Disclaimer: Ni l'auteure ni moi ne possédons House.

Auteure : Cardio Necrosis.

Traductrice : Saturne.

Plus que huit chapitres ! Bonne lecture !

A New Divide

Chapitre Neuf

Lorsque Wilson était entré dans le bureau de Cuddy pour demander la permission d'effectuer un test expérimental sur un patient, il ne s'attendait pas à voir House en train de lutter contre un tiroir. "Qu'est-ce que tu fous ?" demanda-t-il.

House qui se trouvait à genoux se releva précipitamment, et il fallut une seconde à Wilson pour se rappeler qu'il n'avait plus besoin de canne. "J'essaye de passer sous le bureau de Cuddy. C'est beaucoup plus pratique pour le sexe oral."

"Tu essayais d'ouvrir ce tiroir," fit-il remarquer en plissant les yeux soupçonneusement.

"Pourquoi t'as posé la question si tu connaissais la réponse ?"

"Pourquoi essayais-tu d'ouvrir le tiroir ?" corrigea-t-il.

"C'est là qu'elle garde ses préservatifs. J'en ai plus, alors je me suis dit que je pourrais en emprunter quelques uns. Hé, à propos de préservatifs, tu penses que tu pourrais me faire une ordonnance pour de la Vicodin ?"

Wilson cligna des yeux pendant quelques secondes, sans comprendre où était le rapport. "Quel rapport y a-t-il entre des préservatifs et des médicaments contre la douleur ?"

"Ils rendent tous les deux les fêtes du vendredi soir plus intéressantes. Alors, kest'en dis, mon vieux pote ? Tu veux bien mettre ta signature ?"

"Je croyais que le traitement à la kétamine avait guéri ta jambe ?"

"Vraiment ? Donc le gros trou du cul dans ma cuisse a complètement disparu ? Les merveilles de la médecine moderne." Il marcha en direction de Wilson. Wilson avait encore du mal à s'habituer au fait qu'il ne boite pas. "Ma jambe m'a fait mal tout à l'heure. Cuddy refuse de me faire une ordonnance."

Wilson leva la main, paume en direction de House, et secoua légèrement la tête. "Attends, que je comprenne bien. Ça fait au moins six ans que tu n'as pas utilisé correctement ta jambe, et elle te fait mal après que tu aies couru un nombre incalculable de kilomètres en marchant le moins possible." House le regarda en cillant, visiblement peu ravi de la description des faits que présentait Wilson. "La situation est peut-être catastrophique. Est-ce que tu as envisagé l'amputation ? Une autre opération ? A ta place je ne laisserais pas traîner un truc pareil."

"Contente-toi de me faire cette putain d'ordonnance, d'accord ?"

"House, écoute, tu es paranoïaque. Je le serais moi aussi si j'avais subi des années de douleur chronique. C'est tout à fait naturel."

House transféra son poids sur son autre pied et baissa brièvement les yeux vers le sol. "Tu ne comprends pas, Wilson. Ce n'était pas ce genre de douleur. Ça m'a fait mal... comme avant. Avant le traitement."

Il avait beau n'en avoir rien à foutre de House, il ne put s'empêcher de ressentir comme de la compassion. Il avança la main et la posa sur son épaule. House tressaillit comme s'il avait été brûlé, mais ne se recula pas. Wilson examina la cicatrice sur son cou, et se souvint tout à coup qu'il avait rêvé de House la nuit dernière. Alors qu'il se rappelait d'autres détails plus vivaces à propos de ce rêve en particulier, il rougit et chassa tout cela de son esprit.

"Ça va aller. Laisse faire le temps."

"J'ai laissé faire le temps !" cria-t-il en dégageant brusquement son épaule. "Tu crois que je te demanderais à toi si je ne pensais pas vraiment en avoir besoin ?"

"Justement, House. Je n'ai jamais dit que tu ne pensais pas en avoir besoin. Bien sûr que tu penses en avoir besoin – tu es un drogué, tu penses toujours que-"

"Je ne suis pas un drogué. Je ne l'ai jamais été. J'avais des douleurs chroniques. Il y a une différence."

Wilson n'avait pas envie de se lancer dans cette discussion avec House. Le premier pas à faire était d'admettre qu'on est accro – apparemment, House ne l'avait jamais fait. "Si tu le dis. Ce que je voulais dire, c'est que tu penses en avoir besoin alors que ce n'est pas le cas. Tu as été conditionné pendant des années – le moindre petit élancement de douleur signifiait que dans quelques instants tu souffrirais le martyre. Mais ce n'est plus le cas à présent. Douleurs, tiraillements ou même élancements sont tout ce qu'il y a de plus normal. En fait tu es vraiment très en forme pour ton âge."

House le regarda en haussant un sourcil. "Êtes-vous en train de dire que je suis bien foutu, Docteur Wilson ?" demanda-t-il, presque comme s'il flirtait.

Wilson leva les yeux au ciel et mit la soudaine palpitation dans son estomac sur le compte de l'excès de caféine et du manque de nourriture. "Je dis juste que tu dois te réhabituer. J'ai vu ça des centaines de fois – des anciens patients cancéreux qui ont terminé leur chimio depuis des années et qui se ruent en panique chez le docteur après une douleur à la poitrine. Tu as surmené un muscle que tu n'avais pas utilisé depuis des années. C'est tout, et tu es terrifié à l'idée que ça revienne."

House n'avait pas vraiment l'air de croire un seul mot de ce qu'avait dit Wilson. "Où est-ce que tu mets ton carnet d'ordonnances ?"

"Bien sûr, comme si j'allais te le dire."

House fit un pas de plus en avant, pénétrant l'espace personnel de Wilson. Il l'avait déjà fait auparavant – de nombreuses fois – mais en général c'était pour l'intimider. Depuis qu'il lui avait fait du chantage, Wilson avait fait de son mieux pour ne pas trop agacer House. Leurs conversations n'étaient pas exactement courtoises, mais ce qui était certain, c'est qu'ils ne se disputaient pas beaucoup. Cependant ils plaisantaient un peu, mais ça n'avait jamais dépassé le stade des remarques sèches et sarcastiques. Mais dernièrement ça avait été différent – peut-être était-ce parce que House avait failli mourir, mais Wilson s'était senti coupable pour toutes les choses horribles qu'il avait toujours dites sur lui. Il avait été plus aimable avec lui, même si c'était dur de ne pas tenter de fuir toute conversation avec lui comme il l'avait toujours fait. Mais là c'était différent – il entrait dans son espace, mais sans être menaçant.

"Tu es plus intelligent que tu n'en as l'air," dit doucement House avec un ton de voix qui, étrangement, parvint à assécher la gorge de Wilson.

Il se rappela comment il avait tenu tête à Vogler pour House qui lui faisait toutes sortes de farces sans aucune raison. A l'époque ça l'avait énervé, mais à présent, en y repensant, il n'avait pas l'impression qu'il avait essayé de l'agacer, mais plutôt... eh bien, de flirter avec lui. Il songea au fait que House n'était pas allé voir le comité d'éthique, et même s'il lui avait fait du chantage, il avait au moins eu la décence de l'avertir, ce que House, il le savait, ne faisait pas toujours.

"Merci pour le compliment."

House inclina la tête sur le côté et plissa légèrement les yeux. "Tu te soucies de mon bien-être." Ce n'était pas une question.

Avant que Wilson ne puisse dire quoi que ce soit, la porte s'ouvrit et House fit un grand pas en arrière, le visage complètement impassible. En même temps, Wilson ne voyait pas pourquoi ce ne serait pas le cas, puisqu'ils n'avaient rien fait. Même si son cœur n'était pas de cet avis.

"Oh bon Dieu, qu'est-ce qu'il y a encore ?" demanda Cuddy tout en allant droit vers son bureau, les effleurant au passage. "Tu n'aurais pas pu gérer ça tout seul ? Qu'est-ce qu'il a fait cette fois ?" Il regardait Wilson droit dans les yeux en parlant.

"Rien du tout," répondit-il.

House sortit du bureau presque en sautillant. "A plus !" lança-t-il avant que la porte se referme derrière lui.

Wilson attendit un moment avant de prendre la parole. "Qu'y a-t-il dans ce tiroir ?" demanda-t-il en pointant du doigt le tiroir que House avait essayé d'ouvrir.

"Mon carnet d'ordonnances pourquoi ?"

Wilson fronça les sourcils en réalisant. Bien sûr, pour quelle autre raison aurait-il voulu ouvrir son tiroir ? "Ce n'est rien," murmura-t-il sans trop savoir pourquoi il ne lui disait pas la véritable raison pour laquelle il avait posé cette question. De toute façon il avait comme l'impression qu'elle savait déjà.


En passant à côté de la salle de diagnostic, je remarquai à nouveau l'absence de Numéro Treize, et malgré moi j'imaginai Amber à sa place en train de se chamailler avec Taub et d'ignorer la drague peu subtile de Kutner. Je l'imaginai s'affronter à House, et tous les deux se balancer des insultes mais en rire juste après. Je l'imaginai rentrer à la maison et se plaindre auprès de moi à propos de quelque chose qu'il avait fait – mi-agacée, mi-amusée – alors qu'ils faisaient les diagnostics de dernière minute ensemble.

Je me demandai s'il en était arrivé à la conclusion qu'elle était exactement comme lui, ou si moi-même j'avais remarqué la ressemblance. Je m'imaginai quelle aurait été ma réaction lorsque House avait compris que c'était Amber qui était en train de mourir, si nous avions été tous deux incapables de comprendre pourquoi ils avaient été ensemble. Et moi, refusant de les laisser la réveiller car ça la ferait aussitôt mourir, et me demandant comment avait-il pu voir cette éruption sur son dos – pourquoi s'étaient-ils rencontrés dans un bar ? Pourquoi s'étaient-ils trouvés tous les deux dans le bus plutôt que dans la voiture de Amber ? Pourquoi n'avais-je pas su qu'elle était avec lui ?

Dans le passé j'avais été infidèle, et je n'aurais pas tardé à m'imaginer ce qu'ils faisaient ensemble. Je l'avais moi-même déjà fait, après tout. Je l'aurais détesté pour ne pas savoir, pour se pas se rappeler, et pour avoir visiblement couché avec la femme que j'aimais, et j'aurais souffert en pensant qu'elle m'avait trompé avec quelqu'un que je n'appréciais même pas.

Ça n'avait pas de sens – comment avions-nous pu travailler dans le même hôpital pendant si longtemps sans apprendre à nous apprécier ? Oui, c'était un connard complet et absolu, mais je ne voyais aucune raison pour laquelle je n'aurais pas ri à l'une de ses blagues, ni n'aurais eu de la peine pour lui lorsque Stacy l'avait quitté, ni ne lui aurais rendu visite à ce moment. Est-ce que l'unique raison pour laquelle nous nous entendions si bien dans mon monde, c'était parce qu'il avait payé ma caution ? Sans ce facteur clé, je n'aurais donc pas eu affaire à lui assez longtemps pour réaliser qu'en fait il m'amusait ? Ou cet univers s'était-il construit sur des ratés, et qu'il avait dit le mauvais truc au mauvais moment alors que je n'avais pas la moindre raison d'être conciliant ?

Je me rendis compte que j'avais observé fixement l'intérieur de la salle de diagnostic lorsque Kutner leva la tête et croisa mon regard à travers la vitre. Je secouai la tête et me dirigeai vers le bureau de House. J'y entrai, et il leva les yeux de son magazine pour me regarder.

"Tu m'as bipé," lui rappelai-je en mettant mes mains dans les poches de ma blouse blanche.

"Tout l'hôpital croit qu'on sort ensemble."

"C'est un des effets secondaires quand on raconte que c'est le cas," lui dis-je en allant sans me presser vers la chaise en face de son bureau, et m'y assis. Il me regarda en haussant un sourcil. "Ne me crois pas si tu veux, mais je savais quelles seraient les conséquences quand je lui ai dit que j'étais ton mec."

"Et tu t'en fiches."

Je haussai les épaules. De toute façon j'étais habitué à ce que les gens s'imaginent ça. Enfin, pas tout le monde, mais au moins la moitié de l'hôpital. Ça ne faisait que leur donner une preuve incontestable à tous que nous étions bien ensemble. "Qu'est-ce que ça peut me faire ? Laisse-les penser ce qu'ils veulent."

"Tu t'en fiches vraiment ?"

"Absolument. Pourquoi ? Pas toi ?" Je doutais sérieusement qu'il en ait quelque chose à foutre.

"Si, je m'en fiche. Bien sûr, ça va me compliquer la tâche pour culbuter Cuddy, mais j'aime bien les défis."

Nous échangeâmes un sourire, et sans raison particulière le silence devint embarrassant. Je repensai au moment où nous nous étions tenu la main devant son piano la nuit dernière, et où nous nous étions presque fait du pied, et au fait que j'avais toujours son bas de pyjama qui séchait chez moi et qu'il avait toujours mes affaires sales dans son appartement. Je me demandai s'il y avait pensé autant que moi, et s'il était en train d'y penser à ce moment même. Ça expliquerait pourquoi ce silence était soudainement devenu gênant.

"On déjeune ?" proposai-je, ne serait-ce que pour briser le silence.

"J'ai cru que tu ne le demanderais jamais. Attends une seconde." Avec une grimace, il se leva en pressant sa paume de main sur sa cuisse avant d'ouvrir la porte séparant son bureau de la salle de diagnostic. "Je vais à un rencard avec Wilson. Si vous avez besoin de moi les enfants, on sera en bas dans la cafétéria. Si vous ne nous y trouvez pas, vérifiez dans le placard du concierge."

J'eus un mince sourire et tâchai de retenir mon ricanement, puis le suivis hors du bureau. Il éclata de rire en ouvrant un tube de Vicodin, et je fronçai les sourcils en voyant le nombre de gélules qu'il goba.


"Comment tu as su que je n'aime pas les cornichons ?" demanda House après que je les aie retirés de son hamburger pour les mettre dans le mien.

"J'ai des images satellites," répondis-je sèchement, et l'ignorai lorsqu'il piqua une frite dans mon assiette.

House leva les yeux au ciel. "C'est encore une de tes recherches sur les antécédents ? D'abord, tu appelles l'ex, ensuite tu lis mon profil psychologique ? Tu connais aussi mon groupe sanguin ?"

"Bien sûr. C'est AB." Rien que pour voir son visage de décomposer, ça valait le coup. "J'ai lu ton dossier médical, House. Et ne fais pas comme si tu n'avais pas lu le mien. Quant aux cornichons, c'est assez flagrant que tu les retires à chaque fois que tu déjeunes. J'ai des yeux, tu sais."

Il plissa les yeux, et je doutais qu'il m'ait cru, mais je n'avais rien dit d'inconcevable, alors peut-être qu'il était juste en train de l'accepter de mauvaise grâce. "Eh bien, je te signale que moi aussi j'ai fait des petites recherches sur tes antécédents, tu sais."

"Vraiment ? Et qu'est-ce que tu as découvert ?"

"Rien que je ne savais pas déjà ou dont je ne me doutais pas." Il attrapa une de mes frites et la plongea dans le ketchup sans me quitter des yeux, comme s'il s'attendait à ce que je lui frappe la main d'un moment à l'autre. Comme je ne le fis pas, il la fourra dans sa bouche et mâcha.

"Comme quoi ?" insistai-je.

"Tu es du groupe sanguin O."


J'étouffai un bâillement en m'asseyant dans mon bureau et décrochai mon téléphone. J'écoutai un moment la tonalité avant de taper le numéro de Peter. Je m'adossai contre le dossier de ma chaise et attendis qu'il réponde.

"Allô ?"

"Salut, Peter."

Il y eut un court silence. "James ? C'est toi ?"

"Ouais."

Il y eut un autre silence, et, mal à l'aise, je changeai de position sur ma chaise. "Tu appelles pour Danielle ?" demanda-t-il au bout d'un moment d'une voix tendue, comme s'il n'était pas sûr de ce qu'il avançait.

Je fronçai les sourcils. Danielle ? Qui était Danielle ? Aujourd'hui c'était l'anniversaire des cinq ans de Jamie. N'est-ce pas ? "Je te demande pardon ?" dis-je lentement, en essayant de donner l'impression que je n'avais pas bien entendu, pour de pas avoir l'air confus à propos de quelque chose que j'aurais dû savoir. On était bien le vingt-neuf, sauf erreur ?

"Aujourd'hui c'est l'anniversaire de Danielle. C'est pour ça que tu as appelé ?"

Danielle. Ils l'avaient appelée Danielle, pas Jamie. De là d'où je venais, ils l'avaient appelée Jamie en mon honneur. Mon cœur sembla s'arrêter, et mon bureau se rétrécir. Mes yeux se mirent à me brûler et je me raclai la gorge pour chasser la boule qui s'y était formée. "Hum, ouais," marmonnai-je en me sentant encore plus mal que lorsque j'avais découvert que j'avais dit à mon assistante que je n'étais pas là si mes parents appelaient.

"Attends une seconde. Danielle !" cria Peter, assez fort pour me faire tressaillir. "Elle va arriver dans une seconde."

"Oui, papa ?" l'entendis-je demander. Sa voix était exactement comme dans mes souvenirs, mais je ne voyais pas pourquoi ça n'aurait pas été le cas. Son prénom avait changé – ça ne voulait pas dire qu'elle aussi avait changé.

J'entendis un bruit, comme s'il avait recouvert le combiné de sa main. "C'est Oncle James," annonça-t-il, sa voix était étouffée, mais je pouvais tout de même entendre. Apparemment, il n'avait pas assez bien recouvert le combiné.

"Qui ?"

"Ton oncle." Le silence qui suivit me fit monter les larmes aux yeux, et je ne savais pas si c'était parce que je ne pouvais plus les entendre à travers sa main, ou s'ils se taisaient. "Celui qui a trompé ta tante Bonnie," ajouta-t-il comme explication.

"Je n'ai pas envie de lui parler."

"Danielle, fais-le," marmonna Peter.

J'avais le cœur au bord des lèvres, et j'avais beau essayer, impossible de le ravaler. "Allô ?" dit-elle d'une voix bien distincte, maintenant que Peter ne couvrait plus le combiné de sa main.

"Salut, Danielle," dis-je en tâchant de ne pas avoir l'air trop faux ni contrarié (et je butai sur son prénom, trop habitué à l'appeler Jamie.) "Joyeux anniversaire."

"Oui, merci. Enfin bon, parle à mon père."

"C'était sympa d'avoir de tes nouvelles, James," dit-il d'une voix basse, comme s'il ne voulait pas que quelqu'un d'autre l'entende. "C'est en quel honneur ?"

"Je voulais juste lui souhaiter un bon anniversaire."

"Est-ce que tu sais au moins à quoi elle ressemble ?" demanda-t-il, et j'entendis une porte claquer à l'autre bout du fil. Sa voix était plus forte à présent.

Bien sûr que je savais à quoi elle ressemblait. J'étais allé les voir assez souvent pour connaître sa chanson préférée, savoir qu'elle avait tellement regardé The Great Mouse Detective que Peter l'avait caché dans sa chambre pour qu'elle ne puisse plus leur faire subir ça, et qu'elle détestait Pinocchio parce qu'elle faisait des cauchemars sur des baleines à chaque fois qu'elle le regardait. Je savais qu'elle se disputait tout le temps avec son petit frère – généralement parce qu'il avait cette manie de lui tirer les cheveux.

"Peter, je-"

"Je ne veux pas écouter tes excuses. Écoute, je suis content que tu aies appelé, mais à quoi tu t'attendais ? Ça fait des années que je n'ai aucune nouvelle de toi, et tout à coup tu veux parler à ta nièce que tu n'as jamais rencontrée ? Je ne sais pas pourquoi tu crois qu'on te hait tellement, mais tu fais tout ce qu'il faut pour qu'on s'y mette. D'abord, toute cette histoire avec Danny, et ensuite les tromperies... Qu'est-ce que tu essayes de faire ? Tu es un docteur, pour l'amour de Dieu. Pourquoi faut-il que tu te comportes comme si on te devait quelque chose ?"

"Peter, je suis désolé, vraiment, je-"

"Si tu veux qu'on te pardonne, que dirais-tu de venir en personne pour une fois ? On fait tous des erreurs. Personne n'est parfait, James – pas même toi. Et personne ne t'en voudra d'avoir foiré. Mais si tu ne viens pas nous voir, même ça tu vas le perdre, tu m'as bien compris ?"

Peter et moi avions toujours été proches. Bien sûr, on se disputait de temps en temps, mais en temps normal nous nous entendions très bien. Il avait toujours été le premier à me faire la leçon quand je faisais quelque chose de mal, alors oui, j'avais toujours évité de lui raconter mes erreurs, mais de toute façon il finissait toujours par les apprendre.

"Peter, je suis désolé. Je ne sais même pas pourquoi je... pourquoi je vous ai évités."

Peter laissa échapper un long soupir. "Je suis désolé que tu aies l'impression d'être un raté. Et peut-être que j'aurais dû être plus présent pour toi. Peut-être que j'aurais dû être ton témoin." Je fermai les yeux à ce souvenir. Son refus m'avait blessé. Mais à la place j'avais demandé à House d'être mon témoin, alors ça ne m'avait pas fait aussi mal que ça l'aurait fait si je n'avais eu personne pour prendre sa place.

"Ce n'est pas de ta faute. Tu m'as expliqué pourquoi tu refusais," lui dis-je d'un air morne. Et j'avais expliqué pourquoi j'avais choisi House pour prendre sa place, et il n'avait pas du tout été en colère. Il avait très bien compris.

"Ça fait plaisir d'avoir de tes nouvelles. La prochaine fois, n'attends pas aussi longtemps pour appeler, ok ?" La manière dont il avait dit ça, c'était comme s'il voulait abréger la conversation.

J'acquiesçai, avant de me souvenir qu'il ne pouvait pas me voir. "Je suis désolé."

"Écoute, je dois y aller. La fête d'anniversaire, de Danielle, tu sais." Il raccrocha sans dire aurevoir, et je sentis mon estomac se retourner.

Je raccrochai moi aussi et regardai fixement le téléphone pendant un long moment. Je n'avais pas réalisé à quel point le fait d'être ami avec House avait affecté ma vie, et maintenant que je savais, je ne comprenais pas comment j'avais pu penser que nos vies seraient meilleures sans cette amitié.


Wilson n'aimait pas Tritter. Il y avait quelque chose de pas net chez lui. Ce n'était pas parce que c'était un flic – en temps normal, Wilson respectait les flics. Mais ce comportement froid et trop calme le dérangeait de la même manière que ça l'avait dérangé de voir Ted Bundy faire le charmeur avec son sourire séducteur pendant son procès. Il était grand et avait les épaules larges – même plus grand que House – et il se promenait dans l'hôpital comme s'il lui appartenait.

Il avait entendu que House avait dû passer la nuit en prison – Cuddy avait payé sa caution. Elle n'avait pas été ravie, et quand Wilson lui avait demandé la permission d'utiliser l'IRM, il avait remarqué qu'elle était contrariée et lui en avait demandé la raison. En temps normal, Cuddy n'était pas du genre à étaler ses problèmes, mais dernièrement elle avait été stressée – il ne savait pas si c'était seulement dû à House ou à quelque chose d'autre dans sa vie.

Il ne savait pas pourquoi House s'était retrouvé en prison, mais il était certain qu'il l'avait mérité.

Ce qui le gênait, par contre, c'était le fait que Détective Tritter traînait dans l'hôpital depuis quelques jours et posait des questions à l'équipe de House. Il s'en fichait, vraiment – jusqu'à ce qu'il subisse à son tour l'interrogatoire.

C'était stupide, mais il avait peur que House crache le morceau au sujet de Grace, ne serait-ce que pour attirer l'attention ailleurs que sur lui. Il s'inquiétait pour la bouteille de Jack Daniels qu'il avait récemment cachée dans son bureau, et se demandait si son haleine sentait le tabac. L'un de ses patients était mort, et il avait été stressé. Il était sorti prendre un peu d'air frais, et un infirmier lui avait proposé une cigarette. Il avait repensé à cette unique fois où il avait fumé en école de médecine et que ça l'avait calmé, et il l'avait acceptée, la fumant avec hésitation en tâchant de ne pas tousser. Ça lui avait brûlé la gorge et griffé les poumons, mais après un moment ça le'avait rempli d'une sorte de chaleur qui chassa de son esprit les yeux de l'enfant mort.

Il savait qu'il n'y avait rien d'illégal à propos de la cigarette qu'il avait fumée moins de dix minutes auparavant, et il doutait fort que Tritter ait trouvé la bouteille de Jack, mais tout de même, son cœur loupa un battement lorsqu'ils échangèrent un regard et que ceux de Tritter semblèrent le transpercer, presque comme s'il pouvait voir tout ce qu'il avait fait dans sa vie.

Tritter mâcha son chewing-gum à la nicotine calmement, comme pour le narguer. "Votre bureau est juste à côté de celui de House," déclara-t-il, comme si Wilson n'était pas au courant.

"Oui," répondit-il (même si ça n'avait pas été une question) en hochant de la tête.

"Vous travaillez avec lui depuis environ treize ans, est-ce correct ?"

"A peu près," approuva-t-il.

Tritter acquiesça, et même s'il n'avait rien fait de mal, il eut comme l'impression d'avoir laissé échapper quelque chose de compromettant. "Gregory House est un drogué. Sa dépendance aux narcotiques peut mettre ses patients en danger je pense que quelqu'un de raisonnable devrait le remarquer."

Wilson soupira. "C'est un drogué, mais c'est un bon docteur."

Tritter plissa les yeux. Apparemment, ce n'était pas ce qu'il voulait entendre. Il avait probablement entendu dire que Wilson et House ne s'appréciaient pas, alors ça l'avait sûrement surpris. "Vous a-t-il déjà demandé de lui faire une ordonnance ?"

Wilson hocha de la tête. "Quelques fois."

"Et l'avez-vous fait ?"

Wilson secoua la tête. "Non," répondit-il sincèrement. Il se rappelait que House le lui avait demandé plusieurs fois après son traitement à la kétamine, mais il n'avait jamais cédé. Il avait même caché son carnet d'ordonnances sous clé de peur qu'il ne le lui vole comme il avait essayé de le faire avec celui de Cuddy lorsqu'il l'avait surpris.

Les yeux froids de Tritter le transperçaient, et Wilson se sentit mal. Il avait l'habitude de House qui parvenait à l'intimider quand il en avait envie, mais ça ne lui foutait pas les jetons comme maintenant.

"Pourquoi avez-vous refusé de les lui faire ?" demanda-t-il après un long silence.

"Parce que je le hais," lui dit-il sans détour. Dit comme ça, ça sonnait tellement dur et injuste, et il en ressentit presque de la culpabilité.

Le sourire de Tritter ne fit rien pour calmer ses nerfs. Il posa une carte sur la table entre eux deux et la glissa lentement vers lui. "Je voudrais que vous appeliez ce numéro si House fait... quoi que ce soit dont vous pensez que je devrais être au courant," ordonna-t-il doucement.

Wilson prit la carte et regarda Tritter se lever et s'éloigner.

Sans savoir pourquoi, Wilson jeta la carte aussi vite que possible. Rien que le fait de la tenir semblait le salir comme s'il avait signé un pacte avec le diable.

Tritter se pointa encore quelques fois à l'hôpital – il avait même entendu dire qu'il avait fouillé l'appartement de House – mais il ne sut pas si le détective y avait découvert quelque chose ou non, et House s'en sortit indemne.