Revelation chapter 9
Auteur : FayeC/Kajornwan
Traduction : Kandamio
Rating : NC -17
Personnages : Fei Long, Mikhail, Yuri, Alexei, etc
Disclaimer : Tous les personnages appartiennent à AY sensei, sauf les OCs qui appartiennent à FayeC !
Attention : mention de viol et de violences ! Angst, comme d'habitude.
Coucou les gens ! Une update tant que j'y pense ; ma vie est un peu compliquée en ce moment, donc je n'ai pas toujours la motivation (ou le temps, ou l'énergie/la santé... x_x) de continuer la traduction ou de repasser dessus. J'espère que vous aimerez ce nouveau chapitre !
Autant j'adore ce chapitre du point de vue du contenu (spoiler: on en apprend plus sur le passé de Mikhail o/), autant je ne suis pas particulièrement satisfaite de mon travail sur la forme, comme pour les autres chapitres avec de longues descriptions. Les compliments et hyperboles fonctionnent plutôt bien en anglais (même si je n'en suis pas non plus une grande fan), mais en français ça alourdit vraiment le style, je trouve... Qu'est-ce que vous en pensez, vous ?
Propriété Arbatov, Moscou
Le parfum du pain fraîchement pétri, doux et agréable, flotta jusqu'au nez de Mikhail dès qu'il entra dans la cuisine. Il se tint là, en silence, contemplant la mince silhouette avec qui il avait passé toute son enfance et qui se déplaçait avec grâce dans la pièce. La pâtisserie avait toujours été l'un des passe-temps préférés de Feodora. Il pouvait toujours dire quand elle était dans la maison, grâce à ces douces odeurs qui provenaient de la cuisine. À une époque, il avait suffisamment aimé cette femme pour penser qu'il serait heureux de l'épouser et de vivre avec elle. Puis il avait rencontré Fei Long, et tous les plans qu'il avait faits étaient passés par la fenêtre. Il n'avait jamais vu de problème à adapter sa vie à des circonstances toujours fluctuantes, mais de tout ce gâchis, faire tomber Feodora avec lui était une des choses qui l'avaient fait le plus souffrir : après tout, elle était toujours restée à ses côtés, dans chacune des épreuves qu'il avait rencontrées. Cependant, certaines choses devaient être faites, peu importe les conséquences ou les questions éthiques qu'en posait la réalisation. Le plus important était que Fei Long soit à l'abri du danger. Si le monde entier devait souffrir pour cela, qu'il en soit ainsi.
« Des scones au beurre », nota Mikhail.
Le plateau que Feodora tenait se figea en l'air quelques instants avant qu'elle ne pousse un soupir, dans une grimace qu'il pouvait imaginer, même de dos. Elle se tourna calmement, posa le plateau sur la table de la cuisine et regarda son mari, qui avait disparu près d'un mois sans lui donner un seul coup de fil, et qui lui adressait un sourire légèrement confus.
« J'aurais fait quelque chose que tu aimes si tu m'avais dit que tu venais. »
« Mon emploi du temps change à chaque minute. »
« Ça c'est ton avis, pas ton emploi du temps. » corrigea-t-elle avec raison. Mikhail était le genre d'homme à tout changer en un clin d'œil si une meilleure opportunité s'offrait à lui. Cela pouvait sembler cruel en terme de relation, mais dans la mesure où Mikhal ne se forçait jamais à faire quelque chose, on pouvait toujours se consoler en se disant que l'affection qu'il offrait alors n'était pas feinte. Mikhail l'avait aimée à une époque. Mais maintenant qu'il avait trouvé Fei Long, sa place dans le cœur de Mikhail avait simplement été prise. Jusqu'à ce que, bien sûr, quelqu'un d'autre arrive. Malheureusement, aucun meilleur choix que Fei Long ne s'était présenté. Au vu des circonstances, elle doutait que quiconque puisse jamais le remplacer.
« Tu me connais bien », dit Mikhail en souriant. Oui, elle le connaissait bien, parfois mieux qu'il ne se connaissait lui-même.
« Tu aurais pu m'appeler », ne put-elle se retenir de répondre.
« Et te dire que tu me manquais ? Que je serai bientôt de retour à la maison ? Tu sais que ce serait un mensonge. »
« Ce serait une action responsable. Après tout, je suis ta femme. » protesta-t-elle calmement. Feodora avait toujours été élégante quand elle formulait son mécontentement, ce qui faisait d'elle une femme plus respectable que toutes celles que Mikhail connaissait.
« Je serais irresponsable de mentir à quelqu'un que j'aime. »
« Et tu m'aimes ? »
« Oui. Mais je l'aime plus, lui », répondit Mikhail sans hésiter. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était être honnête avec cette femme qui ne méritait rien de moins que la vérité de sa part.
Entendre ces mots auraient dû la faire pleurer, mais la façon dont il le dit — avec une confiance aussi absolue et éhontée — la fit rire. Ce n'était pas de l'amertume, mais plutôt de l'estime pour un homme qui était assez courageux pour se tenir devant son épouse et lui dire qu'il en aimait un autre. Il y avait encore un enfant, au fond de Mikhail, qui se manifestait dans sa façon d'assumer sans honte ses sentiments. On pouvait facilement voir en lui, dans un style étrange, ce qui pouvait passer pour de l'innocence. C'était la raison pour laquelle elle l'aimait.
« Faut-il vraiment que tu insistes pour me faire retomber amoureuse de toi à chaque fois qu'on se voit ? » nota-t-elle avec tristesse. C'était vrai. Même après toute la souffrance qu'il lui avait infligée, Mikhail pouvait toujours, d'une manière ou d'une autre, la charmer de nouveau — que ce soit intentionnel ou non.
« J'ai essayé ça sur lui aussi, mais je ne crois pas que ça marche », dit-il en riant.
« Alors il doit être aveugle » dit-elle, tendant la main et caressant sa joue. Le contact manqua de le faire bondir, à cause de la douleur que cela lui causait. Peut-être que la femme devant lui était la seule personne qui pouvait vraiment voir ce qui se cachait derrière ses éclats de rire.
« C'est parce que je suis amoureux de quelqu'un qui n'a jamais connu l'amour, ni n'en a jamais reçu », répondit Mikhail, l'habituelle lueur de ses yeux bleus soudain un peu éteinte. Sa main saisit celle de Feodora avec tendresse, l'ôtant de son visage, la tenant doucement. Il avait pris l'habitude d'imaginer que la chaleur de sa mère aurait été ainsi, si elle avait été vivante. Il était dommage qu'elle soit morte trop tôt pour qu'il en ait un souvenir net.
La main de Feodora tremblait un peu quand elle serra la sienne, comme si elle avait longtemps craint la réponse à ce qu'elle était sur le point de demander. « Et tu n'abandonneras jamais ? »
« Aucune chance. » Cette réponse aussi, Mikhail la donna sans hésitation.
Elle acquiesca en silence, un mouvement de réflexion plutôt que d'acceptation. À cet instant, tous ses espoirs étaient balayés. Mikhail ne lâcherait jamais l'affaire, même si le pire venait à arriver.
« Alors pourquoi es-tu revenu ? »
« Le travail. Je partirai dès que ce sera terminé » répondit Mikhail, avant de se figer à la fin de sa phrase et de prononcer des mots difficiles pour lui — difficiles, parce qu'il savait que cela lui ferait beaucoup de mal. « Ne m'attends pas. »
Ces mots transpercèrent son cœur comme une lame acérée. Elle savait depuis longtemps que ce jour viendrait, mais elle avait espéré qu'il ne viendrait pas aussi tôt. Mikhail était venu la voir pour une raison. Il était venu pour la libérer.
« Tu ne dis cela que parce que tu ne veux pas avoir ma douleur sur la conscience. »
« Je ne peux pas me permettre de penser à autre chose, en ce moment. »
Elle ferma les yeux quelques secondes avant de les river à ceux de Mikhail, avec une détermination implacable. Cela faisait un moment qu'un problème la tracassait, et qu'elle repoussait une décision qui pourrait remettre sa vie en ordre. À cet instant, elle s'était décidée, et Mikhail lui devait assez pour être obligé de la suivre.
« Alors il y aura un prix. Et tu le paieras. »
Un son doux comme celui d'une harpe surprit Akihito et le figea dans le couloir. Il se retourna pour regarder Yoh — alors en train de le conduire vers la bibliothèque, comme ses ordres le lui indiquaient — pour avoir la confirmation que ses oreilles fonctionnaient bien. Le quartier général de Baishe lui semblait être le dernier endroit au monde où il pourrait entendre de la musique, en particulier de la musique classique. L'expression de Yoh ne changea pas, mais lui aussi se figea quelques instants en l'entendant, ses yeux rivés sur la porte ouverte qui indiquait que le maître des lieux ne souhaitait pas être dérangé par des coups contre celle-ci et que quiconque souhaiterait entrer devrait attendre en silence à l'extérieur que permission lui soit donnée. Yoh posa un doigt sur ses lèvres pour lui signifier qu'un silence absolu était de rigueur, tout en le poussant sur le côté de la porte pour attendre.
Akihito retint son souffle, essayant de ne pas faire de bruit comme Yoh le lui avait demandé, et regardant à l'intérieur de la pièce. Là — près de la porte menant à une large terrasse remplie de plantes et de fleurs exotiques, aménagées en un magnifique jardin chinois miniature — se trouvait le chef de la plus grande organisation criminelle de Honk-Kong, assis devant un large instrument qui pour Akihito ressemblait à peu de choses près à un koto. De longs doigts élégants, qui semblaient presque trop délicats pour être ceux d'un homme, pinçaient et glissaient le long des fines cordes avec la grâce d'une ballerine, et pourtant chaque mouvement était assez puissant et précis pour pénétrer dans le cœur de quelqu'un comme un bon katana. Les cordes vibraient en émettant une mélodie d'une douceur douloureuse, impitoyablement portées à leur potentiel de dévastation maximale par les doigts fins qui parcouraient la longueur de l'instrument.
La musique était d'une beauté déchirante, mais ce qui surprit vraiment Akihito fut le spectacle d'un homme à l'apparence aussi divine qui s'exprimait de manière aussi profonde avec un instrument qui faisait chavirer son cœur comme nul autre auparavant. C'était une honte qu'il n'ait pas son appareil photo avec lui mais, là encore, il n'était pas certain d'avoir le talent pour capturer ce qui se passait dans cette pièce et lui rendre justice. Ce fut alors que le garçon commença à douter de son propre jugement. Aucun homme aussi cruel et froid que le Fei Long qu'il avait imaginé n'aurait pu jouer une musique aussi touchante.
Akihito repensa aux paroles de Tao, le jour où le petit garçon avait défendu son maître, ses joues ravinées par les larmes. Celles-ci étaient réelles, de même que l'amour incontestable qu'il y avait vu. Et puis il y avait tous ces subordonnés, qui semblaient vénérer le sol sur lequel leur maître marchait. Monstre ou pas, Fei Long avait dû faire quelque chose de bien pour mériter tant d'amour et de respect. Même Akihito, qui avait été enlevé et violé à répétition, semblait être tombé sous l'effet du sortilège que Fei Long avait jeté. Akihito voulait de toutes ses forces échapper à cet endroit, mais haïr le chef de triade lui était impossible.
Un dernier pincement de corde mit fin à la musique. Akihito continua de retenir son souffle jusqu'à ce que la corde que Fei Long tenait dans son autre main ait cessé de vibrer. Le chef de triade leva finalement son visage délicat et jeta un regard à Akihito à travers ses cils incroyablement longs, reconnaissant sa présence près de l'entrée, ainsi que celle de son garde du corps, qui n'arrivait toujours pas à détacher ses yeux de son maître.
« Viens me faire du thé, Akihito », dit Fei Long en se levant avec grâce de son tabouret avant de passer sur le balcon et de s'approcher de la petite table à thé qui s'y trouvait.
Akihito avança sagement vers son ravisseur mais ne put s'empêcher de s'arrêter pour admirer le bel instrument au passage. La surface d'ébène sombre formait un joli constraste avec les fleurs de nacre qui ornaient les deux côtés de l'objet, lui donnant une allure d'instrument fait-main et hors-de-prix. Associé à l'inestimable cheongsam de son propriétaire, il formait un tableau qu'on n'aurait pu voir que dans des films ou dans des spectacles. De manière improbable, Fei Long rendait tout cela possible au quotidien sans avoir l'air prétentieux ni décalé.
« Tu aimes mon guzheng, Akihito ? » demanda Fei Long en voyant l'air curieux sur le visage du garçon.
« Il est magnifique », répondit Akihito, les yeux rivés sur cet instrument dont il venait seulement d'apprendre le nom. « Tu joues merveilleusement bien. »
« Tu es la troisième personne à me le dire », commenta Fei Long en souriant d'un air triste. « Mon père m'a dit un jour que je pourrais séduire n'importe qui en jouant du guzheng ou en faisant du thé. »
Akihito rit en entendant cela. Pour lui, Fei Long aurait pu séduire n'importe qui sans rien faire. Il y avait des chances qu'Asami ait été une de ses victimes. À ceci près, supposait Akihito, que l'intérêt d'Asami pour qui que ce soit n'avait jamais duré. Cette ouverture, cependant, lui donnait l'opportunité de poser une question qui le turlupinait depuis plusieurs jours, une question que nul n'oserait poser à Fei Long. Mais il n'était pas dans la nature d'Akihito d'avoir peur, ou, si c'était le cas, cela ne l'avait jamais empêché d'être fidèle à lui-même.
« Qui est la seconde personne ? »
La réaction de Fei Long à cette question lui montra qu'il avait touché un point sensible. Il se figea une minute comme s'il en ignorait la réponse ou qu'il n'était pas préparé à une telle interrogation. Un éclair de douleur passa dans ces yeux améthyste, mais Fei Long cacha rapidement celle-ci derrière son expression froide.
« Un ami », répondit Fei Long, d'un ton abrupt qui annonçait la fin de leur conversation.
Mais ce qui marchait avec ses subordonnés n'avait aucun effet sur le garçon. Ces yeux bruns trouvèrent le courage de le fixer sans ambages et d'exiger une explication de sa part, sans une once de peur. « Tu te mens toujours à toi-même ? »
Fei Long haussa un sourcil, surpris. « Qu'est-ce qui te fait croire que je mens ? »
« Parce que dans tes yeux, on peut voir que cette personne est plus qu'un ami, pour toi. »
Fei Long fut pris de court par ces mots. Ses émotions avaient-elle été si visibles que ça, ou bien Akihito l'avait-il observé plus attentivement qu'il ne l'avait cru ? Quoi qu'il en soit, cette affirmation fut comme une gifle en pleine figure, pour lui. Malgré ses efforts pour le nier, Mikhail était devenu une partie de sa vie — une partie trop importante pour pouvoir être mise de côté ou oubliée, apparemment si importante que même son prisonnier pouvait le voir sans avoir eu un seul indice de la simple existence de Mikhail.
En des circonstances normales, il n'aurait pas répondu à cette affirmation, mais quelque chose chez Akihito l'y invita. Peut-être était-ce l'honnêteté avec laquelle le garçon le lui avait demandé, ou bien parce que personne d'autre n'avait jamais eu l'idée ou le courage de le faire.
« Il l'a été. Mais cela n'a plus d'importance, maintenant. Je n'ai plus de place dans sa vie, ni lui dans la mienne », répondit calmement Fei Long, comme pour se rappeler ces mots.
« Et tu ne vas rien y faire ? » demanda Akihito, sans crainte. Il savait que ce n'était pas à lui de dire ces choses et que Fei Long pourrait même le tuer pour cela. Mais son caractère têtu l'empêchait de se taire quand quelque chose l'énervait autant. Il n'avait jamais compris pourquoi certaines personnes abandonnaient si facilement ce qui comptait pour elles, ni pourquoi elles abandonnaient tout court, d'ailleurs.
Quand aucune réponse ne vint du chef de triade, Akihito continua à donner le fond de sa pensée. « Je ne vous comprends pas, toi et Asami. Vous ne dites jamais ce que vous pensez, et vous avez l'air de ne jamais faire ce que vous voulez. Vous avez de l'argent et du pouvoir, alors qu'est-ce que vous avez à craindre ? » À ce stade, il ne se souciait plus de ce qui pourrait lui arriver. Il fallait qu'il se décharge de ce qu'il avait sur le cœur, en particulier dans la mesure où c'était sans doute la raison pour laquelle il s'était retrouvé mêlé à cette débâcle. Si seulement Fei Long et Asami avaient été honnêtes avec eux-mêmes et s'étaient expliqué face-à-face, tout cela ne serait pas arrivé.
Fei Long était abasourdi d'être ainsi critiqué par un garçon qui était son prisonnier. Néanmoins, il n'était pas en colère. Il était possible qu'Akihito ait dit ce qu'il avait eu trop peur de reconnaître. Peut-être que tout était arrivé à cause de sa peur — la peur de souffrir, d'échouer, d'être rejeté par ceux qu'il aimait. Peut-être que s'il avait dit dès le début à son père ce qu'il ressentait, il aurait reçu son amour bien plus tôt. Peut-être que s'il avait exigé qu'Asami lui dise la vérité et avait accepté ses propres sentiments au lieu de les renier, les choses ne seraient pas allées aussi loin. Et si Mikhail n'avait pas peur de tout donner pour faire fonctionner leur relation, lui, en revanche, avait reculé par peur de l'échec. Cela lui faisait mal de l'admettre, mais le garçon avait raison. Il était lâche.
« Et qu'est-ce que tu me suggères de faire ? »
Akihito était surpris de voir une telle réaction chez le chef de triade ; il s'était attendu à ce que quelqu'un du rang de Fei Long ne le prenne pas aussi bien. Cependant, le Chinois se révélait être quelqu'un dont la raison dépassait l'ego. Ces magnifiques yeux améthyste le regardaient, sans moquerie ni colère, mais avec ce qui ne pouvait être autre chose que de l'honnêteté. Ce fut à cet instant que le garçon commença à voir plus clairement la raison pour laquelle Tao avait versé tant de larmes passionnées pour cet homme. Peut-être que, tout au fond de lui, ce leader apparemment froid et cruel était un homme plein de compassion et de gentillesse. Et si c'était vrai, il avait sans doute fallu une force considérable à Fei Long pour tenir ce rôle et faire son devoir tout en cachant cette autre part de lui-même. Cette contradiction dessinait l'image d'un homme doté d'une beauté impossible pour ce monde. Akihito avait vu beaucoup de gens qu'il aurait qualifiés de « jolis » dans sa carrière, mais le mot « beau », cependant, semblait n'avoir été créé que pour cet homme, et parfois même ce terme semblait être un euphémisme.
Akihito sourit et répondit : « Découvre ce que tu veux vraiment et va le chercher. C'est ce que je ferais. »
Avant que Fei Long n'ait pu répondre, Yoh interrompit la conversation et murmura quelque chose à l'oreille de son employeur ; quelque chose qui surprit Fei Long et lui fit hausser un sourcil.
« Alexei ? » demanda Fei Long pour confirmer. « Non, je ne l'attendais pas. »
« Alors je vais lui dire de partir. »
« Attends », lança le chef de triade pour arrêter le garde du corps avant qu'il n'ait pu atteindre la porte. Ses yeux étaient rivés sur Akihito tandis que les mots du garçon résonnaient dans son esprit.
« Laisse-le entrer. »
Yoh se figea quelques secondes, surpris. Il ne s'était pas attendu à ce que la visite impromptue d'Alexei Arbatov soit acceptée aussi facilement. Quelque chose avait dû pousser Fei Long à changer d'avis ; mais il n'avait pas à poser de questions. Il était ici pour suivre les ordres. Ses sentiments personnels ne devaient pas entrer en ligne de compte, dans leur univers.
Alors il se contenta d'acquiescer. « Je vais ramener le garçon dans sa chambre », dit-il en saisissant Akihito et en commençant à le mener vers la sortie.
« Akihito », appela Fei Long juste avant qu'ils ne disparaissent. Le garçon s'arrêta et se retourna. « Et si tout se passe mal ? »
Akihito sourit.
« Dans ce cas, tu essaies d'arranger les choses. »
« Bonjour, beauté » dit Alexei en guise de salutation, un grand sourire sur ses lèvres quand il entra dans la pièce, ses yeux parcourant de haut en bas la silhouette élancée qui se tenait près de la table à thé du balcon, sans faire l'effort de cacher son intérêt. Fei Long avait toujours été un objet de contemplation et, pour Alexei, les jolies choses étaient là pour être regardées et appréciées, si ce n'est accaparées ; mais Fei Long, lui, était l'exemple même de l'objet hors de sa portée.
« Quand on parle du loup... » soupira Fei Long en levant les yeux au ciel. L'attitude joueuse de Mikhail était adorable ; celle d'Alexei était agaçante. « Assieds-toi. Prends un thé. »
Alexei s'assit dans la chaise et croisa les jambes. « Je ne bois pas de thé », refusa-t-il abruptement.
Fei Long le regarda, depuis l'autre côté de la table, et rit. « Pourquoi ? Tu as peur que je te drogue et que je te saute ? »
« Si seulement, Fei Long ». Alexei éclata de rire face à sa pique et prit la petite tasse de thé et la porta à ses lèvres. « Si seulement. »
Fei Long sourit à cette réponse, amusé. C'était bien le style d'Alexei — direct et agressif. Mais une fois qu'il s'y était habitué, Alexei était assez divertissant.
« Qu'est-ce que tu fais là ? »
« Je voulais juste vérifier que tu allais bien. Après tout, on a eu une histoire ensemble, non ? »
« Juste une nuit avec moi et tu t'y accroches déjà ? Pauvre petite chose », le taquina Fei Long avec un sourire narquois. Certes, il se sentirait toujours coupable pour ce qu'il avait fait, en ce qui concernait sa relation avec Alexei, mais ce souvenir n'avait aucune valeur pour lui.
« Aiiiie, tu me blesses dans mes sentiments », protesta Alexei. « Mais après avoir vu ce que tu avais fait à mon frère, je dois admettre que tu es assez ensorcelant. »
Fei Long détourna le regard et se concentra sur la tasse de thé qu'il était en train de se verser, après les accusations d'Alexei. Sa main toucha la tasse plus longtemps que nécessaire tandis qu'il laissait planer le silence quelques instants ; un temps nécessaire pour lui, pour rassembler la force de poser la question qui occupait son esprit.
« Comment va-t-il ? »
« Tu ne veux pas le savoir. »
« Ne me dis pas ce que je veux ou ne veux pas savoir, Alexei. Ou bien tu peux considérer que ta visite est terminée. »
« Si cela t'enthousiasme tant, pourquoi est-ce que tu ne le lui demandes pas toi-même, quand il reviendra de Moscou ? »
« Il est reparti ? » demanda Fei Long avec une certaine déception dans la voix. Il savait que les affaires principales de Mikhail se trouvaient en Russie, en particulier maintenant que Alexei avait récupéré Macau. Cela n'en restait pas moins douloureux d'entendre que Mikhail était retourné chez lui — chez lui, où sa femme l'attendait.
« Eh », le reprit Alexei, sa voix se faisant plus douce quand il remarqua le changement d'expression de Fei Long. « Tu sais qu'il reviendra toujours vers toi. »
« Vraiment ? » demanda Fei Long dans un sourire narquois. « Tu sais, je ne lui ai pas demandé, pour ses cicatrices. »
Alexei resta silencieux quelques instants, surpris. « J'ai toujours cru que vous aviez dépassé ce stade, tous les deux. Tu devrais, tu sais. Il t'aurait tout dit. Même les choses qu'il n'a jamais dites à personne. »
Fei Long prit une grande inspiration et regarda Alexei dans les yeux. Il était temps qu'il apprenne l'histoire de ces cicatrices. Même si ce n'était pas de la bouche de Mikhail, il fallait qu'il le sache. « Est-ce que tu peux me le raconter ? »
À ce stade de la conversation, toute étincelle joueuse avait disparu du visage d'Alexei. Il marqua un long silence. Il n'aimait pas en parler, à qui que ce soit. Mais la façon dont Fei Long le regardait lui disait que le lui raconter ferait une différence. Et il devait à Mikhail de faire cette différence.
« Prépare-toi, Fei Long. Ce n'est pas joli et je n'en connais même pas la moitié », l'avertit Alexei. S'allumant une cigarette, il ferma les yeux un moment, tandis que ce souvenir cauchemardesque lui revenait lentement.
Pour cet Alexei de treize ans, c'avait été l'hiver le plus froid à sa connaissance ; un hiver marqué par le sang et les morts de bien des hommes de sa famille. Tout avait commencé avec une guerre funeste entre mafias russes, qui s'était terminée chez lui, avec des balles volant à travers sa fenêtre et des hommes de son père gisant au sol comme autant de nécessaires pertes de guerre. Avant qu'il ne l'ait réalisé, lui et Mikhail, qui venait d'avoir quinze ans, avaient été envoyés se cacher à la campagne, où personne, pas même les hommes de leur père, n'était supposé savoir où ils se trouvaient.
Le vieux manoir en haut de la colline était à une demie-heure de voiture du village le plus proche. Il se souvenait s'être tenu devant lui avec Mikhail, et d'être tombé d'accord avec lui pour dire que cela devait être pire qu'un internat. Ils ignoraient que le pire était encore à venir.
Ils firent d'abord la connaissance de leur oncle, Yuri, dans cette maison. Leur père leur dit que Yuri était le frère cadet de leur mère et qu'il travaillait depuis longtemps dans l'ombre de la famille. Aux yeux de leur père, Yuri était trop insignifiant pour être tracé par leurs ennemis, et en tant que membre de la famille proche, il avait gagné la confiance de leur père. Leur oncle avait été envoyé ici pour les protéger, avec quelques-uns de ses hommes.
Mikhail détesta leur oncle dès leur première rencontre. « Reste loin de Yuri », lui disait-il. Il ne comprenait pas pourquoi, et Mikhail ne le lui dit pas. Tout ce qu'il savait, c'était que leur oncle leur criait souvent dessus sans raison ; en particulier sur lui.
Une nuit, il entendit le cliquetis de la porte de sa chambre qui s'ouvrait. L'odeur forte de l'alcool emplit la pièce tandis que quelqu'un entrait. Un homme se faufila dans la pénombre jusqu'à se tenir près de son lit, le regardant comme une bête sauvage sur le point de mettre sa proie en pièces. Pour la première fois de sa vie, il comprit ce que c'était que d'être paralysé par la peur.
« Si tu fais un seul bruit, j'écrase ta jolie nuque », gronda l'homme, le chevauchant et plaçant une main ferme sur sa bouche. Il reconnaissait cette voix. C'était leur oncle, Yuri.
Rassemblant ses forces, il se tordit et se tourna pour se libérer, mais à chaque fois, Yuri le maintint contre le matelas et lui assena un coup dans la figure, jusqu'à ce qu'il goûte son propre sang sur la main qui écrasait presque sa mâchoire. Quand Yuri commença à ouvrir son pantalon, il réalisa que sa peur la plus profonde n'était pas d'avoir mal. Il était terrifié à l'idée de survivre à cette nuit, et il priait Dieu pour que ce ne soit pas le cas.
« Laisse-le s'en aller », dit une voix familière. Yuri se figea soudain. Alexei ne savait pas quand ni comment son frère était arrivé là, mais Mikhail était là. Et il appuyait le canon d'une arme contre l'arrière de la tête de Yuri.
Yuri le libéra et se leva lentement. Mais il se retourna soudain, et mit propulsa l'arme hors de la main de Mikhail d'un coup de pied.
« Alexei », lui cria Mikhail tandis que Yuri le saisissait par les cheveux et le jetait violemment contre le mur. « Cours ! »
Il hésita, jusqu'à ce que Mikhail crie à nouveau. Cours. Ce mot résonna dans son crâne, encore et encore, alors qu'il se levait précipitamment et courait hors de la maison. Ses membres étaient presque complètement engourdis par le froid, et son visage lui faisait un mal de chien, mais il ne pouvait pas s'arrêter. Mikhail se trouvait dans cette maison, seul, avec Yuri et ses hommes.
Il ne savait pas combien de temps il avait mis à atteindre le village. Une heure, peut-être deux. La police ne voulait rien faire avant que le matin n'arrive, et au bout du compte, il lui fallut appeler et attendre les hommes de son père qui se trouvaient dans la grande ville des environs. Lorsqu'ils arrivèrent à la maison, il était trop tard.
Ils trouvèrent Mikhail dans le grenier où Yuri l'avait laissé avant de disparaître sans laisser trace. Son frère gisait là, allongé sur le sol froid dans un coin sombre de la pièce. Parfaitement immobile, comme si Mikhail était mort depuis des heures. Ils parcoururent l'ensemble de la pièce à l'aide d'une lampe-torche, puis il sentit quelqu'un le tirer en arrière, lui couvrir les yeux et lui dire de ne pas regarder. Mais il était déjà trop tard.
Il avait tout vu — le sang qui éclaboussait la peau nue de son frère ; les blessures fraîches, profondes, sur son dos ; les bleus qui couvraient son corps. Son frère gisait là, nu de la tête aux pieds, pâle comme de la glace.
Il pensa que Mikhail était certainement mort. Et peut-être cela aurait-il mieux valu.
Le visage de Fei Long était caché par le rideau de ses cheveux ébène, ainsi que par la main sur laquelle il avait appuyé sa tête. Il avait écouté dans un silence absolu, sans faire le moindre mouvement. Les tasses de thé étaient restées intouchées. Alexei imaginait que leur contenu devait être aussi froid que Fei Long l'était, maintenant qu'il avait entendu ce qu'il voulait savoir.
« Ils ont dit que ces coupures avaient sans doute été faites par un fouet, et qu'il y avait beaucoup d'os cassés », expliqua Alexei aussi brièvement qu'il le pouvait, s'arrêtant une seconde avant de continuer. « Il y avait aussi des traces d'abus sexuel. »
« Je parie que tu veux le tuer, maintenant, non ? », reprit-il avec un maigre sourire en voyant les doigts de Fei Long, qui s'incrustaient dans la paume de son autre main.
Il n'y eut pas de réponse, seulement un silence étouffant de la part de la silhouette élancée de l'autre côté de la table.
« Mais mon père n'a jamais retrouvé Yuri. En plus de ça, Mikhail a demandé qu'il arrête les recherches et n'a plus jamais parlé de l'incident, continua Alexei. Le problème est que les choses ne se sont pas arrêtées là. Mikhail souffait d'un traumatisme qui a duré des années. Il s'est refermé sur lui-même, est devenu plus violent, et a commencé à s'injecter de l'héroïne. Nous avons lutté pendant des mois pour essayer de le faire arrêter. Rien ne marchait. Jusqu'à ce qu'un jour, il fasse une overdose et découvre que mon père avait fait une attaque à cause de ça. Ca a suffi pour qu'il se reprenne en main et fasse le ménage dans sa vie. »
Alexei s'arrêta et emplit ses poumons de la fumée de sa cigarette agonisante, avant de l'écraser dans le cendrier devant lui.
« Il est comme ça, tu sais ? Mikhail ferait n'importe quoi pour ceux qu'il aime, même si ça doit le tuer. Et il ne s'arrête pas avant d'avoir gain de cause. C'est la raison pour laquelle mon père ne veut pas qu'il soit avec toi », expliqua Alexei. Si Fei Long ne savait pas déjà cela au sujet de Mikhail, il était temps qu'il le découvre.
« Je ne sais pas quel est le problème entre toi et ce Japonais. Et à vrai dire, je ne veux même pas le savoir », dit Alexei en se levant de sa chaise et en mettant dans sa poche le paquet de cigarettes qu'il avait posé sur la table. Fais ce que tu as à faire, Fei Long. Mais fais-le rapidement avant de perdre tout ce à quoi tu tiens. »
Même si Fei Long n'avait pas émis un son après avoir entendu tout ce qu'il avait à dire, il savait que beaucoup de choses allaient changer après cette matinée. Avec un peu de chance, Fei Long réaliserait ce qui comptait pour lui et avancerait dans la bonne direction. Avec un peu de chance, il le ferait avant qu'il ne soit trop tard.
Alexei se retourna avant de quitter la pièce. « Au fait, je suppose que tu veux savoir où est Yuri en ce moment ? »
Fei Long écarquilla les yeux en réalisant ce que cela sous-entendait. « Je croyais que tu avais dit que ta famille ne l'avait jamais retrouvé ? »
« Mon père, non — Mikhail, oui. Le pire dans tout cela, c'est qu'il vit actuellement sous mon putain de toit, et qu'il est le nouveau bras droit de mon frère, expliqua Alexei avec un sourire ironique. Tout ça pour toi. »
