DISCLAIMER : Tous les personnages et l'univers de Harry Potter appartiennent à JK Rowling. Les personnages et l'univers de Downton Abbey appartiennent à Julian Fellowes et Carnival Film.

Rating : M+

Genre : romance / slash / Yaoi


Merci à tous de continuer à suivre cette histoire et à la commenter. Vos reviews sont la plus belle récompense pour toutes ces heures de travail que cette fiction me demande !

Bonne lecture !


Chapitre 7

2 août 1912 – Résidence Malfoy, Eaton Square, Londres

Draco referma son livre en soupirant. Il ferma les yeux un instant, tentant de faire refluer la douleur qui ne le quittait pas depuis la veille.

La porte du salon de musique où il avait trouvé refuge s'ouvrit sur Ariana. Draco se leva à son entrée.

- C'est donc ici que tu te caches, dit-elle en refermant derrière elle.

- C'est la seule pièce de la maison qui à cette heure de l'après-midi est la moins exposée à la lumière du soleil.

- Ton mal persiste ?

- Hélas, oui.

- Je croyais que tu avais un remède…

- Je ne l'ai pas pris.

- Pourquoi ?

Draco ne répondit pas, se contenant de laisser son regard errer par-delà la porte-fenêtre qui donnait sur le jardin.

- Cela t'ennuie si je te tiens compagnie ?

- Ta compagnie ne m'ennuie jamais, dit Draco en prenant Ariana dans ses bras.

Elle sourit alors qu'il posait un baiser sur son front.

- Tu es toujours décidée à partir demain ? demanda-t-il.

- Oui. Anna et Madge finissent de préparer mes bagages. Je m'en irai avant le petit-déjeuner.

- Faut-il vraiment que tu partes ?

- Grand-Maman est arrivée à Hogwarts depuis une semaine. Tu sais que je n'aime pas la laisser seule dans ce si grand château. A son âge, elle…

- Ta grand-mère est plus solide que le roc. Elle pourrait lancer des troncs d'arbre lors des Highlands Games.

- Ne te moque pas, Draco ! le tança gentiment Ariana. Et puis, tu sais que ce n'est pas la seule raison.

- Je sais, souffla-t-il.

Il resserra son étreinte.

- On ne se reverra pas avant le mois d'octobre alors, dit-il en soupirant.

- Je ne crois pas, non.

- J'ai hâte d'y être. J'ai hâte que nous soyons enfin fiancés.

Une douleur plus forte que les autres lui vrilla le crâne, le faisant grimacer. Il s'écarta d'Ariana. Son parfum, pourtant délicat, lui devint subitement insupportable.

- Ton mal de tête… Est-ce à cause de Harry ? demanda-t-elle après quelques instants.

- Qu'est-ce que Potter aurait à voir là-dedans ?

- Je vous ai vu depuis ma chambre, avant-hier. Vous parliez tous les deux, dans la rue, du côté de l'entrée des domestiques. Tu es parti contrarié. Harry est resté quelques minutes après ton départ. Et si j'en crois le tressautement de ses épaules, il pleurait. Qu'est-ce qui s'est passé ? Que lui as-tu dit ?

Draco se pinça l'arête du nez.

- Ariana, ce n'est vraiment pas le moment pour…

- Il n'y a pas d'autre moment, Draco. Demain, je serai partie pour l'Ecosse. Et je veux savoir ce qui s'est passé pour que toi et lui soyez aussi malheureux.

- Je ne suis pas malheureux.

- Draco…

Il s'éloigna de quelques pas et s'appuya contre le piano.

- Il m'a dit qu'il m'aimait. Le jour de la compétition de polo… il m'a dit qu'il m'aimait. Et il me l'a répété avant-hier.

- Que lui as-tu répondu ?

- La seule chose censée qu'il y avait à répondre.

- C'est-à-dire ?

- Je…Je lui ai dit que je n'éprouvais pour lui que du désir. Que je me lasserais de lui, comme je me suis lassé des autres.

Draco déglutit péniblement au souvenir des mots horribles qu'il avait prononcé.

- Je lui ai dit que je ne l'aimais pas.

- Seigneur, Draco ! Pourquoi lui avoir dit une chose pareille ?

- Pour le protéger !

- Le protéger de quoi ?

- De moi ! De ma perversion ! De…

- Draco, ça suffit ! Je t'ai déjà dit que je ne voulais plus t'entendre parler comme ça ! Tu n'es pas un monstre ! Malgré tout ce que Voldemort et Yaxley ont pu te dire, tu n'es pas un monstre !

Elle s'interrompit et se rapprocha de Draco. Elle posa une main sur son bras dans un geste de réconfort.

- Harry est un grand garçon, dit-elle. Il n'a pas besoin d'être protégé.

- C'est faux ! Harry est un idéaliste ! Il croit que l'amour permet de tout affronter mais il se trompe ! Il n'a aucune idée des obstacles qu'il devra surmonter !

Il soupira à fendre l'âme et se prit la tête entre les mains.

- Je ne peux pas lui faire ça. Je n'ai pas le droit de gâcher sa vie.

- Tu ne vas pas gâcher sa vie…

- Bien sûr que si ! Ariana, nous allons nous fiancer, puis nous marier ! Je n'ai rien à lui offrir, si ce n'est une relation clandestine, faite de honte et de déshonneur ! Une relation criminelle !

- Elle ne sera pas clandestine puisque je serai au courant.

- Je ne peux pas t'imposer ça.

Le visage d'Ariana se durcit considérablement.

- Ne m'utilise pas comme alibi à ta lâcheté, Draco Malfoy !

- Ma… lâcheté ?

- Exactement ! Je ne t'ai jamais rien demandé ! Le jour où nos parents nous ont promis l'un à l'autre, nous savions tous les deux à quoi nous nous engagions. Je connais tes secrets comme toi tu connais les miens et c'est la raison pour laquelle nous sommes le meilleur choix possible pour l'autre. Je t'aime comme un frère, Draco. Et ça m'importe peu de savoir que tu partageras le lit d'un homme ou d'autre femme une fois que nous serons mariés. Cela ne me rendra pas malheureuse et tu sais très bien pourquoi. Alors, n'utilise pas cet argument pour fuir le seul homme qui pourra peut-être enfin te rendre heureux !

- Heureux ? ricana Draco. Pour combien de temps ? Harry n'a jamais été attiré par les hommes avant moi. Qui dit qu'il ne s'agit pas d'une… lubie, d'un fantasme ? Qui dit qu'il ne me laissera pas tomber quand il se rendra compte qu'il s'est trompé, que cette vie ne lui convient pas ? Qu'est-ce qu'il adviendra de moi ?

- Oh Draco…

Ariana le regarda avec une infinie tristesse.

-Tu as peur de souffrir, n'est-ce pas ? C'est ça qui te retient… la peur.

Draco ne répondit rien, se contentant de détourner le regard.

- Dieu sait que tu as souffert plus que quiconque, Draco, dit-t-elle. Dans ta chair et dans ton cœur. Mais la souffrance fait partie de la vie. Tu ne peux pas laisser la peur de souffrir t'empêcher de vivre et d'être heureux.

- Ça me tuerait, Ariana. Je sais que je serais heureux avec lui mais si ce bonheur m'était retiré, je te jure que ça me tuerait.

- Tu l'aimes vraiment ?

Le silence flotta entre eux quelques instants, avant que Draco ne murmure :

- Je n'ai jamais aimé quelqu'un comme je l'aime lui.

- Alors, il faut te battre. Ne laisse pas passer la chance d'être avec lui. Peu importe la manière. Nous trouverons une solution.

- Et s'il en venait à comprendre qu'il a un titre et un domaine à transmettre ? Que se passerait-il ? Jamais il ne trouvera une épouse comme toi, prête à accepter ce que nous sommes… Il devra se cacher, mentir… et il en est incapable.

- Tu n'en sais rien, Draco. Laisse Harry être juge de ce qu'il est capable de faire ou non. Laisse-le décider s'il accepte ce que tu as à lui offrir ou non.

- C'est trop tard. Et c'est mieux comme ça.

Sur ces mots, Draco quitta la pièce.

-Draco ! s'écria Ariana dans l'espoir de le retenir.

En vain. La porte s'était refermée sur lui.

O°O°O°O°O°O°O

7 août 1912 – Résidence Black, Grosvenor Square, Londres

Cela faisait plusieurs jours que Harry était dans un état second. Il ne parvenait pas à oublier sa rencontre avec Draco le soir de son anniversaire. Ni les mots qu'il avait prononcés.

La part raisonnable de lui-même lui disait de passer à autre chose, de tirer un trait sur cette relation qui n'en était pas une et qui le faisait souffrir inutilement. Mais une autre part en lui n'était pas de cet avis. Son cœur lui murmurait de ne pas abandonner, lui rappelant sans cesse les doux moments que Draco et lui avaient passés ensemble. Ces moments étaient bien réels et il ne suffisait pas à Draco de se cacher derrière des mots durs et blessants, pour les effacer.

Son introspection fut interrompue par l'arrivée de Ron.

-Alors ? demanda Harry.

Ron sortit de l'intérieur de son gilet, une épaisse enveloppe en papier kraft.

- C'était bien à propos d'Ackerley que Lucius Malfoy voulait me voir. Comme tu peux le constater, Ackerley a tenu parole, dit-il en agitant l'enveloppe. Cinq cents livres sterling.

- Tant mieux.

- Ce n'est pas tout.

Il remit la main à la poche de son gilet et en sortit un morceau de papier plié qu'il remit à Harry.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Les aveux signés d'Ackerley. S'il lui prend l'envie de bavasser à propos de ma sœur, je n'aurai qu'à montrer ce document à un officier de police et il sera traduit en justice.

Harry resta bouche bée.

- Mais comment Lord Malfoy est-il parvenu à lui extorquer des aveux ?

- Je n'en sais rien et je ne veux pas le savoir. Mais une chose est sûre, je me garderai bien d'avoir affaire à lui dans l'avenir. Ce type est vraiment capable de tout.

- Ce type, comme tu dis, a sauvé Ginny de la disgrâce. Tu devrais lui en être reconnaissant.

- Je le suis. Même si j'aimerais savoir ce qu'il voudra en retour.

- Pourquoi voudrait-il quelque chose en retour ?

- Tu es bien naïf si tu penses qu'il a fait ça par pure bonté d'âme. Les Malfoy ne font rien gratuitement.

- Ron, soupira Harry. Quand vas-tu…

- Ça va, coupa-t-il. On ne critique pas les Malfoy. J'ai compris.

- Ron…

- Il n'y a aucun problème, je t'assure. Je pourrais demander à Spratt qu'il leur fasse livrer une bouteille de champagne en guise de remerciement. Qu'en penses-tu ?

- C'est une bonne idée.

- Parfait. Je m'en occupe.

- Ron, attends ! dit Harry alors que l'autre homme allait quitter la pièce.

Il s'éclaircit la gorge, manifestement mal à l'aise.

- Est-ce que… est-ce que Draco était là ?

- Non. Il n'était pas là.

- Oh. D'accord.

Ron fronça les sourcils devant l'air franchement dépité de Harry.

- Il y a un problème ?

- Non, non, dit Harry en agitant les mains. Absolument aucun. Je vais…

Il fut interrompu par l'arrivée de Spratt.

-Monsieur Weasley, un télégramme pour vous. Il vient de Scotland Yard.

Le majordome lui tendit le plateau argenté.

-Scotland Yard ? répéta Ron.

Il s'empara du document et déchira promptement l'enveloppe avant de prendre connaissance de son contenu.

- Oh Seigneur ! souffla-t-il.

- Que se passe-t-il ? demanda Harry, alarmé par le ton et la pâleur de son ami.

- C'est… c'est Hermione…

- Eh bien quoi ?

- Elle a été arrêtée !

- QUOI ?

- Elle… elle a été arrêtée. Elle se trouve dans les locaux de la police métropolitaine, c'est tout ce qu'ils disent.

Harry lui arracha littéralement le papier des mains et le lut à son tour. Il secoua la tête, abasourdi.

- Spratt, dites à Taylor de préparer la voiture. Nous partons immédiatement.

- Taylor est parti il y a une heure avec Madame Weasley et Mademoiselle Ginevra. Ils ne seront pas de retour avant la fin de l'après-midi.

- Dans ce cas, je prendrai l'autre voiture. Je conduirai moi-même.

- Bien, Monsieur.

O°O°O°O°O°O°O

New Scotland Yard, Victoria Embankment, Londres

Quelques minutes plus tard, Harry et Ron étaient installés dans la voiture, Harry au volant.

Il avait appris à conduire à Boston, où l'on roulait à droite, de sorte qu'il n'était pas particulièrement à l'aise dans le trafic londonien. Ils arrivèrent toutefois sans encombre devant les bâtiments de la Police Métropolitaine, installée depuis 1890 dans le Norman Shaw Building, sur Victoria Embankment.

Il s'agissait d'un grand bâtiment en briques rouges et pierre de Portland, sur une base en granit, dans le plus pur style néo-roman victorien.

A l'accueil, ils se dirigèrent vers l'agent de faction.

-Nous venons voir Hermione Granger, attaqua Ron directement. Nous avons reçu ce télégramme indiquant qu'elle est retenue ici !

L'agent haussa un sourcil face au ton vindicatif de Ron. Voyant cela, Harry jugea bon d'intervenir.

- Veuillez excuser mon ami, dit-il calmement. Mademoiselle Granger est sa… hm… fiancée et il est passablement inquiet de son sort. Pouvez-vous nous renseigner ou bien nous diriger vers l'un de vos collègues afin que l'on nous explique la situation ?

- Déclinez vos identités, exigea l'agent qui semblait cependant moins hostile.

- Mon ami que voici se nomme Ronald Weasley. Et moi, je suis Harry P… Black, comte de Gryffindor.

Nouveau haussement de sourcils.

-Veuillez patienter, Monsieur le Comte. Un de mes supérieurs va vous recevoir, dit l'agent en quittant son poste pour disparaître derrière une porte.

Harry et Ron ne durent pas attendre très longtemps. Un homme en tenue civile se présenta à eux.

-Je suis l'inspecteur Robards, dit-il en tendant la main aux deux visiteurs. Si vous voulez bien me suivre.

L'homme monta une volée d'escalier et les précéda dans un couloir avant de les faire entrer dans un bureau.

-Asseyez-vous, dit-il en faisant de même.

Il fouilla dans la pile de dossiers qui encombraient le bureau jusqu'à trouver celui qu'il cherchait.

- Vous êtes là pour Hermione Granger, c'est bien ça ?

- Oui, dit Harry. Monsieur Weasley ici présent, a reçu un télégramme de vos services indiquant qu'elle avait été arrêtée.

- Oui, c'est le cas.

- Et peut-on savoir pourquoi ? demanda Ron.

- Atteinte à l'ordre public. Dégradations.

- Quoi ? Mais c'est insensé !

- C'est pourtant ce que stipule ce rapport.

- Votre rapport raconte n'importe quoi ! s'emporta Ron.

Harry posa une main sur son bras afin de l'inciter au calme.

- Inspecteur Robards, dit-il, pouvez-vous nous dire dans quelles circonstances exactes Mademoiselle Granger a été arrêtée ?

- Elle se trouvait sur Parliament Square en compagnie d'une vingtaine d'autres femmes, toutes identifiées comme des militantes activistes liées à Emmeline Pankhurst.

- Pankhurst ? répéta Ron. Vous voulez dire qu'elle se trouvait parmi des… suffragettes ?

- Elle n'était pas seulement parmi elles, Monsieur Weasley. Mademoiselle Granger est une suffragette.

Disant cela, il glissa devant Harry et Ron, un document sur lequel une photographie d'Hermione était épinglée. La photo avait été prise dans les locaux de la police, si on en jugeait par la petite ardoise qu'elle tenait à la main, sur laquelle un numéro était inscrit à la craie.

- Jusqu'à maintenant, votre amie était connue pour faire partie du mouvement de Millicent Garret. Ce n'est pas la première fois qu'elle participe à des manifestations de ce genre.

- Elle a déjà été arrêtée auparavant ? demanda Harry.

- Hm… voyons voir, dit Robards en consultant le dossier. Interpellations administratives à cinq reprises. C'est sa première arrestation judiciaire. A l'inverse d'Emmeline Pankhurst, Millicent Garret ne prônent pas les actions violentes. Mademoiselle Granger a sans doute estimé que ce n'était plus suffisant…

- Je ne comprends pas, dit Ron. Que lui reproche-t-on exactement ? Vous avez parlé de dégradations…

- Au moment où elle a été arrêtée, Mademoiselle Granger était en possession d'un marteau, comme plusieurs de ses condisciples. Nul doute qu'elles espéraient réitérer les forfaits commis dans le West-End en mars dernier.

Harry en avait entendu parler. Il venait de débarquer de Boston et s'était installé dans l'hôtel particulier que Sirius possédait à Brighton, avant de trouver le courage de rentrer à Godric's Hollow. La presse avait relayé l'événement : le 1er mars 1912, des suffragettes étaient descendues dans la rue pour manifester. Elles avaient dissimulé dans leurs manchons de petits marteaux qu'elles avaient ensuite utilisés pour briser toutes les vitrines d'un quartier de l'ouest londonien. Plus de deux cents d'entre elles avaient été arrêtées alors qu'elles allaient s'en prendre à des bâtiments officiels.

- C'est impossible, murmura-t-il. Hermione a certes un avis… tranché sur la question des droits des femmes mais de là à user de la violence, je ne peux pas y croire.

- Vous feriez bien, Monsieur le Comte, dit Robards. Car c'est exactement ce qui s'est passé.

Ron, lui, était prostré. Il ne parvenait pas à quitter des yeux la photographie d'Hermione, ni le document qui l'accompagnait et sur lequel il était indiqué en toutes lettres « suffragette ».

- Que va-t-il se passer ? demanda Harry. Ne peut-elle pas être libérée ? Je peux me porter garant pour elle. Je peux…

- Ce n'est pas envisageable pour le moment, répondit Robards. L'enquête est en cours.

Harry soupira. Il se sentait totalement impuissant.

- Pouvons-nous au moins la voir ?

- Seul un avocat est autorisé à lui rendre visite. Etes-vous avocat Monsieur le Comte ?

- Non, siffla Harry. Mais je vais de ce pas lui en trouver un.

Sur ces mots, il se leva, suivit par Ron.

-Merci de nous avoir reçu, inspecteur Robards.

Ron et lui quittèrent le bureau sans rien ajouter.

O°O°O°O°O°O°O

- Je n'y crois pas, murmura Ron alors qu'ils étaient dans la voiture. Je n'y crois pas… Comment a-t-elle pu faire une chose pareille ?

- Ron, on ne sait pas encore ce qui s'est exactement passé…

- Si, je le sais très bien. Elle a rejoint ce groupe de… d'agitatrices ! Elle ne m'a rien dit !

- Ron…

- Et tu as entendu Robards ! Ce n'est pas la première fois ! Combien de fois est-elle venue à Londres sans rien dire pour participer à ces manifestations ? Je ne peux pas m'empêcher de me demander si elle était avec eux en mars dernier, si elle aussi elle a brisé des vitrines avec toutes les autres… Mon Dieu, Harry, j'ai l'impression de ne plus la reconnaître…

- Ron, arrête ! Nous savons uniquement ce que Robards a bien voulu nous dire. Je suis certain qu'Hermione donnera une explication tout-à-fait cohérente à sa présence sur place. Mais pour le moment, nous devons faire en sorte de la sortir de là. Et pour ça, il nous faut lui trouver un bon avocat.

- Tu en connais un ?

- Non, mais je connais quelqu'un qui pourra nous aider.

- Qui donc ?

- Lucius Malfoy. Je suis sûr qu'il dispose d'une armée d'avocats à son service. Je vais aller le voir et lui demander s'il peut m'en conseiller un.

Ron soupira.

- Harry, je suis désolé mais… je ne pense pas avoir envie de voir Malfoy deux fois dans la même journée.

- Dans ce cas, j'irai seul. Je vais te ramener à Grosvenor Square.

Ron se contenta de hocher la tête. Du reste du trajet, il regarda le paysage défiler en silence, sans parvenir à chasser de son esprit la vision de la femme qu'il aimait, prise en photo comme une vulgaire criminelle.

O°O°O°O°O°O°O

Résidence Malfoy – Eaton Square, Londres

Harry ne dut pas attendre très longtemps avant que la porte d'entrée ne s'ouvre sur Carson.

- Monsieur le Comte, dit-il en s'inclinant poliment.

- Bonjour Carson. Lord Malfoy est-il là ?

- Je suis désolé, Monsieur. Lord et Lady Malfoy ont quitté la résidence il y a dix minutes à peine et ils ne seront pas de retour avant la fin de la soirée.

- Et Lord Draco ?

- Il est là. Souhaitez-vous que je vous annonce ?

- Si vous le voulez bien, merci.

Carson traversa le hall et pénétra dans une pièce sur la gauche. Il en ressortit quelques instants plus tard.

-Lord Draco vous attend, dit-il obligeamment.

Harry sentit brusquement la sueur couvrir sa nuque et la paume de ses mains. Il prit une brusque inspiration et entra dans la pièce.

Il s'agissait d'un petit salon. Draco était assis à un secrétaire, en train de rédiger un courrier.

- Potter, dit-il sans lever les yeux sur Harry. Carson me dit que tu voulais voir mon père.

- En effet. Je voulais lui demander de me renseigner le nom d'un bon avocat.

Draco releva la tête.

- Tu as des ennuis ?

- Pas moi, non. Hermione Granger. Tu ne t'en souviens sans doute pas, elle est…

- Je sais qui elle est, dit-il en revissant le capuchon du stylo-plume. C'est la fille du docteur de village, n'est-ce pas ? Elle trainait toujours avec Weasley, Longbottom et toi durant l'été. Que lui arrive-t-il ?

- Elle a été arrêtée par la police métropolitaine pour trouble à l'ordre public et dégradations.

- Arrêtée ?

- Oui. La police la soupçonne de faire partie d'un groupe de militantes pour le droit de vote des femmes. Elles manifestaient à Parliament Square quand elles ont été interpellées.

- Hermione Granger est une suffragette ? s'étonna Draco.

- C'est ce que prétend la police.

Draco tapota le bout de ses doigts contre le bois du bureau.

-De qui se revendique-t-elle ? Emmeline Pankhurst ? Millicent Garret ? Theresa Billington Craig ?

Harry écarquilla les yeux.

- D'où connais-tu tout cela ?

- Je lis la presse, Potter. Ceci étant, tu serais étonné du nombre de choses que je connais sur elles… bien malgré moi.

- Que veux-tu dire ?

- Rien. Alors ? Pankhurst, Garret ou Craig ?

- Je ne sais pas vraiment. D'après la police, elle appartiendrait au groupe de Millicent Garret mais toutes celles qui ont été arrêtées en même temps qu'elle, appartiennent à la mouvance de Emmeline Pankhurst.

Draco grimaça légèrement.

- Où est le problème ? demanda Harry. En quoi cela fait une différence ?

- La police est beaucoup plus clémente avec les adeptes de Garret qu'avec celles de Pankhurst. Depuis la manifestation du 18 novembre 1910, Pankhurst est pratiquement devenue l'ennemi public numéro un.

- Raison de plus pour que je trouve un bon avocat pour Hermione.

Draco resta pensif un moment.

- J'en connais un, finit-il par dire.

- Ah oui ? Et où peut-on le trouver ?

- Quelque part où tu n'irais certainement pas en d'autres circonstances.

- Que veux-tu dire ?

- L'avocat en question n'a pas une clientèle très recommandable…

- Mais tu me le recommandes quand même…

- Oui, parce qu'il a l'habitude des affaires de ce genre. Il a déjà défendu un bon nombre de suffragettes.

- Bien. Donne-moi son adresse.

- Non. Je t'accompagne. Ça vaut mieux, dit-il en se levant. Tu es venu en voiture ?

- A pied.

- Dans ce cas, nous allons prendre un taxi.

O°O°O°O°O°O°O

Peu de temps après, Harry et Draco se trouvaient à l'arrière d'une voiture qui traversait Westminster en direction de la City.

Le silence dans l'habitacle était pesant, rempli de tous les non-dits liés à leur dernière rencontre.

Pour meubler la conversation, Harry s'éclaircit la gorge et dit :

- J'ai oublié de te le dire l'autre jour mais… merci pour le disque de Caruso. C'est vraiment un très beau cadeau.

- Je craignais que tu ne l'aies déjà.

- Non. En fait, je n'avais aucun disque de Caruso.

- Tant mieux alors.

Harry tergiversa quelques instants avant de poser la question qui lui brûlait les lèvres :

- Pourquoi m'avoir offert un cadeau ?

- Pardon ?

- Pourquoi as-tu pris la peine de m'offrir un cadeau alors que manifestement, tu n'en as rien à faire de…

- Potter !

Draco le fixait d'un œil noir. Il fit un petit signe de la tête en direction du chauffeur. La vitre de séparation n'était pas fermée.

Harry se rembrunit.

- Tu as compris ce que je voulais dire.

- Tu m'as offert un cadeau. C'était la moindre des politesses de te rendre la pareille. J'ai été bien éduqué, Potter.

- Alors, c'était seulement ça ? De la politesse ?

- Que voulais-tu que ce soit d'autre ?

Harry voulut lui répondre vertement mais au moment où il allait ouvrir la bouche, il remarqua que Draco portait une épingle de cravate. Une perle de Kobé dont la nacre était légèrement rosée.

Son cadeau. Qu'il portait volontairement.

Il détourna le visage pour dissimuler un sourire triste. Draco était lâche. Il préférait nier ses sentiments que d'y faire face.

Ils firent le reste du trajet en silence jusqu'à ce qu'ils arrivent à destination.

- Où sommes-nous ? demanda Harry.

- Whitechapel.

Harry eut un mouvement de recul. Cela datait d'il y a 25 ans mais personne n'avait oublié les meurtres commis par Jack l'Eventreur.

- Attendez-nous ici, exigea Draco en s'adressant au taximan.

- Vous êtes fous ? Hors de question de trainer dans ce quartier !

- Je vous donne 5 livres de plus, si vous nous attendez.

Le chauffeur ne tergiversa pas très longtemps.

- D'accord mais pas plus d'une demi-heure.

- Nous serons de retour bien avant.

Ils descendirent de voiture pour se trouver face à un petit immeuble en briques, qui avaient dû être rouges au siècle passé mais qui étaient dorénavant d'un brun-gris douteux.

Une plaque en cuivre était apposée sur le mur à côté de la porte. Elle était curieusement rutilante, eu égard au côté sinistre du bâtiment et portait l'inscription « Gregory Goyle – Solicitor ».

Draco frappa à la porte. Des bruits de pas se firent entendre avant qu'elle ne s'ouvre sur une femme un peu voûtée, aux cheveux hirsutes. Ses yeux paraissaient énormes derrière les verres épais de ses lunettes.

- Je savais que c'était vous, Lord Draco, dit-elle en réajustant son châle sur ses épaules frêles. Je le savais ! Je l'ai dit à Monsieur Goyle !

- Peut-il nous recevoir ?

- Entrez.

Elle s'écarta pour les laisser passer, Harry et lui. Sans attendre, Draco se dirigea vers le fond du couloir et entra dans la pièce. Il attendit que Harry y entre à son tour pour refermer la porte derrière lui.

L'homme assis derrière le bureau se leva. Il était aussi large que haut. Il avait une mâchoire carrée, des yeux perçants un peu enfoncés dans leurs orbites et des lèvres minces. Le col amidonné de sa chemise lui enserrait le cou, faisant ressortir un léger double menton.

- Draco ! s'exclama-t-il en ouvrant les bras. Pour une fois que les prédictions de cette vieille chouette de Trelawney sont exactes…

- Ta logeuse est une menteuse, Greg. Elle nous espionnait depuis la fenêtre de la conciergerie. Je l'ai vue alors que nous étions encore dans le taxi.

- Bah, je pouvais toujours y croire, dit-il en riant.

Il s'avança et fit l'accolade à Draco. Harry écarquilla les yeux. Que Draco accepte autant de familiarité l'étonnait au plus haut point.

-Alors, Draco, qu'est-ce qui t'amène… toi et… ?

Le nommé Goyle fixa Harry de ses petits yeux foncés et sembla tout-à-coup devenir méfiant.

- Je te présente Harry Potter, dit Draco. Enfin… Harry Black, Comte de Gryffindor.

- Comte de Gryffindor ? Alors, c'est lui, l'usurpateur…

Harry allait répliquer mais il n'en eut pas l'occasion.

- Cela n'a plus d'importance maintenant, Greg, continua Draco. J'ai… je suis passé à autre chose. Bref, une amie de Lord Black a des ennuis. Elle a été arrêtée par Scotland Yard.

Goyle hocha la tête et alla se rasseoir derrière son bureau, invitant Draco à poursuivre.

- Es-tu au courant qu'une manifestation a eu lieu à Parliament Square récemment ? demanda Draco.

- Oui. Avant-hier. Une vingtaine de femmes a été arrêtée. Pourquoi ?

- Avant-hier ? s'exclama Harry. Cela veut dire qu'Hermione est détenue depuis deux jours ?

- J'en déduis que votre amie est une suffragette, Monsieur Black ?

- Oui, il semblerait. Mais nous n'avons été prévenus qu'aujourd'hui du fait qu'elle était en détention !

- C'est habituel, dit Goyle en hochant la tête. Tant que le suspect ne réclame pas expressément qu'on prévienne un proche, Scotland Yard ne bouge pas le petit doigt.

Harry était consterné. Hermione était détenue depuis deux jours et il n'en savait rien.

- Il paraît que les autres femmes étaient des adeptes de Pankhurst, dit Draco.

- C'est le cas, confirma Goyle. Et d'après ce que je sais, elles ont toutes été libérées hier.

- Quoi ? éructa Harry. Mais… mais pourquoi gardent-ils Hermione, dans ce cas ? L'inspecteur Robards m'a dit que l'enquête était en cours !

- C'est sa première arrestation judiciaire ?

- Oui !

- Dans ce cas, ils la gardent pour l'intimider et la faire craquer. Ils espèrent qu'elle leur révèlera des choses sur Pankhurst qu'ils ne savent pas encore.

- Mais c'est absolument scandaleux !

- Ouais… mais c'est comme ça.

Harry s'approcha du bureau de l'avocat.

- Monsieur Goyle… pouvez-vous la faire sortir de là ?

- Etes-vous prêt à payer une caution ?

- Je suis prêt à payer tout ce qu'il faudra !

- Dans ce cas, oui je le peux. Malheureusement, il est trop tard pour faire quoi que ce soit aujourd'hui car les bureaux de Scotland Yard sont fermés à cette heure-ci mais je peux vous assurer que demain, elle sera dehors.

- Combien vous faut-il ?

- Première arrestation ? Hm… je pense que 50 livres feront l'affaire.

- C'est entendu.

- Où habitez-vous ?

- Grosvenor Square.

- Bien, dit Goyle en notant l'adresse. Je serai chez vous à 9 heures.

- Merci, Monsieur Goyle.

O°O°O°O°O°O°O

- Peut-on vraiment lui faire confiance ? demanda Harry sur le chemin du retour.

- Absolument, affirma Draco.

- Comment le connais-tu ?

- C'est un ami d'enfance.

- Toi ? Tu étais ami avec un… roturier ? Un bourgeois ?

Draco fit un sourire en coin.

- Gregory n'est pas un roturier. Son père est vicomte.

- Il est l'héritier du titre ?

- Non. Il a un frère aîné qui est le centre de toutes les attentions paternelles. Gregory, lui, a entamé des études de droit. Son père s'en fichait pas mal, jusqu'au jour où il a décidé d'exercer vraiment. Le jour où Gregory a obtenu sa licence de solicitor, Goyle senior l'a déshérité.

- Il a eu un sacré courage de s'opposer de la sorte à ses parents.

- En effet. J'en ai été le premier surpris. Quand nous étions enfants, Gregory était plutôt un suiveur. Je n'aurai pas imaginé qu'il puisse prendre son destin en main.

- Ses parents l'ont vraiment renié ?

- Son père, oui. Mais je sais qu'il voit encore sa mère et sa sœur.

- Et toi ? Tu as déjà eu recours à ses services ?

- Pas moi directement.

Harry aurait voulu en savoir davantage mais il se doutait que Draco ne dirait rien de plus, du moins tant qu'ils seraient dans un taxi où le chauffeur pouvait entendre leur conversation.

Quand ils arrivèrent à Eaton Square, Harry insista pour régler la course du taxi.

-Est-ce qu'il y a une chance que tu m'en dises davantage sur les activités de ton ami Goyle ? demanda-t-il alors qu'il se trouvait tous les deux devant le perron de la résidence Malfoy.

Draco soupira.

-Eh bien, dans la mesure où tu comptes sur lui pour tirer Granger d'affaire, je suppose que tu es en droit de savoir. Viens, dit-il en lui faisant un signe.

Comme par magie, la porte de la résidence s'ouvrit au moment même où Draco montait les marches. Harry et lui pénétrèrent dans le hall d'entrée où Carson vint à leur rencontre.

- Carson, voulez-vous bien faire amener du thé dans le petit salon ?

- Tout de suite, Monsieur.

Le majordome s'éclipsa par une porte de service, tandis que Draco faisait entrer Harry dans la même pièce où ils s'étaient vus plus tôt dans l'après-midi.

Harry prit place dans un fauteuil proche d'une porte-fenêtre. Draco ne disait rien et Harry supposait qu'il attendait que le thé soit servi afin de pouvoir parler tranquillement.

Il ne dut pas attendre très longtemps. Un valet entra avec un grand plateau sur lequel étaient posés une théière, deux tasses, deux assiettes et un gâteau Victoria qui semblait succulent.

- Je ferai le service, dit Draco. Merci William.

- Comme vous voulez, Monsieur.

Le valet repartit comme il était venu. Draco versa le thé dans une tasse qu'il posa sur la petite table à côté de Harry.

- Le gâteau Victoria est-il toujours ton dessert favori, Potter ? demanda-t-il, l'air de rien.

- Oui, en effet.

- Je t'en sers une tranche dans ce cas.

- Eh bien, il m'est difficile de refuser.

Le cake lui faisait de l'œil depuis que le valet l'avait amené. Et par ailleurs, il avait faim.

Draco lui tendit une assiette. Du bout de sa fourchette, Harry découpa un morceau de la pâtisserie qu'il porta à sa bouche. Il ferma les yeux et ne put retenir un soupir de plaisir. La génoise était moelleuse à souhait, la crème était fondante et la couche de confiture de framboises n'était ni trop mince ni trop épaisse.

- C'est le meilleur gâteau Victoria que j'ai jamais mangé, admit Harry.

- Tout le mérite en revient à Madame Bird, la cuisinière que nous engageons lorsque nous séjournons à Londres. Mais il n'égale pas encore celui de Madame Patmore, notre cuisinière à Malfoy Manor. Sa génoise est une pure merveille.

Ils continuèrent à manger en silence, jusqu'à ce qu'Harry dépose son assiette vide et ne dise :

-Alors ? Que dois-je savoir sur Gregory Goyle et pourquoi devrais-je lui faire confiance ? Excepté parce qu'il est ton ami d'enfance…

Draco remua lentement la cuillère dans sa tasse de thé.

- Ariana fait très souvent appel à lui, finit-il par dire.

- Ariana ? Ta fiancée ?

- Nous ne sommes pas encore fiancés, Potter. Mais oui. Il s'agit bien d'elle.

Harry resta complètement interdit. Qu'est-ce qu'une femme comme Ariana pouvait-elle bien demander à un avocat de Whitechapel ? Draco dut deviner la question muette de Harry car il le regarda droit dans les yeux.

-Ce que je vais te dire ne dois jamais sortir d'ici. C'est compris, Potter ? Si cela vient à s'ébruiter, je saurai qu'il s'agit de toi et crois-moi, le monde ne sera pas assez grand pour que tu puisses te cacher et échapper à ma vengeance.

Son ton était froid et mortellement sérieux.

-Je ne dirai rien. Comme je n'ai jamais rien dit à propos de quoi que ce soit que tu m'aies confié jusqu'à présent.

Harry faisait volontairement référence à toutes les confidences qu'ils avaient échangées au printemps quand Draco croyait encore qu'il se nommait James Evans.

Draco pinça les lèvres, manifestement contrarié que Harry lui rappelle cet épisode de leur relation, mais consentit néanmoins à poursuivre.

- Ariana soutient le mouvement des suffragettes. Elle est très proche de Millicent Garret. Elle finance leurs campagnes, elle les aide à préparer les manifestations et elle prend en charge les honoraires de Gregory ou les montants des cautions quand l'une d'entre elles ne sait pas les payer.

- Ça alors, souffla Harry. Je… je n'aurais jamais imaginé que… que…

- Qu'Ariana puisse être un esprit libre ? acheva Draco à sa place. Si elle l'est. De bien des façons.

- Parce qu'elle accepte de t'épouser sachant que…

- Pas seulement, coupa Draco. Elle milite pour la cause des femmes mais pas seulement en ce qui concerne le droit de vote. Elle est amie avec une botaniste et ethnologue, Marie Stopes. Ensemble, elles veulent promouvoir le contrôle des naissances.

- Tu veux dire qu'Ariana milite pour… la contraception ?

- Oui. Elle est convaincue que l'on peut faire reculer la paupérisation des classes inférieures en diminuant le nombre des naissances.

- Eh bien… c'est quelque chose de très… novateur, je suppose. Et qui ne doit sans doute pas être du goût de tout le monde.

- Ce n'est pas tout. Elle vient aussi en aide aux femmes de mauvaise vie. Elles apprennent à coudre, à cuisiner, à lire et à écrire aussi… n'importe quoi qui peut les faire sortir de la prostitution. Elle demande également à Gregory de défendre ces femmes quand cela s'avère nécessaire.

Comme Harry ne disait rien, Draco en tira de mauvaises conclusions.

- Tu es choqué, Potter ? Tu trouves cela immoral et scandaleux ? se moqua-t-il.

- Tu te trompes, Malfoy. Je ne suis pas choqué. Et je ne trouve pas cela immoral ou scandaleux. Bien au contraire, je trouve cela admirable.

Il le pensait vraiment. Il se dit qu'il considérerait Ariana autrement la prochaine fois qu'il la verrait.

- Tu comprends maintenant pourquoi je fais confiance à Greg ?

- Oui, je le comprends parfaitement.

Harry vida sa tasse de thé et se leva. Draco fit de même.

-Il faut que je rentre, dit-il en reboutonnant sa veste. Ron doit être impatient d'avoir des nouvelles.

Il s'avança vers Draco et lui tendit la main.

- Merci, Malfoy.

- Pas de quoi, Potter, dit Draco en serrant sa main en retour.

La poignée de main dura un peu trop longtemps. Les deux hommes se fixèrent sans que l'un ne parvienne à détacher son regard de l'autre. La tension entre eux devenait presque électrique. Ce fut Draco qui s'en dégagea le premier, en retirant brusquement sa main.

-Bonsoir Potter. Je vais demander à quelqu'un de te raccompagner.

Sans un regard en arrière, il sortit du salon.

O°O°O°O°O°O°O

Harry était heureux de faire à pied le trajet jusqu'à Grosvenor Square. Cela lui donnait l'occasion de respirer et de s'éclaircir les idées sur les événements de ces dernières heures.

L'après-midi avait été plutôt riche en rebondissements, entre la découverte des activités militantes d'Hermione, la rencontre avec Goyle et les aveux de Draco sur les centres d'intérêts d'Ariana.

Mais si Harry était parfaitement honnête avec lui-même, il admettrait que ce qui occupait toute son attention en cet instant, était cette poignée de main échangée avec Draco.

Il se passait quelque chose entre eux, et le fait que Draco s'évertue à faire comme si de rien n'était, le rendait fou. Comment pouvait-il être aussi contradictoire dans son attitude ? Comment pouvait-il être aussi froid et détaché, alors qu'Harry, lui, était complètement déboussolé par tous les sentiments que Draco faisait naître en lui ?

Quand il arriva à l'angle de Grosvenor Square, il n'avait toujours pas la réponse à ces questions. Mais une autre se posa bien vite : que faisait son cousin, Dudley Dursley sur le perron de sa résidence ? Il semblait parler à quelqu'un mais de là où il était, Harry ne parvenait pas à savoir de qui il s'agissait.

Il allait presser le pas pour en avoir le cœur net quand il s'arrêta soudain. Dursley discutait avec Ron. Il se dissimula derrière un arbre pour mieux observer la scène. Il n'entendait pas ce que les deux hommes se disaient mais il était clair que la conversation n'était pas plaisante. Il vit Ron mettre la main à la poche de sa veste et en sortir une enveloppe brune qu'il remit à Dursley. Ce dernier la fit promptement disparaître avant de tourner les talons, traverser la rue et s'engouffrer dans une voiture garée un peu plus loin.

Il vit Ron soupirer et retourner à l'intérieur de la maison en refermant la porte.

O°O°O°O°O°O°O

8 août 1912 – Scotland Yard, Londres

Hermione ne comprenait pas vraiment ce qui venait de se passer.

Un agent était venu la chercher dans sa cellule. Mais alors qu'elle pensait qu'elle allait être interrogée pour la quatrième fois sur les activités du groupe d'Emmeline Pankhurst, on lui avait remis un sac contenant ses effets personnels et on l'avait raccompagnée à la porte, sans aucune explication.

Elle cligna des paupières, un peu éblouie par le soleil après ces trois jours passés en cellule.

-Mademoiselle Granger ?

Elle releva la tête pour voir en face d'elle un homme grand et massif.

- Qui êtes-vous ? demanda-t-elle.

- Mon nom est Gregory Goyle. Je suis avocat. Votre ami, Harry Black, m'a demandé d'assurer votre défense.

- Alors… je… je suis libre ? Vraiment ?

- Oui. Vous êtes libre.

Hermione soupira de soulagement.

- Je ne sais comment vous remercier Monsieur Goyle.

- C'est surtout Monsieur Black qu'il faut remercier. C'est lui qui a payé votre caution.

- Je le ferai, mais merci quand même d'avoir été là.

- Voulez-vous que je vous conduise chez votre ami ? Je sais qu'il est impatient d'avoir de vos nouvelles.

- Je m'en doute mais… je préférerais rentrer chez moi avant. Je voudrais prendre un bain et me changer.

- Bien entendu, suis-je bête. Acceptez-vous que je vous y accompagne ? Ma voiture est garée juste là, dit Gregory en montrant l'autre côté du trottoir.

- Ce serait avec plaisir, sourit Hermione.

Ils traversèrent la rue et l'avocat aida Hermione à prendre place sur le siège passager.

- Où habitez-vous ? demanda-t-il en faisant démarrer le moteur.

- Harewood Avenue. Marylebone. Je séjourne chez ma tante pendant qu'elle est dans le sud de la France.

Gregory hocha la tête et ils se mirent en route.

- Est-ce que je vais être jugée ? demanda Hermione après un moment de silence. Personne ne m'a rien dit…

- Il semblerait que non. Contrairement à ce que ces messieurs vous ont fait croire, ils ne disposaient d'aucun élément concret contre vous. Comme il s'agissait de votre première arrestation, ils vous ont gardée bien plus longtemps que nécessaire, dans le seul but de vous faire parler.

- Si je ne suis pas jugée, mon arrestation ne sera pas renseignée sur mon casier judiciaire, n'est-ce pas ?

- Non, confirma Gregory. Seules les condamnations y sont renseignées.

Hermione se détendit et soupira de soulagement.

- C'est une bonne chose, dit-elle. Je craignais que cette affaire ne m'empêche d'entrer à l'école de médecine.

- Vous voulez devenir médecin ?

- Oui. J'ai déjà un diplôme d'infirmière mais je voulais étudier la médecine pour aider mon père. Il est médecin à la clinique de Godric's Hollow.

Gregory lui jeta un coup d'œil en coin.

- Je sais qu'on ne se connaît pas mais… j'ai dû mal à vous imaginer en médecin de campagne…

- Ah bon ? s'étonna Hermione. En quoi m'imaginez-vous, je vous prie ?

- Ne vous vexez pas, rigola Gregory. C'est juste que… j'ai l'impression que vous avez besoin de choses plus… excitantes.

Hermione haussa un sourcil.

- Vous dites cela parce que je suis suffragette ? Vous ne connaissez rien à notre mouvement et vous vous permettez de me juger et de…

- Je connais mieux votre mouvement que vous-même, coupa Goyle. La moitié de ma clientèle est constituée de suffragettes. J'ai déjà rencontré Millicent Garret en personne et je suis déjà allé à de nombreux meetings.

- Vous voulez dire que vous soutenez notre action ?

- Si je la soutiens ? Et comment ! Il est largement temps qu'on vous donne le droit de vote ! Et pas seulement ça, d'ailleurs. Les femmes devraient pouvoir faire des études, travailler et avoir des enfants quand elles le décident. Sans parler du droit d'hériter, évidemment.

Hermione regarda Goyle, bouche bée.

- Vous… vous pensez vraiment ce que vous dites ?

- Bien sûr que je le pense. Si vous voulez tout savoir, je suis certain que la société telle que nous la connaissons est sur le déclin. Tous ces aristocrates avec leurs privilèges, leurs châteaux immenses, leurs domestiques… tout cela ne va pas pouvoir durer. Pas depuis qu'il y a une classe laborieuse en pleine mutation, avec de nouvelles revendications. Je ne sais pas combien de temps cela prendra mais… ça va changer. Voyez ce qui se passe en Russie.

- Juste Ciel, seriez-vous bolchévique ? s'écria Hermione.

- Non, rigola Gregory. Je ne suis pas révolutionnaire. Je suis socialiste. Et surtout conscient qu'il y a un changement qui s'opère et que nous devrons être prêts à l'absorber.

- Je partage votre point de vue, admit Hermione. Mais voyez-vous, je ne pense pas que nous devions nous contenter d'être spectateurs du changement. Nous devrions en être aussi les acteurs !

Gregory rigola.

- Vous voyez ! J'avais raison ! Vous n'êtes pas faite pour être un simple médecin de campagne. Vous voyez beaucoup plus grand !

- Oui, eh bien, médecin de campagne ou pas, j'espère que mon rêve n'est pas mort ! s'emporta-t-elle. J'ai été stupide de me faire prendre de la sorte !

- Ne vous inquiétez pas inutilement. Il n'y a pas de raison que vous soyez exclue de l'école. Et même si c'était le cas ? En quoi cela vous empêche-t-il d'œuvrer au changement ? Vous êtes infirmière. Vous avez déjà un diplôme, ce que la plupart des femmes n'ont pas ! Ce qui compte, ce n'est pas le volume de connaissances que vous engrangez, c'est la manière dont vous vous en servez.

- Vous avez raison, souffla Hermione. Je… je n'avais pas vu cela sous cet angle.

Entre temps, ils étaient arrivés à destination. Gregory descendit de voiture pour aider Hermione à en sortir.

- Si vous le permettez, dit-il en lui remettant le sac qui contenait ses effets personnels, je vais retourner à Grosvenor Square informer Monsieur Black que vous êtes saine et sauve.

- Je vous remercie, Monsieur Goyle. Dites Harry que je passerai le voir demain.

Gregory porta la main à son chapeau et s'inclina poliment.

-Ce fut un plaisir de vous rencontrer, Mademoiselle Granger. Je vous souhaite bonne chance pour la suite.

Il allait remonter dans son véhicule quand Hermione l'interpella.

- Monsieur Goyle !

- Oui.

- Croyez-vous qu'il serait possible que nous allions prendre un thé un de ces jours ? Je trouve vos idées très intéressantes et j'aimerais que…

- C'est d'accord, s'empressa-t-il de répondre. Quand vous voulez.

- Bien. Je vous enverrai un billet dans ce cas.

Gregory lui fit un grand sourire auquel elle répondit en rougissant légèrement.

O°O°O°O°O°O°O

Résidence Black, Grosvenor Square, Londres

Ron et Harry poussèrent un véritable soupir de soulagement après avoir entendu le récit de Gregory Goyle.

- Alors, elle est vraiment tirée d'affaire ? demanda Harry.

- Oui. Jamais ils ne pourront la traduire en justice avec aussi peu d'éléments.

- Et ce témoin ? demanda Ron. Il est fiable ? Il ne va pas se rétracter, n'est-ce pas ?

- Non. J'ai eu l'occasion de lire sa déclaration et elle est très claire : si Mademoiselle Granger s'est retrouvée avec le marteau en main, c'est parce qu'elle était parvenue à l'arracher à une autre manifestante afin de l'empêcher de commettre une voie de fait.

- Espérons en tout cas que ça lui serve de leçon, dit Ron, et qu'elle laissera tomber toute cette fumisterie !

Gregory Goyle fixa Ron avec incrédulité.

- Vous pensez que donner le droit de vote aux femmes est une fumisterie ?

- Ce que je pense ne vous regarde en rien.

L'avocat releva les épaules. Il ne répondit pas mais n'en pensait pas moins.

- Une chose est sûre, nous vous devons une fière chandelle, Monsieur Goyle, dit Harry.

- Je n'ai fait que mon travail, Monsieur Black.

- Monsieur le Comte, corrigea Ron. A qui croyez-vous vous adresser ?

- Ron, dit Harry froidement. Peux-tu dire à Carson de faire préparer la voiture ? Je pars dans quinze minutes.

Ron pâlit légèrement. Harry venait, ni plus ni moins, de le congédier. Il fit un sourire crispé et fit un bref mouvement de tête avant de quitter la pièce.

- Je suis désolé, dit Harry à l'avocat.

- Vous n'avez pas à l'être. Il se passera longtemps avant que je ne vous appelle, vous ou vos semblables, par votre titre.

- Mes semblables ? répéta Harry en souriant. Je crois pourtant savoir que vous en faites partie.

- Alors vous devez savoir aussi que ce n'est plus le cas depuis longtemps.

- Le but de cette conversation n'est pas de vous demander de m'appeler par mon titre.

- Quel est-il dans ce cas ?

Harry s'éloigna en direction de la fenêtre qui donnait sur le jardin. Il croisa les mains derrière son dos et par la vitre, il regarda un merle qui picorait les baies d'un buisson à proximité.

- Dans le cadre de vos… attributions, dit-il finalement, vous arrive-t-il de… suivre les gens ? De rassembler des renseignements sur eux ?

- Dans certaines affaires, oui. Les constats d'adultère par exemple.

- Il ne s'agit pas de cela.

- De quoi s'agit-il ?

Harry se détacha de la fenêtre et soupira. Il sortit de la poche intérieure de son gilet, une feuille pliée en quatre.

-J'ai besoin d'information sur ces personnes. Tout ce que vous pourrez trouver.

Gregory Goyle déplia le papier et parcourut rapidement son contenu. Il releva les yeux sur Harry et le considéra avec perplexité.

- Ce nom de famille, c'est le même que…

- Oui. Ce sont ses parents, ses frères, sa sœur. Et lui. Je veux que vous enquêtiez sur la famille Weasley au grand complet.

- Et les deux autres ?

- Mon oncle maternel et son fils. Il se trame quelque chose entre eux et les Weasley et je veux savoir de quoi il s'agit.

- Bien. Cela prendra du temps.

- Je sais.

- Et de l'argent.

- Je le sais aussi. L'argent n'est pas un problème.

- Autre chose. Vous devez savoir que je ne m'occupe pas de ce type de… mission moi-même. J'ai un homme de main. Une sorte de détective, si vous préférez. Si cela pose un problème, dites-le maintenant car dans ce cas, je me verrai obligé de refuser votre demande.

- Cet homme a-t-il déjà travaillé dans des affaires concernant Lord Draco ou… Lady Ariana ?

- Oui, dit Goyle, surpris que Harry mentionne Ariana.

- Dans ce cas, il n'y a aucun problème.

- Ses méthodes ne sont pas toujours orthodoxes mais il est d'une redoutable efficacité.

- Je vous ai dit qu'il n'y avait aucun problème.

Goyle hocha la tête et fit disparaître la feuille de papier dans sa poche.

L'instant d'après, il était parti.

A suivre...