Heu... Coucou ? Il y a encore quelqu'un par ici ? (petit rire gêné) Oui, oui, je sais, j'ai disparu des radars pendant plus d'un an. C'est long. Mais, mais, vous vous rappelez de moi, hein ? Comment ça, je ne le mérite pas ?! Bande de sacripants!
Plus sérieusement, navrée de l'attente considérable, j'ai fait un énorme blocage sur l'écriture de façon générale. Plus rien, plus un seul petit mot, ça refusait de sortir. Mais me revoilà, plus motivée que jamais et avec une multitudes de choses a déverser sur mon clavier ! Alors, j'espère que vous êtes prêts !
Merci pour les commentaires, mille fois, c'est vous surtout qui m'avez redonné l'envie de batailler avec cette page blanche qui me narguait. Merci. Du fond du coeur.
On se retrouve en bas! En attendant, j'espère que vous prendrez du plaisir à me lire (ou relire s'il y a des survivants?).
Tu m' demandes si ça va,
Qu'est-ce que tu veux que j'te réponde?
Comment tu veux qu'je l'sache?
Ça dépend des secondes,
Évidemment qu' ça va,
Mais c'est facile à dire,
Et si j'm'y penche un peu d' trop
C'est le vide qui m'attire .
Boulevard des airs - Tu danses et puis tout va.
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Chapitre neuf.
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13h31 – Complexe urbain « L'azur », Zone désaffectée.
Les fesses posées sur le capot de sa précieuse auto et le porte-feuille allégé de quelques billets, merci Susan, Draco consultait son téléphone. L'effronté ne cessait de vibrer et il lui devenait compliqué de l'ignorer : Lockhart lui avait sonné environ huit-cent fois. Et Pansy pratiquement autant. Il était treize heure trente-et-une. Il froissa rapidement l'emballage en papier du sandwich qu'il venait d'engloutir et effectua quelques lancers de la petite boule obtenue avant de mal estimer la trajectoire de celle-ci et de l'observer, quelques mètres plus loin, le narguer.
Dans un soupir agacé, il constata que son smartphone vibrait derechef sur la tôle et il fourra l'engin dans sa poche arrière en se dandinant légèrement sur l'avant de son véhicule-chéri. Il s'ennuyait mais certainement pas au point de répondre à ces deux hystériques.
La solitude c'était bien. Mieux que de se faire enguirlander par Parkinson pour on-ne-sait-quelle-raison. Elle déraillait souvent et passait sa vie à s'époumoner, à se demander comment ses cordes vocales pouvaient supporter pareil traitement. Puis, il n'avait pas envie de se justifier, d'accord, il n'avait pas été au travail et c'était pas franchement un comportement mature et réfléchi. Tout de même, il avait un peu foiré là. Il aurait du affronter Gilderoy et lui dire sa façon de penser plutôt que de se planquer comme un lâche dans un endroit sordide.
Il releva la tête et observa les alentours, un terrain vague dégageant une atmosphère de déchetterie abandonnée, des détritus volant au gré du vent et des tags fluo sur chaque centimètres disponibles, l'espace était engoncé entre deux larges tours d'habitation désaffectées. Problème de fondations instables, quelque chose du genre, les études géologiques n'avaient pas prévu que le sol bouge et le bâtiment tout entier risquait de s'enfoncer, sa masse excessive le rendant peu stable. Les géants de béton s'étiraient donc vers le ciel, poutres et colonnes visibles, éventrées de châssis ou tout autre matériaux, simple construction grisâtres qui s'effondreraient lentement. L'endroit était lugubre. Où qu'il porte le regard, il était seul et le moindre bruit aurait pu le faire sursauter. Seul le ciel d'un bleu parfait tranchait dans cet horizon de grisaille. Il faisait chaud, la matinée qu'il avait passé dans le conteneur de la fourrière l'avait fait suer à grosses gouttes et il aurait volontiers plongé dans un bain glacé.
Il s'humecta les coins des lèvres, retroussa les manches de sa chemise au dessus de ses coudes et s'y reprit à trois reprises pour faire des bords parfaitement symétriques. La classe était un art dans lequel un Malfoy se devait d'exceller, après tout.
Cette pensée lui tira un sourire ironique et il visualisa sa mère, tirée à quatre épingles, l'inspectant des pieds à la tête, la moue hautement désapprobatrice, là, présentement, vautré sur sa voiture dans ses fringues froissées de la veille et dans cet environnement qu'elle qualifierait ''d'indigne de sa personne''. Sa mère. Il grogna, sauta de son perchoir, dégaina son téléphone plus vite que Lucky Luke himself et le déverrouilla d'un glissement – bonheur!Pourquoi n'avait-il pas supprimé ce stupide code bien avant ? Ça changeait une vie- avant de se rendre dans son journal d'appel -l'icône était surplombée d'une bulle rouge indiquant 18 appels manqués- et de recomposer le dernier numéro entrant.
« - Salut les nazes, vous êtes actuellement sur mon répondeur. Plusieurs raisons à ceci : Soit je suis trop occupée pour vous répondre, soit je n'ai absolument aucune envie de vous parler, soit je décuve -surtout si nous sommes dimanche-, soit je suis morte et alors, vous avez intérêt à être en train de prévoir l'enterrement de l'année, type Grâce Kelly. Vous pouvez laisser un message vocal, faites vous plaisir, mais sachez que je ne les écoute pas. Du coup, il est plus adéquat de resonner. Oh, si c'est urgent, essayer le numéro de l'agence. Besos. »
Draco haussa un sourcil, décolla son téléphone de son oreille, observa longuement l'appareil puis raccrocha. Pansy arriverait toujours à le prendre de court. Il secoua la tête, ses mèches blondes balayant sa nuque, un petit rire désappointé résonnant dans l'endroit désertique.
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13h31- Bistrot « Au vieux Chaudron », table n°9 (à côté de la porte d'entrée)
Hermione, mal à l'aise dans cette petite brasserie déserte, fixait Harry de ses grands yeux noisettes. Elle avait essuyé un florilège de questions plus ou moins embarrassantes et commençait doucement -mais sûrement- a envisagé un repli stratégique. Le brun ne décollerait pas de ses rapports cordiaux -maigre qualificatif mais elle n'en avait d'autres- avec l'envahisseur blond. Elle ne s'expliquait pas tant de rancœur et, malheureusement, si Harry l'assaillait d'interrogation, il ne répondait pas aux siennes. Le repas s'annonçait long.
Très long.
Elle avait bien essayé de changer de sujet, de détendre l'atmosphère, elle s'était même mise à raconter quelques blagues grivoises entendues dans les couloirs de l'hôpital -et il ne fallait pas connaître Hermione Granger depuis longtemps pour savoir qu'elle n'avait aucun talent dans ce domaine. Régulièrement, elle s'emmêlait et se retrouvait à raconter la chute de la plaisanterie avant même de se souvenir du début. Une calamité, vraiment. Mais elle faisait chou blanc. Harry la fixait, les yeux lançant des éclairs et les lèvres si serrées qu'elles formaient une ligne blanche.
Elle poussa un soupir, prétendit un rendez-vous urgent et s'esquiva dans une rapide embrassade un peu raide. Son coeur se serra alors qu'elle s'éloignait d'un pas rapide, cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas pu passer du temps avec Harry. Quelle tête de mule, incroyable d'être aussi borné. Et ce fut sur ces pensées qu'elle se rendit compte qu'elle n'avait absolument rien à faire jusqu'à 16h30.
Elle s'immobilisa net sur le trottoir et manqua d'être emboutie par un grand homme marchant d'un pas vif, les yeux rivés sur son téléphone, qui lui rugit dessus de se ranger sur le côté. Elle se mordit la langue pour ne pas répliquer que les trottoirs, jusqu'à preuve du contraire, appartenaient à tous et qu'il avait juste à regarder où il posait ses pieds immenses au lieu de râler. Les hommes étaient vraiment de mauvaise foi. Elle se renfrogna et, agacée, se dirigea vers le quartier commerçant de la ville.
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13h31 – « Trip'On », Seconde meilleure agence de voyage de la ville.
Dans sa chaise de bureau, Pansy Parkinson gardait un silence poli teinté d'agacement face à une vieille mégère d'une soixantaine d'années refusant que son chien voyage en soute et beuglant qu'elle était Walburga Black en guise de ponctuation. Elle répétait pour la énième fois que, non, « Patmol », l'énorme dogue noir qui bavait actuellement sur son parquet et menaçait de noyer la tour de son ordinateur, n'était pas admis en cabine. Et ce, même si l'on lui réservait un siège.
C'était drôle, tout de même, ces pro-canidés qui s'évertuait à considérer leurs amis à quatre pattes comme des humains. Poussant le vice jusqu'à leurs acheter des poussettes ou leurs attribuer un oreiller dans le lit. Puis, cette question qu'ils avaient tous à la bouche : « Vous aimez les chiens ? ». Deux catégories de personnes, dans ce cas. Ceux qui proclament préféré les chats – comme s'il s'agissait d'une justification valable ou d'une quelconque réponse. D'accord, très bien, tu aimes les chats mais quel est le rapport ? Si je réponds adorer les pandas, est-ce que ça marche aussi ? Absolument pas. Merci. Cet argument est donc non recevable- et ceux qui affirment que oui, oui, ils adorent et se sentent alors obligés de caresser ledit animal même si celui-ci est totalement effrayant/laid/sale/baveux.
Dans tous les cas, rares sont les audacieux à affirmer leurs opinions : « Non, je n'aime pas les chiens, ils sentent mauvais, bavent partout, font du bruit et sont encombrants. Le seul contact de leurs langues râpeuses sur ma peau me hérisse d'horreur, leurs aboiements me portent sur les nerfs, il faut les sortir -or je déteste ruiner mon brushing en partant en quête d'un poteau lambda- et ils mâchouillent vos meubles Ikea. Ils foutent des poils sur mes pulls en cachemire, se font les dents sur mes paires de bottes, bousillent mes tapis avec leurs empreintes boueuses et fouillent les poubelles. Non, je n'aime pas les chiens. Pire, je les hais. Je prétends être occupée quand ma grande tante demande pour que je garde son bichon maltais aux yeux collés par les crottes nauséabondes et je m'éclipse quand ce même bichon, Kiki de son petit nom, vomit les restes de spaghettis bolognaise ingurgités la veille sur le canapé en cuir italien. ».
Il est inutile de préciser que Pansy faisait partie de cette dernière catégorie, ceux qui clament haut et fort leurs aversions sans s'inquiéter outre mesure d'heurter la sensibilité d'autrui - « Pauvre Kiki, bouche toi les oreilles, tu n'as pas entendu ce qu'a dit la vilaine dadame. » avait dit sa vieille tante avant de lui claquer la porte au nez. Et Pansy avait été immensément soulagée d'être ainsi dispensée des visites bi-mensuelle à la vieille acariâtre et son odieux canidé.
« - Mon Patmol doit être sur ce vol ! » Glapit soudainement Mrs Black en guise de rappel à la réalité et Pansy se raidit imperceptiblement dans sa chaise de bureau.
« - Je vous ai déjà expliqué que la seule solution était de le placer en soute dans une cage spécialisée, madame. Je suis navrée mais il n'y a pas d'autres alternatives. Il en va de la sécurité des passagers. » Rétorqua-t-elle cependant assez vivement pour que son absence passe inaperçue.
« - La sécurité ? Mais mon bébé n'est pas dangereux, regardez-moi cette gueule d'amour ! »
Et la vieille agrippa furieusement le nez de son chien pour le diriger dans la direction de la jeune femme, dans un geste désespéré supposé l'attendrir. Ce dernier supplia Pansy de ses yeux tombants et celle-ci roula les siens, lassée de cette conversation insoluble.
« - N'est-il pas adorable, hein mon gros loulou que tu es adorable ? C'est qui le bon chien-chien à sa maman ? »
La brune soupira.
« - Trouvez une solution. » Changea brutalement de ton la vieille femme en ramenant son sac à main sur ses genoux et en reprenant sa posture guindée.
La jeune femme acquiesça distraitement.
En réalité, Pansy était désormais à des kilomètres de cette discussion, réfugiée des lieux sous la mer. Elle songeait sérieusement à se mettre en quête de Port-Royal. La cité avait été goulûment engloutie dans sa majorité et offrait donc un lieu d'habitation de choix. Seule, bercée par les vagues et entourée d'épaves datant de l'âge d'or de la piraterie, ça pourrait être une solution idéale. Quoique des pirates et des brigands, elle en avait son lot dans son quotidien, même s'ils n'avaient pas le même chic vestimentaire ni la prestance qui sied à des capitaines rebelles, leurs coffres étaient également empli de richesses dorées. Enfin, d'après les scientifiques Venise et Miami devraient elles aussi bientôt couler, ça lui laissait le temps de réfléchir et de se préparer à une existence sous-marine...
Du coin de l'œil elle vit l'écran de son Iphone s'allumer et le nom de Draco apparaître. Vraisemblablement, son merveilleux ami d'enfance venait de se rendre compte qu'elle cherchait à le joindre depuis le matin. Soit, il patienterait. Que ça lui fasse les pieds.
« - Vous m'écoutez ? » Glapit sa cliente et Pansy reporta un regard blasé sur la mégère.
« - Bien entendu, Mrs Black. Je suis en train de réfléchir activement à une solution. Je ne vous promet rien et il est très possible que cela coûte un certain prix mais... »
« - Peu m'importe, faites. Je paierai ce qu'il faudra. »
Un sourire carnassier étira les lèvres rouges de la petite brune, elles allaient finalement pouvoir se mettre d'accord alors.
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16h23 – Arrêt de bus 'Snooty Street', périphérie de Londres
Le bus s'arrêta au bout de la rue et la jeune femme dévala les quelques marches raidement, regagnant le trottoir à petits pas pressés. L'après-midi était déjà bien entamée et le soleil, haut dans le ciel, faisait l'honneur de sa présence en infligeant à chacun une chaleur de plombs. L'atmosphère était moite et la sueur perlait sur le front d'Hermione alors qu'elle se hâtait sur les petits pavés, longeant la grille de fer forgé imposante et la haie offrant un brin d'ombre salutaire. Elle s'immobilisa face au portail en fer plein et appuya sur l'interphone sans hésiter.
« - Cabinet du Dr. Firenze. » La salua la voix grésillante et lointaine de la réceptionniste.
« - Bonjour, Hermione Granger. Je suis attendue. »
Quelques secondes plus tard, le portillon émettait le bruit caractéristique signifiant que l'entrée lui était accordée. Elle poussa l'orfèvrerie ouvragée et pénétra dans le domaine d'un pas sûr.
Face à elle, un bâtiment aux proportions grandiloquentes et aux hautes fenêtres se profilait. Le lourd fronton de pierre surplombant un impressionnant escalier clair et quelques colonnes de marbre soutenait le tout. Le petit château, comme le surnommait Hermione en elle même, était en réalité un ancien manoir aristocrate de style néoclassique datant de la fin du 19ème siècle. Son propriétaire devant d'ailleurs certainement être issu de la même période.
Guindé, intemporel et d'allure fier, le manoir était à l'image du professeur Firenze. Ce dernier dirigeait un centre de psychanalyse réputé et être suivi par cet érudit en personne était un privilège.
Privilège qu'Hermione ne devait qu'à son statut d'élève modèle puisqu'elle avait été remarquée par Firenze lors de ses études, celui-ci ayant été un membre du jury lors de son doctorat. L'estime mutuelle qu'ils se témoignaient avait poussé la jeune femme a se tourner vers lui lorsqu'elle avait senti le besoin d'évacuer. Depuis quelques années maintenant, elle avait rejoint sa patientèle et, s 'ils avaient une relation médecin-patient classique avec protection des informations privées et tout ce qui s'en suit, ils étaient surtout collègues et amis.
Poussant la colossale porte à double battant, elle investit le hall d'entrée dans un couinement de gonds qui vit relever la tête à la petite impétueuse de l'accueil. Hermione nota immédiatement qu'elle était nouvelle et bien moins accueillante que son prédécesseur.
« - Bonjour Miss. Il me faudrait votre nom et le nom du médecin avec qui vous avez rendez-vous . » L'harponna la jeune femme d'une traite, la voix blasée, un sourire pincé ornant ses traits. Hermione se mordit la langue pour ne pas rajouter « s'il vous plaît » à la fin de la phrase de la femme, comme on reprendrait un enfant ayant manqué de la plus élémentaire des politesses.
« - Bonjour. Granger Hermione. J'ai rendez-vous dans... » Rapide coup d'oeil sur son poignet « environ cinq minutes avec le docteur Firenze. » Répondit-elle succinctement à la place.
« - Oh. » la réceptionniste jeta un œil suspicieux à son agenda et feuilleta raidement quelques pages « Je suis désolée, je ne vois rien dans son emploi du temps… Peut-être vous seriez vous trompée de jour ? »
Hermione claqua la langue et retint le soupir que l'attitude peu avenante de la jeune femme lui inspirait.
« - Ecoutez, je connais bien le docteur Firenze, il sait que je viens aujourd'hui et m'a donné personnellement rendez-vous à cette heure. Peut-être devriez-vous voir directement avec lui ? » Hermione lui adressa un sourire et haussa un sourcil, tentant de tuer dans l'œuf toutes protestations de la standardiste.
« - Personnellement, hum ? » Souligna dédaigneusement cette dernière, sceptique.
« - Bon, il vous faut un mot signé de sa main pour me laisser entrer ou vous allez vous décider à bouger ? » S'agaça cette fois clairement la brune.
« - Un instant je vous prie, je me renseigne. » Marmonna celle-ci, le visage désormais clairement renfrogné. Elle tourna les talons et emprunta la porte située derrière l'accueil, disparaissant de la vue d'Hermione une poignée de minutes. La brune s'autorisa une vérification rapide de l'heure et fut frustrée de constater qu'elle était désormais en retard. Sa précieuse ponctualité mise à mal. Tout cela par la faute de cette petite incapable hautaine qui ne la croyait aucunement et la jugeait déjà comme une menteuse éhontée alors même qu'elle ne savait rien. Elle retint à grande peine une remarque sarcastique quand l'employée fit son retour, un sourire composé aux lèvres, et l'informa qu'effectivement le docteur l'attendait dans ses jardins privés à l'arrière du bâtiment. Ben voyons.
Sans un regard et en coupant court aux explications de la femme quant au chemin à suivre, Hermione passa l'arche donnant sur le couloir de l'aile sud et se dirigea d'un pas rapide vers le salon bleu, celui qui donnait sur la terrasse plein sud et hautement fleurie où Firenze aimait prendre son thé en cette saison.
Le dos bien droit dans un fauteuil d'extérieur en osier, ses longs cheveux blonds couvrant ses épaules frêles, les yeux aussi clairs que deux saphirs délavés et un air mutin soigneusement caché derrière une tasse en porcelaine jaune, l'éminent docteur attendait visiblement Hermione.
« - Docteur Granger, quel plaisir que vous me fassiez une petite visite. » Claironna-t-il.
« - Docteur Firenze, tout le plaisir est pour moi allons. » Inclina brièvement la tête la brunette, l'air guindé.
Il ricana brièvement et elle lui rendit un sourire crispé qui lui fit lever les yeux au ciel.
« - Excès de courtoisie. » Proclama-t-il vivement en posant sa tasse et en inclinant le visage légèrement, observant attentivement sa visiteuse, plantée au centre des pavés de la terrasse. Il sourit soudain largement « Quelle mine renfrognée, Hermione. Où est passé mon petit rayon de soleil habituel ? » S'exclama faussement dramatique l'érudit.
« - Hm. Tu as changé de réceptionniste , Ray? » demanda la jeune femme sans faire grand cas du cirque de son ancien professeur et de façon pas-tout-à-fait-innocente, son agacement sous latent encore bien visible.
« - Elle a posé problème ? »
Les yeux très clairs la dévisagèrent et elle se sentit soudain bien nue.
« - Non, pas vraiment. Je pense que je suis peut-être un peu irritable, aujourd'hui. » Lâcha-t-elle dans un soupir en passant une main dans sa cascade brune.
« - Désires-tu une tasse de thé ? » Sourit l'homme tout en piochant déjà la seconde tasse attendant sagement sur le petit plateau de bois et en s'appliquant à la remplir avec la théière moutarde, le tout dans un mouvement paresseux témoignant d'une longue habitude. Elle hocha la tête et il indiqua calmement le siège en osier face à lui du plat de la main. Elle s'installa à sa place habituelle et laissa voguer son regard sur les parterres travaillés et magistralement fleurit en cette période.
La tasse fumante fut déposée délicatement devant elle sur la mosaïque sophistiquée de la petite table et elle reconnecta avec la réalité, abandonnant son songe et ses observations des petits sentiers de grosses pierres savamment disposés entre les rangées de lourdes fleurs, le lierre rongeant en partie certains passages et les épis sauvages de quelques graminées débordant des bordures droites.
« - C'est dingue ce qu'il fait chaud aujourd'hui. Difficile de croire qu'on soit déjà presque en octobre… Septembre est passé si vite. » Souffla la brune en avisant une mésange qui l'observait depuis une petite cabane à oiseaux en rondins, lorgnant sur les miettes du gâteau sec que mâchait tranquillement le docteur Firenze.
« - Tout va bien, Hermione ? » Question rhétorique, bien entendu. Il paraissait inquiet et son regard emplit de sollicitude fit détourner les yeux de la brunette aussitôt qu'elle s'en aperçu.
« - Parfaitement. » Elle piocha un biscuit chocolaté sur l'assiette « Harry est en ville pour quelques jours. » Elle croqua une pépite et laissa un bref silence s'installer le temps de déglutir « On a mangé ensemble ce midi et… A vrai dire, je n'ai jamais vu Harry aussi tendu. » Ses sourcils se levèrent d'eux-même au souvenir pas si lointain de leur déjeuner et de l'ambiance électrique régnant sur la tablée.
« - Cela fait quelques temps que tu ne l'avais pas vu, il me semble... » L'encouragea Ray dans un demi-sourire.
« - C'est vrai. Pratiquement six mois. Il vient rarement à Londres. » Elle ricana et ajouta dans un haussement d'épaules vague « Monsieur n'aime pas la ville et ses mondanités, soi disant. Harry restera toujours Harry, il a besoin de se mettre au vert pour ordonner ses pensées. »
« - N'es-tu pas semblable ? » Taquina le professeur « Il me semble que tu recherches le contact de l'eau à chaque fois que tu veux t'apaiser. »
Elle acquiesça et esquissa un sourire rapide : « Exact. Ou alors je viens prendre le thé avec un éminent professeur en psychologie qui me remet les pendules à l'heure et analyse ce qui est détraqué chez moi sans souffler mot. »
Ledit professeur lui adressa un clin d'œil complice : « A condition que ma réceptionniste te laisse entrer. »
Hermione se renfrogna légèrement en repensant à cette petite impudente puis soupira doucement, balayant une de ses boucles au passage.
« - Hier, c'était… On était le 24 septembre. » Murmura la médecin en se grattant la nuque, cherchant ses mots. Elle avait encore du mal à dire des choses aussi simple que '' C'était l'anniversaire de Fred. '' à voix haute. Elle le pensait, le ressassait même, mais il lui était physiquement impossible de dire cela sans fondre en larmes.
« - Je le sais. J'étais surpris que tu n'aies pas téléphoné plus tôt, pour être honnête. » Répondit simplement le psychiatre, le regard triste.
« - C'est ridicule, n'est ce pas ? Autant d'années après et j'en suis toujours au même stade. Le temps s'écoule et je reste là, bloquée. » Elle eut un rire sans joie, sa gorge serrée à un point où il lui était difficile d'avaler sa salive.
« - On n'oublie jamais les gens qui ont comptés, Hermione, peu importe les années. Ceux qui prétendent que le temps efface tout sont soit des insensibles soit des personnes qui n'ont jamais perdu un être cher. Tu ne dois pas te culpabiliser pour un comportement qui est humain. »
Elle releva un regard humide vers l'homme et il contempla cette femme si forte et si fragile à la fois. Hermione Granger était un paradoxe détonnant.
« - Hm, je sais, Ray. C'est simplement que j'ai toujours l'impression d'être une de ces pleurnicheuses insupportables qui traîne sa tristesse derrière elle où qu'elle aille. » Grimaça-t-elle, amère, en prenant une gorgée de thé tiède. Camomille, nota-t-elle avec un sourire, les vertus apaisantes de cette plante n'était plus a démontrer. Bien entendu qu'il savait dans quel état il allait la recevoir, il s'agissait de Ray Firenze, du lieu de rendez-vous au thé en passant par les biscuits au chocolat qu'elle adorait boulotter quand elle avait un coup de mou, il avait absolument tout prévu pour qu'elle se sente à l'aise.
« - Tu n'es pas une pleurnicheuse, Hermione Granger. J'aimerai que tu bannisses ce mot de ton esprit une bonne fois pour toutes. Tu es une femme forte, courageuse, volontaire. Tu es simplement humaine et il est, je me répète, absolument normal que tu extériorises le trop plein d'émotions dû aux événements tragiques que la vie a placé sur ton chemin. »
Elle ne réagit pas, connaissant la réponse du spécialiste. Ils avaient cette conversation chaque année, à quelques mots près, et si elle savait qu'il avait raison elle ne pouvait cependant pas s'empêcher de penser qu'elle imposait et dérangeait avec son chagrin omniprésent et sa mélancolie régulière.
« - Bien, raconte-moi tout, comment se fait-il que vous soyez brouillés avec Harry ? » Changea brusquement de sujet son interloctueur, la tirant de ses sombres pensées.
« - Nous ne sommes pas fâchés ! » Démentit vivement la jeune femme en déposant sans délicatesse la porcelaine dans sa coupole. Elle observa le liquide ambré osciller dangereusement à la surface et reprit, d'une petite voix : « Enfin, pas tout à fait… Nous sommes juste en désaccord sur une personne. Mais je ne vois pas en quoi le fait qu'il ne l'apprécie pas devrait influencer mon jugement. » Elle touilla sans douceur dans son thé avant de grommeler « Est-ce que je me mêle de sa vie et de ses fréquentations, moi. Non mais je vous jure, quel culot. »
Firenze pouffa discrètement et, sentant le regard noir de la brune sur lui, le transforma habillement en toussotement et, une fois qu'il eut reprit contenance, il suggéra : « Sans doute qu'il se fait du souci pour toi. C'est ton ami, Hermione. Je ne peux imaginer Harry agir de la sorte sans une excellente raison. » Elle croisa ses bras et sa mine boudeuse fit rouler des yeux Ray « Allons, tu es la première à a admettre qu'Harry peut être excessivement protecteur envers ses proches. »
« - Oui, ben je m'en serais bien passée sur ce coup là. » Marmonna-t-elle, les lèvres pincées. Elle n'en démordrait pas, il avait dépassé les bornes.
« - Bon. Si tu me racontais tout depuis le début ? »
Alors Hermione prit une profonde inspiration et elle expliqua, à grands renforts de mouvements de bras, d'onomatopées et de jurons semi étouffés. Son déménagement, ses voisins irrespectueux, les fiesta all night long, les coups de balai (ce passage fit rire Ray à gorge déployée), le blond crâneur et charmeur de pacotille, encore et toujours les rave party, le contrat de sous location de son salon, ce même charmeur à deux sous cinquante s'improvisant coloc, ses apparitions et disparitions subites, cette espèce d'amitié étonnante qu'ils avaient fini par tisser (elle hésita beaucoup sur ces quelques mots, ne sachant pas exactement comment dénommer sa relation avec l'énergumène blond), l'amie hystérique mais plutôt sympa du parasite, le suscité parasite squattant sur son canapé -encore-, Harry débarquant au petit matin et trouvant apparemment un mot de remerciement teinté de drague lourde -parce qu'on parle quand même du casanova de supermarché, il ne peut s'en empêcher, c'est plus fort que lui- et qui ne décolère pas en découvrant qu'elle « fréquente cette sale petite fouine insupportable ». Elle fait une pause à ce stade de son récit et Firenze l'observe silencieusement se masser les tempes, porter son thé à ses lèvres, ajuster ses pensées puis reprendre de plus belle :
« - Et donc, moi, inconsciente de cette relation conflictuelle, je me retrouve au petit bistro du coin avec Harry. Et le voilà qui me houspille… ''Il t'utilise gnagnagna, aucun respect des femmes blablabla comme toujours, il s'amuse et à la minute où il aura un autre passe-temps il disparaîtra gnégnégné tu ne mérites pas ça', et patati et patata'. » Singea-t-elle le brun à lunettes en grognant un peu plus au fur et à mesure de l'imitation. « Tsss. Bref. Toujours est-il qu'il ne le supporte vraiment pas. Rien que l'évocation de son prénom lui fait dresser les cheveux sur le crâne. Et dieu seul sait à quel point ils sont déjà indomptables sans ça.» Elle lève les bras, exaspérée.
Firenze, bouche bée, l'observa quelques instants avant de partir d'un grand rire.
« - Je retire ce que j'ai dit, tu es en pleine forme Hermione. Je suis heureux de te savoir si bien dans ta vie, actuellement. »
Elle se figea, les bras toujours légèrement levés et scruta le regard rieur du professeur. Elle venait de lui déballer toute la déchéance de son existence et tout ce qu'il trouvait à y répondre, c'était ça ? Sérieusement ?
Elle tritura le bas de son chemisier, pensive et une question s'imposa à elle avec la brutalité d'un pigeon se suicidant sur un pare-brise : Le célèbre docteur Firenze devenait-il sénile ?
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16h23 – Galerie du centre-ville, borne d'arcade « Donkey Kong » dans le hall d'entrée.
Le joystick fermement serré dans sa paume gauche et les doigts de sa main droite tambourinant furieusement les boutons, Draco pestait. À combien d'essais en était-il ? Impossible de passer cette plateforme. Son personnage chuta, encore une fois, et il envoya un poing rageur sur la console de la borne d'arcade tandis que résonnait dans le hall le son retentissant du « Game Over » déplaisant qu'il commençait ne plus supporter. Il grogna, fouilla ses poches à la recherche de quelques pence, et s'avoua vaincu quand il n'y trouva qu'un billet de 10 livres sterling. Il l'extirpa de sa cachette et le déplia entre deux doigts, observant le visage intemporel de Jane Austin s'étirer sur le papier polymèrisé.
Solitude.
Il soupira. Il était accoutumé à cette sensation.
Pourtant…Il se sentait...
Seul.
Comme avant. D'aussi loin qu'il se souvenait, il avait été seul. Totalement seul. Certes, il avait une gouvernante, la vieille Minerva. Elle cuisinait des plats équilibrés et nettoyait derrière le jeune Draco, elle racontait parfois des histoires et chantonnait en passant le balai, comblant le silence pesant qui étouffait le manoir tout entier. Elle le laissait parfois l'accompagner au marché, lui donnait le choix du souper ou l'observait peindre des dragons à la peinture verte. Mais jamais, jamais, elle ne donnait de câlins quand il se blessait et, finalement, ne se souciait pas plus qu'il n'était nécessaire de ce petit garnement qui traînait toujours dans ses jambes. La preuve en était sa démission lorsqu'il était entré à Poudlard. Elle avait rendu son tablier, embarqué ses effets et disparu sans un mot. Il était rentré lors des vacances d'été et Minerva s'était purement et simplement envolée, l'abandonnant au silence du manoir. Mère avait engagé Dobbie, surnommée Dobby par le petit Draco de 12 ans pour une raison qu'il avait oubliée, elle s'occupait du ménage mais elle était maladroite, ne chantait pas et passait son temps à s'autoflagellé. Un désastre qui restait secret puisqu'elle était majoritairement seule dans la vaste demeure familiale des Malfoy. Ensuite, il y avait eu le cuisinier, un homme bougon et qui passait l'entièreté de son temps à rouspéter à voix basse en essuyant ses mains moites sur son tablier sale. « Kreattur » le renomma un Draco venimeux alors que l'homme refusait fermement de lui faire des pancakes au petit-déjeuner.
Dans le petit village où il avait grandi, il y avait peu d'enfants. Une poignée de joyeux voyous refusant fermement de l'approcher. Ils l'avaient surnommés « Le Châtelain » et dans leurs petites bouches d'abrutis consanguins, c'était loin d'être un compliment. Ils se faisaient un jeu de salir ses jolis habits, ce qui contrariait fortement père quand il le croisait, tout boueux, si bien qu'il fut privé de sortie au village rapidement. Et, sa maigre chance de faire changer ces abrutis d'avis s'évapora par la même occasion.
Mère logeait à l'étage du Manoir, quelque part dans l'aile sud où il n'était pas autorisé à gambader. Elle faisait des apparitions une fois par dizaine, selon ses humeurs , passait une main fébrile dans la blondeur de sa progéniture puis posait l'une ou l'autre question d'un air détaché à sa nounou avant de remonter dans ses sphères personnelles sans plus se soucier de lui d'avantage. Père était en déplacements, toujours. Et quand il était là, c'était dans son bureau dont l'accès était, bien entendu, interdit.
Quelque chose lui heurta soudainement l'épaule et Draco, les yeux dans le vague, fixant un point flou quelque part entre l'écran noir de la borne d'arcade et le visage neutre de Jane Austin sur le billet tendu au creux de ses doigts, reprit brutalement contact avec sa réalité d'homme -presque- mûr de vingt-cinq ans, fleur de l'âge, et s'agaça d'autant d'apitoiement sur son enfance. Vraiment, il ne se savait pas aussi sensible.
Un second choc sur son épaule le fit se raidir et se retourner vivement, tombant ainsi nez à nez avec un petit courtaud à l'allure négligée et au visage ingrat.
« - Si tu comptes plus jouer, pousse-toi. » Siffla le petit porcelet.
Draco prit son temps pour passer au crible l'importun, analysant de haut en bas ce dernier.
Une vingtaine d'années, des cheveux mi-long gras, des boutons lui ravalant le visage, des Baskets de marque n'ayant certainement jamais eu le moindre aperçu de ce qu'était du sport, un training Adadas -copie bon marché des célèbres pantalons de sport- large et tombant mi-fesses pour laisser apercevoir l'élastique fluo de son caleçon -on a la classe ou on ne l'a pas- et un sweat-shirt de goût douteux mêlant des Pokemons et de la marijuana. À ce stade de son observation, Draco s'avoua vaincu et s'écarta légèrement, libérant l'accès à la console. Il ne faisait pas le poids face à un caïd pareil, allons allons. Puis il était las, de toute façon.
Il ricana sous cape et tourna les talons, laissant cette merveille de la génétique claquer le pognon de ses pauvres parents.
Il hésita a saluer à sa façon le galopin lorsque son téléphone sonna, le tirant de ses railleries mentales. Il décrocha dès qu'il aperçu le prénom de son hystérique d'amie, chose assez rare pour être mentionnée.
« - Draco ? » Glapit la voix féminine au bout du fil.
« - Pour vous servir, gente dame. » Ronronna-t-il.
« - Dès la seconde sonnerie ! Tu as décroché dès la seconde sonnerie ! Du premier appel ! Sans que je ne doive te menacer, saturer ta messagerie, ni... »
« - En réalité, Pansy, tu l'as fait. » La coupa-t-il. « Ce matin. » Précisa le blond avant de sourire largement « Au fait, sympa ta messagerie Pans', j'aime beaucoup ce petit côté ado mal dans sa peau qui envoie chier papa et maman. »
« - Je te remercie. » Ne s'offusqua-t-elle pas le moins du monde, l'habitude sans doute. Ou un je-m'en-foutisme plus prononcé que la moyenne des gens. « Du coup, tu as écouté mes messages, j'imagine ? » Le ton ironique laissait présager qu'elle connaissait la réponse.
« - Hm, hm » Approuva le blond, mentant effrontément « D'ailleurs, je suis vraiment désolé de te briser le cœur, ma douce, mais réellement un mariage entre nous ce serait beaucoup trop dangereux. Il y aurait fatalement des morts. Navré de te décevoir, je me doute que la désillusion doit être terrible. »
« - Ooooowh, naaaaan, Dray chou, comment oses-tu me faire un coup pareil ? » Chouina d'une voix aiguë son interlocutrice. Puis, comme si de rien était, elle coupa court aux diversions Malfoyennes : « Sois à l'agence dans trente minutes, faut qu'on cause mon adoré. Le choix de la robe, tout ça. » Il entendit un bruit de vomissement factice puis elle raccrocha.
Il leva les yeux aux ciel et s'étira mollement, jetant un œil à l'heure qu'il était. Bien, il avait le temps de passer au Starbucks Coffee, quelques rues plus loin, et d'embarquer un Mocha Frappucino pour la dingotte lui servant d'amie. Cela la mettrait de bonne humeur à coup sûr et peut-être qu'elle serait un brin plus supportable que d'habitude. L'espoir fait vivre, dit-on.
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17h32 – Embouteillages, quelque part dans le centre de Londres.
« - Et donc cette vieille harpie m'a fait privatiser un avion pour pouvoir emmener son chien dans les caraïbes. Sérieusement, comme si le clébard en avait quelque chose à faire d'aller siroter des noix de coco sur une plage de sable blanc. Il bave déjà par 25 degrés, tu imagines sous le soleil Cubain ? » Bougonna Pansy en triturant la paille de son café frappé. « Ne te méprends pas, je ne me soucie pas de son fichu clebs, c'est juste que je suis affligée devant tant de stupidités. » Elle claqua de la langue et mordit dans le morceau de paille qu'elle maltraitait depuis le début du trajet.
Draco, le front posé sur son volant, l'écoutait d'une oreille distraite tandis qu'ils n'avançaient pas d'un pouce depuis environ vingts minutes. Le temps qu'il avait fallut à Pansy pour raconter sa journée, et il était sûr qu'elle avait encore un tas de choses à dire. Parkinson avait toujours une multitudes de trucs, de ragots, d'infos sans intérêts et de potins hautement privés à déverser.
Alors, il fut surpris et releva même la tête de son reposoir de fortune lorsque le silence s'installa dans l'habitacle. Il lorgna sa comparse, le dos calé dans le siège de cuir, les pieds croisés nonchalamment sur le tableau de bord, ses lourdes bottes noires montantes aux lacets jaunes battant la mesure et le regard songeur. Elle secoua vivement la tête, se mâchouilla l'intérieur de la joue et tourna un visage sérieux dans sa direction.
Aie.
Il haussa un sourcil suspect et patienta. Si elle avait quelque chose à dire, elle ne pourrait le garder pour elle très longtemps.
« - Dray... » Prononça-t-elle prudemment et le sourcil du blond se haussa davantage « Je voulais sincèrement m'excuser. J'ai pas été très correcte avec toi et je... »
Elle s'interrompit et gonfla ses joues, cramoisies, refoulant l'agacement prodigieux que le large sourire railleur de Draco venait de provoquer.
« - Oh seigneur, Pansy Parkinson vient de me présenter des excuses ! Tous aux abris, apocalypse en vue ! » Glapit le blond, les yeux exorbités et la bouche ouverte dans une expression faussement choquée.
« - Dire que je me donne du mal pour un crétin pareil. » Cingla Pansy en ramenant ses bottes sur le siège, encerclant ses genoux de ses bras.
« - Vire tes pattes de mon siège ! » S'insurgea Draco, perdant soudainement le sens de l'humour. « Tout de suite, Pans'. Y'a des choses à pas faire. »
Elle ricana mais obtempéra en roulant des yeux. Draco et sa foutue voiture… Une vraie histoire d'amour mécanique.
« Dis Dray... » Chercha-t-elle à reprendre la conversation, une fois qu'ils furent calmés.
Malfoy marmonna un « hmm » qui devait signifier « je t'écoute » dans son langage mais ne tourna pas la tête, restant concentré sur le trafic à l'arrêt, commençant à perdre patience face à ce bouchon qui ne semblait pas du tout se résorber malgré les minutes s'écoulant.
« - Je voulais te dire, tantôt, quand je t'ai sonné le matin... »
« - Oui, oui, excuse acceptée, c'est oublié. » La titilla volontairement le blond »
« - T'es usant. J'suis pas du genre à ramper pour me faire pardonner, tu devrais le savoir. J'essaie juste de te dire avec un minimum de tact que ta mère m'a appelé et m'a chargée de te remémorer la soirée du gala Malfoy de vendredi. Et pour couper court à toutes jérémiades potentielles, tu es obligé d'y aller. Elle a parlé de te couper les vivres si tu persistais à n'en faire qu'à ta tête. Et je pense que cette fois, c'est sérieux. Elle était... » Pansy marqua une pause, retenant un frisson.
« - Glaciale ? » Suggéra un Draco sans une once d'humour et les yeux orageux.
« - Furieuse, je dirais plutôt. » Argua la brune. « Oh, elle te veut accompagner et en bonne compagnie, elle a insisté sur ce point, je pense qu'elle veut faire cesser les rumeurs par rapport à Astoria. » La jeune femme marqua une pause et dans un sourire totalement sadique qui signifiait qu'elle avait déjà une idée sur la question elle suggéra, mielleuse « Tu penses qu'Hermione est libre vendredi soir ? »
Draco s'imagina se pointer comme un prince au manoir, sa « roturière » comme disait si bien sa mère pendue à son bras. Pansy sur l'autre flanc et pourquoi pas essayer de convaincre Blaise, s'il était bien luné, de se joindre à la sauterie. Il sourit et, pour la première fois depuis longtemps, il envisagea les petites mondanités de ses parents comme une source d'amusement potentielle.
Mais pour cela, il devrait convaincre une certaine brune beaucoup trop sérieuse pour son propre bien d'accepter de l'accompagner.
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18h53 – Appartement du deuxième étage gauche.
Soupirant, Hermione enleva ses chaussures à talons d'un mouvement souple de la cheville, les envoyant valser dans le coin attribué à celles-ci, bien qu'elle ne prit pas la peine de les ranger soigneusement dans l'armoire dédiée. Fatiguée, elle se traîna jusqu'à la cuisine, ignorant volontairement Harry qui était recroquevillé devant la télé sous une montagne de plaids.
Le téléviseur gueulait à plein régime « These Boots Are Made for Walkin' » de Nancy Sinatra et elle haussa un sourcil, surprise.
« - Full Metal Jacket ? » Interrogea-t-elle du bout des lèvres.
« - Quoi ? » Grinça un Harry de méchante humeur en remuant légèrement sous les couvertures.
« - Tu regardes quoi ? » S'exaspéra une Hermione harassée et n'ayant pas la patience pour une énième chicane.
« - Aucune idée. » Le mouvement de tissus indiqua un haussement d'épaules « J'ai allumé la TV et y'avait ça qui passait. C'est sur des soldats américains au Vietnam. »
Ok. Donc Harry ne connaissait pas Full Metal Jacket. Elle estima le moment mal choisi pour le tancer sur son manque de culture ahurissant et sur le fait qu'il devait absolument se renseigner sur les œuvres de Stanley Kubrick qui était un réalisateur de génie, rien que ça. Elle ravala la flopée d'informations qui lui brûlaient les lèvres. Hermione et ses connaissances qu'elle ne pouvait s'empêcher de partager à tout va. Elle ferma les yeux, inspira, expira et se glissa dans le salon, observant rapidement la scène se jouant à l'écran.
« - Harry ? » L'appela doucement la brune, n'obtenant qu'un vague grognement en réponse « Tu ne penses pas que c'est stupide de se faire la tête uniquement parce que tu n'aimes pas Draco Malfoy ? »
« - Je t'arrête tout de suite ! Ce n'est pas que 'je n'aime pas' Draco Malfoy. Le truc, c'est que ce gars est un poison. Un véritable fléau. Il m'a pourri la vie, Mione ! Volontairement ! » Il remua tellement durant ce petit discours que ses couches de couvertures glissèrent progressivement, le laissant apparaître, tout énervé, au centre du canapé. « Rien que ce matin, rha, si tu avais vu sa tête à claque ! En plus il... »
« - J'ai compris, Harry, tu ne le supportes pas et il te le rends bien. » Il approuva sèchement du menton « Mais, tu ne peux décider ce qui est bon ou non pour moi. Ainsi, sache que vos querelles ne regardent que vous et que je ne m'en mêlerais pas. » Il sembla contrarié par cette dernière phrase mais ne pipa mot. Ainsi, Hermione comprit que c'était sa façon d'accepter la chose et elle se laissa tomber à ses côtés dans le sofa. Le débat était clos.
Harry soupira comme un bœuf puis passa son bras derrière les épaules frêles de la brune, faisant basculer sa petite tête bouclée contre son épaule. Hermione était la petite sœur qu'il n'avait pas eu la chance d'avoir et, par ce statut particulier, il ne pouvait lui en vouloir trop longtemps.
« - Ta visite, ce n'est pas un hasard, pas vrai.» Murmura-t-elle soudain si bas que sa phrase fut en partie mangée par le film. Mais le binoclard en saisi l'essentiel et coula un regard inquiet vers son amie.
« - Pas totalement. On va dire que je sais que ce n'est pas la période la plus évidente pour toi. »
Elle lui sourit brièvement.
« - Je vais bien, Harry. Je pense même envoyer un message à Georges, un de ces jours. » Avoua-t-elle doucement. Ce dernier l'observait, songeur.
« - Ca lui ferait assurément très plaisir. » Affirma lentement le grand brun. « Je suis passer à sa boutique, il y a quelques temps. Il est bien installé et ça marche plutôt pour lui. »
Hermione hocha la tête. Cette boutique de déguisements, farces et attrapes, ça avait été le rêve des jumeaux. Après tout, ils étaient loin d'être fait pour être marin -Georges subissait le mal de mer de façon si violente qu'il avait été souvent taquiné à ce propos- et ils étaient deux adorateurs des fêtes de tous genres. Georges était l'inventeur de gadget en tout genre, il était aussi celui qui avait l'imagination nécessaire pour les mener dans de grandes aventures, il créait des jeux, les tenant en haleine durant des heures. Fred, quand à lui, était plus artiste. Il façonnait les costumes, les déguisait tous, cousait mieux que la plupart des filles et grimait les bouilles comme personne. Il était la partie artistique et celui qui faisait des sottises de Georges un monde à part. Ils se complétaient. Deux faces d'une même pièce. Alors, que Georges honore la mémoire de son frère de cette façon, ça ne l'étonnait qu'à moitié. Elle sentit les larmes monter et refoula son chagrin tout au fond d'elle.
Pas ce soir, pas alors qu'elle avait Harry à ces côtés pour si peu de temps.
« - Je suis heureuse pour lui. » Se força-t-elle a articuler.
« - Tiens, si on se regardait un film, comme au bon vieux temps ? » Suggéra le garçon, ses yeux verts pétillant à l'idée et chassant ainsi instantanément le début de morosité de la brunette.
« - Excellente idée. Une remise à niveau de ta culture cinématographique te ferait le plus grand bien. » Asséna la jeune femme, levant le menton d'un air espiègle.
« - Ah non, pas un de tes films d'auteur lent à mourir » Gémit son invité «On a qu'a regarder Transformers ? » Proposa-t-il en papillonnant des cils. Mais le regard mi-outré mi-atterré de Hermione lui fit comprendre que non, c'était inenvisageable. « Les animaux fantastiques ? Il paraît que c'est génial. » Il leva l'index en l'air et ajouta prestement, sentant qu'elle allait protester « Et si tu n'aimes pas, la prochaine fois, tu choisis. Cela convient-il à madâaaame ? » S'inclina-t-il en moulinant du bras dans un salut théâtral.
Elle soupira, cachant son sourire derrière quelques mèches de cheveux hirsutes et agrippa un coin de plaid pour s'enrouler dedans.
« - Adjugé. »
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Alooooors !
Un verdict ? J'attends impatiemment vos retours, qu'avez vous aimé, qu'est-ce qui ne vous plait pas ? Firenze vous a-t-il conquis ? Quels sont les grands points à élucider selon vous? J'ai encore tellement de personnes à incorporer, de choses à mettre en place que j'en ai le tournis. Cependant, si vous avez des demandes particulières, un personnage que vous aimeriez voir apparaître, même brièvement, je peux y réfléchir.
La confrontation Harry-Draco se fait désirer mais pas d'inquiétudes, elle se profile !
Bref, j'espère à très bientôt ! Je me mets immédiatement à la suite tant que la fougue de la jeunesse m'habite !
Des bisous!
