Avant-propos
Bonsoir ! Un petit avant-propos s'impose ici ! Vous me direz sans doute que j'en écris à chaque fois et que ça n'a donc aucun sens de dire que juste là, il y en ait un qui s'impose. Eeeeeet vous auriez totalement raison ! Mais bon, j'aime bien écrire des bêtises à l'attention des lecteurs, que voulez-vous, on a chacun ses petites faiblesses, n'est-ce pas ?
Mais bref !
Cet OS est pour The Lardon. Pour son anniversaire, plus précisément !
Et oui, je sais, je suis… en retard. Pas mal en retard même x)
Mais entre les cours, les devoirs et la recherche de scénario et sur les personnages, bah ça m'a pris plus de temps que prévu. Du coup voilà, je t'avais demandé ce que tu voulais, tu m'avais répondu Mannindha, le voilà ! J'espère qu'il te plaira !
Et oui, c'est mon tout premier Mannindha. Et je dois avouer que ce personnage est le plus difficile à traiter et utiliser. Vraiment. C'est juste une horreur à écrire !
Mais c'est une expérience intéressante.
Je ne suis pas, je dois bien l'avouer, complètement satisfait par cet OS. Cependant, je ne saurais pas trop comment l'améliorer, donc je préfère le laisser comme ça. Je suis fier de certains passages, d'autres me semblent à peine passables.
Lecteur ou lectrice (bien plus probable certes), il est désormais l'heure pour moi de te quitter et de te laisser t'infiltrer dans le Cratère ! J'espère que les mots te plongeront suffisamment dans le rêve pour que tu puisses pardonner les quelques imperfections qui se cachent dans ce texte.
Bonne lecture !


Les mots c'est nul

C'est nul les mots. Ça part, ça vient, ça s'amuse. On ne sait jamais où les trouver, on ne sait jamais où les dénicher. Ils jouent à cache-cache et nous bandent les yeux, c'est pas du jeu. Ils gribouillent des dessins dans l'air ambiant, colorent de rouge nos joues. Ils partent en vadrouille loin de nous quand on en a besoin. C'est nul les mots, ils sont là un instant puis disparaissent.
Les mots ils nous embrouillent. Les mots ils ne savent pas dire ce que je veux dire. Les mots ils ne peuvent jamais dire vraiment comment je me sens, ils ne peuvent jamais vraiment dire ce que je veux. Pourquoi on doit avoir des mots ? Pourquoi on doit apprendre à les utiliser ? Sans mots, ce serait plus simple.
Je ne comprends pas comment on peut les aimer ces mots. Ils sont méchants, ils se bloquent dans la gorge, ils
courent trop vite pour moi.
C'est nul les mots. Quand on les écrit, ils ne parlent plus, ils n'ont plus de voix. C'est nul les mots parce que leur voix elle est gentille.
Elle est douce et j'aime bien l'entendre venir se lover dans mes oreilles, chatouiller mes tympans. Surtout ses mots à lui. Mais quand on les écrit, ils deviennent tous muets. Et parce qu'ils sont muets ils sont tristes ces mots. Alors moi je veux juste les rendre heureux et je leur donne une voix. Mais elle est vilaine et elle pique.
Je voudrais bien les aimer les mots moi. Mais ils sont nuls, ils jouent avec mes nerfs. Quand je suis tout seul, ils viennent entre mes bras et on s'amuse. Mais dès qu'il y a quelqu'un, ils m'abandonnent et me laissent seuls. C'est nul les mots, je peux pas leur mettre de laisse pour les garder à proximité. C'est nul les mots quand ça devient un outil pour faire mal. C'est nul les mots quand ils n'ont plus de voix, ils pleurent. Ils se sentent seuls. Comme moi. Moi je voudrais bien qu'ils viennent avec moi, mais ils se cachent dès que je suis en face de quelqu'un. Peut-être qu'ils sont juste timides en fait. Ça doit être ça. C'est nul les mots, on peut pas compter sur eux. C'est eux qui comptent sur nous.

Les grands yeux améthyste de l'elfe botaniste clignèrent une nouvelle fois dans la chaleur de la nuit. La couette effleurait sa peau avec douceur et le maintenant dans un état de rêve demi-éveillé. Il n'arrivait décidément pas à s'endormir. Cela faisait déjà plusieurs heures qu'il tentait de se laisser gagner par le sommeil mais le marchand de sable ne semblait pas vouloir passer. Il se leva et respira un grand coup.
Que faisait-il donc là ?
C'était une question tout à fait légitime dans son esprit, d'autant plus qu'il avait passé les dernières heures à se questionner sur à peu près tous les sujets auxquels il avait pu penser, ce qui avait fini par le ramener à ça.
Pourquoi était-il assis dans ce lit en bois d'acajou avec une couverture de satin ?
La lumière argentée de la lune courait le long des planches de bois et éclairait la pièce entière. Elle était richement décorée, ne s'épargnant pas le luxe de deux lits différents et même de vases ornés de dorures. C'était sans aucun doute une magnifique auberge dans laquelle il couchait. Une magnifique auberge dont les chambres devaient valoir leur pesant d'or.

Après les événements de Castel-blanc, il avait vagabondé un peu partout, aidant des aventuriers dans le besoin quand il en croisait. Mais ils avaient toujours tous une inextinguible soif de mots. Ils voulaient tous lui arracher ses mots, les rares mots qu'il gardait avec lui et qui ne disparaissaient pas à l'approche d'autrui. Il ne comprenait pas les colères que piquaient certains de ces aventuriers et restait souvent dépassé par tout ce qui se déroulait.
Ce n'était que lorsqu'il fallait entrer dans la bataille que tout devenait clair pour lui. Là les lames fusaient et parlaient pour lui. Elles tailladaient en voletant dans le vent comme des papillons, faisant gicler de longues traînées de sang dans les airs. Les corps s'écroulaient en criant et il les achevait sans rien dire. Les mots les lâchaient. Ils tentaient bien de le persuader, voir de le convaincre, mais les mots bloquaient leur gorge et desséchaient leurs lèvres. C'est nul les mots des fois, n'est-ce pas ?

Mais tout l'avait bien vite fatigué. Tout finissait par n'être que rapports entre créatures sociales. Il ne sentait qu'un genre d'ennui. La frénésie des combats ne l'occupait pas et il se contentait généralement d'achever rapidement ses adversaires. Non pas par pitié ou par dégoût mais plutôt parce que tout cela ne voulait rien dire pour lui.

Il avait cherché les Aventuriers de Castel-Blanc. Par chance, leurs traces n'avaient pas été très dures à retrouver. Il lui avait suffi d'un mois et demi pour les retrouver. Il les avait contemplé pendant longtemps. Au premier regard, rien ne changeait des autres groupes d'aventuriers. Pourtant il y avait un petit quelque chose en plus.

Il les avait suivi dans leurs péripéties, faisant de son mieux pour ne pas être repéré. Il y était parvenu un certain temps, leur venant en aide sans qu'ils ne s'en rendent compte.

Et puis était venue une certaine nuit. C'était le demi-élémentaire qui était de garde et leur campement était nappé de ténèbres et de givre. Il avait vu s'approcher un groupe de bandits sans que Shin ne donne l'alarme. Il n'avait pas résisté et s'était approché des bandits de la plus discrète des manière. A peine était-il sorti de sa cachette qu'il avait vu les flèches filer et embrocher un à un les bandits et une autre lui passer à côté du visage.
Shin était levé et avait son arc bandé, un grand sourire aux lèvres. Il n'avait rien dit. Pas un mot. Rien du tout. Il avait juste baissé son arc et était allé se coucher, laissant l'elfe seul pour veiller. Seul. Dans le silence le plus absolu.
Il était allé se trouver un coin plus confortable que le buisson où il était auparavant caché, s'emmitoufla dans une cape pour éviter d'attraper froid et contempla la nuit les yeux fermés et la bouche close et le coeur palpitant.

Il les avait rejoint et les accompagnait sans se cacher, ce qui facilitait la vie de tout le monde. Shin n'avait plus à trouver qui leur tournait autour et lui-même n'avait plus à faire tout son possible pour demeurer invisible. En Shin, il avait trouvé un compagnon de silence, avec lequel il aimait partager ces moments sans mots lors desquels il tentait de comprendre les réactions des autres.

Lorsque le groupe arriva ainsi enfin dans une ville pourvue d'une auberge, il parut évident à tous, à part Mani et Shin, de mettre les deux silencieux compères dans la même chambre pour la nuit. Il ne comprenait toujours pas pourquoi cela allait, pour eux, de soi, et pourquoi le demi-élémentaire avait d'abord refusé de manière véhémente. Il s'était tenu à l'écart de la dispute pendant une bonne trentaine de minutes, s'occupant en triant ses herbes et vérifiant les étiquettes de ses potions.
Lorsqu'il était revenu, tous semblaient s'être mis d'accords, même si Shin avait incompréhensiblement boudé pendant toute la durée du repas. Puis ils étaient allés se coucher. Shin s'était immédiatement enveloppé dans la couette et tourné contre le mur, laissant l'autre lit à l'elfe.

Mani se mit à mordiller une de ses tresses en penchant la tête sur son épaule. Dit comme ça, tout semblait si simple. Mais lui ne trouvait pas tout cela si simple. Pas du tout même.
Alors il tressait la nuit dans ses cheveux en se demandant comment comprendre tout ça. Alors il faisait de la lumière de la lune des perles et il les accrochait au bout de ses tresses. Alors il entendait un mot crier quelque part.
Il criait fort, très fort. Il criait à s'en briser la voix. Il criait à se rendre muet. Il criait à faire exploser les vitres. Il criait à le rendre sourd lui.
Quelque part il criait. Il ne savait pas où, mais il savait que c'était quelque part. Ce mot criait. Avait-il mal ? Avait-il peur ? Avait-il froid ? Etait-il triste ? Etait-il enragé ? Etait-il désespéré ?
Ce mot, qui était-il ?

Ça y est. La voix du mot s'était enraillée. Il continuait mais il sentait dans son timbre sa souffrance.
Il commença à tambouriner à tout va pour se faire entendre, pour se faire repérer.
Là ! Il était là ! Mani le sentait. Il sentait ses mains rageuses agresser son corps et tenter de le fracasser. Mais ces toutes petites mains avaient beau taper, elles ne parvenaient pas à casser le mur.
Elles arrivaient tout juste à le faire résonner.

L'elfe sentait bien où se cachait ce mot. Il se cachait quelque part en lui. Il semblait même être prisonnier, tapant contre les parois de sa cage pour s'en enfuir.
Laissant glisser les perles de lune et les tresses de ténèbres, se mit à la recherche du mot. Il se mit à le chercher attentivement, sous chaque centimètre de sa peau, sous chaque poil et sous chaque ongle.
La petite voix du mot s'était complètement tue, ses coups répétés devenaient plus violents, sa prison était bien cachée. Pas facile de le trouver.
Et cependant. Cependant, battement après battement, les doigts se rapprochent. Cependant, seconde après seconde, Mani avait l'impression que les murs allaient voler en éclats.
Là.
Il était là.
Enfermé dans son coeur.
Il le voyait, voyait ce pauvre petit mot qui tentait d'exploser son coeur pour en sortir. Mais il n'y arrivait pas.

Il savait très bien que tant qu'il n'arriverait pas à contenter la pauvre petit mot, la nuit n'en finirait jamais. Il aurait beau perdre son temps à tresser les ténèbres et faire de la lumière de la lune des colliers de perle, la nuit ne passerait pas.
Il continua d'écouter le petit mot tambouriner contre les parois de son coeur en cherchant à le nommer. Qui était-il ce pauvre petit mot perdu ? Que faisait-il là ? Comment avait-il été piégé ici ?
Et le pauvre s'élançait de toutes ses forces, s'agrippait à tout ce qu'il pouvait et et griffait en hurlant de sa voix complètement détraquée.

Peu à peu, il poussa l'elfe aux yeux améthyste vers le bord du lit. Puis il le renversa. Le petit mot inoffensif le traîna dans la chambre jusqu'au lit du demi-élémentaire. Là, il lui laissa quelques secondes de répit.
Avant de le lancer dans le lit avec toute la violence dont il pouvait faire preuve. Ce qui se traduisit par un lent mouvement de l'elfe, qui se glissa sous la couverture avant de se blottir contre Shinddha.
Le mot arrêta de frapper et se mit lentement à ronronner comme un chaton.

Les bras enroulés contre le torse du demi-élémentaire et les yeux fermés avec un grand sourire aux lèvres, il commença à s'endormir, bercé par le battement irrégulier du coeur de Shin. Là, aucun mot ne venait l'embêter. Aucun mot ne venait lui tapoter le coeur.
Et Mani aurait très bien pu s'endormir si ce n'était sans compter le demi-élémentaire. Ce dernier, suite à l'étreinte de l'elfe, qui ne s'était pas un seul instant demandé s'il dormait ou non, avait eu un court moment d'adaptation, passant d'une phase de semi-sommeil plus ou moins paisible à un réveil où il servait, plus ou moins, de peluche géante à l'elfe.

Ce qui ne voulait pas pour autant dire qu'il s'y refusait tout particulièrement. Il était d'ailleurs resté immobile entre les bras de Mani plusieurs secondes.
Sentant le sommeil lui ravir l'elfe et les ténèbres engloutir la seule lumière de la chambre, il se décida cependant à agir.
Se retournant subitement, il ouvrit grand les yeux et plongea son regard dans celui de Mani. L'elfe sembla plutôt surpris par la réaction du semi-élémentaire.

Avec beaucoup de douceur, ce dernier avait posé sa main gauche sur les cheveux tressés de Mani et sa droite sur ses lèvres, l'empêchant de parler.
Mais il n'avait de toutes façons pas l'intention de prononcer un seul mot. Il appréciait juste le présent en silence. Il appréciait juste ses émotions sans tenter de les corrompre par des mots.

Les reflets violets se glissaient dans les bleus et chaque lueur et chaque ombre participait au grand ballet de leur discussion.
Leurs sourires ponctuaient la conversation silencieuse et les lents mouvements de leurs mains sur le corps de l'autre donnaient bien le ton.
Et le bal dura longtemps, les doigts courant sur chaque parcelle de peau et les lèvres s'effleurant quelques fois comme pour suspendre l'instant dans le temps alors que les joues brûlaient et que la nuit s'écoulait comme un long fleuve tranquille : eux jouaient dans les rapides.

Mais minuit était passé pour Cendrillon et les dernières volutes d'argent qui se répandaient dans la pièce disparurent happées par les ténèbres, engloutissant aussi les rares mots qui auraient pu se trouver à proximité de Mani.
Et puisque il n'arrivait toujours pas à trouver quel était le petit mot qui se cachait dans son coeur, il se contenta de sourire une dernière fois à Shin alors qu'il pouvait encore le voir. Puis il se rapprocha et, alors que la chambre semblait être un cocon de ténèbres, il fit glisser ses lèvres sur celles du demi-élémentaire archer.
Certes pas de la même manière qu'il le faisait alors qu'ils dansaient, ô non. Non, là ses lèvres s'attardèrent et cherchèrent à dire tout ce qu'elles pouvaient. Cherchèrent à dire tout ce qu'il ne pouvait pas dire. Cherchèrent à dire tout ce qu'on ne peut pas dire.

C'est nul les mots. Ils ne peuvent pas tout dire. Même quand on les a ils ne sont que de grossiers miroirs de la réalité, aussi beaux puissent-ils être. Ils ne se révèlent pas à nous et s'échappent lorsqu'il n'y a plus de lumière.
Ils sont si gentils. Ils sont pourtant si doux. Comment peut-on ne pas tomber sous leur charme ? Ensemble ils glissent sur le papier comme un crayon et dessinent des rêves et des caresses.
Mais dès qu'il faut les conjurer devant les autres, ils s'envolent au loin avec tout le papier.
Alors moi, je vais faire sans mots. Sans mots on y arrive très bien. C'est mieux sans mots. C'est nul les mots.

FIN


Et voilà ! J'espère que vous êtes satisfait de votre lecture et que vous avez passé un bon moment en présence de nos deux silencieux de service !
Je vous invite à commenter si vous avez aimé ou détesté cette fanfic et je vous fais des câlins !
Et un très gros câlin au Lardon pour son anniversaire, même si j'arrive en retard !
Et toi Dry, t'inquiète, c'est en chantier =D