Chapitre 8 : Sombre nouvelle


Etant l'héritier d'une grande famille de sang-purs, Drago Malefoy baignait dans le luxe depuis sa plus tendre enfance. Chaque chose qu'il avait désirée, qu'il s'agisse d'un vêtement créé par un grand couturier, d'un balai hors de prix ou encore d'une place d'honneur pour assister à un match de Quidditch, il l'avait obtenue. De ce fait, le mot « impossible » n'avait jamais fait partie de son vocabulaire.

Voilà pourquoi, en l'absence de son père, détenu à Azkaban depuis un long moment déjà, il n'avait pas eu grand mal à persuader sa mère de le laisser partir en vacances dans un prestigieux hôtel italien, en compagnie de Blaise Zabini, qui possédait une assez belle villa dans les environs de Naples. Malefoy s'était bien évidemment arrangé pour pouvoir partir de Poudlard un peu plus d'une semaine à l'avance, et pareillement pour Zabini. Le fait que plusieurs membres du conseil d'administration de l'école craignent encore l'influence de son père avait bien évidemment facilité l'obtention de cette permission.

Le Serpentard devait reconnaître qu'il appréciait beaucoup l'Italie en cette saison, et notamment son climat, qui n'avait rien de comparable avec l'Angleterre. Le fait qu'il se trouvât en compagnie de Blaise ne faisait que rendre ses vacances plus agréables. Contrairement à Crabbe et Goyle, l'héritier des Zabini était capable d'entretenir une conversation intelligible même s'il possédait une bien trop haute opinion de lui-même à son goût…

Même si cela faisait maintenant plus d'un mois qu'il avait quitté Londres – et qu'il ne s'était pas intéressé à la situation en Grande-Bretagne - Drago n'était pas véritablement pressé de rentrer. Bizarrement, la vie de Poudlard était devenue beaucoup moins intéressante depuis l'arrestation de Potter. Avec seulement des sorciers de seconde zone comme Weasley ou Granger pour tenter de lui tenir tête, le Serpentard avait l'impression de ne plus avoir véritablement de rival à Poudlard. L'élève le plus digne de représenter un challenge n'était autre que Londubat, mais là encore, même le sang-pur n'avait pas la répartie ou le tempérament du Survivant.

Laissant échapper un soupir, le jeune homme tout de noir vêtu ne put s'empêcher de songer que tout allait de travers depuis quelques temps. Rien que la veille, il avait essayé de s'acheter une nouvelle cape dans une succursale italienne de Tissard et Brodette mais le magasin avait refusé sa carte de crédit, prétextant qu'il ne restait pas suffisamment d'argent pour créditer ses achats. Heureusement, Blaise avait accepté de le dépanner, tout en ne manquant pas de se moquer ouvertement de lui au passage… mais cette situation avait grandement irrité le jeune Malefoy.

Voilà pourquoi le Serpentard cheminait actuellement en direction de la branche napolitaine de Gringotts, son visage exprimant une indignation à peine retenue. Traversant l'atrium, ses pas martelant sur le sol de marbre, il finit par s'arrêter devant l'un des gobelins situés sur le long comptoir de droite, avant de prendre la parole d'un ton clairement mécontent.

- J'aimerais m'entretenir immédiatement avec un responsable, concernant cette carte de crédit défectueuse ! S'exclama-t-il avant de poser violemment la carte en question sur le comptoir.

Et dire qu'il avait cru le gobelin qui lui avait conseillé de prendre cette carte avant de quitter Londres. En effet, selon lui, les rues de Naples n'étaient pas exactement l'endroit indiqué pour flâner avec une bourse remplie de gallions… et d'une certaine manière, il avait été d'accord. Surtout qu'il n'aurait pas été pratique de revenir tous les jours à Gringotts pour refaire le plein de pièces d'or, plus particulièrement lorsqu'on connaissait le montant de ses dépenses journalières…

Le gobelin qui lui faisait face daigna alors lever les yeux vers lui, dissimulant à peine son dédain avant de prendre la carte. Passant son long index sur la tranche, il haussa un sourcil avant de reporter son attention sur son interlocuteur.

- Cette carte est en parfait état. Déclara le gobelin d'une voix neutre.

- En parfait état ? C'est une plaisanterie ! J'ai essayé de payer mes achats en l'utilisant hier et elle ne marchait pas !

- Puis-je avoir votre numéro de coffre et votre clé ?

- Il s'agit du coffre 692, de la section londonienne de Gringotts mais je ne vois pas le rapport. Répondit Malefoy tout en lui donnant sa clé.

Le gobelin traça alors les chiffres sur un parchemin vierge et posa la clé en bas du parchemin. Des lignes écrites en Gobelbabil apparurent alors sur la surface du parchemin et il prit un certain temps pour les lire avant de retourner son attention vers le sorcier.

- Il est normal que la carte n'ait pas fonctionné puisque le coffre auquel elle correspond a été fermé hier matin, en raison d'un découvert de plus de mille gallions.

- Comment ? Mais c'est un coffre que m'ont ouvert mes parents pour mon usage personnel ! Il est censé être rempli par le coffre principal de la Maison Malefoy dès l'instant où il est vide !

- C'était en effet le cas… jusqu'à hier.

Plaquant ses deux mains sur la table, son visage empourpré par la colère, le sorcier décida de ne plus prendre de gants avec cet être inférieur qui lui faisait perdre son précieux temps.

- C'est intolérable ! Qui a osé prendre une telle décision ?

L'air parfaitement indifférent, le gobelin reporta son regard sur le parchemin un instant avant de lui répondre d'une voix délibérément ennuyée.

- Lady Narcissa Malefoy. Ah, elle a aussi indiqué que vous deviez la contacter de toute urgence si vous veniez à entrer en contact avec nous. Cela aurait à voir avec le défunt Lord Malefoy.

Drago était sur le point de lui répondre par une réplique cinglante quand il stoppa net. Haussant un sourcil, il reprit la parole d'une voix moins agressive.

- Le défunt Lord Malefoy ? Vous voulez dire mon grand-père Abraxas ?

- Non, je parle de Lucius Malefoy. Dois-je en conclure que vous n'étiez pas au courant de sa mort ? L'interrogea à son tour le gobelin d'un ton détaché, un sourcil levé en signe de curiosité.

Le Serpentard dut se retenir au comptoir pour ne pas tomber. Son père était mort ? Comment était-ce possible ? Aux dernières nouvelles, il se trouvait à Azkaban et le Seigneur des Ténèbres n'avait pas parlé de libérer ses serviteurs emprisonnés avant plusieurs mois…

- Co… comment est-il mort ?

- En tentant de s'évader de la prison d'Azkaban, avec plusieurs autres détenus. Les circonstances sont encore un peu floues mais les Aurors poursuivent leur enquête.

- Et pourquoi n'en ai-je pas été informé plus tôt ? Demanda Malefoy en serrant les poings, sa colère s'enflamment de plus belle.

- Vous nous aviez expressément demandé de ne vous déranger sous aucun prétexte pendant votre séjour, et de ne pas vous faire parvenir les éventuelles lettres de Lady Malefoy.

C'était vrai. Il n'avait pas voulu recevoir les quelques douzaines de lettres que sa mère n'aurait pas manqué de lui envoyer et dont Blaise se serait très certainement moqué… mais maintenant, elle se trouvait seule au Manoir Malefoy, probablement en train de faire son deuil, et il n'était même pas là pour la soutenir dans cette épreuve.

- Quand partira le prochain portoloin pour Londres ?

- Hm, laissez-moi un instant pour consulter le registre… Il partira dans quatre heures et huit minutes.

- Parfait. Je veux que mes affaires soient acheminées jusqu'à l'emplacement du départ et je veux avoir accès à l'une de vos cheminées privées dès mon arrivée sur place, est-ce que c'est bien compris ?

- Bien sûr mais, si vous me permettez cette question… comment comptez-vous payer ? S'exclama finalement le gobelin, en esquissant un sourire carnassier.

Voilà un autre problème… Puisque son coffre jeune avait été fermé, sa carte ne servait plus à rien… et avec le découvert qu'il avait dessus, un emprunt n'était probablement pas envisageable. Quant à emprunter une nouvelle fois de l'argent à Blaise… non seulement l'idée le dégoûtait mais elle requérait qu'il lui explique la mort de son père et la situation financière délicate dans laquelle il se trouvait. Bref, ce n'était pas une option non plus.

C'est alors qu'une autre idée lui vint à l'esprit.

- Reprenez-moi si je me trompe mais… puisque mon père est décédé, je suis automatiquement devenu le nouveau Lord Malefoy, n'est-ce pas ?

- Pas exactement. Il vous faut entreprendre la procédure appropriée dans la branche de Gringotts où se trouve votre coffre principal.

- Certes… mais étant le seul héritier mâle, n'ai-je pas accès au coffre principal ?

- Si, bien entendu.

- Dans ce cas, puis-je payer avec les fonds du coffre principal ?

- Vous le pouvez mais je suis tenu de vous avertir que ce coffre n'ayant pas été négocié pour servir aux paiements à l'étranger, vous serez lourdement taxé pour ces services.

- Peu m'importe. Faites juste en sorte de me réserver une place pour ce portoloin et de venir chercher mes affaires d'ici trois heures !

Et sur ces mots, le Serpentard tourna les talons et se hâta de quitter les lieux. S'il avait été moins pressé, peut-être aurait-il remarqué que le gobelin auquel il avait eu affaire esquissait un large sourire tandis qu'il se penchait vers l'un de ses collègues.

- Contacte le président Ragnok. Il faut lui faire savoir que c'est le moment parfait pour hausser la taxation des transferts de fonds intercontinentaux… et qu'il peut prévoir l'arrivée du futur Lord Malefoy d'ici un peu plus de quatre heures.


- Dobby vous souhaite la bienvenue au Manoir Potter, monsieur !

Revêtu d'un uniforme dans les tons azurés, sur lequel figuraient les armoiries des Black et des Potter, l'elfe de maison adressait un grand sourire à Harry tandis qu'il le guidait à l'intérieur du manoir ancestral des Potter.

Lorsque le Gryffondor avait été libéré d'Azkaban, l'une des premières personnes à avoir réussi à le trouver n'était autre que Dobby. L'ancien serviteur des Malefoy désirait ardemment venir en aide au jeune Potter et ce dernier avait accepté avec joie, son nombre d'amis fidèles s'étant drastiquement réduit depuis son procès. Après un passage chez Gringotts et l'analyse détaillée de ses possessions, le comte de Carleon avait découvert qu'il possédait un certain nombre d'elfes de maison, hérités respectivement de la Maison Potter et de la Maison Black. Pour la plupart, ils avaient trouvé un emploi temporaire auprès d'une petite école ou d'une institution magique.

Une fois rassemblés sous sa tutelle, Harry s'était employé à leur confier certaines tâches qui requéraient leurs qualifications assez spécifiques. Et à la tête des elfes de la famille Potter, il avait placé l'un de ses plus anciens amis… Dobby.

Voilà pourquoi, depuis plus d'un mois maintenant, le petit elfe travaillait avec eux sans relâche pour remettre le Manoir Potter en l'état, ainsi que plusieurs autres de ses propriétés. En effet, ce manoir n'avait pas été habité depuis plus de vingt ans, époque à laquelle étaient décédés ses grands-parents paternels. Bien sûr, l'une des premières précautions qu'il avait prise se résumait au renouvellement et à l'amélioration des protections magiques.

Bien qu'il disposât de dimensions assez vastes pour un manoir, il ne s'agissait pas de la plus grande demeure des Potter. Non, leur plus grande possession n'était autre que le Château de Carleon. Ancienne demeure secondaire du roi Arthur, ce château n'était plus utilisé par les Potter depuis environ quatre générations, le grand-père de James Potter ayant préféré une demeure plus modeste que la forteresse médiévale de Carleon. C'était pourtant là que le jeune homme souhaitait habiter à l'avenir, autant pour profiter des très anciennes barrières magiques qui s'y trouvaient que pour redorer le prestige de ses ancêtres.

Malheureusement, le château prendrait beaucoup plus de temps à restaurer que le manoir, raison pour laquelle il ne serait probablement pas habitable avant plusieurs mois, voire peut-être une année.

Sortant finalement de sa contemplation, Harry posa un genou à terre et adressa un large sourire à l'elfe de maison.

- Merci beaucoup Dobby, tu as vraiment fait du très bon travail.

Rougissant jusqu'à ses longues oreilles, l'elfe de maison parut littéralement exploser de joie et entreprit de faire visiter l'endroit au sorcier. Bien qu'impressionné par les lieux, Harry n'en oubliait pas ses autres préoccupations pour autant et c'est pourquoi il prit la parole en tournant la tête vers Lucian.

- A-t-on des nouvelles du Ministère ?

- Oui, jeune maître. Comme vous le savez, avec vingt-deux voix, Amélia Bones a été élue Ministre de la Magie, contre dix-sept pour Nott et seize pour Diggory.

Si Amélia Bones avait été sa candidate, il n'était guère difficile de deviner par qui étaient soutenus les deux autres. Les sang-purs les plus radicaux s'étaient rangés derrière la candidature de Nott tandis que les supporters de Dumbledore avaient choisi Amos Diggory, réputé pour soutenir le Directeur de Poudlard. Le fait que les deux hommes aient remporté autant de voix démontrait à quel point Voldemort et Dumbledore exerçaient une forte influence sur le Magenmagot.

Toutefois, c'était la candidate de la neutralité, Mme Bones, qui avait remporté l'élection. Cela signifiait qu'en plus des votes d'Harry et de Neville, les membres plus neutres de l'assemblée avaient approuvé la directrice du Département de la Justice Magique.

- Néanmoins, je crois me souvenir que le vote pour élire le Président-Sorcier avait été reporté. J'imagine que Dumbledore a utilisé ce délai à son avantage lorsque ses alliés l'ont prévenu, n'est-ce pas ? L'interrogea Harry.

- En effet. En orchestrant l'élection pendant votre absence ainsi que celle de Lord Londubat, il a pu faire élire Diggory avec une courte majorité…

- En d'autres termes, il a réussi à conserver un certain pouvoir sur l'assemblée et puisque les deux tiers du Magenmagot nous sont opposés, d'un côté parce qu'ils soutiennent Tom et de l'autre, parce qu'ils supportent Dumbledore, il est peu probable qu'Amélia soit en mesure d'appliquer une nouvelle politique sans se heurter à une forte opposition sur chaque projet de loi qu'elle pourrait présenter.

Malgré son retour plus ou moins triomphal en Grande-Bretagne, et la manière dont le jeune Potter était parvenu à évincer Fudge et Ombrage du pouvoir, cela ne résolvait pas tous ses problèmes pour autant. D'une certaine façon, cela n'en avait résolu presque aucun…

En effet, les dissensions au sein du Magenmagot demeuraient présentes, tout comme la corruption au sein du Ministère et la nouvelle ministre de la magie ne bénéficiait pas du pouvoir nécessaire pour y changer grand-chose. De plus, les prérogatives de plénipotentiaire dont bénéficiait Harry avaient cessé dès l'instant où les élections s'étaient achevées, ce qui réduisait sa propre influence politique.

- Qu'avez-vous l'intention de faire, jeune maître ? L'interrogea le majordome d'un ton malicieux.

- Cela me paraît évident. Je vais me renseigner sur tous les membres de l'assemblée et leurs familles, ainsi qu'aider Amélia à maintenir le statut quo, au moins le temps de procéder à la seconde phase du plan.

- Rassembler ce genre d'informations pourrait prendre un certain temps… plus que vous n'en disposez avant de retourner à Poudlard en tous les cas.

- J'en suis tout à fait conscient mais je ne suis pas particulièrement pressé. Voldemort a perdu une douzaine de ses mangemorts à Azkaban et certains autres, comme Pettigrow ou Rookwood, sont toujours emprisonnés. Plutôt que de prendre le temps d'entraîner convenablement de nouvelles troupes, il va probablement enrôler des gamins pour lui servir de chair à canon, afin de pouvoir concentrer son attention sur le ou les personnes qui auraient pu assassiner ses serviteurs.

- Comment le savez-vous ?

Tapotant sa cicatrice d'un air distrait, le jeune homme se surprit à esquisser un sourire ironique.

- Tom est particulièrement arrogant, et souvent imprudent. Pendant mon long séjour en prison, il a pris un soin tout particulier à me montrer des scènes de torture des plus atroces, parfois même durant les occasions où il réunissait ses Mangemorts. Je ne peux pas dire que je le connaisse sur le bout des doigts mais ces excursions forcées dans son esprit m'ont appris un truc ou deux sur sa manière de raisonner.

- Hm… je vois. De son point de vue, ni vous, ni Dumbledore ne représentez véritablement un obstacle durable à ses ambitions donc il n'a pas besoin de guerriers très compétents ? Raisonna Lucian.

- C'est partiellement ça. Il y a aussi le fait qu'il n'éprouve aucune considération envers ses serviteurs. Qu'il s'agisse des loups-garous, des sang-mêlés et même des sang-purs qui composent son armée, il les considère tous comme sacrifiables…

Il stoppa net dans son explication lorsque l'une des pièces attira son attention. S'y engageant, il découvrit qu'il s'agissait d'une salle semblable à celle qu'il avait autrefois vue dans la maison des Black. Les murs étaient recouverts d'une gigantesque tapisserie représentant visiblement un arbre généalogique mais qui paraissait plus long encore que celui de Square Grimmaurd.

- L'arbre de ma famille… Murmura-t-il d'une voix émue.

S'avançant vers l'une des parois, il passa délicatement sa main vers l'endroit où les noms James Potter et Lily Evans étaient reliés par un fil d'or, un fil duquel en partait un autre, où l'on pouvait lire un troisième nom : Harry James Potter.

Une pensée lui vint alors à l'esprit, avant qu'il ne prenne la parole d'une voix douce.

- Kreattur.

L'elfe de maison apparut dans un « pop » sonore. Revêtu lui aussi de l'uniforme caractéristique des elfes au service d'Harry, le sien comportait en plus une petite broche en argent qui comprenait non seulement les armoiries mais aussi la devise des Black. Celle-ci avait appartenu à son ancien maître, Regulus, et le petit être avait été très ému de la recevoir.

- Bonjour Lord Black, qu'est-ce que Kreattur peut faire pour vous ? Demanda l'elfe de maison d'un ton respectueux, en s'inclinant.

Kreattur avait lui aussi bien changé depuis l'époque où il l'avait rencontré. Lorsqu'il avait appris que la noble et très ancienne Maison des Black avait de nouveau un héritier et que ce dernier n'était plus au service de Dumbledore, l'elfe avait été beaucoup plus enclin à servir le jeune sorcier. A cela s'ajoutait le fait que les circonstances de la mort de Regulus, par la faute de Voldemort, avaient poussé l'elfe à soutenir l'ennemi mortel du Seigneur des Ténèbres.

- Bonjour Kreattur. Je sais bien que je me répète mais rappelle-toi que tu peux m'appeler par mon prénom. Tu es l'intendant de la Maison Black et nous nous connaissons depuis suffisamment longtemps, tu ne crois pas ?

En effet, de la même manière qu'Harry avait fait de Dobby l'intendant de la Maison Potter, et par conséquent le chef des elfes de cette famille, Kreattur avait été choisi pour être l'intendant de la Maison Black. L'elfe de maison avait considéré cette promotion comme un grand honneur et son opinion d'Harry, déjà haute de par la manière aimable et respectueuse dont il traitait ses serviteurs, n'avait fait que s'améliorer.

Les joues de l'elfe rosirent légèrement avant qu'il ne prenne la parole à son tour.

- Comme vous voudrez, maître Harry.

- Parfait. Kreattur… je m'interrogeais concernant l'arbre généalogique des Black, qui se trouve au 12 Square Grimmaurd. La tapisserie était déjà assez abîmée à l'époque, peut-être devrions-nous la déplacer au Manoir Black ?

Le Manoir Black était la résidence d'origine de la famille et leur plus ancienne. Néanmoins, comme le château de Carleon pour les Potter, les ancêtres de Sirius avaient décidé d'abandonner leur ancienne demeure pour une maison londonienne, beaucoup plus proche du Chemin de Traverse.

L'elfe de maison lui adressa un léger sourire avant de répondre.

- Ne vous inquiétez pas, maître Harry. Cet arbre n'est qu'une copie de celui qui se trouve au Manoir Black. Maître Regulus en avait parlé à Kreattur, il y a longtemps. Néanmoins… souhaitez-vous que Kreattur le fasse restaurer puis amener ici ?

- J'apprécierais beaucoup. Après tout, je suis aussi un Black par ma grand-mère et j'ignore encore tant de choses sur mon héritage, tout comme celui des Potter.

L'elfe de maison acquiesça pensivement de la tête avant de claquer des doigts. La tapisserie des Black qui se trouvait anciennement à Square Grimmaurd apparut comme par magie sur l'un des murs et, plus étonnant encore, elle semblait comme neuve.

Harry tourna alors la tête vers Kreattur dont les joues avaient de nouveau rosi tandis qu'il baissait les yeux, l'air honteux.

- Tu avais anticipé ma requête ?

- Kreattur a pensé que Lord Black souhaiterait avoir l'arbre de ses ancêtres Black avec celui de ses ancêtres Potter. Kreattur ne pensait pas à mal…

- Et tu n'as rien fait de mal, Kreattur, bien au contraire. Je te félicite pour ton initiative, j'ai beaucoup de la chance de t'avoir pour ami.

L'elfe eut du mal à dissimuler sa surprise tandis qu'il tournait de nouveau son regard vers celui du sorcier. Pourtant, il ne voyait aucune malice ni aucun humour dans les yeux verts du sorcier. Ce dernier était sincère lorsqu'il disait le considérer, lui, un simple elfe de maison, comme son ami. C'est avec la gorge nouée par l'émotion que l'elfe répondit :

- Merci, maître Harry.

- C'est moi qui te remercie. Je sais que mon comportement doit te paraître un peu étrange mais si j'en crois l'exemple de Regulus, être l'héritier d'une grande famille n'est pas incompatible avec le fait de respecter ses elfes de maison. Une nouvelle ère s'annonce, Kreattur et lorsque les têtes de nos ennemis rouleront, ce sera ensemble et en égaux que nous forgerons un meilleur futur.

Le respect que vouait l'elfe de maison au sorcier semblait désormais s'être mué en une certaine adoration, qui était assez comparable à celle que lui vouait Dobby, bien que moins ostentatoire.

- C'est un honneur de servir un aussi grand sorcier, maître Harry.

Et sur ces mots, l'elfe disparut de la même manière qu'il était venu, laissant les deux hommes seuls dans la pièce. Harry arborait toujours un sourire empli d'un mélange d'affection et d'humilité tandis que le visage du majordome demeurait comme souvent, imperturbable.

- Quels sont vos ordres, jeune maître ?

L'adolescent sortit de ses pensées et plongea une main dans la poche intérieure de sa veste, avant d'en extirper un morceau de parchemin plié en deux, qu'il tendit à Lucian. Ce dernier le parcourut brièvement du regard avant de hausser un sourcil en signe de curiosité.

- Que dois-je faire avec cette liste de noms ?

- Invite ces sept personnes par hibou à se rendre ici, demain. Utilise les parchemins ensorcelés pour servir de portoloins que nous avons acquis auprès de nos amis gobelins.

- Dois-je leur en préciser la raison ?

- Non, je leur ferai la surprise moi-même. Sur ce, je vais faire un tour sur le terrain de Quidditch. Cela fait tellement longtemps que je ne suis pas monté sur un balai…

- Soyez prudent, jeune maître. Même si vous vous êtes presque entièrement remis des séquelles de votre incarcération, ne tentez pas non plus de folies.

- Voyons Lucian, je ne vais pas entreprendre une feinte de Wronski… pour le moment. Informe-moi seulement dès que nous aurons reçu les réponses de nos invités.

Le majordome mit alors un genou à terre et porta une main à son cœur avant d'incliner la tête d'un air respectueux, ses mèches sombres lui retombant sur le visage.

- Yes, my Lord.

Et sans autre cérémonie, le jeune homme quitta la pièce. Lucian se releva mais ne lui emboîta pas immédiatement le pas. A la place, il se tourna vers la tapisserie des Potter mais contrairement à Harry, son regard ambré ne se dirigea pas vers le bas mais plutôt vers son extrémité la plus haute.

Ses doigts gantés de noir passèrent un nom en particulier.

Bedwyr Potter

- L'histoire a manqué de peu de se répéter, Bedwyr… mais je ne faillirai pas cette fois. Plus de quinze siècles se sont peut-être écoulés mais ma résolution est demeurée intacte. Murmura-t-il dans un souffle avant d'abandonner les lieux à son tour.

Peut-être était-ce dû au jeu des lumières mais l'espace d'un instant, les yeux du majordome semblaient avoir viré au pourpre.