Je ne suis pas morte !
Je doute que qui que ce soit se rappelle de moi, ou de cette histoire, au bout de presque deux ans (ahem) mais voici le chapitre neuf !
Cependant, s'il y a des survivants, voici un résumé des chapitres précedents : l'amour rend débile, et Erwin n'échappe pas à la règle. Après avoir fait ami-ami avec sa femme, il a emmené Levi a un rendez-vous capital. Manque de bol, ils sont tombés sur Kenny.
Je me dois encore de remercier Grise, mon agent double Muse-Bêta, car sans elle mes chapitres resteraient des brouillons jetés dans un coin avec des poignées de cheveux arrachées.
Et Smimi, qui ne cesse de m'encourager malgré les mois qui passent.
Voilà, merci les filles.
Merci aussi à The Queen of Rats, alixlouise, Maclemsa, Shimdrael, Smilefurus, Slavy, Griseldis, Une passante, MirandaFauconnette, Akito-Baskerville, Tiff, Misaki the fujoshi et ShinyZancrow pour vos reviews !
Petite RàR des guests (ni vue, ni connue)
une passante ; Merci pour ta review, encore, et je dois avouer que je suis tout à fait d'accord avec toi. J'ai eu un véritable coup de cœur pour cette relation qu'entretiennent Erwin et Armin dans cette histoire. J'espère du coup que la suite te plaira ! :)
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Survey Corporation, Inc.
IX
Tensions
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Deux jours étaient passés, et Mike boudait toujours.
Cela aurait pu être mignon, si Mike n'avait pas été Mike, s'il n'avait pas fait presque deux mètres pour cent kilos de muscles, et s'il n'était pas constamment en train de se balader avec deux armes chargées sur lui.
Au moins.
Pour ce qu'Erwin en savait.
Bref, depuis qu'il lui avait annoncé qu'il était allé au rendez-vous avec Uri Reiss en compagnie de Levi, Mike lui battait froid avec une obstination puérile, presque touchante. Il se rappelait encore de sa réaction, de ce cri entre le chiot malade et le cochon qu'on égorge. Depuis, il n'avait pas eu la moindre nouvelle de son ami autrement que par le biais de sa femme qui l'avait appelé la veille en exigeant qu'il leur ramène leur fils maintenant qu'ils n'étaient plus contagieux, comme si à la base, Erwin l'avait kidnappé.
C'était ridicule mais il n'en voulait pas vraiment à Nanaba : Mike n'avait plus son nez et cela le rendait d'un naturel exécrable quand il était malade. Erwin, qui avait eu le douteux plaisir de devoir cohabiter jadis avec un Mike patraque savait ce qu'elle avait dû traverser ces deux derniers jours.
Après le coup de fil d'Erwin passé à son ami le soir du rendez-vous pour le mettre au courant, il s'était presque attendu à ce que l'homme fasse irruption dans son appartement. Pragmatique comme toujours, Erwin avait alors envisagé plusieurs scénarios pour échapper à son courroux tout en épargnant Armin.
Ne pas ouvrir à Mike n'aurait pas été quelque chose d'envisageable étant donné que celui-ci était officiellement le seul à avoir un accès total à son immeuble et, par extension, son duplex parce qu'il était s'inquiétait toujours trop de le savoir seul chez lui. (Officieusement, Erwin suspectait Hanji de posséder un double des clefs de son appartement, de sa voiture, de sa maison de campagne, et probablement même de son journal intime si Erwin avait été du genre à avoir un journal intime avec un cadenas dessus.) Cependant, quand Mike lui avait promis au bout du fil, de sa voix encore nasillarde, « une mort aussi rapide que douloureuse » la prochaine fois qu'il lui mettrait la main dessus, Erwin avait compris que la mère-poule s'était transformée en coq de combat et il avait senti qu'il serait celui qui y laisserait des plumes quand il lui ferait face.
Son scénario le moins débile avait été de s'enfermer dans son dressing en faisant croire à Armin qu'il s'agissait d'une partie de cache-cache. Erwin commençait à croire qu'il était temps de ne plus fréquenter Hanji.
Mais Mike n'était pas venu, et c'était très probablement grâce à la présence de son fils. Ou plus plausiblement parce que Nanaba n'aurait jamais laissé son mari malade sortir de la maison pour tuer son employeur sous les yeux de son fils. Surtout sous les yeux de son fils.
— Au fait Pa', dit ce dernier en terminant son bol de céréales.
Erwin leva les yeux de l'article qu'il lisait sur son ordinateur pour porter toute son attention sur son filleul.
— On ira quand même à la bibliothèque samedi, n'est-ce pas ?
L'espoir se lisait dans les yeux bleus de l'enfant, encore euphorique à l'idée de s'être fait un ami.
— Évidemment, répondit-il avant de préciser : si je n'ai aucun empêchement au travail.
Armin hocha la tête docilement même s'il y avait une pointe de déception dans son regard ; mais il ne dit rien et se leva pour aller mettre son bol vide dans la cuisine. Erwin se leva et lui prit la vaisselle des mains.
— Va plutôt te laver les dents, tes parents nous attendent.
— D'accord, Pa' !
Il se précipita à l'étage tandis qu'Erwin lui rappelait de ne pas courir dans les escaliers, terminant de débarrasser la table et rassemblant ses affaires. Il ne leur fallut que quelques minutes pour être fin prêts à se rendre à la demeure de la famille Zacharius.
À leur arrivée, Armin fut accueilli comme s'il avait passé des mois loin d'eux et l'image de cette famille si heureuse et si unie arracha un sourire à Erwin. Cependant, les yeux bleus remplis de tendresse du père devinrent de la glace quand il les posa sur Erwin. Il ne lui accorda pas le moindre mot, pas même pour le saluer et il s'en alla en annonçant à sa femme qu'il allait terminer de se préparer. Erwin se demanda un instant si son ami n'avait pas fait exprès d'être resté en pyjama, juste pour avoir une raison de ne pas rester dans la même pièce que lui. Il pouvait d'ailleurs jurer qu'il avait vu Nanaba lever les yeux au ciel face à ce manque de maturité.
Erwin la suivit dans la cuisine alors qu'Armin avait déjà commencé à raconter à Mike ses aventures des derniers jours. Il resta debout au milieu de la cuisine, ne sachant pas sur quel pied danser. Nanaba lui en voulait-elle, elle aussi ? Même si elle ne travaillait pas à la Survey, les frontières entre leurs vies privées et professionnelles n'avaient jamais été imperméables, loin de là. Si quelque chose affectait Mike, elle était aussi concernée. Et la réciproque était valable également. De ce fait, il s'attendait à recevoir un sermon de sa part mais Nanaba restait silencieuse, et c'était probablement encore pire. Il ne savait pas à quelle sauce il allait être mangé.
Il s'aventura à débuter la conversation, mais elle le coupa.
— Je suis vraiment désolée de t'avoir imposé Armin dans un moment pareil. Mais tu sais bien qu'avec lui on ne peut jamais savoir si ce sera un simple rhume ou une pneumonie.
— Armin ne me dérange jamais, et tout s'est très bien passé.
Elle esquissa un léger sourire, rassurée.
— Ce fameux rendez-vous, ça a vraiment été la pire des catastrophes ? finit-elle par lui demander.
— Non. C'est plus compliqué.
Nanaba eut l'air suspicieuse, et infiniment curieuse. Erwin s'assit sur une chaise en se massant les tempes, accoudé sur la table.
— Mike ne m'a pas laissé le temps de tout lui expliquer. En fait, il ne m'a pas laissé le temps de lui dire quoi que ce soit.
— Tu sais comment il est quand il est comme ça. Donc, cela veut dire que sa mauvaise humeur va encore durer plusieurs jours ?
Erwin acquiesça puis baissa la voix.
— Son homologue à la Fondation Reiss, c'est l'oncle de Levi. Et Kenny exige la présence de son neveu dans l'équipe. J'ai essayé d'expliquer en privé à Uri que la situation risquait de vraiment être impossible, mais il riait aux éclats quand les deux essayaient de se sauter à la gorge.
Elle secoua la tête, l'air consterné et dit quelque chose à propos des hommes et du fait de grandir un jour.
— Mike va être furieux, soupira-t-elle, avec un ton qui avait l'air indifférent mais dans lequel Erwin était sûr d'entendre une note d'indulgence amusée. Il va être très pénible quand tu vas lui parler de ça, tu sais.
Le pétillement de ses yeux suggérait qu'elle aurait quand même bien voulu assister à la scène.
— Me parler de quoi ?
Erwin se tendit sur sa chaise et tourna la tête. Mike venait d'entrer dans la pièce en ajustant ses holsters sur ses flancs. Il fixait sur Erwin un regard très appuyé, attendant visiblement une réponse et déjà prêt à s'énerver, quelqu'elle soit.
— Il t'expliquera ça quand vous partirez, intervint Nanaba en posant les tasses sur la table et en désignant Armin du menton. Je ne veux plus entendre parler de ce rendez-vous pour le moment.
Mike, qui venait de se saisir d'une des tasses, allait insister, en grommelant quelque chose à propos du fait que c'était sa maison et qu'il faisait ce qu'il voulait, mais Armin commença à lui parler de l'évolution des larves de mouches en captivité et son père réprima une grimace de dégoût qui n'avait pas juste à voir avec le café exécrable de sa tendre épouse.
— Ni d'insectes, ajouta Nanaba en pointant son fils du doigt.
— Saleté d'Hanji, râla Mike en se laissant tomber sur la chaise la plus éloignée d'Erwin.
— Mais c'est trop bien les insectes, plaida Armin avec conviction. Et Hanji a même promis de m'offrir une ferme à fourmis, s'enthousiasma-t-il comme s'il parlait d'un chiot ou d'un chaton, bref d'un animal normalement considéré comme adorable.
Au regard consterné qu'ils échangèrent, Erwin sut trois choses : Mike et Nanaba maîtrisaient sans problème l'art de la communication non-verbale, Hanji allait avoir droit à une engueulade en règle de la part d'un, voire des deux, membres du couple Zacharius et Armin, lui, allait avoir droit à sa ferme à fourmis.
L'enfant les observa, ne comprenant pas ce soudain silence. C'était touchant, songea Erwin, de voir qu'avec un sourire et sans s'en rendre compte, Armin était capable de manipuler si évidemment son père et sa mère. Quoiqu'adorant les animaux, il était allergique aux poils et son parrain savait bien qu'aucun de ses parents n'auraient le cœur de lui refuser une ferme à fourmis, surtout si elle était déjà promise.
Grimpant sur les genoux de Mike, l'enfant changea tout de même de sujet et ne parla plus de ce qui se rapportait de près ou de loin à Hanji, mais cela ne l'empêcha pas d'alimenter la conversation pour quatre. En l'écoutant en souriant, Erwin trempa machinalement ses lèvres dans sa tasse. Erreur fatale. Le café de Nanaba était notoirement mauvais et contrairement à son habitude, Erwin ajouta une double dose de sucre dans sa tasse. Mike, qui savait qu'il le prenait toujours noir, lui avait pourtant tendu machinalement le sucrier et ils se sourirent, un instant complices. Cela ne dura qu'une fraction de seconde, comme si Mike s'était rappelé que « non, je lui fais la gueule à ce grand con » et il reprit son air sévère comme si rien ne s'était passé, s'y accrochant jusqu'au moment du départ.
— Arrange les choses, Erwin Smith, lui avait ordonné Nanaba quand ils partaient. Il n'est pas très sexy quand il boude.
Erwin n'était pas sûr pour le côté sexy, mais en effet, il eut droit à la version de Mike boudeur. Ça se manifesta par un silence épais, Erwin conduisant sans quitter un seul instant la route des yeux tandis que Mike tapotait l'écran de son smartphone, se contentant de réponses monosyllabiques aux tentatives un peu maladroites d'Erwin de faire la conversation.
Ils étaient deux adultes et c'était vraiment grotesque à ce stade-là. Il n'osait même pas mettre la radio !
— Je n'arrive pas à croire que tu aies emmené ce... nabot à un rendez-vous aussi important, grogna finalement son ami en levant enfin les yeux de son téléphone. Mais à quoi tu pensais, Smith ?
Erwin n'avait pas du tout envie de répondre à cette question parce que justement, il n'avait pas pensé du tout. Il savait que cela énerverait encore plus Mike, mais lui-même ressentait plutôt un immense étonnement : il n'était pas de ceux qui agissaient sur un coup de tête. Prévoyant et calculateur, Erwin avait aussi une solide tendance à la paranoïa et il y avait bien trop en jeu avec la Fondation Reiss. Il tâchait donc de ne pas trop s'attarder sur ce qui avait motivé sa conduite et préféra biaiser, en évoquant les conséquences. D'une façon totalement inattendue, les choses avaient tourné en leur faveur même s'il savait déjà qu'il aurait beaucoup de mal à en convaincre Mike.
— Ce n'est pas aussi catastrophique que ça en a l'air, commença-t-il. Si tu es inquiet concernant nos relations avec Uri Reiss, je peux t'assurer que le fait que Levi m'ait accompagné plutôt que Lynne n'est pas un problème.
— Laisse-moi en douter, ce type n'a aucun savoir vivre.
— On travaille bien avec Hanji.
C'était un coup bas, Erwin en avait parfaitement conscience et il s'excusa auprès d'Hanji en pensée qui ne méritait pas, pour une fois, un tel traitement.
— Au moins, Hanji aurait su de quoi vous parliez !
— Hanji aurait parlé de tout sauf des déesses. Crois-moi.
En fait, Hanji aurait sans doute trouvé Kenny Ackerman très sympathique et dans un sens, c'était encore plus effrayant à envisager.
Mike verrouilla son portable et le rangea dans sa poche.
— De quoi est-ce que tu parlais avec ma femme tout à l'heure ?
— Je préférerais qu'on soit dans mon bureau pour parler de ça.
— Maintenant, exigea Mike d'une voix lente et glaciale.
C'était le problème quand on employait son meilleur ami. Il avait le droit de faire ce genre de truc. D'exiger...
Bon et bien puisque Mike n'était pas disposé à attendre, Erwin soupira et se décida. Pourquoi prolonger le supplice ? Et puis Mike n'essaierait pas de le tuer alors qu'il conduisait, au risque d'y passer aussi.
— Je lui parlais du responsable de la sécurité de la Fondation.
— On sait enfin qui c'est ?
— Kenny Ackerman.
— Ackerman ? Ackerman comme dans… ?
Mike ne finit pas la phrase.
— Oui, comme Levi Ackerman, confirma Erwin. C'est son oncle et apparemment c'est lui qui l'a élevé. Il le veut dans l'équipe d'ailleurs.
Autant lâcher toutes les bombes à la fois.
— C'est une blague ?
— Non.
Il le regarda un instant pour lui faire comprendre qu'il était parfaitement sérieux. En reportant son attention sur la route, Erwin se dit que dans un sens, il aurait bien voulu.
— Ça m'énerve, dit Mike au bout d'un moment. Ça m'énerve de devoir me coltiner ce type, mais je crois que ça m'énerve encore plus que ça ait finalement bien tourné pour ton cul.
— Mais de quoi tu parles ?
— Pendant des années, t'as joué à l'homme de fer, et t'as si bien joué qu'on y a tous cru. Mais finalement, il y a ce nabot qui apparaît et ça te fait tellement frétiller la bite que tu en perds le nord.
— Je ne… frétille pas de la bite, l'interrompit Erwin un peu blessé dans sa fierté et se demandant comment au juste la conversation en était arrivée là.
— Tu es le patron de la Survey et je le respecte, mais ne crois pas que tu es le seul qui a bossé dur pour en faire ce qu'elle est aujourd'hui. Si tu laisses ta bite te guider, on risque de tout perdre et ça, c'est inacceptable.
— Je ne laisse pas ma bite me guider. Tu ne comprends pas, il était là et…
— Et quoi ? Tu vas me dire que ça semblait être le choix logique ? Un petit bleu des fraudes ?
Erwin se tortilla sur son siège, inconfortable. Il ne comprenait pas comment en quelques minutes, Mike était passé d'un adolescent boudeur et immature à… et bien à être un adulte raisonnable et dans le fond, il devait l'avouer, qui n'avait pas tout à fait tort.
— Ça m'énerve, parce qu'en fait, je crois que tu m'as déçu.
Erwin sentit un poing de glace se refermer sur son estomac.
— Mike…, tenta-t-il.
— Mais dans un sens, reprit Mike, c'est peut-être mieux comme ça. Ça prouve que finalement, t'es pas une machine. Qu'il reste quelque chose d'humain là-dedans.
Il désigna sa poitrine, fermant le poing comme une parodie de ce terrible salut qu'ils faisaient jadis, offrir son cœur et sa vie à la patrie.
— Putain et quand même, mais qu'est-ce que t'as mauvais goût. Petit, moche, désagréable et boiteux. Du coup, je comprends mieux pourquoi tu ne m'as jamais couru après.
Ils se regardèrent, Erwin d'abord incrédule et Mike avec un air faussement vexé, et ils se mirent à pouffer comme des gamins. Et comme ça, juste comme ça, Mike cessa de bouder.
Maintenant, il ne restait plus qu'à lui présenter Kenny Ackerman et à espérer que tout le monde survive à la rencontre.
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Je ne sais pas si vous serez beaucoup à passer par là, mais j'espère néanmoins que ce chapitre vous aura plu !
J'ai hâte de pouvoir lire vos réactions (bonnes ou mauvaises), comme toujours.
Je n'ai même pas eu la décence de faire un chapitre plus long, mais je refusais catégoriquement de refaire un monstre comme le chapitre 7.
Au risque d'y passer deux ans de plus.
Prochain chapitre : (Tiens, une Neechu s'est échappée au fond d'une grotte !)
