Titre : Another Chance
Auteur : Yuki Shuhime et Ombrepluie
Type : Fiction Longue, Chapitre 8
Univers : Harry Potter
Rated : M
Couple : Lucius Malfoy/Sirius Black
Résumé : Et si lorsque Sirius était passé à travers le voile, il n'était pas mort ? Et si au lieu de prendre, le voile pouvait offrir ? Offrir une autre chance.
Disclammer : Tout à JKR
Chapitre 8
En quelques instants, l'ordre relatif de la Grande Salle se mua en un immense capharnaüm. A chaque table, les préfets s'étaient levés et entrainaient derrière eux une flopée de première année égarés et impressionnés, les plus anciens se rendant eux-mêmes à leur dortoir, après s'être renseignés au sujet du mot de passe auprès des préfets.
Sirius laissa son regard se perdre sur les tables les plus éloignées des siennes. Chez Gryffondor, il distinguait Potter et ses deux acolytes, suivis de près par Lily Evans, qui marchaient sagement derrière un couple de lions à l'air niais. Discrètement, Severus se pencha vers lui pour murmurer une remarque quelconque à propos du ciel magique.
Sirius pouffa de rire en lui expliquant le charme qui permettait au plafond d'imiter à la perfection le ciel, s'adaptant à la saison bien sur, mais aussi au temps du jour. Fasciné, Severus enchaina sur une question au sujet des tables qui venaient de se vider par magie, ne laissant sur les longs pans de bois, que des nappes blanches immaculées.
Occupé à lui répondre que c'était les équipes d'elfes de Poudlard qui servaient et desservaient les tables, Sirius se promit d'offrir à son ami « L'Histoire de Poudlard », un ouvrage fort utile qui permettrait sans doute au jeune garçon d'apprivoiser plus facilement le château. Finalement, le brun abandonna sa surveillance de la table des lions lorsqu'il se rendit compte que les Serpentards étaient les seuls à rester plantés au milieu de la grande Salle.
Tous les autres préfets avaient déjà emmené leurs protégés en direction de leur salle commune respective. Daphné, qui comptait les élèves sous sa responsabilité, s'assura qu'il n'oubliait personne avant de faire se regrouper tout le monde devant lui.
« Bien, tout le monde est là ? Alors allons-y les Choupies ! Annonça le préfet avec enthousiasme. »
Un murmure diffusa dans le petit groupe de première année, peu comblés de se faire ainsi dénommer. Mais personne n'osa protester au vue du regard glacée qu'envoya Narcissa à deux jeunes garçons joufflus à l'air crétin. Tranquillement, presque instinctivement, les élèves se rangèrent deux par deux et avancèrent groupés entre Daphné à l'avant qui prenait son rôle de guide très à cœur, et Narcissa à l'arrière qui fermait la marche.
« Et là mes trésors, c'est le Hall ! Vous êtes rentrés par ici tout à l'heure, signala Daphné en faisant un nombre troublant de moulinets avec ses bras, donnant le tournis à Severus qui buvait ses paroles. Bien maintenant, nous allons descendre dans les cachots ! Depuis la création de Poudlard, la maison de Serpentard a toujours été implanté dans … »
Severus fermait à peine les paupières, plissant les yeux, signe qu'il se concentrait intensément pour retenir toutes les informations que lui offrait le préfet. Sirius pouffa à nouveau avant d'attraper Severus par le bras pour l'obliger à se calmer un instant.
« Sev', murmura le brun, calme toi, ne t'inquiète pas, tout ce que dit Daphné est dans « L'Histoire de Poudlard ». Tu verras, dès que tu auras ce livre, tout deviendra limpide. »
Severus hocha timidement la tête et continua de suivre son ami, un peu honteux de se montrer si inculte dès le premier jour. Derrière les deux garçons, une silhouette fine marchait d'un pas souple, se rapprochant toujours plus d'eux. L'instinct de Sirius et son sens inné de la paranoïa le renseignèrent sur la présence de la fouineuse qui se penchait pour écouter leur conversation. Subitement, il fit volt face, laissant Daphné et le groupe de Serpentard prendre de l'avance. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il réalisa que la fouineuse n'était autre que Sowan McCloy, la fameuse héritière du clan écossais.
Sirius soupira et pointa un index inquisiteur sur la poitrine de la brunette. Dans son dos, Severus restait en retrait, attendant de voir ce que la jeune fille aurait à dire pour sa défense.
« Pourquoi tu nous suis comme ça ? Demanda Sirius en haussant un sourcil interrogateur.
-Je ne vous suis pas, répondit Sowan avec aplomb, je marche ici c'est tout. »
Il y avait de l'arrogance dans sa voix et Sirius ne sut dire s'il aimait ça ou s'il détestait ça. Severus lui aussi semblait mitigé. Mine de rien, Sowan l'impressionnait et le fait de connaitre son rang et ainsi de se retrouver au milieu d'une sorte de choc des titans lui faisait peur.
« D'ailleurs, pour l'héritier des Black, je ne te trouve pas très poli ! Tu n'as même pas répondu à mon parchemin. L'as-tu seulement lu, hun ? Attaqua Sowan en se redressant, dévoilant une carrure de chef derrière les frêles épaules d'une jeune fille.
-J'ai lu, mais je n'ai pas l'habitude de troubler le repas de mes amis et moi-même pour répondre aux lubies fantasques d'une écossaise fraichement débarquée de ses tourbières ! »
Cette réponse aurait pu à elle seule engendrer une affaire d'état, mais au lieu de s'insurger de cette remarque Sowan éclata d'un rire cristallin en lançant ses cheveux par-dessus ses épaules d'un élégant mouvement du poignet.
« Sowan McCloy, ravie de te rencontrer ! Ajouta finalement la brunette en tendant une paume volontaire à Sirius, plus décontenancé, qui semblait peser le pour et le contre de serrer cette main. »
Un regard insistant de Severus et un timide hochement de tête convainquit Sirius qui présenta sa propre paume, mi-horripilé mi-amusé et serra vigoureusement celle de Sowan, autant pour l'impressionner que pour tâter de sa poigne. Etonnement, Sowan répondit à la poignée de main avec une force que son corps fin ne laissait supposer.
« Sirius Black, marmonna le brun en détournant le regard. Viens Sev', on devrait avancer ou Cissa va finir par nous tuer.
-On pourrait peut être lui proposer de nous accompagner, suggéra Severus en regardant Sowan qui les observait à nouveau avec une insistance qui le mettait mal à l'aise.
-Quoi ? Protesta Sirius.
-Oh quelle bonne idée ! Comment t'appelles-tu ? Demanda gentiment Sowan en se penchant vers Severus, le fixant de ses grands yeux bleus.
-Je … Severus Snape, je m'appelle comme ça, en fait, répondit-il, toujours impressionné en lançant un sourire timide et gêné.
-Oh mais tu es le fils Prince, c'est ça ? Conclut Sowan. Je suis enchantée de faire ta connaissance, Severus !
-Moi … Moi aussi, Sowan. »
Le jeune fille pouffa et attrapa le bras de Severus pour l'entrainer à sa suite vers la porte menant aux cachots, devant laquelle s'amoncelait la troupe de première année. Daphné était apparemment perdu dans un discours sur les différents couloirs et les salles qu'ils comportaient.
Poudlard était immense, et comme les en informa bientôt le préfet, il était facile de se perdre, surtout quand les escaliers aimaient changer de direction. Il fallait donc rester vigilant. En voyant le drôle d'air de Severus, Sirius se pencha vers lui, lui demandant ce qui n'allait pas. Immédiatement, Sowan s'approcha aussi. Ses manières de fouine faisait grincer des dents Sirius qui afficha une moue boudeuse avant de poursuivre.
« Oh rien, je sens juste que je n'ai pas fini de me perdre ici.
-Comment ça ? S'interrogea Sirius en fronçant le nez.
-Je n'ai aucun sens de l'orientation, avoua-t-il tout bas.
-Ne t'inquiète pas, répondit le brun d'une voix douce. Le mien est très fiable. Puis, s'il le faut, on dessinera une carte, ajouta-t-il avec un clin d'œil taquin.
-Oh comme ce serait fascinant de créer une carte de Poudlard. Je suis sur que ce serait très amusant, intervint Sowan en battant des mains. Nous pourrions trouver des passages secrets et aussi … »
Sirius grogna un peu, soulevant ainsi subtilement qu'il ne s'adressait pas à la jeune fille mais à son ami.
« Et pourquoi pas devenir des Animagi aussi hun ? Rétorqua-t-il avec ironie.
-Je ne pense pas que tu es le niveau, mon cher Sirius ! Répondit Sowan d'un sourire taquin. »
Sirius soupira et s'efforça de ne pas répliquer. Il ne connaissait cette jeune fille que depuis quelques heures si on considérait le voyage en barque, et déjà il parvenait à la cerner. Le caractère trempé dont elle faisait preuve, et cette effronterie horripilante étaient tellement semblable à sa propre personnalité que s'en était déconcertant.
Aussi, Sirius sentait qu'il ne se débarrasserait pas d'elle de si tôt. Et puis, Severus semblait l'apprécier, observa-t-il en regardant la brune attirer Severus contre le mur pour lui montrer une jolie tapisserie. Il soupira à nouveau, conscient qu'il finirait surement par adorer cette jeune fille espiègle si semblable à lui-même.
Puis, il se concentra à nouveau sur Daphné qui s'activait plus que jamais, bientôt coupé dans son enthousiasme par un toussotement de Narcissa lui indiquant de poursuivre sachant qu'il était déjà tard. Le châtain secoua bien vite la tête avant d'entrainer les premières années dans un couloir sombre en déclive, éclairé de quelques torches brûlant dans leurs alcôves.
« Ici mes trésors, vous êtes dans les cachots ! Vous devrez passer par ici pour rejoindre la Salle Commune mais c'est aussi le seul moyen d'accéder aux cours de potions, aux laboratoires et aux cours de runes, expliqua Daphné en leur adressant un sourire charismatique. Ca peut paraitre un peu effrayant de prime abord mais vous verrez que les cachots ont quelque chose de très chaleureux. Et puis c'est un moyen sûr pour décourager les petits curieux qui n'ont rien à faire ici. »
Après avoir descendu un escalier aux marches escarpées, s'enfonçant plus loin sous terre, les premières années, guidées par Daphné arrivèrent devant une statue d'albâtre. Elle représentait Salazar Serpentard, un serpent enroulé autour de son cou.
Sirius entendit Severus soupiré en admirant la finesse de la sculpture, se retenant de caresser le marbre qui semblait si doux. Sowan qui s'était glissé distraitement dans son dos, susurra au brun :
« Il est mignon, hein ? »
Sirius faillit s'empourprer en sentant le parfum fruité de Sowan dans sa nuque. Même s'il n'aimait pas le reconnaitre, la brunette avait raison. Severus était adorable dans ses réactions enfantines qui lui rappelaient Regulus. Il avait cette innocence candide propre aux sangs-mêlés, imbibés de magie depuis leur plus jeune âge mais préservés du monde féroce de l'aristocratie.
Dans un sens, il l'enviait. Severus avait du vivre une enfance qui ressemblait à ce qu'une enfance devait être. A l'abri dans un cocon familiale où sa seule présence était une joie pour ses parents, Severus avait du connaitre le bonheur simple d'être né d'un couple d'amants voulant unir leurs âmes dans le fruit de leurs entrailles.
Severus ignorait tout de la pression qui pouvait peser sur ses épaules dès qu'il avait su qu'il serait l'héritier du clan des Black. Il ne savait rien de la chape de plomb qui l'encerclait en permanence, cette tension qui l'oppressait à chaque geste, se sentant observé, scruté, détaillé dès qu'il faisait quelque chose.
« Il a de la chance, hein ? Ajouta Sowan, son souffle frais chatouillant les petits cheveux de son cou. »
Pour la première fois, Sirius sourit à la jeune fille. Une sourire franc et sincère signifiant qu'il comprenait parfaitement ce qu'elle voulait dire, autant qu'elle avait compris ce que lui avait pensé. L'intuition qu'il avait eu par rapport à Sowan semblait déjà se concrétiser, songea-t-il amusé.
« En effet. Il n'en a sans doute pas conscience …
-Malheureusement, soupira-t-elle en contournant Sirius, une main sur son épaule avant de rejoindre Severus. »
Devant eux, Daphné attendit que les derniers trainards soient arrivés devant la statue pour donner le mot de passe en conseillant aux élèves de surtout bien le mémoriser. Dès qu'il murmura « Narcissus Narcosis », la statue s'ébranla, vibrant doucement pour finir par pivoter lentement, dévoilant une ouverture béante, comme une plaie dans les vieilles pierres de calcaire.
Un murmure d'excitation parcourut les premières années et personne n'osa bouger avant que Daphné n'ouvre une fois de plus la voie. Il descendit un grand escalier en pierre grise imposant et un peu lugubre, entraînant ses protégés dans son sillage. Dès que Daphné arriva à la dernière marche, il sauta rapidement sur le tapis pour dégager l'entrée.
Les nouveaux Serpentards rejoignirent ainsi une salle immense et magnifique, bercée de la lumière tamisée des torches qui se consumaient dans les petites niches sombres et de la bûche énorme qui flambait dans la cheminée. Un délicieux parfum de jasmin et de lys chatouillaient les narines de Sirius qui contemplait la Salle Commune que son père lui avait maintes fois décrit.
A ses côtés, Severus observait chaque détails du mobilier avec fascination, découvrant chaque parcelle de ce havre qui deviendrait sa maison pour les sept années à venir. Sowan était toujours pendu à son bras et lui expliquait à voix basse, les scènes historiques représentées sur les tableaux ou l'utilité des objets magiques posés ça et là. Sirius mit quelques secondes de rêvasserie à rejoindre Severus et les trois nouveaux serpents se retrouvèrent prêt de l'arche par laquelle ils étaient entrés pour détailler la pièce.
Sofas et fauteuils en cuir noir entouraient le manteau de marbre anthracite d'une cheminée qui aurait pu contenir une troupe d'elfes de maison assez conséquente. Des draperies de velours vert foncé et argent tombaient lourdement contre les pans de mur de gray, recouvrant parfois les boiseries sombres qui renforçaient les différentes alcôves creusant la roche.
Partout dans la pièce, des meubles en bois précieux servaient de support à des élèves travaillant à la lueur d'une chandelle, ou d'affichage pour les annonces de la maison. Des chaises duveteuses et des pouffes moelleux se trouvaient ça et là, face aux bureaux d'ébène et aux tables de chêne. Des tapis d'Orient à l'emblème des Serpentards ornaient le sol, épousant la plante des pieds des années supérieures qui trainaient encore dans la Salle Commune à pied nu.
« Voici la salle commune des Serpentards, notre maison à tous mes Chéris ! Il n'y a pas vraiment de règles à respecter ici, à part celles qui s'appliquent habituellement en société. Mais ne laissez pas traîner vos affaires partout, s'il vous plait, ou on ne s'y retrouvera plus et au bout de trois jours, ce sera le capharnaüm ! Les garçon, venez avec moi, je vais vous montrer le dortoir des première années.
-Mesdemoiselles, fit la voix cristalline de Narcissa, suivez-moi je vous prie. »
Du côté des garçons, Sirius jeta un regard autour de lui et scruta les quelques visages sur lesquels il pouvait déjà poser un nom : près de la cheminée, il y avait Vermillion Avery et à côté de lui, Gustave Crabe et Carrow Goyle, deux gorilles qui dépendaient du clan Malfoy. Sirius distinguait aussi deux garçons blonds qui se ressemblaient vaguement et qui se tenaient timidement dans le fond de la pièce. Ce devait être des sangs-mêlés car Sirius ne les connaissaient pas.
Du côté des filles, Sirius et Severus connaissaient bien sur Sowan McCloy qui détaillait le groupe de fille près de Narcissa. Il y avait quatre autres filles dans leur promotion, mais ils n'en connaissaient aucune. Instinctivement, Sirius pensa qu'il y aurait déjà beaucoup à faire avec Sowan qui semblait s'être auto-déclarée leur amie. Même si évidemment, quelques gloussements retentirent lorsque Narcissa entraina les jeunes filles vers une porte à droite de l'entrée.
Le groupe se scinda donc en deux, et entre les élèves qui avaient déjà sympathisé, il y eut quelques « bonne nuit » d'échanger avant que chacun ne monte de son côté. Sirius salua donc Sowan d'un bref hochement de tête alors que Severus lui, secouait la main pour lui souhaiter bonne nuit. La brunette répondit d'un sourire charmant et d'un clin d'œil complice à Severus qui rougit fortement.
Les deux garçons se dirigèrent donc vers le préfet qui les attendait près de la porte de gauche. Daphnée les entraina dans un escalier en colimaçon nettement plus élégant que celui, sinistre, qui leur avait permis d'arriver dans la Salle Commune. Il leur expliqua que les dortoirs allaient de plus en profondément et remontaient avec les promotions. Ainsi, le dortoir des premières années se trouvaient au septième sous-sol alors que les septièmes années dormaient dans la pièce attenant à la Salle Commune.
« Voila votre petit cocon mes poussins ! Un lit chacun, une armoire pour deux et la salle de bain est là, indiqua-t-il en pointant du doigt l'intérieur de la pièce. »
Rapidement, Daphné les abandonna sur le pallier en leur souhaitant à tous une bonne nuit. Sirius et Severus rentrèrent les premiers dans le dortoir, admirant les yeux écarquillés. Des lits à baldaquin entourés de lourds rideaux en velours vert leur tendaient les bras.
Au milieu de la pièce ronde, un amoncellement de malles et de valises attendaient sur un tapis duveteux, de retrouver leur propriétaires. Chaque lit possédait une table de chevet avec tiroir et une commode profonde se trouvait entre chaque paire de lit. De l'espace sous le sommier leur permettrait d'y glisser leurs bagages vides.
La tentation de se jeter sur le matelas qui semblait si moelleux et de se glisser dans les draps de soie démangea Severus qui préféra ne pas bouger tant que Sirius ne faisait rien, bien trop apeuré de commettre un impaire par rapport aux nombreuses règles des sangs-purs.
Et en effet, personne n'osa s'approcher de son lit : Carrow et Gustave restaient en retrait alors que Vermillion se rapprochait de l'un des lits qu'il avait sans doute repérer. Mais bien sur, les deux blonds sangs mêlé qui ignoraient les règles non écrite des sang pur s'avancèrent pour choisir un baldaquin. Ils comprirent toutefois bien vite leur bêtise en sentant les regards hostiles des autre garçons pesés sur eux.
« Qu'est-ce qui se passe ? demanda Severus perplexe.
-Ils attendent que je choisisse mon lit, expliqua Sirius. C'est un peu comme pour le placement à table, c'est au chef de clan de s'installer en premier … »
Sans faire de cérémonie, il se dirigea vers l'un des lits et se laissa tomber sur le matelas, avant de lancer un sourire amicale aux autres élèves. D'un signe de tête, il permit à Crabe, Goyle et Avery de s'assoir à leur tour, avant d'indiquer à Severus de prendre le lit à la gauche du sien. Les deux sangs mêlés attendirent néanmoins qu'il dise quelque chose, se gardant bien de commettre une nouvelle erreur.
« Bonsoir, je m'appelle Sirius Black et vous ? Demanda-t-il gentiment en leur souriant.
-Je suis Zachary McKenzie, répondit le plus grand des deux blonds en tendant une paume que Sirius serra avec joie.
-Et moi c'est Glenn Wenthworth, ajouta le plus petit en tendant sa main à son tour.
-Ravis de vous connaitre ! Voici Severus Snape, dit-il en présentant son ami qui serra timidement leurs deux mains dans la foulée. »
Les deux blonds repartirent vers leur lit tranquillement avant de ranger succinctement leurs affaires. Sirius se concentra à nouveau sur sa malle, fouillant la masse de bric-à-brac pour trouver un pyjama. A côté de lui, Severus avait l'air si mal à l'aise que Sirius grimaça. Pour le brun, cette aura qui émanait de Sirius et qui obligeait quiconque l'entourait à respecter ses volontés était dérangeante. Severus ne comprenait pas et ne pouvait s'empêcher de trouver cela malsain.
« Qu'Est-ce qu'il y a Sev' ? s'interrogea Sirius.
-Ils te traitent tous comme si tu étais un genre de roi. Tu n'as pas l'impression qu'ils sont hypocrites ? Demanda-t-il à voix basse.
-Sans doute. Ils ne me respectent pas, ils craignent juste mon nom. Tu sais, les Black sont l'actuelle seconde fortune du monde sorcier. Mon clan est le plus étendu et l'un des plus puissant d'Europe. Je ne te dis pas ça pour t'impressionner, mais pour t'expliquer que si tu restes mon ami, c'est possible que je t'attire des ennuis sans le vouloir. Ma famille n'a pas que des amis, et j'ai une multitude de cousis qui rêveraient de me voir perdre ma place à leur profit. Et ils ne sont pas tous aussi crétin que ce petit rat d'Hortense dont on parlait au diné. »
Severus avait pris un air grave. Il commençait à comprendre ce que le rang de son ami pouvait engendrer. Il en avait eu une preuve flagrante sous les yeux quelques secondes auparavant. C'était assez effrayant de se dire que d'un simple geste, Sirius pouvait influencer les actions de tous les sangs-purs qui l'entouraient.
« Ça doit être difficile. Je veux dire … Je vous trouvais un peu cynique toi et ta cousine Bellatrix pendant le banquet. Et ce que nous avons fait à Potter me semblait peut être un peu … Mais bon … »
Sirius ne répondit rien, lui souriant calmement.
« Je ne t'en voudrais pas si tu décides de fréquenter Zachary et Glenn par exemple. Je suis bien placé pour savoir qu'être mon ami n'est pas une position facile. Il y a de nombreux désavantages et tu devrais t'habituer à tout ça si nous devions devenir proches. Je préfère te prévenir, car si tu choisissais de préférer d'autres sangs-mêlés à moi, je ne t'en tiendrais pas rigueur. Si j'étais toi, je ne me fréquenterais pas, tu sais … »
Severus marqua un instant de surprise.
« Je refuse de me laisser influencer par la composition de mon sang. Je ne vois pas pourquoi je devrais fréquenter d'autres sangs-mêlés simplement pour éviter des problèmes. Si je suis ton ami, c'est parce que je l'ai décidé ! Et je n'ai pas l'intention de m'éloigner ! s'écria-t-il. Tu m'as défendu contre Potter, je peux bien supporter une famille un peu difficile et des règles un peu étrange. »
Sirius fronça les sourcils, puis finit par se détendre et sourire. Severus était définitivement quelqu'un de surprenant. Derrière une timidité presque maladive, se cachait une ténacité et un courage exemplaire. Sirius était vraiment heureux de l'avoir rencontré.
Sur ses paroles surprenantes de son ami, il continua de ranger ses vêtements et sortir les manuels pour les cours du lendemain, à moitié retourner pour pouvoir jeter un œil par-dessus son épaule. Ce n'était pas une position naturelle, même si ça en avait l'air, il était juste trop paranoïaque pour réussir à tourner le dos à un dortoir entier.
Près de lui, Severus le scrutait. Assis sur son lit, le jeune garçon détaillait son nouvel ami, cherchant à le comprendre, à la jauger. Même s'il était de nature discrète et n'aimait pas s'imposer, Severus était un fin observateur. Dans l'ombre, il furetait, à l'affut d'informations lui permettant de mieux comprendre ce qui l'entourait.
Sirius aimait être le centre d'attention, pas de doute là-dessus. Quoiqu'il en dise, Il en avait l'habitude et appréciait cette attention déférente. Il était aussi très conscient de l'aura de charisme qui l'entourait et du fait qu'il n'hésitait pas à en jouer, comme il l'avait montré tout à l'heure. Même si il pouvait faire le bien et jouer de sa position pour détendre l'atmosphère, il pouvait aussi se montrer impitoyable, comme avec Potter. Tout cela laissait à penser que Sirius était quelqu'un de potentiellement dangereux. Et pourtant Severus ne pouvait que lui faire confiance, compte tenu de sa réaction protectrice face aux brimades de Potter.
Il projetait également une aura de puissance et de confiance en lui rayonnante. Son impulsivité était surprenante chez quelqu'un qui avait reçu une éducation comme celle qu'il lui avait décrite, mais cela ne faisait que confirmer la force de caractère et la détermination dont il pouvait faire preuve.
Sans le vouloir, Severus s'en sentait très troublé. Lui qui était si faible et si timide, lui qui n'osait pas s'imposer ou seulement lorsqu'il se sentait en confiance, lui qui n'était qu'un sang mêlé au milieu de l'aristocratie anglaise. Même s'il ne pouvait le comprendre, il entendait parfaitement l'ensemble titanesque de responsabilités qui assaillirait bientôt Sirius. Et forcément, cela ne pouvait qu'influencer sa personnalité. L'homme est un loup pour l'homme, pensa Severus.
Mais derrière ses yeux pétillants de malice, il percevait les nuances plus sombres d'une solitude pesante. Car derrière tout ce pouvoir, toute cette assurance et toutes ses responsabilités, se cachait un garçon de douze ans qui entrait au collège, se séparant ainsi de sa famille, noyau dur qui l'aidait à survivre au milieu des prédateurs.
Le cœur de Severus se serra et il eut subitement envie de prendre Sirius dans ses bras pour lui montrer qu'il serait son ami et qu'il l'aiderait toujours, tant qu'il le pourrait, à alléger cette solitude vorace. Le brun bloqua un instant, se rendant compte qu'il était observé. Aussi, il se remit à fouiller sa malle pour extirper un pyjama.
Sirius sur le lit attenant ne prit pas le temps de tirer les rideaux et se déshabilla rapidement pour revêtir l'habit de soie noire qu'il portait pour dormir. Dans son coin, Severus loucha honteusement à son ensemble vert kaki en coton. Bien qu'il ne soit pas à plaindre financièrement, puisque élevé dans le luxe des Prince, Severus ne pouvait s'empêcher de se sentir inférieur en voyant son ami.
Sa mère lui disait souvent qu'il valait autant que n'importe quel sang pur, qu'il était brillant et qu'il ne devait jamais se laisser influencer par son rang. Ce n'était pas parce qu'aux yeux d'un microcosme tyrannique, il était inférieur, qu'il était vraiment. Elle lui chuchotait souvent qu'il avait un don pour la magie et qu'il serait aussi doué qu'elle avait pu l'être, voir plus.
Et puis son père aussi, lui avait souvent prouvé que le sang ne signifiait rien en soit. En temps que moldu, il avait tout de même épouser l'une des héritières les plus en vue de sa génération et travaillait comme consultant auprès du Ministre de la Magie, Ariès Black.
Apaisé par l'image mentale de ses parents, Severus soupira un peu et se déshabilla rapidement pour se changer, sans tirer les rideaux. Il devait combattre sa timidité s'il voulait s'épanouir dans le château et ça commençait par là. En face, Sirius lui souriait.
« Tu veux venir voir ? J'ai un truc à te montrer ! Proposa-t-il en tendant la main à Severus.
-Bien sur ! Accepta le garçon en attrapant sa main pour bondir sur le baldaquin voisin. »
Lentement, Sirius sortit un petit rectangle emballé dans du papier kraft du dessous de son oreiller. Il déballa précautionneusement le paquet et dévoila un miroir mat et brillant à la fois qui reflétait passivement les appliques lumineuse au dessus du lit.
Sirius murmura une phrase et le miroir cessa subitement de refléter le plafond pour laisser entrevoir le dessous d'un lit, un papier vide de Chocogrenouille et un album bleu nuit qui devait contenir une collection de Cartes des Sorcières et Sorciers Célèbres au milieu de quelques moutons de poussière.
Severus se pencha sur le miroir que Sirius tenait au creux de sa paume. Brusquement, le paysage dans le miroir changea, une main attrapa le rectangle pour finalement laisser apparaitre le visage du garçon que Severus avait rencontré à la gare, le petit frère de Sirius.
« Siri ! Cria le petit garçon dans le miroir en approchant ses yeux bleu outremer du miroir. C'est trop beau ! C'est ta chambre, c'est Poudlard ? C'est ton lit ? Montre-moi, montre-moi !
-Reg. Comment vas-tu ? Calme toi un peu, je vais te montrer attend, lança-t-il avec entrain en ouvrant le rideau pour offrir une vue panoramique du dortoir à son frère. Tu te rappelle de mon frère, Regulus ? Murmura-t-il enfin en se tournant vers son ami alors que le reflet de Regulus pouffait de rire et tapait des mains. »
Severus sourit tendrement en voyant l'amour fraternel et la fierté briller dans les prunelles de son ami. C'était émouvant. Il avait beau se plaindre de son enfance solitaire et difficile, Sirius avait au moins grandi entre son frère et ses cousines, sans compter les amis de sa famille, comme les Malfoy. Severus lui, était fils unique et en avait beaucoup souffert. Il aurait tellement aimé avoir une petite sœur ou un petit frère …
« Alors ça te plait Reggy ?
-Oh oui ! C'est magnifique ! Ah vivement l'année prochaine ! Je suis tellement impatient de venir ici et de te rejoindre à Poudlard ! S'enthousiasma Regulus en papillonnant.
-Calme toi, tu as bien le temps va ! Rit Sirius en lançant un clin d'œil à Severus qui observait les deux frères d'un regard attendri et un poil envieux. »
Brusquement, le visage jovial de Regulus devint blême. Il palissait à vue d'œil et Severus voyait la panique gagner Sirius. Discrètement, le garçon décala son miroir pour laisser apparaitre la silhouette impressionnante d'une femme au chignon haut dans l'encadrâmes de la porte.
-Je dois vous laissez, mère viens de me demander pourquoi elle m'entend marmonner, chuchota-t-il, baissé contre son oreiller. A demain, Siri !
-A demain Reg ! Et n'oublie pas, pas de sucre dans le thé, tiens toi droit, ne tremble pas, et prend ta fourchette avec la main gauche surtout !
-Merci, souffla le jeune garçon. »
Puis le miroir ne renvoya plus soudain que le reflet de Sirius. Le brun reposa le morceau de verre dans le papier et le remballa soigneusement avant de le ranger dans le tiroir de sa table de nuit. Il se redressa, s'asseyant en tailleur près de son oreiller, juste en face de Severus. Son front était barré d'une ride marquée et il pinçait les lèvres.
« Tu as l'air soucieux, se risqua Severus en remarquant sa mâchoire serrée.
-Ma mère voudrait faire de Regulus le prochain Premier Ministre et elle est très dure avec lui. Elle l'a été tout autant avec moi, mais il n'est pas aussi fort que moi. Je m'en fait pour lui. C'est un gamin tellement sensible. Il n'est pas capable de faire face à ses responsabilités pour l'instant. Et je ne suis pas sur qu'il en est vraiment envie. »
Face à cela, Severus ne sut quoi dire. Aussi, il se contenta de poser une paume sur les mains jointes de Sirius. Ce geste dut convenir et parvenir à le réconforter puisque le brun sourit gentiment.
« Je pense qu'on devrait se coucher. Demain, une longue journée nous attend ! Commença Sirius. »
Severus hocha simplement la tête avant de murmurer « bonne nuit ». Il grimpa dans son lit et constata bien vite que Sirius avait tiré ses rideaux. Il fit de même et se glissa entre les draps. Il remonta le duvet jusqu'à ces yeux et posa sa tête sur l'oreiller. Ses cheveux longs dénoués caressaient son cou et ses oreilles, le chatouillant.
Il respira l'odeur de la taie. Fraiche et douce, fleurant le jasmin. C'était très différent de chez lui. A l'Impasse, tout avait un lourd parfum ambré et boisé, mêlant la fragrance fruité de sa mère et celle plus musqué de son père. Ici, il n'avait aucun repère et dans la multitude d'odeurs, du chlore qui faisait briller les faïences de la salle de bain aux braises incandescentes de la cheminée dans la Salle Commune, du parfum anciens des fibres des tapis à la cire sur les boiseries, ne lui rappelait sa maison.
Il s'y ferait sans doute très vite, et surement qu'il éprouverait rapidement le manque de ce dortoir lorsqu'il rentrerait chez lui. Mais pour l'instant, il ne s'y sentait pas chez lui. Il faisait confiance au château pour lui faire changer d'opinion, mais il avait en cet instant, seulement besoin de la présence réconfortante de sa mère contre lui, pour se blottir au creux de ses bras.
Severus soupira faiblement quand de l'autre côté des tentures, s'éleva le murmure rauque d'un Sirius au bord du sommeil. Derrière le bruissement des draps des autres lits, il percevait ces paroles rassurantes.
« Ne t'inquiète pas Sev', tout va bien se passer … Et puis de toute façon, on sera ensemble. »
Après tout, il avait raison, tout allait bien se passer. Severus ferma doucement les yeux, et laissa ses pensées dérivées vers des songes entre Poudlard et l'Impasse, entre Sirius et ses parents. Parfois apparaissait Sowan et son ventre se serait, ou Regulus et une sorte de pincement au cœur l'atteignait.
Au bout de quelques minutes, il parvint à s'endormir, sombrant délicieusement dans les bras de Morphée. Il était tellement épuisé au final, qu'il n'entendit pas la lourde porte du dortoir pivoter sur ses gonds. Ni les pas étouffés par les tapis persan, ni le glissement des rideaux du baldaquin de Sirius. Et il n'entendit pas non plus Sirius sortir de son lit et s'engouffrer hors du dortoir sans un bruit …
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La suite dans trois semaine
