Chapitre 9

Résignation et espoir:

Arrivée devant sa porte, Candy souris tristement à Terry et l'invita à prendre un café.

Il accepta et la suivi sans un mot de plus. Puis aucun des deux n'osa rompre ce silence pendant que Candy s'activait dans la cuisine jusqu'à ce qu'elle revienne avec deux tasses fumantes en main et s'installe en face de lui.

- Parle-moi Candy ! Je sais que tu as vu Albert au manoir aujourd'hui. Que s'est-il passé ? Comment vas-tu ?

Terry n'avait pas pu attendre plus longtemps qu'elle se décide à parler. L'attitude de Candy était aussi calme qu'inquiétante !

- Alors tu es au courant toi aussi ?

- Je l'ai appris comme toi aujourd'hui. La recherche de l'homme renversé par Daniel m'a amené au manoir André. Et j'y ai rencontré Albert qui m'a tout expliqué.

Tout en répondant, Terry cherchait à deviner les pensées de Candy. Mais son manque d'expressions, comme si elle était ailleurs lui glaça le sang. Où était sa Candy espiègle et intrépide ?

- Tout est fini Terry ! Au fait, toute cette histoire donne une aura d'irréalité salutaire au final. J'ai l'impression que cet Albert qui m'a parlé n'était pas celui que je connais et que j'aime. Albert appartient désormais au monde des puissants et de la haute société. L'homme que j'ai connu n'existe pas en fait ! Mon monde est bien trop simple et ma condition d'orpheline ne peut prétendre à un homme comme lui. Il s'en est rendu compte en retrouvant la mémoire ! Il m'a fait comprendre que nous sommes bien trop différents. La frontière entre nos deux mondes est infranchissable. Je ne me suis d'ailleurs jamais sentie une André bien que mon adoption remonte à six ans. C'est pourquoi j'ai profité de cette discussion pour demander à Albert d'annuler mon adoption. Je vais ainsi pouvoir prendre ma vie en main comme je l'entend sans craindre de ternir le nom d'une famille à laquelle je n'ai jamais appartenu ! Je ne les reverrai donc jamais, Eliza, Daniel la tante Elroy... Et lui ! Alors que dis-tu de fêter ce soir avec moi ma liberté Terry ?

Candy était consciente qu'elle se leurrait et que ce discours n'était qu'un artifice pour se cacher la vérité. A savoir qu'elle aimait Albert et qu'elle se consumer de désespoir. Mais qu'aurait-elle pu faire ? Le supplier de la regarder, de la serrer dans ses bras ?

Non... La dignité était la seule chose que personne ne pourrait lui retirer... Même pour une orpheline comme elle.

- Tu peux te mentir à toi même, mais ne me mens pas Candy ! S'emporta Terry en voyant un sourire se dessiner sur son visage. Aussi factice que ses paroles.

Albert ne l'avait donc pas écouté et avait préféré souffrir seul dans son monde. Mais quel idiot ! Croyait-il un seul instant faire le bonheur de Candy en agissant ainsi ?

- Parles moi Candy ! L'implora-t-il.

- Te dire quoi Terry ? Il m'avait dit qu'il m'aimait mais ce n'était qu'un mensonge. S'écria-t-elle.

Elle ferma les yeux pour se calmer et tout en se concentrant, elle revit la scène dans le bureau d'Albert dans sa tête. C'était très étrange ! Elle avait soudain l'impression d'avoir le don d'ubiquité. Elle était là dans son appartement, assise face à Terry, les mains solidement accrochées à sa tasse de café, mais son esprit était au manoir et lui renvoyait inlassablement le visage froid ainsi que les paroles d'Albert...

Pourquoi ne pouvait-elle pas fermer la porte sur ce souvenir aussi facilement que celle qu'elle avait claqué en sortant de son bureau ?

Elle venait de lui dire adieu, en lui demandant d'annuler le dernier lien qui la liait à lui : l'adoption ! Mais il ne voudrait certainement jamais quitter ses pensées. Jamais il ne l'épouserait, jamais il ne vivrait de nouveau avec elle... Plus jamais... Et pourtant, elle le savait, il habiterait à jamais dans sa tête et dans son cœur !

Si elle continuait comme ça, elle finirait par perdre la tête

Cela devait cesser. Elle devait partir ! Elle devait rentrer chez elle et retrouver sa seule famille. Celle qu'elle avait choisie. Et laisser repartir également Terry qui souffrait probablement aussi par sa faute. Il était revenu pour elle et malgré qu'elle l'ai repoussé, il était resté à ses côtés. Pourtant, pour rien au monde elle souhaitait devenir un nouveau devoir sur ses épaules !

Elle rouvrit alors les yeux et cette fois son regard exprimait une résolution.

- Tu ne dois plus t'inquiéter pour moi Terry. Je m'en remettrai ! Je m'en remets toujours quel que soit l'obstacle. Alors oublie tout ça veux-tu ?
Tu as été merveilleux malgré les mots durs que j'ai eus. Je ne mérite pas que tu restes là à me soutenir, alors que je t'ai fait du mal. Je veux que tu penses à toi à présent.

- Ne t'inquiète pas pour moi Candy ! Ce qui me fait le plus mal c'est de n'avoir pas revu ton sourire depuis mon retour. Tu m'as fait une promesse, tu te souviens ?

- Laquelle ?

- Celle d'être heureuse !

Candy se rappela leurs promesses dans cet escalier d'hôpital. Comme cela lui semblait loin à présent. Elle pensait pourtant avoir enfermé ses malheurs dans sa boîte à souvenirs. Mais la vie en avait décidé autrement et la douleur s'était libérée encore plus vivace que jamais.

Elle posa tendrement sa main sur celle de Terry et lui souris.

- Je n'ai pas oublié Terry. Je n'oublierai jamais ! Je vais juste commencer par me ressourcer à la maison Pony. J'ai besoin de voir ma famille. Mais un jour je tiendrai cette promesse. Et n'oublie pas que toi aussi tu m'as fait cette promesse.

- Tu veux vraiment partir ?

- J'en ai besoin. Juste pour quelques temps. Mais je reviendrai travailler avec le docteur Martin ensuite.

- Très bien, comme tu voudras. Mais peux-tu rester ici jusqu'à dimanche ?

- Je ne peux pas, la seule chose que je sais aujourd'hui c'est que je dois me ressaisir et chaque minute de plus passée ici entame ma détermination.

- Tu fui ? Lança t-il alors sur un ton de reproche.

- Non ! S'écria Candy.

Puis croisant le regard de défi de Terry, elle compris qu'elle devait cesser de lui mentir. En baissant les yeux comme une petite fille prise en faute, elle murmura :

- Oui !

- Reste à Chicago jusqu'à dimanche Candy. S'il te plaît. Ce n'est que huit jours de plus.

- Dis-moi pourquoi ?

- Fais-moi confiance !

- D'accord !

- Très bien ma petite tâche de son ! Lui répondit Terry avec un sourire satisfait. Je vais te laisser te coucher à présent car j'ai l'impression que tu as un nombre incalculable d'heures de sommeil à rattraper.

- Non ça va ! Répondit Candy en tentant d'écarquiller ses paupières ankylosées.

- À oui ? Va dire ça alors aux cernes sous tes yeux qui tombent à présent presque sur tes joues. Bientôt, elles masqueront même tes jolies tâches de son.

Terry se leva de sa chaise. S'approcha de Candy pour lui déposer un baiser sur le haut de sa tête et lui pris ensuite le menton pour lui faire lever les yeux sur lui.

- Bonne nuit Candy. Ça ira bientôt mieux. Fais-moi confiance !

- Bonne nuit Terry ! Merci... Lui Répondit-elle émue par sa prévenance et la tendresse qu'elle pouvait lire dans ses magnifiques yeux saphir.

Puis il sorti de l'appartement.

Mardi 4 mai

Vers 14h Albert demanda à Georges de le rejoindre dans son bureau. Dès que son bras droit entra, Georges su qu'il s'était opéré le changement qu'il espérait dans l'esprit de son protégé. Son expression était un mélange de colère, de triomphe et... D'espoir !

- Comment va-t-elle ? Lui demanda Albert.

- Comme vous : Mal ! Répondit Georges d'un ton tranchant qui ne lui était pas coutumier.

Albert détourna le regard. Georges avait raison de lui en vouloir. Il n'avait fait qu'avoir peur depuis quelques temps. La peur de faire souffrir, la peur de souffrir... Et cette peur avait englouti sa vie.

- Je m'excuse Georges ! Lui dit-il en se redressant.

- De quoi ? D'être méconnaissable depuis vos aveux mensongers à Candy. De vous être conduit comme un idiot avec elle ? D'avoir réduit à néant ce qui compte le plus dans votre vie ? De ne pas avoir cherché une autre solution plutôt que vous traînez comme si la misère du monde était accrochée à vos pieds ?

- Oui ! Pour tout ça ! Répondit Albert dans un sourire triste. J'ai enfin compris tout ça et c' est fini à présent. Vous aviez raison et Terry aussi ! Avant de retrouver la mémoire, je me croyez totalement différent de Terry. Mais malgré nos différences, j'ai appris une leçon : la peur est une faiblesse humaine qui rend les hommes tous semblables finalement. Parce que j'avais peur qu'on me la prenne, j'ai moi même orchestré mon malheur. Plutôt que d'avoir peur de ce pouvoir entre mes mains, il pourrait me permettre au moins une chose : être l'instrument de notre bonheur ! Et je vais m'y employer sur le champ. J'ai beaucoup réfléchi vous savez.
Tout est possible tant qu'elle m'aime !

- Oui je sais que nous avions raison ! Par contre j'ai peur, moi, d'avoir entre les mains la preuve matérielle qu'elle ait sorti définitivement de votre vie Albert. Le notaire a finalisé l'annulation de l'adoption. Melle André s'appelle dorénavant Melle Candice Neige. Tenez l'acte est arrivé ce matin.

Il tendit le document à Albert qui s'en saisi et se pencha dessus pour le survoler brièvement avant de le ranger dans son tiroir.
Lorsqu'il releva le visage, il avait le regard brillant et le sourire carnassier.

- Parfait ! C'est ma première étape Georges.

- Première étape ? Vous voulez aller parler à Candy pour réparer vos erreurs à présent ?

- Pas encore. J'ai dois faire du ménage tout d'abord avant de la retrouver. Si elle veut encore de moi... Je souhaite avoir une petite réunion de famille aujourd'hui. Notre travail acharné depuis mon retour, sur les comptes des sociétés déficitaires étrangères, m'aura au moins permis de régler ce problème. Cette nuit j'ai encore passé des heures sur les ordres de mouvements de nos sociétés et j'ai enfin trouvé ce qui nous gênait. Savez-vous que Monsieur Legrand est associé avec un certain Monsieur Garcia dans des établissements de passes au Mexique. Et que les revenus de certaines de nos sociétés étrangères servent à financer leurs activités ? Cela a commencé par des petites sommes, mais depuis deux ans l'appétit de Monsieur Legrand a augmenté et les sommes détournées sont de plus en plus importantes. Si je n'avais pas creusé pour comprendre je serai passé à côté car les livres de comptabilité les désignent comme étant des sommes utilisées dans la gestion de nos hôtels à New-York.

- Je n'en reviens pas !

- J'ai eu du mal à y croire aussi avant de passer une dizaine d'appels ce matin et chaque personne interrogée est venue confirmer leur culpabilité.

- Comment je peux aider ? Vous voulez que je fasse venir Sarah et son mari au manoir ?

- En effet au plus vite si possible, mais demandez aussi à leurs enfants et ma Tante Elroy de venir, s'il vous plaît Georges. Ça sera un grand moment croyez-moi !

A cet instant, Georges retrouva l'enfant puis le jeune homme qu'il avait vu grandir. Il avait toujours été impressionné par le calme, la volonté et l'efficacité d'Albert lorsqu'il avait décidé quelques choses. Un charisme qui s'était manifesté très tôt chez lui et qui avait toujours présagé du formidable chef de famille qu'il deviendrait !

Avec un sourire amusé et un regard fier paternel, il lui Répondit :

- Ils seront tous dans votre bureau dans une heure, comptez sur moi !

- Merci ! Pouvez-vous également déposer au passage ce journal à l'attention de Terrence Grandchester à l'accueil de l'auberge où vous êtes venu me récupérer s'il vous plaît Georges.

Lorsque les parents Legrand arrivèrent, ils vinrent saluer chaleureusement Albert en lui assurant la joie qu'ils avaient ressenti à l'annonce de son retour. Sarah Legrand tenta même d'étreindre son cousin qui se dégagea brusquement pour aller embrasser la tante Elroy qui était en retrait.
Quant aux enfants Legrand, ils semblaient moins enthousiastes de se trouver dans ce bureau. Daniel tremblait sur ses jambes en guettant la sortie comme le chemin menant à son salut. Et Eliza avait troqué ses poses langoureuses et aguichantes de leur dernière rencontre, pour un visage menaçant.

- Que faisons-nous là Albert ? Pourquoi nous avoir convoqués ? Demanda la tante Elroy.

- Je vais vous expliquer ma tante. Mais asseyez-vous d'abord. Prenez place sur le canapé je vous prie.

Lorsqu'ils furent tous installés sur le canapé. Albert resta debout face à eux en s'appuyant sur le bureau avant de prendre la parole.

- Je souhaitais vous rencontrer tous avant la soirée de samedi où je me présenterai officiellement aux yeux de tous.

- Merveilleuse idée Albert ! Tu organise donc une soirée pour ton intronisation ? S'exclama mielleuse Sarah.

- Oui, il temps ! Répondit Albert en lui lançant un regard froid .

Mais je voulais vous parler de certains changements qui vont s'opérer dans cette famille. Je voulais vous parler de Candy ma tante. Cette jeune fille que j'ai pris sous mon aile, qui ne vous a jamais fait de mal et que vous avez méprisé depuis des années !

- Tu n'étais pas là Albert, et cette jeune fille que tu as fait rentrer dans la famille est une voleuse qui n'a apporté que des malheurs ! Lança la tante dédaigneuse rien qu'à l'évocation de la jeune femme.

- Une voleuse ? Parlez-vous des bijoux disparus de Sarah ? Plutôt que d'accuser à tort, demandez à Daniel et Eliza ce qu'il en est ! Ce sont eux les voleurs.

La tante tenta alors d'interroger le regard fuyant de ses neveux.

- C'était une idée d'Eliza. Marmonna Daniel.

- Tais-toi imbécile ! Cracha entre ses dents serrées la jeune fille rousse.

- Ma tante, vos neveux ont commis des actes monstrueux contre ma protégée. Simplement par jeux cruels et par jalousie. Mais elle a toujours su garder l' espoir et le sourire. Anthony l'aimait, Archibald et Alistair aussi ! Pourquoi ne pas leur avoir fait confiance ? Savez-vous que c'est elle qui m'a retrouvé à l'hôpital après mon accident ? Je me suis réveillé amnésique et elle m'a pris en charge. J'ai vécu chez elle car les médecins ne voulaient même pas garder un vagabond suspect dans leur établissement. Elle s'est occupé de moi sans savoir qui j'étais réellement hormis Albert son ami. Elle m'a choisi lorsque Sarah Legrand a fait pression sur le directeur de l'hôpital pour qu'il renvoie cette employée aux mœurs légères qui hébergeait un homme sous son toit !
Comprenez-vous aujourd'hui qui vous a trompé ma tante ?

- Mais, Sarah, Eliza Daniel disaient...

Le perpétuel visage hautain de la tante Elroy, dissimulait difficilement ses yeux humides. Les paroles d'Albert l'avaient profondément troublé.

- Je suis désolé ma tante ! Sanglota Daniel. Nous avons eu tors. Je veux réparer tout ça et l'épouser mais elle aime le grand-oncle à présent.

- C'est ridicule ! S'écria Sarah. Vous n'y pensez pas Albert ? Quelle situation malsaine ! C'est votre fille quand même. Et Daniel a raison, nous nous sommes tous fourvoyé. J'encourage donc Daniel a l'épouser. J'espère que vous donnerez votre accord malgré ce malheureux accident de voiture... Mon idiot de fils avait simplement trop bu. Mais jamais il n'a voulu attenter à votre vie mon cher cousin. N'est-ce pas Daniel ?

- Je... Bredouilla Daniel

- J'ai annulé l'adoption. Candy me l'a demandé. Elle n'est plus une André depuis ce matin ! Coupa Albert hors de lui devant cette demande saugrenue.

Fermant les yeux pour se calmer, il poursuivi :

- Même si vous ne me le demandez pas, Joe, l'homme que votre fils a failli tué va bien mieux. Il travaille à présent pour moi.

- Oh tant mieux, j'imagine que si elle ne veut plus rien avoir avec les André, il vaut mieux éviter une alliance avec mon fils.

- Maman...

- Cela suffit Daniel ! De toute façon, nous avions d'autres projets. Ton père souhaitait parler aujourd'hui à Albert car Monsieur Garcia qui est un homme très influent dans tout le pays, avait proposé d'épouser Candy pour consolider l'alliance qu'il souhaite offrir à notre famille.

De mieux en mieux ! Jusqu'où pouvait aller la folie de cette famille, pensa Albert.

- Tiens donc ? Alfred expliquez-moi ça !

Monsieur Legrand qui avait gardé le silence jusque-là, pris enfin la parole.

- En effet Albert, vous n'êtes pas sans savoir que j' ai fait tout ce que j'ai pu pour maintenir à flot nos affaires depuis des années. Monsieur Garcia a été d'une aide inestimable grâce à ses investissements et ces derniers temps il s'est fait un nom incontournable dans la société. Maintenant que vous êtes revenu et comme votre jeune âge ne vous donne pas encore les solides connaissances qu'il faut dans ce milieu. Il m'a fait comprendre qu'il acceptait de continuer à nous soutenir si vous le vouliez, à condition de sceller cet accord par un mariage. J'ai pensé que vous seriez satisfait également car Candy ne saurait faire un mariage plus avantageux. Ce n'est qu'un nouveau riche, certes, mais Candy... Enfin vous savez... Elle vient de la maison Pony...
Aussi cette annulation d'adoption est une très mauvaise idée Albert !

- Je vois ! Bon sang ! Vous êtes tous les quatre de la même trempe. Aucun honneur, aucune éthique et aucun scrupule ! S'écria Albert hors de lui.
Je vais vous dire à présent la raison de votre présence ici aujourd'hui !

Tentant de reprendre son calme avant de se laisser emporter par l'envie de les frapper à tour de rôle, Albert fit le tour du bureau et s'assit sur son fauteuil.

Puis il fouilla dans les tiroirs et en sorti des documents.

- Voici les papiers établis ce matin par mon notaire. Cet acte révoque tout lien entre les entre les sociétés André et les sociétés Legrand. Signez ici Alfred.

- Mais c'est hors de question ! Répondit monsieur Legrand paniqué.

- Écoutez, j'ai découvert comment vous avez vidé les caisses de mes entreprises étrangères pour subventionner les frais de gestion engendrés par vos hôtels où devrais-je dire vos bordels achetés en association avec ce Monsieur Garcia !

Monsieur Legrand tenta de parler, mais Albert l'interrompit d'un geste de la main, le regard n'acceptant aucun compromis.

- Signez Alfred, et disparaissez où vous continuerez vos magouilles à partir de la prison où je meure d'envie de vous envoyer !

- Je vous en prie Albert... On est une famille. Vous ne pouvez pas nous faire ça... J'ai fait des erreurs mais j'ai pris des engagements avec cet associé et il n'est pas un homme à contrarier. Il connaît aussi du monde politique... Réfléchissez !

- Ce n'est pas mon problème ! Je refuse de devenir comme vous. Vous m'écœurez !
Escroquer et manipuler c'est devenir ce que je ne suis pas. De plus jamais je pourrai vous pardonner ce que vous avez tous fait à Candy. Vous avez négocié un mariage avec ce pourri comme si j'allais accepter ! Mais puisque vous semblez y tenir, il reste une jeune femme a lui proposer : Eliza ! J'aurai interdit pareille union avec n'importe qui de ma famille, mais vous n'en faites plus partie alors faites comme bon vous chante. D'ailleurs, avec l'ambition et, disons l'expérience de votre fille, il est fort probable qu'elle s'acclimate à merveille dans... Ces hôtels ! N'est-ce pas Eliza ?

Eliza se retenant de se jeter toutes griffes dehors sur Albert, calma sa rage en fondant en larmes.

- Maman ! Vous ne le permettrez pas n'est-ce pas ? Sanglota Eliza en se jetant dans les bras de sa mère.

Mais Sarah la repoussa, le regard vide.

- Écoute Eliza, nous t'avons gâté depuis ton enfance. Il faut que tu viennes en aide à tes parents aujourd'hui. De toute façon, sans l'appui d'Albert nous sommes ruinés et tu ne pourras espérer un mariage plus fructueux !

Eliza dévisagea à travers ses larmes sa mère. Horrifiée par la transaction dont elle faisait l'objet. Puis elle regarda son père résigné qui signait les documents scellant par la même occasion son avenir. Folle de rage, elle se leva et couru hors de la pièce.

- Très bien ! A présent à nous deux Daniel.
J'ai aussi un document à te faire signer. Sais-tu que Joe que tu as renversé en croyant qu'il s'agissait de moi est un vétéran de la garde de notre force armée. J'avais envisagé d'appeler les autorités pour que tu rendes des comptes sur ta tentative de meurtre. Mais Joe est plus indulgent que moi. Il m'a suggéré de réaliser ton souhait de te comporter en homme. Voici un formulaire d'enrôlement dans l'US Navy que tu vas signer. Ton bateau part demain pour l'Allemagne. Avec un peu de chance, tu y apprendras la bas à respecter et prendre conscience d'une vie humaine ! Et si tu survie, tu reviendras enfin dans quelques années en tant qu'homme.

Les yeux écarquillés et le visage terrorisé, Daniel chercha du soutien dans le regard de son père.

- Signe idiot, ou c'est la prison qui t'attends ! Répondit son père entre ses dents à sa supplique silencieuse.

Après quelques secondes, d'une main tremblante, Daniel apposa sa signature sur le formulaire.

- Félicitations Daniel ! Dit Albert en lui souriant et en applaudissant cette décision.
Tu peux à présent te retirer. Joe qui est mon nouveau chauffeur t'attends dans la voiture pour te conduire à la gare. Il s'est également chargé de ton paquetage, donc n'oublie pas de le remercier !

- Bon je ne vous retiens pas plus longtemps. Cette réunion est terminée car je sais que vous avez des adieux à faire et un mariage à préparer. Au revoir !

Albert venait de clôturer cette discussion. Et chose surprenante, il découvrit une lueur de soutien dans le regard d'ordinaire impassible de sa tante.

Vendredi 7 mai

Candy rentra chez elle vers 13h encore furieuse de s'être fait jeter de la clinique par le docteur Martin. Le bon vieux docteur avait rouspété toute la matinée de voir venir sa gentille infirmière travailler le jour de son anniversaire ! Il lui avait pourtant demandé de prendre sa journée, de profiter du printemps et de se consacrer à des activités de jeunes femmes de son âge.

Mais Candy n'avait rien voulu entendre. Tout ce auquel elle aspirait était de s'étourdir de travail du matin au soir et rentrer suffisamment épuisée en fin de journée pour s'endormir au plus vite et ne penser à rien jusqu'à la journée suivante...

Seules ses rencontres avec Terry qui venait la chercher après le travail chaque soir lui permettaient quelques moments joyeux. Elle avait retrouvé chez lui le Terry du collège Saint Paul avec son humour potache et ses taquineries.

Mais le travail ne manquait pas et elle voulait soulager au mieux le docteur Martin avant son départ à la maison Pony. Alors elle n'avait pas prévu de lui dire au revoir si précipitamment avant qu'il ne la mette dehors en milieu de journée !

Arrivée à son appartement, une agréable surprise l'attendait cependant.
Annie était assise sur les marches qui menaient à chez elle.

- Annie ! S'écria Candy en se jetant dans les bras de sa meilleure amie.

- Bonjour Candy ! Joyeux anniversaire !

- Joyeux anniversaire à toi aussi Annie. Répondit Candy en l'étreignant de nouveau.

- Viens montes j'ai tellement de choses à te dire. Je ne savais pas que tu étais revenue à Chicago. Je suis tellement contente de te voir.

- Moi aussi Candy ! Je suis rentrée ce matin car il est hors de question que je passe un anniversaire sans ma sœur.

Répondit Annie en souriant tendrement à la jeune femme blonde. Et tout en agitant sa main devant les yeux de Candy, elle S'écria :

- Et moi aussi j'ai beaucoup de choses à te raconter !

- AAAAAHHHHHHHH ! Archi t'a fait sa demande ! Répondit Candy folle de joie pour son amie.

- Oui il m'a demandé de l'épouser il y a une semaine.

Annie souriait béatement en regardant le magnifique solitaire saphir qui ornait son doigt.

Et Candy l'observa avec émotion bien qu'elle ressentie une pointe douloureuse dans son cœur au souvenir de la demande en mariage qu'elle avait reçu il y a quelques semaines par Albert.

- On monte et tu m'expliqueras en détail cette demande. Je veux tout savoir d'accord ! Dit Candy en s'extirpant de ses souvenirs.

- Non, je vais tout te raconter bien sûr, mais nous discuterons en chemin. Je compte sur toi pour m'accompagner tout l'après-midi faire les boutiques. Archi annonce à ses parents samedi soir notre mariage. Et je veux faire bonne impression. Tu veux bien m'aider ? Demanda Annie avec une moue suppliante qui ne permettait aucun refus.

- Bien sûr ! Je ne savais pas que les parents d'Archie était rentrés en Amérique.

- Non pas encore, mais ils arrivent demain matin pour la soirée qu'organise William André pour son retour.

- Oh...!

Candy sentie une boule douloureuse se former dans sa gorge. Comme il était difficile d'entendre parler de lui...

Annie ne s'apercevant de rien, la pris par la main pour l'entraîner sur le chemin qui amenait en ville.

- Allez viens ! Toi aussi tu dois être parfaite lorsque tu rencontreras enfin ton tuteur.

De retour vers 18h, et alors qu'elle venait juste de quitter Annie, Candy découvrit amusée qu'un nouvel invité l'attendait devant chez elle.

Terry ! Superbe comme toujours. Mais ce soir, il était encore plus séduisant dans son costume gris rehaussé d'une cravate bleue dans les mêmes tons que ses yeux magnétiques. A moins que ce soient son sourire en coin et son corps d'athlète qui retournaient sur leur passage les femmes qui se promenaient dans la rue ?

- Waouuuu ! Tu es très beau ce soir Terry. S'exclama tout sourire Candy.

- Bonjour Candy ! J'espère bien, j'emmène une très jolie blonde dîner ce soir. Joyeux anniversaire tâches de son !

- Oh ! Merci Terry !

- Je t'emmène au restaurant alors dépêches toi de prendre ta douche et d'enfiler une robe.

- D'accord, je me dépêche S'écria Candy joyeuse en montant les escaliers. Fais attention de ne pas te faire enlever par des jolies filles pendant que je me prépare. Le taquina-t-elle avant de disparaître à l'intérieur de l'immeuble.

Lorsque Candy réapparue quinze minutes plus tard, dans une jolie robe printanière à fines bretelles, les cheveux encore humides et le visage rougi par l'eau chaude, Terry S'exclama qu'elle était adorable.

- Merci ! Répondit Candy en lui faisant une révérence.

- De rien ! En plus ce soir tes tâches de rousseurs s'illuminent sur ton nez.

''Oh ! Était-il obligé de rajouter ce commentaire ? '' Pensa Candy en lui tirant la langue.

- Plus un mot sur mes tâches de rousseurs ou je te tors le nez jusqu'à ce qu'il devienne rouge. Et tu verras mes tâches de son passeront ensuite inaperçues !

Terry explosa de rire et lui pris ensuite la main pour la conduire.

Candy fût impressionnée par le charmant cadre qu'offrait le restaurant qu'avait choisi Terry. Malgré la sobriété de la salle, les patrons jouaient incontestablement la carte du raffinement. Un de ces restaurants que ses modestes revenus d'infirmière éliminaient sans conteste !

- J'aime beaucoup ce restaurant Terry ! Lui dit-elle en prenant place sur le siège qu'il tirait en toute galanterie.

- Tant mieux, ça me fait très plaisir Candy. Lui Répondit-il dans un sourire.

- Je risque de m'habituer à ce luxe après avoir suivi Annie dans les boutiques tout l'après-midi.

- Ma pauvre ! Elle a osé te faire ça le jour de ton anniversaire ? S'offusqua avec malice le jeune homme, qui avait mis tout son jeu d'acteur dans son indignation.

- Moques toi ! Mais j'avoue que j'y ai pris beaucoup de plaisir quand-même. Même si elle m'a convaincu d'essayer également une quantité de robes ! D'ailleurs la rouge avec le dos nu était sublime !

- pourquoi ne pas m'avoir invité à ces essayages. Bouda Terry.

Candy ri de sa moue avant de poursuive plus sérieusement :

- Archi l'a demandé en mariage et elle cherchait une robe à porter demain soir à la soirée d'intronisation d'Albert. Elle voulait faire bonne impression devant ses futurs beaux-parents qui seront là.

Terry semblait réfléchir.

- Je prends le train pour New-York dimanche Candy !

La jeune femme n'avait pas prévu ce changement de sujet soudain. Elle lui souris en cherchant à masquer son émotion.

- Je comprends ! Tu vas retrouver Suzanne ?

- En effet ! Mais je pars avec un nouvel objectif. Ma venue à Chicago et les paroles de mon père m'auront au moins enseigné quelques leçons...

- Ton père ? Tu as des nouvelles ?

- Je l'ai eu au téléphone et nous avons beaucoup discuté ! Il est au courant pour Suzanne... Une personne l'a contacté et lui a tout raconté.

- Je t'assure que pour une fois, je ne me suis mêlée de rien Terry ! Se défendit immédiatement Candy.

- Je sais ma tâche de son ! Répondit Terry amusé. D'ailleurs tu n'avais aucune voiture à laquelle t'accrocher cette fois.

- Oh ! Il t'a raconté ça ! Murmura Candy rouge de confusion.

- Oui ! Merci ma douce Candy.

Terry lui pris alors la main pour y déposer un baiser. Et en voyant son visage rougir de nouveau, il lui dit taquin :

- Si je ne te savais pas encore si amoureuse d'Albert, je t'aurais fait la cour pour te reconquérir tu sais ! Mais je sais ce que c'est que de vivre avec quelqu'un tout en rêvant d'une autre personne. Je ne veux pas revivre ça où le faire vivre à la femme que j'aime...

- Terry...

- Non Candy ! N'en parlons plus ! Tiens lis cet article que la presse britannique a écrit. Mon père a convoqué toute la presse pour me délivrer un message. Il y raconte comment il a choisi son devoir plutôt que la femme qu'il aimait. Et comment ensuite il lui a arraché son fils. Il y parle de toutes ses erreurs et combien il regrette... Comment il ne conseil à personne de vivre cette vie sans amour... Lorsque j'ai découvert ce journal qu'on m'avait déposé à l'auberge où je suis descendu à Chicago, j'ai eu envie de l'appeler. En cherchant à le fuir, j'ai aussi reproduit ses erreurs. On a beaucoup discuté et je m'aperçois que je ne connais pas vraiment mon père !

- Va-t-il venir te chercher ? Demanda Candy les larmes aux yeux.

- Non, il m'a dit qu'il ne pouvait que me conseiller, mais que c'était à moi de prendre mes décisions.

- Et qu'as-tu décidé ?

- De repartir à New-York dire à Suzanne que je serai toujours là pour elle, mais que je ne peux pas sacrifier nos deux vies dans un simulacre de mariage. J'irai ensuite apporter ce journal à ma mère. Je pense qu'elle aimera le lire, puis je partirai pour Londres.

- Mais ta carrière ?

- Ma carrière peut se faire n'importe où Candy ! J'ai envie de continuer à jouer sur scène, mais je ne veux plus faire de choix qui ne sont pas utiles. Alors je veux aussi rester auprès de mon père, lui faire accepter mes choix et pourquoi pas même prendre sa suite si l'envie me vient de devenir Duc !

- Oh ! Quelles nouvelles ! Le plus important est que tu trouves le bonheur Terry ! Dit Candy en laissant échapper ses larmes. Je ne t'oublierai jamais et j'espère bien que tu continueras à m'écrire comme avant pour me donner des nouvelles.

- Bien sûr ma tâche de son ! Répondit Terry la voix enrouée d'émotions également.
Mais je te demande une dernière chose. Vois-tu, Albert m'a invité également au manoir demain soir. Et je te demande d'être ma cavalière. Je sais combien ce sera difficile pour toi, mais j'ai besoin que tu sois là ! Dis-toi que ça sera notre soirée d'au revoir... (Glynda)

A suivre...