Auteur : Nandra-chan
Disclaimer : Rien n'est à moi, sauf ce qui n'est pas aux autres.
Note : Désolée, je suis super en retard cette nuit… La suite, voilà.
La review des reviews :
Anea : Le Retour de la Momie, disais-je…
Etincelle : (tu fais comme moi tu deviens une fan des (et voici (le retour (du Jedi ( momifié)))))
Soren : Une chose est sûre c'est si Kurogane continue à tripoter Sakura… je vais le zigouiller oui.
Hachi : Oui Fye a repris du poil de la bête un peu, il en avait marre d'être pris pour un punching-ball (en même temps, on le comprend un peu)
Chapitre 9 – Refuge
- Et voilà, fit Kurogane en se redressant avec une grimace et en se massant les reins. C'était le dernier.
Et heureusement, pensa-t-il. Il était à bout de forces, et le simple fait de lever encore une fois son épée lui paraissait une épreuve insurmontable. Il transpirait à grosses gouttes, et il haletait. Un mouvement dans son dos lui indiqua que la princesse s'approchait de lui, puis il sentit sa main fraîche se poser sur son épaule.
- Est-ce que vous vous sentez bien ?
- Ouais… juste une minute. Je dois… juste une minute…
Il vacilla et mit un genou en terre. Aussitôt, Sakura fut près de lui. Elle s'accroupit pour le regarder par en dessous, en lui faisant son célèbre regard, celui qui disait : vous-dites-que-ça-va-mais-je-vois-bien-que-ça-ne-va-pas. Il lui sourit en se moquant un peu de lui-même. Qu'est-ce que tu veux faire contre ça, hein ?
- Bon, d'accord, c'est vrai. Je suis crevé, là.
- On devrait peut-être… trouver un endroit où vous pourrez vous reposer un peu.
- Je vais juste m'asseoir un petit moment.
Mais quand il fit mine de se poser à l'endroit où il se trouvait, il intercepta l'expression déroutée sur le visage de la jeune femme, qui jetait des petits coups d'oeil craintifs autour d'elle, sans vraiment oser regarder. Elle était très pâle, du moins le pensa-t-il, c'était difficile de le voir avec aussi peu de luminosité, mais ses traits étaient tirés et elle paraissait au bord des larmes.
- Ouais, t'as raison, dit-il finalement, c'est peut-être pas le meilleur endroit, avec toutes ces… cochonneries.
Elle opina du menton avec un soulagement visible. Il se releva péniblement, en s'appuyant sur elle, le moins possible, toutefois, et constata que, de l'autre côté du tas de cadavres, sur le palier même, se trouvait une grande porte.
- Viens, gamine, allons par là.
Ils se frayèrent un chemin à travers les dépouilles, en évitant soigneusement de poser les pieds sur certaines petites masses molles non identifiables qui traînaient sur le sol. Quand le ninja en écrasa une, bien involontairement, le son produit fut si écoeurant qu'il entendit la princesse avoir un haut-le-cœur, et dut, lui-même, se retenir de grimacer de dégoût.
Il posa enfin la main sur la poignée dorée de l'un des battants, et se reposa dessus un instant, en attendant d'être rejoint par sa jeune compagne. Quand elle fut près de lui, ils échangèrent un rapide regard et il poussa l'huis. L'intérieur de la salle qui se cachait derrière était aussi obscur que le reste du bâtiment.
Il resta sur le seuil, tous sens en alerte, essayant de détecter un bruit ou une odeur de nature suspecte dans la pièce, mais les relents putrides du charnier sur le palier masquaient toute chance de sentir quoi que ce soit, et les lieux semblaient plongés dans le silence le plus absolu.
Il entra. Sakura suivit docilement, puis se hâta de refermer dès qu'ils furent passés et s'appuya contre la porte. Kurogane posa une main sur le mur et tâtonna longuement, à la recherche d'il ne savait pas trop quoi. Il finit cependant par faire une découverte intéressante, sur un meuble. Un bougeoir, avec sa chandelle, et à côté, une petite boite en carton qui, quand il la secoua, fit un bruit qu'il trouva particulièrement agréable. Des allumettes ! Ils allaient enfin avoir un peu de lumière.
Il en craqua une et s'empressa d'allumer la mèche de la bougie. Ce n'était pas suffisant pour faire reculer les ténèbres, mais c'était déjà mieux que rien, et s'il y en avait une, peut-être y en avait-il d'autres ? Il voulut continuer son exploration, mais ses jambes refusèrent d'aller plus loin. Elles se mirent à trembler, et il dut céder à la fatigue et s'asseoir.
Il s'adossa contre la commode. Aussitôt, la princesse fut près de lui.
- Qu'est-ce que je peux faire, Kurogane-san ?
- Rien, ça va aller. J'ai besoin de me reposer, c'est tout.
- Mais…
- Si tu veux te rendre utile, essaie de chercher s'il y a d'autres chandelles, qu'on puisse enfin y voir quelque chose. Rassembles-en le plus que tu pourras, on les emportera quand on quittera cette pièce.
Il suivit sa progression des yeux à mesure qu'elle se déplaçait le long du périmètre de la pièce, auréolée du halo doré de sa bougie, qui n'éclairait qu'à quelques pas devant elle. Elle s'arrêta devant un meuble à tiroirs et en ouvrit plusieurs, fouilla dans un placard, puis se tourna vers lui avec un joli sourire.
- Regardez, Kurogane-san !
Toute fière, elle lui montra sa découverte, deux lampes à pétrole. Elle les secoua près de son oreille et son sourire s'élargit.
- Elles sont pleines !
Elle retira le verre, alluma les mèches et régla la luminosité au maximum, éclairant si bien la pièce que le ninja aux rétines rendues sensibles par la migraine plissa les paupières avant d'examiner plus attentivement leur environnement.
La salle était vaste, et presque vide. Contre la cloison mitoyenne au couloir, quatre hauts meubles de rangement étaient adossés. Des étagères chargées de livres occupaient les deux murs perpendiculaires, et celui du fond était vierge de tout mobilier. Une grande cheminée s'ouvrait en son centre, mise en valeur par une estrade à laquelle on accédait par deux marches de faible hauteur. Hormis cela, il n'y avait rien, qu'un grand tapis d'une longueur impressionnante, mais de faible largeur, qui traçait un chemin écarlate au milieu du sol dallé de pierre claire.
Sakura déposa les deux lampes à chaque extrémité de la pièce, puis, n'ayant plus rien à faire, revint s'asseoir à côté du ninja, en lui adressant un petit sourire pâle. Elle s'installa tout contre lui, et il la sentit un peu tremblante. Elle devait être fatiguée, elle aussi, et il ne faisait pas particulièrement chaud dans ce manoir. D'autant qu'elle n'était vêtue que d'une robe assez légère et très simple, qui ne devait pas offrir un grand rempart contre le froid.
Il écarta un pan de son manteau, l'invitant à se blottir contre lui pour profiter de sa chaleur. Elle ne se fit pas prier et se tassa sous son bras avec un contentement visible, puis ferma les yeux et parut s'assoupir. Pour un peu, il aurait cru l'entendre ronronner. Il allait se laisser gagner par le sommeil, quand elle se mit à parler.
- Je suis vraiment heureuse de vous avoir retrouvé, Kurogane-san. Et j'espère que Fye-san ne m'en voudra pas trop…
- Je t'ai déjà dit de ne pas t'en faire pour ça. Tu le connais non ?
- Oui mais, c'était déjà si difficile pour lui… et je n'ai même pas pu lui dire que j'étais encore en vie. Alors il a dû penser… il a dû penser qu'il m'avait tuée. Déjà qu'il avait des soucis, ça a dû être encore plus dur… un tel fardeau !
- Mais il va bien, maintenant.
- Vous en êtes sûr ? Il est tellement secret…
- Mais oui, je te dis qu'il va bien. Ne t'inquiète pas. Pense plutôt à te reposer.
- Mais…
- Dors.
Elle ne répondit pas et ferma à nouveau les yeux. Mais quand il voulut en faire de même, pour prendre quelques minutes de repos, le guerrier ne parvint pas à trouver le sommeil. Les paroles de la petite princesse lui trottaient dans la tête. Il avait dit être sûr que le mage allait bien, mais l'était-il vraiment ? Après tout, ils n'avaient que très rarement reparlé des événements d'Infinity et de ce qui était arrivé ensuite.
Fye semblait avoir repris confiance et retrouvé toute sa vitalité, et même plus, il paraissait heureux, mais qu'en était-il au fond de son cœur ? Le marché qu'il avait conclu avec la sorcière pour lui sauver la vie lui convenait-il vraiment ? Il avait dû agir très vite, à ce moment-là, et n'avait pas eu le temps de mûrir sa décision, mais maintenant, avec du recul, qu'en pensait-il ?
Le connaissant, il était évident qu'il ne regrettait pas de l'avoir secouru, mais avoir renoncé à sa liberté, et s'être lié à lui pour le restant de ses jours ne lui pesait-il pas ? Il savait que le simple fait de devoir boire son sang pour se nourrir ne le réjouissait pas vraiment, alors qu'en était-il pour le reste ? Il avait fait la promesse de ne plus chercher à attenter à sa vie, et il n'était pas homme à renier facilement sa parole, il l'avait prouvé lors de leur voyage, mais l'existence qu'ils menaient depuis leur arrivée au Japon lui convenait-elle réellement ?
Et qu'avait-il fait de toutes ses angoisses, de sa peur d'Ashura, de sa peur de la malédiction, de sa conviction qu'il répandait le malheur autour de lui ? Lui faisait-il à ce point confiance qu'il les ait chassées de son esprit ? Ou les avait-il simplement enfoncées un peu plus profondément dans les secrets de son âme pour les lui dissimuler ? Un peu des deux sans doute, hein, Fye ? Tu ne peux pas effacer en quelques mois toute une vie de terreur et de dissimulation. Et je ne peux pas t'en vouloir pour ça.
Mais tu ne parles toujours pas. J'aimerais que tu me le dises encore, ce que tu m'as dit dans la prison ce jour-là. J'aimerais que tu me le dises sans que j'aie besoin de te le demander ou de le deviner. Dis-moi ce que tu veux. Dis-moi si tout ça, c'est vraiment ce qui te convient. Rester au Japon avec Tomoyo et moi en attendant que le roi des glaçons nous tombe dessus, est-ce que ça te va ?
Si tu pouvais te confier à moi… tu l'as bien fait, hier soir, à propos de ton rêve, et tu n'es pas tombé foudroyé par un éclair dans la seconde suivante. Et je ne t'ai pas fait de reproches non plus. Je te ne ferai pas de reproches, je veux juste essayer de mieux te comprendre. Parce que malgré tout, tu restes un mystère pour moi.
Il sursauta, réveillant par la même occasion la princesse assoupie. Il avait entendu un bruit dans le couloir. Quelqu'un approchait. Il jeta un coup d'œil plein de rancune aux lampes à pétrole. Les éteindre ? Trop tard, la personne sur le palier avait sans doute déjà aperçu leur lumière sous la porte.
- Qu'est-ce qu'il se passe, Kurogane-san ? demanda Sakura, encore à moitié endormie.
- Chut… Quelqu'un vient, chuchota le guerrier.
Il se releva lentement, et empoigna son arme, puis s'écarta légèrement du mur. Il n'était pas très stable sur ses jambes, mais les quelques minutes de repos qu'il s'était accordées avaient fait des miracles, il tenait debout. Par contre, le simple fait de se mettre sur ses pieds avait aggravé sa migraine, qui battait si sourdement contre ses tempes qu'il ne pouvait plus entendre grand-chose d'autre.
Les secondes s'égrenèrent lentement, tandis que les deux visiteurs attendaient, les yeux rivés à la porte, en retenant de leur souffle, de savoir quel serait le prochain habitant du manoir à venir leur rendre visite. Le ninja sentait les mains de la jeune fille accrochées à son manteau, dans son dos, tandis qu'elle se dissimulait un peu derrière sa haute silhouette.
A l'extérieur de la pièce, le calme semblait revenu. Un silence pesant régnait sur les lieux.
Soudain, la porte s'ouvrit à la volée. Kurogane grogna, Sakura poussa un petit cri de surprise. Une silhouette pénétra dans la pièce, se tourna vers eux, vacilla, et s'effondra. Une silhouette vêtue blanc, qui resta immobile sur le dallage de pierre.
L'esprit du guerrier, engourdi par le mal de tête, mit quelques instants à décoder les informations que ses yeux lui envoyaient. Vêtements clairs, bottes sombres, tignasse dorée…
- Fye !!
- Fye-san !
Le mage se redressa sur un coude et se tourna vers eux, son regard glissa sur Kurogane, se posa sur la princesse, et prit un éclat dur.
- Eloigne-toi de lui ! fit-il d'une voix sèche, plus froide qu'une nuit d'hiver.
La princesse en resta bouche bée, paralysée tant par le ton tranchant que par la prunelle adamantine fixée sur elle. Elle ne bougea pas d'un pouce quand le ninja se précipita vers son compagnon et s'agenouilla à ses côtés pour l'examiner.
Le magicien semblait éprouver les plus grandes difficultés à se relever. Les traits tirés, il avait l'air de souffrir le martyre, et le guerrier eut vite fait de comprendre pourquoi. Il avait visiblement un bras cassé, et il était aussi blessé à la jambe. Et tout ce sang sur lui !
- Fye… qu'est-ce qui s'est passé ?
- Ça va, répondit le jeune homme, sans quitter la princesse des yeux.
- Ne me raconte pas de conneries, ça ne va pas du tout. Tu es couvert de sang.
- Ce n'est pas le mien. J'ai fait une mauvaise rencontre. Toi aussi… apparemment.
- Qu'est-ce que tu racontes ?
Le mage se tourna enfin vers lui, détachant son regard de la jeune femme pour l'accrocher aux prunelles grenat de son compagnon. Son expression glaciale disparut, au profit d'une autre, bien plus chaleureuse, et un sourire apparut sur ses lèvres pâles.
- Pardon, Kuro-chan… Je t'ai inquiété.
- J'ai l'air inquiet là ? grogna le brun. Pour qui tu me prends ?
Fye eut un petit rire fatigué.
- C'est bien toi… pas de doute.
- Hein ?
- Rien, je suis… content… de…
Sans un mot de plus, il s'effondra.
