Les choses se compliquent pour Kate. Et les mystères commencent à tomber (ou pas !)
J'en profite pour répondre à deux reviews anonymes (oui, autres lecteurs, vous pouvez passer votre chemin et lire le chapiiiitre ! BONNE LECTURE !)
Nezumibook : (pas mal le pseudo ! :D) Merci beaucoup ! Je suis très contente que LMA te plaise ! Et le mystère sur Papillombre se résoudra sur le long terme, je le crains. Oui, c'est vrai qu'il y a quelques fautes qui traînent, mais comme je l'ai dit, j'ai écrit le plus gros de cette première partie durant le NaNoWriMo de l'an passé. J'ai tenté de corriger le plus gros, mais il est fort possible que j'en aie laissées passer. Concernant le vocabulaire, j'ai aussi mon excuse bidon : j'ai travaillé durant 7 ans sur un projet littéraire original de fantasy où l'un des personnages principaux utilise un vocabulaire très TRES développé. Depuis, j'ai gardé des reliques de cet apprentissage un peu forcé (ouais, ça m'arrivait de béchoter le dico le soir avant le dodo). Mais aujourd'hui, comme ce sont des mots qui me paraissent "normaux", je les intègre un peu à la va-vite et je m'excuse s'ils paraissent incongrus. Donc j'ai pu en semer dans LMA, je suis vraiment désolée ! Et comme on ne m'en avait pas fait la remarque avant, je n'avais pas vraiment fait gaffe. Mais à partir d'aujourd'hui, je resterai plus prudente. Mais tant mieux si je peux t'apprendre quelques mots ! :D Merci encore en tout cas !
Ginny : Merci de me comprendre ! :D 4 pages en 15 minutes, cela ne m'arrive que lors des Words Wars. Oooooh, c'est trop mignon, merciiii ! Si tu as un compte , on pourra papoter par MP ! Mais le site est un peu difficile à comprendre. Si tu tapes "mode d'emploi (le site en question parce que l'adresse ne rentre pas et ait automatiquement effacée)" sur Google, tu trouveras un excellent site pour t'aider ! (et j'ai bien trouvé ta page FB). Non ne me remercie pas, merci à toi ! :)
Chapitre 9 - Dans les yeux du gytrash
Durant des jours, voire des semaines entières, Kate n'adressa pas la parole à Maggie, à la fois furieuse et terriblement méfiante. Pouvait-il être possible que Maggie soit à l'origine de ces deux incidents ? Mais pour quelle raison obscure ? De plus, même si elle était plus douée que Kate en matière de sortilèges, ce qui n'était pas un exploit en soi, Maggie n'était pas non plus une sorcière particulièrement brillante, capable s'ensorceler une armée de citrouilles et de programmer la défaillance d'un balai volant.
Pour ne pas nuire à l'ambiance de son groupe d'amies, Kate ne fit pas part à ses impressions et à ses ressentiments aux autres premières années de Gryffondor, qui continuèrent à croire que seul le vent était responsable de la chute de Ginny. Cette dernière ne s'était toujours pas réveillée. À la suite d'une nouvelle journée de recherches infructueuses à la bibliothèque, Kate avait accompagné Hermione au chevet de son amie. Un large pansement ceignait sa tête, comme un bandeau autour de sa chevelure rousse. L'onguent de madame Pomfresh avait effacé les multiples contusions sur son visage, de même que la guérisseuse était sûrement parvenue à venir à bout de ses côtes brisées. Cependant, Ginny demeurait plongée dans un sommeil qui semblait éternel, la face sans expression. Kate semblait revoir Eliot dans son lit de Ste Mangouste...
— Neville, enfin... le professeur Londubat, m'a raconté ce que tu lui as dit, murmura Hermione, sans détacher son regard du visage figé de Ginny. Tu penses vraiment que quelqu'un l'a ensorcelée ?
Kate se contenta tout d'abord de hocher la tête.
— Je pense même savoir... qui pourrait être le responsable...
— Ne tire pas trop vite tes accusations, siffla Hermione, entre sévérité et conciliation. Ça peut te jouer de mauvais tours...
Elle étira un bref rictus sur ses lèvres, palpant le livre posé sur ses genoux.
— Quand j'étais en première année, comme toi, on a ensorcelé le balai de Harry, enfin... du professeur Potter, pendant son premier match. Nous avons tous pensé qu'il s'agissait de Severus Rogue, le professeur des potions à l'époque... Car ce dernier avait une sérieuse dent contre Harry ! Même contre les Gryffondors en général... La vérité, c'est que Rogue tentait d'annuler le sortilège, qui avait été jeté par quelqu'un d'autre. Même s'il a toujours paru antipathique, Rogue était en vérité... un héros. Même moi j'ai du mal à le dire aujourd'hui ! M-mais c'est vrai. Harry l'a haï durant toute sa scolarité alors qu'en réalité, Rogue avait caché son jeu et l'avait toujours protégé, jusqu'à y laisser sa vie... Ce que j'essaie de te faire comprendre, c'est que ce n'est pas sur l'apparence que tu peux juger le fond d'une personne. Et que tu as peut-être un responsable, mais que tes preuves à son encontre doivent être irréprochables.
Sur ces mots, Kate préféra ne rien en répondre. Deux absences hasardeuses et les dires d'une vieille boussole ne constituaient pas des preuves infrangibles pour attester que Maggie avait un rapport avec toutes ces affaires. Elle devait trouver mieux... Mais en avait-elle véritablement envie ?
Le printemps prit ses marques sur le château, embellissant le parc de ses fleurs et d'une végétation verdoyante. Les élèves reprirent peu à peu plaisir à profiter de leurs pauses sous le frais soleil de début avril. Tout comme les premières blagues printanières, lors desquels certains malheureux se retrouvaient jetés à l'eau ou aspergés de pollen !
Kate observait les batailles depuis la serre n°1, où elle suivait son cours de botanique. Les Serdaigles et les Gryffondors regroupés écoutaient attentivement le professeur Londubat qui leur présentait la plante sur laquelle ils allaient travailler ce jour-là.
— La moly est un végétal très important pour la préparation de la potion Wiggenweld, qui est un antidote pour la Goutte au Mort-Vivant, leur exposa-t-il en apportant des pots en verre. Comme le professeur Slughorn a l'intention de vous faire travailler cette potion ce mois-ci, je pense qu'il est important que vous en connaissiez les composantes. De plus, cela vous permettra de préparer vos échantillons pour vos cours avec lui ! Autrement, la moly permet d'annuler les enchantements mineurs sur une personne si on les mange telles quelles. Ce que je ne vous conseille pas, ça n'a pas très bon goût... Alors...
Il se retourna vers une petite serre bâchée opaque et en retira la housse, tandis que tous les élèves se penchaient au-dessus de leur grande table de travail. De grandes fleurs à la corolle blanche, semblables à des lotus, apparurent à leurs yeux.
— Elle n'a pas l'air très dangereuse, comme ça, fit remarquer Londubat en portant l'un des plants sur la grande paillasse. Oui, comme cela, elle est inoffensive. Cependant, lorsque vous coupez à la base des pétales, au niveau de ce petit bulbe légèrement marronné, vous risquez de dégager son pollen. Et je vous assure que ces effets secondaires, bien qu'ils ne soient pas très nocifs, peuvent être assez surprenants ! Aussi, restez prudents. Bien. Vous allez vous mettre par groupes de deux. Je vais distribuer une moly par binôme. Vous allez devoir couper une à une ses pétales et les mettre dans le pot commun de votre groupe, et ensuite, vous pourrez la disséquer. Pour ceux qui sont intéressés, ils peuvent même récupérer la tige pour en faire des flûtes !
Aussitôt, les élèves s'agitèrent, ravis à l'idée de pouvoir sortir du cours avec un objet capable de rendre Rusard ou les autres professeurs fous ! Lors de la formation des binômes, Kate se tourna vers sa voisine de droite, évitant habilement la demande de Maggie : la petite Hygie Smethwyck la regarda avec de grands yeux.
— On se met ensemble ? proposa Kate dans un large sourire.
Silencieuse, Hygie hocha la tête par gestes lents. Même si cette dernière avait été l'une des premières élèves que Kate avait rencontré dans le Poudlard express, en compagnie de Maggie et Terry, les deux fillettes n'avaient jamais échangé de conversation depuis le début de l'année. À vrai dire, Kate n'avait jamais entendu Hygie prendre la parole d'elle-même. Les seuls mots issus de sa voix étaient ceux tirés par les interrogations visées et posées par leurs professeurs. En dehors de ce temps, Hygie avait le pouvoir de disparaître aux yeux d'autrui. Elle était la petite fille si réservée et mutique que tout le monde l'oubliait petit à petit. Mais celle-ci semblait s'en satisfaire, plus épanouie dans la lecture interminable de ses livres que dans la tentative d'interactions sociales avec ses camarades.
Lorsque le professeur Londubat leur donna le pot contenant la fleur aussi grosse que leur tête, Kate tira sur son gant en cuir de dragon :
— Bon, eh bien, c'est parti !
Des discussions s'animèrent peu à peu autour des molys, mais Hygie étant irrévocablement muette, Kate abandonna l'idée de converser et observa tour à tour les différents groupes autour de la paillasse. Moira, trop petite pour atteindre la plante, dut, pour ce faire, grimper sur la table et, assise en tailleur en face de Suzanna, cancanait à propos des résultats du dernier match désastreux des Canons de Chudley tout en coupant les pétales avec son sécateur. Maggie s'est rabattue sur une élève de Serdaigle, appliquée dans sa tâche, tandis que la Gryffondor tentait de lui faire entendre l'importance de l'exportation des multiplettes en Europe de l'Est. Les premiers à faire exploser le bulbe par mégarde furent Jason Watson et Irwin Peakes, deux garçons de Gryffondor, qui se mirent à tousser dans le nuage ocre dégagé par la plante.
— Aïe, aïe, aïe, soupira le professeur Londubat en haussant les épaules, qui se douta qu'il n'était pas possible de procéder à un exercice parfaitement respecté. Il fallait s'y attendre !
— Ah, mais qu'est-ce ça pue ! se plaignit Irwin en crachant ses poumons et en brassant l'air devant lui.
Mais sa voix, aiguë et trafiquée, eut raison du sérieux des autres élèves, pris de fous rires, tandis que le garçon, ses courts cheveux blonds et bouclés à la base du crâne imprégnés de pollen, commença à rougir de honte. À côté de lui, Jason, lui-même affecté par les effets comiques de la moly, ne put s'empêcher d'un rire frelaté, qui fit redoubler les hilarités dans la serre. Le duo inséparable d'Evan et de Griffin perça à son tour, mais cette fois de façon tout à fait volontaire, le bulbe de leur moly pour jouer des scènes et parodier des professeurs, le tout gratiné par des voix truquées et ridicules. Ce qui ont le don de faire rire les dernières filles qui n'avaient pas levé le nez de leur travail malgré la première émanation de pollen.
— Remettez-vous au travail les garçons, avant que je ne vous enlève des points ! les rappela à l'ordre Neville, le regard grondeur, mais toutefois amusé par leur jeu de rôles.
— Oui, professeur ! Se calmèrent les deux élèves, avec leur petite voix de souris.
Se rabattant au-dessus de leur paillasse, Evan et Griffin échangèrent un dernier ricanement discret avant de poursuivre la récolte de leurs pétales. Cependant, Kate n'arrivait à détacher son regard de Griffin et de son visage malicieux. Il était mignon... Il était gentil... Attentionné. Il était drôle...
Ce fut sa manche droite tirée qui la rappela à la réalité : elle pivota vers la petite Hygie qui entrouvrit les lèvres :
— Couper... bas...
Ses mots, prononcés si bas qu'ils en étaient presque imperceptibles, épatèrent Kate, qui entendait là les premiers qu'Hygie lui adressait depuis leur rencontre.
— Hein ?! trouva-t-elle à répondre.
— Elle veut dire que tu coupes trop bas. Et que tu risques de toucher au bulbe.
Kate tourna la tête en direction du garçon en face d'elle, de l'autre côté de la paillasse ; Emeric Beckett, le jeune Serdaigle aux lunettes rectangulaires sans rebord, lui accorda un sourire timide. À côté d'elle, Hygie hocha la tête, appuyant la correcte traduction de son camarade.
— Ah oui ! Excuse-moi ! Je... j'étais perdue dans mes pensées ! Je vais me concentrer !
À la sortie du cours, plusieurs en ressortirent avec une tige noire, parfaite pour y tailler une flûte comme l'avait proposé leur professeur, d'autres avec une voix détraquée.
— Je préférerais l'utiliser pour frapper Miss Teigne la prochaine fois que je la croiserai ! attesta Moira une fois que les filles furent revenues dans leur salle commune, faisant rebondir la tige dans sa paume ouverte.
— Et Rusard te le reprendra pour te taper à son tour ! gloussa Suzanna.
— Qu'il essaie pour voir ! Je suis sûre que je cours plus vite que lui !
— Toi ? Aussi courte sur pattes que tu es, tu penses courir plus vite qu'un concierge entraîné depuis cinquante ans à poursuivre des élèves dans les couloirs ? rétorqua Maggie, hautaine.
— T'as raison... vaut mieux lui casser les genoux avant !
— Moira ! s'indigna Scarlett. Qu'est-ce que tu es violente... !
Mais c'est alors que les filles discutaient que deux jeunes femmes firent leur entrée dans la salle commune et aussitôt, tous les élèves cessèrent leurs activités, leurs devoirs, leurs discussions... Ginny Weasley était de retour, accompagnée par son amie Hermione. Ses camarades de maison se précipitèrent vers elle dès qu'elle posa un pas dans la salle commune. Ils l'accueillirent tous avec beaucoup de joie et de soulagement, comme une héroïne. Les filles de premières années se joignirent à la foule, sautant sur leurs pieds pour tenter de les apercevoir. Malgré son réveil, Ginny paraissait terriblement fatiguée, traînée par le poids de son inconscience qui avait duré des jours et des jours... Hermione la tira de l'emprise de la foule en se frayant un passage :
— Pardon, excusez-moi... ! Allez, s'il vous plaît, dégagez un peu l'air ! Vous ne voyez pas qu'elle est épuisée ? On fera la fête à un autre moment... !
Pourtant, lorsqu'elle passa devant Kate, elle marqua un temps d'arrêt, puis ajusta une mèche de sa chevelure défaite derrière son oreille, en vérifiant que Ginny parvenait à la suivre, engloutie par l'enthousiasme débordant de ses camarades. Avant de lui glisser dans un souffle un message discret :
— Ce soir, petite réunion, j'ai besoin que tu sois là, en tant que témoin... Rendez-vous dans la salle de Défense contre les forces du mal, après le repas...
Kate n'eut aucun mal à se détacher de son groupe d'amies après avoir dégusté les délicieux poulets rôtis concoctés par les elfes de maison. Elle se faufila dans les ténèbres de la nuit naissante alors qu'elle traversait l'espace du dehors qui séparait la Grande Salle du bâtiment des classes, tirant sa cape autour de son cou comme pour se protéger. Puis grimpa deux à deux les marches des escaliers magiques, priant de ne pas croiser Peeves. Pourtant, elle atteignit le deuxième étage sans encombre, non sans éveiller la surprise des nombreux tableaux qui ne comprenaient pas qu'une fille si jeune se rende en cours de défense contre les forces du mal à une telle heure de la soirée.
Son cœur battait à cent à l'heure dans sa poitrine, menaçant de lui briser les côtes. Une réunion. En tant que témoin. Au milieu de professeurs ? Elle avait enfin son rôle à jouer. Une vérité à avouer.
Ouvrant la porte sans prévenir et d'un geste décidé, Kate ne s'attendit pas à prendre en flagrant délit son professeur de travaux pratiques en défense contre les forces du mal embrassant la rouquine qui venait de sortir de l'infirmerie. L'instant interrompu par cette entrée imprévue, tous trois se dévisagèrent, très troublés par la situation présente. Jusqu'à ce que Ginny et Harry ne s'écartent l'un de l'autre, comme si rien ne s'était passé, tandis que Kate ne remuait pas, sidérée.
— Hem... je vous en prie, miss Whisper, asseyez-vous avec nous, bredouilla Harry Potter, embarrassé au possible.
— Ca fait drôle de te voir vouvoyer les premières années, maintenant ! lui glissa Ginny, amusée, mais gardant néanmoins ses énormes cernes sous ses yeux.
Kate s'exécuta sans un mot et prit place sur un banc proche. Un silence gêné s'installa dans la salle de classe, ponctué par les toussotements convulsifs d'Harry. Jusqu'à ce qu'Hermione, accompagnée de Dennis Crivey, fasse leur apparition dans la salle.
— Excusez notre retard, se pressa Hermione. C'est que ce n'est pas facile tous les jours d'être préfet !
— Il n'y a pas de mal !
— Qui reste-t-il encore à attendre ? s'interrogea Dennis en s'asseyant à côté de Kate.
— Neville et Luna. Ils ne devraient pas tarder à arriver...
Sur ces mots, la porte s'ouvrit au même moment.
— Quand on parle du loup... !
— On n'a rien raté ? fredonna Luna d'une voix chantante.
— Non, on allait commencer.
La jeune femme blonde, affublée d'un pull douteux, rayé cyan et vert pomme, trottina à travers la salle, balançant ses bras et ses mains au gré de ses petits bonds, avant de s'asseoir à côté de son amie Ginny, alors que Neville s'avança, plus badaud. Au milieu du groupe qui se connaissait déjà depuis quelques années pour avoir participé à la fondation de l'armée de Dumbledore et pour avoir organisé la résistance durant la guerre, la présence de Kate paraissait être comme un cheveu sur la soupe. Et pourtant bien nécessaire...
— Ca fait plaisir de te revoir, Ginny ! sourit Dennis en hochant de la tête.
— Et je suis contente de ne plus être au fond d'un lit ! Avec un mal de crâne persistant...
— Tu serais en mesure... de nous parler de ce qu'il s'est passé ce jour-là ? s'intéressa Neville en liant ses mains sur la table et fronçant ses épais sourcils par-dessus ses petits yeux brillants.
— Ca me paraît être hier... grommela Ginny en se frottant le front. Tout se déroulait bien ! Je vous assure, je gérais la situation... ! Mais... mon balai a commencé à dérailler.
Tout le monde était silencieux, perché à chacun de ses mots, qu'elle prononçait avec gravité.
— Je ne comprenais plus rien. Il... il a échappé à mon contrôle ! J'étais complètement désemparée ! La suite, vous la connaissez déjà. Je suis tombée et quand j'ai essayé de me rattraper, ce satané cognard m'a eu dans le collimateur !
Harry Potter grimaça :
— J'ai l'impression de revivre mes premières années ici... Un balai ensorcelé et un cognard fou !
— Donc... j'avais raison ! s'immisça la petite Kate, timide mais déterminée. Le balai a bien été ensorcelé ! Ce n'était pas le vent.
— Non, ce n'était pas le vent, confirma Ginny en secouant la tête.
— Ce n'est quand même pas anodin que l'on s'attaque ainsi à Ginny, songea Dennis en se grattant la pointe du menton. Vous pensez qu'il pourrait s'agir d'un ressortissant Mangemort ? Quelqu'un en rapport ?
— Ce qui est certain, c'est que ceci n'a rien d'une blague, trancha Hermione, grave. Quelqu'un a tenté de tuer Ginny... Et ce quelqu'un est donc capable de recommencer... Il faut qu'on l'arrête, maintenant, avant qu'il y ait véritablement des morts.
Un silence funeste s'abattit un instant sur l'assemblée. L'ambiance lugubre installée par la décoration intérieure de Miss O'Joovens n'arrangeait rien, avec ses longues chandelles rouges, le crâne animé sur l'étagère et les ombres mouvantes très peu rassurantes. Jusqu'à ce que Neville prenne la parole :
— D'autant plus que le responsable n'en est pas son premier fait...
— Comment ça ? s'étonna Harry, circonspect.
— Les citrouilles d'Halloween... Miss Whisper m'en a parlé l'autre fois et il est vrai que son idée se tient. Le fait que les responsables de ces différents faits ne soient qu'une seule et même personne.
— Ou un groupuscule organisé ! Intervint Luna.
— J'avais mené l'enquête avec ma coéquipière préfète après Halloween, raconta Dennis. Ni elle ni moi n'avons trouvé quelque chose de suspect, du moins, dans notre maison...
— Ca vient d'un Serpentard... Il n'y a qu'eux pour projeter de telles choses !
— Les Serpentards ne sont pas tous comme ça ! les défendit Kate, vaillante.
— Ils ont été à l'origine de bien mauvaises choses et cela, personne ne peut le nier, la raisonna Hermione, plus posée.
— D'après les interrogations que j'avais posé aux élèves en début d'année, dit Harry, il reste quand même beaucoup de Serpentards en lien avec d'anciens Mangemorts. Famille, amis, relations... Et on ne peut pas l'oublier. Voldemort n'est peut-être plus, mais ses actes sont restés gravés. Surtout à travers ceux de ses partisans. Maintenant qu'il a disparu... qui sait... quelqu'un tentera peut-être de s'emparer du pouvoir à sa place, maintenant que le siège de Seigneur des Ténèbres est libre !
— Je n'irai pas jusqu'à là... ricana son amie. Mais il est possible qu'un Serpentard ait décidé de s'en prendre à Ginny, surtout dans un match où les deux maisons s'opposaient. C'était un excellent contexte pour passer à l'action. Kate...
La jeune femme s'adressa à la fillette, ce qui, aussitôt, dirigea les regards de tous les autres.
— La fois dernière, tu m'as dit que tu avais de sérieux doutes et que tu pensais tenir un responsable... As-tu des preuves désormais ?
Tous les yeux braqués sur elle, Kate déglutit avant de balbutier ses mots :
— Je sais déjà que ça ne peut pas être un Serpentard de première année. Ils étaient déjà tous là pendant le match, j'étais avec eux. J'étais dans le haut des gradins, je les voyais tous de ma place. Et aucun n'avait un comportement suspect. Je n'irai pas jusqu'à dire que tous sont innocents ! Mais... je n'ai rien remarqué de spécial !
— Il existe deux manières d'ensorceler un objet, rappela Dennis. Soit directement, soit à l'avance. Peut-être que le balai de Ginny a été ensorcelé avant le match !
— C'est impossible ! rejeta cette dernière. Mon balai était sur mon lit, il n'a pas quitté ma chambre ! Et je ne l'ai pas quitté de la main une seule fois avant de le chevaucher sur le terrain...
— Cela impliquerait dans ce cas un Gryffondor. Une Gryffondor pour être plus précis. Ce qui me paraît hautement improbable.
Les cheveux de Kate se dressaient sur sa tête : cette version des faits pouvait tout à fait accuser Maggie et faire concorder les faits, du pourquoi la jeune fille avait quitté avec tant de précipitation et d'anxiété la table du petit-déjeuner le matin du match.
— En effet, l'ensorcellement depuis les gradins me paraît plus plausible, soupira Neville en croisant ses bras.
— Pourtant, il faisait si mauvais ! déplora Luna, à moitié rêveuse. Il fallait être sacrément doué pour y parvenir avec un temps pareil ! Être un excellent viseur !
Hermiona étira un rictus puis s'adressa de nouveau à Kate :
— Tu as autre chose à nous dire dans le cadre de cette affaire ?
— Non... pas vraiment.
— D'accord. Merci Kate, nous avons fini de t'embêter pour ce soir, tu peux retourner dans ton dortoir...
Après un vif geste de tête, Kate s'exécuta, un pincement au cœur de devoir déjà quitter le concile des héros de guerre. Elle n'aurait pas dû se faire trop d'illusions !
Une fois que la porte fut fermée, que la fillette fut partie, la discussion entre les anciens élèves reprit :
— Elle n'a rien de suspect... ! Vous êtes heureux ?
— C'est quand même étrange qu'elle soit la seule à avoir remarqué que mon balai défaillait, dit Ginny en penchant la tête.
— Et qu'elle se soit enfuie en courant la minute avant l'attaque des citrouilles d'Halloween, rajouta Dennis.
— Je pense qu'Harry pourra appuyer mes dires, s'introduit Neville, mais Whisper est une élève adorable... et qui ne sait pas se servir de la magie ! De un, elle n'aurait aucune raison de faire ça et d'en prime nous avertir, de deux, elle ne serait pas capable de le mettre en œuvre.
— Peut-être qu'elle est d'une élève très gentille, et je vous crois, chantonna Luna en remuant la tête, faisait valser ses nouvelles boucles d'oreilles en forme de poires bleues. Elle est très mignonne ! Mais n'oubliez pas ce que McGonagall nous a dit. Elle nous a bien mis en garde... Elle ne contrôle pas toujours ce qu'elle fait...
Avec mai approchait le stress des examens prochains. Les BUSE pour les cinquièmes années. Les ASPIC pour les plus âgés. Cela n'empêchait pas les plus jeunes d'angoisser également à propos de leurs dernières évaluations décisives. Kate en fut la première touchée. Rattraper des mois de sortilèges ratés... qu'allaient donc lui dire ses professeurs en travaux pratiques ? Peut-être valait-il mieux assurer dans les matières qui ne nécessitaient pas l'utilisation de la baguette magie : botanique, potions, astronomie, histoire de la magie, soins aux créatures magiques... Autant commencer dès maintenant ! Kate se détacha de ses distractions pour étudier à la bibliothèque, sous le regard médusé de ses aînés qui ne comprenaient pas qu'une si jeune élève puisse déjà commencer à réviser avec tant de sérieux. Les gens passaient devant elle en ouvrant de grands yeux, alors qu'elle demeurait concentrée sur ses manuels, prenant des notes, répétant à voix basse les noms de plantes, de bestioles féroces ou énumérant les ingrédients nécessaires à la préparation d'une potion. Rien ne pouvait la détacher ses grimoires.
Sauf peut-être un petit billet. Un bout de parchemin tombé sous son nez. Glissé avec discrétion jusqu'à elle. Lorsque cela lui arriva, au beau milieu de son chapitre à propos de la guerre des Gobelins, maint fois contée par le professeur Binns, Kate sursauta, comme si le morceau de parchemin allait la dévorer ! Puis, elle leva des yeux écarquillés, observant la gracieuse silhouette qui s'éloignait, son sac contre sa cuisse et ses longs cheveux noirs et luisants cascadant sur son dos. Pourquoi diantre Calypso Curtiss lui avait-elle fait passer ce message ? Message qu'elle s'empressa d'ouvrir et de lire... :
« Sois très prudente, Whisper. Il se trame des choses étranges dans ma maison, cela te concerne, je préfère te mettre en garde. N'aie confiance en personne. »
Drôle de message pour une fille de la maison du serpent auquel elle n'avait jamais adressé de grands discours éloquents ! Comment pouvait-elle lui faire confiance ? À elle ? Cette fille qui ne lui jamais inspiré grand chose, si ce n'était de la méfiance. Hautaine, Calyspo Curtiss. Cynique, fière et noble, portrait fidèle d'une Serpentard, qui dénonçait sa propre famille dans une allusion abstraite.
Kate froissa le morceau dans sa main et le glissa dans son sac, le visage renfrogné. Elle n'aimait vraiment pas cette ambiance à Poudlard. Cette impression que le monde orbitait autour d'elle alors qu'elle se contentait de tourner sur elle-même, sans en comprendre le sens. Tout cela lui donnait le vertige.
Un soir, Kate sortit tard de la bibliothèque, alors qu'elle s'y était rendue même après le repas. Elle observa les derniers élèves, penchés sur leurs écritures, alors que madame Pince commençait déjà à chasser les importuns de son antre, comme un dragon. Regroupant ses livres qu'elle fourra dans son sac, elle prit la poudre d'escampette dans un soupir.
Kate avait réussi à échapper à l'attention de Peeves, occupé à semer les feuilles de révisions d'une cinquième année du haut des grands escaliers, qui s'étaient envolées dans une pluie de parchemin. L'air tiède du dehors lui tira derechef un soupir et elle se surprit à apprécier ce nouveau temps saisonnier, synonyme de renouveau. Le crépuscule peignait dans le ciel, garni d'épais cumulus, un splendide camaïeu de roses et de bleus, uni par un jaune lumineux et éphémère. C'était si plaisant de respirer dans un univers si calme. Loin des cris, loin des ténèbres. Loin des reliques de la guerre...
— Kate !
Le cri à son attention la fit tressaillir et elle rouvrit les yeux, fixant la silhouette de Suzanna qui courrait vers elle, faisant valser ses grandes boucles blondes et soyeuses.
— Kate !
— Suzanna ?! Qu'est-ce qu'il se passe !
— Kate, il faut... il faut...
Elle s'arrêta, anhélante, devant son amie, alors que les quelques élèves qui rejoignaient à leur tour leurs dortoirs les examinaient d'un air curieux en passant devant elles. Suzanna reprit son souffle, pliée en deux, respirant avec bruit, les mains plaquées sur ses cuisses, bras tendus.
— Tu me fais peur, Suzanna... ! trembla Kate qui tenta vainement de sourire. Qu'est-ce qu'il y a !
— Ce sont les filles ! Elles ont un problème !
— Un problème ?!
— Suis-moi ! Je t'expliquerai en route ! déclara-t-elle en jetant un coup d'oeil aux autres élèves qui défilaient.
Elle reprit sa course, cette fois-ci suivie par Kate, le cœur saisi d'un affolement sans nom. Suzanna n'était pas le genre de fille à s'inquiéter pour tout et n'importe quoi ! Elle avait l'habitude de perdre des affaires, un devoir, de récolter des notes moyennes. Pour atteindre un tel niveau de panique, la situation devait être particulièrement grave.
Les deux fillettes traversèrent la tour à l'horloge qui donnait sur la cabane de Hagrid et la noire forêt interdite, sans ralentir le pas.
— Où m'emmènes-tu ?!
— Les filles... Maggie leur a proposé d'aller dans la forêt interdite tout à l'heure pour...
— Quoi ?! Dans la forêt interdite ?! Mais... elles n'ont pas le droit ! C'est contre le règlement !
Les éléments s'imbriquant dans sa tête, Kate fronça les sourcils et stoppa sa course, prise d'un soudain scepticisme. Suzanna s'arrêta à son tour, quelques mètres plus loin, particulièrement angoissée :
— Qu'est-ce que tu fiches ?!
— Ca n'a pas de sens... réfléchit Kate. Scarlett est trop à cheval sur les règles de l'école... Elle n'irait jamais dans la forêt interdite de son plein gré... ! Ligotée et victime d'un enchantement, je veux bien, mais...
— Au diable la logique des choses, Kate ! criait Suzanna d'une voix aiguë. Je te dis juste ce que je sais ! Les filles ont disparu ! Et je sais qu'elles sont là-dedans ! Alors quels que soient tes raisonnements à la noix, reste ici si tu le veux ! Mais moi, je pars à leur recherche ! Ca fait deux heures qu'elles se sont volatilisées, après que Maggie leur ait proposé d'aller vérifier un truc dans la forêt à propos de je-ne-sais-plus-quoi.. ! Le temps que j'aille prendre mon appareil photo... et elles n'étaient plus là ! Elles ne sont toujours pas revenues, Kate, tu percutes ?! Elles sont peut-être en danger...
Le regard de Suzanna rougit et s'humidifia, de même que ses lèvres frissonnantes.
— Et les amies, on ne les abandonne pas...
Sur ces mots, la jeune fille reprit sa route, galopant un pas sur deux, s'éloignant sur le chemin qui menait à la forêt interdite.
— Suzanna... ! Reviens !
Mais l'interpellation de Kate n'eut aucun effet. Si elle admettait un instant le fait que ses dires étaient vrais, cela pouvait se concorder avec les suspicions que Kate avait porté à l'égard de Maggie, mais pourquoi s'en prendre à ses camarades de chambre ? Et s'ils étaient faux... Suzanna se jetait seule, à corps perdu dans la forêt interdite alors que la nuit commençait à prendre ses marques dans le ciel ! Et cela, Kate ne pouvait pas se permettre de fermer les yeux et de ne pas intervenir. Sans trop savoir ce qui la guidait, Kate la poursuivit :
— Suzanna ! Attends !
C'est avec un haut-le-coeur qu'elle franchit la limite délimitée par l'orée de la sombre forêt, déjà annonciatrice de danger. La silhouette de Suzanna courait droit devant, scrutant les bois, de gauche à droite.
— Arrête, c'est complètement insensé ! chercha à la raisonner Kate alors qu'elle s'était arrêtée dans un creux, le sol poussiéreux et stérile jonché de vieilles épines de pin rongées par les insectes. On ne les trouvera jamais comme ça ! Il vaut mieux qu'on retourne au château. Et que si elles ne reviennent pas au dortoir, on prévient les préfets ou un professeur... C'est la meilleure solution plutôt que de les pister à l'aveugle dans les bois !
— Elles sont ici... ! Je sais qu'elles sont ici !
Sans prendre en compte la moindre parole de Kate, Suzanna reprit ses recherches en trottant. …puisée par cette folle course à travers les bois, de plus en plus sombres, sa camarade commença à éprouver de la peine à suivre son rythme.
— Je t'en prie, Suzanna, écoute-moi !
Reprenant son souffle en s'appuyant contre un arbre au diamètre remarquable, Kate contourna le tronc, dans la direction vers laquelle s'était élancée son amie. Pourtant, aucune silhouette noire et rouge en vue.
— S-Suzanna ?
Elle s'était volatilisée. Et faisant place au silence, Kate ne perçut aucun bruit de pas, aucun bruissement ou craquements d'épines, de brindilles. Comme par magie, Suzanna s'était évaporée dans la nature.
— Suzanna, ce n'est pas drôle ! Pas drôle du tout ! Reviens ! Et... et on rentre !
Kate tremblait de tous ses membres, paniquée à l'idée de se retrouver seule, perdue au milieu de cette vaste forêt, nid de dangers plus terrifiants les uns que les autres.
— Oh non... oh non, non, non...
Le pas indécis et guidé par sa peur profonde, elle reprit le chemin qui semblait le mieux correspondre à la voix de son instinct assourdi.
— Suzanna ! Suzanna ! appelait-elle à grands cris.
Personne ne lui répondait, si ce n'était son propre écho désespéré.
— Pas de panique, pas de panique, tentait-elle de se convaincre en un souffle sanglotant en sortant d'un geste rapide et maladroit la boussole de sa poche. On va retrouver le chemin. Tout ira bien, Kate, tout ira bien...
Ses petits doigts grelottants manipulèrent du bout des ongles la molette, dont l'aiguille oscillait, avant de s'arrêter sur la main. Il ne pouvait pas y avoir trois-mille personnes dans cette forêt ! La direction montrerait forcément celle de Suzanna ! Ou à défaut, celle de l'école... Ainsi, Kate revint sur ses pas à toute vitesse, suivant la grosse aiguille en or, et voyant, à son soulagement relatif, les chiffres diminuer sur le compteur. Hélas, sa consolation fut de très courte durée, lorsque les ténèbres avala les bois et que Kate se retrouva prisonnière des entrailles de la nuit. Elle ne parvenait plus à voir à travers la petite vitre rayée de la boussole, la lumière du faible croissant de Lune dissimulée par les épais nuages noirs et les hauts rameaux des arbres aux silhouettes terrifiantes. Il n'y avait pas d'autre moyen que de recourir à la magie, alors que les bruits douteux propres au monde de la nuit commencèrent à s'éveiller dans l'ombre de la végétation... Kate se saisit de sa baguette, qu'elle brandit devant elle.
— Lumos !
PAF ! L'explosion orangée la projeta en arrière, la faisant tomber sur les fesses, la boussole lui échappant de la main.
— Zut, zut, zut... ! chevrotta-t-elle, encore sous le choc, tâtonnant à quatre pattes pour retrouver son bien, égaré entre deux grosses racines saillantes.
Puis, elle se releva, frottant ses vêtements sur lesquels s'étaient accrochées des morceaux d'écorces et de la vieille terre. Sa poigne tenait fermement sa baguette, comme dans le prolongement de son corps. Résolue à accepter le fait d'avancer dans le noir le plus total, errant dans cette forêt...
Heureusement pour elle, sa volonté de s'en sortir prenait le pas sur ses larmes de peur, plus concentrée pour s'en sortir que pour pleurer. Se recroqueviller dans les bois et attendre qu'un miracle se produise ne lui apporterait rien, si ce n'était s'offrir en proie de choix aux bêtes carnivores qui peuplaient cette forêt.
— Suzanna... si je sors d'ici... je t'étrangle ! se jura-t-elle, manquant de trébucher sur une racine et de heurter un arbre.
Jugeant sa boussole à présent inutile, elle la fourra dans sa poche et continua d'avancer à l'aveugle. Peu à peu, sa vue s'affina, s'habituant à la luminosité quasi-néante des lieux. Elle n'osa renouveler l'essai de son sortilège lumineux, de peur de s'endolorir de nouveau son coccyx, déjà assez opprimé comme ça !
Kate sentait qu'on l'épiait... Et cela ne la rassurait pas le moins du monde. Son cœur battait dans ses oreilles, comme les tambours lourds et rapides d'une scène tragique, sur le point de s'achever. Elle avait beau accélérer les pas, elle avait l'impression de se précipiter à sa perte. Chaque ombre pendue aux branches grêles des grands arbres flétris semblait guetter l'avancée apeurée de la fillette, avant de glisser le long des troncs pour suivre ses souliers noirs qui trottaient dans la terre poussiéreuse. Les cimes arquaient sous la caresse pernicieuse du vent froid de la nuit naissante, comme des griffes acérées prêtes à se refermer le piège sur elle.
Les doigts de Kate se fermèrent en un poing autour du pendentif de sa mère, seule chose qui parvenait à la rassurer à cet instant précis, tandis qu'elle continuait d'arpenter la forêt interdite sans en trouver la sortie. Quand un bruit la fit sursauter à ses arrières et stoppa brusquement son pas. Elle fit volte-face et brandit sa baguette, oscillante à cause de ses tremblements. Plus loin, l'un des grands buissons frissonna. Jusqu'à ce qu'une silhouette fumante ni humaine, ni vraiment animale ne s'en détache. Une crinière spectrale tombait en lambeaux de ténèbres le long de son cou massif, tandis que son corps s'avança, comme s'évaporant depuis la surface glacée des feuilles des bosquets. Puis éclata le funeste reflet brillant et écarlate de ce qui lui servait d'yeux. La bruine froide qui l'entourait, manteau protecteur, s'infusa dans la petite clairière, alors que dans un bruit de souffle menaçant, la silhouette noire prenait de l'ampleur en glissant sur la poussière.
Le cœur de Kate se gela au creux de sa poitrine étreinte par ses émotions.
« Un... gytrash... ! »
Ni chien, ni cheval, ni mule, cette bête spectrale que la fillette avait croisé au détour d'une page sur le manuel d'Hagrid qu'était le gytrash hantait les bois nocturnes, à la recherche d'une chair sans lumière. L'incarnation matérielle des pires cauchemars des enfants.
De grandes dents aussi noires que la nuit et aussi luisante que la lune se révélèrent alors que la créature retroussa ses babines, étirant sur sa face velue un rictus démoniaque. Les émotions de Kate s'emparèrent alors du contrôle de son corps : elle poussa un hurlement de terreur tout en s'élançant dans une course effrénée. Son instinct de survie, plus fort que sa prudence, prit le dessus et lui permit d'esquiver les nombreux arbres qui entravaient sa galopade, slalomant entre les troncs et sautant par-dessus les bas bosquets. L'ombre à quatre pattes la poursuivaient dans un son de vent aigu, ses deux yeux rouges brillants dans la nuit sans jamais ciller.
— Au secours ! criait-elle en anhélant, espérant qu'un miracle intercepte une bribe de son appel désespéré. Au secours !
Espérant éloigner la créature qui craignait la lumière, elle attrapa sa baguette et pivota sans cessa sa course :
— Lumos !
BAM ! Une petite explosion fut projetée de sa baguette. Le monstre s'évapora quelques secondes dans un sinistre crissement avant de reprendre forme après que le flash flamboyant se soit dissipé, continuant sa traque.
— Lumos ! Lumos !
Ce sort raté lui permettait de prendre un peu d'avance, sans pouvoir néanmoins parvenir à lui échapper.
Elle n'anticipa pas cependant la pente raide vers laquelle elle se précipitait. Et la remarquant au dernier moment, elle stoppa net sa course dans un hoquet de stupeur en tournoyant des bras. Jusqu'à ce que son corps, happé par la gravité, ne bascule en avant.
Kate roula longtemps dans la terre, coincée dans sa cape et ses mains malmenées tentant de ralentir sa chute. Lorsqu'elle s'immobilisa en bas, elle cracha longtemps dans ses sanglots, de dépêtrant de sa cape et cherchant à tâtons sa baguette magique tombée dans la poussière et les feuilles mortes. Au sommet de la butte, le gytrash guignant sa proie d'un air triomphant. Et ses grands yeux rouges pétrifièrent Kate, qui sentait la palpitation de son cœur sur ses lèvres. La bête se rua alors vers elle, dévalant la pente d'une vitesse vertigineuse, ses crocs dégainés.
« Quelqu'un... à l'aide... Papa... Au secours ! »
Et alors qu'elle croyait sa fin proche, recroquevillée sur elle-même, son visage entre ses bras, elle perçut une grande masse bondir au-dessus d'elle et s'interposer. Le gytrash ralentit dans un sifflement mécontent, soulevant la poussière autour de lui. Surprise de ce répit, Kate dégagea ses mains et aperçut la grande silhouette massive qui se tenait dos à elle.
Le centaure racla la terre à plusieurs reprises de ses sabots, penchant son buste en direction du gytrash qui avait adopté une posture de défense, rétracté sur ses pattes fantomatiques et les crocs affichés. Réanimée d'un courage d'espoir, Kate se retrancha vers un arbre d'envergure proche en rampant sur les fesses, le regard fixé sur une scène que nul autre être humain aurait pu être en mesure de voir une fois dans sa vie...
Dans une pose provocatrice et dominatrice, le centaure chargeait par accoues face au gytrash, seul contre cette force de la nature. Ce dernier fut contraint de reculer. Ses yeux écarlates semblaient ne jamais quitter du regard sa petite proie, qui avait été si alléchante et qu'il devait désormais abandonner. Le monstre coula en une nappe noire et fuligineuse qui s'insinua entre les pierres pour regagner les profondeurs sylvestres dans une stridence mécontente. Le silence regagna son emprise sur la petite clairière. La nuit sembla tout à coup plus calme.
Le souffle bruyant de Kate lui tapait aux oreilles, alors qu'elle ne détachait le regard du grand centaure gris qui se retourna vers elle. Son visage arrondi était encadré d'une chevelure et d'un collier de barbe blonde, que la nuit rendait brune chatoyante. Son regard conciliant se posa sur la jeune sorcière, à la fois fascinée et terrifiée.
— Tu n'as rien à craindre de moi, petite humaine... murmura-t-il d'une voix trahissant sa jeunesse et sa peur de la maladresse face à Kate.
S'approchant lentement d'elle comme on s'avancerait vers un animal non apprivoisé, il délia son bras aux muscles noués et lui tendit la main pour l'inviter à se relever. Main que Kate observa un temps avant de s'en saisir avec fébrilité.
— Qui... qui êtes-vous ? Pourquoi... pourquoi vous m'avez sauvé ?
Assidue dans l'apprentissage de ses cours, la fillette connaissait quelques éléments à propos des centaures, entre autres l'aversion que ces derniers éprouvaient à l'égard des humains. Que l'un d'entre eux soit éloigné de son troupeau et vienne au secours d'une enfant paraissait être une situation particulièrement improbable...
— Les étoiles m'ont indiqué que je te trouverai ici...
— Les... étoiles ?
— Je dois te ramener à l'orée de la forêt avant que les miens ne se questionne de mon absence... Ne perdons pas de temps, nous devons faire vite.
Le jeune centaure semblait si pressé. Mais si respectueux. Il abaissa sa croupe et, après une courte hésitation, Kate grimpa sur son dos, tentant de s'équilibrer de son possible. Elle chevauchait un centaure. Elle peinait encore à y croire.
— Qui êtes-vous ? Et comment les étoiles vous ont dit que j'étais là ? lui demanda-t-elle, intriguée, penchée sur le dos du centaure gris qui avait entamé un vif galop à travers les bois.
— Je m'appelle Drane, lui répondit-il de manière sommaire. Les étoiles, les planètes, nous disent tout si l'on reste attentif à leur voix. Elles sont des guides spirituels sur le chemin de notre vie et de celle des autres.
— Et donc... elles vous ont dit que j'étais en danger ?
— Elles m'ont murmuré que, ce soir, tu serais dans la forêt interdite O'Maëva. Je ne savais pas que tu aurais fait face à un gytrash...
Kate se raidit sur sa croupe, juste avant que le centaure ne saute par-dessus un tronc affaissé, l'obligeant à se courber de nouveau, cramponnée à lui.
— C-comment m'avez-vous appelée ? O'Maëva ?
— En est-il autrement, petite humaine ?
— J-je suis Kate. Katelyna Whisper ! Je ne m'appelle pas Maëva !
— O'Maëva, rectifia Drane dans un ricanement. C'est le nom que les étoiles t'ont attribué quand tu es née.
— Les étoiles parlent de moi ?
— Depuis ta naissance, petite humaine. Les étoiles veillent sur toi, sur nous tous. Elles connaissent le parcours de chaque être vivant mieux que lui-même. J'ai vu les astres luire d'une lumière neuve le jour de ta venue au monde. Oui, O'Maëva. Vous n'êtes pas comme vos semblables. Les étoiles elles-mêmes en témoignent.
Se pouvait-il que ce centaure en sache plus sur sa situation que quiconque dans ce monde ? Kate devait en avoir le cœur net :
— Comment cela ? Que je ne suis pas comme mes semblables ?
— Les humains sont arrogants. Certains maîtrisent la magie sans en connaître le sens profond. Les fondations des pouvoirs que la nature leur a conféré. Tout en eux n'est que mépris, concurrence et relativité. Ils demeurent dans la sempiternelle comparaison de leur force, comme si chaque être devait se placer en état de domination ou de soumission vis-à-vis de leurs congénères. C'est ce qu'en disent les miens... Peut-être m'appuieras-tu ?
— Oui, peut-être, bredouilla Kate, désarçonnée. Mais je ne comprends toujours pas... Je suis une humaine comme les autres...
— Le penses-tu vraiment, O'Maëva ?
Chaque être humain était en soi unique. Mais il n'était pas niable que Kate ne soit qu'une banale sorcière... Elle avait ouvert une maison dans l'école de sorcellerie, pour la première fois depuis sa création. Elle s'était découvert un don incontrôlable, qui échappait à l'explication de tous ses professeurs, même les plus experts.
— Tu puises ta magie à travers la pureté même de cette dernière. Dans ses fondements. Dans l'essence suprême, la source de la magie et de la vie... Ce que vous, humains, nommez l'Immatériel...
L'Immatériel. Kate avait déjà entendu ce mot dans la bouche de Wolffhart le jour où elle lui avait montré qu'elle était capable de produire un papillon évanescent avec ses doigts.
— Pourquoi moi ? Pourquoi en suis-je capable alors que... je ne suis personne ! Je n'ai rien fait de spécial... !
— Tu devras le découvrir toi-même, O'Maëva !
— Je ne comprends plus rien ! Pourquoi ne m'expliquez-vous pas tout ?! Alors que vous savez tout, si les étoiles vous l'ont dit !
— Je... je ne suis pas censé être là, avec toi, en cet instant précis ! Je transgresse déjà suffisamment les règles !
Elle entendit le jeune centaure soupirer, secouant sa tête blonde tout en poursuivant son trot.
— Les astres nous parlent du passé, du présent, de l'avenir. Leur voix est intemporelle. Nous, les centaures, avons comme credo de laisser les choses s'accomplir par elles-même. Nous n'avons pas à interférer. Nous savions, il y a des années, qu'Harry Potter serait le salut de notre monde. Certains des miens l'ont sauvé à plusieurs reprises, mais nous ne nous sommes pas battu à ses côtés tout le temps, seulement quand on nous disait de le faire... Mon troupeau se tient à l'écart de toi. Tous te connaissent, O'Maëva. Et savent quel rôle tu joueras à l'avenir. Mais nous ne sommes pas disposés à t'en dire davantage. Toi seule est maîtresse de ta destinée et devras découvrir de quoi il en retourne...
— Mais pourquoi m'avez-vous sauvé alors... que vous ne saviez pas que j'étais en danger ? poursuivait Kate, embourbée dans ses pensées.
— Je suis ton chemin depuis ma tendre enfance. J'ai vu ta trace naître et s'inscrire au creux des étoiles, il y a douze ans. Je sais ce que tu accompliras et qui tu es réellement. J'ai succombé à la tentation en venant à ta rencontre, car je savais que tu te trouverais là, ce soir-là. Je n'aurais pas dû... ! Nous ne devons pas interférer, sauf quand les astres nous disent le contraire !
La voix de Drane déraillait et Kate sentait que le jeune centaure culpabilisait, craintif à l'idée des conséquences de son acte. Un léger sourire s'étira sur son visage alors qu'elle continuait de se cramponner à lui.
— Bane m'en voudra...
— Sans vous, je serai peut-être morte... !
— Vous êtes toujours à relativiser, vous, les humains ! Nasilla Drane, mal à l'aise, ne parvenant à s'avouer que la fillette avait raison.
Aussitôt eut-il terminé sa phrase que la silhouette du château, ponctué de nitescences intérieures, apparut petit à petit derrière les arbres.
— Poudlard ! Nous y sommes ! s'exclama Kate à voix basse, soulagée.
Le centaure déchargea la fillette, un regard d'une constante inquiétude braqué sur les abysses de la forêt.
— Vous partez déjà ? s'étonna-t-elle alors que Drane s'éloignait.
— Il le faut, déclara-t-il, la voix hachée par des trémolos. Tout contact avec toi, avec les autres êtres humains, était proscrit.
— Nous nous reverrons ? Un jour ?
— J'en doute fort, petite humaine, sourit-il maladroitement en hochant sa tête blonde. J'ai franchi déjà trop de limites... Oublie-moi et vis ta vie de sorcière, loin de cette forêt, loin des créatures maléfiques et de mon troupeau. Tout sera mieux ainsi... Au revoir, O'Maëva. C'était un honneur de te rencontrer...
Sur ces mots, il reprit son galop, avalé par les ténèbres des sylves alors que Kate lui lança de dernières paroles :
— Merci Drane !
Elle avala ses mots en un dernier murmure :
— Merci...
C'est ainsi qu'elle demeura un temps immobile, face aux bois regorgeant de chuchotis occultes. Son cœur battait encore les émotions qui s'étaient succédées en elle. La panique, la terreur, le désespoir, la fascination. L'interrogation résonnait encore trop dans sa tête. Elle qui doutait chaque jour de plus en plus de ce qu'elle était, voilà maintenant qu'on la dépossédait même de son prénom, sa propriété la plus intime !
Et alors qu'elle continuait de méditer sans reprendre la route vers le château, un bruissement vint se glisser derrière elle. Et une pointe dure s'intercala entre deux de ses vertèbres. L'embout d'une baguette magique...
— Tu n'étais pas censée sortir de cette forêt.. !
Comment ça je suis vilaine ? Mais noooon. Courage ! La suite, tout bientôt ! 3
