Comme le nom de ce chapitre l'indique, pas mal de révélations vont apporter des explications concernant l'un de mes personnages…

D'autres intervenants, font avancer l'intrigue.

Chapitre 9

Révélations.

Le roi tenta vainement de trouver l'apaisement dans la boisson. C'était encore ce qu'il avait trouvé de mieux pour pallier à ce vilain goût d'amertume qu'il gardait en bouche.

Une carafe de vin venait de lui être apportée qu'il bu presque entièrement. Un tel geste le replongea bien des années en arrière lorsqu'il devait cacher son mal être à son épouse Neryëlle où s'encourager à la rejoindre dans le lit conjugal alors que le désir n'était plus là et que ses pensées appartenaient déjà à une autre.

De biens mauvais moments que les vapeurs d'alcool avaient de plus en plus de mal à camoufler. Vivre dans le mensonge était devenu très pénible pour ce roi dont le destin avait basculé un soir de printemps…

Depuis, ses pensées torturées ne l'avaient plus laissé en paix. Neryëlle, s'en était-elle rendu compte ? S'était-elle doutée que son époux ne vivait, ne respirait, ne pensait que pour une autre ? Cet ange, cette femme, cet amour qu'à son corps défendant, il n'avait pu repousser malgré son statut d'époux ?

En son for intérieur, il pensait que non. Le mariage chez les elfes était tellement …

Un sacrement d'importance tout comme un don de soi. Voilà ce que caractérisait cet acte d'amour…

Il fallait croire que parfois s'invitait dans les destins déjà tracé, des imprévus de taille. En tout les cas, celui-ci en était un tout comme son côté exceptionnel.

A bien y regarder, aucun cas semblable ne s'était jamais produit dans le monde elfique.

Encore un fait surprenant devant, sans aucun doute, avoir son explication…si tant est qu'il en exista une.

Tant de questions se bousculaient dans la tête de cet ellon. Être roi ne l'absoudrait pas de sa bêtise, car de cela il était question tant sa réaction avait été ridicule voire primaire.

A cet instant précis, il se haïssait, se maudissait même. Connaissant le passé de cette femme, il aurait dû prendre des précautions au lieu de s'emporter avec autant de fougue !

Peser le pour et le contre, bien repenser à ce qu'il avait entendu. Tant d'interprétations pouvaient être possible. La langue commune aussi riche que le Sindarin ne s'enorgueillissait-t-elle pas de ses interprétations multiples et imagées ?

Omettre un tel fait était impardonnable.

Préférant mettre de côté ces préoccupations, il attendait de pied ferme Amélie.

Elle était la mieux placée pour apporter toutes les réponses à ses interrogations.

Enfin, On l'introduisit sous la tente royale. Oilïnn lui sourit l'encourageant ainsi à se détendre.

Habillée d'une étrange robe blanche d'où s'échappait, les pauvres on pouvait les comprendre, un vol d'oiseaux aux plumages fort colorés…très fortement colorés même, cet étrange vêtement se parait d'une ceinture, lien, corde…allez savoir…

D'imaginer que Prince Charmant se trouvait être l'auteur d'un tel suicide vestimentaire se comprenait mieux. Le souverain mit tout de même quelques secondes avant d'habituer son regard à cet étrange accoutrement.

Pour le coup, il avala d'un trait son verre de vin.

C'est toute intimidé qu'elle fit une révérence devant le roi. Là encore le mot convenant à ce geste gracieux se teintait d'une approximation toute relative. Prince Charmant lui avait donné un cours de dernière minute sur les bons usages à la Cour de France sous le règne de son monarque favoris, Louis XIV.

Heureusement que ce brave Louis, mort, enterré et probablement en poussière depuis, n'avait pas à assisté à pareille représentation. C'aurait été signé un second arrêt de mort !

Un soupçon de grâce, une tentative pour plier son genou souffrant d'arthrose, deux mains qui tentaient vaguement de faire la balance et cerise sur le gâteau, une mimique semblant s'apparenter à un sourire.

La bonne vieille à qui il manquait pas mal de dents, pour ne pas dire pratiquement toutes (n'en subsistait qu'une seule et ce fait là équivalait à lui seul à l'écriture d'un roman), n'osait montrer son sourire ravageur. Elle se contenta donc d'offrir sa bonne bouille aussi ronde qu'une lune et attendit les bras suspendu que le roi lui ordonne…quoi au juste ?

Toutes les hypothèses étaient émises !

Souhaitant abréger ses souffrances, le roi leva la main gracieusement, comme seul un être de sa condition pouvait le faire et l'enjoignit à s'assoir.

Il fallut quelques secondes à notre bonne vieille pour comprendre le message subliminal lancer par cet être aussi lumineux qu' un astre.

Pougne, pensa t'elle, quèqu'il est beau !

Ah, j'aurais ben aimé avoir un tel énergumène dans mes draps moi !

Cette haute pensée, amena tout un champ de possibilités hélas plus trop d'actualités qui eut tout de même la faveur d'apporter sur ses joues la couleur de l'amour, à savoir un rouge intense, chaud et capiteux.

Elle baissa la tête et prit le siège que le roi lui indiquait regrettant pour la première fois de son existence sa jeunesse enfuie.

Le roi prit enfin la parole et le charme fut rompu :

Thranduil : Ne nous craignez point. Nous vous avons fait mander afin que vous nous parliez de dame Olana.

Cette brave femme, ne compris pas tout de suite la démarche du roi. Elle balbutia :

Amélie : Vous m'avez fait quoi ?

Thranduil soupira. Il fallait bien se mettre à l'esprit, que cette personne n'était absolument pas rompu aux entretiens d'importance. Choisissant des mots plus adéquats, il réitéra sa demande :

Thranduil : Nous vous avons fait chercher Gente Dame…af…

Amélie : Gente dame ? Oh ben, c'est ben la première fois qu'on m'cause aussi…

Courroucé qu'on ait pu lui couper la parole, le souverain fit preuve de son autorité sans toutefois l'effrayer. Mettre en confiance cette femme était dans ses prérogatives, lui autoriser un tel manquement dans son comportement ne le serais jamais :

Thranduil : Sachez que lorsque nous nous exprimons ne nous souffrons d'être interrompu !

Le ton sec employé n'était pas utilisé dans le seul but de provoquer de la peur, mais aussi de fixer les limites à ne pas dépasser. La bonne femme le comprit instantanément. Elle tenta une seconde révérence à peu près aussi bancale que la première et se confondit en excuses :

Amélie : Oh, pardon vot' royale splendeur souveraine. J'ai déjà pas l'habitude d'utiliser des mots savants, alors pour c'qui est d'parlotter à un roi…

L'ellon se radoucit comprenant sa gêne et lui accorda une ébauche de sourire :

Thranduil : Nous n'en prendrons pas ombrage pour cette fois dame Amélie.

Toute chagrinée, elle se redressa et s'immobilisa, attendant la parole du roi :

Thranduil : Prenez un siège, votre âge ne vous permet pas une longue station debout et ce que nous avons à vous demander requiert de vous mettre à votre aise. Bien… nous nous doutons qu'il doit exister dans le passé de Dame Olana des événements troublants. Nous souhaiterions en prendre connaissance.

Surprise par une telle demande, Amélie fixa le roi un long moment avant de répondre :

Amélie : Vous voulez qu'je vous parle d'la p'tiote ?

Thranduil : C'est cela.

Amélie : Et pourquoi donc ?

Thranduil : C'est moi qui pose les questions, aussi je vous encourage à ne pas mettre ma patience à rude épreuve.

Amélie : Excusez-moi votre précieuseté. J'm'en vais vous raconter...Au fait, quèque c'est t'y que j'dois vous dire ?

Thranduil : Tout ! Je veux tout savoir.

Amélie : Tout ? Depuis l'début ?

Thranduil : C'est cela.

Amélie : Eh ben dame, on est pas couchés alors. Bon, bon, j'y viens... Pour sûr la p'tiote elle à pas eu qu'des douceurs dans sa jeune vie la pauvrette...

Voilà t'y pas qu'au départ ses parents y voulaient un garçon, question qu'le nom s'perpétue qui disaient, sauf qu'c'est une p'tite pisseuse qui est née et depuis c'jour là, elle à été confiée à des gouvernantes qui s'sont chargés d'l'élever et pas toujours avec de l'amour si vous voyez c'que j'veux dire ! Sa mère, où plutôt sa génitrice comme elle l'appelle, préférait vivre sa vie d'châtelaine et danser aux banquets qu'élever sa p'tite trogne d'amour.

Oh, c'est t'y qu'elle était belle comme un p'tit cœur quand elle était pas plus grande qu'une p'tiote souris.

Avec des p'tites boucles blondes et un sourire à faire fondre l'premier cul terreux…Vous l'auriez connu à c'moment là…Pour sûr qu'vous l'auriez adoré !

Haussant un sourcil, Thranduil préféra ne pas l'interrompre où son discours allait s'allonger et prendre de dangereuses proportions. Cependant, il imagina Sa Dame en petite fille gracieuse, sage, obéissante et…si malheureuse.

Un doux sourire éclaira ses traits si sombres. Comme il aurait souhaité la tenir dans ses bras et s'enivrer de son parfum. Heureusement pour lui, il se tenait derrière Amélie de façon à ne pas lui montrer le trouble qui s'était emparé de son esprit.

Il tentait également, tant bien que mal, de suivre le discours de notre paysanne. C'est que notre brave femme n'avait pas eu une éducation raffinée. Toutefois, il s'efforça de faire preuve de patience et la laissa s'exprimer à sa guise. Tout ce qui était dit d'Olana le captivait, de plus, cette femme était le seul et unique lien qui le retenait à cette aventurière. Il fallait la mettre en confiance.

Il se saisit de la carafe de vin, en versa dans un verre de cristal et le lui offrit :

Thranduil : Prenez ce verre et veuillez continuer je vous prie.

Amélie : Oh ben c'est bien aimable de vot part Mon seigneur.

L'allure à laquelle elle vida son verre étonna le roi :

Amélie : Fichtre, il est bon. Bon où j'en étais ? Ah voui. Quand c'est t'y qu'elle fut en âge d'êt marier, ses parents lui ont collé dans les pattes un seigneur tout puissant qui avait beaucoup d'terre. Pensez donc fallait qu'ils rentabilisent le mariage d'leur fille. Mais c'corniaud avait beaucoup d'dettes. Les femmes et l'jeu. Pas bon tout ça. C'est sûr qu'ça fait pas un bon mélange.

Evidemment, la p'tiote l'a détesté son mari. En plus d'être roublard, menteur, fourbe, violent, il avait pas une gueule d'ange ce Conrad ! Il lui a pris c'qu'elle avait d'plus précieux. Déjà qu'elle avait pas grand-chose, mais ça, il lui carrément volé, sali, truandé l'vaurien… c'est t'y qu'vous voyez d'quoi j'veux parler...

Thranduil haussa un sourcil :

Amélie : Eh ben sa p'tite pelure d'ange quoi, sa marque de pureté si vous voyez mieux d'quoi j'veux causer. Sa pureté…sa virginité quoi ! Ah les bonhommes ! Ben là aussi il y est pas allé d'main morte…

Le roi toussota tandis qu' 'il resservait notre conteuse :

Amélie : La pauvrette à tout connu, les humiliations, parce qu'il était coureur de jupons comme pas deux . Eh vas-y que j'te trompe et vas- y même que j'te ramène les maîtresses jusque dans l'lit conjugal. Un soir, elle l'a même r'trouvé en train d'besogner une de ces câtins qu'il aimait ben ramener sous son toit. Ben dîtes-moi donc pas c'est t'y qu'j'lui aurais coupé les...enfin là n'est pas la question votre seigneurie royale.

Thranduil : Oui, effectivement, je pense que nous nous égarons.

Amélie : P'ête ben, mais c'est quand même d'la souffrance aux kilos ça Mon Seigneur et pas qu'un peu. Et pis les années ont passés et la ptiote à commencé à s'prendre des dérouillés pace' qu'elle voulait pas donner d'héritier à l'aut'truffon, sauf que…

Thranduil : Sauf que… ?

Soudain, notre bonne vieille Amélie se mit à s'agiter nerveusement :

Amélie : Ah non ! C'est quèque chose qu'je peux pas vous raconter…Elle aimera pas c'est sûr et pis ce sont des affaires de femmes çà. Non, j'peux pas c'est trop affreux. Pougne, à chaque fois qu'j'y repense, j'ai la tête toute en feu par la colère qui m'vient d'tous les côtés. La pauvre…c'est t'y pas humain d'faire vivre pareil calvaire à quelqu'un.

Thranduil : Qu'est-ce à dire ?

Amélie : Siou plaît m'forcer pas à causer d'ça, c'est trop dur ! La p'tiote, quand elle m'la raconté, elle a mis des jours à s'en r'mettre…

Thranduil : Etait-ce un acte de torture dont elle a été victime par son mari ?

Amélie baissa la tête. Elle triturait ses deux mains nerveusement et leva vers lui un regard désespéré :

Amélie : Ben, j'veux ben vous dire juste l'essentiel, mais c'est elle qui devra tout vous raconter avec ses mots à elle, parce que moi, j'peux pas les trouver. C'est juste de la haine qui m'vient là !

Elle désigna son cœur et la vigueur avec laquelle elle frappait son sein éveilla la curiosité du roi :

Amélie : Au final, l'aut' cre…enfin son mari quoi, a réussit à la mettre enceinte. A sept mois…

De grosses larmes commençaient à couler sur ses joues rebondies :

Thranduil : Souhaitez-vous vous interrompre quelques instants ?

Amélie : Non, parce que sinon, j'pourrais plus parler. Donc, un soir qu'ce saloupiaud était rentrait ivre mort, il l'a frappé. Dans…dans l'ventre.

Choqué, le souverain du prendre appui contre la table. Ses mains serrèrent le bord du meuble au point que les jointures de ses phalanges blanchirent :

Amélie : Suite à ça, quèque jours plus tard…elle a perdu du sang. Plein d'sang….y'en avait partout….

De gros sanglots la secouaient à présent :

Amélie : J'peux plus, j'peux plus. Mettez-moi aux fers si vous voulez, mais j'irais pas plus loin.

A la fois en colère contre la barbarie des hommes et le chagrin de ce qu'avait pu vivre son Aimée, son Etoile, son Obsession, le roi posa sa main sur l'épaule de la bonne femme. Un geste compatissant, un geste d'apaisement qui la calma instantanément.

Thranduil : Nous comprenons votre douleur. Dame Olana, si elle le souhaite, me confieras un jour la teneur de ce terrible malheur.

Amélie : Pour sûr qu'elle vous l'dira, vous êtes si bon avec elle…

En plus il avait fait un aut'rejeton à une de ses maîtresses. Quand j'vous dis qu'c'était un sacré coureur celui-là !

Sur ces mots, de grosses larmes coulèrent sur ses bonnes grosses joues. Reniflant sans vergogne, le roi lui offrit son mouchoir dont elle se saisit avec un empressement non feint.

Amélie : Oh, il est trop beau pour s'moucher d'dans. J'peux quand même le garder en souvenir ?

Thranduil : Bien entendu.

Amélie : Ben c'est gentil vot' royale personne.

Thraduil : Que s'est-t-il passé ensuite ?

Amélie : Et ben un beau jour, la p'tiote elle s'est rebellée et elle l'a plantée et c'est t'y qu'vous voulez qu'j'vous dise ? Elle à bien fait. Non mais quel corniaud.

Le roi réfléchit intensément. Ainsi, elle avait tué son mari ? C'était là, une bien sombre révélation. En plus d'avoir perdu un enfant, cette femme avait dû se faire justice de la pire des façons. Quel monde était donc le sien ? Comment un homme pouvait-il agir de la sorte et garder un semblant de fierté ?

Il aimait se souvenir de son aversion pour les nains, mais les humains n'étaient guère de meilleures conditions.

Pourtant, c'est l'une de ce peuple immonde qui avait pris son cœur. Triste constatation.

Son esprit, troublé par ces révélations, peinait à s'imaginer, la vie funeste de cette si belle femme.

Il ferma les yeux quelques secondes, réprimant la nausée l'envahissant.

Si cet homme avait été encore en vie, il lui aurait promis de la venger, et sa mort n'aurait sans aucun doute pas été aussi rapide que celle infligée par son épouse.

Il écouta à nouveau les révélations d'Amélie :

Amélie : Oh ! Pardon votre royale majesté seigneuriale...J'pensais, qu'vous vouliez vous r'poser. Vous aviez fermez les yeux.

Thranduil : Ce n'est rien. Vous disiez qu'elle l'a assassiné ?

Amélie : Ben dame, c'est t'y qu'j'viens d'vous l'dire. Par tous les dindons d'la terre ça à fait un d'ces foins ! Y sont v'nue la prendre avec les fers aux poignets... Eh pis c'est pas tout, ils l'ont promené partout dans l'village histoire qu'la pauvrette elle ait ben honte. Et y ricanaient tous sur son passage.

J''me suis même battue avec la mère Gwenar qui s'moquait d'elle, la pougnasse ! Pour sûr qu'j'lui aie fait passer l'envie d'rigoler . J'lui, ai même fait sauter deux dents. Ah, c'est t'y qu'j'étais pas peu fière de moi ! Même qu'j'l'ai aient gardées comme trophée. Non mais, a-t-on idée d'se moquer d'un p'tit ange pareil.

Thranduil ouvrit de grands yeux à l'évocation de ce haut fait, et si la situation n'avait pas été si dramatique, il en aurait sourit probablement. Il décida de la récompenser en lui remplissant à nouveau son verre. Cette femme méritait tous les honneurs pour son courage.

Amélie : Même si elle a poinçonné son pouilleux d'mari, c'était ben elle la victime.

Au procès, elle à dit qu'il avait tenté d'la trucider, mais à moi elle m'a rien caché et elle m'a avoué qu'elle l'avait emmené au trépas dans son sommeil, comme ça pff d'un coup, net et sans bavure. Fallait t'y qu'elle ait du courage tout d'même !

Le roi pensa à Neryëlle, son épouse. Pour eux, les choses s'étaient déroulées avec tant d'amour et de poésie, du moins jusqu'à ce que ses sentiments n'évoluent. Il sentit une douleur sourde lui vriller les tympans. Le vin, le manque de repos, toutes ces tensions l'avaient exténué. Comme il aurait souhaité tuer de ses propres mains cet humain responsable de tant de malheurs. Finalement, ses pensées concernant les humains étaient justes. Ce n'était que des sauvages.

Il pensa à Olana et ses paupières se baissèrent un instant.

Thranduil : Qu'est devenue Dame Olana suite à cet horrible drame ?

Amélie : Ben ils l'ont bannis, trop heureux d'se débarasser d'elle.

Thranduil : Vous voulez parler de ses parents ?

Amélie : Ca les arrangeaient ben.

Thranduil : Et ensuite ?

Amélie : Ensuite, elle à atterrit à l'auberge de mon amie Rose. La p'tiote elle pas eu qu'des dentelles à porter foi d'Amélie. Elle à fait des ménages, un peu d'couture, tout c'qui faut pour la bonne marche d'une maison. C'est qu'la Rose c'est quelqu'un. Faut qu'ca marche droit. J'l'ai vu pleurer ben des fois c'te pauv' fille. Des marques, elle en aura toute sa vie. Vous vous rendez compte ? Passer d'l'état de noble Dame à celui d'soubrette…C'est pas des choses à faire…

Thranduil venait d'écouter ce discours avec la plus extrême attention. Les mains derrière le dos, le roi réfléchissait. Amélie le regarda un instant. Bon sang, il lui filait le tournis...N'y tenant plus, elle osa une question :

Amélie : Où qu'elle est d'ailleurs ? J'l'ai pas vu depuis un bon bout d'temps.

Thranduil : Est-t-il vrai qu'elle est venue dans ce monde pour me rencontrer ?

Amélie : Ben, c'est t'y qu'elle s'rait pas contente que j'vous l'dise, mais j'vois ben qu'vous êtes une bonne pâte.

Réfléchissant quelques secondes au sens de ce mot, le roi en conclut que ce devait probablement être un compliment.

Amélie : Eh ben elle est comme qui dirait tombée raide dingotte de vous. Pour sûr ! Elle arrêtait pas d'nous bassiner avec son roi par-ci, son roi par-là...Pardon votre royal splendeur, mais bon, faut dire qu'elle savait c'qu'elle voulait. On n'arrivait même plus à la faire décrocher d'son bouquin pour v'nir grailler tellement vot'histoire l'intéressait !

Ainsi, l'intérêt de son petit ange pour sa propre personne n'était pas feint. Comme il l'aimait, comme il regrettait…

Par sa fierté mal placé, il avait détruit les beaux rêves de cette femme meurtrie. Dire qu'il se sentait mal, était un doux euphémisme. Il offrit à Amélie une bien belle promesse :

Thranduil : Soyez rassurée Dame Amélie, plus aucune personne ne fera le moindre mal à notre protégée. C'est une promesse que nous vous faisons.

Amélie : Et qui c'est 'y nous ?

Thranduil : Moi voyons !

Amélie : Ah bon. Vous êtes un bon roi vot' majesté royale. On voit ben au premier coup d'œil qu'y a beaucoup d'bonne chose là d'dans.

Posant la main sur son cœur, elle émit un semblant de sourire lèvres scellées. C'est qu'elle ne voulait pas montrer sa bouche édentée. La brave femme essayait tout de même de se tenir convenablement devant une personne de haut rang. Peut être y avait il sûrement aussi, la honte de son apparence peu gracieuse. Pourtant, le roi la trouva fort belle en cet instant. La pauvreté n'excluait en rien la beauté de l'âme et elle en avait des tonnes à revendre.

Thranduil : Nous vous sommes reconnaissants de nous avoir tout raconté et d'avoir pris soin de Dame Olana, lorsqu'elle en avait tant besoin.

Amélie : Oh ben c'est t'y qu'j'vais m'remettre à pleurer moi. Voyez, moi, j'ai pas eu la chance d'avoir des galoupiauds alors Olana c'est un peu ma morveuse à moi quoi. J'l'aime beaucoup.

Thranduil : Nous l'avons senti à travers votre récit. Merci gente dame. Nous vous libérons. Vous pouvez rejoindre vos amies.

Amélie prit congé du roi en prenant soin de se retirer en marche arrière comme le lui avait bien indiqué Prince Charmant, ce qui lui valut de manquer se vautrer à terre. Heureusement, ce ne fut pas le cas. Dehors, Chaperon Rose et Opéca l'attendaient de pied ferme :

Opéca : Qu'est-ce que tu faisais dans la tente du roi la vieille ?

Amélie : Mais fichez moi la paix les péronnelles.

Chaperon Rose : Tu sens le vin ! Il t'a offert à boire ?

Amélie : Eh ben vouais.

Opéca : Pourquoi ?

Amélie : Ben, y voulait tout savoir sur Olana. Parait t'y qu'la p'tiote s'est perdue.

Opéca : Qu'est-ce que tu racontes ? T'es torchée où quoi ?

Chaperon Rose : Mais pas du tout voyons Opéca. Ce roi est juste une petite merveille d'attention pour sa dulcinée voilà tout.

Opéca : Tu racontes encore n'importe quoi la borgnasse.

Chaperon Rose : Réfléchis deux secondes ma brune amie, enfin, si cela entre dans tes capacités cela s'entend.

Opéca : C'qui va entrer dans mes capacités la blondasse, ça va être d'te coller une raclée à te faire devenir le fondement aussi rouge qu'le cul d'un macaque.

Chaperon Rose : Tu peux toujours essayer …Bien, je disais donc, avant que tu ne viennes m'interrompre avec le peu d'éducation dont tu te glorifie, que si ce bellâtre s'intéresse tant à notre Olana, c'est qu'il se passe un événement d'importance dont, une fois de plus, on nous tient à l'écart.

Opéca : Et à quoi tu penses ?

Chaperon Rose : J'ai ma petite idée sur la question. J'ai remarqué tout à l'heure combien le visage de ce rêve ambulant, était contrarié. Il nous faut retrouver Olana pour lui tirer les vers du nez.

Opéca : J'te tirerais bien aut'chose moi.

Chaperon Rose : Rendez-vous est pris ma chère amie. Je te promets de te mettre le cul à l'air devant tous ces soldats, et crois-moi, je ne me ménagerais pas pour te dérouiller.

Amélie : Ah, vous allez pas r'mettre ça !

Opéca : Va dormir la vieille, avec tout l'pinard qu'tu t'es descendu, t'arriverais même plus à trouver ta culotte.

Amélie : Ben c'est t'y qu'c'est pas faux. C'est qu'c'est du bon l'vin du roi.

Opéca : C'est ça, bonne nuit.

Chaperon Rose : Alors comme ça elle s'est perdue ?

A peine avait t'elle terminée son interrogation que Chaperon rose s'empressait de retrouver Aliénor. La nuit allait être mouvementée, pensait elle alors que ses petons la portaient vers son amie.

Olana s'éveillait, tentant vainement de rassembler ses souvenirs. L'endroit où elle se trouvait était dans le noir absolu. Elle détestait cela. Tant pis pour ce qu'il pouvait y avoir au dehors. Tout valait mieux que cette obscurité. Avec d'infinies précautions, elle jeta un coup d'œil au dehors.

Bien que la peur se rappelait à son bon souvenir, elle prit la décision de sortir et de reprendre la marche. Jamais plus elle ne craindrait personne. Courageusement, elle se mit à marcher droit devant elle. Pour se donner du courage, elle parla à voix haute :

Olana : Je n'ai pas peur.

Cela pouvait sembler ridicule, mais elle s'en fichait. C'est ainsi, que redressant fièrement la tête, elle avança, seule, dans le noir, le courage chevillé au corps.

Non loin de là, une lueur vacillante apparut. Cela ressemblait plus à un point lumineux. Etrange, pensa-t-elle, on dirait que l'on cherche à m'attirer vers quelque endroit bizarre. Sans être vraiment convaincue par cette soudaine aide providentielle, elle continua sa marche.

Une bien étrange sensation s'infiltra dans son esprit. Une force bienveillante la guidait. Cette impression ne la quittait plus depuis qu'elle avait aperçu la lumière.

Dans le silence oppressant, un craquement se fit entendre :

Olana : Qui va là ?

La peur revenait en force alors que le bruit devenait plus distinct :

Olana : Y a-t-il quelqu'un ?

C'est alors, qu'elle aperçut une silhouette encapuchonné venant vers elle. Curieusement, il n'y avait aucune hostilité émanant de cette apparition, bien au contraire, elle s'en rapprocha tout naturellement.

Ce devait être une personne d'un grand âge, au vu de sa posture courbée. Tendant sa main, elle effleura la longue cape de la personne :

Olana : Pouvez-vous m'aider ? Je suis perdue. Je ne sais comment ...

Effectivement, il s'agissait d'un vieillard. Sa cape, usée par endroit et de couleur sombre le confondait avec la nuit. Olana, que la surprise avait rendu muette, retrouva enfin un semblant de convenance. S'inclinant, elle s'adressa à l'inconnu :

Olana : Bonsoir vieil homme. Que faites-vous seul sur ce chemin ? Êtes-vous perdu vous aussi ?

Viel homme : En voici des questions noble Dame. Et si nous commencions par une présentation en bonne et dû forme ?

Olana : Encore faudrait il que la confiance s'établisse.

Vieil homme : La confiance n'engage pas celui qui la donne, mais apaise beaucoup celui qui la reçoit. Je me nomme Edarion gente Dame.

Olana : Je suis Dame Olana d'Isendril, duchesse du comté de Faye. Voyagez-vous avec les gens du seigneur Thranduil ? Êtes-vous un elfe ?

Edarion : Est ce toujours dans vos habitudes de poser autant de questions ?

Olana : Je vous prie de m'excuser Edarion...c'est que...

Edarion : Vous êtes perdue oui, je comprends votre peur. Toutefois, ne la laisser pas vous envahir gente Dame.

Le vieil homme fit glisser sa capuche. Sa chevelure blanche dénotait un grand âge, tandis que ses yeux translucides, fixaient droit devant lui alors qu'Olana se trouvait sur le côté. Sa main passa rapidement devant le regard d' Edarion qui ne cilla pas d'un pouce. Cet homme est aveugle, pensa t'elle. Que faisait un vieillard, aveugle, seul la nuit sans aucune aide ? Déjà elle n'était pas rassurée, mais que dire de ce fait troublant ?

Edarion : Vous vous interrogez sur ma présence sur ce chemin, au vu de mon grand âge et de mon handicap n'est-ce pas ?

Olana : C'est cela.

Edarion : Pourquoi vous êtes-vous égaré Dame Olana ?

Olana : C'est vous qui posez les questions maintenant ?

Edarion : Vous ne m'avez pas répondu.

Olana : Pourquoi le ferais-je ?

Edarion : Que pourrais-je tenter contre vous noble Dame ? Je ne suis pas un danger pour vous.

Olana : Il n'est pas obligatoire de mordre pour être dangereux.

Edarion : Tout à fait censé comme réponse. Décidément, vous m'intriguez gente Dame. Pourrions-nous nous asseoir ? Mes vieilles jambes ont bien du mal à me porter ce soir...

Olana : On doit me chercher...

Edarion : On vous cherche déjà depuis un bon moment.

Olana : Mais enfin, qui êtes vous ? Vous me semblez être bien au courant de mes affaires.

Edarion : Nous pouvons attendre ensemble qu'ils arrivent.

Olana : Qui ils ?

Edarion : Ceux qui souhaitent vous trouver entière et sans dommage.

Olana : Ce petit jeu ne m'amuse plus Monsieur. Je vous somme de me répondre.

Edarion : Les routes ne sont pas sûres de nuit Dame Olana. Restez à mes côtés. D'autres vous cherchent...

Olana : Qui ça d'autres ?

Edarion : Votre venue sur ces terres n'est pas le fruit du hasard.

Olana : Pardon ? Mais c'est moi qui ait décidé seule …de toute façon, je ne vois pas en quoi cela vous concerne !

Brusquement, le vieil homme posa son index sur ses lèvres lui intimant l'ordre silencieux de se taire. Il tendit la main au devant et trouva le poignet de la jeune femme qu'il empoigna.

Une telle force chez une personne de cet âge la surprit. Il s'approcha aussi près d'elle qu'il le put :

Edarion : Faites-moi confiance, de mauvaises gens s'approchent. Y a-t-il un endroit où nous puissions nous dissimuler ? Notre survie est entre vos mains Olana. Vous devez me faire confiance…

Acculée, la jeune femme n'eut d'autre recours que croire cette personne sortie de nulle part, mais contre laquelle elle ne put se décider à porter un mauvais jugement. Le temps faisant défaut, leurs deux mains toujours serrées, elle prit soin de le guider.

Il y avait là, un amas de rochers où une large faille était envahie d'herbes folles.

Ecartant, juste ce qu'il fallait la végétation, ils s'engouffrèrent dans cette brèche et se tinrent accroupis.

Un mouvement se distingua entre les arbres et bientôt elle distingua deux silhouettes. Collant sa bouche contre l'oreille d'Edarion, elle commenta ce qui se déroulait sous ses yeux :

Olana : Il y a deux personnes qui viennent de sortir des fourrés.

Edarion : Arriveriez-vous à me les décrire ?

Olana : Ils sont de dos…Attendez, ils…Oh Mon Dieu…ils sont horribles. Je n'ai jamais vu de pareils monstres.

Elle tremblait. Edarion la rassura avec des mots choisis :

Edarion : Ne craignez rien Olana, ils ne peuvent nous voir.

Olana : Mais…ils se dirigent vers nous !

Il baissa ses paupières et psalmodia des paroles inintelligibles. Aussitôt, les deux orques se tournèrent dans la direction opposée :

Orque : Je t'avais dit qu'elle n'était pas là !

Orque : Mais j'ai entendu une voix, ces saleté d'humain puent la charogne ! On aurait déjà dû la trouver !

Orque : On a intérêt. L'autre va nous faire couiner comme des porcs qu'on saigne si on la ramène pas.

Orque : Sur ce coup là, c'est chacun sa trogne. Si tu me lâches je te vendrais comme un sale rat.

Orque : Et qui te dit que je le ferais pas le premier ? J'ai pas envie de passer sous le coutelas de l'autre !

Orque : Bon, écoute, on va refaire un tour dans les parages. Toi tu prends par là et moi ici et si tu trouves la femelle fais gaffe. L'abîme pas trop !

Orque : Dommage, j'y aurais bien goûté à cette câtin.

Orque : Ouais, moi aussi. Personne n'en aurait rien su et on en aurait bien profité.

Elle frémit en pensant ce à quoi elle avait échappé. Tandis que les deux orques se séparaient, elle interrogea l'homme :

Olana : Vous savez des choses que j'ignore et qui me font peur. Qui sont-ils ? Pourquoi me cherchent-ils ?

Edarion : Je suis là pour vous protéger Olana. Ce sont des orques à la solde d'Azog et croyez-moi, sa détermination à vous trouver n'a d'égale que sa cruauté. Cependant, il n'agit pas pour lui et c'est bien là que se trouve le problème. Je ne puis vous en dire plus, parce que je n'ai pas toutes les réponses Gente Dame.

Olana : Vous ne savez pas, ou vous, ne voulez pas me le dire ?

Edarion : Je ne le sais pas, je vous le jure et cela est intentionnel par mesure de sécurité. Si nous étions trop à savoir, nous perdrions l'avantage.

Olana : Mais enfin, qui ça nous ?

Edarion : Ne soyez pas inquiète, ils se feront connaitre de vous…bientôt.

Olana devenait inquiète à présent. Autant cet homme l'avait rassuré il y avait quelques minutes, autant il l'effrayait à présent. Au loin, des voix s'élevaient. On l'appelait par son prénom. Parmi celle ci, l'une d'entre elles lui sembla plus familière.

Edarion : Vos amis…ils arrivent !

D'un bond elle sortit de sa cachette. Les voix se rapprochaient. Elle osa enfin appeler.

Des torches formaient des petits points lumineux tels des lucioles. C'était si réconfortant.

Enfin, Aliénor apparut. Sans plus attendre, elle courut se jeter dans ses bras.

Olana : Aliénor, je n'ai jamais été aussi contente de te voir.

Aliénor : Bon sang, où était tu passé, on s'est fait un sang d'encre !

Olana : J'étais cachée là …avec Edarion.

Aliénor : Qui est Edarion ?

Quelques mètres plus loin, Thranduil se tenait droit, l'observant sans rien dire, l'air inquiet. Elle resta quelques secondes immobiles ne pouvant détacher son regard de ces yeux bleus. Bien vite elle reprit la parole :

Olana : Je m'étais égarée, mais heureusement, ce Monsieur, s'est trouvé sur mon chemin.

Aliénor : Qui ça ?

Olana : Ce vieil homme...

Elle entraina à sa suite Aliénor, suivit du roi et de ses soldats qui arrivaient dans leur direction. Lorsqu'elle parvint à l'endroit où elle s'était cachée, il n'y avait plus personne. L'anfractuosité dans le rocher était vide. A terre, le corps des deux orques gisait dans une mare de sang noir.

Olana portât la main à sa bouche alors que le roi faisait un pas dans sa direction :

Olana : Il y avait un vieil homme avec moi il n'y a pas deux minutes. C'est lui qui m'a conseillé de vous attendre. De toute façon il est aveugle, il n'a pas pu aller bien loin...

Thranduil ordonna sur le champ de fouiller les alentours. En vain. Il ne subsistait aucune trace de cet étranger. Le capitaine s'approcha des cadavres. Une blessure mortelle leur avait été infligée. Un coup imparable, net et précis avait sectionné une veine et ils s'étaient véritablement vidés de leur sang. Olana frémit :

Thranduil : Vous n'avez rien ? Nous nous en sommes soulagés Dame Olana. Êtes-vous certaine d'avoir rencontré quelqu'un ?

Olana : Dites tout de suite que je suis folle...je vous certifie sur mon honneur que je n'ai rien inventé. J'ai vu cet homme, il s'est même nommé...

Thranduil : Un homme âgé n'aurait pu faire trépasser deux orques de cette façon. Qui était avec vous ?

Olana : Je vous l'ai dit, un vieil homme nommé Edarion.

Thranduil : Cela ne se peut ma Dame.

Olana : Me traiteriez-vous de menteuse ?

Thranduil : Nous n'avons jamais dit cela. Qui est l'homme qui à tué ces orques ? Visiblement quelqu'un d'autre se trouvait avec vous ! Rentrons, nous en discuterons au calme.

Le ton commençait à monter dangereusement, aussi Aliénor crut bon de raisonner Olana. La jeune femme pouvait très rapidement déraper et devenir ingérable en situation de stress où de colère. Il devenait urgent de la calmer.

Aussi incroyable que cela puisse paraitre, chaque personne assistant à la scène crut entrevoir dans le regard du roi de la …jalousie. Visiblement, elle l'aveuglait et lui faisait perdre les convenances.

Aliénor : Le seigneur Thranduil à raison, il faut rentrer.

Olana : Mais toi tu me crois n'est-ce pas ?

Aliénor : Bien entendu. Allez viens.

Elle passa fière et droite devant le roi lui lançant un regard plein de mépris. Le fait de douter de sa parole la rendait folle.

Thranduil fulminait. Cette impulsivité l'agaçait prodigieusement, mais en même temps, elle signait la personnalité de cette étrange femme. Le pouvoir sur les elleth était pour lui tout naturel. De nature douces et obéissantes, aucune ne se seraient permises de le contredire et plus encore devant ses soldats.

Malgré cela, son soulagement était visible. Il avait eu peur ce soir. Pour elle et pour ce fragile équilibre se tissant sans relâche malgré les accrocs survenant dans leur relation.

Cependant, plusieurs questions tournaient en boucle dans sa tête, qui était avec elle ? Qui avait pu tuer d'une façon aussi précise deux orques de cet acabit ?

Luthïen revint vers son Seigneur prêt à exécuter ses ordres :

Thranduil : Avez-vous trouvé des traces de ce vieil homme ?

Luthïen : Non mon Seigneur aucunes. Devons-nous continuer les recherches ?

Thranduil : Inutile. Rentrons !

Alors que tous prenaient la direction du campement, un des soldats du capitaine l'interpella :

Soldat : Mon capitaine, nous avons trouvé ceci au pied de ce rocher...

L'elfe tenait dans le creux de sa main, ce qui paraissait être un petit bout de métal. Le roi pensa tout d'abord à un fragment d'épée, dû à un quelconque combat, et oublié depuis longtemps, sauf qu'il ne paraissait pas ancien du tout. Bien au contraire, lorsqu'il l'essuya, il se mit à briller de mille feux à la lumières des étoiles.

Il devint même si brûlant qu'il dû le lâcher.

Précautionneusement, il l'enroula dans un mouchoir et le dissimula dans sa poche.

Thranduil : Doublez la garde cette nuit Luthïen. Que deux soldats surveillent la tente de dame Olana et ses amies. Qu'aucunes d'entre elles n'en sortent ! Sceller mon cheval, nous allons inspecter les alentours. Ces orques ne sont pas venus seuls. Nous devons trouver leur campement.

Luthïen : Bien Majesté.

Ainsi, elle disait vrai.

Pour une raison encore inconnue, quelqu'un l'avait protégé et rassuré. Légolas et Tauriel que ces faits avaient rendus curieux surgissaient à ses côtés :

Légolas : Nous venons de croiser dame Olana Ada. Vous l'avez retrouvé saine et sauve.

Lorsqu'il aperçut les deux corps à terre, le prince fixa son père intensément :

Légolas : Ada, (père) comment avons-nous fait pour ne pas les…sentir ?

Thranduil : Je n'ai pas la réponse à cette question ion nin. (Mon fils)

Légolas s'approcha, renifla prudemment…aucune effluves habituellement repérable chez ces êtres disgracieux ne s'élevait dans l'air. Le fils fixa son père d'un air inquiet :

Légolas : Serait-ce une ruse de magicien ? Si nous n'arrivons plus à les repérer, cela va représenter un grave danger pour nous.

Thranduil : Je ne pense pas que cela s'applique pour la majorité de ces…déchets.

D'un regard méprisant, le roi poussa du bout de sa botte le corps de l'un des deux cadavres :

Tauriel : Etrange cet événement…et cette façon de se perdre et d'être retrouver au milieu de nulle part...

Thranduil : Tauriel !Prends le premier tour de garde. Veille scrupuleusement sur cette dame et ses amies.

Tauriel : Mais Mon Seigneur...

Thranduil : Fais ce que je t'ordonne !

Furieuse, elle s'inclina avant de partir d'un pas rapide. Légolas, surpris, pensa que ce genre de colère contenu, mêlée à de la peur, n'était pas commun chez son père. Cela l'intrigua :

Légolas : Je vous trouve soucieux ada...

Thranduil : Ce n'est rien ion nin. J'ai besoin de prendre du repos.

Légolas : Y aurait il quelque chose que vous me dissimulez ada ?

Thranduil : Rien dont tu ne sois déjà au courant. Reste au campement, je n'en ai pas pour longtemps.

Légolas : Très bien ada.

Le roi suivit Luthïen, et tous deux se dirigèrent vers l'enclos où se tenaient les chevaux.

Edarion fut soulagé d'entendre Olana se diriger vers son amie. Tout danger s'écartait enfin de cette précieuse jeune femme.

Se redressant fièrement, il laissa tomber sa cape à terre et prononça quelques mots à voix haute :

Edarion : Il faut les anéantir. Nous ne pouvons prendre un tel risque …

Les voix s'élevèrent à nouveau, fluide et décisive :

Voix : Nous approuvons…tuez-les !

Edarion : Faite les venir à moi.

Voix : Nous vous rendons la vue.

Edarion : En effet, c'est préférable.

Dès lors qu'il recouvrit sa vision, Edarion sortit la dague de son fourreau. Effilée, au manche d'albâtre, la fine lame faite de mithril brillait sous la pâle lueur de la lune. Frappant son arme contre un rocher, il les entendit enfin se diriger vers lui, attirés par le bruit.

D'emblée, leurs yeux rouges fixèrent le vieillard et leurs lèvres se retroussèrent sous l'effet de la hargne. Un humain ! C'était plus qu'ils ne pouvaient espérer. Le trouver en premier les assurait de la trouver ensuite.

D'un bond, ils s'approchèrent près de lui et le saisirent par la gorge approchant la lame de leur coutelas :

Orque : Vieux chien ! Tu espérais notre pitié ?

Orque : Pique le qu'il saigne à mort !

Orque : Où est-elle ?

Edarion : Pitié pour un vieil homme. Si je vous dis où elle se trouve vous m'épargnerez ?

Les deux individus se lancèrent un regard qui en disait long :

Orque : Ouais pour cette fois, je serais clément…

Edarion : Elle est…

Pendant qu'ils se tenaient tout proche du corps du vieillard qu'il pensait inoffensif, leur garde se baissa. Tous deux attendait la suite de ses paroles.

Le bras d'Edarion s'éleva dans les airs d'un mouvement si rapide que les deux orques ne virent rien venir.

La lame passa de la gorge de l'un à celle de l'autre avec une précision phénoménale.

Leurs mains poilues et noirâtres se portèrent immédiatement à leurs cous et chacun tenta désespérément d'endiguer le flot de sang s'échappant à jets réguliers d'entre leurs doigts serrés.

Peine perdue. Ils se laissèrent tomber sur le sol et continuèrent à espérer contenir le fluide noir fuyant leurs corps, mais il était déjà trop tard, l'inconscience s'emparait de leurs âmes et leurs paupières se baissèrent sur la dernière chose qu'ils ne s'attendaient pas à voir, un sourire.

Un sourire d'où le pardon ne semblait pas très loin. Ce fut la dernière vision qu'ils emportèrent dans leurs trépas.

Surpris par les bruits de pas qui se rapprochaient, Edarion opéra un demi-tour si rapide, que la lame de sa dague heurta le rocher tout proche.

D'un bond, il s'enfuit dans la noirceur de la nuit et disparu comme il était venu.

Les deux amies, serrées l'une contre l'autre, rentraient silencieusement vers le campement. Aliénor sentait le malaise chez la jeune femme mais souhaitait lui laisser la primeur de ses confidences. La brusquer ne servirait à rien.

La douleur accumulée depuis tant et tant d'années avait rendu Olana très fragile. Un lourd passé revenait en puissance la narguer en lui faisant comprendre par ces derniers événements qu'elle ne goûterait sans doute jamais au bonheur. Ce triste constat la rendait amère et si triste...

Ni tenant plus, la guerrière la questionna :

Aliénor : Que s'est-il passé Olana pour que tu en arrives à fuir dans la nuit ? N'essaie même pas de noyer le poisson ma belle...Je te connais trop bien...

Les larmes coulaient à présent sans aucune retenue. Trop de vilains mots avaient été prononcés ces dernières heures. Aliénor stoppa sa marche et la prit dans ses bras. Les pleurs redoublèrent et ceux ci avaient le goût du désespoir.

Aliénor : Olana, ma belle, parle-moi.

Au loin, Tauriel s'était arrêté elle aussi. Même si elle détestait faire cela, elle écouta la conversation de ces deux femmes.

Olana : Aliénor, se pourrait-il que je me sois trompé à ce point ? Je pensais avoir trouvé la personne qui m'aurait enfin prêté un peu d'attention. Si tu savais à quel point je suis déçue...Je veux rentrer ! Je veux quitter ce monde où je n'ai pas ma place.

Aliénor : Que t'a-t-il fait ?

Au fur et à mesure de la narration, Aliénor caressait les cheveux d'Olana tentant de lui apporter un peu de réconfort. Quand elle eut fini, elle s'empara de ses deux mains :

Aliénor : Tu viens de prendre la bonne décision ma belle. Ce roi n'est pas pour toi. Vous avez chacun dans vos vies un fantôme vous empêchant d'avancer l'un vers l'autre. Vous vous faites trop de mal.

Olana : Mais...Aliénor, je l'ai aimé avant de le connaître, et même maintenant l'amour que je ressens pour lui est si vivace qu'il me fait peur.

Aliénor : Justement, il faut agir vite avant de souffrir d'avantage.

Olana : Sans doute as-tu raison, mais je ne m'en sens pas la force. Que vais-je devenir Aliénor ? Reprendre une vie morne et sans amour ? Je ne peux plus...Je ne peux...

Aliénor la berça quelques temps. Pour elle, il devenait évident que cette aventure devait prendre fin.

Aliénor : Qu'avons-nous fait Olana ? Si tu savais comme je m'en veux. J'aurais dû m'apercevoir de cette passion dévorante qui te consumait, bien avant de tenter ce voyage. C'était une folie. Et ces orques ? D'où venaient-ils ? Te cherchaient-ils ? Qui les a tués ? Qui était avec toi ?

Alors qu'elle tentait de questionner son amie, Gabriel vint à leur rencontre et sans laisser le choix à Aliénor, prit Olana dans ses bras lui caressant les cheveux :

Gabriel : Donnez libre cours à votre chagrin, mais ne laissez pas le désespoir vous envahir. Douce Olana par ces mots, fiez-vous à moi. Que ces actes n'entravent en rien votre destin. Il n'est de plus douce parole que celles dont mon esprit vous inonde. Libérez votre âme de cette noirceur et de ces cendres renaîtront l'espoir. Dormez à présent, dormez et rêvez petite fille.

Sitôt les mots de l'ange avaient ils fini de franchir la barrière de ses lèvres, qu'Olana s'effondrait dans ses bras profondément endormie. Comme s'il eut porté un enfant contre son cœur, il la tint serrer contre lui et s'en fut dans la nuit.

Aliénor, complètement hébétée, le suivait se posant tout un tas de questions.

Apparemment elle n'était pas la seule. Tauriel tout aussi surprise, observait cet être de lumière emporter dans ses bras l'intrigante comme elle aimait la nommer.

Quels étranges pouvoirs détenait cette personne ?

Pourquoi était-il intervenu contre l'avis de son amie la guerrière ?

Un voile épais entourait ces personnes venu d'un autre monde.

Thranduil, dont le souci se lisait sur ses traits, souffrait de son incapacité à savoir aimer. Avait-il perdu l'instinct, la foi en lui-même ? Son cœur, torturé depuis plus de mille ans lui avait fait défaut ce soir.

Cette dualité si souvent combattu l'avait tant meurtrie qu'elle l'avait abîmé.

De savoir Olana avec un autre, quelqu'un qui l'aurait approché d'un peu trop près…même pour la défendre…

Cette pensée piquait son cœur comme une dague dont l'on teste le tranchant. Aucun autre ne devrait s'en approcher. Elle était à lui. Sa Possession ne deviendrait jamais celle d'un autre.

Vibrant d'une colère contenu, il se hâta d'éperonner sa monture et suivit de ses soldats, entreprit d'inspecter les environs.

Au loin, le cavalier noir plissa les yeux et un horrible sifflement s'éleva d'entre ses lèvres. Il monta sur son cheval à la robe sombre et s'approcha de Bolg :

Cavalier noir : Vos chiens ont encore faillis ! Levons le camp, sa royale majesté vient vers nous.

Borg : Réglons-lui son compte. Cà fait une éternité que j'ai envie de l'ouvrir comme un porc.

Cavalier noir : Stupide rat ! J'ai dit levons le camp et vous feriez mieux de m'obéir ou c'est vous que j'ouvrirais comme un porc et vos entrailles serviront de repas aux charognards.

Avec un mauvais rictus collé à ses lèvres ourlées à la perfection il se saisit de la bride et incita sa monture à lui obéir, ce à quoi la bête ne lui opposa aucune résistance.

Au campement, une violente altercation débutait entre Gabriel et Aliénor :

Aliénor : Il va me falloir des explications Gabriel !

Gabriel : Il va vous falloir ? En voici une véhémence guerrière Aliénor, fidèle au combat mais bien entreprenante face à l'autorité d'un archange.

Aliénor : Je ne souhaite pas me montrer irrespectueuse, mais il en va du bien être d'Olana. Nous devons cesser ce petit jeu.

Gabriel : Nous devons ?

Aliénor : Ne voyez-vous pas combien elle se meurt d'amour pour cet elfe ? Et lui que lui offre t-il en retour ? Uniquement de la souffrance. Son épouse est encore dans son cœur et rien ni personne ne saurait changer cela.

Gabriel : En êtes-vous sûre ?

Aliénor : Je l'ai vu pleurer comme jamais ce soir, alors oui, j'en suis sûre.

Gabriel : Que sont quelques larmes dans une vie.

Aliénor : Vous le faites exprès où quoi ?

A ces mots, l'archange changea du tout au tout.

Personne encore ne l'avait encore vu empreint d'une si froide colère. Se redressant avec tout le pouvoir dont était investit cet être divin, l'ange fixait Aliénor de ses prunelles claires où un cercle noir apparaissait.

Point de départ de toute chose et le lieu où toute créature aspirait à retourner, ce symbole magnifiait la spiritualité de l'archange. Au delà de cette constatation, la transformation s'opérant dans son comportement signifiait sa détermination à protéger Olana. Le changement, le mouvement, rien ne pourrait stopper les événements en marche.

Sans la moindre parole énoncée, la jeune femme en compris tout le sens et dû admettre en son for intérieur qu'il était vain de le provoquer.

Ces révélations déstabilisèrent complètement cette guerrière pour qui de telles pensées n'étaient pas commune.

Les actes de foi n'étaient absolument pas sa priorité. Être condamné pour haute trahison, par le félon qui avait usurpé sa place avait déjà été une épreuve, mais que dire de la sentence cruelle la privant à jamais des joies de la maternité...

Cela ne l'avait pas encouragé à se tourner vers une quelconque croyance.

Sa stérilisation signait définitivement sa rupture avec le spirituel.

Gabriel ne se montrait pas très souvent vindicatif, mais lorsque tel était le cas, mieux valait ne pas s'opposer à ses arguments :

Gabriel : Je lis en vous comme dans un livre ouvert ma chère enfant. Vous aussi aspirez à retourner là où se trouve votre place. Vous même ne faites pas exception à la règle. Votre destin impitoyable vous le rappelle chaque jour. Sentez cet appel puissant résonner en vous. Votre cœur vous le rappelle toutes les fois où les visages de vos parents se présentent à vos yeux. Votre retour aux sources s'effectuera en son temps. En attendant, cessez d'importuner Olana. Ne perturbez pas son attirance pour ce roi. Venez à moi, oubliez vos ressentiments et veillez sur elle comme vous l'avez toujours fait jusqu'à aujourd'hui.

Elle vint à lui et il déposa un doux baiser sur son front. D'une légère pression sur ses mains, il l'enjoignit à s'asseoir aux côtés d'Olana profondément endormie sur sa couche.

Ses paupières clignèrent deux où trois fois et elle se tourna vers Gabriel :

Aliénor : Qu'étais-je en train de vous dire ? Je ne sais pas... J'ai l'impression d'avoir eu un blanc.

Gabriel : Vous discouriez sur la nécessité de surveiller de façon un peu plus probante cette jeune femme trop fougueuse. Bien, il me faut aller surveiller mes ouailles avant que cela ne dégénère à nouveau et je sens que cela ne devrait tarder.

Prenez un peu de repos Aliénor. Notre route sera longue. Il n'est pas exclu que certains dangers s'y présentent.

Aliénor : Que voulez-vous dire par là ?

Gabriel : Et voilà. J'en étais sûr. Ce fieffé coquin de Mic Mac vient de mettre en rage Alachnÿ. Il me donne du fil à retordre ce lutin ! Dormez Aliénor Senrad, fille du seigneur Naram et de la noble dame Ciliane. Dormez et rêvez à ceux qui ne vous oublieront jamais.

A l'évocation du nom de ses parents, la jeune femme eut un moment de mélancolie extrême. Les souvenirs des jours heureux avec les siens brûlaient son âme à la faire hurler. Se roulant en boule derrière Olana, elle laissa venir à elle les images qu'elles refoulaient depuis si longtemps et le sommeil vint la cueillir aussi aisément qu'une main de jardinier cueillant une rose.

Alors que ses paupières se baissaient, de verts pâturages se présentaient sous ses yeux et au loin, son père venait vers elle fier sur son destrier. Un rire d'enfant, son propre rire, accueillait ce visage paternel où tout l'amour pour sa petite fille s'y reflétait.

Ses jolis petits bras potelés se tendaient vers lui alors que le son de sa propre voix formait comme une étrange mélopée.

Aliénor : Papa, papa !

Elle l'appelait, elle lui souriait. Son père, son roc, sa lumière venait à elle. Son air bienveillant la rassurait. A ses côtés, elle ne craindrait jamais rien ni personne.

Quand il fut là, elle se lova dans ses bras et sentit le souffle chaud de l'amour. Celui qui unit un parent à son enfant pour l'éternité…

Au milieu de cette couche, les deux femmes, à présent dans les bras de Morphée, s'offraient la plus jolie parenthèse de ce voyage épique.

A quelques lieues de là, Thranduil approchait de ce qui était, il y avait tout juste quelques heures, le campement de leurs ennemies.

Il n'avait pas été très difficile de le trouver. L'odorat des elfes les y avaient menés directement.

Là, la puanteur atteignait des sommets pour ces ellons.

Le roi descendit de cheval et inspecta les cendres encore chaudes des feux de camps :

Thranduil : Qu'est-ce qui à pu les faire fuir aussi rapidement ?

Luthïen : Sans doute devaient-ils nous espionner Mon Seigneur.

Thranduil : Un acte de surveillance, dans quel but ? Par où sont-ils partis ?

Plusieurs soldats tentèrent désespérément de trouver la direction grâce aux odeurs, mais curieusement, elle s'arrêtait toutes au campement :

Thranduil : Rentrons ! Nous ne pouvons faire plus cette nuit.

Les amis d'Olana, finissait leur repas et prenaient le temps de se reposer autour d'un feu. Tous avaient remarqué l'agitation des dernières heures et chacun pensait qu'Olana devait y être pour quelque chose. Le fait d'avoir vu Aliénor partir à sa rechercher les avaient conforté dans cette position.

Chaperon Rose et Opéca, n'en finissait plus de tenir des conciliabules :

Chaperon Rose : J'aimerais être une petite souris et m'infiltrer sous la tente royale. Ne pas savoir ce qui se trame me rend folle…

Opéca : Eh ben j'te rassure, tu l'es déjà.

Chaperon Rose : Tes compliments me rendent toujours euphorique ma CHERE AMIE !

Jack : Arrêtez bordel ! Y'en a marre !

Nimïel : Au final, était-ce vraiment une si belle idée de venir dans ce monde pour Olana ? Qu'y gagne-t-elle ?

Alachnÿ : Des emmerdes ! Voilà ! Et c'est bien de votre faute à tous. Si vous ne m'aviez pas subtilisé mon grimoire, nous n'en serions pas là, Olana continuerais à chasser ses papillons dans sa jolie cervelle et moi je m'occuperais toujours de façon intensive à surveiller de près les travaux de mes soubrettes.

Chaperon Rose : Ah, vous voulez dire …continuer à les monter.

Mic Mac : Ouais, bien dit la frangine. J'ai deux où trois confidences des demoiselles que je pourrais vous raconter en guise de dessert.

Alachnÿ : Tais-toi le gnome où tu vas tâter d'mon godillot.

Matouba crachouilla entre ses quenottes :

Matouba : Verrons-nous le lutin cracher ses dents, ou ne le verrons-nous pas ?

Mic Mac : Moi j'te verrais bien en carpette con de chat !

Amélie : Ah, siou plaît arrêêtezzz !

Opéca : Rendors-toi la vieille.

Alachnÿ : Dîtes-moi, il devait être bon ce vin et bien alcoolisé également.

Opéca : Elle encore ronde comme une queue d'pelle.

Chaperon Rose : Ce roi est un fin tacticien…enivrer pour délier les langues….Ceci dit, il n'aurait pas eu besoin d'utiliser pareil subterfuge avec moi. J'aurais déjà déroulé la mienne tel un tapis rouge et lui aurait offert le gîte et le couvert sans invitation !

Opéca : Sauf qu'il fait pas dans la pouillasse tu vois ? Alors ta langue tu vas la ranger dans ton clapet et la mettre en veilleuse.

Alachnÿ : Si des envie de velléités vous inspirait, me concernant, je laisserais libre court à votre imagination jeune fille, d'autant qu'elle me parait déborder de tout côtés.

Chaperon Rose : Me permettez-vous de la garder pour moi magicien ? Entre l'offrir à un roi ou un magicien, le choix sera vite fait.

Nimïel : Prenez soin de dame Olana tout de même. C'est une jeune femme si fragile. Je me sentirais chagriné de la savoir malheureuse.

Opéca : Vous vous sentiriez chagriné ? V'là aut chose maintenant. Et moi ? Y a-t-il quelqu'un qui se soucis de savoir comment j'suis ?

Un silence éloquent s'installa. L'un de ceux qu'il était plaisant de ne pas rompre. Pourtant, ce fut Alachnÿ qui se jeta à l'eau :

Alachnÿ : C'est que voyez-vous, nous n'aimerions pas nous recevoir une beigne…

Opéca : Pignouf ! J'sais aussi faire comme l'aut' borgnasse.

Nimïel : Ah oui ? Alors en ce cas, peut être oserais-je un jour me lancer ?

Jack : Ah qu'est -e que vous pouvez bien raconter comme conneries quand même. Bon, moi j'vais pieuter. Bonsoir !

L'archange Gabriel revenait à petit pas feutré. Après avoir pris soin des deux jeunes femmes, il s'arrêta droit et dire devant ses ouailles. Croisant ses bras sur son torse il les toisa de haut :

Gabriel : Est-ce moi qui vous fais fuir ?

Chaperon Rose : Mais pas du tout mon Gabinou, nous allions dormir. Enfin du moins pour MES AMIS. Moi je me sens d'humeur rêveuse et compte laissez libre cours à mes pensées disparates et légères. Une petite promenade apaisera mon esprit.

Opéca : Evite de détrousser un elfe ! Pour une fois, si on pouvait ne pas se faire remarquer à cause de ton appétit d'ogresse.

Prince Charmant : Délicieuse enfant. Souhaiteriez-vous que je vous accompagnasse ? Je peux être d'une compagnie fort agréable, de plus mon endurance pour la…marche est connu de tous.

Chaperon Rose : Rassure -Prince, je connais ta réputation alors va plutôt chasser ailleurs. Bien, je vous souhaite la bonne nuit.

Et sur ces bonnes paroles, elle se leva et s'en alla de sa démarche chaloupée :

Mic Mac : Ah, quèque j'rêve de lui mettre la main au…

Gabriel : MIC MAC, AU LIT !

Bougonnant, le lutin se pelotonna dans sa couverture non sans avoir dressé son majeur bien à l'abri des regards. Prudence est mère de sûreté !

Au moment où Thranduil laissait son cheval au bon soin du palefrenier, l'idée lui vint de rendre visite à Olana.

Son instinct le guidait vers elle. Rien ne pouvait l'en empêcher.

Il osa soulever le rideau après avoir appelé discrètement, mais n'entendant aucune réponse il pénétra à l'intérieur. Seule une bougie brûlait au centre sur un coffre.

Aliénor, couché en chien de fusil, dormait…le sourire aux lèvres.

Pour Olana, en revanche, ce n'était pas aussi serein. Elle gémissait dans son sommeil. Envahis d'une bouffée d'amour, il caressa son front avec délicatesse ne souhaitant l'extraire de son sommeil.

Posant un genou à terre, il resta un long moment à la regarder dormir. Elle avait adopté la position d'un fœtus et son pouce si près de ses lèvres lui fit penser à un bébé.

Attendris il prononça quelques mots pour l'apaiser :

Thranduil : Chut,… Je suis là mon ange. Que votre sommeil s'apaise elen nin. J'implorerais votre pardon à genoux mîr nin (mon trésor). Vous avez tant de valeur à mes yeux. Je ne suis pas digne de votre amour. Comme je regrette….Je vous promet de faire amende honorable et de reconquérir votre confiance. Ne me quitte pas petit ange…j'en mourrais.

Ses lèvres effleurèrent le front de son aimée alors qu'un gémissement s'échappait des lèvres entrouvertes de la jeune femme. N'y tenant plus, il s'approcha au plus près de son visage et aussi précautionneusement que les ailes d'un papillon effleurant un rayon de soleil, il l'embrassa.

Jamais, de mémoire d'elfe, un baiser n'avait été aussi précieux :

Scribe : Je suis sans voix.

Arakïell : La mienne s'est perdue dans ma narration.

Scribe : Veux-tu que je la retrouve ?

Arakïell : Non, laisse-là s'envoler au grès de mes rêves…

Scribe : (chuchotant) Ok boss.

A pas de velours, le roi quitta la tente des deux jeunes femmes et réintégra la sienne.

Il vida un nombre incalculable de verre de vins avec une profonde tristesse. Que pouvait-il faire d'autres ?

Ses pensées embrumées se perdaient dans un écheveau inextricable. Personne, pas même son père Oropher ne lui avait appris à se méfier des pièges de l'amour. Même s'il avait choisi lui même Neryëlle, même si leur mariage avait été un moment de grâce, la venue d'Olana dans sa vie n'en avait pas moins déclenché l'amour.

Ce tourment qui était sien depuis tant d'années lui laissait un goût amer.

Seul pour porter ce fardeau, la lourdeur s'accentuait encore plus depuis qu'elle était réapparue. Comment s'extirper de ce cruel dilemme ? S'abîmer dans la boisson ne le sauverait certainement pas, mais il allègerait sans doute sa souffrance.

Gabriel, tout à côté, veillait sur cette âme en perdition.

Il y avait tant à faire. D'un geste gracieux sa main s'éleva en même temps que ses mots :

Gabriel : Dormez grand roi des elfes. Dormez et par delà votre inconscience rejoignez celui qui vous attend.

Le verre tomba à terre. Thranduil s'enfonça dans un sommeil cotonneux où les souffrances n'avaient plus lieu d'être.

Et soudain…les souvenirs jaillirent aussi clairement qu'une source bienfaisante.

Cette nuit offrit à ces amants la résurgence de ce qu'avait été leur passé.

Elle allait aussi ouvrir la première page du livre de leur devenir.