore, et il entendit un autre son presque inaudible vibrer dans l'air. Ce léger bruit sonna cette fois comme une alarme dans son esprit. Il interrompit son baiser, retrouva la bouche de Rose, s'y arrêta un instant, puis s'éloigna d'elle. La Serdaigle rouvrit les yeux et le questionna du regard.
Blaise se racla la gorge et glissa à nouveau sa main dans son dos pour l'aider à se relever. L'Animagus se toucha mécaniquement les joues, qui lui semblaient bien brûlantes. Le noir lui remit une mèche de cheveux derrière l'oreille et susurra :

- Excuse-moi. Je me suis laissé emporter.

Rose reprenait peu à peu son souffle et ne put répondre. Ses yeux verts brillaient de cette lumière que Blaise adorait voir s'allumer lorsqu'il l'embrassait.
Un peu chamboulée, Rose aurait été incapable de prononcer trois mots corrects d'affilée heureusement que le Serpentard prit les choses en main. Il lui rajusta ses vêtements avec des gestes doux, puis l'imitant, la jeune fille lui resserra sa cravate verte et lissa son pull. Blaise prit son visage en coupe et dit en souriant :

- Bon, cette fois je me maîtrise.

Il frôla de nouveau ses lèvres, et le baiser qu'ils échangèrent furent un baiser d'adieu. Tout en se souhaitant de bonnes vacances, et se promettant de s'écrire si leur emploi du temps le leur permettait, ils se quittèrent, chacun partant dans une direction opposée, après un dernier regard, un sourire furtif.
Rose traversa de nouveau les couloirs, croisant des élèves déjà prêts à descendre. Elle s'engouffra dans son compartiment au moment où les roues finissaient de crisser et que le long convoi s'arrêtait.

- Rose, tu étais où ? lança une voix inquiète.

Elle regarda brièvement Terry avant de rassembler ses affaires et nouer sa cape autour de son cou. Comme son ami continuait de la fixer, son sac à la main, elle soupira et marmonna :

- Pas loin, pas loin… il faut qu'on descende maintenant.

Le brun fronça les sourcils, puis sortit de la voiture, poussé par un Derek souriant. Le blond se tourna vers son amie et prit une inspiration pour lui dire quelque chose. Il s'arrêta puis secoua la tête en soupirant, un grand sourire moqueur plaqué sur son visage.
Rose lui tira la langue, les joues rougissantes.
Le petit groupe de Serdaigle descendit du train en se faisant bousculer de part et d'autre. Les garçons portèrent les valises des filles et enfin, ils furent réunis sur les quais. Il y avait beaucoup de monde, et un bruit assourdissant emplissait l'air, pourtant, les treize élèves qui cherchaient leurs familles du regard entendirent très distinctement des voix suraigües s'écrier toutes en chœur :

- IL EST LÀ !

Derek empoigna aussitôt sa valise, suivi de Rose. Sans se concerter, ils tournèrent la tête vers l'endroit d'où étaient montés les cris et s'élancèrent. Ils aperçurent bien vite cinq petites silhouettes qui trépignaient et piaillèrent encore une fois quand leur grand frère fut à portée de main. Elles lui sautèrent toutes dessus en même temps.

- T'es rentré !

- C'était bien le train ?

- Et l'école ?

- Tu joueras avec nous dis ?

- Tu pourras nous habiller pour Noël ?

- Hé Derek, moi j'ai eu un bon point à l'école !

- Moi aussi d'abord !

- Nan, c'est moi qu'il fait un câlin d'abord !

- Nan, moi, je suis la plus tite !

- Toi, retourne avec Maman, t'es pas assez grande !

- BOUH t'es pas gentille !

- DU CALME ! s'écria une voix.

Les cinq enfants se tournèrent vers la source qui avait crié.

- ROSE !

Et c'était reparti pour un tour. La jeune fille les serrait à tour de rôle dans ses bras. Derek profita de ce répit pour aller embrasser sa mère, qui ne tentait même plus de contenir ses filles. Terry et les autres Serdaigle regardaient la scène, les yeux grands ouverts, ou à moitié rouges à force de rire.

- Rose, toi aussi t'es revenue !

- Tu viens après Noël ?

- Tu nous as ramené des cadeaux ?

- Tu pourras me faire des tresses dans les cheveux ?

- NON, toi t'en as djà eu avant ! Mon tour maintenant !

Rose tentait d'endiguer l'enthousiasme débordant des sœurs de Derek, un sourire blasé aux lèvres. Elle lança un clin d'œil à Terry.

- Ah ça en fait des belles sœurs hein ?

- Chuuut ! protesta-t-il, les oreilles rouge comme jamais.

Mary finit par intervenir pour calmer les cinq petits diables, et salua tous les amis de son fils, qui étaient toujours absorbés par le spectacle des plus jeunes. Ils sourirent à tour de rôle et se présentèrent. Mary serra chaleureusement Terry dans ses bras, sous le regard protecteur de Derek. Après de derniers adieux, et la promesse de venir un jour chez les Dent, la famille s'éclipsa par la barrière du quai 9 ¾.

- Je ne savais pas qu'elles étaient toutes fans de toi Rose ! s'exclama presque aussitôt Lisa en se tournant vers son amie.

Rose opina en souriant.

- Je vais devoir y aller, annonça Anthony. Mes parents me font signe.

Les autres approuvèrent, puis se saluèrent pour enfin disparaitre auprès de leurs familles. Rose tendit la main pour attraper sa valise, quand une personne l'en empêcha.

- Miss Wayne ! Laissez-moi faire !

- Ted ! Je ne vous avais pas vu arriver.

Le chauffeur lui sourit et empoigna le bagage frappé d'un « R.W. » doré. Ils firent quelques pas et sortirent du quai magique.

- Votre semestre s'est bien passé ? questionna l'employé.

- Très bien, je vous remercie. Est-ce qu'au Manoir…

- Oh, tout est prêt pour votre arrivée ! assura l'homme.

Elle secoua la tête, et ils sortirent de la gare.

- Je voulais parler d'Olivia…

Ted la regarda, son expression soudainement plus grave. Il ouvrit le coffre et y rangea la valise avant de répondre.

- Son état ne s'améliore pas. Mais elle est prête à vous recevoir, c'est sûr !

Il invita Rose à entrer dans la voiture, lui tenant la porte. Elle s'y engouffra en murmurant un faible merci. Le chauffeur s'installa au volant et continua sa réflexion :

- Elle a repris des forces pour votre retour. Mais je pense qu'Alfred sera plus qualifié que moi pour vous donner de plus amples détails.

Rose le remercia puis s'absorba dans la contemplation du paysage tandis que la voiture roulait dans Londres.
Bientôt le paysage brumeux disparut, laissant place à de longues étendues de neige. Le véhicule, mené de main de maître par Ted, venait de se déplacer d'environ quatre cent kilomètres en quelques secondes. Comme à son habitude, il demanda si le transfert n'avait pas blessé Rose. Elle répondit par la négative en souriant, comme à chaque fois.
Enfin, l'héritière se rapprochait de chez elle. Le Manoir était perdu dans la campagne de Whitehaven, un port de la mer d'Irlande.
Elle somnola durant les derniers kilomètres qu'ils franchirent. Il y avait de la neige partout.

- Miss Wayne ? Vous êtes arrivée.

La voix masculine la sortit de sa torpeur. Devant son air perdu, Ted se pencha vers elle et répéta :

- Vous êtes arrivée au Manoir.

Rose tourna la tête vers l'extérieur. La cour était maculée d'une couche blanche, il semblait y avoir du vent, pourtant quelques silhouettes luttaient contre le froid et l'attendaient sur le perron. L'aristocrate prit une longue inspiration, puis sortit. Ted referma la portière derrière elle et sortit sa valise du coffre.
La bise qui soufflait la gifla, la réveillant plus efficacement que la voix de Ted. Elle fit quelques pas, et le chauffeur la suivit avec le bagage.
Alfred descendit les marches et les rejoignit, attrapant la valise et remerciant le chauffeur. Ce dernier retourna à la voiture pour aller la garer avec les autres dans le sous-sol.

- Avez-vous fait bon voyage, Miss Wayne ?

- Oui Alfred, très bien. Il n'y avait pas autant de neige à Londres.

Le majordome sourit, puis les autres domestiques saluèrent leur patronne de retour. Elle offrit à chacun des sourires et des mots aimables, mais ses pensées toutes entières n'allaient qu'à une personne : Olivia.
Enfin, ils furent à l'intérieur, Rose constata que rien n'avait changé pendant son absence. Alfred lui fit un léger signe pour lui indiquer qu'elle pouvait directement monter à l'étage. Elle détala sans demander son reste, volant presque dans les escaliers.
La jeune fille traversa le couloir automatiquement, et fut en face de la porte désirée. Elle frappa trois coups, puis entra dans la pièce sur la pointe des pieds.

- Rose…

La voix faible fit accélérer son cœur. Elle pressa le pas et atteignit enfin sa gouvernante, allongée sous les couvertures d'hiver, reliée à ses machines en tout genre, pâle, chauve, mais vivante. Les larmes aux yeux, Rose ne put que bredouiller des mots incompréhensibles avant de nicher sa tête contre sa Nanny.
La gouvernante passa son bras autour des épaules de sa protégée, un sourire aux lèvres. Rose reprit en air plus digne en se redressant. Elle sourit largement à Olivia, avant de s'asseoir tout près d'elle et commencer à lui parler de ces mois passés à Poudlard, comme à leur habitude.
La Serdaigle fit de fréquentes pauses pour ne pas étourdir la gouvernante avec ses bavardages. Elle passa la soirée avec elle, mangeant même avec elle, indifférente aux demandes d'Alfred de s'attabler dans la salle à manger.
Rose dut quitter Olivia après avoir fini son dîner, car la malade était fatiguée et allait d'endormir. Elle l'embrassa avec douceur, puis quitta la chambre.
Les mains tremblantes, elle retraversa le couloir, et monta dans sa chambre au deuxième étage. Sa valise était déjà là, trônant sur le tapis au centre. Rose s'adossa à la porte fermée, et inspira régulièrement, pour se calmer.
Voir Olivia dans cet état était douloureux. Elle avait fait bonne figure toute la soirée, mais dès qu'elle posait les yeux sur sa gouvernante, elle avait envie de pleurer. Son état s'était dégradé depuis l'été, Rose le savait, mais elle n'imaginait pas que cela lui ferait un tel choc. Elle était maigre à faire peur, des cernes profonds lui enfonçaient les yeux dans les orbites, et son crâne était nu. Complètement chauve, à cause des traitements lui avait-on dit.
Olivia ressemblait à un cadavre.
Cette pensée fit vaciller Rose. Elle fixa un point imaginaire, par-dessus son lit à baldaquin. Reprenant contenance, elle se dirigea vers sa valise et décida de la vider, pour s'occuper l'esprit.
Le rangement lui prit à peine une demi-heure, et elle se retrouva désœuvrée. La jeune fille n'avait pas envie de dormir, alors, après avoir enfilé des vêtements plus confortables que son uniforme qu'elle n'avait pas encore quitté, elle sortit de sa chambre et descendit d'un étage.
Elle se dirigea à pas feutrés vers la bibliothèque et les torches s'allumèrent magiquement à son approche. Rose parcourut les étagères familières du regard, puis attrapa des bandes dessinées qu'elle connaissait par cœur, et s'installa dans son fauteuil favori, près d'une fenêtre.
Ainsi l'héritière passa la nuit, à lire de vieilles planches, s'endormant entre deux histoires. Lorsqu'elle ouvrit les yeux pour la douzième fois de la nuit, elle s'aperçut… qu'il faisait jour. Un elfe de maison bien intentionné l'avait couverte d'un épais plaid pour qu'elle n'attrape pas froid. Rose se racla la gorge en se redressant dans le fauteuil moelleux. Elle jeta un coup d'œil par la fenêtre, où la neige s'était rendu maitresse de l'environnement. On distinguait, très au loin, l'immense portail noir de la propriété et à la réflexion, Rose ne fut même plus sûre que ce soit ça, tellement la visibilité était réduite. Elle se dit que le parc devait être magnifique. Derek et elle y avait fait des centaines de bonhommes de neige, igloos et sculptures de toutes sortes lorsqu'ils étaient plus jeunes. Un soupir lui échappa. S'intéressant de nouveau à l'intérieur de la pièce, elle vit que la dernière bande dessinée qu'elle lisait lui avait échappé des mains et était tombé au sol. Se levant doucement, elle rassembla tous les livres et les remit en place.
Quittant la bibliothèque, Rose remonta au deuxième, puis entra dans sa salle de bains personnelle. Se débarrassant de ses vêtements, elle entra dans la douche et fit couler de l'eau brûlante. Les paupières encore lourdes, elle se frotta énergiquement pour se réveiller totalement.
Puis, une fois habillée, elle descendit prendre son petit déjeuner qui l'attendait sur la table de la salle à manger. Il était huit heures du matin quand un elfe vint lui servir un chocolat bien chaud. Elle lui sourit, puis contempla son parc en rêvassant. En effet, le terrain recouvert de blanc était magnifique.

Désœuvrée jusqu'au réveillon, Rose s'attela finalement à ses devoirs les professeurs avaient tous estimé que les élèves avaient besoin de s'entrainer pour leurs BUSE. Ainsi la Serdaigle passa six journées à alterner études, visites à Olivia et balades dans le domaine.
Elle aimait beaucoup marcher dans la neige, enveloppée dans d'épais vêtements elle se laissait errer au hasard de ses pas. Rose revit la petite forêt, où des créatures se protégeaient du froid puis il y avait le jardin à la française, avec ses hautes haies à présent presque nues et recouvertes de blanc. Sur la droite, au plus éloigné de l'entrée, la mare s'étalait, ovale, parsemée de nénuphars en été, mais gelée à la surface dès que le froid arrivait. Il y avait autour quelques bancs, parmi les roseaux. L'héritière s'assit sur la pierre glacée de l'un d'eux et scruta les eaux, à la recherche des gros poissons qui y vivaient. Elle les suivit des yeux un moment, se rappelant qu'elle était tombée dans l'eau il y a de cela quelques années, un jour d'été. Malgré les cris des serviteurs pour qu'elle sorte, l'enfant avait barboté quelques minutes dans l'eau fraiche, entourée de poissons qui faisaient la taille de ses bras. Une grenouille était tombée nez à nez avec elle avant d'aller se cacher sous les roseaux. Rose était ressortie trempée évidemment, au grand dam d'Olivia qui lui avait pourtant fait passer une robe neuve ce jour-là.

La Serdaigle fut sortie de ses pensées par son estomac qui gronda violemment. Elle n'avait pourtant pas faim, elle avait mangé à peine deux heures avant. Son ventre se manifesta de nouveau, plus fort, et ses yeux se braquèrent automatiquement sur les poissons qui nageaient calmement. Surprise d'une telle réaction, Rose fronça les sourcils. Le bruit retentit encore, ses muscles se contractèrent, comme si elle n'avait pas mangé depuis des jours. Inconsciemment, elle courba l'échine vers le fond de la mare, les muscles des épaules tendus. Elle agrippa ses doigts au rebord du banc, comme pour se retenir de sauter dans l'eau séance tenante. Ses jointures rougirent un instant avant de blanchir, les poignets légèrement tremblant à force de résister. La jeune fille était forcée d'assister, impuissante, aux impulsions de son corps.
Elle voulait sauter dans l'eau pour une seule raison : chasser.
Si elle avait pu, Rose aurait ri de cet étrange comportement. Mais pour l'heure, elle était trop occupée à lutter. Son instinct animal lui hurlait de se transformer et de se jeter à l'eau.
C'était stupide.
Une sorte de grondement roula dans sa gorge. Ses yeux s'allumèrent, les muscles de ses jambes se bandèrent, et Rose perdit cet étrange combat. Le bruit familier résonna dans la plaine.
Une tache noire s'étalait maintenant sur la neige blanche, le regard fixé sur la mare. L'animal se redressa et fit le tour du point d'eau, concentré. Il semblait hésiter. Entendant un bruit que seule son ouïe pouvait percevoir, il tourna rapidement la tête vers un bosquet d'arbres, à quelques dizaines de mètres. Abandonnant l'idée de se mouiller, la panthère se dirigea à pas feutrés vers la végétation. Ses narines frémirent. Un lapin. Elle fut bientôt cachée parmi les troncs d'arbres. L'imprudent animal était là, au milieu d'une minuscule clairière à sa gauche un buisson d'épines, à droite la forêt s'enfonçait, et derrière lui, un prédateur affamé.
Presque couchée tellement elle se faisait petite, la bête ne semblait même plus respirer.
Innocent, le petit mammifère semblait grignoter une feuille ou deux, récoltées on ne savait où.
La panthère banda ses muscles, sa fourrure se dressa automatiquement.
Le lapin s'immobilisa, son instinct lui soufflant qu'un danger était imminent.
Elle bondit sans bruit, il voulut détaler, deux énormes pattes s'abattirent contre son dos fragile. Des crocs luisants se refermèrent sur son cou et les os craquèrent. La peau transpercée laissa s'échapper quelques gouttes de sang.
La proie dans la gueule, le félin avisa le tronc d'arbre le plus proche et sauta à la verticale, toutes griffes dehors pour s'accrocher à l'écorce. En quelques secondes, il fut étendu sur une branche solide, qui pouvait supporter ses soixante-dix kilos. Le prédateur se lécha les babines, et s'appliqua à arracher le doux pelage de la chair. Son museau se pressait contre la viande encore chaude, son noir immaculé se parsemait de quelques gouttes de sang frais. Il ne lui fallut que quelques minutes pour faire du lapin un tas d'os blancs et un morceau de fourrure sans vie. Satisfaite, la panthère remua les moustaches en ronronnant puis entreprit de faire un brin de toilette, nettoyant son pelage à grands coups de langue. Elle contempla le parc depuis sa hauteur un bon moment, sans arrière-pensée. Sa faim avait été satisfaite.
Sa queue remua. Elle secoua la tête, gênée. La bête se redressa sur les pattes antérieures, les oreilles couchées en arrière.

Un instant après, la panthère avait disparu, remplacée par une Rose aux yeux écarquillés, en équilibre instable sur une branche d'arbre. Elle poussa un cri de stupéfaction qui résonna dans les airs. Elle eut le réflexe d'empoigner l'arbre et regarda brièvement en bas.
Mais qu'est-ce qu'elle faisait ici ?
Transie de froid, elle grelottait l'air était vraiment frais. Reprenant peu à peu ses esprits, elle observa les alentours, ne comprenant pas comment elle avait pu monter là-haut. Ses yeux se posèrent sur les restes d'un animal, des os et de vagues morceaux de pelage. Son cœur se souleva et elle dut détourner le regard.
Pourquoi était-elle perchée sur une branche à environ trois mètres du sol, glacée, assise à côté des restes d'un mammifère, sans aucun souvenir ? Avait-elle eu une absence ?
Rose ne voyait que ça. Le froid la rappela à la raison : il fallait qu'elle rentre au chaud.
Enfin, avant ça, il fallait qu'elle descende de son perchoir. Elle soupira. C'était vraiment haut et il n'y avait aucune autre prise. Elle fronça les yeux pour réfléchir un instant. Qu'avait-elle lu sur les panthères ?
C'était de très bons grimpeurs. Ceci pouvait expliquer cela. Décidant de risquer le tout pour le tout, elle ferma les yeux et se transforma. Ses yeux d'animal se posèrent sur les os du lapin, mais aucun souvenir ne lui revint. Se rappelant qu'elle devait descendre, elle avança une patte sur le tronc, puis se laissa guider par son instinct.
Elle toucha le sol sans un bruit, laissant à peine une marque sur le sol blanc. Toujours transformée, Rose sortit de la forêt et se dirigea d'un pas décidé vers le manoir. Reprenant forme humaine, elle entra par la porte de la cuisine, l'air toujours perdue. L'elfe qui s'y affairait se retourna pour présenter son respect à sa maitresse. Il suspendit son geste, comprenant que quelque chose n'allait pas. Il appela du renfort, presque affolé.
L'héritière fut rapidement entourée, de domestiques et d'elfes de maison qui lui demandaient ce qui lui arrivait, pourquoi elle avait disparu si longtemps.

- Je ne sais pas.

Ce fut sa seule réponse son esprit était toujours plongé dans un épais brouillard. Marine prit les choses en main, et se chargea de guider Rose jusqu'au salon, où elle l'installa dans son fauteuil près du feu et la couvrit d'un plaid épais. Sans faire de commentaire, elle resta auprès d'elle et attendit que la jeune fille dise quelque chose.

- Je crois que j'ai eu une absence, annonça-t-elle après quelques minutes à fixer les flammes.

La servante la regardait, attendant une suite.

- Ou alors je me suis endormie, je ne sais pas, hésita Rose.

Elle venait de reprendre pied avec la réalité. Elle ne pouvait pas raconter ce qui venait de se passer. Ce dont elle se doutait, même si c'était impossible. Alors Rose releva la tête et fit un sourire engageant à sa domestique.

- Me feriez-vous le plaisir de me faire porter un chocolat chaud à la table ? déclara-t-elle finalement.

Rassurée de sa réaction, Marine sourit en retour et s'éclipsa.
Une fois seule, Rose réfléchit encore. Elle était à la mare. Son corps lui sommait de se transformer pour aller chasser les poissons qui circulaient dans l'eau froide. Elle était revenue à elle au sommet d'un arbre, entourée de restes d'animal. Sans souvenir.
Elle fronça les sourcils une nouvelle fois.
De voir une proie potentielle lui avait fait perdre le contrôle et l'Animagus avait pris le dessus. S'il voulait chasser, il ne s'était pourtant pas jeté à l'eau c'est du moins ce que Rose présumait, sinon elle aurait été mouillée. Pour une raison ou une autre –certainement parce qu'il n'aimait pas l'eau, il avait changé d'avis et s'était dirigé vers la forêt pour attraper un mammifère. Comme toute panthère qui se respecte, elle était montée dans un arbre pour manger tranquillement. Tout collait.
Sauf que Rose ne se souvenait pas de la moindre seconde qui avait succédé la transformation. Et ça, ce n'était pas à proprement parler normal. Secouant la tête, elle tenta de trouver une explication.
Un manque de contrôle de ses instincts animaux ? Elle n'y avait jamais vraiment eu affaire, alors après tout pourquoi pas. Si la vue d'une bête vivante lui donnait subitement faim, elle pouvait comprendre. Il fallait qu'elle apprenne à maîtriser ces pulsions elle ne pouvait pas non plus se permettre de chasser tout ce qui bougeait.
Secouant la tête, elle se leva et resserra la couverture autour de ses épaules pour aller dans la salle à manger, où l'attendait déjà une tasse fumante.
Alfred fit irruption alors qu'elle venait de s'asseoir.

- Miss Wayne, voici votre courrier.

Il déposa deux enveloppes et un magazine sous emballage devant elle. Elle lui sourit et le remercia. Le majordome avait presque disparu quand elle le rappela :

- Alfred ? Voudriez-vous m'apporter du parchemin, de l'encre et une plume s'il vous plait ? Je pense m'occuper de mon courrier ici.

- Bien Miss.

Le vieil homme s'éloigna rapidement, puis revint quelques instants après avec ce que Rose lui avait demandé.
Une fois seule, la jeune fille mit par écrit ce que venait de lui arriver. Elle décrivit chacun de ses souvenirs, aussi précisément que possible. Juste au cas où. Tout en goûtant sa boisson, elle déplia la première lettre. Elle était de Derek, qui lui racontait son retour chez lui, ses petites sœurs qui ne le lâchaient jamais, son père et son travail au Ministère. Elle sourit en lisant que les plus jeunes des sœurs réclamaient le Père Noël à corps et à cri depuis trois semaines. Rose pensa lui répondre dans la soirée, et se préoccupa de l'autre missive. Une écriture masculine, un peu négligé, spontanée. Dès les premiers mots, Rose put identifier son émissaire.

« Rose,

Je suis incapable de rester quinze jours sans avoir de tes nouvelles, alors j'ai décidé de t'écrire.
Mes parents m'ont déjà embarqué aux Pays-Bas pour les fêtes de Noël. J'ai retrouvé tout un tas de personnes, et honnêtement je suis doué : j'avais retenu la moitié des prénoms depuis la dernière fois. »

Son amie sourit, amusée.

« J'espère que tu es bien rentrée dans ta (grande) maison, et que tu as retrouvé tous ces gens qui font les chose à ta place. Demande-leur de t'apprendre deux-trois choses, ça pourrait servir… demande-leur aussi de te faire des plats hyper caloriques, peut être que ça marcherait… Enfin arrête-toi de manger quand tu auras du mal à passer les portes ! »

Un rire lui échappa.

« En tout cas, donne-moi de tes nouvelles, raconte-moi ce que tu fais, qui tu vois. De mon côté, je travaille beaucoup pour les ASPIC. Ma famille me surveille !
Normalement nous repartons de Maastricht après Noël, pour aller fêter le jour de l'an dans la famille de ma mère, en Espagne. J'espère qu'il y fera un peu plus chaud qu'ici !
Je pense beaucoup à toi, bien sûr, je n'oublie pas, malgré les vacances et les révisions permanentes, que tu as un choix à faire. J'ai été vraiment content que l'on puisse se retrouver seuls tous les deux avant le voyage dans le Poudlard Express.
Ne m'oublie pas et n'attrape pas froid,

Bises,

William.

Ps : tu remarqueras comme j'ai subtilement demandé si tu avais vu Zabini… »

Rose sourit en reposant le papier. Elle s'était doutée que William ne résisterait pas à la tentation de lui donner de ses nouvelles. Contente qu'il l'ait fait, elle feuilleta distraitement son magazine géographique Excursions Magiques. La jeune fille arrêta sa lecture en plein milieu d'un article sur les vertus magiques des poils de koalas australiens une fois trempés dans la confiture d'airelles et releva la tête brusquement. Elle venait de se souvenir de quelque chose qu'elle devait faire.

Éclaircir le mystère des lettres de Blaise. Celles qu'il avait envoyées au Manoir l'été dernier et qui lui étaient systématiquement revenues. Rose prit la décision d'aller interroger Alfred, puisque c'était lui qui était en charge de la réception et de l'envoi du courrier.
Elle repoussa sa chaise d'un air résolu et prit la direction de l'office près de l'entrée où le majordome était souvent, à gérer le bon fonctionnement du Manoir. Elle frappa deux coups contre la porte et attendit qu'on l'invite à entrer.

- Miss Wayne ? s'étonna l'homme. Je vous en prie, entrez. Que se passe-t-il ?

Rose s'assit sur une chaise après l'avoir invité à se rasseoir et fronça les sourcils.

- Je voulais vous entretenir au sujet du courrier.

Surpris, le domestique attendit en la regardant qu'elle continue.

- Cet été, des amis m'ont envoyé des lettres. Je ne les ai jamais reçues, et surtout, cet… enfin, ces amis, ont vu leur courrier réapparaitre chez eux.

Elle fit une pause et croisa les jambes.

- Vous voyez, comme si quelqu'un avait intercepté mon courrier et l'avait renvoyé aux émissaires pour me le cacher.

Alfred eut un air scandalisé. Rose coupa court en précisant :

- Sachez bien que je ne vous accuse de rien. Seulement je trouve cela étrange : ce n'est pas comme si le Manoir était impossible à trouver pour un hibou.

Elle fit une pause, puis reprit dans un souffle en fixant le servant droit dans les yeux :

- Alfred, avez-vous reçu l'ordre d'intercepter certains de mes courriers pour m'empêcher d'y accéder ?

Son regard était tout ce qu'il y a de plus sérieux.

- Jamais de la vie, Miss Wayne.

Le ton du majordome était empli de sincérité.

- Je n'ai reçu aucun ordre de ce genre de la part de votre père, je vous en donne ma parole.

Rose eut un sourire bref. Il venait exactement de lui confirmer ce dont elle se doutait : son père était mêlé à cette histoire. Elle se détendit et se laissa aller contre le dossier en soupirant.

- Allez savoir pourquoi il a fait ça… il n'était même pas là cet été. A-t-il été informé de l'identité de mes correspondants ? tenta Rose.

L'homme secoua la tête.

- Je n'en ai pas la moindre idée, Miss. Je ne vois pas par qui, surtout.

- N'importe lequel d'entre vous, après tout c'est lui le patron. Vous n'avez aucun intérêt à lui désobéir, et ce n'est pas moi qui vous dirais le contraire.

Le majordome s'autorisa un soupir.

- Je ne peux que vous conseiller d'attendre son retour et de le lui en parler directement, Miss Wayne.

Elle acquiesça en silence, les yeux dans le vague. Elle pressentait une nouvelle dispute qui allait faire trembler les murs du Manoir. Souriant un peu, elle remercia Alfred et prit congé de lui. Avant de sortir, Rose s'arrêta brutalement à la porte et murmura :

- Savez-vous quand est-ce qu'il rentre ?

- Pour le réveillon de Noël si ses projets sont toujours les mêmes, répondit l'homme d'une voix calme.

Elle hocha la tête puis sortit définitivement. Rien de mieux qu'une dispute le jour de Noël pour se mettre en forme.

L'avant-veille de Noël, Rose fit une nouvelle découverte liée à son Animagus lors de sa promenade matinale dans le parc du Manoir.
Depuis son enfance, il y avait toujours eu quatre, voire cinq molosses qui trottinaient dans les allées, fidèles gardiens du domaine Wayne. Les bêtes n'avaient pas le droit d'entrer dans la maison, mais elles en connaissaient bien les résidents et s'étaient toujours montrées affectueuses envers l'enfant qui s'amusait parfois avec eux.
Ce matin-là donc, Rose décida de s'arrêter au chenil pour voir les chiens. Alors qu'elle s'approchait sans crainte –il n'y avait aucune raison d'avoir peur, le plus jeune d'entre eux se mit à grogner. Rien d'étonnant après tout, étant arrivé il y avait à peine quelques mois, il n'était pas vraiment familier avec Rose. Ce qui la surprit le plus, c'est que les autres la fixèrent à leur tour, muets mais les babines retroussées. Leurs crocs n'avaient rien à envier à ceux de son félin Animagus. De toute évidence, ils ne la reconnaissaient pas. Estomaquée, la jeune fille s'immobilisa à quelques mètres d'eux. Ils étaient dans leur enclos, mais le portail n'en était pas fermé, pour qu'ils puissent circuler librement.
Rose n'avait jamais eu peur d'eux. Toutefois, il y en avait cinq, ils lui arrivaient tous à la taille et, cela va sans dire, ils étaient bien plus puissants qu'elle, panthère noire ou pas. Le plus jeune continuait sa litanie, les autres la fixaient aucun ne bougeait. Une seule erreur de la part de la sorcière et il était fort probable qu'ils la coursent. Et ils étaient rapides.
Alors la jeune Wayne fit ce qu'on lui avait appris : elle détourna le regard pour ne pas leur sembler menaçante et leur présenta le dos de sa main, même s'ils étaient à plusieurs mètres de distance.

- Salut les chiens.

Elle s'efforçait d'avoir un timbre normal et une voix douce.

- Je suis Rose. On se connait depuis longtemps, vous et moi.

Le silence se fit dans l'enclos, le jeune s'était tu. L'héritière continua sur sa lancée, et débita phrase sur phrase au hasard et dans un complet désordre, pourvu qu'ils entendent le son de sa voix. Elle sut qu'ils n'attaqueraient pas dès que les crocs du plus âgé, le chef de meute, disparurent. Il avait reconnu sa voix, et peut être que les autres aussi mais il y avait quand même quelque chose qui les perturbait.
Rose leur jeta un autre coup d'œil : les chiens étaient plus détendus et ne paraissaient plus menaçants, mais ils restaient sur leurs gardes malgré tout.
Comprenant qu'elle ne pourrait rien obtenir de plus, la Serdaigle fit deux pas légers vers l'arrière, sans cesser de parler. S'ils étaient momentanément inoffensifs, les molosses n'en restaient pas moins méfiants. Bientôt Rose put s'éloigner encore, et dès qu'elle fut certaine de pouvoir leur tourner le dos, elle fit demi-tour pour rentrer au Manoir. Elle jeta de fréquents coups d'œil en arrière, et put voir cinq silhouettes se détacher sur la neige, tournant autour de leur chenil, flairant les traces d'un félin étrange. Puis le bâtiment disparut de son champ de vision et Rose put rentrer par la porte de derrière et déboucha dans les cuisines.

Une fois dans le salon, elle se laissa tomber dans un fauteuil et appuya sa tête dans la paume de sa main. Toujours sous le choc le temps de traverser le parc, ses muscles se détendirent brutalement et elle se mit à trembler violemment.
Ses chiens avaient failli l'attaquer. Ceux avec qui elle jouait dans le parc. Ceux qui la protégeaient, envers et contre tout.
Parce qu'elle avait changé, parce que son essence était différente. Parce que son ADN n'était plus entièrement humain, qu'il partageait le corps de Rose avec celui d'un animal.
Elle conclut que les chiens haïssaient définitivement les félins.
Et vu leur nombre et leur taille, ce n'était pas elle qui allait essayer de les contredire.

Et ce fut le 24 décembre. Rose était auprès d'Olivia quand elle entendit une voiture approcher, s'arrêter, le moteur tournant toujours. Elle sut instantanément que son père était revenu, comme il l'avait annoncé à Alfred.
Sa nourrice l'entendit soupirer et murmura :

- Essaie de rester calme. Ne l'agresse pas d'entrée de jeu.

Rose lui jeta un regard tranquille, souriant un peu.

- Je ferai un effort, promis.

Olivia lâcha sa main et tourna la tête vers la porte. Le patriarche s'y tenait, comme hésitant à entrer.

- Alfred m'a dit que je te trouverai là, lança-t-il à sa fille.

Il fit quelques pas pour s'approcher d'elles.

- Bonjour, père.

- Bonjour Rose. Olivia, ajouta-t-il en adressant un signe de tête à la malade. Comment vous sentez-vous ?

La gouvernante sourit.

- Plutôt bien aujourd'hui. On dirait bien que j'ai droit à une trêve de Noël !

Les lèvres d'Erwan s'étirèrent en un sourire. Rose ne savait pas vraiment comment se comporter. Elle n'allait pas directement déclencher une bagarre, elle avait promis à Olivia. En même temps, la jeune fille n'en avait pas vraiment envie, et sans savoir pourquoi, elle était soulagée, voire satisfaite de voir son père. Alors elle préféra se taire et attendre la suite.

Ils déjeunèrent ensemble, seuls, face à la grande baie vitrée. Le silence fut complet pendant quelques minutes, père comme fille ne prenant pas la parole peut-être chacun attendait que l'autre le fasse.

- Alors Rose, comment s'est passé ton semestre ? demanda finalement son père.

- Bien, répondit-elle posément.

- J'ai entendu parler des nouveaux règlements imposés par le Ministère. Est-il vrai que c'est l'une de leurs employés qui a tout mis en place directement depuis le château ?

Sa fille acquiesça, un air pincé sur le visage.

- Elle s'est nommée elle-même Grande Inquisitrice de Poudlard. C'est elle qui fait figure d'autorité maintenant.

Erwan posa ses couverts sur son assiette vide et posa son menton contre sa main.

- Qu'a-t-elle fait finalement ? Je n'ai entendu que des rumeurs, rien de concret.

Rose fit la moue, puis expliqua les actions de Mme Ombrage à son père, passant des décrets les plus infimes aux inspections imposées aux professeurs. Il l'écoutait sans faire de commentaires, les sourcils froncés. Elle finit par l'obligation de dissolution de tous les groupes, organisations, associations d'élèves…, passant sous silence l'Armée de Dumbledore. Erwan eut un air vraiment surpris et commenta d'un simple :

- Finalement le Ministère réussit à contrôler Poudlard…

Il soupira.

- J'espère que ça ne durera pas longtemps. Dumbledore ne se laissera pas faire.

Rose haussa les épaules.

- Pour l'instant, il n'a rien fait. Enfin, nous ne sommes pas encore coupés du monde, alors…

- Cela m'étonne qu'elle ne contrôle pas encore vos courriers ou bloque l'arrivée des journaux puisque le Ministère a décidé de nier l'existence du Mage Noir, il devrait empêcher de nouvelles informations d'arriver…

Sa fille le fixa un instant, puis se lança, très calme.

- Tu devrais leur suggérer l'idée. Précise que tu as déjà testé cette méthode dans ton propre foyer, ça les rassurera.

Interloqué, son père ne répondit pas. Il semblait chercher dans sa mémoire de quoi son enfant pouvait bien parler. Sa bouche qui murmura un léger « oh » arracha un sourire amer à Rose. L'homme leva aussitôt les mains en signe de défense.

- S'il te plait, ne t'énerve pas.

Elle secoua la tête.

- Je ne m'énerve pas. J'aimerais comprendre pourquoi tu as fait ça.

Erwan la regarda un instant sans rien dire, ce qui permit à Rose de clarifier –si besoin était.

- Pourquoi est-ce que tu as empêché des lettres de me parvenir l'été dernier ? Et qui le faisait, si ce n'était pas Alfred ?

Les épaules de l'homme d'affaires s'affaissèrent comme il capitulait. Ses yeux se plantèrent dans ceux de sa fille.

- J'ai jeté des sorts autour du domaine, notamment en ce qui concerne le courrier. Les lettres inhabituelles étaient stoppées et renvoyées à leur émetteur après contrôle par les elfes de maison.

Rose attendit sagement la suite.

- Je voulais contrôler l'identité d'expéditeurs inconnus. Depuis le retour –hypothétique ou non, de Tu-Sais-Qui, j'ai pris certaines précautions autour du Manoir.

Il grimaça, chose inhabituelle face à Rose.

- Pas uniquement à cause des évènements de cet été. Je l'ai aussi fait pour te protéger, depuis que tu es devenue…

- Différente ? proposa sa fille sans animosité.

Son père s'autorisa un léger sourire. Il voulait éviter de prononcer directement le mot, par peur que ça ne sorte de l'enceinte de la propriété, mais il ne savait pas comment Rose le prendrait. Elle n'avait pas l'air de chercher la bagarre, pour la première fois depuis de longues années. Peut-être que cette fois, ils allaient se comprendre…

- Tu ne veux pas dire le mot hein ? lança-t-elle d'une voix un peu plus sèche.

Erwan leva de nouveau les mains pour l'apaiser.

- Si tu as lancé des sorts à la maison, il n'y a pas de raison de t'inquiéter, trancha-t-elle.

Il hocha la tête, abdiquant devant l'argument.

- Depuis que tu es devenue un Animagus, j'ai préféré prendre l'initiative de contrôler ton courrier, pour éviter que des personnes étrangères n'apparaissent subitement dans ta vie.

- Je sais précisément quelles sont les seules personnes qui savent, et tu les connais toutes également. Je ne vois pas comment cela pourrait arriver aux oreilles de quelqu'un d'autre, ni pourquoi on m'enverrait du courrier.

Son père hocha la tête, puis se leva.

- Suis-moi. Je veux te montrer quelque chose.

Rose leva les sourcils, étonnée, puis suivi son paternel. Ils montèrent à l'étage et rejoignirent le bureau d'Erwan. La porte s'ouvrit automatiquement lorsqu'il posa sa main contre le panneau en bois, et ils entrèrent. L'homme se dirigea vers une étagère remplie de livres, semblant en chercher un en particulier. Sa fille restait plantée en plein milieu de la pièce, observant avec minutie certains détails que sa mémoire avait oubliée depuis le temps. Cela faisait des années qu'elle n'était pas entrée ici.
Elle se retourna en sentant une présence près de son épaule. Son père lui sourit, puis alla vers le bureau, et y étala plusieurs parchemins. Tous étaient calligraphiés à l'encre noire, et le sceau qui composait la signature semblait familier à Rose, sans qu'elle ne parvienne à le reconnaître. Il y avait quatre lettres en tout. Son père ne l'invita pas à les lire, mais il lui fit un résumé de leur contenu.

Désignant celle le plus à gauche, il expliqua :

- C'est la première qu'ils nous ont envoyée. Ils venaient juste de commencer à recruter des sorciers de haut rang. Regarde bien la signature.

Rose se pencha plus en avant et examina le sceau, qui n'était autre qu'un dessin : une tête de mort crachant un serpent par la bouche. Elle se redressa, effarée.

- Tu-sais-qui ? souffla-t-elle.

Erwan acquiesça, puis pointa du doigt la deuxième et la troisième.

- Dans celles-ci, ils sont plus agressifs. Ils nous conseillent de les rejoindre afin de montrer au monde qui sont les vrais sorciers, qui sont ceux qui méritent de vivre.

Rose s'assit, lisant quelques passages des parchemins.

- Dans la dernière, ils expliquent qu'ils ne nous demanderont plus de les rejoindre, mais que nous ne sommes plus considérés comme Sang-Purs, et que par conséquent, notre famille et notre maison seront sous permanente menace, à moins bien sûr qu'on ne change un jour d'avis.

Sa fille, bouche bée, ne parvenait pas à parler correctement.

- Mais comment ? Qu'est-ce que…

- Nous n'avons jamais répondu.

Elle le regarda, toujours sous le choc.

- Mais comment est-il possible que… enfin qu'ils…

- Ne nous aient pas tués ?

Son père soupira et s'appuya contre le bureau.

- Je suppose qu'ils avaient leurs informations ils devaient savoir que nous n'étions pas non plus du côté de l'Ordre du Phénix, alors ils n'ont lancé aucune attaque contre nous.

Rose buvait ses paroles.

- Ils avaient plus urgent à régler. Nous ne représentions aucune menace pour eux. Ta mère était scientifique et était loin, très loin de ce monde-là. Je ne me sentais pas vraiment impliqué non plus.

Il lui lança un regard.

- Et après tout, peut-être avons-nous été épargnés parce que nous étions bien protégés. Qui sait.

L'Animagus assimilait les informations. Ses parents avaient été sollicités par le Mage Noir en tant que sorciers de Sang-Purs et ce, dès le début de la guerre. Comme ils n'avaient donné aucune réponse et qu'ils ne représentaient pas des ennemis, on leur avait laissé la vie.

- Pourquoi est-ce que vous ne vous êtes pas battus ? murmura enfin Rose. Pourquoi avoir fui ?

Le regard d' Erwan se perdit au loin, contemplant les étendues de neige par la fenêtre.

- Ce n'était pas notre combat, répondit-il d'une voix douce. Ta mère travaillait depuis quelques années sur un virus d'un nouveau type, et je commençais à me faire un nom parmi les entrepreneurs américains. J'ai essayé de persuader ta mère de fuir aux États-Unis, mais elle n'a jamais voulu.

Il eut un sourire nostalgique.

- Puis, quand elle est tombée enceinte, elle a accepté mon idée et elle a suspendu ses recherches. Nous sommes partis quelque temps dans un autre pays.

Rose fixait son père, abasourdie.

- Je ne suis pas née en Angleterre ?

Il secoua la tête.

- Non. Mais tu es de nationalité anglaise : un simple de sort de Confusion.

- Pourquoi est-ce que personne ne me l'a jamais dit ? murmura-t-elle.

- Je suis désolé, lui répondit-il sur le même ton. Nous étions les deux seuls au courant, et après coup, une fois le Mage Noir vaincu, cela ne me paraissait plus si important.

Rose lui lança un regard outré.

- Mais je trouve ça important ! Où suis-je né ?

- Une fois que je me suis retrouvé seul, je n'ai plus voulu évoquer ces souvenirs. C'est une erreur de ma part, je le reconnais. Nous avions quitté l'Europe, et tu es né en Nouvelle-Zélande.

La Serdaigle ne savait plus quoi dire.

- Tu n'y as passé qu'un an et demi environ, et nous ne sommes pas beaucoup sortis. Ils n'avaient pas d'emprise sur cette partie du monde, du moins pas encore.

Elle digéra ces nouvelles informations. Bon, après tout… au moins c'était original… Elle soupira.

- Je suis désolé de ne pas te l'avoir dit plus tôt. Je ne savais pas vraiment comment m'y prendre en fait… avoua-t-il. Tu as fait tes premiers pas là-bas.

Son père la regardait, semblant craindre un accès de rage. Finalement, elle redressa la tête et le regarda.

- Quel est le rapport avec mon courrier ?

- Je me demandais quand tu allais poser la question, répliqua-t-il en souriant. De toute évidence, Tu-Sais-Qui est de retour n'est-ce pas ? Je ne sais pas comment il compte s'y prendre maintenant, mais je voulais éviter que ça ne recommence. Et surtout que tu en fasses les frais. Non contente d'être une sorcière de Sang-Pur, tu possèdes à présent des capacités qui te rendent encore plus… spéciale.

Elle hocha la tête, satisfaite de l'explication. Puis…

- Attends, attends…

Rose se leva pour lui faire face.

- Blaise Zabini ? Une menace ? Pourquoi ?

Son père eut l'air sincèrement étonné.

- C'est un Zabini… Tout le monde sait que leur situation n'est pas claire et il est à Serpentard. C'était suffisant pour moi. Il a envoyé plusieurs lettres…

- Mais c'est mon ami !

- Ton ami ? Mais… tu ne peux pas être amie avec une telle personne. Je sais qu'il fréquente de près Drago Malefoy. C'est dangereux pour toi.

- Comment peux-tu dire ça ? Tu ne le connais même pas…

Elle marqua une pause, pensant à une chose.

- Tu n'as pas lu les lettres ? souffla-t-elle.

- Non. Les elfes les ont ouvertes pour en vérifier le contenu, mais rien n'était préoccupant, alors ils ne m'en ont pas communiqué le contenu.

- Pourquoi ne pas me les avoir données alors ?

- Un Serpentard, Rose !

Elle soupira.

- Il n'est pas comme ça.

Le regard de son père était très sérieux.

- Je sais que tu ne m'écouteras pas, mais s'il te plait, Rose. Garde en tête que c'est un Serpentard. Il peut retourner sa veste à tout moment. Il pourrait vendre l'information à ton sujet. Et ce serait très dangereux pour toi.

Sa fille redressa la tête et le fixa.

- Je prends le risque, annonça-t-elle. Je n'arrive pas à croire que tu aies fait ça. A l'avenir s'il te plait, ne fais plus bloquer son courrier.

Erwan opina de la tête, puis se tourna vers son bureau pour replier les lettres. Rose le regarda faire, puis lança :

- Pourquoi les avoir gardées ?

- Je m'étais promis de te les montrer, le jour où tu serais prête. Avec la situation actuelle… je comptais le faire demain, en fait, répondit-il sans se retourner.

- Merci.

Son père se figea et pivota lentement. Sa fille regardait par la fenêtre, les mains croisées dans le dos. Son visage se reflétait dans la vitre, et elle ne semblait pas en colère. Il sourit, content qu'elle ait enfin muri.
Ils sortirent du bureau et Rose se dirigea vers la bibliothèque, l'esprit un peu ailleurs. Finalement, elle entra et s'installa à la table qui y trônait. Elle attrapa un parchemin, une plume et de l'encre, décidant d'écrire à Blaise.
Elle raconta sans trop de détails que c'était son père qui avait fait intercepter ses lettres de l'été dernier, s'excusant mentalement de rejeter l'entière faute sur son paternel. Elle le faisait vraiment passer pour un homme intransigeant et rigide, mais c'était l'unique moyen de donner une excuse valable au Serpentard sans tout lui raconter. Rose soupira pour la vingtième fois de la journée, puis cacheta son courrier et descendit le glisser dans la boîte qu'Alfred avait prévue pour le courrier à envoyer. Un livre sous le bras, elle rejoignit le salon où elle savait que son père se trouvait. S'installant dans son fauteuil favori, une couverture sur les jambes, Rose lança un regard à l'homme assis sur le canapé. Il lui sourit avec douceur sa fille le fixa, puis sourit en retour, et se plongea dans son livre sans mot dire.
Trêve de Noël.
Rose sourit à cette pensée.

Finalement, au réveillon de Noël, ils ne dînèrent que tous les deux. Minerva était bien entendu à Poudlard, et Olivia ne pouvait pas quitter sa chambre. Ils parvinrent à communiquer, lui parlant de son travail lorsque Rose posait des questions, et elle de son école et des conséquences des décisions du Ministère, principale nouveauté à Poudlard. Ils en vinrent à parler de l'orientation de Rose, qui ne savait pas vraiment ce qu'elle aimerait faire comme métier. Et ils tombèrent d'accord pour dire que, même si la vie ne s'arrêtait pas, le retour du Lord Noir allait influencer toute leur vie future. Du moins, à partir du moment où le Ministère admettrait qu'il était de retour.
La Serdaigle donc, ne put affirmer qu'une chose : elle allait arrêter la Botanique et l'Astronomie. Les matières qu'elle souhaitait continuer étaient les Sortilèges, les Métamorphoses et les Défenses contre les forces du mal –si elle réussissait à l'examen. Pour le reste, elle ne savait pas encore. Son père approuva ses choix, sachant ses forces et faiblesses dans les matières enseignées par Poudlard.

Le dîner fut excellent, et se termina par un thé chaud et des biscuits secs, dans le salon devant le feu brûlant de la cheminée. Erwan eut le privilège de voir sa fille rire de bon cœur à certaines de ses anecdotes ils n'avaient pas pu se parler comme ça depuis des années. Rose était entrée dans l'adolescence dès sa première année de Poudlard, et sa rébellion envers son père avait été violente. Il espéra que sa bonne humeur ne fut pas qu'une trêve, et qu'elle allait durer. Sa fille lui manquait, même s'il n'était pas toujours attentif, ni très présent.
Ils se quittèrent vers 23h passées, et avant d'aller se coucher, la jeune fille fit un détour par la chambre d'Olivia. Sa gouvernante dormait, les machines émettaient leurs habituels bruits réguliers. Rose referma la porte et se dirigea vers sa chambre, soudainement fatiguée. Elle se mit en pyjama et se roula en boule sur son lit. Malgré sa fatigue, elle n'arrivait pas à trouver le sommeil, préoccupée par des milliers de choses. Soupirant, elle se transforma en panthère sans attendre. Le sommeil l'emporta rapidement.

Le lendemain matin, elle fut réveillée par la voix chantante de Marine qui entrait dans sa chambre :

- Miss Rose ! Joyeux Noël !

L'employée de maison ouvrit les rideaux pour laisser entrer une lumière très blanche.

- Monsieur votre père est dans le couloir, il n'ose pas…

Les yeux de la jeune femme s'écarquillèrent. Ce n'était pas Rose qui lui faisait face, mais une panthère. Elle reprit rapidement ses esprits, semblant gênée.

- Veuillez me pardonner, je ne suis pas habituée à vous voir ainsi…

L'animal la regarda tranquillement, puis s'étira et tourna la tête vers la porte. Un instant après, le battant était poussé et Erwan fit quelques pas à l'intérieur.

- Est-ce que tout va…

Il suspendit sa phrase en voyant une panthère sur le lit. Enfin, sa fille. L'homme fit quelques pas en avant, mais ne put s'approcher plus de la panthère : un « plop » et Rose était de retour.

- Bonjour. Joyeux Noël, lança son père avec un sourire timide.

- Bonjour père. Joyeux Noël à toi aussi, répondit-elle en souriant.

Il n'osait pas s'approcher plus du lit.

- Tu dors souvent comme ça ?

- Oui. Ça m'empêche de rêver.

Erwan lui lança un regard inquiet qu'elle ne vit pas. Il quitta la chambre pour lui laisser le temps de se lever et de se préparer à descendre prendre le petit-déjeuner.
Elle le rejoignit donc dans la salle à manger et s'installa face à lui.
Son père lui posa quelques questions à propos de son Animagus, les effets que cela faisait, il demandait toutes sortes de détails. Rose lui répondit avec plaisir, ravie qu'il s'intéresse autant à elle.
Père et fille passèrent la journée plus ou moins ensemble, dont quelques heures au chevet d'Olivia qui semblait plutôt en forme. Ils se promenèrent également dans le parc, où Rose raconta l'épisode avec les chiens de garde qui ne l'avaient pas reconnue. Son père fronça les sourcils et se jura de faire enfermer les chiens chaque fois que sa fille mettrait un pied dehors.

Rose passa le début de la soirée seule à seule avec Olivia, lui racontant son étonnement et son ravissement de s'être rapprochée de son père. L'absence de dispute l'avait déconcertée, puis en réfléchissant, elle s'était dit que finalement, elle n'avait pas besoin de ça pour que son père l'écoute. Elle se sentit un peu injuste envers lui, envers ce qu'elle lui avait fait subir ces dernières années, même si au fond d'elle, Rose lui en voulait encore un peu, à cause de tout ce qu'il avait caché, de tout ce qu'il n'avait pas fait, de ses absences. Mais plus au point de faire trembler les murs à force de hurler.

Le lendemain de Noël, elle reçut une lettre de Blaise.

« Rose,

Joyeux Noël !
Ta lettre a enfin éclairci le plus grand mystère de tous les temps… en espérant que celle-ci te parvienne sans encombre !
Nous aurions dû nous douter que ton père serait un peu protecteur. »

Rose sourit devant l'euphémisme. Blaise savait parfois faire preuve d'une mesure exceptionnelle.

« Tu dis avoir beaucoup de neige chez toi, je ne sais pas exactement à quoi ressemble ta région, mais j'imagine qu'il doit faire froid ! Ne gambade pas trop dans la neige…
Pour te répondre, je passe également de bonnes vacances. J'ai retrouvé une partie de ma famille, qui est venue pour fêter Noël. Ça s'est bien passé, et comme promis j'ai aidé ma mère ce n'était pas de tout repos ! Mais c'était quand même amusant, même si je dois avouer qu'il me manquait quelqu'un : toi. Je m'ennuie de te voir, et c'est bien la première fois que j'attends avec autant d'impatience la rentrée scolaire. Je m'inquiète aussi de ce qu'Ombrage va bien pouvoir nous inventer pour nous gâcher la vie… espérons que cette situation ne dure pas plus longtemps. Avec un peu de chance, elle supprimera les cours de Potions. »

Rose rit en imaginant la mine de Blaise, pleine d'espoir devant une telle perspective.

« En attendant de te revoir, je pense beaucoup à toi.

Je t'embrasse,

Blaise. »

La jeune fille replia la lettre en souriant. D'un coup, elle avait vraiment envie de retourner à Poudlard elle aussi !
Comme son père n'allait pas passer le nouvel an au Manoir, Rose contacta Derek pour lui demander si elle pouvait venir chez lui pour quelques jours, comme convenu. La réponse arriva rapidement et fut positive. Aussi, le 31 décembre au matin, Erwan et sa fille se dirent au revoir. Il partit traiter des affaires, et Rose boucla sa valise pour la banlieue de Londres. Ted l'y emmena et disparut dans la brume. La mère de Derek lui ouvrit la porte et l'accueillit avec chaleur.
Son ami la serra longuement dans ses bras, avant que la Serdaigle ne soit accaparée par les petites sœurs. Elle passa cette journée à aider Mary à préparer le réveillon, faisant régulièrement des pauses pour se consacrer aux filles, qui la sollicitaient sans cesse.
Le foyer des Dent étaient chaleureux, vivant et Rose adorait s'y plonger. Quand ils eurent quelques minutes de répit –en épluchant des pommes de terre et autres légumes, Derek et son amie purent discuter tranquillement. Il était déjà au courant pour les lettres que lui avaient envoyées William puis Blaise Rose avait préféré attendre de le voir pour lui rapporter ce que son père lui avait raconté à propos de la première guerre. Le blond l'écoutait sans l'interrompre lui aussi resta bouche bée en apprenant que Rose n'était pas née en Angleterre. Elle enchaîna sur la véritable explication des lettres de Blaise qui n'étaient jamais arrivées à Rose. Derek acquiesça en comprenant les motivations d'Erwan.

Enfin, ce fut le soir, et tout était prêt. La famille entière s'installa autour de la table, et le repas débuta. Rose devait avouer que c'était bien plus animé que le réveillon de Noël avec son père, et cela la fit sourire. Les petites faisaient sans cesse des commentaires, racontaient des histoires en tout genre, tandis que leur père souriait avec tendresse, leur mère ne tentait pas de les calmer, sachant que c'était inutile, et les deux adolescents les encourageaient en leur répondant des bêtises.
L'héritière riait beaucoup, et elle finit par s'apercevoir d'une chose : elle n'était pas venue chez les Dent désespérée et en colère comme les autres années, ou déçue du comportement de son père. Et cela se voyait dans sa façon d'agir, elle le savait. Le père de Derek prit des nouvelles d'Erwan, et aucune expression de haine ou de tristesse ne lui traversa le visage. Mary s'en rendit compte et s'en réjouit. Elle lança un sourire doux et maternel à la jeune fille, qui lui répondit aussitôt.
Minuit passa, et après s'être échangé leurs vœux de bonheur, Mary et Rose préparèrent des chocolats chauds pour tout le monde. Elles furent seules en cuisine pendant quelques minutes.

- Ça s'est bien passé avec ton père ? demanda la mère de famille.

- Oui, bien. Nous avons beaucoup discuté –sans crier, précisa Rose.

Mary lui sourit, ravie.

- C'est bien. Je suis contente pour vous.

- J'ai beaucoup parlé de l'école, des évènements récents… Il m'a raconté des choses que je ne savais pas, du temps où je n'étais pas née… c'était intéressant.

- C'est vraiment bon signe que vous arriviez à échanger sans vous disputer.

Elle versa du chocolat dans une tasse.

- Qu'est-ce qui a changé alors ?

- Moi, répondit tranquillement Rose. Avec ce qui m'est arrivé, je ne sais pas, j'envisage les choses sous un autre angle.

La jeune fille disposa les boissons sur un plateau.

- Et puis, je crois que j'en avais marre de toujours être en conflit avec mon père.

Elle sourit.

- Je ne dis pas que ce sera toujours aussi rose par contre…

L'adulte rit.

- Mais c'est déjà une belle avancée. Allez, on y va, les monstres attendent !

Rose lui sourit et la suivit, chargée d'un plateau. Les filles accueillirent le chocolat avec enthousiasme et se tinrent un peu plus tranquilles le temps de le boire. La chaleur du feu, la boisson chaude et le repas copieux eurent bientôt raison des plus jeunes : elles commençaient à somnoler sur les coussins. Les adultes les portèrent jusqu'à l'étage et les couchèrent. Ils redescendirent et se réinstallèrent dans les fauteuils.

- On les a eues, lança Stanley en riant.

- Elles sont inépuisables, fit Derek.

Rose approuva d'un signe de tête et appuya sa tête contre l'épaule du blond.

- On a eu Rose aussi, ajouta Mary.

Les hommes se mirent à rire, et finalement les adolescents décidèrent d'aller se coucher à leur tour. Ils souhaitèrent bonne nuit aux parents et montèrent dans la chambre de Derek. Ils se couchèrent en bavardant, puis s'endormirent l'un contre l'autre.

Rose resta encore quelques jours chez les Dent le 4 janvier, Terry et Lisa vinrent leur rendre visite pour la journée, fêtant les 16 ans de Rose par la même occasion. Les quatre adolescents se racontèrent leurs vacances et leur Noël. Pour la première fois depuis longtemps, l'Animagus put dire que tout s'était bien passé avec son père.

Elle quitta Londres deux jours avant la rentrée, pour repasser chez elle voir Olivia une dernière fois avant l'été et récupérer ses affaires. La Serdaigle fit sa valise avec méthode, puis passa la dernière soirée au Manoir avec sa gouvernante, profitant de sa présence.
Le matin, Ted et elle partirent tôt pour aller jusqu'à King's Cross. Elle salua son chauffeur une fois la voie 9 ¾ passée, puis monta dans le train, traînant sa grosse valise avec peine.

- Un coup de main ? proposa une voix masculine derrière elle.

Rose se retourna, tout sourire.

- Bonne année William !

- Bonne année à toi aussi ! Alors, pour la valise ?

- Avec plaisir !

Son ami s'en saisit et suivit Rose dans le couloir.

- Alors, tes vacances se sont bien terminées ? C'était bien l'Espagne ?

- C'était vraiment bien ! J'aime beaucoup l'espagnol, c'est une jolie langue. Il faisait moins froid qu'ici ! s'exclama-t-il. Et toi ?

- Très bien, très bien… je suis allée passer le nouvel an chez Derek.

Tout en discutant, ils avaient atteint le compartiment où leurs amis étaient installés. Ils se saluèrent tous avec joie, lançant déjà anecdotes et histoires à propos de leurs vacances. Comme d'habitude maintenant, Anthony et Padma ne restèrent que le temps de poser leurs valises et d'échanger trois mots avec leurs amis avant de disparaitre dans les couloirs. Rose s'installa près de la fenêtre, face à Lisa.
Le train était déjà partit depuis une heure environ, quand Tom et Jimmy firent irruption et prirent place avec eux. Les Serdaigle bavardèrent de longs instants, parlant surtout des cours qui allaient recommencer et d'Ombrage. Ils étaient tous inquiets de revenir au château. Rose finit par s'endormir, bercée par les mouvements du train et les voix de ses amis. Sa tête se posa sur une épaule, sans qu'elle ne sache à qui elle appartenait.
Ils la laissèrent dormir, et elle ne se réveilla que lorsque le chariot à friandises passa dans le couloir, sa clochette tintant jusqu'aux oreilles de l'Animagus. Elle ouvrit lentement les yeux, quittant un rêve étrange. Il y avait eu de la brume, des gens, des discussions si sérieuses, des uniformes blancs, des cages en métal...

- Bien dormi ? s'enquit une voix espiègle.

Cette voix était décidément proche, vu comme elle sonnait dans l'oreille de Rose. Elle se redressa doucement, comprenant qu'elle venait de passer un bon moment blottie contre William. Son regard tomba dans celui de son ami, et elle lui fit aussitôt un sourire coupable.

- Désolée. Je n'ai pas fait exprès de m'endormir sur toi.

- C'est ce que j'avais compris, vu la vitesse à laquelle tu t'es endormie.

Il lui fit un sourire malicieux, pas du tout gêné comme elle pouvait l'être.

- Alors, je suis confortable ?

Les lèvres de Rose s'étirèrent de nouveau.

- Je dois avouer que oui.

- Ah, un point pour moi alors.

Terry, assis en face, les regarda d'un air concentré avant de comprendre. Rose leva un sourcil et s'appuya contre le montant de la fenêtre.

- Tu tiens les comptes ? demanda nonchalamment la jeune fille.

Le septième année approuva vigoureusement.

- Tout à fait. C'est comme au Quidditch, il faut savoir combien on a de points d'avance par rapport à son adversaire.

Mandy eut un petit rire qui fit réagir Derek. La blonde clarifia :

- Je suis en train de les imaginer sur des balais, une batte à la main, et Rose en guise de Cognard. C'est tout.

Lisa rit à son tour devant le regard amusé des jumeaux. William fit mine d'être contrarié en entendant les autres commenter la discussion.

- Il n'y a pas moyen de discuter tranquillement ici, grommela-t-il.

- Tu peux sortir si tu veux, proposa Rose en désignant la porte. Reviens quand tu auras fini.

Elle réprima un sourire devant l'air outré de son ami. Jimmy salua la réplique d'un sifflement approbateur.

- Dis donc pour une maigrichonne dans ton genre, tu te défends bien, complimenta son frère.

Rose lui fit un sourire innocent.

- Embête pas trop la maigrichonne non plus, prévint Derek, un sourire aux lèvres. Elle est féroce.

Comme Terry approuvait, Tom leva les mains en signe de capitulation, faisant sourire Mandy. Rose regarda de nouveau William, qui avait les yeux pétillants. Elle changea de sujet avec habileté et le fit parler de l'Espagne, qu'il avait eu tant l'air d'apprécier. Il raconta quelques anecdotes, en faisant profiter tout le compartiment. Le chat de Lisa s'installa sur les genoux de Rose. Duke avait grandi depuis septembre dernier. Le Boursouf de Rose quant à lui, était parti s'amuser avec les jumeaux, définitivement joyeux à l'idée d'être traité comme un Souafle miniature.
Enfin, après de nombreuses heures, ils arrivèrent au château. Les Serdaigle descendirent du train et suivirent la foule des élèves pour monter dans les calèches tirées par les Sombrals. Rose frissonna en observant ces sortes de chevaux squelettiques, n'osant pas les fixer trop longtemps de peur que quelqu'un comprenne.

Le banquet dans la Grande Salle se passa sans évènement majeur, aucun nouveau décret fantaisiste ne fut annoncé, au grand soulagement des élèves qui avaient peur de ce qu'ils allaient trouver de changé au château. Rose scruta la table des Serpentard comme à son habitude et y croisa le regard de Blaise qui semblait l'attendre. Elle lui sourit avec joie, contente de le voir face à elle. Le noir répondit par le sourire qu'il lui réservait, celui que jamais il n'avait utilisé avec ses amis, même les plus proches. Celui-ci était spécial. Leur échange fut interrompu par les Serpentard de cinquième année qui demandaient son avis à Blaise, ne remarquant pas qu'il ne les écoutait pas, et ce depuis le début.
Le dîner des Serdaigle fut animé par des discussions portant sur les examens de BUSE et d'ASPIC. Mandy soupirait régulièrement de dépit : elle aurait largement préféré cancaner et colporter des ragots tout frais. Lisa la regardait et riait sous cape, pendant que son petit ami remontait ses lunettes d'un air sérieux en écoutant Tom parler des révisions pour les cours de Potions. Au dessert, Terry était parvenu à éveiller la jalousie de Derek parce qu'il regardait, d'un air un peu distrait, un groupe de garçons plutôt bruyants à la table des Poufsouffle. Un grognement réprobateur du blond fit sourire Rose, qui posa sa main sur la sienne pour le calmer. Padma, comprenant le drame personnel de Derek, se mit alors à bavarder d'un air naturel avec Terry, qui trouvait que décidément, les Poufsouffle n'avaient pas l'air malin lorsqu'ils tentaient d'attirer l'attention des filles.

Lorsque tous les élèves sortirent, dans une joyeuse confusion, Rose sentit une grande main presser la sienne durant quelques secondes. Elle releva la tête, souriante, puis aussi vite, la silhouette disparut, emportée par la foule. L'Animagus rejoignit ses amis à la hâte, et, gravissant les escaliers de leur tour, les Serdaigle retrouvèrent leur Salle Commune, et réintégrèrent leurs chambres. Les divers animaux de compagnie les y attendaient déjà, apparemment impatients de commencer un nouveau semestre à Poudlard.

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