Londres, 5 septembre 1666, 1h15

Ils avaient avancé en silence, au cœur de cette fournaise. Matty avait agrippé la main de Jenny, il ne voulait pas qu'elle se perde, il ne voulait la perdre. Ils y voyaient presque comme en plein jour, mais la chaleur leur brouillait la vue. Mais pour tout dire, il n'y avait pas grand-chose à voir. Il y avait eu des gens, peu avant, essayant de sauver ce qu'ils pouvaient de ce que leur habitation renfermait de souvenirs. Ils avaient dû admettre l'impossibilité et renoncer, se mettre à l'abri, loin de ces flammes dansant dans le ciel gris de fumée.

Le feu brandissait par endroit des montagnes rouge et jaune. Des vitres explosaient, le bois craquait. Le sol était brûlant, au point de sentir leurs semelles se décoller. Pourtant, toute chose relative, leur avancée était plus simple qu'ils ne l'auraient imaginée. L'air nocif leur brûlait les yeux et le nez, mais aucun encombre ne leur bloquait la route et ils avançaient rapidement vers leur destination finale.

Jenny et Matty étaient seuls. Ils ne savaient s'ils devaient en être rassurés ou embarrassés. La seule présence était ce ronflement, ce crépitement incessant venu des flammes. Mais personne ne viendrait à leur aide s'il leur arrivait malheur. Et le danger les entourait. Mais bien qu'ils l'ignorent, personne ne serait venu, quoi qu'il ait pu se passer. Londres s'était transformée en un vaste terrain pour les adeptes du chacun pour soi. Sans oublier les regards suspects : L'incendie était-il volontaire ? Qui aurait pu l'allumer dans ce cas ? N'importe qui… Mon voisin peut être… ? Des rumeurs avaient filtrées… Il y avait eu plusieurs foyers. Impossible qu'ils aient pu être le fruit du hasard. La peur et la suspicion étaient devenues le moteur de cet incendie, et avaient embrasé les esprits bien plus rapidement que le feu lui-même. Finalement, ils étaient seuls et ce n'était pas vraiment plus mal.

Ils évitèrent la zone de la cathédrale. C'était l'effervescence dans ce quartier. Malgré les efforts acharnés, les échafaudages prévus pour la retaper après un précédent incendie s'étaient enflammés. Tous la pensaient inébranlable. Ils se trompaient. Le feu avait une fois de plus engendré le feu. Et l'enfer avait atteint cette représentante du paradis. Jenny eut un rictus désolé : « En une année comme 1666, le Diable ne pouvait que faire son office… » Pensa-t-elle.

Enfin, après un temps qui leur paru malgré tout bien plus long que celui qu'ils avaient mis pour revenir chez Maître Stuart (c'est toujours comme ça quand on est pressé) les jeunes gens se trouvèrent à hauteur de la maison.

Ils avaient la sensation d'avoir marché durant des heures. Pourtant, cela n'avait pas été aussi long. A peine plus d'une heure s'était écoulée. Mais une heure entourés de fumées toxiques et d'une chaleur éprouvante. L'enfer pouvait-il être pire ? Ils en doutaient réellement. Les aventures que Jenny avait vécues lui avaient prouvé plus d'une fois qu'un Paradis pouvait vite devenir l'Enfer. Mais quand l'Enfer était là dès l'arrivée... ?

« Whitechapel Road, nous y sommes » Dit simplement Matty.

Jenny le regarda, étonnée. Ils étaient dans le quartier-même où, des siècles plus tard, un homme égorgerait et éventrerait des femmes, restant dans l'Histoire comme étant l'un des pires meurtriers. Whitechapel, le quartier de Londres à aussi être appelé les Portes de l'Enfer depuis... Et bien depuis toujours...

Jenny focalisa à nouveau son esprit sur la maison. Le feu semblait l'avoir délaissée. Elle tenait encore debout par le plus grand des miracles. Et les maisons l'entourant n'étaient que brasier. C'était comme si le feu avait abandonné la maison, préférant se propager plutôt que de continuer à la consumer.

« Je dois entrer » Dit Jenny.

Matty la regarda, décontenancé.

« Entrer ? »

« Oui ! »

« Mais … Je croyais que vous aviez perdu quelque chose, ici, dehors, pas que vous deviez retourner dans ce… Cette… » S'écria-t-il.

« Je le dois Matty, et je vous remercie de m'avoir conduit jusqu'ici ! »

Le jeune homme lui sourit mais ne voulait pas la lâcher. Elle remarqua alors seulement qu'il lui tenait toujours la main.

« Ne m'attendez pas, retournez auprès du Maître ! Lui demanda-t-elle. Et ne vous en faites pas pour moi, ajouta-t-elle en lui souriant, je serais peut-être de retour avant vous ! »

Il regarda la jeune femme quitter ses doigts et s'engouffrer dans les décombres encore fumantes en se protégeant le visage.

Durant une seconde, qui lui sembla durer une éternité, il regarda la porte calcinée défoncée quelques heures plus tôt…

Baissant les yeux un instant, il souffla un coup, essayant de reprendre ses esprits. Que devait-il faire ?