Note :

Et voilà un petit cadeau de Noël ! J'espère qu'il va vous plaire =)) Merci à Sheltan pour sa correction éclairée, et à tous les reviewers pour le bonheur qu'ils m'apportent. Et maintenant...

Enjoy !


Chapitre 9 :


Jamais Harry ne se serait douté que l'attente était quelque chose d'aussi horrible. Perdu dans les ténèbres de son cachot, blotti contre le mur, transi de froid, il patientait, attendant avec impatience que quelque chose arrive, que quelqu'un vienne. Mais dès que la porte de sa cellule s'ouvrait, nimbant sa pauvre silhouette de lumière, il se mettait à espérer de toutes ses forces que personne ne rentre, qu'il reste seul dans son malheur. C'est ce qui arriva ce jour-là. Était-ce le matin, le soir ? Il ne savait plus, tous ses repères disparus par l'obscurité permanente qui stagnait dans sa prison. Il leva ses yeux vitreux vers les deux silhouettes qui se découpait dans l'embrasure de la porte.

-A toi l'honneur Lucius, s'exclama une voix pleine de joie.

-Endoloris !

La douleur le submergea aussitôt. Il tenta de conserver ses pensées indemnes mais elles furent refoulées au fond de son esprit, inatteignables, fuyantes. Il hurla alors que les multiples aiguilles perçaient sa peau, que la souffrance martyrisait chaque cellule de son corps et il n'eut plus qu'une seule envie, que tout s'arrête, plus qu'un seul désir, mourir… Il se retrouva immobile sur le sol, la respiration heurtée, le cœur battant la chamade, désorienté.

-Et c'est ça le Survivant, se moqua une voix qu'Harry reconnut comme celle de Bellatrix.

Il leva le regard vers celle dont il avait volé les cheveux et croisa des yeux fous, emplis de colère et de rage, désireux de vengeance. Il déglutit. Elle cria :

-Endoloris !

A nouveau, il se perdit dans la souffrance, hurlant de toutes ses maigres forces, pleurant doucement, anéanti par la douleur. Il avait tout oublié, pourquoi il était là, qui le torturait, où il était. Il eut un court répit avant que la mangemorte ne s'exclame à nouveau :

-Endoloris !

Il s'arqua alors qu'il était frappé par le sort, immédiatement transpercé par la souffrance. Il supplia intérieurement que la douleur s'arrête, que tout sombre dans le néant, pourvu qu'il puisse mourir si cela devait lui apporter la paix… Il hurla mais sa voix se brisa, entrecoupée de sanglots puissants, alors que sa peau lui semblait être à vif. Qui était-il ? D'où venait donc cette douleur atroce ? Pourquoi des gens riaient autour de lui ?

-Endoloris !

La douleur qui le parcourait à l'instant parut bien dérisoire en comparaison de l'assaut qu'il subissait à présent. Incapable d'hurler, la voix coupée par la souffrance, il se contenta de gémir lamentablement, égaré dans les méandres de la douleur. Une douce quiétude vint l'effleurer, et il tenta de s'y noyer mais elle se contentait d'un ballet où elle ne pouvait l'emmener. Il lutta contre les chaînes de souffrance qui le maintenait dans le plus puissant mal qui existe, mais il ne réussit pas à les briser. Il était écorché vif, transpercé d'aiguilles chauffées à blanc, martelé de pieux acérés. Pourtant, tout ceci paraissait ridicule face à la réalité de la douleur. Elle était envahissante, insidieuse, se faufilant dans chaque fibre de son être. La douleur diminua brutalement. Une voix s'écria à nouveau :

-Endoloris !

La souffrance s'amplifia jusqu'à devenir plus qu'insoutenable. La voix brisée, il ne put même pas gémir, se contentant de se convulser lamentablement sur le sol, des larmes silencieuses roulant sur ses joues amaigries. La douce torpeur revint de plus belle, l'enlaçant sans le submerger, le caressant doucement. Et, alors qu'une voix criait une énième fois l'Impardonnable, alors que son corps s'embrasait une fois de plus, il fusionna avec la quiétude. Il se retint de soupirer de bien-être alors qu'il était apaisé, la douleur toujours présente mais atténuée. Il se noya dans l'oubli. Il n'avait plus conscience de rien, si ce n'est du bonheur d'être amnésique de tout ce qui lui avait causé du souci auparavant. Mais avait-il vraiment été tourmenté ? La question se posa, puis Harry la chassa parce qu'après tout, cela n'avait pas une grande importance maintenant.

-Endoloris ! crut-il entendre.

La douleur refit un petit pic, rapidement chassée par la torpeur salvatrice. Malgré tout, Harry ressentit un petit mécontentement : quand la souffrance cesserait-elle définitivement ? Il voulait se sentir tel un bienheureux au paradis, sans douleur ni tourment, avec cette seule sensation délicieuse.

-Endoloris !

La voix lui paraissait de plus en plus lointaine alors qu'il s'enfonçait toujours plus profondément dans l'oubli, et même la douleur semblait incapable de l'atteindre désormais.

Combien de fois les deux personnes qui le torturaient avaient hurlé le mot 'Endoloris' et combien de fois la souffrance avait été légère et mauvaise dans son amnésie ? Il ne savait pas, mais il priait que cela s'arrête, jusqu'à ce que doucement, il ne sut plus ce qu'il devait souhaiter, perdu dans les méandres agréables de l'oubli, apaisé, enfin libéré du poids de son destin.

Et, brusquement, tout cessa. Amorphe, incapable de réagir, Harry ne comprit pas ce qu'il se passait. La torpeur s'effilochait doucement, mais rien ne lui revenait, il se sentait comme une coquille vide, et ne parvint pas à s'en sentir contrarié. Lentement, il se sentit sombrer dans une spirale sombre mais chaleureuse, et il perdit connaissance.

Loin de cela, comme appartenant à un autre monde, Lucius Malfoy et Bellatrix Lestrange tremblaient devant l'aura meurtrière de leur Maître. Il leur siffla avec fureur :

-Je vous appellerais.

Il saisit le corps mou de l'adolescent dans ses bras, et l'emmena dans une chambre proche de ses appartements, songeant qu'il lui faudrait appeler Severus.


-Alors ? demanda la voix aigüe et glacée avec une pointe d'impatience.

-Je ne sais pas s'il va s'en remettre mon Seigneur.

Harry s'enfonça encore davantage dans la matière douce et ferme sous son dos, enserrant autour de lui ce qui le recouvrait. Il espérait que les voix disparaissent, le laissent tranquille dans sa quiétude.

-Il faut qu'il s'en remette Severus, tu sais ce que tu encoures sinon…

-Je ferais de mon mieux Maître, il faut attendre qu'il se réveille.

-J'attendrais qu'il se soit remis pour punir devant ses yeux ces deux imbéciles qui n'ont pas su respecter mes ordres.

Il y eut un bruissement de cape et une porte qui se fermait. Des pas se rapprochèrent de l'adolescent et repoussèrent ce qui lui prodiguait de la chaleur. Deux mains froides et expertes commencèrent à tâter son corps et Harry rouvrit les yeux brutalement, alerté.

-Du calme Harry, c'est moi.

Voyant l'expression confuse sur le visage du Survivant, il précisa, le cœur gros :

-C'est moi, Severus Rogue.

L'air d'incompréhension de Harry brisa quelque chose en lui. Il leva la main dans le but de lui caresser les cheveux mais le garçon se leva brusquement, dans l'espoir de mettre de la distance entre eux mais il s'effondra au sol, le corps douloureux. Le prénommé Severus se précipita en avant et le releva sans effort, le déposant à l'endroit où il avait commencé à entendre les voix discuter.

-Tu dois faire attention, ton corps est très traumatisé par les Doloris à répétition. Ca va mettre du temps avant de guérir.

Harry suivit distraitement et sans comprendre ce que l'homme lui racontait, plus préoccupé par ce qu'il y avait autour de lui. Il regardait tout, mais aucun nom ne lui revenait. Qu'était ce que cette matière molle et confortable sur laquelle il était ? Et cette chose où l'homme venait de s'asseoir ? Il eut beau chercher, rien ne lui venait. Les larmes coulèrent d'elles-mêmes sur ses joues et vinrent mourir à la commissure de ses lèvres.

-Qui y a-t-il ?

Harry ouvrit la bouche pour s'exprimer mais rien n'en sortit, hormis un râle rauque. Les larmes redoublèrent alors que, perdu dans ce monde étranger à sa douce et tendre quiétude, il souhaitait de toutes ses forces retourner dans le néant chaleureux ou, dans une moindre mesure, se souvenir de tout ce qui lui faisait défaut. Il se rallongea, ignorant le regard blessé et triste de l'homme sur lui, et se recroquevilla en position fœtal, tremblant, sanglotant doucement, pleurant. Ce fut dans cette horreur terrible et ce malaise douloureux que l'adolescent s'endormit, tombant dans un sommeil agité.

Lorsqu'il se réveilla, il sombra dans la déprime presque aussitôt. Il papillonna des yeux et chercha en lui des réponses à ses questions, mais tout était vide. Dépité, il finit par s'asseoir et chercha autour de lui l'homme qu'il avait découvert lors de son précédent réveil. Il le vit assis, la tête penchée en avant, dormant sur la même chose qu'auparavant, à son chevet. D'une main tremblante, il posa ses doigts sur l'épaule de l'homme en robe -ridicule vraiment, porter une robe lorsque l'on était un homme !-. Presque immédiatement, il se réveilla, ses yeux noirs se posant sur lui. Harry fit un sourire timide, persuadé que si l'homme lui avait voulu du mal il l'aurait déjà fait, et fit un signe vers sa gorge, gêné.

Severus se réveilla en sentant sur son épaule une main hésitante. Il se sentit tout de suite alerte, pensant à Harry et à son état préoccupant. Il leva les yeux et croisa ceux, emplis d'innocence et de crainte du jeune Survivant. A l'instant, le sauveur du monde sorcier semblait un enfant. Un gamin inquiet de décevoir, un bambin qui avait fait un cauchemar et demandait à ce qu'on le réconforte. Il déglutit difficilement et refoula une larme qui brûlait son œil. Il remarqua que Harry faisait un signe vers sa gorge et Severus acquiesça. Il se leva et alla fouiller dans sa sacoche, en sortant une potion pour les cordes vocales. Il l'apporta à Harry et se fit la réflexion que, dans ce grand lit, il paraissait vraiment petit, réellement un enfant. Il lui glissa la fiole entre les lèvres et l'adolescent avala docilement le liquide, retenant une grimace de dégoût pour ne pas contrarier ou blesser celui qui prenait soin de lui. Il se racla la gorge et murmura d'une voix éraillée et cassée :

-Merci.

Il prit une profonde respiration et demanda faiblement :

-Je vous connais ?

Le cœur de Severus se brisa. Il refoula les larmes qui lui brûlaient les yeux et se demanda quand il était devenu aussi émotif. Ridicule. Il se devait d'être droit et fier, et non faible et sentimental. Il répondit :

-J'ai été ton professeur de potions à Poudlard, Harry.

-Potions ? Pouedelard ?

-Oui, Poudlard, l'école de sorcellerie.

Harry éclata de rire malgré ses cordes vocales à vif, ce qui donna une espèce de toux malsaine.

-La magie n'existe pas !

Severus s'efforça de rester calme et répondit froidement :

-Si.

D'un geste de baguette, il fit apparaître une magnifique flamme qui s'enroula tel un serpent. Harry eut l'air terrifié. Il se recula autant qu'il le put dans son lit, tremblant, des larmes silencieuses débordant de ses yeux émeraudes. Il leva ses mains en médiocre protection devant son visage pâle et, soudainement, apparut un bouclier bleu splendide, qui l'engloba totalement. La crainte de l'adolescent s'estompa et il observa avec curiosité la paroi translucide, approchant ses doigts timidement. Il effleura le bouclier et soudain, tendit la main. Aussitôt, une lame de feu gigantesque jaillit, et seul un reflexe sauva la vie de Severus. Il dressa un bouclier mais il ne lui empêcha pas de sentir la chaleur terrible du serpent qui sifflait, sortant sa langue de feu en direction du mangemort stupéfait. Severus attendit longtemps après qu'il fut mort pour ne pas risquer quoi que ce soit, ses pensées embrouillées. Un tel sortilège sans baguette ! Comment était-ce possible ? Il avait bien vu son élève devenir d'une puissance impressionnante, mais jamais il n'aurait pensé à ce point ! Il murmura d'une voix qu'il maîtrisa :

-Harry, s'il te plaît, ne refait jamais ça.

L'adolescent eut la décence de rougir et il acquiesça. Il regarda ses mains, releva les yeux vers Severus, contempla à nouveau ses mains, leva le regard, ouvrit la bouche puis la referma. Le mangemort leva les yeux au ciel et demanda un peu trop sèchement :

-Que se passe-t-il ?

Harry tressaillit et baissa les yeux à nouveau. Il murmura finalement d'une voix hésitante, toujours aussi brisée :

-Vous pouvez m'aider à me souvenir ?

Ce fut un douloureux rappel de l'état de son élève préféré.

-Te souvenir de quoi ? demanda-t-il doucement.

-De tout.

-Pour cela je vais devoir pénétrer dans ton esprit pour voir dans quel état il est. Cela ne te dérange pas ?

L'adolescent eut une expression de méfiance sur son visage creusé par les tortures. Il se recula prudemment contre l'oreiller, tel une biche acculée. A la pensée de la biche, le visage rayonnant de Lily apparut dans l'esprit de Severus. Ce doux visage se superposa sur celui de Harry et l'homme se rendit compte qu'il lui ressemblait quand même un peu. Severus soupira, chassa les souvenirs et marmonna :

-Nous ferons sans, alors.

Harry parut soulagé et questionna :

-Quelle est cette chose sur laquelle je suis ?

Bouleversé, Severus se rendit compte que l'état du Survivant était bien plus grave que ce qu'il avait imaginé. Il répondit :

-C'est un lit Harry.

-Et ça sert à quoi ?

-A dormir, à se reposer.

L'adolescent acquiesça et murmura faiblement :

-Je vais dormir un peu.

-Très bien, tu en as bien besoin. Je reste avec toi, ne t'inquiètes pas.

Harry eut un sourire et s'allongea, se blottissant sur ce que Severus avait appelé lit. Il sombra presque aussitôt dans un sommeil réparateur.


La douleur était trop intense, il hurlait, comment pourrait-il survivre, deux sortilèges sur lui, comment pourrait-il continuer à lutter suffisamment longtemps pour que tout cesse ? La souffrance le martelait, le déchirait, le tuait à petit feu. Au loin, bien plus loin que ce monde de douleur dans lequel il était perdu, il y avait des rires déchaînés, des rires de fou. Que se passait-il pour que ces gens soient hilares ? Il n'arrivait pas à déterminer où il était, qui était là, qui lui faisait autant de mal.

Tout était nimbé d'une aura de souffrance qui lui faisait perdre la tête. Il hurla de plus belle alors que la douleur redoublait brusquement, sans qu'il ne sache pourquoi.

Sa voix se brisa alors brutalement. Il tentait toujours d'hurler, mais c'était de petits halètements aigus, des râles rauques, des gémissements de douleur qui s'échappaient d'entre ses lèvres gercées. Il était épuisé mais la souffrance ne lui laissait aucun répit. Il allait finir par mourir, ce n'était pas possible autrement, tout était trop mauvais, trop douloureux, trop long. Tout cessa tout d'un coup. Il était totalement vide. Il ne ressentait plus rien. Son cœur avait beau battre la chamade, sa vision était totalement floue, les larmes roulaient silencieusement sur ses joues, son corps était encore secoué de spasmes mais pourtant, il était vide.

Il y eut deux cris à nouveau, et la douleur reprit de plus belle. Il s'arqua sur le sol dur et oublia tout ce qui n'était pas en rapport avec la douleur.

La mort lui serait tellement plus douce après ce supplice… Alors que la souffrance redoublait, il lui semblait qu'on le secouait avec force.

-..r…

Il n'était pas possible de se détacher de tout ce mal qui le rongeait, il n'était pas possible de s'éloigner du supplice…

-…rry…

Il se convulsait mais essayait en même temps de repousser les mains qui tentait de le malmener encore davantage.

-Harry…

Il étouffa un cri éraillé.

-Harry !

Il ouvrit brutalement les yeux et étouffa un gémissement, ses yeux balayant sans les voir le plafond et le visage inquiet de Severus. Les spasmes s'espacèrent et il put reprendre son souffle. Une main douce essuya ses joues humides.

-Chut c'est fini, chuchota Severus. C'est fini Harry.

Le Survivant s'apaisa sous les caresses rassurantes du maître des potions et se blottit encore plus profondément contre son lit. Il gémit :

-Ca fait mal…

-Je sais Harry, je sais. Ne t'inquiètes pas ils seront punis.

-Quand ? s'inquiéta-t-il.

-Dès que tu seras sur pieds.

Severus se détacha du Survivant juste à temps car la porte s'ouvrit sur un homme en noir. Harry retint un hoquet en voyant le visage de serpent et les yeux rouges terrifiants fixés sur lui, une douleur affreuse lui martelant la tête. Il se recroquevilla contre son oreiller, la peur émanant de son corps tendu, incapable de détacher son regard de ce qu'il voyait comme un monstre.

-Alors Severus ?

Le mangemort répondit aussitôt :

-Il a subi une perte totale de mémoire. Je n'ai pas encore fait de diagnostic pour savoir si elle sera permanente ou pas.

-Qu'attends-tu pour le faire ?

-Et, bien je… J'attendais votre accord Maître.

Le Maître se tourna vers l'adolescent et eut un sourire sarcastique, un sourire satisfait. Il demanda à son serviteur suffisamment bas pour que Harry ne l'entende pas :

-Est-il possible de lui implanter des souvenirs ?

-Ca serait dangereux Maître, mais c'est sans doute possible.

L'homme à visage de serpent sourit et dit d'une voix plus haute :

-Je vais voir par moi-même son état.

Severus se tendit imperceptiblement en le voyant se tourner vers l'adolescent, la baguette levé.

-Legilimens !

Harry gémit en voyant le sortilège se diriger vers lui et ferma furieusement les yeux. Il ne voulait pas avoir mal, il ne voulait pas être blessé, il voulait simplement qu'on le laisse en paix…

Le Lord fit un pas en arrière et eut une moue contrariée.

-Depuis quand est-il doué en Occlumencie Severus ?

-Il ne l'a jamais été Maître.

Le Maître de Severus relança le sortilège et pénétra enfin dans l'esprit tant convoité. Il ne crut pas un instant avoir raté son sortilège, pourtant tout était vide et noir, aucun souvenir, aucune émotion. Il fouilla quelques instants avant de découvrir, prisonniers d'une toile noire et solide, donnant sur le néant, les souvenirs de l'adolescent. Il en testa la solidité et ressortit de l'esprit de Harry, qui s'était encore plus recroquevillé sur son oreiller. Il s'adressa à son mangemort :

-L'amnésie ne devrait pas être permanente. C'est bien dommage, j'aurais pu le rattacher à notre cause…

Severus se retint de sourire de soulagement et se contenta de s'incliner lorsque son Maître sortit de la pièce, lui ordonnant de prendre soin du jeune amnésique.

Le Maître des Potions se tourna vers Harry et murmura son prénom. L'adolescent tressaillit et hurla :

-Vous n'avez rien fait, vous ne l'avez pas empêché de me blesser !

Severus soupira, s'assit et répondit :

-Je ne peux rien faire, c'est mon maître, je lui dois obéissance et fidélité.

-Vous êtes abject ! Vous restez là, assis sur votre chaise et… et…

Les yeux de l'adolescent s'écarquillèrent et il souffla :

-Je me souviens !

Il eut un grand sourire et continua :

-Je me souviens des objets, j'ai de vagues souvenirs de noms et de visages !

Severus esquissa une ombre de sourire et répondit :

-En pénétrant ton esprit, le Seigneur des Ténèbres a du affaiblir ce qui t'empêche de te souvenir. C'est une bonne chose, tu es en bonne voie pour guérir.

Harry hésita un court instant et demanda :

-Pénétrez mon esprit.

-Pardon ?

-Pénétrez mon esprit si cela me permet de me souvenir.

Severus marqua un instant d'hésitation puis sortit sa baguette et souffla :

-Legilimens.

Oh il savait que ce n'était pas une bonne idée de forcer le processus de guérison, mais la supplication de l'adolescent était trop poignante pour ne pas y céder, et il lui fallait avouer qu'il avait hâte de retrouver son élève, pour discuter avec lui, l'aider à avancer et à ne pas sombrer dans les ténèbres de la magie noire.

Fort de son désir, il s'approcha en douceur de la toile, et commença à l'attaquer. Il tirait dessus, la malmenait, la secouait. Lentement, elle commença à céder et finit par se rompre dans un crissement affreux. Severus fut expulsé de l'esprit de l'adolescent alors que les souvenirs déferlaient. Le Maître des Potions observa le visage d'Harry, qui pâlissait et se tordait en une moue d'horreur à mesure qu'il se souvenait.

Les souvenirs arrivaient par flash, commençant par son enfance malheureuse au service des Durlsey, continuant par ses années à Poudlard, ses rencontres avec Lord Voldemort. Il crut qu'il allait craquer en voyant les tortures qu'il avait subies, son propre attrait pour la plus sombre des magies, le mal qu'il avait fait. Une fois que le flux incessant et tournoyant se fut tarit, l'adolescent avait le souffle coupé, les yeux brillants. Il regarda son professeur préféré, ouvrit la bouche et dit simplement :

-Je ne me souviens de rien, d'accord ?

Severus comprit aussitôt ce qu'il voulait dire. Il répondit :

-C'est une sage décision.

Soulagé, Harry se permit d'enfouir son visage dans ses mains et murmura d'une voix incertaine :

-Pourquoi suis-je si mauvais ?

Le mangemort s'approcha et lui releva la tête :

-Tu n'es pas mauvais, tu es juste un jeune homme dans la tourmente. Il est normal que tu ai des moments de faiblesse. Il n'y a rien de mauvais à cela.

-Mais j'ai tué, j'ai torturé !

Severus ne sut quoi répondre. Il se contenta de lui répondre simplement :

-Je sais.

Il enchaîna :

-Cela ne fait pas de toi un être mauvais.

L'air dubitatif de l'adolescent lui fit comprendre qu'il n'en croyait pas un mot. Severus chercha rapidement quelques mots pour le réconforter, le faire sourire, mais il n'en trouva aucun. Il n'était pas habile pour réconforter les gens, il était un mangemort, il était fait pour tuer et torturer, faire souffrir et non soulager.

Un pic de douleur envahit son cœur. Qui pouvait savoir à quel point il regrettait de s'être enrôlé, malgré son rôle important dans la guerre, qui pouvait deviner qu'il ne rêvait que d'être un homme sain et honnête… Lily serait encore en vie, le Seigneur des Ténèbres aussi, certes, mais Lily serait vivante… La douleur augmenta. Il était la cause de la mort de son premier et dernier amour, il l'avait mené à la mort, après l'avoir insultée, l'avoir repoussée alors qu'elle ne souhaitait que l'aider… Et le fait qu'il ai tenté de se rattraper ne justifiait en rien ses actes, n'amoindrissait pas son crime.

-Tu sais, ici, il n'y a qu'un seul être mauvais, et c'est moi.

-Pourquoi dites-vous cela ?

-J'ai torturé et tué, j'ai mené ta mère et ton… père… à la mort, je soigne tous les mangemorts qui se font blesser, je rampe devant le Seigneur des Ténèbres… Je le fais de mon plein gré.

-Agir consciemment n'implique pas toujours d'agir librement. (un petit clin d'œil à mon DM de philo xD)

-Je n'ai pas d'excuse, comparé à toi, Harry. Toi tu as des pouvoirs que tu tiens du Seigneur des Ténèbres, des pouvoirs qui influent sur toi, qui te corrompent… Alors que moi, je suis un homme simple, entier, profondément ancré dans les ténèbres.

Harry ouvrit la bouche pour répondre puis la referma. Il murmura :

-Comment faites-vous pour ne pas vous laisser submerger par la magie noire ? Elle me ronge, elle me tourmente, et parfois elle prend possession de moi.

-Je ne peux t'aider avec toutes mes certitudes mais je pense qu'il faudrait que tu t'acceptes.

-Je ne suis pas un mage noir, gronda l'adolescent.

-Ce n'est pas ce que je voulais dire, répondit calmement Severus. Ce que je veux dire, c'est qu'il faut que tu acceptes de la pratiquer de temps en temps, que tu acceptes simplement d'être en partie tourné vers elle, et que tu lances des sorts à la limite, voire mineurs de magie noire. Ainsi, tu ne seras pas… frustré si je puis dire, et elle aura moins de possibilités de te posséder.

Harry acquiesça.

-Ca me paraît raisonnable. Je devrais être capable de le faire, j'espère juste que ça marchera. Je n'en peux plus de me faire submerger par un instinct de fou qui me dicte de torturer et tuer tout ceux qui sont proches de moi à cet instant-là.

Severus pressa amicalement son épaule et allait dire quelque chose quand Harry agrippa sa cicatrice. Reconnaissant le signe, il lui expliqua :

-Nous sommes ici pour t'aider Harry, nous sommes une grande et noble famille, rejetée de la société, qui se bat pour ramener l'égalité dans notre monde.

-Pourquoi ne vous laisse-t-on pas faire ? demanda l'adolescent alors que le Lord pénétrait dans la pièce. Votre cause est juste, il n'y a pas de raison pour que l'on vous la reproche.

Voldemort siffla doucement :

-Les sorciers sont aveugles Harry, ils refusent de voir le bien-fondé de notre cause. Ils s'accrochent à des principes ridicules qui les empêchent de vivre.

Le Lord s'accorda une pause, fixa de son regard de braise l'adolescent un peu effrayé et questionna :

-Severus t'a-t-il expliqué pourquoi tu ne te souviens de rien ?

-Oui, si je me souvenais de quelques sortilèges je les tuerais !

Voldemort sourit et lui répondit :

-Viens avec moi, je vais les punir maintenant, et tu pourras le faire aussi lorsque tu seras complètement remis.

Harry eut un sourire un peu naïf et se mit sur ses pieds, tremblant sous la douleur. Severus fit apparaître des vêtements et une robe sombres. Le pseudo amnésique eut une grimace et marmonna :

-Je ne comprends toujours pas pourquoi vous vous obstinez à porter des robes, c'est ridicule, surtout lorsque l'on est un homme !

Personne ne lui répondit et l'adolescent se résigna à enfiler ce qu'on lui proposait, les gestes un peu maladroits. Il sortit ensuite à la suite du Lord, contenant comme il le pouvait la douleur et parcourut de nombreux couloirs, dans lesquels il tâcha de se repérer. Ils pénétrèrent ensuite dans la salle de réception, et attendirent un court instant que Lucius et Bellatrix apparaissent, le Lord ayant appuyé sur la marque de Severus. Harry s'efforça de ne rien laisser paraître en les voyant s'avancer dans la pièce. Ils s'agenouillèrent devant leur Maître qui leur ordonna de se relever avant de siffler doucereusement :

-Vous avez agi de manière stupide, et transgressé mes ordres. J'imagine que vous savez ce qui vous attends ?

Les deux mangemorts déglutirent. Le Lord leva sa baguette et jeta un Doloris puissant qui projeta Bellatrix à terre, où elle se mit à hurler, se convulsant, toute dignité évaporée. Il maintint le sort suffisamment longtemps pour qu'elle ne puisse plus crier, puis se tourna vers Lucius qui retint maladroitement un mouvement de recul.

A son tour, il fut torturé un long moment, lamentablement étalé au sol, secoué de spasmes. Harry s'efforça, durant toute la durée de la torture, d'afficher un air ébahi et désireux. Une fois que Voldemort eut soumis par trois fois ses serviteurs à ce supplice, Harry demanda d'une voix qu'il rendit avide :

-Est-ce que vous pourrez m'apprendre à faire ça ?

L'homme sourit et répondit :

-Bien sûr Harry. Mais je crois que tu sais déjà le faire…

L'adolescent eut un air surpris et satisfait. Il répondit avec enthousiasme :

-C'est vrai ?

-Oui mon cher Harry. Mais pour le moment, il faut que tu te reposes encore un peu. Tu es encore fragilisé.

Harry ne retint pas une grimace de douleur. La souffrance qu'il s'efforçait de repousser au confins de sa conscience mais elle se rappelait à lui régulièrement et martyrisait chacun de ses muscles endoloris. Voldemort jeta à ses serviteurs :

-Disparaissez !

Les deux blessés obéirent sans poser de questions, désireux de ne pas subir d'autres tortures. Une fois la pièce vide, le Lord se tourna vers l'adolescent.

-Je vais te raccompagner à ta chambre.

D'un pas vif, sans l'attendre, le Seigneur des Ténèbres se dirigea vers la porte. Boitillant et tachant de le dissimuler, l'adolescent le suivit, marquant à nouveau au fer rouge le chemin qu'ils empruntaient. Il fut soulagé de pénétrer dans sa chambre, et se laissa choir sur le lit, grimaçant de douleur.

-Reposes-toi, siffla la voix aigüe et glacée qui sortait de la bouche de l'homme-serpent.

Harry acquiesça et murmura d'une voix hésitante :

-Comment… Comment dois-je vous appeler ?

Voldemort eut un sourire sarcastique et répondit :

-Appelles-moi Maître, mon Seigneur ou my Lord…

Harry jura mentalement et répondit d'une voix douce :

-Bien my Lord.

Ledit Lord se tourna vers Severus, silencieux jusque là, et lui ordonna :

-Viens avec moi, j'ai une mission à te confier…

Les deux hommes sortirent de la pièce, et Voldemort lança un large panel de sortilèges pour verrouiller la porte et se glissa dans une pièce attenante. Il s'assit et siffla doucement :

-Assieds-toi Severus…

L'homme obéit et attendit patiemment les ordres.

-Je veux que tu implantes des souvenirs au garçon, qu'il croit que je l'ai sauvé de la mort, que l'Ordre du Pénix cherche à le manipuler pour nous tuer tous les deux, qu'il a une place importante dans notre hiérarchie, qu'il est un digne mangemort, obéissant et puissant. Je veux que tu supprimes tous ses souvenirs d'avant.

Intérieurement, Severus hurla, avant de se rappeler qu'Harry n'était plus amnésique. Extérieurement, il arborait un air indifférent et calculateur. Il répondit :

-Je le ferais avec plaisir mon Seigneur.

-Je tiens cependant à être présent. Nous allons le faire immédiatement. Inutile de perdre du temps.

-Bien Maître.

Ils se levèrent et se dirigèrent vers la porte verrouillée magiquement. Voldemort défit tous les sortilèges qu'il avait posé et ouvrit la porte. Brusquement, il hurla de colère. Severus se glissa dans la pièce, cherchant ce qui avait énervé son Maître. Il ne trouva rien, et c'était bien le problème.

Harry n'était plus là…


To be continued…


Pas d'extrait cette fois-ci, je n'arrive pas à me décider, désolée ^^ Sinon j'espère que ce chapitre vous a plu, et c'est à vous de me le faire savoir dans une petite review !

A bientôt (pour l'anniversaire de Tom x3), bisous bisous,

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