11h25
.
Vidéo 13 - Mardi 13 septembre 1994 - Tony
- Le temps passe vite, n'est-ce-pas ? Matt a trois ans aujourd'hui. Cela fait un an et demi que nous n'avons pas donné de nouvelles. Bien sûr, il y a les albums. Vous y apprendrez que la petite prend des cours de danse de salon depuis que j'ai eu le malheur de dire que je connaissais la salsa, qu'elle a testé de nombreux sports dans l'espoir de se souvenir, que ça n'a pas marché. Vous y découvrirez les fêtes d'anniversaires avec la montagne de cadeaux et le plus beau des gâteaux que vous n'ayez jamais vu. Vous saurez comment les deux petits monstres viennent me réveiller le matin de Noël, impatients d'ouvrir leurs paquets. Vous verrez quel déguisement j'ai dû enfiler pour Halloween et le nombre de bonbons ramassés. Vous rirez en découvrant les photos du dernier Thanksgiving, du quatre juillet ou du trente et un décembre. Oui, vous apprendrez énormément de chose sur les albums, mais cela ne vous éclairera pas sur l'endroit où je me trouve.
Il indique le mur couleur bleu ciel derrière lui.
- Bienvenue à Boston !
Il sourit.
- C'est le nouvel endroit où je bosse. On va sans doute me considérer comme un bleu parce que je suis nouveau et vouloir me faire une sorte de bizutage ou des blagues de mauvais goûts, mais ça ne me dérange pas. Je suis très doué pour renvoyer la pareille.
Sa moue réjouie n'annonce rien de bon pour ses futurs collègues.
- Les enfants se sont bien habitués au changement, poursuit-il plus sérieusement. Je craignais que bouleverser leurs repères et leurs habitudes ait un effet négatif sur eux, mais c'est le contraire qui s'est produit. Ils ont aimé changer d'horizon. Ça me rassure parce que nous serons forcément amenés à le refaire. Pour leur sécurité, il faut mieux ne pas rester trop longtemps au même endroit. Même si je n'arrive pas identifier les types qui ont tenté de tuer les filles, rien ne me dit qu'ils n'ont pas réussi à découvrir la vérité et remonter leur trace.
Il devient pensif.
- J'ai envisagé souvent de faire des recherches sur elles. Il doit bien y avoir des infos quelque part, ne serait-ce qu'un avis d'obsèques dans le journal. Je pourrais sans doute trouver leur identité assez facilement en fait, même s'il me faudrait du temps. Seulement qui dit recherche dit recherché. Un flic qui cherche un article sur la mort d'une mère et sa fille dans un accident de voiture ne passe pas inaperçu je pense. Rien que glaner quelques infos sur le fameux accident qui n'en est pas un a failli me coûter la peau.
« Comme il n'y avait aucun fichier informatique, j'ai cherché le dossier papier. Lorsque j'ai trouvé où il était archivé, j'ai aussi appris que l'endroit venait de brûler. Le local, les dossiers et l'homme qui gardait le tout sont partis en fumée. Il ne reste rien. J'ai aussitôt demandé ma mutation en me débrouillant pour qu'on croie qu'elle était prévue de longue date. J'ai aussi veillé à ce qu'il ne reste aucune trace de mon intérêt pour l'accident. Je pense qu'on est en sécurité même si je reste sur mes gardes. Cependant tout cela renforce mon idée comme quoi cette histoire cache quelque chose d'énorme de part les personnes impliquées ou leurs activités, voire les deux. Bref, j'ai décidé de faire profil bas pour l'instant. Je vais me faire un réseau d'indic et le plus important carnet d'adresses possible. Une fois que j'aurai laissé passer un laps de temps raisonnable, je repartirai à la chasse au ripou. C'était une décision difficile à prendre, mais je vais garder dans l'ombre l'identité des filles. J'en viens même à espérer que la petite ne se souvienne pas pour sa propre sécurité, ainsi que celle de sa mère et de son frère. En parlant de sa mère d'ailleurs, je ne l'ai pas faite transférer à Boston. Elle court moins de risque à New-York et l'institut où elle se trouve est un des meilleurs de la côte est. Je sais qu'elle va se réveiller un jour mais je ne crois pas que se sera tout de suite. Je ne sais pas d'où me vient cette certitude, mais je suis certain qu'elle se réveillera seulement quand sa fille se sera souvenue et que je serai en mesure de faire la chasse au pourri sans que sa famille et elle courent de danger. Alors patience.
Vidéo 14 - Mardi 4 avril 1995 - Kelly
C'est une chambre d'hôpital. Sur les murs blancs sont accrochés des dessins. Une peluche est posée sur une table à côté d'un bouquet de fleurs. Shannon est allongée sur le lit, pâle et immobile.
- Bonjour Maman, salue Kelly. Ça fait longtemps qu'on n'est pas venus te voir.
Matt apparaît. Il grimpe sur la chaise à côté du lit pour aller déposer un baiser sur la joue de sa mère.
- Tony discute avec les docteurs. Je crois qu'il fait surtout ça pour nous laisser ensemble tous les trois.
- Il aime pas l'hôpital, déclare Matt à leur mère sur le ton de la confidence.
- J'aimerais bien que tu te réveilles, tu sais. Ce serait bien.
- Papa dit que ce sera quand on sera en sécurité. Je sais pas pourquoi.
- Matt a du mal à tout comprendre pour l'instant. Il est trop petit.
- C'est pas vrai ! J'ai presque quatre ans d'abord ! Même que plus tard je serai plus grand que Papa !
- Oui, rit sa sœur, on verra ça.
