Salut à tous! Ce n'est pas Vicky aujourd'hui, mais j'essaye d'être ponctuelle. Ça me fait très plaisir de vous partager ce chapitre en particulier, le hasard fait bien les choses ;) Sur ce je vous laisse entre ses mains pour la suite, bonne lecture.
Coucou tout le monde!
Comme vous le savez, je ne suis pas là cette semaine, j'ai donc écrit cette petite intro avant mon départ.
J'espere que l'attente n'a pas été trop longue et j'espère également que le chapitre 8 vous à plu et que vous prendrez plaisir à découvrir ce nouveau chapitre.
Je vous donne rendez vous lundi 22 octobre, où je viendrais en personne avec le chapitre 10!
Bonne lecture à tous et à très vite!
Et surtout Je remercie du fond du cœur ma super copine pour la publication de ce chapitre!
IX-
Sans grande surprise, Titus est encore une fois parfaitement à l'heure. Lexa n'est pas là mais il m'informe que nous passons la prendre sur notre route.
Pendant tout le trajet je me torture l'esprit pour essayer de deviner quelle terrible idée a bien pu traverser l'esprit de Lexa. Je tente même de faire cracher le morceau à Titus, mais ce dernier reste parfaitement muet et refuse de lâcher la moindre information qui puisse guider ma réflexion. Quand enfin j'aperçois l'immeuble de l'entreprise Wood, je baisse les bras et décide que quoi qu'il se passe maintenant, je ferai mon possible pour survivre et faire passer un bon moment à Lexa.
Titus se gare juste devant l'entrée de l'immeuble sur un emplacement estampillé « Privé ». A peine quelques secondes plus tard, Lexa franchit les portes vitrées, vêtue d'une tenue de femme d'affaires parfaitement étudiée, qui la fait paraître terriblement adulte et ne fait qu'accentuer son air glacial et supérieur. Le rôle lui va à la perfection, et l'espace d'un instant je suis soulagée de savoir qu'il existe une autre facette sous ce masque, sinon je serais terrorisée ne serait-ce que de poser les yeux sur elle.
- Salut. Alors, tu es prête ?
Je suis subjuguée par l'effet que peut faire un simple sourire sur un visage. C'est comme si la personne qui vient de sortir de cet immeuble et celle qui vient d'entrer dans cette voiture étaient deux personnes totalement différentes. J'admire et crains la première, alors que je me rends compte en voyant ce visage souriant que je commence vraiment à apprécier la seconde.
- Salut. Prête pour quoi ?
Je sais qu'il est inutile d'espérer qu'elle crache le morceau aussi facilement mais comme on dit, qui ne tente rien n'a rien.
- Hun, hun, pas encore ! Tu le sauras bientôt.
Son regard glisse sur moi rapidement, me faisant monter le rouge aux joues. Je ne sais pas pourquoi je réagis de la sorte à chaque fois qu'elle me regarde, mais c'est un réflexe biologique que je ne contrôle pas. Je suppose que quelque part elle m'impressionne toujours un peu.
Quelques minutes plus tard à peine, la voiture s'arrête. Nous somme toujours en ville : pas de terrain de foot, de basket et de baseball, pas de patinoire non plus, pas de stade d'athlétisme, ni de piscine a priori. En sortant du véhicule, je remarque une salle de sport quelques mètres plus loin. De la musculation ? Je n'imagine pas une seconde Lexa soulever des poids pour essayer de ressembler à monsieur Gonflette. Je sais que c'est une vision assez réductrice des salles de sport, mais je n'arrive pas à me défaire de cette idée. Pour moi, salle de sport est synonyme de mecs machos et « m'as-tu vu », qui comparent leur biceps et toutes les autres parties de leur corps pour savoir qui sera le plus viril.
- Alors tu viens ?
Je me retourne pour voir Lexa qui m'attend, tenant une porte ouverte sur laquelle n'apparaît aucune indication. Elle porte sur l'épaule un petit sac de sport, et dans la main opposée un autre sac provenant d'une enseigne de vêtements de sport. Je la suis volontiers, trop soulagée d'échapper à la salle de sport saturée de testostérone.
OoOoO
On avance dans le couloir jusqu'à ce que Lexa m'invite à ouvrir une porte menant au vestiaire pour femmes. Je n'ai toujours aucune idée de ce que nous allons faire, mais étrangement cela ne me dérange plus.
- Tiens, c'est pour toi.
Lexa me tend le sac provenant du magasin de sport.
- Pour moi ?
- Oui, je n'étais pas sûre que tu aies une tenue adaptée alors je me suis permise de t'en trouver une.
- Tu m'as acheté une tenue de sport ?
- Juste le strict minimum, je te rassure. Je ne pouvais pas te laisser faire ça dans une tenue qui n'est pas adaptée, ça pourrait être dangereux.
- Dangereux ?! Bon sang Lexa, dans quoi est-ce que tu m'embarques ? Tu commences à me faire peur !
- Non, pas dangereux dangereux. Oh, et puis tu verras bien. Arrête de poser des questions et change-toi. Je te promets que tu vas t'amuser !
Je vais m'amuser, vraiment ? Là tout de suite j'en doute, et le stress qui me hantait quelques heures plus tôt refait son apparition.
Sans aucune pudeur, Lexa commence à se déshabiller sans se soucier le moins du monde de ma présence et je comprends rapidement pourquoi : qui serait pudique avec un corps pareil ? Je m'efforce de détourner le regard de ce spectacle et entreprends de sortir ma nouvelle tenue de sport. De simples leggings de sport gris clair et un débardeur près du corps avec brassière d'un bleu tendre et discret. Je me glisse à la hâte dans ces vêtements étrangement confortables. Pendant un instant j'hésite à remettre mon tee-shirt, mais je me ravise. J'aime mon corps même si je n'ai pas une taille mannequin, je ne m'estime ni trop grosse ni trop mince et j'ai appris à vivre avec ma poitrine généreuse. Exposer mon corps ne me dérange pas, même si je ne suis pas du genre à m'exhiber.
Visiblement Lexa non plus n'a aucun problème avec son corps et qui pourrait le lui reprocher. Elle a enfilé sa tenue de sport, toute en noir comme à chaque fois, et chausse maintenant de drôles de petits chaussons. De ses doigts agiles elle tresse rapidement ses cheveux, ce qui lui donne un petit côté très Tomb Raider. Imitant son geste, j'attache mes cheveux en une queue de cheval haute, rapide mais efficace.
- Attends-moi ici une minute, je reviens.
Sur ces mots elle disparaît, me laissant seule en tête-à-tête avec mon stress qui prend de plus en plus d'ampleur.
Deux minutes plus tard, la porte s'ouvre de nouveau et Lexa entre, avec dans une main une paire de chaussons identiques à ceux qu'elle porte et dans l'autre un amas de sangles informe.
- Tiens, enfile ça.
J'attrape les chaussons et glisse les pieds dedans. Qu'elle connaisse ma taille de vêtements ne m'étonne pas puisqu'elle ma aidée à faire les magasins hier, mais qu'elle connaisse ma pointure, ça c'est surprenant.
- J'estime plutôt bien les distances, les mesures et les tailles.
Un cerveau qui mesure tout au centimètre près et en plus qui sait lire dans l'esprit des autres ? Cette fille est-elle réellement humaine ? Je commence sérieusement à me poser la question !
- Maintenant, la pièce maîtresse.
Quand elle déplie l'un des amas de lanières devant moi, je comprends enfin de quoi il s'agit : un baudrier. La dernière fois que j'ai enfilé un truc comme ça, c'était pour faire un parcours d'accro-branche quand j'étais gamine. Bizarrement je doute qu'il y ait une forêt entre ces murs.
- Passe tes pieds là-dedans.
Je m'exécute sagement, suivant ses indications. Elle remonte ensuite le baudrier jusqu'à mes hanches avant de commencer à ajuster chaque sangle de ses doigts agiles. La proximité de Lexa et ses mains qui s'activent autour de moi, ne font qu'augmenter la montée du stress dû à l'anticipation de ce qui m'attend. Chaque sangle qui se resserre sur mon corps envoie une légère décharge dans mes muscles qui se répercute dans tout mon corps.
- Te voilà équipée, dit-elle fièrement en admirant le résultat avant de revenir à mon visage et de me gratifier d'un de ses plus beaux sourires. Elle enfile rapidement et avec agilité son propre baudrier et attache une petite poche à la ceinture de son harnais.
- Prête ?
Est-ce que je suis prête ? Je ne crois pas. Est-ce que ça change quelque chose ? Je ne pense pas. De toute façon je ne reculerai pas maintenant. Un hochement de tête suffit à me faire comprendre.
- Respire Clarke, je ne compte pas te tuer. Je te promets que tu vas t'amuser. Allez viens, je vais te montrer comment atteindre le septième ciel !
C'est qu'elle a de l'humour en plus... Je ne l'avais encore jamais vue aussi joyeuse et cette simple constatation suffit à faire disparaître toutes mes angoisses.
OoOoO
La salle est entièrement recouverte de murs d'escalade. Même le plafond est recouvert de diverses prises, bien que je me demande comment il est possible de défier les lois de la gravité à ce point. En observant plus attentivement, je remarque que certains murs comportent plus de prises que d'autre. Il y a des murs simples et d'autres avec des angles et des pentes différentes. Le plafond particulièrement haut permet déjà d'atteindre une bonne hauteur d'escalade, suffisamment en tout cas pour m'en donner le vertige, j'en suis certaine.
Je me concentre sur les explications de Lexa. A l'écouter ça n'a rien de bien compliqué, il suffit d'avancer prise après prise et de monter aussi haut que possible.
- On va commencer par quelque chose de simple.
Le mur devant lequel elle s'est arrêtée est celui qui comporte le plus de prises. Parfaitement droit, c'est un de ceux qui montent le plus haut, et en regardant le sommet, mon appréhension refait son apparition.
- Tu n'es pas obligée de monter jusqu'en haut, et souviens-toi, je suis au bout de la corde. Il ne peut rien t'arriver, je ne te laisserai pas tomber.
Après avoir fixé la fameuse corde à mon baudrier, elle fixe l'autre extrémité au sien. Ainsi attachée, la corde me relie à Lexa en passant par le sommet du mur.
- Tu es sûre que ça tiendra ? Je suis presque certaine d'être plus lourde que toi, je ne vois pas comment…
Je n'ai pas le temps de finir ma phrase que mes pieds décollent du sol de quelques centimètres. Un sourire on ne peut plus fier sur le visage, Lexa retient fermement la corde qu'elle a fait glisser dans la poulie de son baudrier, me soulevant grâce à ce simple mouvement. Le plus impressionnant c'est qu'elle ne semble même pas forcer pour me maintenir ainsi en l'air.
- Ok ! Ok ! J'ai compris, repose-moi !
Passablement amusée par la situation, elle me regarde me débattre, un sourcil levé et le sourire aux lèvres. Elle n'a pas besoin de parler, son visage le fait pour elle, et là tout de suite elle me dit très clairement « Oserais-tu encore douter de moi ?! ». Sans se départir de son sourire, elle laisse doucement glisser la corde entre ses doigts et mes pieds rejoignent le sol tout en douceur. Sans bien savoir pourquoi, un sentiment très puéril m'envahit, et je me sens presque vexée de m'être fait maîtriser de la sorte. Depuis que je connais Lexa, j'ai vraiment l'impression de n'être qu'une enfant face à une femme qui semble tout gérer et contrôler à la perfection, moi y compris. Il va falloir que je remédie à ça, que je nous replace sur un plan d'égalité, quelque chose où j'aurai le dessus sur elle. Quelques images s'imposent à moi et je sens un sourire d'anticipation naître au coin de mes lèvres.
- Je ne suis pas sûre de vouloir savoir à quoi tu penses là tout de suite.
- A rien. Juste une idée.
Mon sourire se fait plus franc devant l'air perplexe de Lexa, mais comme à son habitude elle se reprend très vite.
- Bon, tu te lances ou je vais devoir te faire voler jusqu'au sommet de ce mur ?
Son expression se refait taquine et je devine aisément qu'elle serait capable de mettre sa menace à exécution. Prenant mon courage à deux mains, je me retourne face au mur et après un dernier coup d'œil tout en haut, j'attrape ma première prise et commence à me hisser.
Je manque de tomber à trois reprises, mais à chaque fois la force de Lexa me permet de rester en place. Sentir sa force le long de la corde et jusque dans mon baudrier est une expérience étrange mais aussi terriblement grisante. A chaque fois elle a réagi avant même que je prenne conscience que j'allais tomber, comme si elle anticipait le moindre de mes mouvements. Cette sensation de sécurité me fait pousser des ailes, et sous ses conseils et ses encouragements je me retrouve rapidement au sommet du mur, oubliant totalement mon vertige.
- Waouh, c'est vraiment génial ! lançai-je le plus honnêtement du monde quand mes pieds touchent le sol de nouveau. La lumière qui illumine le visage de Lexa à ce moment précis doit être relativement semblable à celle que je sens illuminer le mien.
- Tu veux essayer le niveau supérieur ?
- Avec plaisir !
Je ne pensais pas dire ça un jour, mais pour la première fois de ma vie je crois que j'apprécie vraiment de faire du sport. Après avoir détaché la corde, je suis Lexa vers un second pan de mur. Le nombre de prises est bien moins important que sur le mur précédent bien qu'il reste correct. La vraie différence ne vient pas de la hauteur du mur ni du nombre de prises, mais des différentes pentes dont il est composé. Sur sa première partie, il monte perpendiculairement au sol avant de s'incliner légèrement de quelques degrés au-dessus du sol et de retrouver une pente parfaitement verticale.
Après quelques essais infructueux malgré les conseils de Lexa, je reste bloquée au même stade, incapable de franchir la seconde partie du mur. Quand mes pieds touchent le sol pour la quatrième fois, je suis épuisée.
- Tu devrais faire une pause, Clarke.
- Je ne comprends pas. Comment je suis censée pouvoir tenir ? Escalader un mur droit c'est une chose mais là…c'est comme si je devais escalader un plafond. Les lois de la gravité, ils y ont pensé quand ils ont créé ce mur ?
- Tout est une question de gainage et de technique. Tu dois réussir à répartir ton poids et ta force dans tes prises. Serrer tes abdos, pousser sur tes jambes, c'est ça qui te permet de tenir, ça demande de l'entraînement.
- Je veux voir comment tu fais.
Lexa semble surprise par ma demande.
- Je voudrais voir quelqu'un qui a l'expérience et l'entraînement nécessaire pour escalader ce genre de mur.
- Hum, très bien. Dans ce cas, je vais te montrer ça sur un vrai mur d'escalade.
OoOoO
Je n'avais même pas remarqué qu'il y avait une autre salle un peu plus loin. Encore plus grande que la précédente, celle-ci n'a ni vrai murs, ni vrai plafond. Elle est simplement recouverte d'une ensemble de pentes, de voûtes, de formes différentes recouvertes de prises. Ici, pas de cordes attachées au sommet d'un mur, mais juste quelques points d'ancrages ici et là.
Lexa attrape la corde attachée à son baudrier et la fixe sur la poulie de mon propre harnais. Tout à coup, un vent de panique s'empare de moi.
- Ne t'en fais pas, c'est juste un excès de sécurité. Tu n'aura rien besoin de faire, je ne tombe jamais.
Son clin d'œil et son sourire se veulent rassurants mais je reste pétrifiée à l'idée d'avoir la vie de Lexa entre mes mains.
- Tu a vu comment je faisais tout à l'heure ? Si je glisse, ferme ta main sur ce morceau de corde, et avec l'autre main retiens ici. La poulie permet de répartir les forces, tu n'as donc pas besoin de tirer, juste de retenir. Pour me faire descendre, tu ouvres doucement les doigts et laisse glisser la corde, c'est aussi simple que ça.
« Aussi simple que ça »… C'est elle qui le dit ! Il suffit d'une erreur de ma part et elle s'écrase par terre, ça c'est « aussi simple que ça » !
Je la regarde prendre un peu de poudre dans le petit sac qui pend accroché à son baudrier et l'étaler sur ses doigts avant d'attraper les premières prises et de commencer à escalader. Ses mouvement sont souples, fluides, parfaitement calculés et maîtrisés. Elle progresse avec aisance, faisant jouer chaque muscle de son corps dans un spectacle presque hypnotisant. Régulièrement elle marque une pause, reprend un peu de poudre et continue d'avancer. Elle fixe sa corde dans les différents points d'ancrages qu'elle croise et continue son avancée, défiant toutes les lois de la gravité avec une facilité déconcertante.
Mes doigts, d'abord complètement crispés sur la corde, se détendent progressivement au fur et à mesure que je me rends compte de la facilité avec laquelle elle progresse, et mon appréhension fait place à de l'admiration. Mes yeux détaillent chacun de ses mouvements. Comment ses doigts agiles et puissants viennent se refermer sur de minuscules prises, comment les muscles de son dos et de ses épaules bougent sous les bretelles de son débardeur, comment ses pieds viennent trouver des points d'appui de façon si naturelle alors qu'ils sont placés dans des endroits si difficiles d'accès. Je me rends compte alors qu'en plus d'être forte, Lexa est aussi incroyablement souple. Parfois, quand les prises se font plus rares, elle se propulse à l'aide de ses jambes ou de ses bras pour atteindre une prise bien plus loin ou bien plus haut, me coupant la respiration à chaque fois de peur de la voir tomber. Les muscles de ses mollets, de ses cuisses, de ses fesses, se tendent et se détendent sous le fin tissu de son pantalon de sport. Son visage est sérieux, concentré mais parfaitement serein, et ne laisse rien paraître de l'effort qu'elle produit pour se mouvoir avec autant de grâce et d'aisance.
Elle arrive à un passage encore plus compliqué que les autres. Le mur d'escalade suit les courbes d'une voûte avant de remonter droit vers le plafond de la salle, le nombre de prises est incroyablement ridicule tout comme leur taille. Pourtant, encore une fois elle s'en sort avec une facilité déconcertante. Elle se propulse à nouveau pour venir attraper une prise, trop haute pour qu'elle puisse l'atteindre juste en tendant le bras. Ses doigts agrippent la prise quelques secondes avant de glisser. Ma respiration se coupe, mon cœur s'emballe, et il me faut un dixième de seconde pour que les muscles de mes doigts répondent et viennent se fermer sur la corde qui glisse entre mes mains. Un dixième de seconde, c'est tout ce qu'il faut pour que Lexa dégringole de quelques centimètres avant que la corde ne se tende et vienne la stopper dans sa chute. Les deux mains sur la corde, Lexa se sert de ses jambes pour amortir le choc contre le mur, mais quand son pied droit rencontre une forme imitant un rocher, et un grognement s'échappe de ses lèvres.
Aussi vite et délicatement que possible je la fais descendre les quelques mètres qui la séparent encore du sol. Son pied gauche touche le sol en premier, et elle s'appuie dessus avant de venir poser délicatement son pied droit.
- Tu t'es fait mal ? Je suis vraiment désolée Lexa, j'aurais dû…
- Tu as fait exactement ce qu'il fallait, ne t'en fais pas. Ce n'est rien, j'ai été surprise, c'est tout.
- Tu es sûre ?
- Absolument.
Elle défait la corde de son baudrier et tire dessus pour récupérer toute la longueur encore attachée au mur, en l'enroulant adroitement dans sa main. Je la regarde faire, encore perturbée par ce qui vient de se passer. Quand elle fait un pas pour s'avancer vers moi, un nouveau grognement de douleur lui échappe et elle soulève rapidement son pied droit du sol, gardant l'appui sur le pied gauche.
- Tu vois bien que tu t'es fait mal. Montre-moi.
- Je t'assure que ce n'est rien Clarke, juste un coup, ça va passer. Tu veux réessayer le passage que tu n'arrivais pas à franchir tout à l'heure ?
Ça ne m'étonne pas d'elle. Elle refuse de montrer ses faiblesses et ses douleurs, l'inverse aurait été surprenant. Je suis sûre que ce n'est pas un simple coup comme elle le dit. Elle n'aurait pas de problème à poser le pied par terre et à s'appuyer dessus si c'était le cas.
- Non, je crois qu'on devrait rentrer, et toi tu devrais aller voir un médecin si tu ne veux pas que je regarde par moi-même.
Elle balaie ma remarque d'un revers de main comme si c'était la chose la plus stupide qu'elle ait entendue.
- Il est hors de question que j'aille voir un médecin. Encore moins pour une chose aussi ridicule que ça. Ça ira mieux dans deux minutes j'en suis sûre. Tu as faim ?
Le changement de sujet n'a rien de subtil. Si elle croit que je vais laisser tomber aussi facilement, elle se trompe ! C'est en partie ma faute si elle s'est fait mal. Je ne la laisserai pas s'en sortir si facilement, mais pour le moment il faut que j'aille dans son sens. Inutile d'insister, ça ne ferait que la braquer et je n'arriverai à rien.
- Un chocolat chaud et un brownie de Starbucks, c'est vrai que l'idée est tentante.
Je la suis jusqu'au vestiaire notant par la même occasion sa boiterie qu'elle tente tant bien que mal de cacher. Non, décidément elle ne s'en sortira pas comme ça !
OoOoO
A l'inverse de tout à l'heure, nous ne somme pas seules dans le vestiaire. Je m'abstiens donc de toute remarque et me change en silence, non sans jeter des coup d'œil à Lexa qui agit de façon bien plus précautionneuse que d'habitude quand elle enlève son pantalon et passe son jean, ou même quand elle doit remettre ses chaussures. J'ai un mal fou à me retenir de lui dire que visiblement ce n'est pas rien, mais je n'en fais rien.
Par chance un Starbucks se trouve juste au bout de la rue. Bien entendu Lexa ne dit rien et avance comme si de rien n'était, comme si je ne voyais pas qu'elle boite, même si elle le cache terriblement bien. On s'installe quelques minutes dans deux fauteuils confortables pour boire notre chocolat chaud et manger un gâteau.
- Alors, qu'en dis-tu ?
- Hum… Je dois avouer que je me suis bien amusée. Tu as réussi à me faire faire du sport et à me faire apprécier ça. Si tu savais le nombre de personnes qui ont échoué avant toi !
- Rien n'est impossible.
- Tu veux dire « rien n'est impossible pour la grande Lexa Wood ».
Un je ne sais quoi assombrit son visage l'espace d'une seconde avant de disparaître et de laisser place à de la fierté.
- La prochaine fois, je te ferai…
- Non, non, la prochaine fois c'est moi qui fixe les règles.
Sa curiosité piquée à vif, je vois la surprise et l'intérêt dans ses yeux.
- Et on fera quoi ?
- Tu sembles aimer les surprises, alors je garde le mystère.
- Je déteste les surprises, Clarke.
- Etrangement, ça ne m'étonne pas du tout. Tu apprécies bien trop avoir le contrôle. Mais justement, on va changer un peu les règles du jeu, et cette fois je prends la main. Tu ne sauras rien et tu as interdiction de te dégonfler. On a un marché ?
- Je ne…
D'un regard plein d'assurance, je la mets au défi de refuser. Si je commence à la connaître, je dirais qu'elle adore les défis, qu'elle déteste perdre et surtout qu'elle n'a qu'une parole. Si elle accepte de me suivre, je sais qu'elle ne changera pas d'avis.
- Bon, très bien. Je marche.
OoOoO
Quelques minutes plus tard, Titus se gare devant le Starbucks. Encore une fois Lexa m'ouvre la portière et monte à ma suite. Elle semble avoir retrouvé sa bonne humeur et l'intimité qu'offre la voiture semble parfaite pour retenter une approche.
- Comment va ton pied ?
- Clarke…
- Je demande simplement si c'est encore douloureux. Je t'ai vu boiter en sortant de la salle d'escalade et encore tout à l'heure en sortant du café. Je voudrais juste que tu me laisses jeter un coup d'œil. Je ne suis pas encore médecin, tu ne crains rien.
Ma petite blague ne semble pas l'amuser, et à l'évocation de sa boiterie je la vois se renfermer sur elle-même. Je suppose qu'elle n'apprécie pas que j'aie remarqué cette faiblesse chez elle, mais je me fais réellement du souci. C'est peut-être rien en effet, mais je serais plus rassurée si je pouvais le voir de mes propres yeux.
- Je t'assure que je n'ai pas mal.
- Arrête de faire l'enfant et montre-moi ce pied, Lexa ! Sinon je demande à Titus de te déposer aux urgences de l'hôpital le plus proche.
Je la vois blêmir à ma menace, avant de souffler d'exaspération et de céder à ma demande. Bon sang, pourquoi une fille comme elle a-t-elle si peur des hôpitaux ? Il y a forcément une raison à ça. Le moment ne me paraît pas bien choisi pour aborder un sujet qui semble aussi sensible mais je note mentalement de lui demander un de ces jours.
Elle se tourne vers moi et j'attrape délicatement son pied que je pose sur mes genoux. Je retire sa chaussure avec une infinie douceur, puis sa chaussette. Lexa suit attentivement le mouvement de mes mains mais détourne le regard quand je passe mes doigts sur la peau déjà rouge et gonflée de sa cheville. Ce n'est certainement pas rien ! Aussi précautionneusement que possible, je remonte le bas de son jean sur son mollet et fais glisser mes doigts du dessus de son pied jusqu'à son tibia. Toute sa cheville est gonflée et d'un rouge vif, signe d'une lésion plus importante qu'un simple hématome. Tout en continuant l'exploration de mes doigts, je lève le regard sur le visage de Lexa qui se borne à fixer un point devant elle.
- C'est douloureux quand je touche ici ?
Un « non » de la tête est la seule réponse que j'obtiens. Je fais courir mes doigts un peu plus bas sur sa cheville.
- Et ici ?
Un nouveau « non » de la tête. J'appuie un tout petit peu et je la vois tressaillir. Comme elle peut être fière et bornée parfois, c'est incroyable.
- Je suis désolée de te dire ça mais ce n'est pas tout à fait rien. Ce n'est probablement pas cassé, mais je suis presque sûre que tu t'es foulé la cheville. Tu devrais vraiment aller voir un médecin.
- C'est hors de question !
- Ecoute, c'est de ma faute si tu es dans cette état-là, alors fais-moi plaisir et va voir un médecin, c'est important.
- N'insiste pas, je n'irai pas.
- Tu vas vraiment m'obliger à te porter un coup suffisamment fort à la tête pour t'assommer et te causer une blessure assez grave pour te faire admettre aux urgences, tout ça pour une simple entorse à la cheville ?
Un brin d'amusement passe sur son visage quand elle reporte enfin son regard sur moi pour juger de mon sérieux.
- Tu ne m'en crois pas capable hein ? Détrompe-toi, tu pourrais être surprise !
- Tu oserais frapper une femme à terre ?
- Ce n'est pas drôle, Lexa. Si tu ne soignes pas correctement ta cheville, tu pourrais en garder des séquelles. Tu m'as dit que tu aimais et même plus que ça, que tu avais besoin de faire du sport. Tu feras comment si tu ne peux plus en faire à cause d'une simple blessure mal soignée ?
- Très bien. Mais je refuse d'aller à l'hôpital et ce n'est pas négociable.
- Pas d'hôpital, c'est noté.
J'appuie sur le bouton qui permet d'ouvrir la vitre entre l'espace conducteur et l'espace passager du véhicule.
- Titus ?
- Oui mademoiselle ?
- Pouvez-vous nous conduire chez un médecin s'il vous plaît ? Et surtout pas d'hôpital.
Il semble étonné par ma demande mais ne relève pas. Je le vois jeter un coup d'œil à Lexa dans le rétroviseur et celle-ci acquiesce d'un signe de tête, donnant son accord pour le changement de destination. Il reporte alors son attention sur la route avant de bifurquer dans la première rue sur sa gauche.
