Chapitre 9
La prison semblait étrangement abandonnée, maintenant qu'elle était sous l'entier contrôle des Détraqueurs. Le directeur Jorkins avait été suspendu de ses fonctions, et les gardiens, renvoyés chez eux tant que l'enquête n'était pas close. Seuls les hommes de Scrimgeour circulaient encore dans les couloirs, la journée. Mais ils se contentaient de poser des questions et de distribuer les repas. A 17h, ils quittaient les lieux, laissant le champ libre aux Détraqueurs. Ceux-ci ne se souciaient pas d'entretenir les locaux. Considérant la facilité avec laquelle Regulus était parvenu à passer d'un bâtiment à l'autre, grâce à l'insalubrité des lieux, Sirius trouvait étrange que le Ministère n'ait pas entamé les travaux de réparations et d'entretien nécessaires.
Ils avaient d'autres soucis en tête, très certainement.
Pourtant, Sirius ne pouvait s'empêcher de penser qu'ils n'avaient pas le bon sens des priorités. La première chose qu'ils auraient dû faire, c'était de renforcer la sécurité de la prison, et s'assurer qu'il n'y aurait pas d'autre évasion.
Ils s'en remettent aux Détraqueurs, pensa Sirius.
Comme si les Détraqueurs avaient pu les empêcher de s'évader, Regulus et lui… Sa forme animagus le préservait plutôt bien de leur pouvoir maléfique. Et Regulus… Apparemment, ses dons d'occlumancie étaient assez développés pour les tenir en échec. Sirius ne l'aurait jamais soupçonné…
Sirius écarta Regulus de ses pensées. Il était mal à l'aise, toutes les fois qu'il s'interrogeait vraiment sur les pouvoirs de son frère.
Quoi qu'il en soit... Sirius était prêt à parier que la prison ne tarderait pas à connaître de nouvelles fuites de prisonniers. Dès que Malefoy aurait placé un homme à lui à la tête de la prison. Ce n'était qu'une question de temps.
Il parvint assez facilement devant la porte du quartier de Haute Sécurité. Il ne croisa que peu de Détraqueurs, dans la cour. Sans doute étaient-ils tous massés dans les quartiers de détention, se repaissant des prisonniers… Il s'assit sur son arrière-train et contempla la porte bardée de fer devant lui un long moment.
Il n'avait pas la moindre envie de retourner là-dedans.
Tu n'as pas fait tout ce chemin-là pour rien ! se morigéna-t-il. Il faut que tu entres. Que tu trouves Rodolphus ou Rabastan Lestrange, et que tu leur poses la question… Il faut trouver la coupe…
Il faisait un froid glacial, dans la prison, et tout n'était que saleté, et désespoir, et souffrance… Il tremblait de tous ses membres, rien qu'au souvenir de ce qu'il avait enduré là, pendant huit mois…
Il prit une profonde inspiration et reprit forme humaine. Il devait ouvrir la porte. Il le fallait.
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Le cœur battant à tout rompre, Remus se précipita vers Harry. Le cri de l'enfant était si déchirant qu'il sentait la panique le submerger. Il l'attrapa par les épaules et chercha à l'attirer contre lui.
« Maman… » geignit le petit garçon, se débattant contre son étreinte.
Alors, Remus plongea son regard dans le bureau. Et il la vit. Lily. Elle se tenait devant la porte, tournée vers Severus, aussi belle que dans les souvenirs de Remus… Mais inquiétante. « Lily… » murmura Remus, d'une voix étranglée. Ses bras se couvrirent de chair de poule. Ce n'était pas possible. Lily Potter était morte. Elle ne pouvait pas se trouver là, dans la maison de Sirius…
Harry chercha une nouvelle fois à se dégager, prêt à se lancer dans le bureau. « Non, Harry ! s'exclama Remus. Ce n'est pas ta maman ! Ta maman n'est plus là ! »
La femme tourna ses yeux incroyablement verts vers eux et esquissa un sourire. Remus brandit sa baguette devant lui, resserrant sa prise sur Harry de son bras libre. « Je ne sais pas ce que tu es, mais tu n'es pas Lily ! déclara-t-il, fermement. Va-t-en ! »
Derrière l'apparition, Severus s'agrippait au bureau de Mr Black, d'une pâleur mortelle. « Qu'est-ce que tu as fait ?! lui cria Remus. Severus ?! » Rogue sursauta et détourna un bref instant le regard de Lily.
Remus ne se souvenait pas de lui avoir déjà vu un air aussi terrifié.
« Je… balbutia Rogue. Je ne sais pas…
- Severus, Severus… fit Lily, d'une voix qui n'était pas exactement celle que Remus connaissait. Tu aurais tellement à gagner… Ne le vois-tu pas ? Regarde-moi… »
De pâle, Rogue devint blême. Ses lèvres décolorées se pincèrent un peu plus. Il souffre, réalisa Remus. Quelle que soit la chose qui était avec eux dans ce bureau, il fallait qu'elle disparaisse. Elle était dangereuse, et mauvaise. Remus en était persuadé. Jamais la véritable Lily n'aurait suscité chez lui un tel malaise.
« Elle est morte, Severus ! fit Remus. Ce n'est pas Lily ! »
La chose tourna de nouveau les yeux vers lui. Des yeux qui virèrent du vert émeraude au rouge sang. Harry hoqueta et fondit brusquement en larmes.
Il faut éloigner Harry… pensa Remus, confusément. Il ne doit pas voir ça !
Mais il ne pouvait pas non plus laisser Severus seul avec l'apparition. Pas sans savoir quel danger celle-ci pouvait leur faire courir. Il fallait que Rogue se réveille, qu'il se tire de sa contemplation morbide et qu'il réagisse !
« Severus, bon sang ! cria Remus. Ne reste pas planté comme ça ! Dis-moi comment cette chose est apparue ! »
Il aurait bien lancé tous les sorts offensifs qu'il maîtrisait sur cette chose affreuse qui osait pervertir l'image de Lily. Mais ne sachant pas à quoi il avait affaire, il était conscient que ce n'était certainement pas la meilleure des idées. Seul Severus pouvait l'éclairer.
« C'est le médaillon… murmura Rogue, d'une voix rauque. C'est… sorti du médaillon… Quand je l'ai ouvert… »
Le médaillon ? L'horcruxe ? Mais pourquoi Voldemort y aurait-il mis l'image de Lily Potter ?
« D'accord ! dit Remus, déterminé. Il faut détruire ce truc !
- Non, Severus… coupa l'image de Lily. Tu sais qu'il ne faut pas ! Si tu le fais, tu perdras tout, tout espoir… Ne me laisse pas partir, pas avec lui ! »
Sous le regard stupéfait de Remus, une nouvelle forme se matérialisa brusquement à côté de celle de Lily. Tout aussi familière.
La gorge serrée, Remus souleva Harry du sol et le plaqua contre sa poitrine. Il ne devait pas voir cela. Il ne fallait pas qu'il voit…
James Potter.
Il se jeta brusquement sur Lily, l'entraînant dans une étreinte qui n'avait rien de tendre. Il la domina de toute sa taille – une taille qui était bien supérieure à celle du véritable James – comme s'il cherchait à l'engloutir.
Rogue poussa un cri. D'un geste rapide, il saisit sa baguette abandonnée sur le bureau, la braqua sur les deux corps emmêlés devant lui et lança un sortilège d'expulsion en direction de James… qui traversa celui-ci sans le mettre à mal, rebondit contre le mur d'en face, et percuta Remus.
Le jeune homme se sentit projeté vers l'arrière, entraînant Harry avec lui dans sa chute.
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Sirius avait repris sa forme canine pour gravir les escaliers menant aux cellules des Mangemorts. Comme il l'avait supposé, les Détraqueurs étaient en nombre beaucoup plus important, ici, que dans la cour et aux abords immédiats des bâtiments.
Ignore-les, ignore-les, répétait-il comme un mantra.
Mais les Détraqueurs étaient tellement absorbés par les prisonniers, qu'ils dédaignèrent à peu près complètement l'animal tremblant qui se glissait entre eux.
Sirius traversa les différents couloirs, s'efforçant de rester sourd aux suppliques et aux pleurs des prisonniers. Il avait vécu dans cet enfer, il l'avait enduré… Il n'était ici que de passage… Tout serait bientôt fini… Il ne fallait pas qu'il se laisse submerger par la folie ambiante.
Ce sont des Mangemorts… Ils ont torturé, et tué, ils ne méritent pas de compassion, ne te laisse pas contaminer par leur désespoir…
Il se força à repenser à James et Lily, à leur maison dévastée, à leurs corps sans vie… C'était douloureux… Et il sentit sa colère se réveiller, son désir de vengeance le brûler. C'étaient ces sentiments-là, qui l'avaient préservé les huit mois passés.
Il s'arrêta quelques pas avant la cellule de Rodolphus Lestrange. Son cœur se mit à battre un peu plus vite, et un instant, il ne fut plus concentré que sur la mission qu'il avait à accomplir. Il reprit forme humaine et tira sa baguette de sa poche. Quelques Détraqueurs tournèrent leurs têtes encapuchonnées vers lui, et convergèrent vers lui. Sirius inspira profondément et brandit sa baguette. Il devait se concentrer, il devait réussir… Il pensa à tout ce pour quoi il devait se battre, il pensa à James et Lily, il pensa à Remus, qu'il avait abandonné dans sa folie furieuse, il pensa à son frère Regulus, qu'il avait poussé dans les bras des Mangemorts et qui l'attendait perdu au milieu de l'océan, ballotté dans le bateau moldu qu'ils avaient dérobés… il pensa à Harry s'endormant dans son petit lit près de lui, aux rares rires qui n'étaient adressés qu'à lui…
« Spero patronum ! »
Le patronus jaillit subitement et fonça droit devant lui, repoussant les Détraqueurs vers le fond du couloir. Un lion gigantesque, menaçant, que Sirius était bien certain n'avoir jamais fait apparaître auparavant.
Un peu abasourdi, il regarda la forme argentée faire place nette devant lui. Devant la cellule de Rodolphus Lestrange.
Il avait réussi.
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« Non, ce n'est pas James Potter, il est mort… » murmura Severus entre ses dents serrées. Ignorant le sort qui venait de le traverser et sans relâcher son étreinte sur la soit-disant Lily, le simulacre de James Potter tourna la tête vers lui, le fixant d'un regard intense derrière ses lunettes. Severus leva une nouvelle fois sa baguette. Mais c'était vain, et il en était conscient.
« Le médaillon ! » cria Remus, affalé sur le sol près de la porte.
Oui, bien sûr, le médaillon… Tout cela n'était qu'illusion, un mensonge généré par l'horcruxe pour le détourner de son but premier…
Il tendit la main et s'empara du bijou. L'objet lui parut effroyablement lourd, et palpitant d'une vie puissante. Il faillit le lâcher.
Près de la porte, Lupin s'était redressé. Prêt, sans doute, à lui venir en aide.
« Ta potion, Severus ! Jette ce truc dans le chaudron !
- C'est inutile, ça ne marche pas… fit Severus d'une voix éraillée. Il faudrait… il faudrait… »
Une pensée tentait de se frayer un chemin à travers son esprit embrouillé. Une pensée qu'il avait déjà eu auparavant…
« Si tu détruis le médaillon, tout sera fini, lança le faux James, d'un ton vaguement triomphant. Elle sera à moi pour toujours ! Alors vas-y, fais-le ! »
Le regard de Lily s'accrocha à celui de Severus, à la fois désespéré et… aguicheur ? Un regard qui n'était définitivement pas celui de la jeune femme. Jamais Lily ne l'aurait regardé ainsi, jamais elle ne lui avait laissé ne serait-ce qu'espérer qu'elle partagerait un jour ses sentiments. Et maintenant, elle était morte. Et à James Potter, pour l'éternité.
« Non, non, susurra une voix au fond de sa tête. Elle pourrait encore être à toi ! Potter est mort, il n'est plus un obstacle, et ma puissance, mon incommensurable puissance… Je pourrais la faire tienne, si tu le désires ! »
Non. Personne ne revenait de la mort. L'idée était absurde, choquante. Tentante.
Lupin avançait dans la pièce, il était à deux pas à peine du couple toujours enlacé. Mais il se retourna brusquement vers la porte, la détermination et l'urgence cédant le pas à une peur renouvelée.
L'enfant geignait, toujours allongé sur le sol, pris de convulsions.
« Harry ! s'exclama Lupin, aussitôt à genoux à ses côtés. Bon sang… Severus ! »
Il tenta de plaquer le gosse sur le sol, de maintenir ses mouvements désordonnés.
Dans le bureau, les corps de James et Lily chancelèrent subitement. Sous le regard stupéfait de Severus, ils se déformèrent grossièrement, se mêlèrent l'un à l'autre, enflèrent de façon horrible, parodie de figure humaine. Et le médaillon…
Il chauffait, dans sa main, et pulsait comme un cœur obstiné à vivre. Le regard de Severus se voila. Ses tempes se mirent à bourdonner furieusement et une nausée subite lui serra la gorge.
La chose, à l'intérieur du bijou, voulait sortir, se déployer. Et Severus ne savait pas comment l'en empêcher.
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Rodolphus Lestrange risqua un regard en direction de la grille. Quelque chose d'inattendu s'était produit. Il ne savait pas quoi, mais il le savait. Il le sentait. Il réalisa brusquement qu'il faisait beaucoup moins froid.
Il se mit sur ses genoux, reprenant peu à peu possession de ses esprits. Il s'appelait Rodolphus Lestrange, il était enfermé dans une cellule d'Azkaban. Pas tout seul. Ses amis étaient là aussi, prisonniers. Et son frère Rabastan.
Il inspira profondément et s'obligea à quitter le fond de sa cellule. Le couloir semblait désert, les Détraqueurs avaient fichu le camp.
« Rabastan… ? appela-t-il. Rabastan, tu entends ?! Ils sont partis… »
Un vague geignement lui répondit. Rabastan était moins solide que lui-même, il l'avait toujours été. Une partie de lui le méprisait pour cela. Mais il était de son sang. Il devait le soutenir malgré tout.
« Rabastan ! » tenta-t-il une nouvelle fois.
Des bruits de pas. Il se tut et tendit l'oreille. Ce n'était sans doute pas le moment pour leur servir leur repas. Il avait fini la gamelle infâme que les Aurors avaient déposée sous sa grille un peu plus tôt. Quand, précisément, c'était impossible à dire. Mais Rodolphus était bien certain qu'il ne s'était pas écoulé une nuit entière.
Les pas ralentirent et s'arrêtèrent. Surpris, Rodolphus constata que le visiteur était maintenant posté juste devant sa cellule.
Rodolphus battit des paupières, la surprise se muant en stupeur. Et un instant, il douta de ses yeux.
« Bonjour, Rodolphus… » dit une voix aux accents traînants qu'il identifia aussitôt.
Le cœur battant, Rodolphus s'agrippa à ses barreaux, ouvrant des yeux ébahis, et plein d'espoir.
« Lucius… Lucius ! s'exclama-t-il. Sors-moi d'ici ! »
Lucius Malefoy lui adressa un sourire vaguement condescendant, non dénué d'une pointe de pitié. Cela suffit à mettre Rodolphus hors de lui. Il n'avait pas besoin d'un Malefoy paradant devant sa cellule ! Il avait juste besoin qu'on lui ouvre la porte et qu'on le sorte de cet enfer !
« Je ne peux pas, Rodolphus. Le Ministère saurait immédiatement que ce serait moi, et je tiens à rester libre. »
De rage, Rodolphus donna un violent coup dans la grille, qui se contenta de rendre un bruit sourd.
« Qu'est-ce que tu fais ici, alors ?! Tu viens nous prouver à quel point tu as été malin ?! Les Aurors finiront par te tomber dessus, et ils t'enfermeront ici comme ils l'ont fait avec nous ! Tu ne vaux pas mieux que nous, Malefoy !
- Tu ferais mieux de prier pour que tel ne soit pas le cas ! répondit Malefoy, sentencieusement. Car bientôt, très bientôt, je vous sortirai tous de là.
- Tous… ?
- Oui, tous. Tu as devant toi le nouveau bras droit du nouveau Ministre de la Magie ! Alors patience. »
La gorge de Rodolphus se serra. Quelque chose qui ressemblait furieusement à de l'espoir venait de se réveiller au fond de lui.
« Mais… reprit Malefoy. Avant cela… J'ai besoin d'un service.
- Un service ?! Tu me demandes à moi un service ?! Lequel de nous deux crève à petits feux dans ce trou à rat ?!
- Ce n'est pas pour moi, Rodolphus, c'est pour… le Maître. »
Rodolphus plissa les yeux, cherchant à comprendre. Le Maître ? C'était absurde. Il avait été tué par le gosse, le petit Potter. Et c'était pour cela qu'ils avaient perdu la guerre et qu'il moisissait maintenant ici, à Azkaban.
« Es-tu toujours fidèle au Maître, Rodolphus ? demanda Lucius.
- Le Maître est…
- Ttt tttt… fit Malefoy, secouant négativement la tête. Méfie-toi de ce que tu avances, Rodolphus, tu pourrais le mécontenter ! Et tu sais qu'il n'est pas sage, de le mettre en colère…
- Il est donc…
- Evidemment ! Croyais-tu vraiment qu'un bébé et sa sang-de-bourbe de mère pouvaient venir à bout d'un sorcier aussi puissant ?! C'est ridicule !
- Alors, tout n'est pas fini ? demanda Rodolphus, son espoir se raffermissant.
- Non. Tout ne fait que commencer. Et bientôt, tu pourras reprendre sa place à ses côtés dans cette guerre. Mais pour cela, il faut que tu répondes à une question.
- Laquelle ? »
Rodolphus tendit avidement le cou vers le visiteur, le fixant de ses yeux brûlants. Il ferait tout, tout, pour contenter le Maître. Surtout si cela devait hâter sa libération.
« Le Maître avait confié un objet à ton père. Un objet très précieux. Vois-tu de quoi je parle ? »
Rodolphus fronça les sourcils. Oui, il se souvenait… Il sentit son espoir flancher.
« Oui…
- Peux-tu me dire ce que c'était ?
- Une coupe… murmura Rodolphus réticent. Une petite coupe en or…
- Exactement ! Où est-elle ? »
Le regard de Lucius s'était mis à briller de façon particulière. Rodolphus sentait une pointe d'excitation et d'impatience, derrière la voix traînante et l'air nonchalant.
« Elle… »
Rodolphus plongea ses doigts crasseux dans la toison de ses cheveux emmêlés et pouilleux. S'il le disait… Lucius reviendrait-il le sortir d'ici, comme il l'avait promis ?
« Alors ? insista Malefoy. Le Maître la réclame !
- Je… Je suis désolé… »
Le visage de Malefoy se tendit. Désarroi et effroi.
« Parle ! lâcha-t-il. Où est-elle ? Qu'est-ce que vous en avez fait ?!
- Rien ! protesta Rodolphus. Ce n'est pas nous… !
- Explique-toi ! Vite, avant que je perde patience !
- Elle a été volée ! »
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« Severus, fais quelque chose ! supplia Lupin, retenant Harry contre le sol. Kreattur ! Kreattur ! »
L'Elfe de Maison apparut brusquement et jeta un regard stupéfait à la petite forme agitée de convulsions.
« Il faut éloigner Harry, Kreattur ! dit Remus d'une voix pressante. Vite ! »
L'Elfe fit un pas vers l'enfant, visiblement réticent.
Dans le bureau, les formes mêlées de James et Lily Potter s'étaient muées en un gigantesque serpent aux écailles luisantes. Avec un sifflement sinistre, il se rua vers la porte et vers le petit groupe.
« Non ! » cria Severus.
Le serpent tourna la tête vers lui, puis vers Remus et l'enfant, comme s'il hésitait. Un brusque cri poussé par Harry ramena son attention vers celui-ci. Le serpent ondula, se déploya davantage, menaçant…
Le médaillon irradiait une chaleur presque insupportable, maintenant, et Severus faillit le lâcher. Il serra les dents. Assez. Cela suffisait. Il devait reprendre le dessus. Retrouver ses esprits.
La potion.
Elle n'avait pas fonctionné, certes… Elle n'avait pas pénétré le médaillon. Mais il avait prévu ce cas de figure, non ?! Il l'avait prévu…
La tête maintenant beaucoup plus claire, il reposa sa baguette et tendit la main vers le tas d'ingrédients posés sur la déserte. Ce qu'il avait volé l'après-midi même reposait là, au milieu des fioles et des bocaux. Une corne d'éruptif.
Il la saisit d'une main ferme et en plongea la pointe dans le chaudron.
La corne pouvait percer n'importe quoi. Et ses propriétés intrinsèques alliées à la potion qu'il avait concoctée…
« Stupéfix ! »
Le sort que Lupin lança sur le serpent resta évidemment sans effet. Il traversa la silhouette menaçante, et se perdit au fond du bureau. Et pourtant… Pourtant, la forme matérialisée recula, comme repoussée par quelque chose de plus puissant qu'elle.
Il n'était plus temps d'hésiter. D'un geste brusque, Severus posa le médaillon sur le bureau et brandit la corne au-dessus d'elle, prêt à frapper.
L'air, dans la pièce, se mit à trembler, comme sous l'action d'une flamme intense. Un instant, un flux de pure magie environna Severus, et il chancela.
« Vas-y ! lui lança Remus. Vas-y ! »
Alors, il frappa.
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Sirius n'en croyait pas ses oreilles. La coupe de Poufsouffle, l'horcruxe de Voldemort, volé ?! Rodolphus se moquait-il de lui ?!
« Qu'est-ce que tu racontes… ? lui demanda-t-il sèchement.
- Ce n'est pas ma faute ! répliqua Rodolphus d'un ton désagréablement geignard. Nous avons été cambriolés ! Il y a bien… vingt ans, de cela !
- Vingt ans ?! Et… Vous n'avez rien dit ?!
- Le Maître se serait fâché… Mon père ne voulait pas que nous subissions sa colère ! Il disait… Qu'il valait mieux qu'il ne sache rien ! Qu'on pouvait toujours retrouver la coupe ! Je n'y suis pour rien, Lucius ! Dis au Maître que je n'y suis pour rien ! Je n'étais qu'un enfant, à l'époque ! »
Sirius ne répondit pas.
Vingt ans. Vingt ans s'étaient écoulés depuis que cette fichue coupe avait disparu.
Comment en retrouver la trace, maintenant ?! Elle pouvait être n'importe où ! Sirius sentit le découragement l'envahir. Au fond du couloir, le patronus qui tenait les Détraqueurs loin de la cellule de Lestrange perdit de sa brillance.
« Qui a fait le coup ? demanda Sirius, s'accrochant encore à l'espoir d'une trace, aussi infime soit-elle.
- Je n'en sais rien ! Je te l'ai dit, Lucius, je n'étais qu'un gosse ! Ces choses-là n'avaient pas la moindre importance pour moi ! Dis au Maître… Dis-lui que je suis désolé !
- Je n'y manquerai pas, Rodolphus. »
Il tourna les talons. Il avait tiré de Rodolphus tout ce qu'il pouvait, il était inutile qu'il s'attarde davantage.
« Lucius ! appela Lestrange. Tu nous libèreras, hein ?! Tu as promis de le faire !
- Va pourrir en enfer, Lestrange !
- Non ! »
Sous les imprécations de Lestrange, Sirius s'éloigna de la cellule et reprit sa forme canine.
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Tout l'air de la pièce sembla brusquement se contracter, comme s'il était aspiré en un point unique : le médaillon transpercé qui reposait sur le bureau de Mr Black. Le serpent disparut, comme soufflé par la déflagration d'une explosion muette.
Tremblant de tous ses membres, Remus baissa les yeux sur Harry. Celui-ci reposait, inerte, sur le sol. Les convulsions avaient cessé. D'une main fébrile, Remus chercha son pouls, et respira plus légèrement lorsqu'il le sentit battre régulièrement.
« Monsieur Remus… ? murmura Kreattur, apparemment aussi déboussolé que lui-même. Que s'est-il passé ? »
Remus se redressa et se tourna vers Severus. Celui-ci était toujours près du bureau. Une main plaquée sur le médaillon, l'autre, tenant la corne d'éruptif.
« Severus ? » appela-t-il doucement.
Le jeune homme leva la tête vers lui. Un regard plein de terreur, qui poussa Remus à se précipiter dans la pièce, à ses côtés.
« Remus… souffla Rogue. J'ai… Je… »
Il leva la main qui avait tenu le médaillon devant lui, avec un mélange de stupéfaction et de terreur pure.
« Je me suis blessé… »
Remus lui saisit le poignet, tandis que le jeune homme chancelait.
« L'antidote… murmura Severus. Il faut l'antidote, là… »
Remus se saisit de la fiole posée soigneusement en évidence. Il devait agir vite, ne pas laisser la panique le gagner et annihiler ses capacités de réaction. Il déboucha la fiole et la versa aussitôt sur le doigt rougi par le sang.
« Ça y est, ça y est ! dit-il, croisant le regard de Severus. J'y suis…
- Non… Non, c'est trop tard, il faut… il faut… Coupe-le, Remus ! »
Remus aurait voulu protester, lui dire que ce n'était pas la peine… Mais le regard suppliant de Severus lui fit prendre aussitôt la décision qui s'imposait. Il saisit le petit couteau posé sur la desserte, coinça la main de Rogue sur le bureau et lui trancha net l'index de la main gauche.
Rogue flancha, mais pas un cri ne lui échappa. Plus pâle que la mort, il se saisit de la fiole d'antidote et la versa sur sa main ensanglantée.
Pendant un instant, Remus retint son souffle, les yeux fixés sur le doigt tranché qui noircissait à une vitesse phénoménale et sur la main mutilée de Rogue.
Puis, celui-ci s'effondra. Il se laissa tomber sur le sol, serrant sa main blessée contre sa poitrine.
« Ça va… murmura-t-il, en direction de Remus, pétrifié. Ça va… »
