AN: Je suis vraiment désolée d'avoir pris du retard- je pensais ajouter ce chapitre lundi ou mardi mais à vrai dire j'ai eu un mal de chien à l'écrire. Du coup il est probablement un peu bâclé- en plus d'être court. Je me rattraperai sur le prochain- promis.
Avatar, last airbender appartient encore et toujours à ses créateurs et à Nick.
Chapitre neuf: Suki
Le bonheur de Suki se composait et dépendait de trois choses : son mari, ses enfants et son île. Retirez un élément et son monde s'effondre. Par chance, aucune menace n'avait pesé sur l'un de ses trois trésors au cours des dernières années. Du moins, aucune menace qu'un bon coup d'éventail n'eût fait fuir.
Elle avait tendance à se considérer comblée et remerciait quotidiennement l'Avatar Kyoshi de veiller sur elle.
Ses enfants étaient considérés dans l'île comme trois petits prodiges- mais la mentalité chaleureuse et accueillante des habitants de Kyoshi n'était surement pas étrangère cette réputation- Tobekka, l'ainé, montrait, du haut de ses neuf ans, une grande aptitude et d'excellents réflex pour les arts martiaux. Les autres guerrières Kyoshi en avaient fait une sorte de mascotte et le petit garçon affichait un plaisir sans égal à mimer les mouvements lents et précis, barbouillé de farine pour faire « comme maman parce qu'elle est la plus forte et qu'elle va te botter le si t'es pas d'accord ».
Keheko, même s'il était fasciné par les épées, sabre, et autres choses coupantes et dangereuses entre des mains maladroites, se révélait quand il accompagnait son père dans son atelier et qu'ils se mettaient à fabriquer toutes sortes de machines. Son ingéniosité et ses remarques avaient permis, notamment, la création du « briquet ».
Il avait fallu du temps, après la guerre, pour que Sokka recommence à inventer, seule activité, à part la chasse (où il n'excellait pas, pour rester honnête) qui permettait à son cerveau de se sentir pleinement occupé et focalisé. Mais l'utilisation que la Nation du Feu avait fait de son ballon l'avait dégouté de ses propres idées. Ce qui l'avait rendu à son atelier et à ses plans, c'est un petit défi que le Seigneur du Feu Zuko lui avait lancé, l'air de rien, en insistant lourdement sur les doutes qu'il émettait quant à la possibilité de trouver une solution. Il s'agissait de démanteler l'armada de la Nation et de trouver une utilité, sinon aux bateaux, au moins aux matériaux dont ils se composaient. Sokka y avait travaillé six mois.
Enfin, Meda, le cadet. Meda était d'un tempérament plus posé que ses frères, plus serein- en temps normal. Meda, quand ses deux ainés le titillaient, le houspillaient ou l'ignoraient était capables de colères ravageuses- agrémentées de jet de boues. « Hey, il ressemble à sa tante, c'est pas ma faute » disait Sokka en haussant les épaules. Meda semblait maitriser la terre… ou l'eau. Il montrait en tout cas une attirance particulière et mystérieuse pour la boue. Avec le temps il devrait affiner son don et montrer quel élément il commande. Quel qu'il soit, il aurait à sa disposition le plus grand maitre vivant pour lui apprendre à contrôler son pouvoir.
Sokka avait accepté de venir s'installer sur Kyoshi avec Suki. Elle avait d'abord été surprise : il avait tellement eu le mal du pays pendant leur « grande aventure » qu'elle avait supposé qu'il retournerait au pôle Sud et n'en partirait plus. Mais ses contrées natales lui inspiraient une sorte de nostalgie amère et il affirmait que sa vie n'était plus dans les tribus. Même s'il aimait la neige, les étendues sauvages et éperdument bleues, les cassolettes de prunes d'eau et de kumquats… il avait trop perdu là-bas…
Il avait perdu une mère au pôle sud et une femme au pôle nord. Il en voulait au décor pour ne pas en vouloir aux hommes.
Suki savait qu'il arrivait à son mari, parfois, de parler à Yue, son esprit accompagnant celui de la Lune, elle semblait veiller sur lui. Si Suki avait voulu tout savoir sur son mari, il lui aurait suffi de l'écouter lors de ses monologues. Il lui racontait ce que ses fils faisaient, ce que le monde devenait grâce aux efforts conjugués des trois nations ; il demandait conseil à la déesse mais elle restait silencieuse ; il confessait aussi ses erreurs. Suki avait une seule fois écouté -par inadvertance- ces prières nocturnes. Plus jamais elle ne s'y risquerait. Sokka ignorait que sa femme avait remarqué cette habitude, ce culte- quoi qu'il en pense- et qu'elle le respectait assez pour ne pas en parler.
Comme le monde restait en paix et en équilibre avec quatre éléments et quatre nations, Suki avait trouvé sa balance et son bonheur auprès de ses enfants, son époux, et son île.
Sokka avait reçu des nouvelles de Katara par l'oncle Iroh. Il avait tenu à informer Maitre Sokka de l'épreuve que sa sœur traversait et l'assurer que le Seigneur du Feu prenait les choses en main.
- Je n'en doute pas… avait grinché Sokka, sarcastique.
Par ailleurs, le vieux général annonçait l'arrivée « d'amis » très prochainement à Kyoshi, en transit pour Omashu où l'Avatar attendait des soins.
Le bateau à voile, l'un des modèles dessinés par Sokka, entra dans le bassin de l'Unagi en fin d'après-midi. Les insulaires saluaient les nouveaux arrivants avec leur habituel enthousiasme. Peu de bateaux venaient dans l'île en cette saison : celui-là devait porter leurs « amis » à son bord. Sokka et Suki avancèrent vers le port, Meda sur les talons.
- Je me demande ce qui va encore nous tomber sur la tête… grogna Sokka
- Pourquoi tu dis ça ? s'étonna Suki en hissant son jeune garçon dans ses bras.
- J'ai un mauvais pressentiment. Et mon instinct ne me trompe jamais ! assura le guerrier.
Une demi-heure plus tard, le voilier accostait et le capitaine Rienzo, connu à Kyoshi comme un beau parleur bourreau des cœurs, fit sa joyeuse entrée. L'équipage pourvoyait à ses taches habituelles avant de descendre pour un tour en ville. Enfin Toph apparut sur la passerelle accompagnée d'un inconnu et de Katara.
Quand elle vit sa belle-sœur et amie, Suki, guidée par cette sorte d'instinct que jamais Sokka ne pourrais comprendre, cette communion de femmes inexplicable, cette connexion de mères- probablement due aux hormones- ne put penser qu'une chose « Le bébé ! ». En effet, Katara semblait en pleine forme, ses cheveux noué en une longue tresse comme lorsqu'elle avait quitté le pôle sud, dix ans plus tôt, et aussi mince et gracieuse qu'à l'époque. Elle arborait un visage serein et un ventre plat… Où était le bébé ? Suki serra contre elle le petit Meda comme s'il allait s'envoler.
Toph et son compagnon faisaient déjà face à Sokka. Suki s'apprêtait à s'avancer vers Katara mais Sokka la retint d'une main ferme et s'approcha de la jeune maitre de l'eau d'un air sévère. Toph souriait étrangement. Katara regardait s'avancer son frère, étonnée probablement elle aussi par son comportement réservé.
Sokka se pencha très près de la jeune femme, le regard critique, comme lorsqu'il affutait son épée et qu'il fermait un œil et l'alignait à la lame pour s'assurer de son tranchant. Enfin il dit :
- Toi… tu n'es pas ma sœur.
Il se retourna un peu désorienté vers Toph
- Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Je te présente Maneka, le sosie de ta sœur, de sept ans sa cadette.
Toph réserva l'explication pour plus tard, dans un endroit plus discret. Suki s'était approchée de son mari et, effectivement, en voyant Maneka de si près, elle remarquait que la jeune fille n'était pas Katara. Elle avait le nez plus pointu, le visage plus rond. Et quelque-chose en moins dans le regard, que seul Sokka avait pu détecter à la seconde même où il la vit.
- La ressemblance est extraordinaire, souligna Suki.
- Et elle n'est pas que physique, assura Toph
- Les esprits sont contre moi ! s'exclama Sokka. Deux Katara !
Il se tourna enfin vers Jee, le passa au scanner de ses yeux bleus tandis que le jeune homme, intimidé de se trouver en présence du grand Maitre Sokka, restait planté les bras ballants et n'osant soutenir son regard. Mais l'expression dure du guerrier s'était déjà volatilisée pour laisser place à un grand sourire.
- Tu es élève auprès de Piandao.
- Oui, monsieur.
- Et tu t'appelles ?
- Jee, monsieur.
Toph intervint à ce stade de l'interview en clamant :
- Oh Sokka, laisse donc l'Estafilade tranquille, tu vois pas que tu lui fais peur ?!
Et les joues du jeune homme prirent une incroyable teinte rouge.
Ils se mirent en marche vers la maison. Meda, très agité, courait devant eux.
- C'est le petit mudbender ? demanda Toph
- Oui, c'est Meda, rit Sokka. Il fait ses trucs magiques avec de la boue rien que pour me faire enrager. Exactement comme Katara !
Sokka regardait son fils avec une fierté qui contredisait tous les sarcasmes qu'il aurait pu lancer. Suki s'immisça dans la conversation :
- Au fait, Toph, tu ne saurais pas dire si Meda maitrise la terre ou l'eau ?
- Ou si il s'en tiendra définitivement à la boue- ce qui ferait de moi un père comblé…
Toph haussa les épaules, un sourire en coin. Elle écoutait les pas du garçon sur le chemin, elle s'accroupit pour sentir les vibrations de ses petits pieds en contact avec les pavés. Silence. Elle se redressa enfin et, envoyant une bonne claque dans le dos de Sokka, elle dit :
- Je crois que vous allez me voir de plus en plus souvent.
Jee et Toph expliquèrent ce que Sokka qualifia très vite de « super-plan-très-ingénieux-du-Firelord-pour-sauver-Aang ». Il lui avait fallu moins de vingt minutes pour trouver toutes les failles du plan- et ils discutaient depuis pratiquement cinq heures du moyen de les combler. Suki avait depuis longtemps bordé les enfants et écoutait d'une oreille distante de grand projet de libération d'Omashu. Elle y avait prêté attention au début, son statut de mère n'entamant en rien son gout pour le passage à l'acte. Mais passé une heure du matin, ni Toph ni elle n'étaient encore en état de comprendre quoi que ce fût à la conversation que tenaient les deux maitres épéistes.
Le lendemain matin, Suki retrouva son mari dans leur petite cuisine. Il regardait ses enfants jouer avec Toph : elle faisait léviter de petites mottes de terre sur lesquelles ils tapaient avec des bâtons que les guerrières utilisaient généralement pour leur entrainement.
- Elle disait qu'elle n'aimait pas les enfants, rit Suki en glissa son bras autour du coude de Sokka. Il rit.
- Elle dit pas mal de truc pour jouer les dures.
- Il faudrait qu'elle trouve quelqu'un avec qui elle n'ait pas besoin de faire semblant, souffla Suki, pleine d'empathie pour la jeune maitre de la terre.
- Ouais, fit Sokka. Mais dans ce monde de dingue, je connais que deux personnes qui aient eu cette chance…
Il se tourna vers sa femme et entoura son visage de ses mains calleuses et il chuchota « Et c'est nous. » en l'embrassant sur le front. Elle se serra contre lui, convaincue qu'il avait raison- ils ne faisaient pas semblant, jamais.
Les rires des enfants se firent à nouveau entendre, renforcés par l'arrivée sur le « champ de bataille », d'un Jee mal réveillé que Meda, suivant les « bienveillantes » instructions de Toph, parvint à faire trébucher. La maitre de la terre aida l'élève de Piandao à se relever, tout en félicitant chaleureusement son apprenti farceur.
- Peut-être qu'elle a trouvé… souffla Suki.
- Il est trop jeune ! grincha Sokka.
- Et alors, il est gentil, il sait se défendre… elle hésita avant d'ajouter : Il te ressemble un peu.
Une ombre passa sur le visage du guerrier des tribus tandis qu'il essayait de lire au fond des yeux de sa femme. Et il vit la seule chose qu'il espérait de jamais y voir : d'une manière ou d'une autre, elle savait. Il frissonna, le corps tendu, et la regarda, attendant un verdict, prêt à se défendre. Suki posa son doigt sur sa bouche pour l'obliger à se taire.
- Je sais, dit-elle.
- Comment ?
- Disons que Yue est une cafteuse.
- Mais…
- Je t'ai pardonné. Depuis longtemps. Au moment même où j'ai su, j'ai su que je t'avais déjà pardonné. Et je t'ai pardonné parce que tu m'es revenu et que tu n'as jamais, jamais fait semblant de n'aimer que moi depuis.
Et pour joindre le geste à la parole, elle l'embrassa avec passion avant de le laisser à ses réflexions et d'aller rejoindre Toph et les enfants dans le jardin.
Le soir même, reposés et nourris, la fine équipe était fin prête à repartir pour Omashu. Sokka avait estimé qu'ils devaient gagner du temps et leur prêtait Bubulle, le dernier ballon de guerre. Zuko avait en effet ordonné la destruction de tous les autres dirigeables et avait rendu tous les plans à Sokka. Bubulle, ainsi nommé par son créateur, était le seul vestige de la flotte volante de la Nation du Feu. Il avait permis à Sokka de voyager beaucoup ces dernières années : il avait pu rendre régulièrement visite au Mécanicien et à Téo, au chef Arnook au pôle nord et à sa famille au pôle sud… La toile du ballon était un patchwork de rouge et de bleu et la nacelle avait été réparée plusieurs fois mais Bubulle pouvait encore supporter quelques voyages. Sokka fit mine d'écraser une larme en aidant Maneka à grimper dans la nacelle. Toph râlait à l'idée de monter dans l'un de ces « machins volants » mais déjà Jee lui tendait une main secourable qu'elle saisit comme si sa vie en dépendait.
Quand le ballon commença à s'élever, Sokka et Suki reculèrent et firent de grands signes d'adieu que les enfants imitèrent en criant « A bientôt tant' Toph ! » et depuis la nacelle elle renvoyait ces signes (qui n'avaient pas grande signification pour elle) au grand plaisir des trois petits garçons qui ressemblaient tant à Sokka.
Ce dernier, en voyant peu à peu disparaître le ballon, souffla :
- Je ne pense pas qu'on reverra Bubulle.
- Et qu'en est-il de ses passagers, ô maitre à l'Instinct-infaillible ?
Il secoua la tête comme pour chasser une mouche avant de dire, l'air nonchalant :
- C'est Toph et le sosie de ma sœur… on ne s'en débarrassera pas si facilement !
AN: J'attends bien sûr vos commentaires. Vous pouvez virtuellement me bruler vive ou me lancer des tomates ou des roses... Votre avis m'intéresse!
