Note : Une petite absence, mais j'espère que ce chapitre (très intéressant héhé) va vous plaire :D Merci pour vos reviews qui me font très plaisir :)

J'en profite pour annoncer le démarrage d'un nouveau projet sur le fandom Hunger Games dont le trailer est posté : notre site de vidéo favori/watch?v=PjtZo5_pTO4 :)
Mais je n'en dis pas plus pour le moment, le prologue sera publié prochainement ;)

Merci à YaNa31 pour la relecture !


Agacement & Etrange sensation

Makena sortit exténuée d'une énième séance de combats avec Loki.

Elle en était à son septième entraînement, mais elle n'était pas sûre de s'être véritablement améliorée.

Certes, elle parvenait plus aisément à contrôler son « don », mais cela n'était pas suffisant à ses yeux.

Elle voulait être capable de faire plus.

Par exemple, exploser des objets sans risquer de mourir par la suite.

Cette image ne voulait pas sortir de sa tête. Elle avait été tellement vulnérable ce jour-là. Et elle savait que s'il n'y avait pas eu Loki, elle serait morte par sa stupidité.

Elle ignorait même la raison pour laquelle la porte avait explosée. Elle avait, pourtant, visé les menottes. Uniquement les menottes. Mais, lorsqu'elle s'était concentrée, elle avait ressenti une résistance qui l'avait mise au défi, la poussant à forcer sur son propre don. Elle ne se serait jamais doutée que cela allait la tuer. Pourtant, c'était le cas et sans Loki…

L'adolescente ne comprenait pas la réaction du jeune dieu. Elle avait beau la tourner dans tous les sens, il n'avait aucune raison de la sauver. Pourtant, elle était bien là, grâce à lui. Malheureusement, l'homme malicieux refusait d'en reparler. Elle n'avait même pas le droit de lui poser des questions dessus ou de le remercier. Surtout pas de le remercier. Comme si, le fait de savoir qu'il avait été le héros, rien qu'une fois dans sa vie, le mettait mal à l'aise. Pire, le mettait en colère.

Parfois, Makena pouvait voir cette lueur de dégoût dans les yeux de Loki, comme si son acte le répugnait. C'était étrange, il semblait être fier d'être le méchant de l'histoire, mais honteux d'en être le héros. En fait, il incarnait parfaitement l'anti-héros. Et c'était sûrement pour cela qu'il l'intriguait tant.

Plus que de l'intrigue, c'était de l'attirance.

Durant ces sept entraînements, la rouquine n'avait pu que remarquer son envie de faire durer chaque séance, comme si sa vie en dépendait. Il était évident que pour elle, ce n'était pas qu'un moyen de progresser. C'était aussi une façon d'en apprendre plus sur le dieu.

D'ailleurs, il avait commencé à se confier. Du moins, elle avait pu aborder sa relation avec son frère, c'était déjà cela. Il lui était, alors, apparu que même si le Jotun semblait haïr Thor, ce n'était la vérité.

Non, la vérité était bien plus complexe.

Il y avait une part de jalousie, bien entendu mais aussi, une pointe d'admiration.

Il enviait son frère, car il pouvait accéder au trône, or Loki ne le pouvait pas. Mais, au fond de lui, il l'admirait aussi pour réussir dans tout ce qu'il entreprenait. Alors que le dieu malicieux avait beau tout faire, il échouait systématiquement.

Seulement, Makena se doutait bien que le Jotun n'avouerait jamais la véritable nature de ses sentiments. Il était trop fier.

Le bruit inattendu de quelqu'un qui frappait à sa porte la fit sortir de ses pensées.

Qui cela pouvait-il bien être ? Voilà qu'elle n'avait même plus le temps de s'allonger cinq minutes qu'on la dérangeait déjà ! Un soir où elle était épuisée, en plus. C'était bien sa veine.

Tenter de ne pas ouvrir… elle y renonça bien vite.

Au SHIELD, la moindre visite pouvait être une urgence. Et puis, cela aurait pu être Loki.

Oui, cela aurait pu être le dieu de la malice. Seulement, une fois la porte ouverte, Makena découvrit le visage carré, souriant et solennel du Captain America.

Cela faisait longtemps qu'elle ne l'avait pas vu. Depuis sa visite à l'hôpital, en fait. C'était vrai que Makena avait été un peu dure avec lui, ce jour-là. A sa décharge, elle ne s'attendait pas à ce qu'il soit tellement agacé par sa relation avec Loki. Elle ne pouvait pas dire qu'elle ne s'en doutait pas non plus. Steve était un Avenger après tout, il ne pouvait vraisemblablement pas accepter que Makena passe du temps avec Loki. Voire, qu'elle s'inquiète pour lui. Cela allait contre toute logique, même l'adolescente le savait. Mais c'était plus fort qu'elle…

Quoi qu'il en soit, Rogers se trouvait toujours devant sa porte et la rouquine se demandait toujours ce qu'il pouvait bien faire là. Ce qu'elle ne manqua pas de lui demander :

- Steve ? Que me vaut cette visite ?

Il n'avait pas l'air comme d'habitude. Quand il était avec elle, il lui arrivait de bafouiller, d'hésiter, de fuir son regard ou même de rougir bêtement. Seulement, ce soir, il semblait très sûr de lui, la fixant droit dans les yeux.

- Tu as toujours envie de t'échapper de cet endroit ? s'enquit-il, d'une voix assurée.

La question surprit l'adolescente.

Certes, Steve était assez proche d'elle pour savoir qu'elle rêvait de pouvoir sortir de cette prison. Mais, il était aussi sous les ordres de Fury, il n'avait donc aucune raison de la pousser à s'échapper.

Surtout que les ordres du chef borgne avaient été clairs : Makena ne pouvait et ne devait sortir sous aucun prétexte.

Elle savait que c'était parce qu'il semblait persuadé qu'elle pouvait prendre goût à la vie « normale » et donc, était capable de ne jamais revenir.

Cependant, il s'était justifié en lui expliquant que son don serait mal vu en société.

De ce fait, étant un bon soldat, Rogers n'avait tout simplement pas le droit de la faire sortir. Etait-il venu juste pour la narguer ouvertement ?

- T'en as d'autres des questions stupides comme ça ? Lui lança Makena, froidement.

Elle n'avait ni le temps ni l'envie de l'écouter. Et s'il n'était venu que pour cela, après un si long moment d'absence, il pouvait repartir. Et elle était bien décidée à le lui faire comprendre.

- Je prends ça pour un oui, se contenta-t-il de répondre.

La rouquine s'apprêtait à rétorquer, histoire de lui faire comprendre qu'elle ne voulait pas de sa présence. Mais elle n'en eut pas le temps.

Subitement, elle se sentit quitter le sol et se retrouva la tête à l'envers, portée comme un simple sac à patate. Elle tenta de se débattre, mais Steve était beaucoup plus fort et ses petits coups ne lui faisaient pratiquement rien.

- Lâche-moi ! Hurla-t-elle, en continuant de se débattre.

- Cesse de gesticuler ! Ordonna-t-il sur le même ton.

Même si le ton sec qu'avait employé Rogers avait étonné la fille Coulson, cela ne l'arrêta pas pour autant.

- Alors, repose-moi !

Pendant un bref instant, sentant sa prise relâcher, elle crut que Captain America avait cédé. Seulement, elle se trompait. Il la replaça un peu mieux sur son épaule avant de commencer à marcher.

- Si je te lâche, on ne sortira jamais d'ici sans ennui !

Cela eut le don de calmer la rage de l'adolescente. Disons qu'elle était tellement abasourdie par les propos du bon petit soldat qu'elle fut incapable de surpasser sa surprise pour mieux se débattre.

Elle se contenta de faire la morte, tandis qu'ils traversaient les différents couloirs. Si elle n'entendait rien, elle n'était pas sûre qu'ils n'aient pas croisé quelques éléments du SHIELD.

Lorsque enfin, ses pieds retouchèrent le sol, elle constata qu'ils étaient bel et bien dehors et qu'un vieux cabriolet les attendait.

- Tu m'expliques ? S'enquit finalement Makena, après quelques secondes de silence.

- Eh bien, c'est simple, commença-t-il par répondre. Quand je passais devant les gardes, ils pensaient que tu allais à la clinique pour un énième malaise. Et quand je passais devant les médecins, ils pensaient que je t'emmenais dans ta chambre, après un séjour à la clinique.

La rouquine le fixa un bref moment et ne put s'empêcher de remarquer la lueur de fierté qu'il avait dans le regard. Il devait, en effet, être plutôt satisfait de son plan, puisqu'il avait fonctionné.

- Alors, tu réfléchis parfois ? Fit-elle, se moquant de lui.

Il ne releva, bien qu'elle aurait voulu qu'il le fasse.

Depuis toute petite, elle préférait une relation piquante plutôt qu'une platonique. Elle aimait quand on lui répondait, quand on la traitait d'égal à égal. Habituellement, les gens avaient tendance à prendre des gants avec elle et elle détestait cela. Sous prétexte qu'elle avait un don, cela ne faisait pas d'elle une personne totalement différente.

Voyant que Steve s'installait dans la voiture, Makena fit de même.

La voiture fila aussitôt que le blondinet appuya sur l'accélérateur. L'adolescente regarda, alors, à travers le rétro et constata qu'ils s'éloignaient bel et bien de la base. Sans personne à leur poursuite. Libres. Libre comme jamais elle ne l'avait été. Et sentant cette légère brise qui lui soufflait dans les cheveux, elle se dit que c'était peut-être le plus beau moment qu'elle eut vécu.

Elle n'osa pas demander leur destination de peur de gâcher ce moment si merveilleux.

Elle se contentait d'observer, notant les noms des rues, certains panneaux ou encore des noms d'enseignes pour être capable de retrouver son chemin. Au cas où.

Elle faisait toujours cela.

L'un des médecins avec qui elle avait osé en parler lui avait dit que c'était un TOC. Il avait affirmé que c'était causé par sa peur de l'abandon.

Elle avait besoin de savoir où elle allait et de pouvoir retourner d'où elle venait, sans quoi elle se sentait vulnérable. C'était évident. Si elle ne pouvait pas revenir sur ses pas, on pouvait la laisser à tout moment, elle ne pourrait jamais rentrer.

Et elle avait été si souvent abandonnée, que c'était tout simplement devenu sa pire angoisse.

Lorsqu'elle sentit enfin la voiture ralentir et finalement s'arrêter totalement, ils étaient arrivés devant un restaurant du quartier chinois. Les lumières de toutes les couleurs et le sourire sur les visages des passants émerveillèrent Makena.

A présent qu'elle y repensait, elle n'avait jamais été bien loin dans New-York. Son père l'avait emmené à Central Park une ou deux fois, mais sinon, il s'était bien gardé de la montrer au monde entier. Alors, elle ne put s'empêcher d'être excitée à l'idée de découvrir de nouvelles choses.

Elle mit donc ses sens à contribution pour ne rien louper. Des odeurs fortes mais pourtant agréables de fritures aux couleurs surprenantes des aliments en passant par la musique étrangement apaisante, le sourire réconfortant des propriétaires ou encore la texture du poisson dans son assiette, Makena en prenait plein les sens.

Et cela semblait divertir Steve qui la regardait, d'un air amusé, s'émerveiller pour tout et n'importe quoi. Lui non plus n'était pas un habitué de Chinatown mais il avait déjà été manger avec les autres Avengers dans un de ces restaurants asiatiques et de ce fait, il arrivait à s'y faire.

Finalement, Makena commença enfin à s'habituer aux couleurs vives et aux épices asiatiques. Elle se décida alors à s'attaquer au repas. Dans un silence plutôt pesant, l'extase ayant laissé place à un certain scepticisme.

Après tout, elle était en dehors de la base, avec Steve et la première chose qu'il pensait à faire, c'était de l'emmener dîner.

N'y avait-il rien d'étrange dans cette histoire ? Elle avait besoin d'en avoir le cœur net.

- Tu as pris tous ces risques, juste pour m'emmener dîner ? s'enquit-elle, tandis que son compagnon de fugue s'attaquait à un poisson pour le moins ragoûtant.

Rogers avala de travers en entendant la question de l'adolescente. Il devint blanc comme neige, toussa deux ou trois fois puis finit par ravaler plus facilement.

Cependant, il lui fallut un certain temps avant de pouvoir s'en remettre et de retrouver sa couleur naturelle.

- Vu comme ça, ça paraît ridicule. Dans ma tête, c'était un peu plus romantique.

C'était la vérité. Lorsque Captain America avait monté ce plan, il avait songé avant tout à un acte de romance. Certainement pas à une prise de risques inutiles comme semblait le suggérer Makena.

Il voulait à tout prix lui faire plaisir tout en profitant de la situation pour passer du temps avec elle. S'il avait espéré que cela lui donne la force de lui avouer qu'il avait une certaine attirance pour elle, la remarque de son amie lui avait ôté tout espoir.

Et étant donné le mutisme évident dont elle fit preuve suite à sa réponse, il n'y avait définitivement aucune chance pour qu'il se décide à lui en faire part.

- Alors… tu as toujours vécu au CRES ? se décida-t-il à lui demander, histoire de changer de sujet.

Elle ne masqua pas sa surprise de l'entendre parler de cet endroit. Elle avait cru comprendre qu'il était d'accord avec elle pour dire que le CRES était un enfer et de ce fait, elle pensait qu'ils n'en reparleraient jamais.

Et voilà qu'il relançait le sujet, comme si de rien était.

- Ouais, enfin… depuis mes huit ans, se contenta-t-elle de lui répondre, avant de reprendre un peu de riz.

Elle eut envie d'ajouter qu'elle ne pouvait pas dire qu'elle y avait « vécu » parce que ce n'était pas une vie. Mais elle préféra se taire, il devait s'en douter de toute façon.

- Et avant ça, tu as vécu en France, puis avec ton père ? Poursuivit-il, curieux.

Une fois de plus, Makena sembla surprise et ne le cacha pas.

Pourquoi abordait-il ce sujet qu'il savait, pourtant, délicat ?

Elle croyait lui avoir fait comprendre qu'elle n'aimait pas trop parler d'elle. Encore moins de ses parents qui l'avaient abandonnée à son triste sort.

- Oui, fit-elle sans chercher à en dire plus.

Pourtant, Steve ne voulait pas s'arrêter là. Il n'avait pas remarqué l'agacement de la jeune fille et était bien décidé à en apprendre plus sur elle.

- Et ce… don, tu l'as depuis longtemps ?

- Depuis mes cinq ans.

- Oh, je vois…

Il ne savait pas si c'était ce qu'il devait dire, mais il n'avait aucune idée de ce qu'il aurait pu répondre d'autre.

- Mais comment se fait-il que tu ne le maîtrises pas ?

Et ce fut la question de trop.

Makena n'était pas d'une patience extrême, elle avait toujours eu besoin d'agir vite. Or là, elle se retenait depuis un moment de s'en prendre à Captain America et à sa curiosité maladive.

Seulement, maintenant, il s'en prenait à ses capacités et elle ne pouvait le tolérer.

Elle était incapable faire une scène dans le restaurant, alors elle se contenta de répondre d'une manière plutôt agressive :

- Dis-moi, c'est un interrogatoire ou un dîner ?!

Steve parût déboussolé l'espace d'un instant.

Il ne s'était, donc, pas rendu compte de son intrusion dans la vie de Makena ?

Apparemment, non.

- Désolé… J'avais espéré apprendre à te connaître un peu plus, c'est tout.

Sa réponse et son désarroi visible calmèrent la fille Coulson qui se sentit un peu coupable. Elle tenta de se rattraper comme elle le pouvait :

- Mais moi, je ne sais rien de toi. Alors, dis-moi, qui étais-tu avant d'être Captain America ?

Ce n'était pas qu'elle s'intéressait subitement à sa vie, elle voulait juste être polie. S'il avait envie d'en savoir plus sur elle, c'était normal qu'elle se renseigne sur lui, non ? Ce devait être une habitude humaine qu'elle ne connaissait pas vraiment, du fait du manque de contact « humain » qu'elle avait eu.

Et puis, cela eut l'air de lui faire plaisir.

- Oh, juste un petit gars, très rapidement orphelin, du quartier du Lower East, sans importance et qui rêvait de s'enrôler dans l'armée. En vain…

Dès les premiers mots, Makena avait tiqué.

« Orphelin » ?

Alors Steve aussi avait perdu ses parents quand il était enfant ?

Elle aurait voulu lui dire qu'elle était désolée, mais elle trouvait cette expression stupide.

Pourquoi dire qu'on était désolé ? Ce n'était pas de notre faute. C'était tellement ridicule.

Alors, elle se contenta de lui sourire de manière compatissante avant de le relancer avec une autre question :

- Et tu avais des amis, à ton époque ?

Si sa première question avait fait sourire Steve, son sourire se fana aussitôt le mot « amis » prononcé.

Son regard devint vague, il semblait se remémorer quelque chose. Quelque chose de terrible à en juger par son expression interdite.

Finalement, il revint à lui et parvint à sourire faiblement.

- Un, en particulier… Bucky, lui répondit-il toujours nostalgique. James Barnes de son vrai nom, mais on l'appelait tous Bucky, c'était son nom de code. Il est le garçon le plus courageux que je connaisse… enfin, il l'était. Il est mort durant une mission… Et puis, il y avait aussi Peggy… à bien des points, elle me rappelle toi. Elle était tellement incroyable… seulement, avec mon accident, je n'ai jamais pu vraiment le lui faire remarquer…

Un silence pesant suivi sa réponse et Makena mit un certain temps avant d'oser dire quelque chose d'autre.

C'était plus par habitude que par politesse. Elle savait que, par respect, on devait se taire ou dire qu'on était désolé lorsqu'on parlait d'une personne défunte.

Seulement, il fallait bien l'avouer, elle n'était pas vraiment capable de ressentir une once de compassion.

Elle avait du mal à se comporter humainement. En fait, depuis toujours. Elle était une bête de foire, pas un être humain. Alors, elle se contentait d'agir comme n'importe qui l'aurait fait, même si elle n'était pas n'importe qui.

Et puis, finalement, elle brisa le silence :

- Ca n'a pas dû être facile d'atterrir dans le présent, après une hibernation aussi longue.

Il avait tout perdu, c'était ce qu'elle s'était dit la première fois qu'elle l'avait vu.

Bien entendu, cela ne se voyait pas au premier coup d'œil. Mais lorsqu'on commençait à le connaître, on se rendait compte de la douleur qu'il endurait chaque jour.

Tous les êtres chers qu'il avait étaient partis avant lui, tandis qu'il gardait encore une longue vie devant lui. Il avait perdu son meilleur ami et puis celle qu'il aimait.

Bizarrement, en voulant se mettre à la place du Captain America, Makena pensa aussitôt à Loki. Le jour où elle avait pensé qu'il l'avait abandonnée, qu'il ne voulait plus la voir… elle s'était sentie tellement vulnérable. Elle ne voulait plus jamais ressentir cela.

Alors, elle s'imaginait Rogers qui devait ressentir cela tout le temps… depuis qu'on lui avait ôté sa force.

Non pas celle de l'expérience. Non, quelque chose de bien plus puissant que cela : son amour. Il semblait faire face avec bravoure mais, au fond, n'était-ce pas qu'une simple carapace ?

- Non, en effet… mais je n'ai pas vraiment envie d'en parler, alors, si nous allions danser ?

Et parce qu'elle avait songé à la difficulté qu'il devait connaître, l'adolescente ne put lui refuser cette demande.

Elle n'avait aucune idée du lieu où il voulait danser. Il ne semblait pas y avoir de piste ici. Mais Steve avait l'air de savoir ce qu'il faisait.

Il paya l'addition et entraîna la rouquine à l'extérieur. Ils ne marchèrent que quelque pas avant de tomber sur une sorte de festival musical.

Beaucoup de gens écoutaient la musique en tapotant du pied et certains avaient osé se lever pour danser. Le blondinet entraîna sa complice au centre d'une petite piste mise en place pour l'évènement.

Et tandis qu'une nouvelle musique débuta, beaucoup plus lente, il la ramena contre lui et ils dansèrent en silence.

Sa tête contre la poitrine du jeune homme, Makena sentait son cœur battre à toute vitesse, sans aucune raison.

De son côté, Steve savourait cet instant comme une victoire sur ses propres démons, lui qui n'avait jamais pu danser avec Peggy au festival…


Rogers ramena Makena une fois la musique arrêtée.

Il lui avait promis de remettre ça très vite.

Elle avait accepté avec plaisir et ils étaient rentrés.

Mais alors qu'il se proposa de la raccompagner dans sa chambre, l'adolescente sentit que cela ne pouvait pas être une bonne idée et refusa.

Cela sembla étonner le gaillard. Cependant il accepta son choix, tout gentleman qu'il était.

- En tous cas, merci de m'avoir fait respirer un peu d'air frais, c'était exactement ce qu'il me fallait, le remercia Makena, alors qu'ils étaient arrêtés dans un couloir du SHIELD.

En effet, elle avait eu besoin de sortir et de s'oxygéner. Cela lui avait permis de s'amuser un peu, entre deux entraînements.

Et puis, elle semblait avoir les idées plus claires maintenant. Elle n'avait plus besoin de faire semblant de bien aimer Rogers parce qu'elle l'appréciait vraiment. Il l'avait peut-être trahie, seulement tout le monde avait le droit à une seconde chance. Et Makena voulait la lui donner.

- Oh, ne me remercie pas, la contredit Steve, un peu gêné. J'avoue en avoir profité… cela faisait un moment que j'avais envie de t'inviter à sortir… mais je n'osais pas vraiment…

La rouquine ne put s'empêcher de noter qu'il était très mignon lorsqu'il était gêné. Et elle ne sut pourquoi, elle lui répondit :

- Eh bien, il faut savoir oser !

Elle pensait, bien entendu, au fait que grâce à son « audace », ils avaient pu passer une bonne soirée.

Malheureusement, Steve entendit cela comme une invitation.

Alors, il approcha très lentement son visage de celui de Makena.

L'adolescente ne comprit pas.

Avait-elle quelque chose sur le visage ?

Elle resta de marbre jusqu'à ce qu'il finisse par poser ses lèvres sur les siennes.

Aussitôt, elle eut l'impression que son cœur rata un battement. Elle sentit le sol se dérober sous ses pas mais elle resta debout, maintenue par la force du jeune homme qui ne la lâchait plus.

Il n'avait rien remarqué si ce n'était qu'elle ne semblait pas lui rendre son baiser. En fait, elle ne semblait même pas réagir. Elle demeurait interdite comme si elle avait vu un fantôme.

Ce ne fut que lorsqu'il rompit leur étreinte qu'elle finit par réagir.

Un bruit sourd résonna dans le couloir sombre. Un bruit causé par une gifle amplement méritée.

Steve n'avait rien vu venir.

Il n'avait pas eu le temps de l'en empêcher.

Il la fixa sans comprendre et crut lire de l'incompréhension et une certaine rage dans le regard de Makena juste avant qu'elle ne quitte les lieux.

Elle se mit à courir le plus vite possible. Comme si sa vie en dépendait. Elle savait qu'elle ne tiendrait jamais jusqu'à sa chambre. Elle sentait qu'elle allait craquer.

En passant dans un énième couloir, elle vit une porte entrouverte, sans aucune lumière.

Sans réfléchir, elle y entra et se plaqua contre un mur, tentant de se calmer. Seulement, cela était impossible.

Elle ne cessait de repenser au geste de Steve et cela la rendait un peu plus dingue à chaque fois. Bientôt, sa tête se mit à tourner et elle eut un mal fou à tenir debout. Le moindre pas qu'elle tentait de faire devint un calvaire, ses jambes tremblaient et elle crut tomber à plusieurs reprises. Sa respiration était saccadée.

La porte claqua, la sortant de cette espèce de transe.

Elle eut tout juste le temps de mettre sa main devant son visage en tentant d'esquiver un objet tranchant qui la coupa dans la paume.

Elle se rendit compte alors du carnage qu'elle venait de causer, constatant les nombreux objets qui retombaient lourdement au sol dès lors qu'elle avait cessé d'être en colère.

- Oh mais ne t'arrête surtout pas pour moi, fit subitement une voix familière provenant d'un coin sombre.

Elle dut plisser les yeux et se concentrer un maximum pour apercevoir la personne qui venait de lui parler.

Bien qu'elle n'eut aucun mal à reconnaître la voix de Loki, elle crut d'abord à une hallucination en le voyant assis bien tranquillement sur une boite en carton.

Pourtant, après avoir frotté ses yeux, elle constata qu'elle ne rêvait pas. Il était bien là.

- Qu'est-ce que tu fiches ici ? Je croyais être seule.

Elle entendit sa propre voix résonner dans la pièce et fut surprise du ton froid et distant qu'elle avait employé. Ils n'étaient pourtant plus méfiants l'un envers l'autre, à présent.

Pourquoi était-elle sur ses gardes ?

- Eh bien, pour être honnête, j'essaye de fuir mon abruti de demi-frère qui a décidé de me présenter à son humaine… Et je trouvais ce placard idéal jusqu'à ce que tu n'entres pour y mettre le bazar.

Il n'y avait aucune animosité dans sa voix. Il semblait étrangement calme pour quelqu'un qui venait d'assister à un carnage.

Mais ce n'était pas ce qui étonnait le plus Makena. Il avait été honnête et ce n'était pas dans ses habitudes. Il semblait changé, d'ailleurs. Comme perdu. Ou désespéré ? Comme s'il ne savait plus trop où il en était.

- Désolée, je ne voulais pas te déranger !

Encore une fois, ce ton si dur.

Elle ne parvenait pas à se comprendre. Pourquoi restait-elle si tendue ?

Ce n'était que Loki, elle avait l'habitude de le voir à présent. Elle devrait être capable d'avoir un comportement agréable avec lui. Mais c'était plus fort qu'elle, elle n'avait aucune logique quand elle était près de lui.

Ce fut d'ailleurs la raison pour laquelle, lorsqu'elle le vit s'approcher d'elle, elle recula sans aucune raison. Elle sembla même le toiser du regard, comme pour tenter de comprendre la raison de cette tentative de rapprochement.

Il prit la peine de se justifier, continuant de fixer sa main de manière étrange.

- Tu t'es blessée.

Elle n'avait pas senti d'inquiétude mais une pointe de sarcasme. Evidemment, il se moquait d'elle comme toujours.

Alors, elle regarda à son tour sa main et vit l'entaille profonde qu'avait laissée le couteau après son passage.

A nouveau, le dieu malicieux tenta de se rapprocher et cette fois-ci, Makena le laissa faire. En un simple geste de main, l'entaille disparut laissant l'adolescente impressionnée.

Cependant, peu décidée à lui laisser l'occasion de se vanter, elle se contenta de lui faire un signe de tête pour le remercier. Puis, désirant être seule, elle voulut sortir de cette pièce.

Seulement, au moment où la porte aurait dû s'ouvrir, celle-ci resta bloquée. La fille Coulson tira une fois de plus. Toujours rien. Elle força sans que cela ne change quoi que ce soit.

Alors elle se décida à en faire part à Loki :

- Ehm… Loki ? Je crois que nous allons avoir un problème.

- Quoi encore ? râla-t-il, apparemment agacé.

Elle tenta une ultime fois, poussée par l'exaspération du jeune dieu. Sans conséquence.

- La porte refuse de s'ouvrir, répondit-elle, sentant une certaine tension dans sa propre voix.

Elle entendit des pas et ne prit pas la peine de se retourner.

Il arriva à sa hauteur et la poussa légèrement pour tenter de l'ouvrir à son tour. En vain.

Makena ne put réprimer un rire. Cette histoire était tellement clichée qu'elle se demandait si elle n'avait pas été écrite d'avance par une romancière fleur bleue. La jeune fille coincée dans une pièce avec l'objet de sa tentation, c'était du vu et du revu.

Pourtant, cette fois-ci, ce n'était pas un passage d'un stupide livre, c'était vraiment en train de se passer. Ils étaient coincés dans ce foutu endroit, trop grand pour être un placard et trop vide pour être une chambre ou même un bureau.

Et ce n'était certainement pas les tentatives de Loki qui allait les en faire sortir.

- Tu pensais que je plaisantais ou quoi ? finit par lancer Makena quand le dieu se décida enfin à voir la vérité en face et cessa de tirer sur la poignée.

- J'espérais juste que tu sois trop faible pour l'ouvrir, répondit-il exaspéré.

Makena ne prit même pas la peine de relever cette énième pique.

- Bien, on fait quoi maintenant ?

Après tout, c'était lui le génie diabolique. Il devait bien avoir un plan pour sortir de cet endroit…

Ou peut-être pas.

- Tu n'as qu'à essayer de la faire exploser, suggéra-t-il.

Mauvaise solution, ils le savaient tous les deux.

- Tu veux que je te rappelle ce qu'il s'est passé la dernière fois que j'ai fait exploser une porte ? Je suis morte !

« Et tu as dû me ramener à la vie ! » eut-elle envie de conclure, mais elle savait que ce n'était pas une bonne idée.

- Pourquoi ne pas le faire, toi ? proposa-t-elle, à la limite du désespoir. Avec ta magie, tu devrais y arriver.

Il y avait songé bien entendu. Cela lui aurait été aisé, d'ailleurs.

Mais être coincé dans cet endroit pour une durée indéfinie n'était pas une raison suffisante pour qu'il utilise son reste de magie.

Bien entendu, s'il disait cela à cette adolescente, elle ne risquait pas de comprendre.

- Je ne peux pas, ma magie n'est pas suffisamment élevée, mentit-il facilement.

- Tu plaisantes ?! rétorqua-t-elle, incrédule. T'arrives à soigner ma blessure mais pas à ouvrir une simple porte ?!

- C'est une porte blindée, se permit-il de faire remarquer.

Et pour avoir testé la solidité de ces machins-là, elle pouvait confirmer qu'il fallait beaucoup de force pour arriver à les faire exploser. D'où le fait qu'elle accepta de le croire.

De toute façon, s'il avait vraiment pu employer sa magie, il l'aurait fait. Elle était persuadée qu'il n'avait pas la moindre envie de rester seul avec elle.

Alors, désespérée, elle se résigna à aller s'asseoir dans un coin éloigné du dieu. Ils n'avaient qu'à attendre, quelqu'un finirait bien par passer par-là.

Oui, mais il ferait mieux de se dépêcher. En effet, si l'endroit semblait assez spacieux pour éviter une crise de claustrophobie, il y avait un problème malgré tout : il y faisait un froid de canard.

Et plus les minutes défilaient, plus Makena perdait la sensation de ses membres, en commençant par ses doigts.

- Merde ! fit-elle après plusieurs minutes de silence. Je suis morte de froid !

Elle entendit, alors, le rire de Loki et lui lança un regard aussi froid que l'était la pièce.

- Pourquoi tu ris ?! Tu te fous de moi, c'est ça ?!

- Non, j'ai juste compris ce qu'était cette pièce, fit-il un peu plus calme. Thor m'en avait parlé. Ils ont installé une salle d'entraînement qui leur permet de travailleur leur résistance au froid. Et nous sommes en plein dedans.

Maintenant qu'il le disait, cela semblait évident. La porte blindée, la présence de couteaux, ce froid glacial.

Mais pourquoi, alors, si elle semblait glacée, le dieu malicieux demeurait en parfaite forme ?

- Et pourquoi n'es-tu pas frigorifié, toi ? S'enquit-elle, curieuse.

- Je suis une Jotun, répondit-il comme si cela expliquait tout.

Mais face au regard perplexe de l'adolescente, il comprit qu'elle n'avait pas saisit le sens de sa réponse.

- Nous sommes habitués au froid, ajouta-t-il.

- Génial, lança-t-elle ironiquement. Donc en plus d'être enfermée dans une salle avec toi, je vais devoir supporter le fait que tu ne sois pas en train de mourir congelé, alors que moi, je deviens un glaçon.

Loki se contenta d'hausser les épaules, indifférent à la situation de la jeune fille et le silence revint. Du moins, jusqu'à ce que Makena le brise une nouvelle fois :

- Etant donné ta présence en ces lieux, j'en déduis que ta relation avec ton frère n'avance pas…

Le Jotun poussa un soupir en roulant des yeux.

- Tu vas jouer les psys, maintenant ?

- Eh ! Je me les gèle, alors je m'occupe comme je peux, répondit-elle légèrement agressive.

Elle pouvait bien s'occuper, seulement, impliquer Loki ne lui était pas autorisé.

Malheureusement, il commençait à la connaître et il savait qu'elle ne lâcherait pas l'affaire avant d'avoir eu une réponse claire et concise.

- Tu sais que c'est compliqué entre Thor et moi, lâcha-t-il finalement.

Il ignorait bien d'ailleurs la raison qui l'avait poussé à se confier à elle à plusieurs reprises.

C'était comme s'il avait confiance en elle. Ce qui était très étrange car c'était une femme, une humaine et une adolescente. Soit les trois choses que le jeune dieu parvenait le moins à comprendre. Et de ce fait, en qui il ne pouvait avoir confiance en temps normal.

Mais, avec elle, c'était à la fois si simple et si compliqué. Il lui était aisé de lui faire confiance, mais bien plus difficile d'en saisir les raisons.

Elle ne se confiait pas, elle. Pourtant, lui, il pouvait le faire et voulait le faire, des heures durant.

Il avait besoin de parler à quelqu'un. Et il voulait qu'elle soit ce quelqu'un.

Mais quelque chose le bloquait. C'était comme si, au fond, il savait que c'était impossible.

Il ne devait pas franchir cette ligne avec Makena. Le faire serait le rendre vulnérable. Elle deviendrait sa faiblesse. C'était trop risqué.

- J'ai cru comprendre, en effet, répondit la jeune fille, toujours aussi frigorifiée. Mais je pensais que vous passiez un peu de temps ensemble et que ça aidait vos rapports.

Elle avait vu juste, bien entendu. Mais un élément perturbateur venait gêner leur réconciliation : une humaine.

Cette idiote qui avait cru pouvoir rendre Thor un peu plus réfléchi et moins brutal. Elle avait perdu la raison, sans aucun doute.

Si même le dieu malicieux n'avait pas réussi, après tant d'années passées ensemble, comment pouvait-elle y parvenir ?

Thor était brutal et Loki était réfléchi, cela avait toujours été ainsi.

Et parce qu'elle avait pensé réussir là où le Jotun avait échoué, il ne pouvait que la haïr.

- C'est le cas, je n'ai juste pas envie de rencontrer sa… cette humaine.

Il avait eu dans l'espoir qu'elle ne note pas son hésitation, à la fin de sa phrase.

Malheureusement, elle était attentive. Et encore plus lorsqu'elle était congelée, apparemment.

- Tu n'arrives même pas à le dire ? se moqua-t-elle, sans gêne. Allez, Loki, fais un effort.

Il sentit que sa patiente était mise à rude épreuve. Mais bien décidé à la faire taire d'une manière ou d'une autre, il accepta sa défaite :

- Sa fiancée ! Satisfaite ?

Il entendit un ricanement très mignon, puis à nouveau le silence.

Une seconde ! Venait-il de qualifier le ricanement de Makena de « très mignon » ? Avait-il perdu la tête ?

Depuis quand utilisait-il ce terme, d'ailleurs ? Rien n'était mignon dans ce monde.

Même pas le léger rire si agréable que possédait sa compagne de « cellule ». Compagne qui n'était pas le moins du monde mignonne, bien entendu ! Tonnerre de… !

Il fallait définitivement qu'il change de sujet, qu'il cesse de penser à quoi que ce soit qui aurait pu être mignon.

- Et toi ? Quelle était la raison d'une telle colère ? finit-il par demander.

Makena fut surprise de l'entendre poser cette question.

Elle avait toujours songé que Loki était égoïste et égocentrique. Alors, il devait bien se moquer de connaître les raisons d'une telle colère...

D'ailleurs, rien qu'en y repensant, l'adolescente ne put s'empêcher de contenir ses émotions. Elle sentit le rouge lui monter aux joues et plusieurs pincements lui martelèrent le cœur, comme de fines aiguilles.

Rogers l'avait embrassée. A chaque fois qu'elle revoyait l'image dans sa tête, elle n'arrivait à contenir la rage qui lui tenaillait l'estomac. Elle essaya, tant bien que mal, de cacher ses sentiments et, une fois un peu plus calme, répondit :

- Rien de particulier…

C'était si peu crédible. Et le Jotun ne manqua pas de le faire remarquer :

- Une mauvaise menteuse qui tente de berner le dieu de la malice, on croit rêver.

Une fois encore, elle se sentit rougir, mais de honte. On n'apprenait pas à un vieux singe à faire la grimace, elle le savait. Alors, essayer de mentir à Loki, c'était tellement stupide.

- Peu importe, je n'ai pas envie d'en parler.

C'était déjà plus crédible.

Mais visiblement, le jeune homme était bien décidé à en savoir plus. Alors, avec toute la ruse possible, il essaya de deviner la raison d'une telle crise.

Cela aurait très bien pu être l'homme de métal, il avait le chic pour mettre les gens en colère.

Seulement, elle n'aurait eu aucune raison de rougir.

Ce n'était donc pas Stark.

En revanche, il en connaissait un autre qui parvenait à le mettre hors-de-lui et qui était plutôt proche de l'adolescente.

Le bon petit soldat.

- Qu'a osé faire cet affreux crapaud blond ? s'enquit-il, surprenant Makena.

Il semblait sûr de lui. A tel point que cela en était inquiétant.

Elle demeura interdite un petit moment, essayant de trouver une échappatoire, en vain. Il ne la lâcherait pas avant qu'elle ne lui dise.

Mais, elle n'avait vraiment pas envie.

- C'est tellement ridicule… même assez gênant, alors…

Elle leva la tête pour regarder Loki, toujours assis dans le coin opposé et se tut aussitôt. Il la fixait avec une telle colère.

Il ne parvint à se contenir et se leva, serrant les poings.

- Ne me dis pas que… !

Il s'empêcha de terminer sa phrase et l'adolescente comprit.

Il s'était imaginé le pire, bien entendu. Elle ne pouvait pas dire que cela ne l'étonnait pas, au contraire, elle était abasourdie de le voir agir ainsi. Mais, en même temps, c'était un peu de sa faute. Elle faisait tout un plat d'un simple baiser. Tandis que de son côté, Loki s'était de suite imaginé qu'il avait tenté d'aller beaucoup plus loin.

Et bizarrement, cela avait eu l'air de le rendre complètement dingue. Et ce qui était encore plus bizarre, c'était que Makena était presque ravie de le voir réagir de la sorte.

- En fait, il m'a embrassée, confessa-t-elle, en baissant la tête.

Le dieu desserra ses poings, un peu plus calme, même soulagé. Il avait cru que cet… que Captain America n'avait pu contenir ses ardeurs et avait tenté de s'en prendre à la jeune fille fragile qu'était la demoiselle Coulson.

Fort heureusement, il ne l'avait qu'embrassée.

Et maintenant qu'il le pensait, cela ne le soulageait pas tellement.

Elle avait dit qu'il l'avait embrassée, mais elle n'avait pas précisé si elle avait accepté ce baiser ou si, au contraire, elle l'avait refusé. Or, si elle l'avait accepté… Il n'osait même pas imaginer cette option.

- Et tu ne l'as pas repoussé ? S'enquit-il à bout de nerf.

Sa réponse semblait devoir contenir bien plus qu'un simple « oui » ou « non ». C'était une arme, la seule capable de blesser le dieu. Une lame tranchante susceptible de l'achever ou au contraire, de l'épargner.

- Sur le coup, je n'ai pas compris ce qu'il se passait, répondit-elle et cela ne rassura pas le Jotun. Après, je l'ai giflé…

Un soupir de soulagement s'échappa de la bouche de Loki sans qu'il ne puisse le retenir. Elle l'avait repoussé, au final.

Mais pourquoi semblait-elle honteuse de cet acte ? Après tout…

- Il l'avait mérité.

Makena releva à peine cette remarque, pas tellement convaincue.

- Peut-être… en attendant, il m'a volé mon premier baiser.

Et après cette confession qui sembla surprendre le jeune homme, elle rapprocha ses genoux et essaya de se réchauffer, en silence.

Seulement, Loki ne semblait décidemment pas prêt à se taire et bien au contraire, il éprouva un étrange besoin de la rassurer. Parce qu'il savait ce que c'était de ne pas pouvoir réagir face à quelqu'un décidé à vous embrasser. Parce qu'il se doutait que cette adolescente attendait bien plus qu'un baiser volé pour son tout premier. Et parce qu'il ne voulait pas qu'elle attache tant d'importance à cet échec évident.

C'était définitif, il se ramollissait en sa compagnie…

- A Asgard, les femmes n'avaient d'yeux que pour mon frère… commença-t-il par dire, capturant l'attention de la demoiselle. . Cela ne me dérangeait pas, bien entendu, j'étais trop plongé dans mes bouquins pour m'en intéresser… Je me souviens de la première fois où il a ramené une fille à la maison. J'ai complètement oublié son nom, il va s'en dire mais, je n'oublierais jamais la fierté d'Odin et sa tape amicale sur l'épaule de Thor… A l'époque, je me serais damné pour obtenir cette tape… C'est sûr que maintenant, ça paraît ridicule.

En effet, c'était ridicule. Pourtant, c'était la vérité, à cette époque il aurait fait n'importe quoi pour être le favori. Pourtant, il avait beau tout faire, Odin n'avait d'yeux que pour Thor.

Alors que Frigga, elle, était beaucoup plus juste et aimante envers Loki.

Et à présent, il avait perdu les deux. Son injuste de père adoptif et son aimante mère adoptive. Et bien qu'il aurait tout fait pour un peu d'admiration d'Odin, au fond, c'était Frigga qui lui manquait le plus.

- Alors quoi ? Tu es allé séduire une fille et tu t'es fait remballer ? le railla Makena, tout en montrant son envie d'en savoir plus.

Le dieu grimaça en se remémorant le mauvais souvenir qu'il s'apprêtait à dévoiler à l'adolescente.

- Non… c'est plutôt l'inverse. J'ai demandé à Thor de me présenter une fille, ce qu'il a fait de bonne grâce et je me suis retrouvé incapable de lui parler… Ca a été l'une des expériences les plus traumatisantes de ma vie.

La rouquine plaqua une de ses mains glacées sur sa bouche pour s'empêcher de rire.

Elle ne voulait surtout pas froisser le jeune homme. Si déjà il se dévoilait un peu à elle, elle ne devait pas se moquer.

Mais c'était plus fort qu'elle. Elle imaginait un Loki adolescent complètement perdu, incapable de dire un seul mot face à une demoiselle très étouffante.

Seulement, vu la tête qu'il tirait, il n'y avait pas une qu'une simple discussion. Et en se rappelant de sa propre expérience avec Rogers, elle comprit bien vite où il voulait en venir.

- Elle t'a embrassé sans ton consentement ?!

Elle semblait abasourdie. Et cela fit sourire le jeune homme.

- Disons plutôt qu'elle m'a littéralement sauté dessus. Elle était complètement folle. C'était, d'ailleurs, la seule fille qui n'était pas intéressée par Thor… J'aurai dû me douter que quelque chose clochait chez elle.

Oui, maintenant qu'il y repensait, c'était bien vrai.

Toutes les filles étaient folles de Thor, pas une seule n'était attirée par le dieu malicieux. Toutes semblaient sous le charme dès que le prince héritier bougeait le petit doigt. Toutes se moquaient bien de voir le fils adopté user de la magie. Elles étaient stupides, intéressée par l'or et le succès plutôt que par le véritable talent.

Alors, cette fille qui paraissait tant envoûtée par Loki ne pouvait être comme les autres. Elle avait quelque chose de différent. Il aurait souhaité que cela soit de l'intelligence. Non. C'était une pure folie.

Avant de l'embrasser, elle lui avait murmuré qu'ils pourraient dominer le monde ensemble. Et cela avait tant surpris le dieu, qu'il n'avait pu réagir face à ce qui avait suivi.

Finalement, peut-être était-ce à cause d'elle qu'il était devenu aussi dingue ? Et surtout, plein d'ambition.

Voyant que Loki commençait à devenir nostalgique, Makena décida de couper court à cette discussion :

- Alors, nous avons tous deux une mauvaise expérience de notre premier baiser.

Lorsqu'il entendit la voix de l'adolescente, il se rappela du lieu où il se trouvait et revint parmi les terriens.

Il aurait encore voulut rester perdu dans ses pensées plutôt que d'avoir à revenir ici. Dans cet endroit, enfermé avec la seule personne qu'il ne voulait pas côtoyer.

Enfin, il voulait l'utiliser pour son plan mais devenir ami avec elle… ce n'était pas son intention. Cela venait involontairement comme s'ils étaient poussés par une force inconnue. Deux aimants attirés l'un à l'autre.

Un long silence accompagna la conclusion de Makena. Jusqu'à ce que cette dernière se décide à demander :

- Et finalement, tu l'as eue cette tape ?

Le jeune homme la regarda un instant, ayant totalement oublié qu'il avait parlé de cela avec elle. Ce n'était pas d'une grande importance… Pourtant, elle avait tenu à le savoir.

Comme si elle s'intéressait à lui… Elle était étrange, parfois.

- Oui… et je suis resté encastré dans le mur un très long moment sans que personne ne puisse m'en déloger, fit-il remarquer en riant légèrement.

Il fut rapidement rejoint par le rire cristallin de la rouquine.

Il s'en souvenait comme si c'était hier. La tape amicale d'Odin s'était abattue sur lui comme un coup de Mjöllnir. Il avait atterri contre un mur et celui-ci avait pris sa forme, le coinçant entre les parois. La famille royale n'avait pu s'empêcher de rire, laissant le pauvre Loki dans ce mur trop longtemps à son goût.

Finalement, c'était Thor qui l'en avait sorti, supplié par Frigga. Elle pensait toujours à lui, à l'époque.

Parfois, il se surprenait à se demander si elle le faisait encore, maintenant. Maintenant qu'il était un paria, un étranger à leurs yeux.

Et le voyant, par le biais d'Heimdall, faire des efforts avec les humains… était-elle fière de lui ?

- Mais, je ne pense pas qu'il ait vraiment été fier de moi, ce jour-là, constata-t-il soudainement, sa voix moins assuré qu'habituellement.

L'adolescente n'avait pas fait attention au changement de ton du jeune homme.

- Évidemment, fit-elle toujours hilare, tu as ramené une folle à la maison !

Le regard glacial du dieu la calma aussitôt.

En fait, elle pensait qu'il se moquait bien d'avoir l'appui d'Odin mais c'était faux.

Il ne voulait pas que le trône. Il voulait la fierté de ses parents. Et savoir qu'il ne l'aurait jamais, le rendait amer, parce que triste.

Au fond, il était comme tous les enfants. Seulement, à la différence de beaucoup, il n'avait jamais connu que l'indifférence de son père.

Et c'était pourquoi il était devenu le vilain.

- Il le sera, quand tu trouveras ta véritable moitié.

Elle ignorait pourquoi elle avait tant besoin de le rassurer.

C'était plus fort qu'elle.

Comme ce sentiment de bien-être qu'elle avait en sa présence. Et celui de manque qu'elle ressentait loin de lui. C'était étrange, comme si elle n'était plus elle-même depuis leur rencontre. Comme s'il exerçait un pouvoir sur elle. Comme si l'univers entier n'avait plus d'importance. Juste lui. Uniquement lui. Et cela en était horrible.

Ne plus être capable de penser par soi-même. Ne plus pouvoir respirer, vivre sans songer au moins une fois à lui.

Il était partout. Dans chaque clignement d'yeux, chaque bulle d'air inspirée, chaque battement de cœur… Il était les barreaux de sa prison et le bourreau de son être.

Et elle haïssait cette sensation.

- Vous les humains, avec votre romantisme guimauve… remarqua-t-il, à la limite du dégoût.

Sa voix avait effrayé Makena qui en avait oublié jusqu'à sa présence.

Du moins, sa véritable présence, pas celle qui la hantait.

Mais finalement, sa remarque la fit rire.

Il ne pouvait pas savoir, lui. Il ignorait tout de l'amour. Elle n'arrivait pas à lui en vouloir d'en être dégoûté. Tout ce qu'il connaissait, ce n'était que la haine et le mépris.

Pour lui, l'amour était une faiblesse.

Pour elle, ce n'était rien à la vérité.

Elle avait vu des films et lu des livres sur le sujet, bien entendu. Mais elle n'avait jamais ressenti le véritable amour. Alors, est-ce que cela existait réellement ? Ou n'était-ce qu'une stupidité partagée ? Si elle doutait de sa présence, cela faisait-il d'elle une condamnée ?

Ces histoires la faisaient se perdre dans ses pensées. Elle n'avait même pas remarqué que son rire avait fini par tourner au grelottement.

Elle était tellement gelée qu'elle en brûlait. Ses paupières la suppliaient de les laisser se fermer. Son souffle même paraissait froid. Elle ne sentait plus ses mains, ni ses pieds, ni ses lèvres… Elle tremblait sans pouvoir se contrôler et parfois, se surprenait à pousser un petit cri, causé par un énième frisson.

La voir dans cet état aurait pu être supportable pour Loki. Il aurait très bien pu la laisser mourir de froid. Il ne se serait certainement pas senti coupable une seule seconde.

Du moins, cela aurait été le cas, s'il n'avait eu cet horrible sentiment. Pas de culpabilité, pas de pitié… Juste un besoin irrépressible de la réchauffer. Il ne voulait pas qu'elle meure de froid.

Ce serait une mort trop bête pour une demoiselle au don si puissant. Et puis, elle devait encore lui servir.

Alors, contrôlant chacun de ses pas pour s'empêcher de venir trop rapidement vers elle, il s'approcha et s'assied à côté de la rouquine.

Elle le regarda faire sans rien dire, étant incapable de produire le moindre son.

Sans la regarder, le dieu retira sa chemise, laissant dévoiler un torse nu aussi parfait que s'il avait été sculpté dans le marbre. Il aida ensuite Makena à s'en vêtir. Cela ne la réchauffa pas suffisamment, bien entendu.

De ce fait, sans la laisser réagir d'une quelconque façon, il la prit dans ses bras. Un peu trop brutalement.

Il ne savait pas comment faire. Il savait juste qu'il avait encore besoin d'elle. Elle ne devait pas mourir. Et comme elle n'avait pas la force de se débattre, il lui fut aisé de la garder dans ses bras.

Elle tenta de lui demander des comptes, mais il la somma de se taire.

Il avait cru comprendre que sa chaleur corporelle était capable de la réchauffer. Et en effet, bientôt, la rouquine ne ressentit plus le froid de la pièce. Elle n'entendait plus que son cœur battre à l'unisson avec celui du dieu.

Si son cerveau la suppliait de ne pas se laisser faire, son être entier lui criait de rester là, sans bouger. Et bien entendu, elle préféra écouter son être, laissant ses yeux se fermer, sans pouvoir les empêcher.


Un bruit semblable à une porte coulissante se fit entendre et Makena s'efforça d'ouvrir les yeux pour y voir plus clair.

Qu'elle ne fut pas sa surprise de découvrir un Tony Stark sous le choc.

Tentant de se souvenir de la raison pour laquelle elle se trouvait ici, l'adolescente analysa la pièce. Et soudain, tomba sur le visage parfait de Loki, à quelques centimètres du sien.

Elle se redressa aussitôt, se relevant à une vitesse folle et manqua de tomber.

- Je peux tout vous expliquer ! tenta-t-elle de dire, se rattrapant à l'homme de métal.

- Je me demande bien comment vous comptez expliquer ça, lui répondit-il, perplexe.

Il indiquait un point derrière elle, mais l'adolescente refusa de se retourner.

Elle savait parfaitement ce qu'il se trouvait derrière : un dieu torse-nu à moitié endormi.

Et elle-même n'avait aucune idée de l'explication qu'elle pourrait donner à Stark, sans paraître pour une idiote.

De toute façon, elle n'en eut pas besoin, Loki s'en chargea pour elle.

- Nous avons passé une nuit assez chaude, malgré le froid glacial de la pièce… il n'y a rien d'autre à dire.

Il avait été très sérieux, si bien que cela avait surpris la rouquine qui s'était retournée aussitôt.

Il était en train de remettre sa chemise sans faire attention au regard assassin de Makena.

La jeune fille tenta, alors, un coup d'œil en direction du millionnaire. Il ne semblait pas plus surpris que cela.

Aurait-il cerné la blague ? Ou alors, avait-il compris quelque chose que même Makena ne semblait pas comprendre ? Quelque chose qui se transformait à l'intérieur du dieu… Comme si Loki n'était plus le même.

L'avait-il vu lui aussi ? Etait-ce possible que Stark fasse attention à autre chose qu'à lui-même ?

- Si vous répétez ça à qui que ce soit… commença-t-elle, d'un ton qui se voulait menaçant.

Et alors, coupant l'adolescente dans son élan, Tony fut pris d'un fou-rire incontrôlable.

Makena n'en comprenait pas la raison. Etait-ce sa menace ou la situation en elle-même ?

Il finit par se reprendre.

- Je crois que même si je le répétais à quelqu'un, il ne me croirait pas !

Puis, il repartit de plus bel avant de s'en aller sans demander son reste.

Bizarre… Et en même temps, il était vrai que la situation avait quelque chose de comique.

Surtout parce que Makena avait l'air tellement paniqué, comme si elle était coupable de quelque chose. Alors qu'elle n'avait rien fait de mal. Elle avait juste été enfermée par inadvertance dans une pièce gelée avec le dieu de la malice.

Le fait qu'il se retrouve à tenter de la réchauffer et que cela prête à confusion n'était pas de sa faute. Elle n'y pouvait rien…

Mon Dieu ! Elle s'était retrouvée plaquée contre le torse nu du dieu… Elle n'avait même pas réalisé.

Mais pourquoi ? Pourquoi avait-il essayé de la sauver ? Qu'avait-elle de si spécial pour qu'il l'empêche de mourir à deux reprises ? Voulait-il son don ou plus ? Elle avait besoin de réponses...

Mais alors qu'elle allait lui poser ses questions, elle le vit passer devant lui.

Il quitta la pièce sans aucun commentaire, comme si rien ne s'était passé.

Elle n'arrivait définitivement pas à le cerner…


Tadam ! Enfin, enfin ! Le premier rapprochement entre Loki et Makena (et certainement pas le dernier ;p) :D

Et cet enfoiré de Captain America qui viole les lèvres de Makena O_O c'est trop, je ne peux le supporter haha !

En tous cas, zespère que vous avez aimé :)

Je vous aime mes reviewers d'amour héhé !

Lokena au pouvoir ! ;D Ciao, ciao, ciao :)