Une semaine plus tard, elle se retrouva devant sa porte au petit matin. Elle s'obstina à frapper durant dix bonnes minutes avant qu'il ne se décide à lui répondre. Il ouvrit brusquement la porte, la bouche déjà ouverte pour chasser l'inopportun, mais lorsqu'il la vit, sa phrase mourut sur ses lèvres et il resta figé par la surprise pendant un moment. Profitant de sa stupeur, elle le poussa et entra dans la chambre. Il se retourna et s'appuya contre la porte, la fermant de ce geste. Il ne portait qu'un caleçon bleu et un tee-shirt gris. Ses cheveux étaient plus ébouriffés que jamais et il avait encore la marque de son oreiller sur la joue. Il avait l'air d'osciller entre fatigue et curiosité.
« J'ai besoin de ma coque ? », demanda-t-il finalement.
« Non », répondit-elle en haussant les épaules.
Il la jaugea un instant et elle lui sourit. Les deux sourcils de House se haussèrent subitement, ce n'était visiblement pas la réaction qu'il attendait. Le sourire de la jeune femme s'agrandit. Elle s'avança vers lui. Immédiatement, il posa ses mains sur son entrejambe pour se protéger. Elle l'ignora et se mit à un pas de lui, plongeant son regard dans le sien.
« Je ne t'en veux pas. »
Il plissa les yeux, pas convaincu.
« Tu avais raison, ce n'était pas la vie que je voulais. »
Elle fit une pause et le regarda de haut en bas.
« Maintenant, je sais ce que je veux. »
Elle posa une main sur son torse et tenta de ne pas rire de l'air totalement ahuri de Greg. Elle se mit sur la pointe des pieds et posa ses lèvres sur les siennes en un frôlement. Deux mains sur ses épaules la firent s'éloigner. Il secoua la tête, pointant un doigt vers elle.
« Ah ah ah , tu m'auras pas ! Beaucoup trop de filles m'ont haï avant toi pour que je me laisse encore avoir à ce petit jeu. »
« Quel petit jeu ? »
« Oh allez ! T'es un cliché, tu te souviens ? T'es loin d'être la première qui me séduit avant de me faire un sale coup. Désolée ma grande, mais faudra trouver mieux que ça ! », défia-t-il.
Elle fronça les sourcils espérant que sa contrariété passerait pour de l'incompréhension. Il la dépassa et se lança littéralement sur son lit. Il se lova dans sa couette et planta son nez dans son coussin.
« Je te laisse réfléchir à une vengeance plus originale, Morphée m'attend. »
Lisa resta plantée là, fulminante. Il avait fait capoter son plan si facilement qu'elle se sentait humiliée…et imbécile. Mais une chose était sûre, elle ne le laisserait pas s'en tirer aussi facilement….A vrai dire, elle ne le laisserait même pas gagner cette manche. Un sourire satisfait sur le visage, elle se dirigea vers le lit. Allongé sur le côté, il lui faisait dos. Elle vit là plein d'opportunités, mais jugea que comme bien trop souvent : il avait raison, ça serait bien trop cliché. Changer son shampooing par de la teinture, jeter sa moto dans le lac et l'humilier publiquement serait certainement jouissif, mais beaucoup trop simple. Il fallait qu'elle soit plus subtile pour l'atteindre réellement.
Elle attrapa l'éternel paquet de bonbons qui trainait sur sa table de nuit et l'enjamba pour aller s'asseoir contre le mur, ses jambes posées négligemment sur l'homme allongé. Il ouvrit un œil, intrigué, et elle haussa les épaules lâchant un simple « je réfléchis » avant de gober un bonbon. Il l'observa quelques instants, dubitatif. Finalement il remonta sa couette sur son épaule et ferma les yeux, mais elle savait qu'il ne dormirait pas. Tant qu'elle serait là, tant qu'il s'attendait à sa vengeance, il savait devoir être aux aguets à chaque instant. Cette pensée fit naître un sourire sur le visage de Lisa. Elle avait une idée.
Elle resta assise là une bonne heure à mettre sur pied son plan, n'oubliant pas de remuer ci-et-là le paquet de bonbons de la façon la plus bruyante possible ou de lâcher des soupirs qu'elle savait agaçants pour une personne essayant de dormir. Finalement, House finit par craquer, lui jetant un regard noir avant de rouler hors du lit et de s'enfermer à la salle de bain.
Quand il sortit, elle était toujours là, installée sur son lit à regarder la télévision en buvant SON coca et en grignotant SES chips. Bien sûr, il ne sut pas qu'elle avait vidé la moitié du coca dans l'évier et cacher une bonne partie des chips au fond de la poubelle. L'envahissement de territoire : oui, la cellulite : non merci.
Il pesta silencieusement et alla prendre un jogging dans le placard.
Le chips qu'elle s'apprêtait à manger s'arrêta à mi-chemin de sa bouche quand il sortit de la salle de bain, une simple serviette sur les hanches et quelques gouttes ruisselants encore sur son torse halée. Elle déglutit difficilement et but une gorgée de coca. Heureusement pour elle, il l'ignora totalement et repartit à la salle de bain, vêtements en main. Deux minutes plus tard, il ressortait vêtu d'un bas de jogging noir et d'un sweat gris à capuche. Ne prêtant pas attention à elle, il s'assit sur le lit et entreprit de lacer ses baskets. Il attrapa finalement un bonnet qu'il vissa sur sa tête et sortit sans un mot.
Elle grogna de frustration. Il venait encore une fois de lui prouver que son plan était minable. Ce n'était pas juste en squattant sa chambre quelques heures qu'elle le mènerait à bout. Non il fallait qu'elle fasse quelque chose de plus grand comme….
Deux heures plus tard, Gregory House afficha un sourire victorieux en rentrant de son jogging pour découvrir que sa chambre avait été désertée de tout intrus. Essoufflé par sa course, il alla jusqu'à son frigo, priant pour qu'il lui reste du coca. Et coca il y avait. Des dizaines de petites cannettes de coca light étaient soigneusement rangées dans la porte du frigo. Depuis quand avait-il du coca light ? Réfléchissant, il tourna la tête vers l'intérieur de son frigo et failli pousser un cri. Des légumes. Des légumes partout dans SON frigo ! Horrifié, il se tourna vers ses placards. Elle n'avait quand même pas…Il ferma un œil sous l'angoisse, la main sur la poignée du placard. Quand il l'ouvrit, il crut qu'il allait s'évanouir. Toutes ses confiseries avaient disparues, remplacées par des biscuits bios et divers fruits séchés. Il resta pétrifié.
Finalement, il finit par éclater d'un rire nerveux. Elle était bonne. Plus qu'il ne l'avait cru, mais il lui en faudrait beaucoup plus que ça pour l'impressionner.
A peine avait-il penser cela qu'il entendit la porte d'entrée s'ouvrir. Il se retourna et ce qu'il vit lui fit faire un pas en arrière sous le choc.
Non seulement elle avait la clé de SA chambre à la main, mais le pire était qu'une énorme valise pendait à sa deuxième main.
« Qu'est ce que… »
« Hum ? », demanda-t-elle distraitement.
« C'est quoi ça ? », cria-t-il en désignant sa valise.
« Mes affaires. Mon appartement se trouve être la possession de mon ex-fiancé. Etant donnée ta responsabilité dans tout ça, il semble logique que tu assume les conséquences de tes actes. T'inquiètes pas, je me suis déjà libérée une place dans ton placard », ajouta-t-elle avec un clin d'œil.
Il ouvrit la bouche pour parler, mais aucun mot ne sortit. Bien sûr, il pourrait dire non. Mot simple, clair et résumant parfaitement ses pensées. Mais en la voyant lui sourire triomphalement avant de poser sa valise sur son lit et de se mettre à la défaire, il comprit qu'un simple « non » ne le mènerait pas bien loin. Il l'avait définitivement sous-estimée.
C'est satisfaite qu'elle le regarda se précipiter à la salle de bain, se permettant même une petite danse de la victoire quand il claqua la porte.
Aussitôt était-il parti faire son jogging qu'elle avait couru au supermarché le plus proche, était revenue tout ranger, et était directement repartie faire sa valise, appelant Daniel au passage pour lui dire que l'appartement était tout à lui. Epuisée de tout ce qu'elle avait accomplie en deux heures, elle se laissa tomber sur le lit et ferma les yeux une seconde. Son regard glissa sur le plafond blanc avant de passer sur le décor qui l'entourait. Définitivement trop masculin, il faudra qu'elle s'occupe de ça. Les idées qui lui vinrent la firent sourire. A cet instant, transformer la vie de Gregory House en enfer lui paraissait plus que jouissif. Bien sûr, elle savait qu'il n'était pas homme à abdiquer si facilement. Il allait tenter de la faire partir par tous les moyens, la ridiculiser, l'insulter, ça n'allait certainement pas être une partie de plaisir, mais elle était motivée. Pas juste par le fait que si elle abandonnait, elle se retrouvait à la rue, non, mais par l'idée de faire de la vie de House un cauchemar. De devenir son pire cauchemar. C'était horrible à penser, mais d'une certaine façon elle appréciait cette idée. Dompter l'indomptable. C'était un défi qu'elle était prête à relever.
Elle entendit la douche se mettre en route et grimaça. Son majeur point faible dans cette « bataille » allait surement être son attirance pour lui. Car oui, attirée elle l'était. Définitivement. Et il ne le savait que trop bien. Il avait pu constater à quel point il était facile pour lui de la manipuler en jouant de ça. Il tenterait de recommencer, c'était certain, mais qu'il ne s'attende pas à ce qu'elle se laisse faire. Contrairement à lui, elle était consciente de ses propres points faibles et c'était là sa plus grande force.
Elle soupira et jeta un coup d'œil à sa montre. Elle avait un cours dans un peu moins d'une demie heure. Elle aurait voulu être là quand il sortirait de la salle de bain pour lui prouver qu'elle n'allait pas partir. Mais elle savait que cette cohabitation risquait de nuire à ses études et elle n'était pas décidée à laisser faire. Elle se releva et fourra son bloc note, un stylo et les doubles des clés qu'elle avait faits dans son sac. Elle jeta un regard incertain vers sa valise à moitié défaite. Ses vêtements étaient, pour la plupart bon marché et elle ne les affectionnait pas particulièrement, mais l'éventualité de les retrouver lacérés, décolorés ou dieu sait de quelle manière abimés la fit hésiter. Finalement, elle secoua la tête et sortit, s'intimant de ne pas y penser. C'était lui qui devait être inquiet. Pas elle.
Il fut surpris de retrouver la chambre vide en sortant de la salle de bain. Il avait déjà préparé une série d'arguments censés la faire fuir en courant. Mais visiblement, elle ne l'avait pas attendu. Il remarqua la valise sur le lit et s'avança en se frottant les cheveux avec une serviette. Il avait bien vu à quel point son corps dénudé l'avait troublé le matin même et n'avait prévu de la confronter en ne portant qu'une serviette. Son égo fut déçu de ne pas avoir à subir les joues rouges et regards appréciateurs de la jeune femme…entre deux insultes certaines. Il sourit. Il n'avait jamais rencontré de femme si déterminée avant elle. Il avait eu sa part de claques, d'insultes et de tentatives d'humiliations…pour la plupart méritées, mais personne n'avait jamais été aussi décidée qu'elle a lui gâcher sa vie. Son sourire s'agrandit quand il réalisa qu'elle n'était certainement même pas encore au mieux de son potentiel. Lisa, semblait-il, était le genre de femme aussi pleine de ressources que de surprises.
Il sourit en observant un bout de dentelle rose dépasser de sous un jeans dans la malle. Il tira dessus et découvrit un petit string qui le fit penser que cette cohabitation serait loin de n'avoir que des inconvénients.
TBC…
