Avoir accès.
Aux premières lueurs de cette journée, Clarke ne pensait pas qu'il ferait aussi chaud aujourd'hui. Même si l'après-midi a bien commencé, le soleil est toujours aussi haut dans le ciel. En dirigeant sa vue vers le firmament, Wanheda est déçue de n'y trouver aucun nuage. Pourtant, un rafraîchissement d'air aurait été bien accueillit mais malheureusement, personne ne peut influer sur la météo du moment. Dommage, se dit-elle car Clarke avait une multitude de choses à faire.
Voulant rester au frais tout en étant active, la femme aux cheveux blonds a opté pour une excellente décision : elle se déplacera dans les sous-sols de Polis. Après avoir sommeillé plusieurs minutes dans le début de l'après-midi, l'ancienne habitante de l'espace s'est mise en route. Toutefois, après s'être glissée dans un corridor souterrain, sa gorge est agressée par l'humidité et la moisissure des lieux. Sur le moment, elle a bien failli faire demi-tour. Néanmoins, l'urgence qui anime son campement d'origine a vite pris le dessus sur ses réticences.
Tout en progressant, une autre idée fut très vite couronnée : celle de ne pas avoir apporté de lumière. Avec la chaleur qui règne dehors et que Clarke voulait fuir à tout prix, pas besoin d'en rajouter. En tout cas, la fraîcheur de ce couloir est bienfaitrice et elle ne tarde pas à regretter d'être missionnée. Parfois, selon où la fille d'Abigail pose ses pieds, des couinements et des mouvements sont perçus. Pourquoi Lexa s'est-elle gardée de lui dire que les souterrains étaient habités par des rats ?
Remarque, il serait stupide d'en avoir peur. Par moment, grâce aux trous creusés dans les parois, Clarke peut les éviter. Alors qu'elle pensait être tranquille avec ces bêtes, la femme ne se rend pas compte de l'arc en pierre sous lequel elle passe. Hélas, des rongeurs mènent une vie dessus et deux d'entre eux sont actuellement en train de se battre. A l'instant même où la guerrière passe sous leur niveau, l'un d'eux tombe et échoue sur son épaule gauche.
Sentant le poids soudain, Clarke regarde et ne tarde pas à paniquer. Aussitôt, elle oublie d'avancer et se met à sautiller sur place tout en essayant de retirer la bestiole avec ses mains. Dès que le rat se pose maladroitement sur le sol poussiéreux, il ne s'attarde pas plus longtemps. Débarrassée de la créature, Wanheda s'accorde un répit. Néanmoins, une réflexion traverse son esprit.
- Avoir peur d'un rat alors que je me suis battu contre bien plus pire.
Soudain, ses oreilles perçoivent un bruit sur sa gauche. Même en tournant son visage dans cette direction, Clarke ne voit rien et se rend compte qu'elle a fait un sacré bout de chemin depuis cette mésaventure. La pénombre dans laquelle est plongée l'entrée ne facilite pas la tâche. Après tout, c'est peut-être son imagination qui lui joue des tours. Avec du recul, il est temps d'achever cette promenade dans cet endroit lugubre.
Reprenant sa marche, la compagne de Lexa se montre plus attentive. Elle ne tient pas à revivre une nouvelle frayeur mais bizarrement, ses pas semblent émettre un écho. Intriguée, l'ambassadrice se met sur ses gardes et avance plus lentement. Lorsque son doute se fait plus oppressant, une initiative se manifeste. Souriant au piège qu'elle va tendre, la fille d'Abigail continue d'avancer.
Toutefois, au lieu de poser son pied sur le sol comme elle le faisait depuis son entrée dans ce couloir, son membre reste en suspens. Dans son dos, un pas se fait entendre, la confortant dans ses craintes. Aussitôt, Clarke tourne sur ses talons et cette fois, elle remarque une silhouette parmi le jeu de lumières et de ténèbres. En se concentrant, la femme s'aperçoit que le personne qui vient de la rejoindre a des cheveux courts et ébouriffés. Par contre, niveau stature, cette ombre ne pèse pas de mine.
Si jamais une confrontation doit avoir lieu, elle pourrait peut-être avoir le dessus. Ne voulant pas se faire surprendre, elle glisse l'une de ses mains dans son dos. Là, elle s'empare du manche de son poignard.
- Tu n'es pas très discret.
- Excuse-moi.
A cette voix, Clarke sait à qui elle a affaire. Raison supplémentaire de garder le poignard à portée de doigts.
- Qu'est-ce que tu veux Murphy ?
- Je dois discuter avec toi car tu es la seule qui peut m'aider.
Tout en formulant cette réponse, l'homme s'est approché. Cependant, il garde une certaine distance avec la protégée de Lexa car il sait de quoi elle est capable. Par contre, Clarke n'est guère enchantée d'être seule avec lui. Parfois, John peut se révéler être une aide précieuse alors qu'à d'autres moments, c'est une véritable menace.
- Que veux-tu ? Lui demande-t-elle.
- Est-il possible de solliciter Lexa pour me rendre un service ?
- Pourquoi tu ne le fais pas toi-même ?
- D'après les renseignements que j'ai obtenu, ta belle est la seule qui en possède.
- Vraiment ? Et d'où te viennent ces renseignements ?
- De l'apothicaire.
Clarke sait depuis longtemps qu'un tel commerçant existe à Polis. Toutefois, l'occasion de faire sa connaissance ne s'est jamais présentée. C'est dommage dans un sens. Etablir une relation de confiance avec un tel homme peut s'avérer efficace. Par contre, de quoi cet homme a-t-il pu discuter avec Murphy ? Elle se doit de le découvrir en cas si celui qui se tient face à elle prépare un mauvais coup.
- Je t'écoute, finit-elle par dire.
- Je recherche les racines d'une plante bien précise.
- Juste des racines ?
- Oui.
Cette information l'étonne beaucoup. Si Murphy cherche uniquement des racines, en quoi cela représente une menace ? Peut-être que cette sollicitation cache autre chose…
- Pourquoi ces racines ?
- Pour m'en faire des infusions, répond-il. Depuis plusieurs jours, je suis victime de douleur à l'abdomen et …
- A l'abdomen dis-tu ?
Cette douleur relève de ses compétences. Voulant lui offrir une petite auscultation, Griffin s'approche de Murphy. Se doutant de ses futures actions, l'homme ne souhaite pas se laisser faire et recule de plusieurs pas. Devant un tel comportement, Clarke s'interroge.
- Que fais-tu ?
- L'apothicaire m'a dit que le simple fait d'être touché pouvait aggraver ma situation.
- Tu plaisantes ?
Suite à cette explication, Wanheda demeure sceptique. Aucun doute, le garçon qui se trouve à se proximité est en train de mentir. Pourquoi agit-il ainsi ? Si cela se trouve, les propriétés de ces racines sont particulières mais reste à savoir lesquelles.
- Et ces racines t'aideront à te sentir mieux ?
- Oui et j'en ai besoin maintenant.
Là, Clarke s'autorise un sourire narquois. Comme par hasard, la requête de Murphy se veut pressante alors que son mal dure depuis plusieurs jours, d'après les dires de ce dernier. Désolé mais il devra attendre. En effet, la demoiselle a d'autres projets pour la journée et l'aider n'en fait pas partie.
- Je suis navrée mais tu vas devoir te débrouiller sans moi.
- Quoi ?
Visiblement, ce qu'il vient d'entendre n'a pas l'air de lui faire plaisir. L'ambassadrice s'en fout totalement et comme pour lui prouver, elle se détourne de lui. Alors qu'elle commence à faire des pas, des doigts s'enroulent autour de l'un de ses bras. L'étreinte se veut forte et cette attitude énerve la blonde. Sans se retourner, celle-ci siffle entre ses dents.
- Lâche-moi !
- Alors que j'ai besoin de toi ? Tu plaisantes ?
D'un brusque mouvement, Clarke se libère et fait face à Murphy. Puisque ce dernier s'est autorisé certaines manières, pourquoi devrait-elle faire preuve de courtoisie ?
- Tu dis que tu as besoin de moi alors que tu souffres depuis plusieurs jours ? Dis plutôt que tu tentes de me manipuler.
- Pas du tout et puis je n'oserai pas.
- Pardon ?
La demoiselle retient un rire. Depuis quand cet homme est devenu un modèle de vertu ? A chaque fois qu'il se lance dans une série d'action, on peut être sûr que les répercussions seront terribles. Non, il devra faire sans elle. Alors que Griffin fait un pas de côté pour poursuivre sa route, John s'interpose.
- Tu es vraiment décidé à jouer avec mes nerfs non ?
- Je viens de te le dire, j'ai besoin de toi.
- C'est faux et tu le sais aussi bien que moi. En réalité, tu mijotes encore l'un de tes plans tordus et c'est pour cette raison que tu te montres aussi lourd.
Clarke tente d'avancer mais à chaque fois, John imite ses déplacements. A force de jouer avec sa patience, la blonde perd le contrôle et l'empoigne au col. Cependant, pour lui faire comprendre qu'il abuse trop, elle veille à placer la lame de son poignard sur sa gorge. Suite à cette réaction excessive, Murphy lève les mains.
- Doucement Clarke, tu vas réussir à me faire du mal avec ton jouet.
- Et si c'est ce que je cherche à faire ? De toute façon, tu vas devoir te montrer patient car ce n'est pas maintenant que je vais me pencher sur ton cas.
- Ha bon ? Qu'as-tu de plus important à faire ?
- Me rendre à Arkadia pour informer ma mère et Marcus.
- Et c'est plus important que mon état de santé ?
- De très loin. Maintenant, gardes-toi de croiser mon passage à l'avenir.
Excédée et espérant avoir été suffisamment claire, Clarke repousse John et reprend sa route. Malheureusement, le garçon ne désire pas en rester là.
- Et si je te disais que j'avais besoin de ces racines pour le bien d'Arkadia ?
Là, Clarke rigole et s'arrête par la même occasion. En posant cette question, John admet qu'il était en train de mentir depuis le début comme elle s'en doutait. Parfois, un poing dans sa gueule pourrait constituer une solution très séduisante. Remarque, avec toutes les raclées qu'il s'est pris jusque là, l'effet de telles corrections doivent être amoindrit.
- Même si c'était vrai, je ne ferais rien.
Bien décidée à s'éloigner de ce mauvais garçon, Clarke reprend sa route pour la énième fois. Au bout d'une dizaine de pas, John se place une nouvelle fois devant elle et pose un genou sur le sol. Levant les yeux pour les plonger dans ceux de la jeune dame, Murphy espère que ce comportement sera suffisant pour la convaincre.
- Dis-moi ce que je dois faire pour les obtenir !
- Me foutre la paix serait un bon début.
Alors qu'elle avance, l'ennemi de Bellamy s'empare de son poignet gauche afin de la retenir. Devant cette ultime tentative, quelque chose explose dans le cerveau de Clarke. Rapidement, un coup part suivi d'un bruit de chute. Lorsque Murphy gesticule sur le sol, les mains portées à son visage, la fille d'Abigail se sent beaucoup mieux.
- Tu penses vraiment qu'à ta petite personne, lui lance-t-il.
- Alors que je suis attendu à Arkadia pour travailler sur l'accord de paix ? C'est plutôt toi l'égoïste de nous deux puisque tu me barres la route dans l'espoir de monter ton plan pervers.
- Mon plan pervers ? Je suis incapable de songer à un tel projet.
- Bien sûr, tu es l'innocence incarnée.
- Un problème Clarke ?
Quand la blonde se retourne au son de cette troisième voix, elle voit Lexa s'approcher. Cette dernière est accompagnée de quelques guerriers et sur le moment, Wanheda est très heureuse. Néanmoins, elle n'est pas au bout de ses surprises lorsque Murphy se met debout et prend la parole.
- Tu tombes au bon moment Lexa, Clarke avait quelque chose à te demander.
- Est-ce vrai ? Demande la commandante des natifs.
Lorsqu'elle s'arrête face à l'ambassadrice, celle-ci peut lui répondre tout en maudissant que le garçon qui ne cesse de l'importuner.
- Ce n'est pas moi qui désire te solliciter mais lui. Depuis plusieurs minutes, il m'empêche d'avancer alors que tu sais où je suis attendue.
- Arkadia, poursuit Lexa avant de continuer. Que veut-il ?
- Réponds à sa question, adresse Clarke à l'attention de Murphy.
Ce dernier se montre subitement silencieux et ce calme dure une bonne poignée de secondes. Toutefois, cette tranquillité venant de sa part et dont il sait faire preuve ne dure guère longtemps.
- Je n'ai rien à lui demander.
Face à cette réponse, Clarke serre les poings. Une nouvelle envie de le frapper se manifeste mais la guerrière doit se contenir.
- Sale menteur ! Tu veux absolument que j'intervienne auprès de Lexa pour te procurer ces maudites racines.
- Des racines ? S'étonne la bienfaitrice des natifs.
- Oui. Au bout début, il m'a fait croire qu'il était victime d'une douleur depuis une semaine et que c'était pour cette raison qu'il en avait besoin. Cependant, avant que tu arrives, il avait déjà changé de version.
- Venant d'un serpent, ce n'est guère étonnant.
- Je ne suis pas un serpent, se défend Murphy.
- Pourtant, tu n'arrêtes pas de mentir, lui répond Lexa.
- Toujours d'après ses dires, continue Clarke, tu es la seule détentrice à l'heure actuelle.
- Qui lui a dit ?
- L'apothicaire de Polis.
- Je vois.
Lexa ne laisse rien transparaître sur son visage. Après tout, l'homme qui utilise les plantes à des fins commerciaux n'a fait que répondre à certaines questions. De plus, ce commerçant ne se doutait pas que le jeune homme qui se tenait devant lui était particulièrement dérangé. Maintenant, reste à connaître le nom de cette plante mais la gouvernante des natifs a déjà une petite idée.
- T'a-t-il donné d'autres informations ?
- Non.
- Merci de ta franchise, Clarke.
Désormais, Lexa plonge son regard dans celui de Murphy. Tout en l'observant, la femme espère entendre le fameux nom afin de sceller son destin par la même occasion. Après tout, John n'est pas un saint et ses méfaits sont parvenues jusqu'aux oreilles de la protectrice de Clarke. D'ailleurs, cet être n'a pu s'empêcher quelques coups tordus une fois arrivé à Polis. Oui, ce mec mérite une bonne leçon.
- Quel est le nom de cette plante ? Lui demande-t-elle.
- Le lierre des montagnes brumeuses.
Sans avoir prononcé le moindre mot, Lexa voit ses hommes se placer autour de Murphy. Ce dernier est immobilisé mais ne s'inquiète pas pour autant. De son côté, Clarke ne comprend rien à la situation.
- Cette plante est une déclaration de guerre à elle toute seule, renseigne la native.
- Vraiment ? Se questionne Wanheda. Quelles sont ses propriétés ?
- Une fois infusées, les racines délivrent une toxine qui a le pouvoir de plonger ses victimes dans un état second. Administrer à fortes doses, elle fait de ses cibles de parfaites marionnettes.
- Des marionnettes ?
En guise de réponse, Lexa hoche positivement de la tête. Se demandant bien ce qu'il prépare, Clarke se place aux côtés de son amie. Ainsi, elle peut observer plus attentivement son harceleur et tenter de percer ses véritables intentions.
- Pourquoi cherches-tu ces racines ?
Murphy conserve le silence, ce qui n'arrange pas celle qui vient de l'interroger. En tout cas, elle a bien fait de ne pas lui venir en aide car l'ambassadrice n'ose imaginer la situation délicate dans laquelle elle aurait pu se mettre par sa faute.
- Que va-t-il lui arriver ?
- Il sera placé dans une cellule tant que je serais dans l'ignorance.
- Une correction est prévue ?
- Tu aimerais ?
- Oui.
- Clarke !
Avec une certaine brusquerie, John parvient à se délivrer des gardes de Lexa pour plonger aux pieds de la fille d'Abigail.
- S'il te plaît Clarke, ne les laisse pas me faire du mal, implore-t-il.
- Alors que tu avais prévu d'en faire à d'autres ? Dommage que je ne sois pas là à l'instant même où cette correction débutera.
- Tu es ignoble.
N'en pouvant plus de ses insultes, la blonde s'avance d'un pas avant d'attraper les cheveux de Murphy. Ensuite, sans crier gare, la guerrière lui enfonce l'un de ses genoux au visage. Là, un craquement se fait entendre aussitôt suivi d'un hurlement de douleur. Le souffrant s'est alors écroulé sur le sol et se tient le visage entre ses mains tandis que Clarke sourit.
- Cela t'a fait du bien ? Lui lance Lexa.
- Oui. Tu crois que je peux te le confier le temps de mon absence ?
- Bien sûr.
Les gardes de la native attrapent Murphy par les bras et le soulève. Sous cette action, le garçon est obligé de retirer ses mains et dévoile, par la même occasion, l'étendue des dégâts.
- Allez-y doucement les gars, je suis mal en point.
Pour une fois que c'est réellement le cas… Tandis que les hommes s'éloignent afin de placer leur captif en cellule, Clarke reste seule avec Lexa.
- Tout ira bien ? S'inquiète le commandant.
- Oui. Par contre, j'ai une question.
- Je t'écoute.
- Pourquoi conserver de telles plantes ?
- Pour mes ennemis les plus récalcitrants. Par contre, je veille toujours à l'utiliser en dernier recours.
- Et tu en as déjà fait usage sur moi ?
- Bien sûr que non et je suis surprise d'entendre une telle question venant de toi.
- Je suis désolée.
- Nous en discuterons à ton retour.
Lexa s'approche de Clarke et se permet un baiser furtif. Ensuite, la native tourne sur ses talons afin de rejoindre ses hommes. Quelques minutes plus tard, elle disparaît totalement alors que la blonde se sent mieux. Maintenant que la menace du nom de Murphy est écartée, elle va pouvoir reprendre sa route. Tout en marchant, la femme espère qu'aucun problème supplémentaire sera sur son chemin, ni à Arkadia.
Cependant, son esprit demeure occupée et pendant son trajet, Clarke n'arrive pas à s'en défaire. Que voulait faire John ? Si les effets de ces racines sont réellement hypnotiques, qui allait être sa victime ? Pourvu que Lexa arrive à lui faire cracher le morceau et qu'elle parvienne à prévenir l'ambassadrice à temps. Et si ce n'est pas le cas, cette dernière se doit de trouver une réponse. Peut-être qu'une personne à Arkadia sait de quoi il retourne ?
