William refit un brin de toilette, il avait en effet beaucoup transpiré dans la grotte et il se sentait sale. Il nettoya également sa chemise et son tee shirt dans la bassine d'eau avec du savon trouvé dans l'armoire. Ses vêtements séchèrent au coin du feu. Pendant toute l'opération Julia prit bien soin de rester dos à l'inspecteur pour ne pas le voir dénudé. De toute façon, elle lisait son livre mais les petites bêtes avaient moins le loisir de faire marcher l'imagination de Julia que l'inspecteur torse nu... elle n'arrivait absolument pas à se concentrer sur son livre et se maudissait de sa faiblesse.

- Votre lecture a l'air de vous captiver Julia, c'est quoi exactement ?

- Oui, c'est passionnant William - "En temps normal", pensa-t-elle- c'est un ouvrage d'entomologie.

Elle lui expliqua comment elle se l'était procuré et la raison de son engouement pour cet auteur.

- Vous ne lisez pas que des romans d'aventure je vois, la taquina-t-il.

Il s'assit en face d'elle. Soulagée, elle constata qu'il avait revêtu et fermé sa veste.

Ils passèrent ainsi une bonne partie de l'après-midi à discuter des histoires qu'ils avaient aimées en buvant du thé. Tous les deux apprécièrent énormément ce moment, à se découvrir et à discuter ensemble d'autre chose que du travail... ou de leur relation...

- Julia il se fait tard dit William constatant la baisse de luminosité, et le réveillon approche, seulement il nous manque quelque chose...

- Ah oui, et quoi ?

- Un sapin ! dit-il fièrement, et je vais tenter de vous en trouver un.

- Très bonne idée William mais je ne vois pas avec quoi on va le décorer...

- Je vais chercher le sapin, vous trouvez de quoi le décorer, lui annonça-t-il avec une lueur de défi dans les yeux.

- D'accord !

- Avant cela je dois me rhabiller.

Elle tourna la tête, bien sûr... il remit alors son tee-shirt, sa chemise et sa cravate en tentant d'être le plus présentable possible, enfila sa veste, son manteau, son chapeau et sortit en la saluant.

- A tout de suite !

La neige tombait avec moins d'intensité et le vent s'était un peu calmé, le froid en revanche, était toujours aussi mordant. L'inspecteur récupéra une hache à la remise et mit rapidement la main sur un arbre convenable.

Il le dégagea de la neige qui le recouvrait et le coupa. Sans s'attarder, il revint à l'intérieur avec son sapin de Noël, le montrant à la jeune femme :

- Et vous, qu'avez-vous trouvé ?

- Du coton pour simuler des flocons de neige, je l'ai d'ailleurs coupé en petits morceaux, et les rubans qu'il y avait autour des pots de confiture ! lui expliqua-t-elle, ravie de ses trouvailles.

- Je dois reconnaître que c'est bien trouvé Julia, allons-y, décorons-le.

Ils l'installèrent près de l'armoire et le parèrent ensemble, heureux comme des enfants.

- Voilà... il est pas mal du tout William, qu'en pensez-vous ?

Tout en l'interrogeant, Julia mit sa main dans celle de William. Il la regarda étonné et elle se justifia, les yeux brillants de joie :

- William, j'adore faire ça !

William consentit à garder la main de Julia dans la sienne et lui répondit :

- Ce réveillon ensemble est un sacré concours de circonstances...

- En effet, avoua-t-elle, combien avions-nous de chances ?

Ne voulant pas rester trop longtemps en contact charnel avec elle, il l'aida à s'installer sur le banc, elle étendit sa jambe sur celui-ci pour soulager son pied et ajouta en se massant la cheville :

- Très peu je pense. C'était la première fois que le docteur Grace me demandait de la remplacer, je ne pouvais pas lui refuser. Au fait, vous n'étiez pas censé être d'astreinte, affirma-t-elle.

- Au contraire, c'était bien prévu.

- Ah ? C'est étonnant, le docteur Grace m'a affirmé le contraire... j'ai du coup été un peu surprise de vous voir dans la forêt et un peu fâchée contre elle...

- Puis-je vous demander pourquoi ?

- C'est que... je n'avais pas envie de... faire face à une réalité.

Elle se tut et il avait l'air de ne pas saisir, elle esquissa un geste de la main qui trahit la légère irritation qu'elle ressentait face à son incompréhension et surtout parce qu'elle devait se justifier :

- William... je...

Il comprit qu'il n'aurait pas dû lui demander des explications, il la coupa :

- Ne dites rien... trinquons plutôt à notre réveillon, lui proposa-t-il en allant chercher des verres et la bouteille de Georges.

La jeune femme était partagée entre deux sentiments : soulagée de ne pas avoir dû lui expliquer et déçue également. Mais la raison l'emporta - cette fois-ci - et Julia se réprimanda intérieurement : "Tu es compliquée Julia... et mariée ! Merci de ne pas l'oublier mais merci de me le rappeler aussi..." Julia était perplexe, elle avait l'impression d'entendre deux personnes se disputer dans sa tête.

- Julia ?

Apparemment William lui avait posé une question mais elle ne l'avait pas écouté :

- Pardon William, vous disiez ?

- Vous êtes d'accord pour trinquer avec moi ?

- Ca m'a l'air un peu fort mais pourquoi pas, affirma-t-elle, c'est Noël après tout !

Le grand sourire de Julia destabilisa un peu William, il lui rendit, partagé entre la méfiance et l'amusement et lui tendit un verre. Il se servit et prit son verre :

- Joyeux Noël Julia.

- Joyeux Noël William.

William la trouvait tellement belle avec son sourire encore accroché à ses lèvres... il mourrait d'envie de lui dire combien elle lui plaisait mais non, ce n'était pas correct, il ne pouvait pas...

Ils trinquèrent et le regard intense que lui adressait William troubla profondément Julia, elle sourit discrètement, visiblement heureuse et soutint son regard, ce qui le désarma. Il ne voulut pas lui faire voir et il tenta de renverser la situation, oubliant subitement toutes les barrières qu'il avaient érigées.

Tout en la regardant encore avec insistance et en souriant à son tour, il lui dit, le plus calmement du monde :

- Vous avez quelque chose à me dire Julia ?

Elle sourit un peu plus franchement, comprenant sa tentative de déstabilisation, lui jeta un regard mi-réprobateur mi-amusé et lui dit, sans se démonter :

- Peut-être William...

- Peut-être ? Il est pourtant clair que vous souhaitiez me faire passer un message, vous n'osez peut-être pas ?

- D'accord, je vais vous le dire... je suis étonnée, qu'un homme, qui se dit être mon ami, me regarde de la sorte.

Elle avait dit cela très lentement, pour apprécier le point qu'elle savait avoir gagné. William avait envie de continuer le jeu et peut-être de gagner la partie. Il adorait jouer avec le docteur Ogden, c'était pour lui à chaque fois un tel ravissement ! Mais il sentait qu'il était en train de franchir une ligne qu'il s'était promis de ne pas franchir. L'envie de continuer fut cependant trop forte et il avait peu de temps pour réfléchir, elle attendait une réponse...

- De quel regard parlez-vous ? lui répondit-il faussement étonné, un sourire légèrement provocateur.

Julia était médusée, il n'avait pas l'habitude de se comporter ainsi.

- Me suis-je trompée ? Peut-être que le peu de lumière qu'il y a dans cette pièce m'aura fait mal interpréter votre attitude ?

Elle lui laissait la possibilité d'arrêter là ce petit jeu dangereux, il la remercia intérieurement, sentant que ça risquait d'échapper à tout contrôle :

- Sûrement Julia car je vous assure que mon intention était bien de trinquer avec une amie !

- Je suis rassurée alors. Goûtons cette eau de vie... une petite pensée pour Georges qui nous offre l'apéritif ce soir !

Le degré d'alcool était sûrement très élevé puisque les deux amis, peu habitués à ce genre d'apéritif, toussèrent. Ils rigolèrent de cette situation :

- Et si on mettait un peu de confiture pour l'adoucir ? proposa Julia avec une petite voix enrouée, sa gorge la brûlant encore.

- Bonne idée Julia, laquelle ?

- Commençons par la mûre, qu'en pensez-vous ?

C'était en effet plus supportable ainsi, voire même bon, ce qui les poussa à goûter un autre mélange, les confitures ne manquant pas.

Il se mirent à discuter de leur goût en matière d'alcool, William lui avoua en boire très peu :

- Surtout en service et comme nous pouvons être appelés à tout moment j'évite. Vous avez peut-être remarqué que je décline toujours le verre de scotch que me propose l'inspecteur Brackenreid ?

- Je n'ai pas fait attention. Cela doit le frustrer non ?

- Je crois qu'il ne comprend pas pourquoi je refuse et je dois vraiment passer pour un illuminé à ses yeux.

Julia sourit mais ne répondit pas. Effectivement l'inspecteur Murdoch apparaissait souvent à ses collègues comme un original mais pour Julia, c'était aussi ce qui faisait son charme...

Elle lui expliqua alors les alcools qu'elle appréciait, elle aurait eu envie de lui dire que son coeur penchait pour l'absinthe mais elle se retint, ne voulant pas le provoquer encore une fois.

Sans le savoir leurs pensées se rejoignirent à cet instant puisque William servait sciemment de petites quantités, il se remémorait une certaine "expérience" qui les avait amenée à se rapprocher très intimement et même si à l'époque ils pouvaient se permettre de telles frivolités, ce n'était plus le cas aujourd'hui.

- Julia, nous ferions mieux de manger quelques biscuits avec, nous avons faim et cet alcool risque de nous faire tourner la tête très vite.

- Oui vous avez raison.

Les yeux de Julia brillaient déjà très fort et William se fit la réflexion que c'était peut-être trop tard pour elle. Il fallait qu'il arrête là pour être sûr de maîtriser les choses.

William servit également de l'eau pour limiter l'absorption d'alcool, et Julia mit sur la table tout ce qui leur restait comme nourriture, cela permettait en outre de figurer un semblant de repas de Noël.

En passant devant la fenêtre, elle s'aperçut, malgré la nuit, que la neige avait cessé de tomber. Se tournant vers William elle lui dit :

- William, il ne neige plus...

- Enfin... nous partirons demain alors, lui affirma-t-il en attendant sa réaction.

Il se rapprocha d'elle pour constater de ses yeux la subite clémence météorologique.

- Oui, demain tout sera terminé.

Sans s'en rendre compte, elle avait parlé sur un ton légèrement plus grave. William traduisit ce changement par de la déception et quand il constata que ses yeux, qu'elle évitait de lui faire voir, étaient humides, il en fut convaincu.

Il n'avait pas envie qu'elle soit malheureuse, pas un soir comme celui-ci.

- Julia... je... n'ai pas envie de vous voir... triste, pas ce soir. Ne passons-nous pas une très agréable soirée entre amis ?

Elle baissa les yeux et croisa ses mains devant elle en ajoutant timidement :

- Cette soirée est tellement agéable que je ne voudrais pas qu'elle ait de fin.

- Nous ne faisons que la commencer chère amie, lui dit-il en se tournant vers elle et en lui relevant le menton, cherchant son regard. Ne voulant pas prolonger ce moment où leurs yeux se disaient plus que leurs gestes, il rompit le contact et l'aida à s'installer à table.

- Excusez-moi William je crois que mes émotions sont très intenses ce soir. Est-ce à cause de Noël ?

- Ou de l'alcool Julia ?

Elle le regarda d'un air réprobateur :

- Non William, ce n'est pas ça, je commence à me rendre compte de certaines choses et il est difficile pour moi de les accepter.

Elle avait été assez vague et William ne savait pas si elle avait envie de se livrer mais en même temps, il se devait de l'aider si c'était en son pouvoir.

- Vous voulez m'en dire plus Julia ?

Elle le regarda, elle allait pour parler puis se ravisa :

- Non je ne préfère pas, peut-être plus tard si vous le voulez bien.

- D'accord, mais si je peux vous aider...

Elle le regarda avec un petit sourire triste, ce qui bouleversa William :

- Julia, je ne veux pas vous voir malheureuse, votre bonheur est tout ce qui m'importe...

Une larme roula sur sa joue gauche qu'elle s'empressa de chasser, ne voulant pas qu'il la voit. Mais bien sûr c'était trop tard et William, le coeur déchiré par cette vue enchaîna:

- Je vous fais la promesse que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous rendre heureuse... lui dit-il tendrement.

- William... je ne vous en demande pas tant.

- Je sais, c'est moi qui le veux...

- Vous êtes adorable...

Sa tristesse avait l'air de se dissiper et il vit un sourire plus franc s'afficher sur son visage, ce qui le rassura :

- Je préfère vous voir comme ça... allez, reprenons le cours de notre réveillon, je vous propose de trinquer à notre amitié. A la rhubarbe ? On n'a pas testé la rhubarbe encore ?

- Pas encore, essayons cela alors.

Il déposa trois cuillères de confiture dans leur verre puis ajouta l'eau de vie. Ils trinquèrent encore une fois et Julia fit la grimace en avalant une gorgée du breuvage :

- Ce n'est pas très bon avec la rhubarbe. Je reprendrai de la mûre ensuite, c'est vraiment ce que je préfère !

Ils rigolèrent et le coeur de William gonfla de joie en la voyant ainsi, de nouveau gaie, telle qu'il adorait la voir.

- Ma grand-mère faisait beaucoup de confitures de mûres et je crois que c'est pour moi un parfum d'antan que j'adore, lui confia-t-elle.

Ils échangèrent sur leur enfance et ils furent heureux tous les deux d'en apprendre encore une fois un peu plus l'un sur l'autre.

A suivre... plus que deux chapitres avant la fin ! Petit conseil : éloignez les enfants pour la suite ! ;o)