Purple Haze.
Partie 01 – Fantasy Isn't Real.
Chapitre 08 – たこやきやさん (Takoyakiya-san).
2010.
«Ah, j'ai faim !
-Arrête de parler, pour dire de telles conneries.
-Rena-chan, ce que tu es désagréable avec moi en ce moment.»
Kurenai haussa vaguement les épaules en poussant un petit soupir de lassitude. Kurenai était allongée sur une table de panique, situé dans un petit parc tranquille non-loin de l'université. Les mains sagement posées sur son ventre et les yeux fermés pour protéger ses rétines du trop puissant soleil. Les quelques arbres de Sakura aux alentours étaient la seule source d'ombre présente dans les alentours. Kurenai profitait des quelques derniers beaux jours de la capitale pour réchauffer son corps avant que le froid ne sévisse. Quand à son acolyte, Dakota, elle profitait de ce trou qu'elle avait dans la journée pour réviser un peu, les examens arrivant à grand pas, et elle savait d'avance qu'elle n'avait clairement pas le niveau si elle ne travaillait pas, au moins un peu. Kurenai, elle, n'avait clairement pas ce problème loin de là.
«Sérieusement, Rena-chan, tu n'as pas faim ? Insista la blonde australienne, qui n'avait décidément plus la tête à ses révisions pour le coup, malgré le fait que tout ses cours étaient étalés sur le peu de place que recelait la table sur laquelle Kurenai était allongée.
-Qu'est-ce que ça peut faire ?
-Ca peut faire que si on a faim, on peut aller se chercher de quoi bouffer, et se remplir le ventre.
-Toi, tu ferais mieux de réviser, t'es à la bourre dans tes révisions !
-Je ne pourrais jamais réviser correctement si mon estomac me supplie sans relâche.»
Kurenai se redressa alors, ouvrant enfin les yeux, s'asseyant en tailleur sur la table, tout en soupirant profondément. Elle se grata la tête, comme pour tenter de se sortir de sa somnolence.
«Bon, je vais aller chercher à manger alors, pendant que tu travails.
-Rha, tu m'saoul.»
Kurenai se mit debout, retrouvant souplement la terre ferme. Elle passa rapidement une main dans ses cheveux pour se recoiffer, avant de s'étirer pour dégourdir ses membres.
«Attends, tiens, je te file de la thune. C'est moi qui offre.
-C'est pas la peine.
-Bien sûr que si ! De toute façon, je te devais de l'argent. Tu me donne gentiment des cours pour les examens, alors je te dois bien cela.
-Dakota…
-Arrête, c'est bon, tu sais bien que c'est rien pour moi. Le fric mon père en as à ne plus savoir qu'en faire. Bordel mais prends-le ! Je t'offre un repas chaud, d'habitude on dit merci quand c'est comme ça.»
La jeune japonaise soupira bruyamment en roulant des yeux pour montrer son exaspération. C'est résigné, qu'elle saisit de cet argent en lâchant un pauvre merci entre ses dents avant de s'éloigner pour laisser l'australienne s'amuser de tout cela avant de retourner à ses révisions. En toute sincérité, Dakota ne connaissait en rien la situation financière complexe de la jeune femme à l'acuité extraordinaire. Cependant, elle s'en doutait assez. Ce n'était pas bien compliqué à voir en même temps. Dakota, savait que Kurenai passait sa vie dehors, ne rentrant dans son quartier pourris pour rejoindre ce que les être-humains normaux, appelés "maison", que lorsque c'était nécessaire. Simplement pour se laver, se changer, dormir un peu. Mais lorsque la situation financière se corsait pour elle, elle rentrait beaucoup moins souvent, préférant dormir dehors si il le fallait, ne mangeant que le minimum vital, elle maigrissait lentement mais sûrement.
Kurenai plongea ses mains dans les poches de sa veste d'uniforme couteux, tout en soupirant bruyamment, s'éloignant lentement de la table de pique-nique, décidant que se presser n'était pas très utile.
Dakota, elle, tenta bien de se replonger sérieusement dans ses révisions, mais c'était décidément plus facile à dire qu'à faire. Pour le coup, elle ne comprenait plus grand-chose maintenant que la japonaise était partie et pour l'heure elle ne pouvait même pas lui demander de lui expliquer. Quelle poisse. Et nous ne parlerons même pas de son estomac qui n'avait de cesse de faire des bruits venus d'un tout autre monde. À son tour elle poussa un profond soupir en laissant tomber son stylo sur l'un de ses livres tout en s'étirant tel un félin.
«Ca bosse dur on dirait !»
La blonde sursauta légèrement, se tournant immédiatement vers l'origine de cette voix. Origine qui se dirigeait tranquillement vers elle, les mains plantées dans les poches de son pantalon d'uniforme, son sac de court rejeté sur l'épaule.
«Aoi-kun ! Tu m'as fait une de ces peurs !
-Désolé. Je viens de fausser compagnie à mes chers toutous de garde du corps, alors je me fais plutôt discret.
-Je vois, ça se comprends, répondit la jeune femme en faisant semblant de lire son cours, histoire de ne pas avoir l'air ridicule. Je ne pourrais jamais vivre vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec des gardes du corps qui me suivent partout où je vais. Mon père à bien essayer, mais il a vite vu que j'allais péter un câble alors il a abandonné l'idée.
-Tu as bien de la chance. Dis, je peux m'asseoir ?
-Bien sûr, je t'en pris.»
Dakota désigna la place en face d'elle avant de tenter de retourner à tout son bordel qu'elle ne pigeait décidément pas. Comprendre de l'hébreu sans données de base aurait sans aucun doute fini par être plus simple quand on y regardait bien.
«Tu travails, donc ?
-Oui, c'est bientôt les examens et j'ai prit beaucoup de retard, vu que je ne suis pas toujours au Japon pour suivre les cours.
-Et c'est quoi tout ça ?
-De la chimie, je crois. Je ne suis pas bien certaine, je n'y comprends tellement rien que je ne sais même pas de quoi il s'agit.
-Personne ne saurait t'expliquer.
-Si, Rena-chan, mais là elle est partie nous chercher à manger.
-Oh ? Kurenai-chan est dans le coin, alors ?
-Oui, elle n'est jamais bien loin d'ici de toute façon, quand on y regarde bien…
-Ah, je le savais, la nature, les fleurs, le calme… Elle doit aimer ça.
-Nope.»
Aoi, qui jusque là, observé avec attention les alentours, regardant les arbres de Sakura avec beaucoup d'admiration, se tourna très soudainement vers l'occidentale, qui avait toujours le nez plongé dans ses livres, désespérée de ne pas comprendre ce que Kurenai qualifiait d'ennuyeusement simple.
«Comment ça ?
-La nature, les fleurs et tout le baratin que tu viens de me sortir… Rena-chan s'en fout comme de l'an quarante de tout ça. Non, Rena-chan aime les takoyaki et les sucreries.
-Takoyaki ? Sucreries ? Demanda Aoi, plutôt perplexe et ne comprenant pas bien.
-À moins de cent mètres d'ici tu as deux stades. L'un vend des super takoyaki et l'autre toute sorte de confiserie, confia Dakota en se penchant en avant comme si elle confiait un important secret au riche fils d'avocat.
-Ca explique pourquoi on la voit toujours avec des bonbons ou des sucettes, alors ?
-Oui. Tu sais, tu dois bien être le seul dans cette université à ne pas l'avoir remarqué !»
«Daigakusei-chan~…»
Kurenai releva brusquement la tête en direction de cette voix qui l'appelait par ce surnom bien spécifique à cette personne. Il n'y avait qu'un homme qui l'appelait ainsi. Et cet homme on pouvait dire en quelque sorte qu'il était l'un des rares hommes pour qui elle avait réellement de l'estime ici-bas. Et puis c'était un peu son psy, aussi, un homme avec qui elle pouvait parler sans gêne.
La jeune femme sourit donc à l'homme âgé d'une cinquantaine d'année, qui était derrière son stand de takoyaki. Habillé en yukata, un bandeau à l'effigie du Japon noué autour de la tête. Les verres ronds de ses lunettes de vue, étaient embués à cause de la chaleur que provoquait la cuisson de tout ses takoyaki. Il lui souriait de toutes ses dents avec amusement, et lui tendit un petit bâton sur lequel était plantée une boulette au poulpe.
«Un takoyaki ? C'est cadeau ! Je sais que tu meurs de faim.
-C'est gentil à vous, répondit la jeune femme sans se faire prier se saisissant tranquillement du petit bâton tout en s'inclinant légèrement face à lui.
-Ca n'a pas l'air d'aller, pour toi en ce moment tu as des problèmes.
-Hm ! C'est chaud mais c'est décidément trop~ bon ! S'exclama la jeune femme alors que sa boulette encore fumante était déjà avalé à moitié.
-Héhé, j'espère que tu seras toujours là pour les manger, elles sont toujours bonne quand c'est pour toi, répondit l'homme en continuant de s'occuper de son stand, sans pour autant arrêter là sa discussion avec sa jeune cliente régulière.
-Promis, Takoyakiya-san ! Répliqua-t-elle avec un immense sourire tout en levant sa main droite, montrant qu'elle jurait sur son honneur.»
La jeune femme s'accouda au stand, s'étalant un peu, tout en regardant l'homme faire proprement et avec amour son travail. Elle esquissa un sourire amusé par tout cela.
«Vous avez toujours l'air si heureux, c'est cool à voir.
-Mon métier me plaît énormément, c'est pour ça. Toi en revanche…
-Mes études actuelles m'intéressent, mais ça s'arrête là. Je ne les fais que pour toucher la bourse, sans quoi je ne peux pas vivre… Mais en faite, ma mère prends tout pour elle, parce que se bourrer la gueule doit sans doute être plus important qu'au moins payer le loyer.
-Tu es si jeune et tu te préoccupe déjà beaucoup trop de l'argent. Tu ne t'amuses pas beaucoup pour une jeune fille de ton âge. Tu devrais plus penser à t'amuser, tu es jeune. Les filles de ton âge profite de leur vie étudiante pour faire la fête sortir avec des garçons… Tiens, d'ailleurs, pourquoi ne sortirais-tu pas avec un garçon ?»
Kurenai lâcha un petit rire bien malgré elle. Avant de se dépêcher de se taire passant une main dans ses cheveux pour montrer sa gêne, aussitôt. Elle soupira et observa les takoyaki avec intérêt.
«Ah, non, Takoyakiya-san. Ce genre de chose ce n'est pas pour moi.
-Et pourquoi ? Tu plaît tu sais ?
-Ah non, répliqua la jeune femme en secouant énergiquement la tête à la négative.
-Si, si, je t'assure. Regarde, le jeune homme assis sur le banc, il t'observe depuis que tu es arrivée. Le garçon avec la jeune fille là-bas, et qui est sans doute en rendez-vous, ne te quitte pas des yeux, il ne porte aucun intérêt à sa compagne.
-OK, OK, arrêtez-vous là, s'il vous plaît. C'est vraiment embarrassant. De toute façon, ça ne m'intéresse pas.
-Allons, tu ne devrais pas être du genre à faire passer tes études avant tout le reste. Je sais que tu n'en n'as pas besoin. Tu ne travail même presque pas pour tes cours, alors…
-Non, ce n'est pas ça. C'est juste que ça ne m'intéresse pas. Je ne suis pas compatible avec les autres êtres-humain, je crois.
-Allons ?
-Je vous assure. Pour vous ce n'est pas évident, parce que je suis irraisonnablement ouverte et chaleureuse avec vous. Mais ce n'est pas le cas avec le reste du monde. Je suis une fille froide, avec tout le monde. Je n'ai même pas de véritables amis, et le peu de connaissance que j'ai, je me montre toujours… Enfin, je suis handicapé des sentiments.»
Le gérant du stand de takoyaki soupira et se pencha en avant en direction de la jeune femme, laissant ses lunettes s'embuer plus encore. Il esquissa un petit sourire toujours très amical, toujours très gentil avec elle. Il tendit la main en direction de la demoiselle aux cheveux auburn pour lui tapoter gentiment la tête, laissant la jeune femme rentrer la tête dans ses épaules, un peu gênée.
«Daigakusei-chan~… Tu n'aurais pas plutôt peur d'être proche de quelqu'un. N'aurais-tu pas peur des sentiments humains ?
-Un être-humain, n'est absolument pas fiable. Je crois qu'un chien est un Homme sont plus compatible que deux Hommes ensemble, voyez ?
-Pourquoi ?
-Les êtres-humains, ils n'ont aucun scrupules à trahir les autres, parce qu'ils ne servent que leur propres intérêts. Il y a toujours, une arrière pensée, quoi qu'ils fassent. Un chien lui, il a besoin de son maître, et son maître à besoin de lui. C'est toujours réciproque et il n'y a pas de trahison possible.
-Un chien ça mord parfois. Et ça peut s'enfuir aussi.
-Mais la probabilité pour qu'un chien s'enfuit ou encore morde, et bien inférieur par rapport à la probabilité qu'une personne nous trahisse, s'en aille ou nous fasse du mal.
-Donc ?
-Donc, je cherche la bonne personne. La meilleure, celle dont j'estimerais que les probabilité qu'elle me fasse souffrir soit assez faible pour cela.
-Daigakusei-chan, serais-tu encore vierge ?
-Hé !? NAAN ! S'écria la jeune femme en se redressant soudainement, et écarquillant les yeux outrés… Mais pourquoi je réponds-moi, d'abord !? Ca ne vous regarde pas, Takoyakiya-san !
-Tu as raison. Tiens, voilà tes deux barquettes de takoyaki que tu m'as demandé.»
La jeune femme se leva du petit tabouret sur lequel elle était assise depuis qu'elle était arrivée, avant de se saisir tranquillement des deux barquettes, et de tendre l'argent dût au gérant. Elle lui fit un bref sourire un peu gêné, avant de le saluer et de lui promettre de revenir.
