Version corrigée en Juillet 2007

Commentaire : On revient sur les folles mésaventures d'Akihito dans ce chapitre, que j'ai pris beaucoup de plaisir à écrire. Il se passe pas mal de choses dedans, mine de rien. Je ne fais pas référence à de l'action façon « bang paf » mais plutôt à certaines révélations qui se mettent en place et je crois que certains auront sans doute envie de m'étrangler après ça, héhé.
Comment Akihito va se sortir de ce guêpier ? Moi j'ai déjà la réponse mais, comme je suis méchante, je ne vous la donnerai pas et peut-être en aurez-vous un aperçu dans le prochain chapitre.
Ah oui, désolée, mais pas d'Asami ou de Feilong dans ce chapitre.
Et pour ceux et celles qui seraient prêts à verser toutes les larmes de leur corps : non mon histoire ne se terminera pas mal, j'ai déjà fait assez fort avec Tamashii et je n'aime pas les fics où tout le monde meurt à la fin.
PS : je m'excuse d'avance envers tous les amateurs de cuisine russe, je n'ai rien contre celle-ci mais je me suis dit qu'Akihito ne pouvait que la trouver étrange.
PSbis : Ne sachant pas du tout quel titre donner à ce chapitre, celui-ci est temporaire.

Chapitre 8 : Interview With A Gangster

Akihito émergea petit à petit du brouillard dans lequel on l'avait plongé. Il parvint, en premier, à ouvrir les yeux mais il ne vit strictement rien, si ce n'était les ténèbres. L'air lui parvenait pourtant mais il ne pouvait tourner la tête pour voir d'où. Son corps entier était tétanisé et les sensations tactiles semblaient atténuées. Il percevait à peine la texture du métal contre lequel sa joue reposait. Il ne ressentait, de plus, aucune douleur alors qu'il se trouvait dans cette « boite » étroite et dans une position peu naturelle.
En raison du ruban adhésif collé sur ses lèvres, Akihito ne pouvait pas appeler à l'aide. Tout ce qu'il arrivait à produire, c'étaient des plaintes étouffées, sans aucun doute impossible à entendre à l'extérieur du coffre.
Lorsqu'il commença à recouvrir l'usage de chacun de ses sens, qui avaient été sans aucun doute endormis par la drogue, il perçut la douleur qui régnait dans ses muscles. Il était non seulement ankylosé par cette position inconfortable, mais il souffrait aussi des coups qu'il avait reçu. Il était certain que son visage ne devait plus ressembler à grand chose et qu'il devait présenter plusieurs bleus de la taille de balle de ping-pong sur les joues. Le sang qui avait coulé de son nez et de sa bouche avait séché.
Akihito essaya de bouger les jambes, afin de donner des coups dans la parois de métal, mais ce fut vain. Il lui était impossible de faire un seul geste, ligoté comme il était et enfermé dans cette malle.
La terreur commença à l'envahir peu à peu, car il se trouvait dans le noir complet, dans un endroit dénué de tout espace. Il sentait à peine ses mains, dont les poignets avaient été si solidement liés entre eux. Il se demanda si le sang pouvait encore circuler.
Essayant de résister à l'envie de pleurer, Akihito chercha des pensés apaisantes mais il n'en eut aucune à l'esprit. Qu'allait-il lui arriver à présent ? Est-ce qu'ils allaient le tuer ou pire encore ? Que pouvait-il faire ? Essayer de s'échapper ? A moins d'être un illusionniste hors pair, il ne voyait pas comment sortir de ce coffre dans lequel il était enfermé. C'était sans espoir.
De très longues minutes passèrent ainsi mais Akihito n'avait plus la notion du temps dans l'espace où il était confiné. Il lui semblait, de temps en temps, entendre des bruits émanant de l'extérieur mais il ne parvenait pas à tous les identifier. Cela ne faisait que l'angoisser un peu plus. Il ne savait pas à quoi s'attendre.

Une porte s'ouvrit non loin de lui.
Akihito tendit l'oreille, il lui sembla percevoir des bruits de pas qui s'approchaient. Son souffle s'accéléra, peut-être à la fois de panique et d'impatience. Il n'avait qu'une envie, sortir de cette boite. Peu importait ce qu'on lui ferait ensuite mais il ne voulait pas rester un instant de plus là dedans.
Le claquement métallique des verrous lui donnèrent un peu de baume au cœur et la lumière, éclatante, ne tarda pas à se déverser sur lui alors que le couvercle était soulevé.
Le photographe plissa les paupières. Il était comme un aveugle qui retrouvait par miracle la vue. L'éclat extérieur l'éblouissait.
Lorsqu'il commença à s'habituer, il ouvrit les yeux plus grand.
Iakov le dominait, avec un sourire quelque peu malveillant aux lèvres.
« - Vous êtes donc enfin réveillé ? J'espère que vous avez retenu la leçon, maintenant. »
Akihito tenta d'acquiescer, tout en sentant une sueur glacée lui couvrir la peau. Ce type semblait être le mal incarné. Il transpirait la cruauté par toutes les spores de sa peau. Voir la terreur qui s'affichait sur le visage du jeune homme semblait particulièrement lui faire plaisir.
Iakov glissa la main à l'intérieur de sa veste grise, parfaitement coupée, et en sortit un manche couleur ivoire. Une lame en jaillit dans un éclair glacé. Le russe se pencha vers Akihito, qui avait sentit son cœur faire un douloureux bond dans sa poitrine. Il regarda le couteau avec effroi.
« - Ne vous inquiétez pas. Je ne vais pas vous trancher la gorge. »
Il se mit à rire, comme s'il avait pensé à faire exactement le contraire. Il posa une main sur les jambes d'Akihito et commença à couper les liens qui les retenaient prisonnières. Cela fait, il se redressa en faisant disparaître le couteau à l'intérieur de sa veste.
« - Allez, levez-vous, » ordonna-t-il, d'un ton laissant entendre qu'il n'avait pas que cela à faire.
Avec ses membres douloureux et engourdis, ses mains toujours attachées derrière son dos, Akihito voyait mal comment procéder seul à une telle opération. Il essaya de s'asseoir mais c'était comme si son corps refusait de lui répondre.
Iakov l'agrippa des deux mains et le tira. Il ne possédait pas une carrure plus importante que celle du photographe mais il semblait posséder une force bien plus grande. Grâce à son aide, Akihito parvint à se remettre sur ses pieds et à sortir de la malle. Ses jambes tremblaient et son équilibre était précaire. Sans le soutien de son ravisseur, il ne faisait aucun doute qu'il n'aurait pas réussi à marcher bien loin.
Akihito jeta un rapide coup d'œil autour de lui. Il se trouvait dans une salle de bain, de luxe. Il y avait un lavabo et une grande baignoire. Les robinets avaient une couleur dorée du plus belle effet mais le jeune homme doutait qu'ils fussent en or.
Iakov, un bras glissé autour de sa taille pour le soutenir, le guida jusqu'à l'extérieur de la salle de bain. Ils arrivèrent dans un salon au mobilier occidental. Au milieu était dressée une table, où se trouvait un plat dont le contenu était caché par un couvercle. Etait-ce un repas qui lui était offert ? A cette pensée, il sentit la faim qui le tenaillait mais dont la sensation avait été totalement écartée par son esprit préoccupé.
Lorsqu'Akihito put s'asseoir sur l'une des chaises, face à la table, il se sentit soulagé. Il pouvait enfin reposer ses muscles tendus par l'effort de ces quelques pas. Il avait aussi une soudaine certitude. Le russe ne prendrait pas tout cette peine si son attention était de le tuer ensuite. S'il restait suffisamment prudent, il aurait une chance de ne pas aggraver sa situation.
Iakov profita du fait qu'Akihito fut assis pour lui retirer le ruban adhésif qui collait à ses lèvres. Le japonais eut un cri, car il avait eu l'impression qu'on lui arrachait la peau. Il évita, de justesse, d'adresser un regard noir au russe, qui remplissait à présent un verre d'eau claire contenue dans un pichet.
Une fois qu'il eut pu se désaltérer au verre tendu par Iakov, Akihito releva les yeux sur son ravisseur, essayant de deviner ses intentions derrière son visage faussement aimable. Puis, après un long moment d'hésitation, il osa poser sa question :
« - Où m'emmenez vous ? »
A cause de l'une de ses joues gonflée, le jeune homme éprouvait quelques difficultés à articuler. Le ton de sa voix n'était pas habituel. Il en fut quelque peu surpris.
« - A Macao. Nous sommes bientôt arrivé, d'ailleurs. Ce n'est pas si loin de Hong Kong. Oh, si jamais vous espérez-vous échapper avant notre arrivée, je vous le déconseille fortement. Sauf si vous aimez nager, » déclara Iakov d'un ton toujours aussi affable et poli.
Akihito en déduisit qu'il se trouvait sur un bateau. Restait à savoir si celui-ci transportait de nombreux voyageurs ou s'il appartenait à la mafia russe. Il penchait, malheureusement, pour la seconde solution.
Il examina rapidement les lieux alors que Iakov soulevait le couvercle du plat, qui se trouvait juste devant Akihito. La pièce n'était pas simplement un salon. A l'image des chambres de certains hôtels, il y avait aussi un lit. Les murs étaient ornés d'une tapisserie rouge foncé et ne comportaient aucun hublot sur l'extérieur. La lumière provenait d'un lustre, accroché au plafond. La porte se trouvait juste derrière le dos de Iakov. L'atteindre paraissait impossible.
Akihito, déçu de trouver aucune possibilité de fuite, baissa les yeux sur le plat qu'avait dévoilé le russe. La perplexité passa sur le visage du japonais, alors qu'il observait le menu.
« - C'est… C'est quoi ça ?
« - Des boulettes à la Pojarski. »
Akihito oublia, le temps d'examiner son repas, dans quelle situation il se trouvait. Il était à présent comme n'importe quel client d'un restaurant qui se demandait ce que le serveur, dont l'allure laissait présager la folie, venait de lui servir. Effectivement, ça ressemblait à des boulettes. Des boulettes dorée. Ca aurait pu passer aussi pour des sortes de gâteaux, entourés d'une forêt de légumes. Enfin… Ca ressemblait un peu à des pommes de terre… Roussies.
Le photographe n'avait guère l'habitude de se confronter à la cuisine étrangère, sauf chinoise. Le terme « spaghetti à la bolognaise » ouvrait déjà des horizons très mystérieux, potentiellement risqués, susceptible d'amener une intoxication alimentaire. Son pain quotidien se faisait bien souvent de soupe miso et de plats spécifiquement japonais qu'on trouvait tout fait dans les conbini, voire de natto si les finances n'étaient pas au beau fixe. N'importe quel étranger aurait sans doute trouvé le natto traumatisant, de par sa consistance et son odeur. Le natto, ça avait un peu l'allure d'haricots de soja que l'on aurait vomi et laissé pourrir. Mais on disait que c'était très nourrissant et que le sacrifice valait la chandelle.
Akihito lui se sentait traumatisé rien qu'à l'idée de goûter à ce plat russe. Pourtant, il n'eut nullement l'idée de formuler une protestation. En croisant le regard de Iakov, il comprit qu'il avait tout intérêt à féliciter les qualités de la cuisine de son pays.
« - Ca a l'air… Délicieux… »
Iakov acquiesça, tout en saisissant une fourchette. Akihito avait toujours les mains attachées derrière le dos et ne pouvait guère se nourrir par lui-même, sauf en mettant la tête dans l'assiette tel un chien – ce qui aurait été réellement humiliant.
« - C'est fait à base de quoi ? » s'inquiéta-t-il pourtant, quelques instants plus tard, en voyant un morceau s'approcher de sa bouche.
« - De la viande, avec de la chapelure. »
Akihito ne préféra pas demander plus de précision. Avec un peu de chance, il s'agissait de poulet ou de bœuf, ou même de porc. Oui, les russes ne feraient jamais quelque chose comme « des boulettes au serpent » ou « des boulettes de chat »… Ils n'étaient pas anthropophages non plus, enfin du moins la télévision n'en parlait pas. Alors, il ouvrit docilement la bouche et avala ce qui lui était tendu, fermant les yeux d'appréhension en même temps.
Il mâcha comme si on lui avait mis le canon d'une arme contre la tempe et avala.
Le goût n'était pas du tout mauvais, loin de là, mais il ne pouvait empêcher les pensées macabres de se bousculer dans son esprit. Il imaginait le pire sur le contenu de ces boulettes.
A force, il commençait à avoir des hauts le cœur. Sans compter que la situation était définitivement gênante. Il n'avait pas l'habitude de se faire nourrir ainsi « à la cuillère ». Akihito refusa la quatrième bouchée pour émettre une protestation.
« - Je ne vais pas m'échapper si vous me détachez. Où pourrais-je aller ? Je ne vous causerai pas de problèmes. »
Iakov se mit à sourire et reposa la fourchette.
« - Comme c'est plaisant de vous l'entendre dire. De toute manière, si vous tentez quoique ce soit, malgré vos belles paroles… Eh bien, comme je l'ai dit, Monsieur Arbatov ne m'a pas dit dans quel état il vous voulait… »
Iakov s'était placé derrière Akihito et commençait à lui retirer les liens qui lui enserraient les poignets.
« - Il m'a juste dit de vous ramener. Je pourrai fort bien lui apporter votre tête dans une jolie boite. »
Ce russe avait vraiment le don pour calmer tout désir de fuite chez ses prisonniers. Akihito déglutit péniblement, car il l'en croyait bien capable. Cette phrase l'amena à considérer son assiette d'un regard qui était à nouveau méfiant.
Lorsqu'il fut libéré de ses cordes, Akihito se massa les poignets et remua les doigts afin de retrouver l'entière mobilité de ses mains. Une fois terminé, il se mit à manger, le plus rapidement possible pour ne pas avoir trop à cogiter sur les ingrédients du repas.
Iakov alla s'asseoir en face de lui, prenant une allure élégante. Ce qu'il pouvait énerver Akihito avec ses poses de dandy. N'importe qui aurait pu le prendre pour James Bond et non pas pour un tueur russe qui aurait sans doute du bénéficier d'un suivi psychiatrique.

L'assiette enfin vide, Akihito reposa la fourchette et darda sur Iakov, toujours immobile, un regard quelque peu inquiet. Il se demandait ce qui l'attendait, à présent. Allait-il continuer à le traiter comme s'il n'était qu'un simple invité ou allait-il à nouveau employer les grands moyens ? Tout en méditant sur la question en silence, Akihito porta la main à sa joue, qui n'était pas la seule partie de son visage à être douloureuse mais qui le préoccupait le plus. Il en fut distrait lorsque Iakov parla enfin.
« - Allez-vous laver dans la salle de bain. Il y a du sang sur votre visage. Vous trouverez aussi des habits propres, à votre taille. Je vous le rappelle, n'essayez pas d'en profiter pour vous échapper. »
Le russe le gratifia d'un sourire qui aurait paru chaleureux s'il avait été adressé par quelqu'un d'autre que lui.
Akihito obtempéra et se leva. A présent qu'il avait pu reprendre un peu de force, il était un peu plus assuré sur ses jambes, même s'il ne se sentait guère capable de courir un sprint. Un camion lui était passé dessus. Il l'avait écrabouillé avec ses immenses roues jusqu'à ce qu'il ait l'air d'une marmelade rougeâtre et encore tiède. Peut-être qu'en le voyant dans cet état, Asami ne le reconnaîtrait même pas.
C'était ce que se disait le photographe en entrant dans la salle de bain. Il referma la porte derrière lui et remarqua même un verrou, qu'il s'empressa de tourner pour diverses raisons. L'une d'elle était qu'il n'avait pas du tout envie d'être surpris alors qu'il se lavait. Au vu de la chance qu'il se coltinait, il était fort probable que Iakov était lui aussi du genre à se jeter sur ses prisonniers pour leur faire des choses inavouables.
Il aperçut le miroir qui se trouvait au dessus du lavabo et faillit y jeter un coup d'œil, pour voir à quoi pouvait ressembler son visage après les amitiés qu'il avait échangé avec les hommes de main de Iakov. Il s'en retint au dernier moment. Etant donné son moral qui n'était nullement au beau fixe, il ne préférait pas en rajouter à cause de quelques considérations physiques.
Akihito commença à faire couler l'eau dans la baignoire et se déshabilla, en grimaçant lorsqu'il du lever les bras pour retirer son pull ou plier les jambes pour enlever son pantalon. S'il avait préféré évité le miroir, il ne pouvait ignorer le reste de son corps. De nombreux bleus étaient apparus là où les coups avaient été portés. Ils formaient un étrange patchwork sur sa peau claire. Une sorte de carte routière de ses mésaventures, constata-t-il avec un bref amusement malsain. Il vit aussi la marque blanche de la cicatrice, qu'il avait encore au bras, héritage de ses mésaventures avec le « serial killer », quelques moins plus tôt.
Un frisson d'horreur ébranla son corps comme la branche d'un arbre sous la tempête. Dans l'espoir de se calmer, il plongea dans l'eau chaude et essaya de se détendre. Aussi incroyable que cela pouvait paraître, au vu de sa situation, il y parvint et retrouva une certaine sérénité. Il avait pensé, notamment, que Mikhaïl ne le ferait pas venir à lui s'il avait la simple intention de le tuer. Asami ne tarderait sans doute pas à apprendre qu'il avait été kidnappé, encore une fois, et il viendrait l'aider. Si jamais… Ce n'était pas le cas… Alors Akihito se débrouillerait par lui-même, comme il l'avait toujours fait avant de rencontrer le yakuza. Il trouverait un moyen de fuir ou de négocier sa libération.
Akihito ferma les yeux et resta ainsi de longues minutes, jusqu'à ce que Iakov frappe à la porte et l'interpelle :
« - Nous sommes bientôt arriver, monsieur Takaba. Dépêchez-vous de sortir. »
Il nota une certaine impatience dans la voix du russe, ce qui le poussa à suivre son conseil. Il quitta l'eau si agréable et se sécha précautionneusement, essayant de ne pas appuyer trop fort sur les bleus. Puis il examina les vêtements qu'on avait placé à son attention sur un support prévu à cet effet, fixé au mur. Il y trouva un jean, ainsi qu'un T-shirt à manche longue.
Il avait lu une fois, dans une brochure touristique, que les hivers à Macao étaient doux, en raison du climat subtropical. La même brochure indiquait que la ville tirait beaucoup de profits de l'activité des casino et que, depuis 1999, elle pouvait se féliciter d'avoir fait disparaître la violence néfaste des Triades, grâce à l'intervention des forces chinoises. Visiblement, ces forces avaient du oublier certains indésirables russes. A moins qu'ils n'avaient profité du départ des Triades pour asseoir leur influence. De toute manière, il se disait qu'il fallait être un sacré utopiste pour imaginer bannir la mafia d'une quelconque ville.
Plongé dans ces réflexions, Akihito s'habilla et ne put résister, cette fois-ci, à jeter un coup d'œil au miroir.
Il eut un instant de surprise et porta la main à son visage. Il s'était attendu à ce qu'il soit plus abîmé. Sa lèvre étaient écorchée et sur sa joue fleurissaient une tache mauve, jusqu'en dessous de son œil.
Après cette vérification, Akihito quitta la salle de bain, pour suivre Iakov en dehors de la chambre.

Macao comportait bien moins d'immeubles qu'une ville comme Hong Kong. Elle bénéficiait, en plus, de magnifiques plages agrémentées de pins. Dans les quartiers se mêlaient les influences portugaises et celle de la Chine ancestrale.
Si Akihito avait eu l'occasion de faire du tourisme, il aurait été sans doute frappé par la présence d'églises, peu communes dans un pays comme le Japon. Malheureusement, ses ravisseurs ne comptaient pas le laisser se promener librement en ville. Il fut mené, en voiture, jusqu'à une propriété qui se trouvait près des plages. Une villa au charme ancien et européen. Elle était cernée de hautes haies et de grilles. On aurait pu la prendre pour la demeure d'une célébrité, jusqu'à voir de nombreux gardes armés dans le parc entourant l'habitation. Même une personne naïve aurait aussitôt compris que ce n'était pas le genre d'endroit où pénétrer sans être invité.
La voiture entra à l'intérieur du domaine, par la grille fermant l'entrée. Elle avait remonté l'allée de gravier et s'était garée sur un large espace devant la demeure prévu à cet effet. Iakov était sortit du véhicule et Akihito l'avait suivi, car il n'avait de toute manière pas d'autres choix et qu'il ne tenait pas à se mettre à dos le russe en se plaignant inutilement. Il ne pouvait rien faire d'autre que voir ce qui allait arriver.
Iakov, sans même se retourner pour voir si Akihito l'accompagnait bien, entra dans la villa d'un pas rapide et sans marquer une seule hésitation. Ils se retrouvèrent dans un hall énorme aux yeux du japonais, où le carrelage était si propre et brillant que l'on pouvait quasiment voir son reflet dedans. Iakov ne prit pas la double porte en face d'eux, certainement celle d'un très grand salon, comme le supposa Akihito. Ils prirent l'une de celle qui se trouvait sur la gauche et pénétrèrent dans un couloir où les murs blancs étaient percés de plusieurs autres portes. Le photographe avait l'impression d'avoir mis les pieds dans un labyrinthe. Sur leur chemin, ils ne croisèrent personne mais Akihito crut entendre des bruits de discussions derrière certaines des portes.
Ils empruntèrent un escalier, menant au premier étage. Lorsqu'ils avaient été à l'extérieur de la bâtisse, Akihito n'avait pas pensé à compter le nombre d'étages.
Finalement, Iakov s'arrêta devant une porte. Il l'ouvrit et invita Akihito à entrer dans une chambre spacieuse. Il n'expliqua pas le pourquoi mais le jeune homme conclut par lui-même que ce serait là où il dormirait. Autant dire que cette chambre était bien plus plaisante que celle qu'il avait eu lorsque Feilong l'avait retenu captif. C'était chouette, sa condition de prisonnier s'améliorait de jour en jour !
« - Vous pouvez visiter les lieux si vous en avez envie, je viendrai vous chercher plus tard, » annonça Iakov, alors qu'il partait déjà et refermait la porte derrière lui. Akihito n'eut rien le temps de répondre.

Le photographe s'était approché de la fenêtre, après le départ de Iakov. Il avait tiré les deux rideaux qui la masquaient et observé le parc environnant. Impossible de s'échapper. La fenêtre était trop haute et il se briserait certainement une cheville en sautant. Il y avait des gardes qui faisaient des rondes dans les allées. Les haies qui délimitaient la propriété étaient énormes et très épaisses. Derrière celles-ci, il pensait apercevoir le toit d'une autre villa. Puis, il y avait l'horizon. La lune se reflétait sur les flots de ce qui devait être l'océan. Le soleil, à l'est, semblait prêt de se lever. La ville de Macao, ses casino, son architecture chinoise et portugaise, devait être visible de l'autre côté de la propriété.
Après avoir fait cet état des lieux, Akihito s'était tourné vers la porte mais il jugea qu'il était trop tôt pour aller se promener, comme le lui avait proposé Iakov. Il ne savait pas quel genre de personnes il trouverait dans cette villa. A en juger par les très gros calibres style pistolets-mitrailleurs que portaient les gardes, l'endroit devait être peuplé de loups prêts à lui faire la peau.
Soupirant, il se laissa tomber sur le lit et attendit. Il eut à nouveau quelques pensées pour Asami. Peut-être était-il au courant de ce qui lui était arrivé, durant cette nuit ? Akihito espérait qu'il était enragé et non pas indifférent à cette nouvelle.
Puis, il se mit à songer à Tomoki et se demanda si lui aussi se trouvait dans la propriété. Mikhaïl le retenait peut-être prisonnier, contre son grès. Sans doute espérait-il l'utiliser pour faire pression, au bon moment, sur Feilong. Akihito devait parler à Tomoki, car ils devaient trouver le moyen de s'échapper à deux, dans ce cas. Même si le garçon haïssait Feilong de tout son cœur à présent – et Akihito ne pouvait pas le lui reprocher -, la perspective de rester aux mains des russes ne devaient pas lui plaire non plus. Alors, c'était décidé, il fallait qu'ils s'allient et s'entraident.

Un long moment s'écoula avant que Iakov ne revienne et Akihito s'était à moitié endormi lorsqu'il ouvrit la porte de la chambre. Le jeune homme ne tarda pas à être debout sur ses deux pieds lorsque le russe l'invectiva :
« - Ce n'est pas le moment de dormir. Monsieur Arbatov veut vous voir. »
Avant de quitter la chambre, Akihito jeta un regard vers la fenêtre. La nuit s'était colorée, le soleil avait surgi à l'horizon.

Tous deux reprirent le chemin inverse qui les avait amené à la chambre. Ils descendirent l'escalier, passèrent dans le couloir et arrivèrent dans le hall. Les double porte étaient ouvertes et il s'agissait bien d'un énorme salon, comme l'avait supposé Akihito.
Iakov entra le premier et Akihito le suivit à nouveau, car ce n'était pas comme si on lui laissait le choix de retourner dans la chambre et de dormir.
Il remarqua, en tout premier, l'homme vers qui Iakov se dirigeait et, même s'il n'y avait aucune indication claire à ce sujet, Akihito fut certain qu'il s'agissait de ce Mikhaïl Arbatov dont il avait tant entendu parler ces derniers jours.
Mikhaïl n'était pas le genre d'homme que l'on aurait imaginé dans la mafia mais l'on aurait pu dire la même chose d'Asami et de Feilong. Il devait faire la même taille qu'Asami mais c'était le seul point commun avec ce dernier… Hormis le costume qu'il portait. Les boucles de ses cheveux blonds, descendant sur les côtés de son visage, lui donnait l'air d'un fils à papa qui n'avait rien trouvé de mieux à faire pour se distraire que d'acheter une très grosse bâtisse sur Macao et de porter des costumes à un prix exorbitant pour témoigner de sa fortune. Pourtant, il n'était pas si jeune que cela. Son visage était celui d'un homme qui devait avoir au moins plus de vingt-cinq ans et avec lequel le terme dureté s'accordait parfaitement. Dureté et, aussi, une once de malice, brillant dans ses yeux clairs. Les paroles que tint Mikhaïl, après que Iakov eut prononcé quelques mots à voix basse en le rejoignant, confirmèrent la seconde impression du photographe :
« - Voilà donc le Takaba Akihito dont j'ai tant entendu parler, » déclara-t-il en posant les yeux sur l'intéressé.
Akihito ne se sentait guère à l'aise mais essaya de faire croire le contraire en soutenant le regard de Mikhaïl. Le russe s'approcha de lui alors que Iakov restait pour le moment immobile. Il s'arrêta devant Akihito et le regarda de haut. Puis il tendit soudainement la main pour l'approcher de sa joue et le jeune homme dut se retenir de reculer ou de le repousser.
« - Que t'est-il donc arrivé ? » questionna Mikhaïl en faisant certainement références aux hématomes.
Akihito ne put s'empêcher de lancer un regard dans la direction de Iakov. Mikhaïl ne se retourna pas mais se mit à sourire, comme s'il avait compris où le photographe voulait en venir.
« - Je vois, tu n'as pas voulu lui rendre la tâche plus facile, n'est ce pas ? »
Cette fois-ci, Akihito ne put s'empêcher de répondre un sarcasme :
« - Il est vrai que j'aurai du offrir un verre aux personnes venant m'enlever en pleine nuit dans ma chambre d'hôtel, après avoir essayé de me tuer une première fois dans la rue. »
Mikhaïl le regard bizarrement mais conserva son sourire. Iakov, lui, ne semblait guère avoir apprécié la remarque d'Akihito mais se retenait à l'évidence de lui refaire le portrait, tant que son chef ne lui en aurait pas donné l'autorisation.
« - Cette tentative de meurtre… N'était pas de mon fait, » conclut finalement Mikhaïl. Akihito se demanda s'il s'agissait d'une excuse sincère et si c'était le type de propos visant à amadouer une proie trop naïve. « Tu es bien trop important pour que je te laisse mourir.
« - Ah oui ? » rétorqua Akihito, en levant un sourcil perplexe.
Iakov déclara quelque chose que le jeune homme ne put comprendre, certainement parce qu'il s'agissait de russe. Mikhaïl n'y répondit pas, son attention semblait entièrement portée sur son prisonnier. Il posa d'ailleurs la main sur son épaule, ce qui surprit Akihito plus qu'il ne l'aurait voulu.
« - Bien sûr. Tant que je te détiens, Asami y réfléchira à deux fois avant de me causer des ennuis. »
Mikhaïl croyait-il réellement qu'Asami l'estimait assez précieux pour ne pas risquer sa vie ? Il était vrai que le yakuza l'avait sauvé plusieurs fois et que leur relation… Etait ce qu'elle était… Oui, peut-être qu'il ne tenterait rien ou… Peut-être ferait-il exactement l'inverse, car ils s'étaient plus ou moins disputés. Ou peut-être qu'il n'hésiterait pas un instant à agir en sachant sa propriété prisonnière, quitte à ne pas réfléchir aux conséquences.
Akihito essaya d'effacer ces pensées négatives de son esprit et reporta son attention sur Mikhaïl, qui se montrait bien trop sympathique pour être honnête. Il avait tout intérêt à continuer de lui laisser croire qu'Asami tenait effectivement à lui.
« - Je suppose qu'il ne fera rien, effectivement, » soupira Akihito.
« - Toutefois, n'imagine pas que ta curiosité mal placée ne sera pas sans conséquence, » ajouta Mikhaïl avec une froideur tranchant avec le ton aimable qu'il avait employé jusqu'à présent.
Iakov s'était rapproché et obligea Akihito à se retourner, en l'empoignant violemment par le bras, bras qu'il ne relâcha d'ailleurs pas ceci fait. Mikhaïl vint se placer juste à côté du japonais mais sans regarder dans sa direction.
Le photographe n'avait pas prêté attention au restant du salon car il avait aussitôt fixé celle-ci sur Mikhaïl Arbatov. A présent qu'il avait tout loisir de le faire, il remarqua aussitôt qu'il y avait d'autres personnes qu'eux, à quelques mètres de distance, au milieu de la pièce.
Trois hommes qui étaient certainement des employés de Mikhail. Deux lui faisaient face, le troisième lui tournait le dos, il ne pouvait donc voir son visage. Mais ils n'étaient pas seuls, car entre eux se trouvaient un quatrième homme, agenouillé, absolument pathétique lorsqu'on voyait l'expression de résignation qu'il affichait.
Akihito mit quelques instants à reconnaître le docteur Bai, celui-là même qu'il avait interrogé au sujet de Tomoki et qui ne voulait rien dire car il craignait Mikhaïl Arbatov. Hors, le jeune homme l'avait obligé à parler en usant de moyens déloyaux mais qui lui avaient paru nécessaires.
« - Qu'allez-vous lui faire ? » s'exclama Akihito avec horreur, tout en connaissant très bien la réponse.
Mikhaïl ne prit d'ailleurs même pas la peine de lui répondre. Mais Iakov, qui semblait décidé à se montrer plus bavard, lui glissa à l'oreille :
« - Il nous a trahi. Alors il doit payer de sa vie pour ça. Nous nous sommes déjà occupés de sa famille. »
Un frisson d'horreur courut le long du dos d'Akihito. Il eut un geste brusque en essayant de dégager son bras de la main de Iakov.
« - Vous ne pouvez pas faire ça ! » s'écria-t-il. « C'est de ma faute ! »
Mikhaïl tourna la tête vers lui, un sourire vipérin aux lèvres.
« - Personne n'a dit le contraire. »
Que pouvait-il faire pour empêcher cela ? Akihito ne savait pas. Il se sentait terrifié, coupable aussi. Il ne pouvait pas être responsable de la mort de quelqu'un, pas encore une fois ! Il n'avait pas pensé aux conséquences. Ou plutôt, il avait pensé qu'il serait le seul tenu responsable et que personne ne payerait pour sa curiosité. Cet homme ne pouvait pas mourir. Pas à cause de lui !
« - Ne faites pas ça ! » poursuivit le jeune homme mais, déjà, sa voix avait commencé à faiblir. Il avait deviné que ses protestations étaient vaines, qu'il ne pourrait arrêté l'horrible machine qu'il avait mis en marche, sans le vouloir.
La bouche d'Akihito se dessécha. Son corps était glacé alors que sa peau lui paraissait couverte d'une épaisse pellicule de sueur. Impuissant, il ne pouvait que regarder. Ce n'était pas une fascination morbide qui le poussait à ça. L'horreur le tétanisait totalement. Il était incapable de détourner les yeux. Peut-être était-ce une façon inconsciente pour lui de se punir.
La détonation, fracassante, sembla intensifiée par la grandeur de la pièce. On aurait cru l'orage venant de s'abattre sur eux.
C'était celui qui tournait le dos à Akihito qui avait tiré. Une flamme avait surgit du canon de l'arme en même temps que le bruit assourdissant. Suivre la balle des yeux était impossible mais, la seconde d'après, le sang écarlate mêlé d'éclats d'os et de cervelle aspergea le sol clair pour former une marre aux contours irréguliers. Le corps sans vie de Bai s'écroula comme un domino que l'on aurait poussé du doigt. De l'arrière de son crâne éclaté continuait de s'écouler le liquide rouge.
Et personne, hormis Akihito, ne semblait s'en émouvoir.
« - Débarrassez-vous de ce corps et que le sol soit nettoyé ensuite, » ordonna Mikhaïl.
Comme dans une pièce de théâtre bien huilée, où chacun connaissait son rôle à la perfection, deux des hommes de main soulevèrent le cadavre et l'emmenèrent en dehors de la pièce, laissant une traînée de sang derrière eux.
Celui qui avait tiré était resté. D'abord immobile, continuant de leur tourner le dos, il finit par s'animer et fit volte-face, l'arme baissée vers le sol et le bras le long de son corps.
Akihito eut un sursaut de stupeur mais aucun mot ne parvint à s'échapper de ses lèvres entrouvertes.
Devant lui se trouvait la personne dont il était censé apprendre le devenir. Devant lui se trouvait l'objet même de ses recherches. Il ne l'avait vu qu'en photo mais cela ne l'empêcha pas de le reconnaître sur le champ. Il avait imaginé bien des possibilités quant à son destin mais jamais celle-ci ne lui avait effleuré l'esprit ! Sans doute parce qu'elle était bien trop horrible, irraisonnable…

Tomoki, plus petit qu'Akihito, possédait des cheveux noirs, décolorés en blond sur les pointes. A première vue, il avait tout d'un jeune homme inoffensif. Son physique fragile ne s'accordait pas avec l'idée que l'on se faisait d'un tueur de sang froid. Pourtant, le regard de Tomoki aurait glacé n'importe qui, même l'humain le plus endurci. Il était vide. Cela aurait pu être le regard d'un mort ou celui d'une machine dépourvue d'âme et donc de sentiments.
Ce fut la première impression qu'eut Akihito mais, lorsque Tomoki posa les yeux sur Mikhaïl, son expression se métamorphosa littéralement. Le masque de cire qu'était son visage s'anima. Ses yeux se mirent à briller comme ceux de n'importe quel être vivant. On pouvait même y lire une certaine affection.
Ce n'était plus la même personne qui se trouvait devant Akihito. Le tueur était parti pour laisser la place à un être humain normal. A un garçon comme les autres.
Pour autant, cela ne rendait pas Tomoki moins effrayant. Seul un monstre pouvait mettre de côté ses émotions ainsi. Ou quelqu'un qui avait suffisamment souffert pour refouler tout cela au plus profond de lui-même. Asami, Feilong et même ce maudit Iakov… Lorsqu'ils tuaient ou menaçaient quelqu'un, c'était en étant toujours sous l'emprise des sentiments. L'expression vide de Tomoki, son regard inanimé… Ce n'était rien de moins que l'attitude d'un robot ou d'un homme programmé pour la même tache si répétitive qu'il n'y portait plus d'attention. Son humanité, il ne la retrouvait que lorsque son devoir était accompli.
« - Que lui avez-vous fait ? » s'exclama Akihito, sans se rendre compte qu'il avait prononcé à voix haute ses pensées.
Tomoki le regarda avec une expression de surprise. Akihito se demanda quelle en était la raison mais il comprit vite qu'il n'était sans doute pas le bienvenu pour tous, en voyant la colère qui ébranla aussitôt le garçon.
« - Que fait-il ici ? » gronda-t-il. Il semblait prêt à se jeter sur le photographe. Vu leur différence de taille, cela aurait pu être drôle si Tomoki n'était pas capable de tuer quelqu'un sans marquer d'hésitation.
« - C'est mon invité, » expliqua calmement Mikhaïl. « Si tu le tues, quel moyen de pression aurais-je sur Asami ? »
Tomoki sembla se calmer aussitôt en entendant les paroles du Russe mais il ne quitta pour autant pas Akihito du regard.
« - Quelle idée peut donc avoir ce Feilong pour t'envoyer enquêter sur moi ? » demanda le garçon, sans toutefois donner l'impression de vouloir connaître la réponse à sa question.
De toute manière, Akihito aurait été bien incapable de répondre. Les mots lui manquaient. Il ne parvenait à trouver une quelconque logique aux évènements dont il était le témoin.
Tomoki, sans ajouter un mot de plus, quitta la pièce d'un pas rapide. Si l'on parvenait à faire abstraction de l'arme, il avait tout d'un étudiant insouciant.
« - Tu pensais que les choses allaient être simples ? » se moqua Mikhaïl en tournant la tête vers Akihito. Le japonais eut la désagréable impression qu'il savait lire dans les pensées, qu'il avait compris que l'unique espoir du photographe avait été de se faire de Tomoki un allié, qu'il y aurait en tout cas moyen d'obtenir son aide. Bien sûr, il savait que Tomoki n'était pas sain d'esprit. Il savait aussi qu'il y avait des chances pour qu'il ne fut pas retenu contre son grès. Mais il n'avait pas imaginé cela.
Le jeune homme fixa le russe d'un regard quelque peu hébété, puis se rendit compte que Iakov le tenait toujours par le bras lorsque celui-ci tira dessus, visiblement pour l'inciter à quitter le salon. Akihito suivit alors que son esprit perdait peu à peu contact avec la réalité. Il se retrouvait plongé dans un état second, exécutant chaque pas par pur automatisme.
Lorsqu'il se retrouva dans sa chambre, quelques instants plus tard, il se dirigea mécaniquement jusqu'à l'autre porte qu'elle comportait, menant à la salle de bain. Il s'arrêta devant l'évier et ouvrit le robinet pour faire couler de l'eau froide. Ses doigts passèrent en dessous du jet, puis il fut pris d'un violent haut le cœur et vomit la bile qui lui brûlait la gorge.