Ce chapitre contient des scènes qui peuvent choquer... Bonne lecture
Serena
Au moment où je vois Fred me rejoindre dans mon sanctuaire, je sais que cela ne présage rien de bon. Il ne vient dans la serre que lorsqu'il veut obtenir quelque chose de moi. Mais j'étais bien loin d'imaginer ce qui allait suivre. Fred me parle de la nécessité que Defred accouche le plus rapidement possible. Bien que je sois d'accord avec lui, je redoute ce moment autant que je l'attends. Une fois le bébé né, June devra partir, je ne peux plus faire marche arrière maintenant. Je l'écoute d'une oreille lorsqu'il insiste sur le fait de précipiter l'accouchement de la manière la plus naturelle possible.
- Qu'est-ce que tu insinues Fred ?
- Tu sais très bien ce que cela veut dire… On n'a pas le choix Serena ! Il faut absolument que ce bébé arrive rapidement.
Si j'avais encore des doutes sur ses intentions, son regard lubrique me confirme que j'ai raison de craindre le pire. J'ai envie de me jeter sur lui et de l'éviscérer sur place pour avoir ne serait-ce que envisager cette possibilité. Je pourrais le tuer de mes propres mains si je ne craignais pas les conséquences que cela pourrait avoir sur June et l'enfant qu'elle porte. Je reste stupéfaite devant lui ne sachant quoi répondre. Si je m'oppose à sa volonté, dieu seul sait ce qui pourrait arriver. Il pourrait devenir suspicieux, savoir pourquoi je tiens absolument à protéger notre servante, et il pourrait nous faire exécuter toutes les deux dans l'heure pour trahison.
- Ça pourrait être dangereux pour le bébé…
- Tu sais très bien que c'est faux, ce sont des excuses de femmes qui ne souhaitent pas avoir de relations sexuelles avec leurs maris.
- Mais on ne sait pas… Et s'il y avait vraiment un risque ? Ça ne vaut pas le coup de mettre la santé de notre enfant en danger Fred !
Je tente le tout pour le tout pour le dissuader sachant pertinemment que rien ne pourrait le faire changer d'avis.
- Ne sois pas ridicule ! Fais monter Defred dans notre chambre ce soir, fin de la discussion !
Je sens le sol se dérober sous mes pieds lorsqu'il quitte la serre pour rejoindre la maison. Je ne peux pas le laisser faire ça. C'est absolument hors de question. Je ne peux pas faire subir ça à June une nouvelle fois. Je dois la protéger coûte que coûte. Je pourrais m'enfuir avec elle et Fred ne nous retrouverait jamais. Je suis sûre que cet idiot de Nick nous offrirait son aide pour quitter Gilead. Je pourrais recontacter ce gars du gouvernement qui m'a donné sa carte au Canada. Je pourrais en finir avec tout cela une bonne fois pour toute. Mais nous pourrions aussi nous faire prendre et finir sur le mur. C'est un risque que je suis prête à prendre concernant ma propre vie, mais je ne peux pas mettre en danger la vie de June et celle de notre enfant.
Je me sens complètement impuissante devant ce qui me semble inévitable. Si je veux protéger June, je dois laisser faire Fred, mais je ne peux pas m'y résoudre. Il faut que je lui parle. Il faut que je lui explique que je n'ai rien à voir dans tout ça. Il faut qu'elle sache que ce n'est pas mon idée. Je ne pourrai pas supporter qu'elle pense que je suis à l'initiative de ce qui va se dérouler.
Je monte rapidement les marches qui me mènent à la chambre de notre servante et c'est complètement essoufflée que j'ouvre sa porte à sa plus grande surprise.
- Serena… Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce qui t'arrive ?
Je peux entendre la panique dans sa voix et je réalise que je ne pourrai pas me plier aux volontés de mon mari. La terreur que je lis sur le visage de la blonde devant moi me confirme que je dois la protéger coûte que coûte.
- Chuuut… Ecoutes-moi bien et ne poses aucune question d'accord ?
Son hochement de tête me confirme que j'ai toute son attention.
- Je vais venir te chercher tout à l'heure et nous allons quitter cet endroit sans jamais nous retourner. Nick nous conduira dans une maison isolée qui appartenait à mes parents où nous nous cacherons pendant quelques temps. Personne ne connait ce lieu, pas même Fred. Ensuite je trouverai un moyen pour nous faire sortir du pays en toute discrétion. J'ai encore quelques contacts bien placés qui je pense se feront une joie de prendre leur revanche sur mon mari. Nous serons en sécurité June. Je te le promets. Est-ce que tu me fais confiance ?
La panique qui s'est emparée de moi est loin d'inspirer la confiance à la jeune blonde qui semble complètement désorientée par mes propos.
- Qu'est-ce que tu racontes ? Qu'est-ce qui se passe ? C'est le commandant ? Il t'a menacée c'est ça ? Il a découvert que tu m'avais embrassée ? Expliques-toi Serena ! Tu me fais peur là…
- Pas de question June ! Fais ce que je te dis une fois dans ta vie bon sang !
- NON ! Je ne partirai pas d'ici tant que tu ne m'auras pas expliqué ce qu'il se passe !
- Mais pourquoi faut-il que tu sois aussi têtue.
- C'est comme ça qu'on m'aime. A prendre ou à laisser !
June se rend compte que ses paroles peuvent laisser penser qu'elle aimerait que je lui dise que c'est effectivement pour ces raisons que je l'aime.
- Enfin… c'est pas ce que je voulais dire… c'est…
- Tais-toi ! Juste tais-toi et laisse-moi réfléchir !
June se saisit de ma main et je sens toute ma détermination dans ma tentative de la sauver se renforcer. Si je veux qu'elle me fasse confiance, je dois être complètement honnête avec elle, je saisis son visage entre mes mains et ancre mon regard dans le sien.
- Je t'ai menti June…
- Tu peux être plus spécifique ? répond-elle ironiquement
- Tu es incapable de te taire n'est-ce pas ?
Elle sourit à ma remarque comme pour me faire comprendre que nous n'en serions pas là aujourd'hui si elle avait su tenir sa langue par le passé.
- Quand je t'ai embrassée la première fois, ce n'était pas pour te soumettre à mes volontés. Je n'ai jamais voulu ça. Enfin si quand tu as débarqué dans cette maison, mais cela fait bien longtemps que ce n'est plus le cas. Je t'ai embrassée parce que je ressens quelque chose que je ne peux pas expliquer pour toi. Parce que quand je pense à toi, c'est ça que je veux.
- Qu'est-ce que tu essaies de me dire ?
- J'en sais rien June ! J'en sais absolument rien ! Je veux être près de toi et notre enfant. Je veux te voir sourire, t'entendre rire, je veux te savoir en sécurité loin de toute cette folie. Je veux que toi aussi tu aies envie de m'embrasser j'imagine… Je veux que tu aies envie de découvrir qui je suis réellement.
- Serena… Je… Moi aussi j'ai envie de passer du temps avec toi et de découvrir cette femme que tu as enfouie au plus profond de toi, mais je ne crois pas avoir les mêmes envies que toi. Je veux dire… Je suis flattée, vraiment… Mais je ne suis pas gay…
- Moi non plus !
- Ben écoutes… ce que tu es en train de dire le laisse penser un peu quand même non ?
- Tu crois vraiment que c'est le moment de jouer sur les mots ? Je tiens à toi. Je n'ai pas envie d'une autre femme, c'est juste toi. Et puis peu importe, on n'a pas le temps de discuter de ça maintenant, on pourra en parler autant que tu veux dès que nous serons en sécurité !
- Sois raisonnable Serena. On ne peut pas s'enfuir juste parce que tu ressens quelque chose que tu n'arrives pas à comprendre ou expliquer. Je ne peux pas voyager pour le moment, ça serait trop dangereux pour le bébé.
- Toi, sois raisonnable ! Tu ne comprends pas !
Je lève les bras au ciel de désespoir et je sens des larmes couler le long de mes joues. Ce n'est pas le moment de craquer, il faut absolument que je sois forte et que j'arrive à convaincre cette idiote de me faire confiance et de partir avec moi ce soir.
- June.. .je t'en prie… fais-moi confiance. On ne peut pas rester ici, tu n'es pas en sécurité ici. S'il te plaît, fais-le pour notre enfant si tu ne le fais pas pour moi. Je t'en prie…
J'entends des bruits de pas dans le couloir et je comprends qu'il est trop tard pour pouvoir faire quoi que ce soit. Je n'ai pas réussi à la sauver. Je me rapproche d'elle et entoure mes bras autour d'elle dans une étreinte pleine de tendresse malgré les sanglots qui me traversent.
- Je suis désolée June… Je suis tellement désolée… pardonnes-moi…
Elle relève la tête vers moi et pose ses lèvres sur les miennes pour m'accorder son pardon de la plus belle des façons. Je lui rends son baiser dans un dernier espoir de lui faire comprendre à quel point elle compte pour moi.
- Je t'aime… je murmure entre ses lèvres alors que des coups sont frappés à la porte… Je vais t'offrir ta liberté ce soir June… Promets-moi de prendre soin de notre enfant…
Elle me regarde confuse alors que Rita ouvre doucement la porte sans que je ne me résigne à me défaire de notre étreinte.
- Le commandant Waterford te fait demander Defred. Il m'a demandé de préparer la chambre… déclare notre cuisinière en baissant les yeux de honte.
Je vois la blonde commencer à paniquer à la réalisation de ce qui l'attend. Je prends ses mains dans les mienne sans me préoccuper de Rita qui nous observe et tente de rassurer la femme tremblante qui se tient devant moi.
- Je ne le laisserai pas faire… Je te promets…
- Comment ?
- Je vais buter ce fils de pute avant qu'il ne puisse poser son regard sur toi ! Il est hors de question qu'il te touche !
- Mme Waterford… souhaitez-vous que je quitte la pièce ? intervient Rita gênée.
- Ce n'est pas nécessaire. Vous n'aurez pas d'ennuis ne vous inquiétez pas. Emmenez June auprès de Nick, demandez-lui de la conduire dans la maison de campagne où nous sommes allés plusieurs fois. J'ai des comptes à régler avec mon mari !
Alors que je dépose un baiser sur le front de celle qui m'a fait redevenir la femme passionnée et engagée que j'étais autrefois, je suis résignée à commettre l'irréparable et à en subir les conséquences. Je me dégage de l'étreinte de la blonde et lui sourit une dernière fois pour qu'elle garde cette image de moi en mémoire. Je commence à m'éloigner d'elle mais suis retenue par sa main qui s'agrippe fermement à mon bras.
- Non… murmure-t-elle à mon intention…. Cet enfant a besoin de toi. Tu ne peux pas faire ça. Je ne te laisserai pas faire ça.
- C'est la seule solution June…
- Non ce n'est pas la seule. Je peux supporter une fois de plus. Je peux le faire pour que nous soyons toutes les deux en sécurité au moins ce soir. Ensuite nous verrons.
- Hors de question !
- Serena… je peux le faire…
La détermination que je lis sur son visage me fait réaliser que je n'ai aucune chance de la faire changer d'avis. Je caresse sa joue tendrement et nous n'avons pas besoin de mots pour savoir que nous sommes sur la même longueur d'onde.
June
Je lance un dernier regard à Serena qui pose ses mains sur les miennes avec toute la douceur dont elle peut faire preuve dans un moment tel que celui-ci. Le commandant Waterford s'approche lentement du lit et commence à réciter toutes ces foutaises que Gilead a instituées pour légitimer l'atrocité de leurs actions. Je commence à me débattre par réflexe et pour éviter d'attirer les soupçons mais mon corps est déjà résigné à être piétiné une nouvelle fois par cet homme qui se sent investi d'une mission divine.
Je sais que Serena ne peut pas me regarder, elle est obligée de garder ses yeux sur son mari qui s'empare de mon corps sans ménagement. Alors que je le sens entrer en moi, j'abandonne toute résistance et me réfugie dans un monde où tout ceci n'existe pas. Je sens de loin les pouces de Serena caresser mes poignets, et bien que cela ne rende pas les choses plus supportables, cela me permet de rester dans ce coin de paradis que je me suis créé pour échapper à cette mascarade ridicule. Je me répète en boucle ce que je me dis depuis la première fois. C'est un travail, il faut que je me détache de tout ça, c'est aussi anodin qu'une abeille qui butine une fleur, ce n'est pas moi, ce n'est pas mon corps, et cette fois-ci je le fais pour que nous soyons en sécurité.
J'aperçois Serena détourner le regard de son mari, s'en est trop pour elle, elle ne peut pas supporter de le regarder me chevaucher de cette façon. Alors que je pense que rien ne pourrait être pire, je sens une de ses larmes tomber sur mon visage.
Pas maintenant Serena, ne craques pas maintenant. J'arrive à supporter tout ça pour nous alors s'il te plaît ne craques pas. Pour éviter que son mari ne remarque son trouble, elle quitte la chambre dès qu'il atteint l'orgasme en me laissant seule, complètement vide, sur ce lit que je hais tant.
Je lui en veux tellement de m'abandonner à mon propre sort sans venir voir comment je vais. Je lui en veux tellement que je pourrais lui arracher les yeux si jamais elle osait poser un regard sur moi. Comment peut-elle prétendre m'aimer et me laisser là, comme morte, avec tout ce sperme qui dégouline entre mes jambes et personne pour me faire revenir à la réalité. Tu devrais être là Serena, tu devrais être là et me dire que tout ira bien maintenant, que je n'ai pas fait ce sacrifice pour rien. Tu devrais être là, mais comme la lâche que tu es, tu t'es enfuie en me laissant encore une fois gérer toute seule l'épave qu'est devenu mon corps sous les assauts de ton mari.
Je ferme les yeux quelques instants et j'entends des sanglots provenir de la salle de bain adjacente suivis de ce qu'il me semble être des vomissements. Le commandant Waterford entre sans ménagements dans la pièce et attrape violemment sa femme par le bras pour la ramener au centre de la chambre.
- Qu'est-ce qui t'arrive ? Ça te dégoûte c'est ça ? Tu n'avais pourtant rien contre les fois précédentes !
- Lâche-moi Fred, tu me fais mal.
- Je ne t'ai pas donné la permission de parler ! Tu crois que je n'ai pas repéré votre petit manège ? Tu crois que je n'ai pas vu comment tu la regardais pendant que j'étais en elle ? Tu aurais aimé être à ma place n'est-ce pas ? Tu aurais aimé sentir cette puissance que je ressens quand je jouis en elle !
- TAIS-TOI ! TAIS-TOI ! hurle Serena en se couvrant les oreilles pour ne plus rien entendre.
Le commandant Waterford assène une gifle renversante à Serena qui lui fait perdre l'équilibre et la fait atterrir près de moi.
- C'est toi qui devrais te taire ! Dès que cet enfant sera né, cette catin sera envoyée dans les colonies où elle mourra sans que personne ne s'en aperçoive, et toi… tu ne verras jamais cet enfant ! Tu vivras dans la même maison, tu l'entendras pleurer, jouer, grandir, mais tu ne le verras jamais. La mort serait bien trop douce pour toi traitresse ! Alors à partir de maintenant, je vous conseille à toutes les deux de vous tenir à carreau et de faire exactement ce que je vous ordonne de faire.
Serena tente de se relever pour se jeter sur lui, mais dans un dernier soupçon de lucidité, je la retiens pour éviter qu'elle ne commette l'irréparable.
- Est-ce que je me suis bien fait comprendre ? hurle le commandant Waterford à notre intention.
- Oui… nous répondons en chœur en unissant nos mains.
Il quitte la chambre en nous laissant livrées à notre propre sort, je sens Serena se rapprocher de moi mais je ne suis pas prête à affronter ses excuses et ses apitoiements. Il y a toujours une part de moi qui lui en veut pour tout ce qui m'est arrivé dans cette maison depuis mon arrivée.
- Pas maintenant Serena…
- Je suis désolée…
- Je sais… mais j'ai dit pas maintenant d'accord ?
Elle acquiesce d'un signe de tête et je me lève pour regagner la minuscule pièce qui me sert de chambre. Le seul endroit où j'arrive encore à me sentir en sécurité dans cette maison.
