Rating : T pour langage employé, et certains thèmes abordés.
Note de Wam : Comme je n'ai plus de chapitres en stock, et que j'aime avoir de l'avance, il faudra attendre un délai de deux semaines avant le prochain épisode. Je fais de mon mieux, j'écris le plus vite possible, mais ce n'est pas toujours facile. Je tiens aussi à signaler qu'à partir de ce chapitre, on part sur les bases du L/V. C'est assez "subtil" (du moins j'essaie), mais à partir de ce chapitre, il y aura une scène L/V au moins à chaque fois, et le couple avancera petit à petit. Donc, pour celles (ou ceux) qui détestent le Parker/Logan, rassurez-vous, c'est bientôt fini. Voilà. Vous êtes prévenu(e)s. Merci à tous et à toutes pour vos reviews, en tout cas !
409
MY HEARST WILL GO ON
Veronica se mordit les lèvres en lisant les nouvelles du site de Gory Sorokin. Elle ne savait pas qui avait décidé de lui en faire baver, et si elle n'était pas empêtrée dans son enquête sur la mort de Robin, elle aurait probablement essayé de trouver qui était responsable de ce site ô combien merveilleux. ohnohedidnt dot com était devenu le site sur lequel elle se connectait un matin sur deux pour avoir de nouvelles mises à jour.
Apparemment, cet espèce de vieux pervers dégueulasse avait énervé quelqu'un d'autre qu'elle. Elle se demanda vaguement si Logan était au courant que quelqu'un avait pris en grippe celui qui l'avait plus ou moins menacé de mort l'année précédente. Le connaissant, il n'était probablement pas au courant qu'il y avait un site. Il avait même sûrement oublié le nom de Gory Sorokin.
Après tout, il avait cassé la figure de tellement de mecs que ça finissait par en devenir incroyable. C'était un peu comme si elle avait dû garder la liste de tous les gens qu'elle s'était mis à dos rien qu'en existant. Une liste non-exhaustive et déprimante.
Elle releva la tête en entendant un éclat de rire, et vit Patrick Nickerson, l'insupportable riche arrogant qui avait été viré de Hearst pour fraude à la carte d'étudiant. Evidemment, les jolis billets de papa avaient racheté son intégration à Hearst, et cette infraction à une loi fédérale avait été considérée comme une « petite erreur de jeunesse ». A son plus grand plaisir, la dizaine d'autre n'avait pas eu cette chance. Même Léon-le-Génie s'était fait virer à grands coups de pieds aux fesses.
Veronica le savait, elle avait été aux premières loges. Le jeune homme tourna la tête vers elle, le regard complètement vide, et lui fit un petit salut auquel Veronica répondit par une grimace écœurée. Apparemment, à Hearst comme partout à Neptune, être riche permettait vraiment de tout faire. Et, à bien y réfléchir, Patrick n'était pas le premier étudiant qu'elle voyait sortir de la bibliothèque complètement défoncé. Pourtant, elle n'avait jamais rien senti lorsqu'elle s'était baladée dans les différents rayons des différents étages. Et elle était sûre de connaître tous les coins et les recoins de cet endroit. Elle y passait tellement de temps à y chercher, ranger, et ordonner qu'elle ne pouvait pas ne pas tout connaître.
Veronica fut parcourue d'un frisson, tourna la tête vers son écran d'ordinateur pour penser à des choses plus amusantes, et s'apprêtait à cliquer sur un lien qui promettait d'être hilarant lorsqu'elle sentit quelqu'un arriver au bureau d'information. Veronica ferma la page, et tourna la tête, un sourire sur le visage.
Lorsqu'elle vit qui était en face d'elle, elle eut un léger mouvement de recul, et fronça les sourcils. Logan lui répondit par un petit rictus arrogant. Veronica regarda autour d'elle, feignant la surprise, alors qu'il la laissait s'amuser. Peut-être qu'il savait déjà ce qu'elle allait dire.
« Il n'y a aucun moyen pour que tu connaisses le chemin de la bibliothèque. » lâcha perfidement Veronica, son propre petit rictus sur le visage. « Sérieusement. Tu as dû te perdre. Ou alors je suis dans un monde alternatif. » Elle eut une moue pensive, et ne remarqua qu'à ce moment qu'il portait des livres avec lui.
Elle lui jeta un regard paternaliste qui sembla l'amuser encore plus. « Tu es au courant qu'on ne rachète pas les livres volés à un première année que tu as tabassé ? »
Il y eut un petit silence, puis Logan secoua brièvement la tête. « Oh. Excuse-moi. C'est bon, tu as fini ? »
« Je peux continuer, si tu veux. » répondit Veronica en attrapant un premier paquet de livres. Sérieusement, il en avait pris autant ? Pour quoi faire ? Assassiner quelqu'un ? Atteindre le haut d'une étagère ?
« Tu sais, » commença-t-il d'un ton qui ne présageait rien de bon à Veronica, « si j'avais réellement porté attention à ce que tu disais, je t'aurais répondu que j'ai bien connu le chemin de la bibliothèque, il fut un temps. Et je connaissais le rayon du troisième étage par cœur. Je crois que la dernière rangée d'étagères, à propos de la reproduction des batraciens en milieu urbain, se souvient encore de nous. »
Il sembla très amusé par le regard mauvais que son ex-petite amie lui accorda. « Parker n'est pas avec toi ? » sourit Veronica. Elle connaissait suffisamment Logan pour savoir qu'il se sentirait mal qu'elle lui rappelle sa petite amie alors qu'il était en train de ressasser l'époque où ils s'envoyaient en l'air au troisième étage. Et au deuxième. Parfois même au premier, juste à côté d'une des photocopieuses. Ils avaient failli se faire surprendre par une des secrétaires des prêts, ce qui avait largement dissuadé Veronica d'y retourner depuis.
Elle faisait ses photocopies ailleurs.
Elle ne l'avouerait jamais, même sous la torture, mais le fait qu'il se souvienne du titre d'un des livres contre lesquels il lui avait donné un orgasme la vexait un peu. A tous les coups, il l'avait inventé… Veronica rechercha mentalement si la dernière rangée du troisième étage portait sur les batraciens ou la reproduction en général, mais elle, elle n'y avait jamais prêté attention.
Elle nota mentalement qu'il faudrait qu'elle aille vérifier. Mais elle allait attendre pour cela au moins cinq bonnes heures après son départ, histoire qu'il n'ait aucun moyen de s'apercevoir qu'elle pouvait considérer sa parole comme importante pour elle.
Parce que ce n'était pas le cas.
« Non. Parker n'est pas avec moi, elle est en cours. Où tu as caché Piz ? Tu l'as accroché devant l'entrée ? »
Evidemment. Cet enfoiré savait toujours aller droit dans la jugulaire. Cependant, lorsqu'il vit son regard s'assombrir, Veronica comprit qu'il n'était pas au courant, ce qui la surprit. Elle était pourtant persuadée qu'il le saurait. Cela lui paraissait étrange que Logan ne sache pas quelque chose de sa vie. Elle avait tellement été habituée à ce qu'il sache tout, jusqu'au détail le plus humiliant et intime, qu'elle se sentait presque honteuse de ne pas l'avoir mis au courant de sa rupture avec Piz.
« On a rompu. » finit-elle par avouer en tournant son regard vers l'écran d'ordinateur, vérifiant inutilement que les premiers livres avaient bien été rentrés dans la banque de données comme désormais accessibles.
« Oh » lâcha Logan. « Désolé. »
Veronica leva un sourcil vers lui. « Menteur. » sourit-elle. Logan haussa les épaules et eut un petit rire.
« C'est vrai, je ne suis pas désolé. Enfin… Pas pour lui en tout cas. Depuis quand ? »
Veronica fut surprise qu'il s'y intéresse. Elle n'était pas sûre qu'elle lui demanderait tous les détails s'il lui apprenait qu'il venait de rompre avec Parker. En tout cas, elle était sûre qu'elle ne serait pas désolée non plus. Elle attrapa l'autre pile de livres, vaguement surprise qu'on puisse en emprunter autant, et fit passer le premier sur le démagnétiseur, ou elle ne savait pas trop qui servait à rendre les livres.
« La rentrée de janvier. »
« Et il a pris ça comment ? » continua Logan.
Veronica eut la même réaction que lorsqu'elle l'avait traité de menteur, ce qui fit encore rire Logan. « Ca t'intéresse vraiment ? »
Logan haussa les épaules. « Il est parti à New York, depuis. Ça rend les choses plus simples. Pour moi en tout cas. Sortir avec le coloc de ton meilleur ami ? Pas un conseil ! »
Ils eurent tous les deux un petit rire, puis Veronica se sentit un peu obligée de rendre la pareille. « Et toi, avec Parker ? »
Logan imita son haussement de sourcils. « Ca t'intéresse vraiment ? »
Bonne joueuse, Veronica haussa les épaules avec un petit sourire, tout en passant les autres livres. « Ca va. On a des hauts et des bas, et j'ai trouvé le moyen de faire des conneries, mais… Elle s'accroche. »
Elle, au moins, elle s'accroche, pensa Veronica. Elle sentit un horrible pincement lui perforer le cœur, mais elle pensa plutôt bien le cacher. Logan devait la connaître mieux qu'elle ne l'imaginait en tout cas, car il réagit immédiatement. « Tu sais très bien que ce n'était pas ce que je voulais dire. »
Veronica ne faisait pas assez confiance à sa voix pour ne pas trembler. Elle se contenta de hocher la tête, et d'avaler sa salive avant de ne commencer une dispute inutile. Un silence mal à l'aise les entoura, et Veronica se fustigea mentalement d'avoir demandé des nouvelles de son couple avec Parker. Evidemment, elle aurait largement préféré entendre que Parker l'avait lâché comme une vieille chaussette. Ou l'inverse, elle ne savait finalement pas ce qui lui ferait le plus plaisir.
Mais, avouer une chose pareille à son ex, qui considérait (qu'il s'en souvienne ou non) leur relation comme épique, était une grave erreur. Ça, elle en était plus que sûre.
Veronica regarda avec encore plus d'attention l'écran de son ordinateur, et remarqua alors un détail.
« Tu as emprunté ce livre-là il y a à peine deux jours. Tu as déjà fini ton devoir ? » s'étonna-t-elle. Elle savait qu'il faisait toujours tout à la dernière minute, mais quand même… En plus, il ramenait une bonne dizaine de gros livres, dont un qu'il avait depuis plus de deux mois. Il avait décidé de faire un tir groupé ?
Logan soutint son regard avec une moue légèrement embarrassée, et Veronica sut immédiatement qu'elle n'allait pas aimer la réponse. Oh, non, ça n'allait pas lui plaire.
« Disons que je n'ai plus de devoir à faire. » éluda-t-il. C'était bien évidemment mal connaître Veronica Mars. La fille qui creusait encore plus ardemment quand elle savait qu'elle n'aimerait pas la vérité découverte.
« Comme par magie ? » insista-t-elle.
« Ca paraîtrait si difficile à croire ? » offrit-il, avec son sourire le plus charmeur. Il essayait de lui faire lâcher prise. Elle lui répondit par son regard le plus perçant. Il leva les yeux au ciel, et lâcha un soupir. Veronica eut un petit sourire intérieur victorieux.
« Je me suis fait virer de Hearst. »
Veronica prit plusieurs secondes pour cligner des yeux et encaisser l'aveu. « Pourquoi ? »
Logan haussa les épaules avec désinvolture. « Je vais pas assez en cours, il paraît. Un de mes profs s'est plaint, ou j'en sais trop rien. Du coup, hop. Viré. »
« Je croyais que tes notes avaient augmenté ? » s'étonna Veronica.
Ce fut à Logan de lui envoyer un regard perçant, mais Veronica ne rougit pas. Oui, elle avait fouillé et trouvé ses notes de troisième semestre. Oui, elle avait vu ses notes de partiels. Oui, elle avait vérifié s'il allait souvent en cours. Et alors ? Elle n'avait jamais dit qu'elle était saine d'esprit. Et puis, pour quelqu'un qui se disait si amoureux d'elle, et si loyal, Veronica trouvait qu'il n'était pas aussi dévoué que ça. Veronica était sûre à quatre vingt dix pour cent d'être au courant dans les vingt-quatre heures qui suivraient sa rupture avec Parker.
Bon, Wallace et Mac étaient ses amis, et non ceux de Logan, mais quand même. S'il avait vraiment voulu savoir, il l'aurait su, non ?
« D'ailleurs, tu n'étais plus si souvent absent… » Ce qui l'avait énormément énervée, puisque depuis qu'il sortait avec Parker, son comportement scolaire était, sans être exemplaire, largement amélioré.
« Eh ben je ne sais pas. » soupira Logan. « Ca n'a pas vraiment d'importance, de toute façon. »
« Tu veux dire que tu ne vas pas te battre ? » s'étonna Veronica. Enfin, s'étonna. A bien y réfléchir, elle n'avait pas de réelle raison de s'étonner. Depuis quand Logan se battait pour quoi que ce soit ? A part pour récupérer Parker, apparemment…
Logan haussa encore les épaules. « La fac, c'est pas vraiment mon truc. »
« Mais qu'est-ce que tu vas faire, alors ? » s'exclama Veronica, en clignant compulsivement des yeux. Sa désinvolture l'énervait. Cette façon de s'en foutre, de ne pas se sentir bouleversé par ce qui lui arrivait la rendait dingue. Comment pouvait-il accepter d'être viré de son université sans avoir de véritable raison ?
« Voyons, Veronica, » répondit-il d'un ton dégoulinant de sarcasme, « ce que je fais de mieux, bien sûr. Glander. »
Veronica aurait pu se sentir concernée par le fait qu'il lui reprochait de façon à peine déguisée de penser si peu de lui, pour changer, mais elle se moquait bien de l'énerver. Après tout, il était en train de lui rendre la pareille en ne se battant pas pour avoir une éducation, et une chance d'un avenir un peu plus glorieux que celui de fils de star rentier.
Son manque d'ambition était son plus insupportable défaut. Ça, et le fait qu'il était arrogant. Et cruel, quand l'occasion lui était offerte. Aussi, il mentait comme un arracheur de dents, et sans aucun scrupule. Il avait également cette tendance agaçante à se retrouver dans des bagarres.
Veronica leva les yeux au ciel. « Qu'en pense Parker ? » demanda-t-elle avant de pouvoir se retenir. Son plus gros défaut, à elle, c'était de ne pas savoir retenir les leçons de ses erreurs. Par exemple, une minute auparavant lui avait prouvé qu'évoquer Parker était toujours une mauvaise idée.
Logan eut, cette fois-ci, l'air plutôt soucieux. Un air que Veronica ne lui avait pas souvent vu. A part la fois où il avait dû lui annoncer qu'il avait brûlé un hôtel. Evidemment, dans l'esprit de Veronica Mars, brûler un hôtel par mégarde, et accepter sans broncher d'être renvoyé de son université revenait grosso modo au même.
« Je ne lui ai pas encore annoncé. J'ai appris ça hier, ils m'ont dit de régler mes histoires avant ce soir, donc… Me voilà. »
Et ça expliquait pourquoi elle le voyait également ce jour-là. Il n'avait emprunté ses livres que les lundis et les mercredis, les jours où Veronica ne travaillait pas à la bibliothèque. Ça ne la surprenait pas qu'il ait fait son possible pour l'éviter. Elle-même évitait les coins où il pouvait traîner. Bon, elle n'avait pas l'habitude de faire la tournée des bars, ou des boîtes de strip-tease, et elle ne faisait pas non plus de surf, donc elle n'avait pas de gros efforts à fournir. Mais d'un côté, Logan n'étant pas un étudiant forcené, il n'avait pas dû avoir à trop se forcer pour s'éviter le déplacement non plus.
Veronica se rappela que c'était, entre beaucoup d'autres, l'une des raisons pour lesquelles leur couple n'avait jamais fonctionné. Logan aimait les cours de footing et parler à des filles. Veronica préférait dévorer un livre et parler Spinoza. Ou Charles Manson, s'il fallait garder en tête sa majeure.
Veronica hocha la tête, à court d'arguments. De toute façon, elle ne pourrait pas le faire changer d'avis. Et ce n'était plus son petit ami, alors elle n'avait aucune raison de fouiller dans le renvoi de Logan. Peut-être que pour son propre apaisement mental, le faire serait une bonne idée, mais Veronica doutait qu'elle pourrait garder pour elle le résultat de ses recherches.
Elle n'eut pas le temps de se poser plus de questions, car un uniforme beige interpella son regard. Veronica leva la tête, et haussa les sourcils. Décidément, ça ne pouvait pas être son jour. Elle leva les yeux au ciel en secouant légèrement du chef, puis lâcha un long et profond soupir.
« C'est pas possible, ils sont de sortie aujourd'hui… »
Logan se retourna vers la nouvelle cause d'énervement de Veronica. Il avait l'air d'être soulagé de voir une possible victime du courroux de Veronica. D'autant qu'elle pouvait additionner celui qu'elle ressentait déjà à celui que l'insupportable Vinnie Van Lowe était capable d'ajouter par sa simple présence.
« Veronica Mars ! » salua le shérif.
« Je vous ai déjà dit, shérif. Non, je ne voterai pas pour vous à la vente de charité du comté. » répondit Veronica du tac au tac.
Van Lowe prit un faux air bouleversé, et essuya une larme factice. « Mais j'ai entendu dire que Loretta Cancun du Septième Voile serait raaaavie de passer une nuit en votre compagnie. » ajouta-t-elle avec un petit sourire mutin.
S'il y avait une chose que Veronica ne supportait pas chez Vincent Van Lowe, à part son existence, c'était son sourire. Il avait cet espèce de sourire débile qui lui donnait un air innocent alors qu'il se passait des trucs à l'intérieur qu'on n'osait même pas soupçonner.
Elle se demandait quand même par quel miracle Neptune tenait toujours debout à l'heure qu'il était. Peut-être qu'il avait simplement une bonne étoile.
« C'est le bureau d'information ? » plaisanta bêtement Vinnie.
« Et que puis-je faire pour vous ? » joua Veronica.
Vinnie sortit un papier de sa poche qu'il déplia et posa sur le bureau, sous le regard très amusé de Logan, puis il sortit une paire de menottes qu'il agita, le visage toujours déformé par son immonde sourire. Quelqu'un avait dû le scotcher là, et y mettre de la super glue. Veronica ne savait pas qui était derrière tout ça, mais elle maudissait la personne.
Elle jeta un regard aux menottes, et secoua la tête, pas convaincue. « C'est pas vraiment mon genre de trucs. Là encore, je vous conseille Loretta Cancun. »
Logan étouffa un petit rire, et Vinnie enchaîna. « Pourtant, il va falloir que je te les mette. Tu es en état d'arrestation. Pour trafic de drogues. »
Veronica perdit son sourire en même temps que ses couleurs. Elle ferma les yeux une fois. Deux fois. Mais le sourire de Vinnie Van Lowe n'avait toujours pas disparu.
oOoOoOo
Veronica ne savait pas exactement à quoi elle s'attendait, mais regarder Vinnie Van Lowe dans le blanc des yeux pendant huit minutes dans un silence le plus complet ? Elle n'y aurait jamais pensé. Apparemment, entre chaque mandat de son père, un abruti se glissait, s'accrochait très fort à son poste, et plongeait tête la première dans la connerie la plus profonde. Certes, Lamb et Vinnie avaient déjà plongé depuis bien longtemps, mais Veronica ne comprenait pas ce désir de tirer tout le monde avec eux dans leur déchéance.
Après tout, ce n'était pas sa faute s'ils étaient débiles. Et incapables. Et débiles.
Veronica prit une lente inspiration et soupira en bâillant. Les menottes étaient un peu trop serrées, et elle soupçonnait Vinnie d'avoir poussé le fantasme un peu trop loin. Evidemment, cette simple pensée la dégoûta, et elle ne put s'empêcher de grimacer.
Bon, c'était très marrant, cette petite guerre des nerfs, mais Veronica n'avait pas toute la journée. « Votre technique d'interrogation est aussi rodée que celle de Lamb, à ce que je vois. » grinça-t-elle, d'une voix ennuyée au possible. « Faudra vraiment que vous fassiez l'école de police, un de ces quatre. Je suis sûre qu'ils pourraient vous donner un ou deux conseils. Genre… N'oubliez pas les clés quand vous attachez des menottes. Posez des questions aux suspects quand vous ne les avez que pour quarante-huit heures maximum et avant que leur avocat n'arrive, ça vous permettra des réponses. »
Vinnie ne répondit rien. Il gardait ce petit sourire qu'elle avait envie d'arracher. Mais Veronica ne le montra pas.
« Non, parce qu'on ne vous l'a peut-être pas dit, » enchaîna-t-elle sur le ton que les gens employaient quand ils s'adressaient à des enfants particulièrement lents, « mais généralement, les gens ne disent rien quand on ne leur parle pas. Bon, après, c'est vrai que quand on a du mal à aligner trois phrases, c'est un peu handicapant. C'est pour ça qu'il faut laisser ce travail à des gens qualifiés. »
En toute honnêteté, Veronica ne pensait pas Vinnie Van Lowe capable de garder la bouche fermée pendant plus d'une minute d'affilée. Bon, sans mauvaise foi, il avait techniquement la bouche légèrement ouverte, mais aucun son n'en sortait. Ce qui était très étrange. Veronica fixa Vinnie encore quelques secondes, puis devant son manque cruel de réaction, finit par poursuivre : « Clignez des yeux si vous comprenez. »
Le sourire de Vinnie s'agrandit, et Veronica leva les yeux au ciel. « Ayé ? » demanda Vinnie.
Veronica haussa les sourcils. « Ayé quoi ? »
« Tu as eu le temps de la réflexion ? » insista Vinnie.
Veronica le fixa sérieusement, puis tourna la tête, à la recherche de la caméra cachée. Ça ne pouvait être qu'une blague. La police de Neptune, Neptune elle-même n'avait pas pu tomber aussi bas.
« Non, je crois que je vais attendre l'arrivée de mon avocat. Histoire que je me remémore bien en détails l'intégralité de mes actions depuis ma naissance. Je suis sûre que je trouverai des choses intéressantes à vous raconter. Comme la fois où je vous ai eu en prouvant que vous aviez été engagé par un élève de Neptune High pour harceler une autre élève de Neptune High. »
Le regard de Vinnie fut un peu moins éclairé par le sourire idiot qu'il arborait sans cesse. Veronica se sentit soulagée, et poursuivit, amusée désormais. « Et il y avait cette histoire de mariage, que vous deviez briser. Si, si. Je vous avais sucré un bonus de cinq mille dollars. Et ça, c'est juste ce qui s'est passé ces deux… »
Vinnie ouvrit le dossier qui était entre eux depuis le début que Veronica mourait d'envie d'ouvrir depuis qu'elle était assise sur l'inconfortable chaise en bois du commissariat. Elle se fit une note mentale de rappeler à son père de mettre des chaises plus confortables lorsqu'il serait redevenu shérif. Au moins pour les suspects qui n'avaient rien à faire là, en tout cas.
Vinnie retourna les papiers, et les avança vers Veronica, qui lui sourit de toutes ses dents. « Tu as quoi à me dire sur ton petit trafic ? »
Veronica leva les yeux au ciel. « Sérieusement. Vous n'avez aucune autre piste ? »
« Nous avons mieux qu'une piste, Veronica. Nous avons un témoin. » claironna Vinnie.
« Un témoin. » répéta Veronica. « Bien sûr. Un témoin défoncé au… » elle lut la feuille, et se glaça. « GHB. Trafic de GHB ? »
« Ne fais pas ta surprise. J'ai un témoin qui soutient t'avoir acheté une dose. Et d'autres qui disent que tu en as volé il n'y a pas si longtemps que ça. »
Veronica haussa les sourcils. « Je n'ai jamais eu de GHB de ma vie. » Du moins… Pas consciemment. Elle en avait par contre déjà pris trois fois contre son gré. Ce n'était pas une expérience qu'elle aurait conseillé à beaucoup de monde. Encore que. A cet instant précis, Veronica avait très envie d'en vider six fioles dans son verre, et de le mettre dans le désert. Ce serait une sorte de tout nouveau genre de télé-réalité.
Et ça s'appellerait Retrouve Ton Chemin Défoncé. Bon, le titre pouvait être amélioré, mais c'était un filon à tenir, elle le sentait.
« Ce n'est pas ce que me disent mes témoins. » insista le shérif, en se balançant sur sa chaise.
« Eh bien vos témoins mentent. » répliqua Veronica du tac au tac. « Faites une perquisition. Vous ne trouverez de GHB ni dans mes affaires, ni sur moi. Maintenant, c'est qui vos témoins ? »
« Apparemment, je ne suis pas le seul à ne pas avoir fait l'école de police. » rétorqua Vinnie, l'air de beaucoup s'amuser. « Je n'ai pas le droit de te dire qui sont les témoins. »
« Et vous n'avez pas le droit de me retenir si vous n'avez aucune preuve. Cet entretien n'étant pas concluant – énorme surprise, considérant vos capacités d'investigations hautement développées – vous êtes dans l'obligation de me relâcher. Je suis sûre que mon avocat vous dira la même chose. »
« Cliff ? Oh. Il a déjà appelé. Il y a cinq minutes, le coup de fil ? C'était le juge. Il disait de te laisser partir. Apparemment, quelqu'un a tout dit à Cliff, tu n'as même pas eu le temps de l'appeler. » bouda-t-il en posant sa tête sur son poing fermé.
« Donc, techniquement, je pourrais porter plainte pour séquestration. »
« Oui, mais ça, ce serait si tu étais rancunière. » rit Vinnie en se balançant sur sa chaise. Veronica se leva, et présenta ses poignets. Vinnie regarda curieusement, et Veronica retint le besoin urgent de les lui coller dans la figure, mais elle les secoua dangereusement à six millimètres de son nez.
« La clé ? » demanda Veronica d'une voix mielleuse.
Vinnie fit semblant d'être terriblement surpris – et il avait probablement raté sa destiné d'acteur ; ou pas – puis fouilla pendant trois bonnes minutes à la recherche de la clé. Il finit par libérer une Veronica impatiente, et se remit à se balancer sur sa chaise, son sourire toujours bien en place.
« Rancunière. » répéta finalement Veronica. Elle leva légèrement son pied, et poussa sur celui de la chaise qui, sous le poids de Vinnie Van Lowe, dont l'embonpoint se faisait largement plus persistant depuis qu'il ne sortait plus sur le terrain, céda. Le shérif s'étala dans toute sa splendeur par terre dans un grand bruit, et Veronica profita du manque d'attention pour attraper la dernière feuille du dossier. Celles auxquelles elle n'était pas supposée avoir accès. Avant que Vinnie ne se relève, elle enfourna le papier dans une de ses poches, pencha la tête sur le côté, fit un clin d'œil à Vinnie, puis ouvrit grand la porte.
« Ca veut dire quoi, ça, rancunière ? »
oOoOoOo
« Non mais quel espèce de salaud, celui-là ! » grommelait encore Veronica à la cafétéria. Wallace regardait son assiette d'un air maussade. « Le soi-disant témoin à qui j'aurais vendu le GHB, devine qui c'est ? »
Wallace leva un regard lent vers Veronica, et haussa les épaules d'un geste légèrement sarcastique que Veronica ne releva pas. « Patrick Nickerson ! Tu sais, l'abominable fils de bourges qui avait fait des fausses cartes l'an dernier ? Je l'ai vu sortir de la bibliothèque juste avant, en plus. Ohhh je le déteste. Et il va payer. »
Wallace leva les yeux au ciel, sa fourchette tournant dans ses pâtes, auxquelles il n'avait pas touché. Le fait qu'il en avait fait de la bouillie rendait le plat encore moins attrayant. Mais ça non plus, Veronica ne le remarquait pas.
« Mais peut-être qu'il va m'aider sans s'en rendre compte. Les Fitzpatricks ne dealent pas sur le campus, et apparemment le lieu de deal est la bibliothèque – juste sous mon nez. Il y a donc toutes les chances pour que ce soit un autre type de GHB. Peut-être même celui qui a été utilisé pour tuer Robin ! »
Cette fois-ci, Wallace réagit sincèrement, et fixa longuement Veronica. « Ne me dis pas que tu vas relier cette affaire à celle de Robin ?! »
« Pourquoi pas ? » demanda Veronica, surprise.
« Peut-être que c'est juste une coïncidence ! » grommela Wallace, puisque Veronica avait raison après tout. Pourquoi pas ? Pourquoi tout le monde ne pouvait pas être un monstre qui voulait toujours faire du mal aux autres ? Pourquoi la vie ne serait pas belle et pourquoi n'y aurait-il pas toujours des coïncidences ?
Veronica lui lança un regard que Wallace trouva légèrement condescendant. « Ne t'ai-je rien appris, ces quatre dernières années, mon brave Wallace ? Il ne faut jamais croire aux coïncidences ; pas à Neptune en tout cas. Et je trouve que ça fait beaucoup de GHB sur le campus de Hearst. Pourquoi les étudiants ne peuvent pas se cantonner aux bons vieux ecstas et autres cocaïnes quand le stress des exams se fait trop ressentir ? »
Wallace haussa les épaules avec mauvaise humeur, alors que Veronica relisait avec plus d'intérêt encore les lignes inscrites sur le papier. Ses pâtes étaient vraiment monstrueuses. On aurait dit de la bouillie mélangé à du vomi. Wallace repoussa son assiette, se recula dans son siège, et observa Veronica ne se rendre compte de rien.
« Il faut que je voie si Mac peut cracker le serveur du commissariat et me sortir les spécificités du GHB. Après, un coup de fil à Gil-Thomas, et je saurai très rapidement si ce sont les mêmes personnes. Quant à Patrick… Il ne va rien voir venir. »
Wallace secoua la tête, déçu, et attrapa son sac qu'il passa par-dessus son épaule. « Super, Veronica. Amuse-toi bien. »
Veronica releva les yeux brièvement du papier, alors que Wallace était déjà parti, et secoua la main pour lui dire au revoir. Puis elle replongea les yeux dans le rapport, et se demanda quelle allait être la meilleure vengeance.
oOoOoOo
« Qu'est-ce qui ne va pas ? » demanda Parker, en retirant le bras de Logan de ses épaules.
Logan lui jeta un petit regard, et soupira intérieurement. Il remua sur le canapé, et joua avec le bout de la manche longue qu'il portait. En face, Easy Rider était sur pause. Il regarda les pixels, et s'amusa à n'en regarder qu'un puis à observer la forme que tous ces petits carrés formaient, tout en haussant les épaules. « Rien. »
Parker se détacha complètement et se releva pour être bien en face de lui. Logan ne pouvait plus faire semblant de regarder la télé, elle était pile devant, et leva les yeux pour croiser ceux de Parker. Il aimait bien ses yeux bleus. Ses cheveux châtains lui plaisaient beaucoup moins. Il n'avait jamais été attirée par les brunes – à part Kendall, mais il avait particulièrement apprécié Kendall parce qu'elle n'avait rien des autres blondes auxquelles il ne voulait pas penser. D'une certaine manière, c'était plus sain pour eux deux qu'elle ne ressemble plus autant à Veronica.
S'il était honnête avec lui-même, à part la couleur des cheveux et des yeux, Parker et Veronica n'avait strictement rien en commun. Il essaya de se le marteler, pour se convaincre qu'elle n'aurait pas les mêmes réactions que son ex petite amie. Elle allait forcément mieux réagir. Il n'avait jamais vu Parker avec le regard dur et déçu que Veronica affectionnait particulièrement lorsqu'il s'agissait de lui montrer qu'elle n'approuvait pas ses choix.
Par contre, le point négatif, c'était que Parker avait tendance à pleurer quand elle se sentait dépassée par les évènements. Il ne savait pas si les crises de colère/fuite de Veronica étaient mieux que les crises de larmes. Logan avait toujours choisi ses petites amies suffisamment blasées/fortes/désintéressées pour ne pas avoir à supporter leurs larmes.
Même Hannah n'avait pas pleuré lorsqu'il avait rompu avec elle. Il n'avait pas eu à la consoler. Quant aux fois où Veronica avait pleuré devant lui… Il pouvait les compter sur les doigts de la main.
« Logan, on avait dit plus de mensonges. » gronda Parker d'une voix tremblante. Tremblante de quoi ? De colère ou de larmes ? Il préférait la colère. Il pourrait être un connard, s'emporter aussi, et rompre, et se remettre avec elle une fois qu'ils seraient tous les deux calmés. On n'avait pas le droit d'être un connard et de s'emporter contre une fille qui pleurait à cause de soi.
Logan n'avait pas beaucoup de principes, mais ceux qu'il avait l'embêtaient sacrément dans ce genre de situation. Il avait presque envie de rendre Parker hors d'elle pour retrouver ce bon vieux cercle vicieux. Logan se rendit compte à quel point il était stupide et auto-destructeur. Parker ne lui demandait pas grand chose. Juste de l'honnêteté. Et il pouvait avoir suffisamment confiance en elle pour ne pas qu'elle lui fasse des reproches sur son manque d'ambition, sa stupidité, et son arrogance.
Par contre, il ne pouvait pas être tout à fait honnête avec Parker. Lui dire toute la vérité, c'était la perdre. Or, Logan ne voulait pas perdre Parker. Il voulait vraiment que ça fonctionne entre eux, il ne s'était pas donné autant de mal pour la récupérer pour qu'elle le largue à cause d'un truc aussi… Bon. Peut-être qu'elle aurait raison, mais il avait de sérieuses et très bonnes excuses.
« J'ai été renvoyé de Hearst. » soupira-t-il en regardant par terre.
Il lança un coup d'œil hésitant à Parker, pour jauger sa réaction. Larmes ? Colère ? Il ne savait pas trop sur quoi parier. A sa plus grande surprise, Parker n'eut aucune de ces deux réactions. Elle se contenta de s'asseoir à côté de lui, et de prendre une lente respiration.
« Quand ? » demanda-t-elle.
« Hier. » répondit Logan, complètement incrédule devant la réponse aussi calme de Parker. Il n'en revenait pas. Pas de cris. Pas de larmes. Pas d'accusations, pas de « tu ne feras vraiment rien de ta vie, tu n'es qu'un raté ». Bon, personne à part son père, n'avait formulé l'idée comme ça, mais Logan était devenu imbattable en lecture de sous-titres.
Parker passa une main distraite dans ses cheveux, et plongea son regard dans celui de Logan. « Mais pourquoi ? » Sa voix était un peu aiguë. Ah. Peut-être qu'il aurait droit à de l'hystérie ? Pourquoi tout le monde s'emportait toujours à sa place sur la suite d'emmerdes qu'était sa vie ? Parce qu'il ne le faisait pas assez ? Pour lui, il était plutôt clair que si lui ne s'en faisait pas, ce n'était pas la peine pour les autres de s'en rendre malade.
Logan haussa les épaules, mais soutint le regard de Parker. « J'ai séché trop de cours, paraît-il. Enfin j'en sais rien. Je n'avais plus trop envie de continuer de toute façon. »
Parker secoua la tête, et il se demanda si elle allait faire les mêmes réflexions que Veronica. « D'accord. » assura-t-elle d'une voix très calme. « Qu'est-ce que tu comptes faire alors ? Te battre pour être réinscrit, payer, ou te trouver un travail ? »
Sa voix n'avait rien de dure. Elle était très douce, comme si elle était consciente que Logan jugeait et craignait sa réaction. Comme si elle voulait lui faire comprendre qu'elle était de son côté, et qu'elle le soutenait. Il en aurait bien eu les larmes aux yeux si pleurer ne l'énervait pas à ce point. Il détestait vraiment les larmes.
« Je… » bégaya-t-il. Il était totalement pris de court par la gentillesse et la compréhension de Parker. Pour la première fois, son cœur se pinça en la regardant, et il se rendit compte qu'il était peut-être beaucoup plus attaché à elle qu'il ne le pensait. Que, peut-être, elle méritait vraiment qu'il s'ouvre plus à elle. Qu'il lui fasse confiance. « Je sais pas encore. »
« C'est vrai, c'est arrivé hier » pensa Parker tout haut. « Tu peux prendre le temps de réfléchir à tout ça, tu es riche. C'est quand même dommage d'abandonner tes études, tu ne trouves pas ? »
Peut-être qu'elle pensait comme Veronica, finalement. Sauf qu'elle avait une diplomatie que Veronica n'avait jamais eue. Ou plutôt, qu'elle avait perdue en même temps que sa virginité. Logan secoua la tête pour chasser ces pensées. Il haussa les épaules. « Je ne sais pas. J'en n'ai pas vraiment besoin, mon site rapporte de l'argent, je suis déjà riche… »
Parker eut un petit rire jaune, et secoua la tête. « Tu sais, Logan, je pense qu'il va te falloir un projet rapidement. Sinon, tu vas déraper à toute allure. Tu as besoin de quelque chose sur lequel porter ton attention, sinon tu fais n'importe quoi. »
Logan sentit la colère parcourir ses veines, et Parker dut avoir la même sensation, car elle posa une main sur son bras. « Je ne dis pas ça par méchanceté, tu le sais très bien. Mais… Le fait que tu sois riche ne veut pas dire que tu ne dois rien faire. Il y a plein de gens riches qui font des choses très bien, sans forcément travailler. Réfléchis juste à une chose : quand tous tes amis vont travailler, qu'est-ce que tu feras, toi ? Quand Dick sera à la fac en train d'étudier, personne ne sera là pour partager ton temps libre. A un moment ou à un autre, je ne dis pas maintenant, il faudra que tu trouves quelque chose pour t'occuper. »
Logan haussa les épaules. « Je vais voir. »
« Il y a plein de façon d'utiliser son temps libre de manière constructive. Les œuvres caritatives, par exemple. Tu pourrais parrainer un truc, non ? »
Logan éclata sincèrement de rire, et embrassa doucement Parker. « Parrainer ? Quelle charité débile voudrait de Logan Echolls comme parrain ? L'adolescent qui organisait des combats de SDF, qui a été accusé du meurtre d'un Mexicain, et dont le casier judiciaire est aussi long que ses bras ? » Il secoua la tête. « Non, aucune œuvre caritative ne voudra de moi. Tu peux me faire confiance là-dessus. »
Parker médita sur ses paroles, comme si elle n'y croyait pas vraiment, et l'embrassa sur la joue. « D'accord. Mais promets-moi juste d'y penser, ok ? Reste pas enfermé dans ta tour à te morfondre. Je suis sûre que tu es plus touché par ton renvoi que tu ne le penses. »
Logan lui offrit un petit rictus, et entreprit de faire oublier à Parker qu'elle le connaissait un peu trop bien. Elle commençait à lui faire peur, à le comprendre aussi clairement, et à entrer petit à petit dans son cœur. Il ne savait pas s'il y était encore tout à fait prêt.
oOoOoOo
Pendant que Mac, dans sa bonté et sa loyauté infinie, essayait de s'introduire sur le serveur du commissariat de Neptune, Veronica avait décidé de passer le temps en cherchant la chambre de Patrick Nickerson. Evidemment, il habitait dans un appartement avec deux copains, sur le campus. Un appartement gigantesque, parfait pour faire des fêtes.
Veronica détestait les riches.
Elle sonna, et regarda par la fenêtre de la cage d'escalier les magnifiques voitures, tout en se demandant laquelle était celle de Nickerson. De là où elle était, elle n'arrivait pas à voir les plaques d'immatriculation, mais elle était sûre que rien qu'en les lisant elle allait deviner qui était le propriétaire des bolides.
Au moins, ils étaient très prévisibles. Et tape à l'œil. Un riche, par définition, était impossible à ignorer. Et ça rendait son travail immédiatement plus facile.
Un jeune homme au visage disgracieux lui ouvrit la porte, et la regarda de haut en bas. Veronica le fixa par la même occasion, surprise que tous les riches ne soient pas beaux. Celui là devait être sacrément riche pour avoir autant d'assurance, parce qu'un pauvre avec sa tête n'avait aucun moyen d'être sûr de lui comme ce jeune homme l'était.
Si les vêtements de Quasimodo ne l'avaient pas convaincue du fait qu'il valait probablement plus de trois millions de dollars, le petit rictus qu'il lui envoya, puis le tour de tête qu'il fit en direction de l'intérieur la convainquirent.
« Qui a commandé une exhibitionniste ? » cria le garçon, probablement très fier de lui.
« Je viens voir Patrick. » répondit Veronica.
« Ah. Je me disais aussi qu'il n'avait pas baisé depuis longtemps. PATRICK ! » poursuivit Quasimodo, en lui ouvrant plus grand la porte. Veronica s'avança et lui écrasa le pied en passant. Le riche moche grimaça et chouina, mais comme il était riche et fier, ferma son clapet.
Dieu merci.
Patrick sortit d'une pièce, l'air curieux, et arbora un air sincèrement surpris en voyant Veronica. Celle-ci pencha la tête sur le côté, le regard dur, et afficha son rictus amusé de circonstance. « Quoi ? Pas de banderoles 'bon retour à la maison' ? Après tout, je sors de prison… Par ta faute ! »
Patrick eut l'air mal à l'aise, mais leva quand même les yeux au ciel. « Il fallait bien que je blâme quelqu'un, j'allais me faire arrêter pour possession de drogues, sinon. »
« Je vais me mettre à pleurer. Blâmer ton dealer, non ? Ca paraissait être une idée trop honnête ? » cracha Veronica, énervée par le cran de ce sans-gêne. Gâcher la vie des gens pour sauver la sienne ne le dérangeait tellement pas qu'elle avait envie de lui arracher la tête et de shooter dedans de toute ses forces. Elle avait fait du football toute son enfance, elle sentait que ce serait un sentiment très agréable.
« Non, sinon j'aurais plus eu de dealer. » répondit normalement Patrick.
Veronica laissa une seconde passer, le temps de réaliser que ses raisons étaient purement simples, puis enchaîna. « Pourquoi me mettre tout ça sur le dos ? »
« Parce que je me suis fait virer de Hearst à cause de toi. » Encore une réponse évidente, et simple. Comme Patrick. Ce garçon était, finalement, très loin d'être compliqué. Il réagissait simplement.
« Tu as été réintroduit grâce à l'argent de ton père. Et, je tiens à le rappeler, tu avais commis un crime. »
Patrick leva les yeux au ciel, comme si ce n'était rien et qu'il avait fait pire. Ce que Veronica voulait bien croire sur paroles. « Ca y est ? Tu as pu faire ton deuil de ton arrestation ? » grommela Patrick. « Je peux retourner jouer à la console ? »
« Presque. » répliqua Veronica, sans pouvoir contenir son agacement. « Qui est ton dealer ? »
Le 09er regarda Veronica comme si elle était devenue complètement dingue. « Tu crois que je vais te le dire ? »
Veronica soupira. « Bon, pour être tout à fait honnête, je n'ai pas que ça à faire, et de toute façon je le découvrirai donc soit tu ne me fais pas perdre mon temps et tu me dis immédiatement qui est ton dealer, et où je peux le trouver, soit tu me forces à employer les grands moyens, ce qui, évidemment, impliquera certains désagréments, comme un site internet dans lequel tu es la mascotte d'un réseau de sado-masochistes. »
Patrick la fixa, hésitant. « Je ne suis pas SM. »
Veronica haussa les sourcils. « Crois-tu que ça intéressera qui que ce soit, la vérité ? » sourit-elle. « Il y a aussi une grande chance que ta voiture soit détruite. Malencontreusement, évidemment. »
Patrick la jaugea du regard. « Ton père n'est plus shérif. Tu ne pourrais jamais t'en tirer. »
Veronica eut une moue pensive. « Pourtant, j'ai réussi à rester moins d'une heure en garde à vue, et les charges ont été abandonnées contre moi. Mmmh. Je me demande si tu en ferais autant… »
Il y eut un silence pendant lequel Veronica était sûre que si les regards tuaient, elle aurait était morte sur place, puis Patrick détourna les yeux, et soupira. « Je ne connais pas son nom. Je ne le lui ai jamais demandé. »
« Où je peux le trouver ? »
« La trouver, tu veux dire. C'est une fille, elle est en dernière année. Tu lui laisses un mot dans la section biophysique de la bibliothèque avec ton numéro de téléphone, et elle t'appelle pour te donner un lieu d'échange. »
Veronica eut un sourire éclatant. « Il va s'en dire que, si toutes ces informations sont fausses… Mes menaces – promesses – appelle ça comme tu veux – tiennent toujours. J'espère donc pour toi que tes paroles sont la vérité. Ah oui. Et tu retires ton faux témoignage, aussi. Tu verras. Tu te sentiras plus léger. »
Patrick lui rendit un regard mauvais, et resta planté longuement au beau milieu du salon, bien après que la porte ait claqué derrière Veronica.
oOoOoOo
Keith dévisagea longuement Veronica, qui soutenait son regard. Il essayait de voir si elle lui mentait, mais… Dealeuse de drogue. Sérieusement. Il savait que sa fille mentait très bien, et n'hésitait par à dépasser allègrement la ligne de la légalité lorsqu'elle était convaincue que c'était pour la bonne cause… Mais de là à dealer de la drogue…
Cliff se racla la gorge et s'assit à côté d'elle devant le bar de la cuisine. « Bientôt, je devrai te défendre parce qu'on t'a retrouvée au Septième Voile. »
Veronica leva un sourcil. « Bientôt j'aurai vingt et un an, et ce sera légal de me trouver au Septième Voile. Même si je ne vois pas ce que je pourrais bien être en train d'y faire. »
Cliff ne dit rien, mais Veronica savait que c'était à cause de la présence de son père. Celui-ci n'avait pas l'air d'apprécier cette petite comédie, à en croire son regard. Il avait l'air moins énervé que la fois où le FBI était venu l'arrêter pour avoir enlevé un enfant, mais il n'avait pas l'air de baigner dans un océan de bonheur non plus.
Au moins, cette fois-ci elle avait la conscience tranquille.
« Je suis innocente. » chouina Veronica, les yeux au ciel. Cliff étouffa un petit rire.
« Tu vois, tu parles déjà comme mes clients. »
Les lèvres de Veronica s'étirèrent dans un rictus mesquin. « Oh, pourtant nous savons tous les trois que tu n'as rien d'un innocent, Cliffy. Si une certaine vidéo dans un ascenseur du Neptune Grand… »
Cliff se racla fortement la gorge, coupant la parole à Veronica. Elle remercia le ciel que son père soit présent, car s'il n'avait pas été là, Cliff lui aurait certainement rétorqué qu'il devait y avoir plus de vidéo d'elle faisant des choses bien pires que Cliff dans l'ascenseur qu'il n'y en avait de lui.
Ce qui la mettrait très mal à l'aise. Mais l'ascenseur de l'espace était… Un ascenseur de l'espace. On se sentait en apesanteur, quand on entrait là-dedans. Enfin, ça dépendait avec qui on montait. Ou quels sentiments on nourrissait envers la personne. Par exemple, jamais elle ne se sentirait en apesanteur avec Dick Casablancas. Ou Braun.
Braun. Ne pas penser à elle.
« Je suis vraiment ravi que vous trouviez cette situation amusante. » gronda Keith en jetant un regard noir à son ami. Veronica leva les yeux au ciel. Elle n'avait plus quatre ans, ce n'était plus la peine de lui faire les gros yeux. Et, de toute façon, elle était innocente.
« J'ai parlé au témoin qui m'a dénoncée. Il m'a avoué qu'il avait menti, il ne l'a fait que parce qu'il lui fallait un coupable. Après notre petite discussion, il a finalement réalisé son erreur et sa conscience lui pesait tellement qu'il m'a promis qu'il retirerait son témoignage. »
Keith secoua la tête, et posa un regard dur à Veronica. Celle-ci se mordit les lèvres, attendant les questions qui n'allaient pas tarder à déferler sur elle. « Comment tu as trouvé le témoin ? » demanda Cliff, prenant Keith de vitesse.
Veronica haussa les sourcils, arborant son air le plus innocent. « En utilisant mes insoupçonnables dons de devin ? »
Keith tapa le poing sur le bar, faisant sursauter tout le monde. « Ne commence pas avec les mensonges, Veronica ! Tu sais très bien où les mensonges mènent, et il n'y aura pas toujours quelqu'un pour te sortir des ennuis ! »
Veronica baissa les yeux, et inspira profondément. Elle était quand même innocente, pour une fois. Et elle n'avait même pas cherché les embêtements. Pas cette fois, en tout cas. « Qu'est-ce qui s'est réellement passé ? »
Veronica soupira. « J'ai volé une feuille du dossier de Vinnie pendant qu'il regardait ailleurs. J'ai brûlé la feuille après, ne t'inquiète pas. »
Keith ne cilla pas, mais Veronica vit clairement Cliff se mordre les joues. Elle se retint d'en rajouter une couche. « Et ? » aboya Keith, bien que plus doucement. « Qui c'était ? Pourquoi il t'a coincée ? »
Veronica hésita une seconde, mais le regard de son père était si perçant qu'elle sut qu'il s'attendait à ce qu'elle mente. « Un gosse de riche de mon université. Il a une dent contre moi, parce que j'ai prouvé qu'il avait fait une fausse carte d'étudiant. Il a été viré de Hearst, puis réinscrit parce que les erreurs se rachètent quand on est riche, et il a voulu me le faire payer. J'étais une proie facile. De toute façon, Vinnie n'a aucune preuve, je n'ai pas de drogue, je n'en ai jamais eu. Patrick voulait juste me voir avec les menottes au poignet. »
Il y eut un petit silence, pendant lequel Keith jaugeait vraisemblablement la sincérité des propos de Veronica, mais il parut satisfait. Il s'apprêtait à se relever, et Veronica allait pousser un long soupir de soulagement lorsque Cliff se racla la gorge.
Quoi encore ?
« En fait… Le shérif a des preuves. » avoua-t-il, l'air embarrassé.
Les deux Mars haussèrent les sourcils dans la même mimique, et se laissèrent retomber sur leurs sièges. Veronica fut la première à parler. « C'est impossible ! »
« Vous n'allez pas aimer ça, mais… Un Fitzpatricks a été arrêté. Et il a parlé d'une fois où la gamine Mars est intervenue sur le deal de Joshua Fitzpatricks. Apparemment, le 09er à qui il a vendu du GHB est allé se plaindre à Liam que c'était un piège, et qu'on lui avait volé sa fiole de GHB. »
Veronica resta bouche bée. Elle n'arrivait pas à croire que Vincent Van Lowe ait réellement pu se bouger suffisamment pour arrêter un Fitzpatricks. Et elle arrivait encore moins à croire que quelqu'un, même Vinnie, puisse prendre la parole d'un Fitzpatricks pour argent comptant. Même si, pour le coup, c'était vrai.
Veronica glissa un regard légèrement inquiet vers son père, qui tournait la tête lentement vers elle. Apparemment, il avait oublié ce petit incident, mais maintenant que les faits lui revenaient, Veronica réalisa qu'elle n'avait pas de dispute toute prête pour qu'il zappe le sujet.
Elle lui fit un petit sourire. « Oups ? »
Keith ferma les yeux, et soupira, mais Cliff enchaîna. « De toute façon, ça ne tiendra pas. C'est un Fitzpatricks, il n'y a aucune preuve factuelle, et si l'autre témoin se retire, les charges seront obligatoirement abandonnées. » Cliff rassembla toutes ses affaires, et serra la main de Keith. « Je voulais juste que vous sachiez quels étaient tous les enjeux. »
Veronica s'en serait bien passé, puisque tous ses ennuis avaient eu l'air arrangés. Maintenant, Cliff se la jouait gros lâche. Il sentait que dès qu'il serait parti, une dispute monumentale éclaterait, et il connaissait suffisamment le tempérament des Mars pour vouloir être le plus loin possible du lieu de l'explosion.
Et, effectivement, Veronica n'eut pas la possibilité d'entendre le petit clic de fermeture de la porte, puisque son père prenait déjà la parole. « Qu'est-ce que tu faisais ce soir là ? »
Veronica préparait une remarque sarcastique, qui casserait un peu la tension, mais son père n'avait pas l'air de vouloir plaisanter. « J'avais besoin d'une fiole de GHB des Fitzpatricks. J'avais emmené Weevil. C'est lui qui a volé la fiole. Je suis restée cachée, mais Joshua m'a trouvée. »
Elle repensa à l'arme pointée sur elle, et eut un frisson de terreur. Elle haïssait les armes. Du moins, quand elle ne les tenait pas. « Pourquoi avais-tu besoin de GHB ? Pour quoi faire ? »
« Pour le comparer au GHB qui a été donné à Robin. »
Keith observa Veronica, et toute la colère qui l'avait envahi lorsque Cliff lui avait rappelé cette soirée le quitta. Il vit l'attitude de Veronica, le regard sûr, presque défiant, la tête relevée en arrière, le mettant au défi de la disputer pour avoir fouillé dans la mort d'une de ses amies.
Elle lui rappelait horriblement l'attitude qu'elle avait eue trois ans auparavant. Et il se rappela l'issue de cette histoire. Elle ne finissait pas sans dommages.
« Tu enquêtes dans le suicide de ton amie ? » demanda-t-il, incrédule. Pourquoi était-il surpris, après tout ? Depuis la mort de Lilly, Veronica s'était donné pour mission de sauver le monde. Elle avait décidé de résoudre toutes les morts qui l'entouraient. Evidemment qu'elle enquêtait dans le suicide de sa meilleure amie.
Ce qui lui fit le plus mal, c'était qu'il ne s'en était pas rendu compte. Qu'il n'avait pas réalisé à quel point elle avait été bouleversée par ce décès. Il se rappela que c'était arrivé au moment où il était en pleine dépression. Avant qu'il ne rencontre Jane, et qu'il ne remonte la pente.
Il n'avait pas réalisé à quel point il était passé à côté de tout ce que Veronica avait ressenti à ce moment. Et il s'estima heureux qu'elle n'ait pas été dingue au point d'aller voir les Fitzpatricks toute seule. Il se demanda comment elle avait réalisé à quel point ils étaient dangereux. Keith ne se rappelait pas l'avoir jamais vue en leur compagnie, à part le soir où ils avaient croisé Kendall Casablancas dans sa maison cachée.
D'un côté, Liam lui avait tiré dessus. Aussi tête brûlée fut-elle, ça avait quand même dû sacrément la refroidir. Surtout qu'elle lui avait sauvé la vie. Keith inspira lentement, et ferma les yeux. Veronica le fixait, sans dire un mot, refusant de répondre à sa question.
Il se leva pour se laisser tomber dans son fauteuil. « Qu'est-ce que tu cherches à trouver ? » demanda-t-il sincèrement. Il se doutait qu'elle tentait de faire son deuil à sa façon.
« Elle ne s'est pas suicidée. » répondit simplement Veronica, acceptant inconsciemment l'aide que son père pourrait lui donner en étant mis dans la confidence. « Je la connaissais, Papa, et au début je croyais aussi qu'elle s'était suicidée, mais sa meilleure amie m'a convaincue que non. »
« Et tu avais besoin de GHB ? Pour quoi faire ? Une piste ? »
Veronica ne se pensait pas capable de mentir aussi facilement. Le mensonge glissa entre ses lèvres avec une facilité qui la déconcerta intérieurement. « Voyons, Papa. Une fille qui se retrouve avec du GHB dans le sang après une fête de fraternité ? L'année dernière nous a donné toutes les pistes nécessaires. »
« Un viol ? Ca a été indiqué sur son rapport d'autopsie ? Pourtant Vinnie a classé ça comme un suicide. Pas comme un meurtre, avec ou sans préméditation. » s'étonna Keith.
Là encore, Veronica fut surprise par sa facilité incroyable à inventer des histoires. Mais elle ne dirait jamais à son père à quel point elle savait que les hommes supposés incarner la justice pouvaient fermer les yeux sur des viols, même quand les faits étaient évidents, et avérés. Vinnie Van Lowe ne valait pas mieux que Lamb, et elle était persuadée qu'il préfèrerait laisser un violeur courir dans Hearst plutôt que de se bouger pour le retrouver. Un meurtre ferait baisser tous ses incroyables chiffres sur la paix à Neptune depuis son élection.
Veronica lui expliqua alors toutes ses pistes. Le violeur qui n'en était finalement pas un, puisque les GHB ne correspondaient pas, et que rien sur le rapport d'autopsie ne le confirmait. La grossesse cachée de Robin, et Brad le parfait petit ami pas si parfait que ça. La relation qu'elle entretenait avec Jeff Ratner, ainsi qu'avec sa famille. Et pour terminer, le testament, et la question de l'héritage. Mais le sentiment que Brad aimait sincèrement Joanne.
A la fin de son récit détaillé, Veronica se sentit soulagée d'un poids qu'elle ne soupçonnait pas. C'était comme si elle n'était plus seule. Son père savait, son père l'aiderait. Il ne serait pas à côté sans comprendre, il ne lui dirait pas qu'elle délirait. Non. Son père la croyait, il croyait sincèrement à ses preuves, et à son instinct. Et, tout comme elle l'avait fait cinq ans auparavant, il était prêt à se mettre complètement de son côté pour suivre son intuition. Même si l'issue de cette histoire devait prouver que Veronica avait tort. Au moins, ils seraient deux à comprendre.
« Le petit copain, Brad. Tu penses vraiment qu'il serait capable de tuer Robin ? » demanda Keith.
Veronica haussa les épaules. « Je ne pensais pas vraiment Cassidy Casablancas capable de faire exploser un bus, tu sais. » Ni capable de violer une jeune fille inconsciente à une fête, pensa-t-elle. Mais Veronica ne frissonna pas cette fois-ci. Cassidy Casablancas n'aurait pas raison d'elle. Oh, non.
« Touché. » concéda Keith. « Mais tu n'as trouvé aucune preuve ? »
Veronica secoua la tête négativement. « Rien. De l'herbe, mais aucune lettre de confession, ni de journal intime. Ni GHB. Peut-être qu'il le cache depuis qu'il l'a tuée ? »
Keith resta pensif un instant, puis pris un papier, et y nota les principales données qu'ils avaient. « Et la sœur, Joanne ? Les parents ? »
« Joanne est une garce, mais elle n'a pas l'air d'être suffisamment forte pour tuer sa sœur. Elle tenait parfaitement le choc en tout cas jusqu'à ce qu'elle apprenne la grossesse de Robin. Depuis, ça va moins fort. » raconta Veronica en s'asseyant à côté, et en y ajoutant ces informations. Elle avait déjà tout ça sur son ordinateur, mais le revoir écrit, remué, posé différemment, pouvait lui donner de nouvelles perspectives.
« Culpabilité ? Peut-être que tuer sa sœur ne la dérangeait pas autant que tuer un bébé. Les McCherry sont très pieux, non ? » demanda Keith en gribouillant d'autres notes.
« La mère a été élevée dans un couvent. Le père est le dirigeant d'une grande société. Ils viennent d'Irlande, et effectivement, il est croyant, et pratiquant. Mais bon, y a pas un truc dans la Bible qui dit « Tu ne tueras point » ou quelque chose dans ce genre là ? Si ça implique les bébés, ça doit bien aussi impliquer les adultes. Enfin, c'est mon avis. » railla Veronica. Elle ne voyait pas trop quelle autre réaction elle pouvait avoir. Elle pensait être passée par les trois quarts des stades possibles, à ce niveau-là.
« D'accord. On laisse Joanne, alors, d'autant qu'on n'a vraiment aucune preuve. Crime passionnel ? » proposa-t-il plus pour lui-même que pour Veronica.
Celle-ci répondit quand même. « Généralement, c'est plutôt à grands coups de couteaux dans la figure. Ou par des coups de feu. Enfin, un truc plus sanglant. Ça me surprendrait beaucoup qu'elle se soit ennuyée à acheter du GHB pour zigouiller sa sœur. »
« Ca ne serait sûrement pas le MO d'un McCherry non plus, tu sais. S'ils devaient simuler un suicide, je pense que ça aurait été à coups de médicaments. Ou elle se serait taillé les veines. Peut-être une pendaison. Mais certainement pas du GHB. »
Veronica se sentit soudainement écoeurée en réalisant la portée de leurs propos. Elle se trouva bêtement choquée par l'attitude blasée qu'ils avaient tous les deux, énonçant les différents mobiles et modus operandi comme on faisait une liste de courses, parlant de meurtres comme on débattait sur la vie des People.
« Oui, » déglutit-elle, mal à l'aise. « Mais si on reste sur cette piété toute McCherrienne, le suicide, c'est pas supposé être, genre, un énorme crime ? Et le meurtre encore pire ? »
Keith secoua la tête. « On n'a pas encore suffisamment de preuves, pour supposer autre chose. Et je pense qu'on n'a pas assez de données. Qui a-t-elle vu à cette soirée ? Qui l'a rencontrée ? Qui l'a raccompagnée ? Qui l'a retrouvée ? Est-ce qu'elle avait d'autres ennemis, qui sont peut-être d'ailleurs dans le milieu de la drogue ? Et si c'est un meurtre, quel est le mobile ? Que savait-elle ? »
Veronica ferma les yeux, et se laissa aller contre le canapé. Mais ce fut le regard que son père leva vers elle qui lui fit le plus de mal. Car elle sut immédiatement ce qu'il allait lui dire. « Et il ne faut pas oublier la possibilité numéro une. Peut-être que, en réunissant toutes les parts d'ombres qui formaient la vie de Robin McCherry, on réalisera qu'elle avait toutes les raisons du monde de se suicider. »
oOoOoOo
Mac lui envoya un texto le lendemain matin lui indiquant qu'elle lui avait joint par mail ce qu'elle avait réussi à cracker du serveur du commissariat. Veronica se rua sur son ordinateur, et imprima tout ce qu'elle avait, puis passa par la bibliothèque pour déposer un petit papier là où Patrick le lui avait indiqué. Le coin de biophysique était assez calme, surtout à neuf heures du matin. Veronica donna un faux nom qu'elle avait pris au hasard dans la liste des étudiants de Hearst – un Première Année qui avait une tête d'intello, pour ne pas prendre le risque que la dealeuse ne se doute d'un piège. Et elle mit le numéro de téléphone d'un appareil jetable.
Une fois que tout était fait, Veronica se dirigea du côté des biologistes, et retrouva son chercheur préféré. Gil-Thomas leva les yeux au ciel lorsqu'il la reconnut et tendit la main immédiatement, avant même qu'elle ait eu le temps de prononcer le moindre mot.
« Pour quand tu en as besoin ? Et à quoi je le compare ? » demanda-t-il, sérieusement en acceptant le papier de Veronica.
Veronica lui fit un petit sourire sincère. « Le plus vite possible. Et compare-le à ça. » Elle sortit le dossier d'autopsie de Robin, qu'il attrapa. Gil-Thomas fronça les sourcils.
« Attends, tu veux dire que c'est écrit ? » Veronica hocha la tête. « C'est évident, dans ce cas. Tu aurais pu le faire toute seule. Quelles pages ? »
Veronica, le cœur battant à tout rompre, ouvrit les dossiers à Gil-Thomas, et attendit patiemment sa réponse. Lorsqu'il posa les yeux sur elle, Veronica la devina immédiatement, et ne put retenir un tremblement.
« Ce sont les mêmes. »
oOoOoOo
Veronica resta plusieurs secondes interdite lorsqu'elle reconnut la dealeuse de GHB, qui l'attendait patiemment et normalement à la dernière table du rayon de biophysique. Il n'y avait pas beaucoup de monde, et les rares étudiants qui étaient là ne faisaient absolument pas attention à Veronica, et encore moins à Kendra Valadar.
La jeune fille aux cheveux roux foncé avait l'air de s'ennuyer ferme, mais était parfaitement à l'aise, en train de lire The Organization of Behavior : A Neuropsychological Theory, de Donald Olding Hebb. Veronica ricana, et s'assit en face de Kendra, un rictus sur le visage. Celle-ci leva la tête, et lui sourit.
« Tu ne t'es pas trompée de section, Kendra ? » demanda Veronica. « Ici c'est la biophysique. Pas la psychologie. »
Kendra haussa les épaules. « Tu connais le rayon psychologie. Elles sont toutes en train de pouffer en lisant Freud, et en citant des passages soit disant marrant. Elles m'insupportent. »
Veronica devait le lui accorder, c'était une excellente menteuse. « Tu es sûre que tu n'attends pas plutôt quelqu'un à qui vendre du GHB ? »
Kendra pâlit soudainement, et eut un petit soupir en détournant le regard. Elle savait qu'elle s'était trahie par sa réaction. « Comment tu sais ? » demanda-t-elle, bonne joueuse.
Veronica fut prise de court par cette réaction aussi amicale. Elle s'attendait plus à une tentative de fuite, ou autre chose, qu'à une reconnaissance de ses actes. Mais elle restait surtout excessivement dérangée par l'implication de Kendra dans la mort de Robin. Pourquoi aurait-elle voulu tuer Robin ? Elles avaient pourtant eu l'air de bien s'entendre.
« Travis Docker ? » dit Veronica. « C'est moi. J'ai été accusée à ta place hier. Laisse-moi te dire que ça ne m'a pas fait plaisir. »
Kendra leva les yeux au ciel, et s'affaissa dans son fauteuil. « Je n'étais pas au courant que j'avais été repérée. Mais, connaissant ta réputation, tu as probablement un micro relié au commissariat de Neptune, et d'ici une dizaine de minutes, je serai arrêtée pour dealage de drogues. »
Veronica haussa les épaules, étrangement sincèrement désolée. Une partie d'elle était également fière de savoir que sa réputation ne s'arrêtait pas à celle de traînée qui faisait des trucs salaces avec ses copains et aimait qu'on la filme pendant ce temps-là. Kendra n'avait probablement aucune idée de combien ça la changeait. « Et à voir ta réaction, ça n'a pas l'air si grave que ça. »
Ce fut au tour de Kendra de hausser les épaules. « Je pourrai toujours fuir, tu sais. »
Veronica eut un petit rire. « Je t'en laisserai le temps. En fait, j'ai simplement enregistré cette conversation. »
« Et, connaissant encore une fois ta réputation, je suis surprise de ne pas m'être fait arracher la tête. Ou tazerisée. Ou… Je ne sais pas trop. T'es plutôt le genre connasse, toi, quand tu es énervée. »
Veronica eut un léger mouvement de recul et cligna plusieurs fois des yeux, surprise, mais presque flattée. « Eh bée. Tu me connais bien, à ce que je vois. »
« Robin parlait beaucoup de toi. Elle t'admirait énormément, tu sais. » confessa Kendra.
Le cœur de Veronica battait la chamade. Elle n'avait même pas eu le besoin de lancer le sujet, Kendra l'avait fait seule.
« En parlant de Robin, tu lui as vendu du GHB avant sa mort ? »
Kendra pâlit. « Ce sont les mêmes, alors ? » demanda-t-elle.
Veronica secoua la tête, le regard dur. « Bien sûr que ce sont les mêmes. Mais tu devais t'en douter, non ? »
Kendra se mordit les joues, mais lâcha finalement. « Pour être honnête, oui, je m'en doutais, mais je n'ai jamais vérifié. Je n'y suis pour rien, Veronica. Elle s'est servie seule ! »
Veronica fronça les sourcils. « De quoi tu parles ? »
Kendra regarda autour, puis se pencha vers Veronica. « Un jour, alors que je faisais du tutorat à Robin en salle de psychologie, là où se font tous les tutorats de psychologie sous l'observation d'un professeur, elle a écouté une conversation qu'elle n'aurait pas dû écouter. »
« Donc tu as voulu la tuer ? » demanda Veronica sans vraiment y croire. Juste pour voir sa réaction.
Kendra la foudroya des yeux. « Bien sûr que non. Mais je lui ai alors confié que j'avais un stock de GHB de malade dans ma chambre d'étudiante. »
« Je ne t'aurais jamais prise pour une dealeuse. » avoua Veronica, en posant ses coudes sur la table entre elles. « Tu es la meilleure étudiante de Braun, tu dois être la seule qu'elle apprécie de tous ses étudiants ! Ce n'est pas peu dire ! »
Kendra eut un sourire timide. « Mon grand-père est mort il y a quatre mois. Il était pharmacien dans les années soixante, et on est allés dans son arrière-boutique à laquelle il n'avait pas touché depuis au moins trente ans. Quand on y a mis de l'ordre, j'y ai trouvé tout un tas de fioles de GHB, c'était légal à l'époque. »
Le puzzle se mettait en place. Bien sûr. « Donc tu as volé les drogues, pour les vendre aux plus offrants. » termina Veronica.
Kendra rougit légèrement. « J'ai quelques problèmes d'argent, ma mère a un cancer. Ça paye ses médicaments, comme elle est au chômage, on n'a pas de couverture sociale. »
« Je suis désolée. » souffla Veronica. Mais Kendra repoussa ses platitudes d'un geste de la main.
« En tout cas, Robin savait pour la drogue. Je lui avais dit où la trouver, parce que ça me pesait aussi. Robin a trouvé ça vraiment génial, elle a parlé de faire enrager sa mère, ou je sais plus vraiment quoi. Enfin. Tu savais comment était Robin, j'imagine. Tout ce qu'elle aimait faire, c'était enrager ses parents. »
Veronica eut un sourire triste. « Enfin bref, » poursuivit Kendra. « Le soir de sa mort, quand je suis rentrée dans ma chambre, j'ai découvert qu'il me manquait pas mal de fioles, une demi-douzaine, je dirais. Et le lendemain, j'ai lu dans les journaux ce qu'il s'était passé. »
Kendra se mit alors à pleurer, et Veronica leva les yeux au ciel pour s'empêcher d'avoir la même réaction. « Elle faisait beaucoup d'efforts, » sanglota Kendra. « Quand je lui donnais des cours, Robin se démenait pour avoir de bonnes notes en psychologie. Ses devoirs n'étaient pas aussi mauvais que ses notes laissaient penser. »
Veronica se mordit les lèvres. « Braun est un sale dragon. » grommela-t-elle. « Je ne crois pas qu'elle ait jamais mis une bonne note à un étudiant à par toi. Elle va me haïr quand elle saura que je t'ai dénoncée à la police. »
Kendra lui fit un petit sourire conspirateur. « C'est pas ça qui va t'arrêter, pourtant. Je me trompe ? »
Veronica lui offrit un rictus ravi. « Oh, tu n'as pas idée à quelle point elle aura à ronger son frein. »
oOoOoOo
Veronica fut surprise de la reluctance dont elle fit preuve lorsqu'elle donna la cassette incriminante à Vinnie Van Lowe. Le soir même, elle rencontra Wallace pour aller dîner, et s'assit joyeusement en face de lui, dévorant les immondes lasagnes proposées par le restaurant universitaire de Hearst. Vu ce que leur coûtait leurs études à l'université, Veronica trouvait qu'ils se faisaient sacrément arnaquer. Surtout qu'elle ne dormait même pas en dortoir, mais chez elle – elle était l'une des rares.
Elle était supposée dîner avec son père et Braun, mais Veronica avait envie de partager son moment de gloire avec Wallace, et pas avec la dragonne qui servait de petite amie à son père. Elle comptait dîner avec son meilleur ami, puis rentrer chez elle, et jouer la carte du « je n'ai pas faim » pour pouvoir foncer dans sa chambre et éviter le couple doré de Neptune.
A son plus grand étonnement, elle nota que Wallace n'avait pas l'air aussi ravi qu'elle de leur rendez-vous pour déjeuner. Elle mit sa mauvaise humeur sur le compte de sa fatigue accumulée par une semaine particulièrement difficile de cours, mais il avait l'air réellement fatigué.
« Grande nouvelle ! » annonça-t-elle, pimpante.
Wallace ne leva même pas les yeux. Il se contenta de hausser les sourcils, un rictus désagréable sur le visage. « Toutes les charges ont été abandonnées contre moi. Je ne suis officiellement pas dealeuse de drogues ! »
Wallace eut un petit rire jaune, et continua de hacher minutieusement la nourriture qui envahissait son assiette. Veronica fronça les sourcils en observant ses actions, mais enfourna sa fourchette pleine de lasagnes sans goût. « C'est bon à savoir. » grogna-t-il.
« Je crois… » finit-elle par prononcer en voyant qu'il ne se déridait pas. Veronica ouvrit sa bouteille d'eau et but de longues gorgées, mais préféra enchaîner. « Logan a été viré de Hearst. »
Là encore, Wallace ne leva pas les yeux, et haussa les sourcils, signe qu'il l'avait entendue. Il eut de nouveau ce petit rire jaune, puis sembla se décider à lui accorder un regard. « Tu le savais ? » s'étonna Veronica.
« Tu sais, si tu prêtais un petit peu attention aux gens qui t'entourent, Veronica, tu te rendrais compte de beaucoup de choses ! » déclara-t-il, la voix emplie de reproches et d'amertume.
Veronica le prit comme un coup de poing, et maudit Wallace de transmettre sa mauvaise humeur alors qu'il faisait beau, et qu'elle avait réussi à échapper à un jugement. Il avait été beaucoup plus content quand il s'était agi de son jugement abandonné pour de fausses accusations. « Qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ? » demanda-t-elle d'une voix plus faible qu'elle ne l'avait voulu.
« Oh, excuse-moi, mon avis compte maintenant ? » s'énerva Wallace, la voix posée de colère contenue.
« Evidemment qu'il compte, » répondit Veronica, qui ne comprenait pas sa réaction. « Il a toujours compté. Qu'est-ce qui t'arrive ? »
« Ce qui m'arrive ? » s'exclama Wallace d'une voix aiguë de sarcasme. « J'avais pas l'impression que ça t'intéressait, ces derniers temps. Mais j'imagine que maintenant que tu n'as plus de piste pour Robin, ou que tu n'es pas menacée de prison, tu vas pouvoir te recentrer un peu sur autre chose que toi-même ! »
Veronica cligna plusieurs fois, choquée, blessée plus profondément qu'elle ne l'avouerait jamais par les mots de Wallace. Elle chercha ses mots quelques secondes, sous le regard dur et impitoyable de Wallace, puis finalement se recula sur sa chaise. « Au risque de me répéter, qu'est-ce qu'il t'arrive ? »
« Je te l'ai dit, Veronica ! Je te l'ai dit il y a une semaine déjà ! Je t'ai dit que Darrell, mon petit frère, voulait devenir un motard ! »
« Oui, et je t'ai donné le numéro de Weevil pour t'aider ! » contrecarra Veronica, n'arrivant pas à croire qu'il puisse lui reprocher d'être une mauvaise amie.
« Mais je n'avais pas envie que Weevil m'aide, Veronica, tu comprends ? » s'écria Wallace d'une voix un peu plus forte. Aux tables à côté, certaines têtes commençaient à se tourner. « Ce n'est pas lui mon meilleur ami ! Ce n'est pas à lui que j'aurais dû parler de ce qui se passait ! Ce n'est pas à lui à qui j'aurais dû demander de lui parler ! »
« Qu'est-ce que tu aurais voulu que je dise à ton frère ? » rétorqua Veronica, incrédule. Il était sérieux ? « Que mon père a passé son temps à les arrêter pour des méfaits idiots et qu'il fout sa vie en l'air ? Il me connaît à peine, qu'est-ce que ça lui aurait fait ? »
Wallace repoussa encore son plateau vers le milieu de la table, dans un geste de colère que Veronica n'avait jamais soupçonnée chez lui. Il eut encore l'horrible petit rire jaune que Veronica ne supportait pas, puis il enchaîna. « Tu sais, c'est même pas ça, le problème. Tu n'aurais rien pu faire, d'accord. Mais est-ce que tu m'as demandé quoi que ce soit à propos de ce qui s'était passé ? Est-ce que tu t'es tenue au courant de ce qui est arrivé ? »
Veronica ouvrit la bouche pour répondre, mais elle ne trouva rien à répondre. Elle referma la bouche, et se mordit les lèvres de culpabilité. « Je suis désolée, Wallace. »
« Je t'aime, Veronica. D'accord ? Mais tu n'agis vraiment pas comme une meilleure amie. Tu continues de te protéger comme si c'était toujours toi contre le monde, mais j'ai une nouvelle à t'annoncer. Tu n'es plus seule contre le monde ! Il y a des tonnes de gens qui sont là pour toi, prêt à faire des trucs illégaux s'il le faut, à aller en prison pour toi si tu nous le demandais. On ne te demande pas grand chose en retour, on te demande juste de reconnaître qu'on a dans ta vie ne serait-ce qu'un tiers de l'importance que toi tu as dans la nôtre ! »
Veronica détourna les yeux, mal à l'aise. C'était la deuxième personne en quelques jours qui lui disait qu'elle avait un comportement insupportable, et qu'elle était trop arrogante et égocentrique. Mais cette fois-ci, elle ne pouvait pas se cacher derrière sa mauvaise foi et sa colère parce qu'elle haïssait la personne qui lui faisait ces commentaires.
Elle savait, elle était persuadée, que si Wallace en arrivait au point de lui dire les choses si sévèrement, si sincèrement, c'était qu'elle avait dépassé les bornes.
« Tu ne vas peut-être pas le croire, mais des fois, nous aussi on a besoin de toi. » enchaîna Wallace, dont la colère semblait inextinguible. « Mac a passé un sale moment, il y a quelques semaines, tu l'as pas remarqué ? Elle a quitté Max, et tu ne t'es pas demandé pourquoi ? »
Veronica haussa les épaules, honteuse. Elle n'avait pas osé en parler à Mac, de peur de la mettre mal à l'aise. Mais sa pudeur passait finalement par de la froideur, et honnêtement, elle avait été tellement enfoncée dans son enquête sur Robin, qu'elle n'avait pas pris le temps de s'attarder sur les états d'âme de son amie.
« Moi aussi, j'ai eu besoin de toi ! Parce que, maintenant que je suis sûr que j'ai attisé ta curiosité avec mes reproches, je vais te dire ce qu'il s'est passé ! Weevil est allé le voir. Il lui a parlé, et Darrell l'a envoyé sur les roses parce qu'il s'était fait renverser par les Fitzpatricks et qu'il se souvenait qu'on appelait les PCH le Club Privé pour Homos quand il était au collège. Alors je suis allé le voir, et je lui ai dit ce que les PCHers m'ont fait le jour de notre rencontre, à toi et moi. »
Veronica avait les larmes aux yeux de honte, et de colère contre elle-même. Elle savait que Wallace était parfaitement conscient de ce qu'il était en train de lui faire, mais elle savait également qu'elle ne lui en voudrait pas. Elle ne pouvait pas lui en vouloir quand elle voyait les mêmes larmes se refléter dans les yeux de son meilleur ami.
« Et tu veux savoir ce qu'il m'a dit ? » continua Wallace, la voix légèrement brisée. « Il m'a dit qu'ils avaient eu raison, parce que j'étais une balance. Et qu'on balançait pas ses frères. Et qu'il était content que je ne sois qu'un demi-frère. »
Veronica cligna des yeux, essayant en vain de les sécher. Wallace se leva, et attrapa son sac. « Mais ça, Veronica, si je te l'avais pas dit maintenant, tu l'aurais découvert quand ? En enquêtant sur mon meurtre ? »
Sa respiration se coupa, mais Veronica n'arriva pas à accuser le coup. Wallace lui jeta un dernier regard blessé, puis partit en passant son bras sur ses yeux d'un geste rageur. Veronica déglutit, la tête baissée vers son plateau.
Puis, mue de la même colère, elle jeta son plateau dans un poubelle, et se dirigea vers sa voiture.
oOoOoOo
« Alleeeeeeeeeeeez. Allez Mario, je te promets que je te ferai la plus belle fellation de ta vie si tu éclates la tronche au crocodile ! »
Logan haussa un sourcil circonspect en direction de Dick, qui s'acharnait toujours sur Mario Kart, puis lui jeta un stylo à la figure. « Mec, je veux voir ça. »
« Je t'aurais jamais pris pour un voyeur, » ricana Dick en écrasant les touches un peu à l'aveuglette. Il tourna les épaules en même temps que Mario faisait son virage, comme s'il dirigeait par ses gestes le personnage. Logan laissa tomber les papiers qu'il étudiait, et se tourna totalement en direction de Dick, hilare, tout en taillant un crayon à papier. « Mmmh, cela dit maintenant que j'y pense, ça m'étonne pas. Tu es du genre maso, je suis sûr que tu prends ton pied en mattant des gens prendre leur pied pendant que toi tu souffres le martyr. »
Logan leva les yeux au ciel et, après avoir posé légèrement le bout de son index sur la mine du crayon taillé de près, le lui balança comme on jette une fléchette. Logan leva les bras en signe de victoire lorsque le crayon à papier atterrit pointe la première sur la nuque de Dick. Celui-ci eut un sursaut de douleur, poussa un cri, et plaqua machinalement sa main sur son cou. Mario en profita pour se planter dans le décor, et le crocodile passa la ligne d'arrivée sans aucun problème.
Dick se retourna vers Logan, le fusillant du regard. « Et voilà ! T'es content ? » râla-t-il.
« C'est toi qui devrais être content. Tu n'auras pas à sucer un plombier moustachu qui n'existe pas. »
Dick lui fit un doigt d'honneur, et quitta le jeu, puis il jeta la manette à l'aveuglette. Logan leva les yeux au ciel. « Je sais qu'on est affreusement riches, mais ce serait cool si on n'avait pas à racheter une manette chaque fois que tu perds à Mario Kart. »
« C'est pas ma faute si l'autre est passée par-dessus la terrasse. » bouda Dick en se laissant tomber sur le canapé, un bras sur les yeux.
« Non. » rétorqua Logan, avec un rictus amusé. « Je suis sûr que le chat qui s'est fait écraser la tête par ladite manette a pensé la même chose que toi. »
« Qu'est-ce qu'il foutait là aussi ce con de chat ? » grommela Dick en se redressant pour aller prendre une bière.
« T'inquiète pas, mec, il est au paradis des chats, et il ne t'en veut pas. » ricana Logan, son petit sourire toujours affiché.
« J'espère bien qu'il ne m'en veut pas. » rétorqua Dick en tendant une bière à Logan, qui la prit. « Je lui ai donné l'accès au paradis, il devrait même me remercier ! »
« Amen ! » Les deux jeunes hommes trinquèrent, et burent en rigolant bêtement, probablement très fiers d'avoir réussi à tuer une pauvre bête sans le faire exprès. Le patron de l'hôtel avait par contre menacé de les virer s'ils continuaient dans cette voie, et Dick avait dû puiser une coquette somme pour faire passer la pilule au vieux millionnaire.
« J'arrive pas à croire qu'un pauvre chat débile m'ait coûté huit mille dollars. » grogna-t-il, en y repensant.
« Plus une nouvelle manette ! » en rajouta Logan. Dick lui prit sa bière, et la but tout en se redirigeant vers le canapé, sur lequel il se laissa tomber.
Il y eut un moment de silence, puis Logan finit par ouvrir la bouche. « Dick ? » demanda-t-il d'une voix hésitante.
« Non, Logan, je ne te sucerai pas si tu gagnes à Mario Kart. » répondit Dick en grimaçant.
« Et si je gagne à Resident Evil ? » proposa Logan avec une moue boudeuse.
Dick lui montra son majeur une nouvelle fois, comme ça semblait être la mode dans son esprit, et Logan décida que c'était le moment où jamais. Parker avait raison, il lui fallait un nouveau projet. Il lui fallait quelque chose de constructif, duquel il pourrait être fier. Quelque chose d'autre qu'un site sur des culs, quelque chose de caritatif.
Il n'avait pas menti quand il avait dit à Parker qu'aucune œuvre de charité ne voudrait de lui. C'était le moment où jamais de se prouver qu'il pouvait faire quelque chose de bien. Quelque chose d'indépendant du reste de sa vie. Quelque chose qui le ferait se sentir bien dans sa peau.
« Sérieusement, Dick, je pensais à un truc. »
« Oh, ça y est, tu recommences à penser. » railla le blond en retirant ses chaussures pour les jeter à l'autre bout de la pièce. La première s'écrasa contre la porte, et la seconde manqua de renverser un des vases décoratifs qui ornaient une étagère inutile. En voyant l'arc qu'avait fait sa chaussure, Dick grimaça, et croisa les doigts pour qu'il évite le vase. Lorsqu'il réalisa que sa prière silencieuse avait été réalisée, il leva les yeux vers le ciel, et soupira. « Merci, Dieu ! »
Logan leva les yeux au ciel. Evidemment, Dick n'allait pas lui rendre les choses faciles. Depuis qu'il avait décrété qu'il ne déprimerait plus, il était devenu impossible d'avoir une conversation sérieuse avec lui. Pas que Logan ait cherché à en avoir une, mais pour une fois qu'il aurait apprécié en avoir une qui ne portait pas sur son site de culs, ou sur une soirée de fraternité, Dick n'était pas décidé.
Le jeune homme décida alors de prendre le taureau par les cornes, et prit une lente inspiration. « Et si on utilisait l'argent de Cassidy pour créer une association ? » demanda-t-il d'un trait.
Le lourd silence qui suivit inquiéta légèrement Logan, qui se demanda si Dick l'avait bien entendu. Puis il entendit distinctement le bruit de déglutition qu'il fit, et le vit se redresser lentement.
« De quoi tu parles ? » articula-t-il finalement.
« Tu te souviens quand tu as reçu l'argent de Cassidy avant Noël ? Si tu l'investissais dans une association pour les enfants maltraités ? J'ai pas mal réfléchi, et ce serait une façon de… Tu vois. Se racheter de l'avoir maltraité. Si on pouvait sauver des enfants qui ont subi des coups durs, des enfants torturés, ou battus, ou… Ou violés, » Logan se racla légèrement la gorge. « Peut-être que… Peut-être que ça pourrait être bien ? »
Dick le fixa longuement, ses joues rosirent, rougirent, puis il se leva soudainement, et passa une main moite sur son visage. Il s'humidifia les lèvres. Tous ses gestes trahissaient son émotion et sa nervosité.
Puis il s'arrêta subitement, et inspira profondément. « On aiderait des gens ? Je t'en prie, Logan. Qui nous prendrait au sérieux ? »
Logan savait que Dick cherchait des raisons de ne pas le faire. Et, il devait bien l'avouer, il y avait des tonnes de raisons pour ne pas le faire. Mais Logan était décidé. « On aiderait des gens, ouais. » expliqua-t-il en se levant lui aussi. « Au lieu de les torturer, au lieu de se servir de notre argent pour nous moquer des autres et pour les rabaisser, on pourrait les sortir des ennuis. On pourrait être autre chose que des branleurs méprisables. »
Dick sembla touché par les mots de Logan, mais fuyait toujours son regard. « Je sais pas, mec… »
« On n'a pas réussi à sauver Cassidy. » On n'a pas sauvé Veronica, ajouta-t-il mentalement. « Mais avec cette association, on sauverait plein de Cassidys » et de Veronicas « et on leur offrirait une vie meilleure. On peut le faire, Dick, je suis sûr qu'on peut y arriver. »
Dick resta sans rien dire pendant une minute entière, puis il passa sa main dans ses cheveux, le regard légèrement vide. « Je… » commença-t-il. « J'ai besoin d'y réfléchir, d'accord ? »
Logan acquiesça sans un mot. Dick l'imita puis, pensif, se dirigea dans sa chambre.
La porte claqua, et Logan se demanda s'il n'aurait pas dû commencer avec un projet un peu moins douloureux.
oOoOoOo
Keith et Jane se regardaient dans le blanc des yeux depuis environ une demi-heure. Ils avaient épuisé les sujets de conversations habituels, et attendaient Veronica depuis un bon moment. Keith avait été furieux la première heure de retard, et avait appelé Veronica à plusieurs reprises, mais sans réponse. Il lui avait laissé deux messages incendiaires, et Jane avait eu un petit rictus amusé tout en l'observant s'agacer après sa fille.
« J'aurais cru qu'elle serait ravie de voir mon visage. » plaisanta-t-elle. « Après tout, elle va envoyer ma meilleure élève en prison. »
Keith glissa un regard légèrement soucieux vers elle. « Elle ne l'a sûrement pas fait exprès pour t'embêter, tu sais. »
Jane haussa les épaules. « Elle n'a sûrement pas demandé à cette idiote de vendre de la drogue, c'est sûr. Mais ça m'étonnerait que le fait que ça m'atteigne ne l'ait pas remplie de plaisir. »
Keith eut un petit ricanement fier. « Non, pour tout avouer, je suis sûr que ça a dû être la cerise sur le gâteau. Veronica est du genre tenace. Dans le bon comme dans le mauvais sens. »
Jane l'enlaça, alors qu'il regardait par la fenêtre pour voir si la voiture de Veronica allait se garer. Mais il soupira lorsqu'il ne vit toujours rien. « Je l'ai comme élève, tu te souviens ? Je lis ses copies. Tu n'as pas idée à quel point les copies des élèves en disent long sur leur personnalité. Par exemple, Veronica rend toujours plus que ce qu'on lui demande. En tout cas, elle le faisait au début. Maintenant, comme elle me déteste, elle fait le strict minimum pour me montrer qu'elle est capable de faire des choses excellentes sans approfondir ses recherches. C'est un gros 'je t'emmerde' qui m'est adressé. »
Keith ricana, et se tourna vers Jane pour l'embrasser doucement. Jane lui sourit, puis se détacha de lui pour récupérer son sac à main, et sa veste, tout en se dirigeant vers la porte. « Où tu vas ? » demanda Keith.
« Elle ne viendra plus. Il est tard. Il y aura d'autres occasions. » sourit-elle, en enfilant sa veste.
« Mais on n'a rien mangé… » se dépita Keith en regardant le plat de tagliatelles froides qui trônait au milieu des trois assiettes. « Et je n'arrive pas à croire qu'elle puisse nous planter. Elle m'avait promis qu'elle ferait des efforts. »
« Et elle en a fait. » intervint Jane. « Ca s'est mieux passé ces derniers temps. Il a sûrement dû se passer quelque chose. Peut-être qu'elle a croisé un charmant jeune homme, ou qu'elle a voulu passer un moment avec des amis, et elle n'a pas vu le temps passer… » Elle l'embrassa tendrement, et lui caressa la joue. « Elle ne me croira sûrement jamais, mais je préfère qu'elle passe un bon moment loin de moi plutôt qu'une soirée mal à l'aise à devoir faire amie-amie avec la prof qu'elle déteste au plus haut point. »
Keith eut un petit sourire, et se pencha pour embrasser plus langoureusement sa compagne. Finalement, Jane se détacha, et passa la porte. « Ne la dispute pas trop fort quand elle rentrera demain avec une gueule de bois monumentale. »
Keith secoua la tête. Rien n'était moins sûr. Lorsqu'il referma la porte, Keith attrapa une nouvelle fois son téléphone, et composa le numéro de Veronica. Il tomba encore une fois sur la messagerie de Veronica. « Hey. C'est moi. Je commence à être inquiet. Appelle-moi quand tu auras ce message, d'accord ? Je t'aime. »
Keith raccrocha, observa son portable pendant quelques secondes, puis le posa sur la table basse, et alla se coucher en soupirant. Backup pencha la tête vers lui, et couina légèrement, puis le suivit en trottinant jusque dans sa chambre.
oOoOoOo
Le parking de Hearst College était désert, à une heure du matin. Tout était calme. Les étudiants qui traînaient sur le campus, une bouteille à la main, pouffant de rire, n'observaient pas ce qu'il y avait autour d'eux. L'un d'eux, plus ivre que les autres, essaya d'avancer en s'appuyant contre une saturn grise.
Les deux autres se moquèrent de lui, et l'entraînèrent avec eux dans la nuit.
Aucun des trois ne remarqua la trace de sang sur la portière conducteur. Ni le portable en miettes qui traînait par terre.
A SUIVRE…
Merci à Cassotis, Missgege, et Winness pour leurs gentilles reviews!
EPISODE 410 : VERONICA'S ARMY
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