Désolé pour le temps, je n'ai aucune excuse !

En espérant que le chapitre vous plaira ^^"


Chapitre 8

Après mon coup de fil à Clément, je revins vers la scène de crime. La conversation avait été rapide, il m'avait suffi de prononcer les trois mots suivant « à l'aide » et de lui donnait l'adresse, Clément qui me connaissait mieux que personne, savait que j'étais bien trop fière et têtue pour admettre que j'avais besoin d'aide, généralement c'est lui qui m'impose de l'aide si j'en ai besoin, ce qui n'est pas souvent le cas. La seule chose qui me rassurée c'était qu'il serait bientôt là...

J'avais conscience qu'ils me regardaient tous, même les deux vampires qui n'avaient pu entendre ce que j'avais dit tant j'avais parlé bas. Il était anormal que je fasses ça, m'éloigner sans même jeter un coup d'œil au corps ou à la scène de crime. Je me dirigeais vers le corps de Christophe Dupas qui gisait en plusieurs morceaux, sans pour autant le regarder et je m'asseyais à côté, sans me soucier du sang qui tachait ma robe et mes bottes. De toute façon, je pouvais toujours retourner faire les boutiques un autre jour... Après un soupir, je décidais de regarder autour de moi, c'était assez anormal, jusqu'à présent la créature avait toujours attaqué des êtres humains à l'intérieur des maisons, alors pourquoi le corps de Christophe Dupas était à l'extérieur et que faisait-il ici ? Au vu de la surprise de Damien lorsqu'il avait posé la question, son père ne devait pas être dans le coin...

C'était bien la première fois que quelque chose que j'avais traqué m'échapper, surtout qu'il n'y avait pas d'odeur de sang dans celle de la chose, pourtant, il revenait clairement de sa partie de chasse. Pas d'odeur de sang... Je levais les yeux au ciel, sans faire attention au faite que Dom et les autres membres de la brigade m'observaient étrangement. Comment pouvait-il ne pas y avoir d'odeur de sang alors qu'elle avait tuée ? Je n'en avais pas la moindre idée et ça commençait à me taper sur les nerfs : il y avait beaucoup de chose que je ne savais pas ces derniers temps. Un peu trop à mon goût !

- Qu'est-ce que c'était ?

Je tournais la tête pour poser mon regard sur Éric, lequel avait les yeux posés sur moi. Je le questionnait silencieusement en levant un sourcil, alors que je savais parfaitement de quoi il parlait... Il précisa donc.

-Cette odeur, tu étais sur sa piste tout-à-l'heure, tu n'as pas répondu à ma question lorsque tu la traquée, qu'est-ce qui a cette odeur ?

Brent était perdu, Dom se contentait d'écouter attentivement la conversation, il n'était pas stupide et avait clairement compris que ce n'était pas des humains. Savoir s'il les avaient déjà classé en tant que vampire, c'était autre chose, lui avait l'odorat d'un simple humain et ne pouvait donc pas le savoir aussi facilement, surtout alors qu'il faisait nuit... Comme je ne répondais pas, il enchaina :

- J'estime que nous avons le droit de savoir, surtout Damien, puisque ce truc a tué son père.

- Il aurait fini par le voir mourir, de toute façon... Ça s'est passé juste un peu plus tôt que prévue. C'est cette voie qu'il a choisit de prendre en devenant vampire ! Vivre en voyant les autres, proches compris, mourir les uns après les autres.

Brent se tourna vers moi d'un air scandalisé, mes paroles étaient injustement dures, c'était vrai. Damien se contentait de me regarder avec plus d'attention, semblant peser le poids des mots que je venais de prononcer tandis que Éric se dirigeait vers moi avec l'envie visible de me faire regretter ce que j'avais dit, son « tu es donc à ce point insensible à la douleur des autres ou c'est juste parce que c'est un vampire ? » lâché sèchement résonna dans le silence.

Clément stoppa net Éric.

- Un pas de plus vers Zara et je tire !

Il n'était pas du genre à plaisanter. Je me tournais vers lui sans pour autant me lever, il me jeta un coup d'œil comme pour s'assurer que je n'avais rien puis se re-concentra sur le vampire. Il le jaugea du regard alors que Damien ne comprenait clairement pas ce qu'il se passait. Après un rapide nouveau regard vers moi il baissa son derringer. Si je restais en compagnie de vampire, arme toujours rangée, c'est que la situation n'était pas dangereuse. Enfin, pas suffisamment pour que j'ai mon flingue à la main, bien en vue d'éventuels opposants.

Éric était resté immobile tout le temps que Clément avait eu son arme à la main et même alors qu'il l'avait rangé il restait tendue. Normal. Clément a une meilleure réputation que moi dans le sens ou il est le meilleur chasseur de notre agence, je suis juste derrière lui malgré mon jeune âge. En compagnie de deux hunters de notre niveau, il valait mieux rester sur ses gardes, c'était compréhensible. Dom me regarda, s'il avait l'habitude de travailler en collaboration avec moi, il avait déjà vu Clément suffisamment pour savoir qui il était. Et le fait que je l'avais appelé n'était pas passé inaperçu pour lui.

Toute l'attention de Clément était tournée vers moi, j'évitais de croiser son regard, me trouvant suffisamment pitoyable assisse dans le sang à côté d'un des clients que j'avais du purifier pour ne pas en rajouter. Son regard ne me quittait pas et je savais qu'il essayait de lire mes pensées. Ma tête était fermée à toute intrusion, même la sienne. Après une grande inspiration je décidais de dire quelque chose d'intelligent, je me tournais donc vers lui et me figeais, mes yeux se durcissant brusquement. Je détournais la tête et repartais dans un silence boudeur. Alexandre. Pourquoi le maitre vampire de Marseille était avec Clément ?

Ce dernier poussa un soupir, comprenant qu'avec la présence du maitre de la ville j'allais être pénible.

- J'avais rendez-vous avec lui. C'est pour ça qu'il est là, Zara.

Je haussais les épaules. Et ? Qu'est-ce que ça me faisais ? Dans tous les cas, il était là et il allait falloir que je fasse avec... Je n'avais même pas besoin de me retourner vers Alexandre pour savoir qu'il était amusé par la situation. Il devait vraiment trouvé ça drôle de me voir dans cet état. Mes jambes étaient maculées de sang, je relevais le bas de ma robe légèrement et dégainée mes deux brownings. J'en rangeais un dans mon sac et regardais fixement le second, cherchant à effacer la présence du maitre de la ville, peut-être qu'en me concentrant suffisamment il disparaitrait et tout ça ne serait qu'un mauvais rêve, un simple cauchemars.

C'était peine perdue, il était toujours là... J'avais conscience de réagir comme une gamine capricieuse mais j'en avais eu assez pour ce soir, j'avais demandé de l'aide, si en plus je devais me taper le maitre de la ville, sans mauvais jeu de mot, c'était inutile.

Clément s'approcha de moi, il fronçait les sourcils, mais cette fois, il pouvait bien se mettre en colère que ça m'étais égal ! Il ne pouvait pas me demander de faire comme s'il n'était pas là, je n'avais déjà pas pu le faire dans le restaurant alors que j'avais de quoi penser à autre chose, alors c'était clairement impossible ici. Je tournais la tête vers les voitures de police et découvrait que Jean était également présent et semblait perplexe. Clément suivit mon regard et sourit.

- Tu vas avoir le temps de t'habituer aux fréquents changement d'humeur de Zara.

'S'il ne meurt pas avant' voulus-je rajouter mais ça aurait fait beaucoup dans ce genre de remarque insensible. Mon humeur n'allait vraiment pas en s'améliorant, elle se dégradait même de plus en plus... Damien qui drague ma sœur au restaurant, une traque inutile faute de proie, un appel à l'aide, un maitre de la ville... ça faisait beaucoup, beaucoup trop en un soir. Je me contentais donc de lever les yeux au ciel et de retourner à la contemplation de mon arme, c'était vraiment passionnant... Clément soupira à nouveau en ne me voyant pas réagir.

- Tu soupires beaucoup ce soir...

Il me regarda mais je ne levais pas les yeux vers lui, alors il s'accroupit à ma hauteur, allant lui-même jusqu'à s'assoir dans le sang du père de Damien, il lui jeta un coup d'œil et il fronça les sourcils. Il me regarda un bref instant avant d'appeler Jean, lui disant d'approcher. Cette fois-ci ce fut moi qui soupira. Il aurait pu me poser la question plutôt que d'amener un débutant autant en purification qu'en chasse jusqu'à une scène de crime, plus précisément devant un cadavre mis en pièce par une créature inconnue jusqu'à aujourd'hui. S'il vomissait, je n'étais pas responsable !

Jean obéit, il était peut-être nouveau mais il avait vite compris qu'il ne fallait pas mettre Clément en colère. Dès qu'il vit le corps, il blêmit violemment, recula d'un pas et détourna le regard, la respiration saccadée à la limite de l'hyperventilation. Il ne l'avait pas reconnu, pas encore, mais dès qu'il saurait qu'il avait connu cet homme, pire qu'il lui avait parlé la veille, comment réagirait-il ? Sans doute pas très bien. Mais ce serait compréhensible.

Damien regardait la scène sans bouger, depuis ce que j'avais dit à propos des vampires il semblait réfléchir, beaucoup. La seconde suivante, son regard se posait sur moi, il me scruta un long moment puis leva les yeux vers le ciel.

- Est-ce que c'est...

Je le coupais, pas besoin de tenter le sort, je répondais avant que Clément ne pose la question jusqu'au bout.

- Oui, c'est lui.

Il se tourna donc vers moi, me questionnant du regard, et je me contentais de soupirer.

- Qu'est-ce qu'il y a, Zara ?

Il ne prenait ce ton doux avec moi que lorsqu'il était inquiet. Je détournais le regard un instant puis, avec lenteur, le laissais voir ce qu'il s'était passé depuis le début de la soirée. Il sembla amusé par la partie restaurant, pour redevenir brusquement sérieux lorsque j'avais senti l'odeur de la chose. Il m'avait un jour avoué que mes souvenirs avaient quelque chose de fascinant. Je me souviens l'avoir regardée d'un air tellement sceptique qu'il s'était expliqué « si, je t'assures, c'est comme si tu avais une autre façon de voir les choses à cause de tes sens plus développés que ceux d'un être humain ou d'un hunter. Tu es moins focalisée sur ce que tu vois que sur ce que tu sens, ce que tu entends, etc... Un souvenir humain reste axé sur la vue, car le souvenir d'une odeur ou d'un son est moins important et donc moins présent et moins perceptible. » J'en avais conclu que j'étais anormal, ce qui l'avait fait sourire. Aujourd'hui, je savais ce qu'il voulait dire, c'était être dans ma tête et vivre le souvenir à ma manière, comme se laisser submerger par ma perception des choses, mes sens.

A la fin du souvenir, il savait pourquoi je l'avais appelée. Il était mon mentor, celui qui m'avait tout appris, c'était celui qui devait prendre les décisions lorsque quelque chose dans ce genre se passer, comme une référence. Il ferma un instant les yeux puis hocha la tête, acquiesçant à ma demande muette. Je n'aurais pas eue la force de re-prononcer ces mots. Pas ce soir.

Il m'envoya me changer. Dans le coffre de sa voiture, il y avait toujours une tenue de rechange pour moi. Une mauvaise habitude prise il y a longtemps. Mais pour une fois bienvenue, je n'étais pas dans une tenue adéquate pour une scène de crime. Sans discuter, comme une gentille petite fille, je me dirigeais vers la voiture, embarquant Jean au passage en lui disant de prendre une grande inspiration pour se calmer. Il m'obéit sans discuter tout en me laissant le tirer vers les voitures de police, hors du périmètre de sécurité. Même de là, je pouvais les entendre. Je réquisitionnais l'agent Brad pour surveiller avec Jean pendant que je me changeais.

Concentrée sur la conversation qui s'était engagée entre les hommes près du corps de Christophe Dupas, j'entendis Éric dire que je n'étais qu'une gamine insensible et Clément rigoler en réponse. Je me tendis lorsqu'il parla.

- Non, ça n'est pas le cas. Elle est habitué à ça. Tu es peut-être plus âgé qu'elle mais elle a sans doute vu beaucoup plus de chose horrible que tu ne le penses. Et puis, elle a une excuse pour être exécrable ce soir. Après tout, elle a du diner avec deux vampires alors qu'elle était en congé.

Ouf, il n'avait, au final, pas dit grand chose sur moi, rien de trop personnel. Je finis rapidement de me changer, gardant une oreille à leur conversation, pas décidée le moins du monde à être tenue à l'écart. Je me dirigeais à nouveau vers le corps, passant le cordon de bande jaune qui devait empêcher les personnes trop curieuse de s'approcher. Autant dire qu'il n'y avait personne à cette heure. Le meurtre avait à nouveau était fait en silence. Sans doute un cadeau du complice vampire... La conversation se stoppa à mon arrivée. Jean mit les pieds dans le plat.

- Vous parliez de quoi ?

Parfois, je me demandais comment on pouvait faire ce genre de gaffe. Tous les regards se tournèrent vers moi l'espace d'un instant avant de se détourner, répondant implicitement à la question. Il me regarda à son tour, me questionnant du regard et je haussais les épaules. Clément sourit, et me lança un clin d'œil puis reprit un visage sérieux. Nous allions entrer dans le vif du sujet.

- Parle moi de cette créature.

C'était un ordre. Je détestais les gens autoritaire, ou plutôt ceux qui donnaient sans arrêt des ordres. Pour que j'obéisse il fallait avoir mon respect, que j'obéisse sans discuter n'était même pas envisageable. Mais j'avais appris au côtés de Clément à me plier aux ordres, c'était le meilleur moyen de ne pas le mettre en colère. Je le regardais malgré tout un long moment sans répondre puis je plissais les yeux. C'était moi qui lui avait demandé de l'aide, me mettant ainsi en position d'infériorité face à lui, en plus, c'était mon patron. Je répondis donc à la question après quelques minutes de silence, soupirant néanmoins, ce qui le fit sourire, sachant qu'il avait gagné.

- Comme je te l'ai déjà dit hier, c'est une créature inconnue, sans doute inexistante jusqu'à il y a peu de temps ou qui se cachait très bien mais qui a très faim en tout cas pour enchainer les massacres. Je ne l'ai jamais ne serait-ce qu'aperçue. Du côté des victimes, c'est le calme plat. En d'autres termes, je ne sais rien sur elle, je n'ai rien sur elle, je suis complétement perdue. D'où ta présence ici.

C'était dit, la Traqueuse ne pouvait pas traquer. Sur cette affaire, je n'avais rien du tout, je n'avais que l'odeur, et ça n'était rien comparé à ce que j'avais habituellement. Pour le moment, j'étais complétement inutile et je détestais ça. Le silence qui suivit ma tirade était pesant et significatif. Je regardais ailleurs. Levant mon regard vers le ciel, je cherchai l'espace de quelque seconde une réponse dans le ciel étoilé mais rien ne vint, alors je me contentai d'attendre de ne plus être le centre d'intérêt.

- A ce point ?

Clément semblait plus que surpris et je me doutais que mis à part lui, personne n'avait rien compris à mon histoire de victime et de calme plat. Je hochais la tête et répondis :

- Oui, à ce point, il fallait au moins ça pour que je demande de l'aide, non ? Je ne sais rien de plus que ce que saurait n'importe quel autre hunter !

- Ça, ça n'est pas vrai, tu as son odeur, donc tu peux le traquer.

- La belle affaire, il suffit qu'il se mette à pleuvoir ou que comme tout-à-l'heure il passe par un point d'eau pour que je le perde. J'étais sur sa piste, je l'aurais trouvée s'il n'y avait pas eu ce putain d'étang !

Il se tus, conscient que j'avais raison. Oui, s'il n'y avait pas eu cet étang, je l'aurais trouvée, je l'aurais sans doute déjà tuée et Christophe Dupas aurait été sa dernière victime, et Damien, vampire ou pas, ainsi que les enfants de la famille du second massacre n'auraient pas eu à s'inquiéter, ils auraient été vengé ! Mais la chose était passé par ce point d'eau et je l'avais perdue...

Avec un soupir, je me tournais enfin vers le corps du père de Damien. Je le fixai une seconde avant de tourner les yeux vers le fils. Éric était à ses côtés les yeux tournés vers Alexandre, qui était resté silencieux et calme jusqu'à présent. Damien me regardait fixement, ses yeux ne semblant pas vouloir me quitter plus de quelque secondes. J'effleurais son esprit et compris : il se concentrait sur moi pour ne pas penser au cadavre de son père. Comme c'était compréhensif. J'entrais un peu plus loin dans son esprit lorsque Éric se plaça devant moi, me fusillant du regard. Il savait ce que je faisais et ça ne lui plaisait clairement pas. Damien le regarda surpris et les autres se tournèrent vers nous. Clément se contenta de faire glisser son regard de moi au fils de Christophe Dupas en passant par le vampire plus âgé, puis il haussa les épaules et regarda à nouveau le corps.

Je reportais mon regard sur Damien et entrais plus loin, sans me soucier le moins du monde que l'autre vampire bouillait sur place avec l'envie de faire quelque chose. Le plus jeune vampire posa une main sur l'épaule de Éric et lui murmura de se calmer et de le laisser faire. Le vampire brun eut l'air surpris, aucun vampire en temps normal ne m'aurait laissé pénétrer son esprit, surtout pas moi, la Traqueuse. C'était comme me donner l'avantage, prendre un handicap. Si un jour je devais le tuer, il n'aurait aucune chance de m'échapper, pas après un tour dans son inconscient.

Le bleu m'observait, se demandant sans doute ce que je faisais. Je voyais énormément de chose, plus que ce que je voulais voir à l'origine. Damien poussait intentionnellement ses souvenirs vers moi, m'invitant à entrer plus profondément en lui. Mu par un espèce d'instinct normalement enfoui en moi, caché et maitrisé, je me rapprochais de ce vampire inconscient qui s'ouvrait délibérément. Je me laissais guidée et enregistrais les informations au fur et à mesure qu'elles se présentaient, me fondant en Damien jusqu'à devenir lui, une part de lui.

Clément se tourna brusquement vers moi, ses yeux écarquillés. Son premier réflexe fut de m'éloigner du jeune vampire, tandis que Alexandre et Éric semblaient proprement choqués. Ce vampire qui n'était encore qu'un enfant, même en étant plus âgé que moi, ne savait pas ce qu'il faisait. Et il m'entraînait avec lui.

Incapable de m'échapper de cet esprit, hypnotisée par tous ces souvenirs qu'il dirigeait vers moi, je me laissais complétement faire par Clément. Un claquement sec retentit alors qu'une brusque douleur et impression de brulure se faisait sentir. Il venait de me gifler ! Ça eu au moins le mérite de me ramener dans mon propre corps. Je posais une main sur ma joue en regardant mon mentor.

- Là, c'était nécessaire mais gifle moi encore une fois et je te botte les fesses !

Ma menace, sérieuse au demeurant, se perdit dans son rire. Je me renfrognais et décidais de me concentrer sur le corps de Christophe Dupas.

Je m'avançais donc vers le cadavre et agenouillais à ses côtés. Pauvre homme, alors que je l'avais purifié la veille...

- Le plus étrange c'est que ce meurtre est différent des autres...

- Comment ça ? me demanda Clément

- Jusqu'à présent, ça se passait à l'intérieur et il y avait plusieurs corps, des attaques de famille. Là, c'est un homme seul et il était à l'extérieur.

- N'est-ce pas plus simple d'attaquer quelqu'un lorsqu'il est seul et à l'extérieur ? demanda Brent.

- Si, mais les créatures surnaturelles ne pensent pas de cette manière. Dehors est synonyme d'exposition. Exposer le surnaturel, même s'il est déjà reconnu c'est la meilleure façon d'avoir un hunter sur le dos. La plupart des mandats d'exécution délivrés sont pour cette raison, même s'il y en a beaucoup d'autres pour des meurtres et des massacres.

- Exact, continua Clément, s'ils ont le choix ou un peu d'intelligence, ils attaqueront dans un endroit clos et fermé.

Il se posta de l'autre côté du corps et nous enfilâmes tous les deux une paire de gant. J'entendis une brusque inspiration et sans me retourner je dis à Damien d'éviter de regarder s'il ne pensait pas capable de le supporter. Il acquiesça et je sursautais. J'étais dos à lui mais j'avais parfaitement conscience de ses moindres faits et gestes. Clément me fit un sourire rassurant et pencha la tête légèrement sur le côté, me disant implicitement qu'il m'expliquerait plus tard. Je me re-concentrais sur le corps.

- Jusqu'à présent, tous les organes ont été prélevés. J'imagine que cette créature, quoi qu'elle soit les mange.

Mon mentor hocha la tête, acceptant que je commande les opérations, malgré ce que j'avais dit, j'étais sur ce cas depuis le début et, par conséquent, j'en savais plus que lui. Au fur et à mesure que nous avancions dans les observations, je commentais.

- Plus d'organes également... C'est fait plus proprement que les autres fois... moins de morceaux éjectés de tous les côtés...

J'entendis un bruit de course précipité, et peu de temps après le bruit écœurant de quelque chose qu'on recrache suivit par une odeur âcre et amer. Quelqu'un était parti vomir. Sans y prêter plus d'attention je repartis dans mon 'travail'.

- Le sang n'a pas giclé, pas de traces d'éclaboussures... Ça a été rapide, il est mort vite, sans trop de souffrance...

- Les organes ont été retirés après la mort, annonça Clément en me désignant quelque chose.

J'acquiesçais avant de remarquer quelque chose qui jusque là m'avait échappée.

- Il lui manque un bras !

Et en effet, le bras gauche de Christophe Dupas n'était pas là. Nous le cherchâmes un moment, sans succès. Le membre avait disparu, sans doute emporté par la créature, ou mangé.

- C'est la première fois qu'il manque autre chose que les organes.

Je me tournais vers Dom pour avoir confirmation, je n'étais pas médecin légiste et ne m'étais pas non plus amusé à recomposer les corps des victimes. Il confirma.

Après quelques instants supplémentaires à regarder la scène de crime, Clément me fit signe que nous partions. J'étais retournée m'agenouiller près du cadavre et me relevais donc pour partir. Ils m'attendaient près du cordon de sécurité, je me détournais donc du père de Damien et me dirigeais vers eux. A peine avais-je fais un pas que quelque chose m'agrippa la cheville droite. Je sursautais et me retournais puis baissais les yeux vers le cadavre pour me figer l'instant d'après.

Christophe Dupas, le corps légèrement relevé vers moi me retenais avec son bras restant, ses doigts serrant ma cheville comme les serres d'un oiseau tenant sa proie. Les yeux ouverts, il me fixait du regard vide qu'on tous les morts qui le sont vraiment et le resterons jusqu'à ce que quelqu'un les relève.

- Aide moi !

Le mot résonna à mes oreilles, couvrant l'appel de Jean. Les souvenirs de Christophe Dupas s'engouffrèrent en moi et l'espace d'un instant infini, je devins lui et je vis.