Déclaration de l'auteure : J'ai écrit ce chapitre alors que j'étais déprimée… Et c'est la première fois que j'aime ce que j'écris ! Donc, je vais déprimer plus souvent ! (Pour ceux/celles qui me croiraient, je plaisante…)
En fait, c'est pas que j'aime, mais j'ai vraiment réussi à écrire ce que je voulais faire passer !
Bonne lecture !
Ecstasy
Il pleurait ce jour-là
« Lentement, je marchais vers ma sentence quotidienne en m'évadant psychiquement. Mes petits pas dégageaient les feuilles fanées pour me faire un chemin sur lequel je m'engageai, poussé par une main invisible en menaçante. Le vent les faisait tournoyer pour m'entourer et me créer une prison inexistante, mais aussi infranchissable. Pendant encore quelques minutes, j'admirai le doux spectacle que m'offrait cette généreuse nature perdue au milieu de cette cage aux humains.
J'arrivai enfin au lieu de mes tortures, y entrai et marchai tête baissée en espérant passer outre les mailles du filet qui m'emprisonnait. Arrivé dans ma classe, j'allais rapidement m'asseoir à ma place attitrée, dont la table était barbouillée d'insultes et de menaces en tout genre. D'un geste de la main, je dégageai les quelques épingles posées sur ma chaise avant de m'y installer.
Je profitai du fait que les autres élèves ne me remarquait pas pour observer les quelques gouttes de pluie qui tombaient tristement du ciel gris et faisaient fuir les lycéens encore présents dans la cour extérieure. Le cours commença après une injure à mon encontre provenant du fond de la salle. Je n'y prêtai pas attention, ce n'étaient que des mots.
Une légère frappe dans le dos m'obligea à me retourner ; je croisai les regards des fauteurs de trouble, une bande de délinquants qui ne me portaient visiblement pas dans leur cœur. Je me disais que je m'en accorderai, tant que ces brimades se limitaient à des paroles en l'air.
La classe, constituée de personnes toutes aussi lâches les unes que les autres, restait invisible à leur jeu – certains se joignaient parfois à eux - et les professeurs dressaient un rideau face à leurs yeux, de peur de futures représailles. Je me retrouvai donc seul contre le monde, mais je croyais être capable d'assumer une telle bataille, naïf que j'étais.
Les heurs d'ennui intensif se déroulaient à une lenteur si affligeante que j'avais parfois la folle impression de revivre les mêmes remarques et réflexions qui rebondissaient sur les vitres, les murs et les statues humaines pour parvenir à mes oreilles encore et encore, irrémédiablement.
Un bruit sourd de libération temporaire illumina l'inutile journée de ces demeurés ignorants. Aujourd'hui encore, je bouclai le stupide cercle qui se rouvrait derrière moi en faisant chantonner les voitures qui filaient à toute allure sans voir la ville et ses habitants mouvants.
Sans me voir, moi.
Eux, ils me voyaient, ils me fixaient, ils me suivaient. Ils riaient comme des attardés qui essayaient de combler le vide de leur existence en se donnant un semblant d'utilité perdue, simple espoir de rêves apocalyptiques dans un sommeil éveillé.
J'accélérai imperceptiblement mon pas assuré qui les illusionnait de leur pauvre puissance. Les leurs aussi se faisaient plus récurrents, ils me rattrapaient, poussés par une divine force dont j'ignorais les méfaits.
Je me retrouvai coincé ; devant moi un insalubre mur, miroir reflétant mon âme survivante, derrière moi une bande de cinq gosses au cerveau atrophié et aux pensées embrigadées.
La suite se passa très vite.
Des insultes qui fusaient… une main sur ma joue douloureuse… des rires horripilants… un regard désillusionné vers une sortie imaginée… un poing dans le ventre… l'impression de vomir lamentablement mes entrailles… la vengeance qui me dominait… des cheveux qui s'échappaient librement… mes genoux qui rencontraient le sol… la croyance d'être brisé… la réalité qui revenait douloureusement… une intruse connaissance… plusieurs orgasmes tristes… une humanité souffrante… une beauté éphémère… une laideur éternelle… un risque rougeoyant… des mots criés hypocritement… d'autres héroïquement… une subsistance désertique… un afflux de haine… un problème presque vaseux… une incompréhension qui grandissait… une interdiction bafouée… mon corps épuisé qui gisait au sol… plus rien à redouter… c'était fini…
Je pleurais ce jour-là.
Les quelques lâches candidats d'une étroite alliance entre la folie et la supercherie s'échappèrent, se fondirent dans la lointaine luminosité… si lointaine… trop lointaine de mon obscure agonie. Même mon sang qui prenait la forme du bitume s'éloignait de moi, sans doute trop honteux d'avoir pour maître un pauvre dominé dont l'honneur était néant.
Je me le suis promis à cet instant, alors que je hurlais mon désespoir matérialisé par une plainte honteuse… un jour, ils me seront tous soumis. »
OooO
Un enterrement, c'est quoi ? Les membres d'une famille nombreuse qui pleurent la réduction de leurs rangs. Quelques amis intimes qui se remémorent des souvenirs éteints mais qui se demandent ce qu'ils vont faire le soir même. Peut-être des inconnus qui sont là pour les bonnes mœurs et qui présentent leurs condoléances aux connaissances. Quelqu'un qui officie la macabre cérémonie, mais il est tellement habitué que la mort elle-même n'a plus de sens.
Et lorsqu'on est célèbre ? Des fans grossissent la masse de spectateurs et les longs râles d'une tristesse passagère couvrent les prières. Une musique significative qui a pour seul effet de faire redoubler les apitoiements est jouée, mais n'est pas finie, les musiciens étant trop submergés par une émotion apparente. On en entend parler dans le monde entier, des pleurs s'élèvent, signes et preuves d'un brassage racial ne tenant qu'à une vidéo qui circule clandestinement, une impression de proximité.
Et si cette même personne avait tout perdu ? Et si elle avait joué de son vivant et gagné la mort ? Et si c'était une victime ? Et si personne ne la comprenait ?
C'était l'enterrement de Die, guitariste rythmique d'un célèbre groupe de néo métal nommé Dir en Grey, né le 20 décembre 1974 à Mie, mort à 33 ans d'une overdose. C'était un suicide. C'était un acte désespéré. C'était inutile.
Il pleuvait ce jour-là.
Le ciel gris avait dû se dire que nul ne méritait la solitude éternelle, que quelqu'un devait pleurer pour lui, même de fausses larmes. Le jeune prêtre qui récitait des formules apprises par cœur et déblatérées comme une poésie d'un élève de primaire parlait excessivement vite pour pouvoir échapper à la fin des lamentations des dieux. Il voulait rentrer chez lui, se sécher et ne plus penser au pauvre homme dont le corps retrouvait vers gluants et habitants de la terre dans l'indifférence totale. C'était un secret. Ses amis, ses camarades de jeu, sa famille, aucun ne s'était déplacé, trop pris par une occupation désabusée, une évasion souhaitée, un mort joyeux.
Il pleuvait ce jour-là.
Les vivants n'aimaient pas la pluie, elle les mettait à nu, ils ne pouvaient pas lui échapper, ils le savaient, alors ils s'en cachaient, viles dépendants d'une propreté superficielle, accrochés à leur image craignant l'eau. Le liquide abandonné se faufilait dans le sol pour engendrer une boue crasseuse et dégoûtante qui pénétrait par les fentes du cercueil de la carcasse immonde, formant une aura poisseuse autour de son corps souillé. Le religieux abrégea des phrases en les entrecoupant de soupirs ennuyés, mais continuait à cause d'une conscience nommée respect qu'il n'arrivait pas à écraser.
Il pleuvait ce jour-là.
Les sœurs du guitariste vivaient pour plusieurs, leurs doux rêves euphoriques qui dessinaient inconsciemment un pâle sourire sur leurs lèvres semblaient ressusciter les damnés. Leur méthode était celle de faibles figurantes qui leur garantissait une sécurité morbide. Le radieux soleil qui avait déversé ses effluves de bonheur sur les hommes confondus s'était évadé de cette délicieuse lassitude. Maintenant caché par de sombres nuages, chassé par des veuves inconsolables et tombé dans l'antre de démons déguisés, il se retirait un peu plus en approuvant les réprimandes d'une nature insatisfaite et vulgaire à sa façon. Et le temps ayant pris la cadence stoppée de ses souffles, se remettait doucement à vivre…
Kyô et Shinya écoutant de leur lit les gouttelettes d'eau qui s'écrasaient sur la vitre, Toshiya accoudé à un balcon, le regard lointain, et Kaoru la main posé sur le carreau d'une fenêtre, ils avaient tous la même pensée :
« Il pleurait ce jour-là. »
Fin du chapitre huit
Fin d'Ecstasy
Finalement… Non, j'aime pas…
Donc, voilà, c'est ainsi que se termine Ecstasy, interprétez à votre manière !
Merci à tous ceux/toutes celles qui m'ont encouragée, commentée ou tout simplement lue ! J'espère que cette fin ne vous déçoit pas trop, et que vous avez apprécié la fic, en général ! Dîtes-moi votre appréciation globale !
Sur ce, à bientôt dans une prochaine fic, j'espère !
Ryû, Devant le miroir, un Pierrot qui a fini son show
