Chapitre 8 Trunks

Avant son départ, Bulma avait voulu manger avec ses enfants. Elle était venue récupérer Trunks au bureau avec Bra et ils avaient dîné dans son restaurant préféré. Trunks avait eu du mal à se concentrer sur la conversation et à faire écho à la bonne humeur de sa sœur et de sa mère.

L'image de Pan était restée rampante dans son esprit pendant toute la journée. Maintenant que son temps de travail était terminé et qu'il autorisait son cerveau à se détendre, la révélation de Marron et de Bra prenait de l'ampleur dans l'ordre de ses préoccupations.

Bra et lui déposèrent Bulma à l'aéroport avant de rentrer.

Sa sœur s'était immédiatement posée devant la télé en compagnie d'un lot de sucreries en tout genre qui annonçaient une soirée tranquille. De son côté, il s'était changé avant de ressortir pour retrouver Marron. Il n'avait pu s'empêcher de calculer que, si sa sœur avait prévu de rester scotchée dans leur salon, ils avaient de bonnes chances de voir Goten se joindre à eux.

Il ne s'était pas trompé. Ses deux amis étaient déjà attablés dans un bar à chicha un peu glauque des bas-quartiers.

- Alors, Briefs, mission accomplie ? Maman est dans l'avion ? Les contrats sont signés ? On peut se lâcher ? le taquina Marron, occupée à se rouler une cigarette.

Trunks s'effondra sur une chaise et s'étira.

- A qui le dis-tu ? Quinze jours entre mon père et ma sœur, l'ambiance va être électrique !

- Pourquoi tu dis ça ? sursauta Goten, à cause de moi ?

Trunks sourit et mit sa main sur l'épaule de son ami, comme pour le rassurer.

- T'inquiète. Ma sœur lui a rien dit mais il sent quelque chose, c'est pour ça qu'il est nerveux. Quand elle aura tout expliqué, ça passera, j'en suis sûr.

Goten hocha la tête mais n'était pas vraiment convaincu. Il se souvenait encore des paroles cinglantes de Végéta, quelques semaines en arrière. « Il est hors de question que tu t'approches d'elle…Tu ne lui arrives pas à la cheville »

- Ton père est quand même vraiment flippant, souligna Marron.

- Et alors, qu'est-ce que tu veux qu'il fasse ? Il va pas tuer Goten quand même, non ? Quant à faire changer ma sœur d'avis… Je demande à voir, hein Goten ?

- Vos histoires de cœur sont compliquées, les gars, conclut Marron en collant précautionneusement le papier à cigarette.

Trunks préféra ne pas relever la remarque et héla la serveuse pour commander. Marron jeta un œil à Goten, comme pour lui passer un message.

Comme on leur apportait les consommations, Marron se leva pour aller aux toilettes, laissant les deux garçons seuls.

Trunks trouvait que Goten avait l'air un peu abattu.

- Hey, tu t'en fais toujours pour mon père ? demanda Trunks avec inquiétude.

- Non, je m'en fous de ton père…J'ai mangé avec Gohan et Videl tout à l'heure… marmonna Goten.

- Rien de grave ? interrogea Trunks avec empressement.

Goten lui jeta un œil préoccupé. Il se frotta la tête pour marquer son hésitation.

- Pan ne va pas bien, lâcha-t-il finalement.

Trunks sentit l'effroi le saisir. Pourquoi il me dit ça comme si ça me concernait d'une manière ou d'une autre ? Bien sûr, il était peiné par la nouvelle mais il avait l'impression que tout son entourage ne lui avait parlé que d'elle toute la journée. Ca faisait beaucoup pour son tempérament insouciant.

- Qu'est-ce qui lui arrive ?

- Videl m'expliquait qu'elle ne s'alimentait plus vraiment correctement et qu'elle a toujours l'air triste. Elle pense que sa fille a une peine de cœur, raconta Goten sans lâcher Trunks des yeux.

Trunks s'enfonça dans son siège, avec embarras. Il ne savait pas quoi répondre. Son esprit s'accrochait à l'idée que ça n'avait rien à voir avec lui. Goten laissa durer le silence mais persistait à le dévisager comme s'il attendait une réponse à une question précise.

- Trunks. Ca ne te parle pas, ce que je raconte sur Pan ? finit-il par ajouter.

- Ca devrait, tu crois ? répliqua Trunks, un peu mal à l'aise.

- Ecoute, t'es comme mon frère. T'es vraiment un mec super brillant, y' pas de doute là-dessus, à mon niveau, je peux pas dire le contraire. Mais t'es vraiment un débile avec les filles, tu crois pas ?

Trunks haussa les épaules et finit son verre d'une traite. Il s'essuya la bouche d'un revers de la manche, agacé par le sourire moqueur de Goten qui continuait à observer la moindre de ses réactions.

- Marron pense que Pan est amoureuse de moi, tu le crois, toi ?

Goten passa sa main derrière le cou de son ami et rapprocha sa tête de la sienne au point de coller quasiment son front contre le sien.

- Ecoute, quand je te dis, elle va pas bien, elle va vraiment pas bien. Elle est toute maigre. Elle ne va même plus s'entraîner, tu vois le genre ? Alors, je ne sais pas ce que tu en penses mais tu vas faire une chose pour moi, tu vas l'inviter, à bouffer ou Dieu sait où, et tu vas lui parler. Tu vas lui dire ce que tu as à lui dire. Cette obsession pour toi la bouffe littéralement, il faut qu'elle lui passe d'une manière ou d'une autre.

Trunks se détacha lentement de l'emprise de Goten et se redressa.

- Je ne voulais pas lui faire de mal, marmonna-t-il, je ne savais pas je n'y ai même jamais pensé. Putain, Goten, pour une fois que je peux dire d'une nana que je l'ai jamais envisagé…

- Je sais, Trunks, mais fais-le. Je t'ai jamais rien demandé aussi sérieusement, répondit Goten, fais-le vite.

- Hey, on arrête les têtes d'enterrement, les mecs ! coupa Marron subitement en revenant à leur table, j'ai un tuyau, on change d'endroit !

Ils avaient migré vers un club où un DJ en vogue se produisait ce soir-là. Trunks avait mis du temps à se fondre dans l'ambiance et avait un peu forcé sur la bouteille pour y arriver. Il comprit qu'il était temps de rentrer quand il récupéra Marron dansant lascivement au milieu d'un groupe de mecs bizarres, tandis que Goten s'était endormi sur une banquette obscure.

Il réussit à enfourner ses deux amis dans un taxi en partance pour le domicile de Goten où Marron avait pour mission de le raccompagner et de s'assurer qu'il ne s'endorme pas devant la porte.

Lui-même réussit laborieusement à voler jusqu'à la Capsule où il s'effondra sur son lit aux premières lueurs de l'aurore.

Il se réveilla bien après midi, vaseux et conscient qu'il devait freiner. Ca faisait deux soirs de suite qu'il se laissait aller à des excès qu'il payait de plus en plus cher avec le temps. Il se doucha longuement sans parvenir totalement à reprendre pied dans la réalité.

Quand il entreprit de déjeuner, il trouva la maison vide. Il sentit son père à l'entraînement. Son ki semblait perturbé. Trunks préférait ne pas savoir pourquoi. Depuis que sa sœur sortait avec Goten, Végéta était continuellement d'une humeur massacrante et Trunks savait que s'il allait le voir, il serait enrôlé de force pour une séance d'effort quelconque. Il n'avait vraiment pas envie. Bra n'était pas là.

Il mangea seul en lisant le journal du jour. Mais son crâne n'arrivait pas à imprimer ce qu'il déchiffrait. Il repensait invariablement à Pan. Il était indécis. Il avait promis, en quelque sorte, de l'appeler. Goten avait laissé entendre qu'il devait le faire vite. Mais Trunks n'était pas sûre de savoir ce qu'il aurait dû dire ou faire alors. Il avait le cœur serré de savoir qu'elle dépérissait comme elle le faisait et instinctivement, il avait envie de la protéger de tout ça. Mais si ce n'était qu'un instinct de protection ?

Il soupira et balança rageusement son journal. Il finit son café et sortit pour s'envoler directement à l'appartement de fonction de la Capsule.

Il trouva Marron en train de trier des photos disposées en ordre sur la table. Penchée sur son travail, vêtue d'un short minuscule et d'une blouse vaporeuse, il ne put s'empêcher de la trouver magnifique. Quelques cheveux rebelles s'échappaient de la natte unique qu'elle s'était tressée à la hâte dans le dos.

Il savait qu'elle avait eu des propositions pour être mannequins quand elle avait été plus jeune et qu'elle travaillait dans le milieu de la mode. Elle avait toujours refusé. Son physique était tout à la fois une bénédiction et une malédiction. Quelles que soient les circonstances, sa blondeur insolente, ses jambes interminables, sa plastique sculpturale, accrochaient l'œil. Mais ça signifiait toujours, des possibilités d'arrière-pensées chez les hommes et d'éventuelles rancoeurs chez les femmes. Pour naviguer au milieu de tout ça, Marron avait opté pour une méfiance systématique et un abord revêche à toute tentative de prise de contact des autres.

En réalité, personne d'autres que Trunks et Goten n'avaient jamais touché du doigt sa vraie personnalité.

Sans savoir pourquoi il enlaça sa taille et posa sa tête sur son épaule.

- Hey, Trunks ! sursauta t-elle.

Elle se retourna et lut la lassitude dans ses yeux. Elle lui sourit avec bienveillance.

- Et alors ? Qu'est-ce qui se passe ? demanda t-elle doucement en lui rendant son étreinte.

- J'en ai marre. Je ne sais pas quoi faire… pour Pan.

- Assieds-toi, ordonna-t-elle simplement en l'écartant d'elle.

Il se laissa tomber dans le canapé tandis qu'elle servait de la limonade. Elle apporta les verres et s'assit à côté de lui. Il la regarda avec ennui.

- Goten m'a dit… commença Trunks

- Je sais ce que Goten t'a dit, coupa t-elle.

Marron savait toujours tout, surtout ce que personne ne lui disait. Il soupira et reposa sa tête sur son épaule. Elle lui ébouriffa gentiment les cheveux.

- Pan est une fille très bien. Tu ne la connais pas vraiment. Je suis sûre que si vous sortiez ensemble…

Elle s'interrompit. Trunks avait relevé sa tête pour la regarder en face et elle s'aperçut qu'il s'approchait d'elle avec un air qu'elle lui connaissait trop bien. Il posa ses lèvres sur les siennes et introduisit sa langue dans sa bouche tandis qu'il posait une main sur sa hanche. Elle baissa ses yeux vers lui et ne put s'empêcher de sourire.

- Tu sais que c'est interdit, ça, dit-elle en coupant court à son baiser.

Elle retira sa main de sa hanche.

- On a dit que c'était fini, ajouta t-elle en le voyant engager une deuxième tentative, c'est un scénario qu'on a déjà joué et qui ne nous a pas mené bien loin. En plus, ça ne va carrément pas résoudre ton problème.

- Vraiment ? chuchota Trunks.

Elle le repoussa plus vigoureusement.

- Range tes mains, Briefs ! Tu sais que c'est que physique. On a dit que c'était terminé, grandis un peu !

Il se recula avec un air contrarié.

- Marron, c'était il y a longtemps.

- Qu'est-ce que ça change ? Tu veux que je te rappelle ce que c'était à la fin ?

Il rougit un peu et baissa la tête.

- Exactement ! Trunks, la vie c'est pas que ça ! Si tu as besoin d'aide, je suis là. Pour le reste, tu sais largement te débrouiller.

Elle se leva, consciente que leur proximité était maintenant une torture pour lui, et saisit une cigarette.

- En plus, aujourd'hui, y a pas que toi qui a des emmerdes, marmonna-t-elle en soufflant rageusement la fumée.

Il l'interrogea du regard.

- T'es pas au courant, hein ? Ce matin, ton père a débarqué chez Goten avec Bra.

- Quoi ?

- Oui… Bon, le problème, c'est que j'ai dormi avec Goten cette nuit et ils nous ont trouvés là et ta petite sœur l'a pas trop bien pris.

- Je le crois pas ! t'as dormi chez Goten ? Comment ça se fait ? Le taxi devait te ramener chez toi !

- Ouais ! Il devait ! Et cet enfoiré s'est barré avec le prix de la course que tu lui avais filé, pendant que je mettais Goten au lit ! Qu'est-ce que j'allais faire ? J'étais moi-même bien raide et c'était pas une catastrophe ! J'ai bêtement dormi avec lui. J'avais pas prévu le reste.

Les deux amis restèrent silencieux. Marron était nerveuse, elle se sentait coupable. Goten était avec Bra, elle devait renoncer à certaines de ses habitudes avec lui pour laisser une chance à cette relation.

- C'était pas comme si on avait couché ensemble, quand-même ! lâcha Marron subitement, comme pour se dédouaner.

- Et alors, comment Bra est-elle censée le prendre ? Pour un soir qu'elle ne passe avec lui, il va se murger avec toi et vous dormez ensemble ? De là à penser que vous auriez pu coucher ensemble, on est pas loin du compte ! s'écria Trunks avec une pointe de colère.

Marron s'assit sur la table basse et se prit la tête dans les mains. « Quelle merde ! » gémit-elle. Elle se redressa soudainement.

- Tu pourrais pas essayer de rattraper le coup, toi ? lui demanda-t-elle avec espoir.

- Rattraper le coup ? Bien sûr ! C'est toujours Trunks qui rattrape tous les coups ! Et qui me rattrape les miens, hein ?