Résumé de ce qui vient de se passer :

Ouf ! Tout semble s'arranger. Isa et Genzô ont fini par se réconcilier. Et Isa a décidé de donner son cœur à Karl. Celui-ci a un comportement étrange tout de même : il semble à la fois jaloux de la relation Genzô/Isa mais il fait pourtant tout pour les aider à se rapprocher de nouveau. Pendant ce temps, Genzô se pose des questions sur la nature de ses sentiments, et Isa fait des efforts pour vaincre sa timidité, sa crainte et se faire des amis.

Personnages :

-Isa Amond,

-Jérémie Amond : frère d'Isa.

-Genzô Wakabayashi (Thomas Price): gardien de football, ami d'Isa.

-Karl-Heinz Schneider dit le Kaiser : attaquant, ami d'Isa et de Genzô.

-Jonathan Einfren : ennemi d'Isa, petit caïd du coin.

-Marie Schneider : petite sœur de Karl-Heinz.

-Kartz Hermann : attaquant, ami de Genzô et de Karl.

-Julie Seifrein : amie de Genzô et d'Aizen.

-Aizen Presh : ami de Genzô et de Julie.

-Mikami : coach de Genzô.

Les joueurs de l'équipe de Genzô déjà cité : Mayer, Marc…

Des joueurs d'autres équipes déjà cité : Scharzt, Zenien, Brayern, Stiergen, Minze, Rayen…

Quelques mots ?

Voici pour vous le dernier chapitre de la réécriture. Le 9ème est le signe de nouveautés inédites !

Au-delà des Apparences

Chapitre 8 : Vacances, sources de changements ?

« Tous les progrès sont précaires, et la solution d'un problème nous confronte à un autre problème. »

Martin Luther King, La force d'aimer.

Enfin les vacances sont arrivées ! Ce dernier mois a été un véritable calvaire ! Les examens approchaient et le travail s'entassait à n'en plus finir. Mes nuits continuaient toujours à se raccourcir et je trouvais de moins en moins de temps pour voir mes nouveaux amis. Ceux-ci pourtant s'acharnaient toujours à m'apprendre à jouer au football, si bien que je commençai à apprécier ce sport, mais pas suffisamment pour savourer quatre-vingt dix minutes de match. Dieu merci : je n'avais pas de temps pour ça !

Et puis la semaine d'examen arriva et mon cerveau a littéralement cramé sous l'effort inconsidérable que j'ai fournis à ce moment-là. Surtout que, alors que tout le monde criait « Vacances » à tout va, j'avais encore trois examens à passer : Matières plus (un concentré de toutes les matières en un seul examen et à un niveau supérieur), Culture générale et Japonais.

Mais avant cela, avant de passer l'examen, j'avais du faire le dossier et donc l'annoncer à ma mère.

« En faisant cela, » avais-je expliqué, « j'aurais des études et un logis payés, une bourse pour les dépenses personnelles et cela tant que j'étudierai au Japon. En plus, si je parviens à gagner ce concours, tu n'auras pas à t'inquiéter pour les études de Jérémie car mon école prendra en charge son cursus et t'offrira une bourse d'étude. Il sera admis directement à mon lycée et, s'il le souhaite, à l'université de mon école. Comme ça, tu pourras arrêter de bosser autant et t'occuper plus de toi-même. »

« Isa, » avait-elle prononcé avec tant de douceur dans sa voix, « tu n'es pas obligé de faire cela. Tu n'as pas à te sacrifier pour moi ni pour ton frère. »

« C'est faux, » répliquai-je. « Je dois m'occuper de vous tout simplement parce que tu as déjà fait beaucoup pour moi et pour Jérémie. Et puis, je veux le faire ! C'est une occasion unique ! Bien sûr vous me manquerez, je serais triste de partir de ma maison, de ma ville que j'aime après tout et partir loin de vous, mais je pourrais toujours revenir ! Je veux le faire Maman ! »

Elle m'avait sourit et m'a répondu que si je l'avais décidé, elle me soutiendrait au mieux. Mon dossier rempli, j'étais officialisée pour le premier tour. Le tout premier pas vers le Japon, je venais de le franchir.

Bien sûr pour ces révisions, je n'avais pas été tout à fait seule. Le garçon qui était venu me transmettre le dossier s'appelait Shûzo et faisait, lui aussi, partie du concours. Nous nous étions alors mis d'accord pour nous aider mutuellement. Il était d'origine japonaise, et il m'enseignait donc le Japonais. Nous avions fait un programme de révision ensemble et passions beaucoup de temps à travailler à la bibliothèque de l'école ou bien de la ville. Shûzo était très sympa avec moi, il se révélait patient et ses cours menaient à un bon résultat, du moins, je le pensais en tout cas.

« QUOI ? » s'était exclamé Karl quand il a su que je n'allais pas travailler avec lui. « Je pensais que c'était moi ton professeur particulier ! Je suis déçu, je ne pourrais pas te rabrouer comme j'en rêve. »

« Tu en rêves ? » rigolai-je.

Pour toute réponse, il me tourna le dos et fit la moue. D'humeur joyeuse et me retrouvant seule avec lui, je voulus le taquiner un peu plus.

« Tu sais, il a déjà une petite copine. Je le lui ai demandé hier, par…curiosité. Il a cru que je voulais sortir avec lui ! »

Aucune réaction.

« C'est bien dommage, » rajoutai-je allongeant chaque syllabe, guettant sa réaction.

Mais Karl voyait clair dans mon jeu et n'y entra pas. Il s'était contenté de sourire, mais il me tournait toujours le dos.

En réalité, ce n'était pas moi qui lui avais demandé s'il avait une petite copine mais plutôt l'inverse. Bien sûr, je lui répondis la vérité, en contre partie, il m'affirma qu'il en avait une, chose qui me surprit en vue de sa manière d'agir. Il abordait beaucoup de filles en route ou même dans la bibliothèque. Quand il voyait une fille qui lui plaisait, il me l'indiquait toujours, pensant peut-être que cela m'intéresserait. Mais j'étais bien trop concentrée sur mes anales pour y penser et je lui répondais brièvement qu'elle était « mignonne » alors que je ne les regardai à peine. Pensez ! Je suis une fille !

« Et cela fait combien de temps que vous êtes ensemble ? » m'avait-il demandé alors.

« Et bien, » songeai-je, sûrement plus d'un mois. « Mais je n'en suis pas très sûre. »

« Un mois ? » s'exclama-t-il avant de se reprendre plus bas : « c'est long dis-moi ! »

« Vraiment ? » souriai-je.

Cela m'avait paru, au contraire, très court. Je n'avais jamais une minute à moi. Quand je finissais de travailler, Karl venait toujours me tirer de chez moi pour aller jouer au football ou boire un verre. Je n'arrivais jamais à me poser à un endroit, si bien que dés que je rentrai chez moi, j'allais directement me coucher, sautant beaucoup de repas. Tous ces changements que je subissais me faisaient vraiment tourner la tête mais ce n'était pas un mauvais pronostic, bien au contraire ! Plus le temps passait (de manière exponentielle, je le décrirai) et plus je me sentais enfin vivre. Vivre ! Comme n'importe qui ! Et j'avais l'impression de quitter ma banalité tout simplement parce que j'avais des amis qui voyait en moi quelqu'un de spécial pas juste la fille qui s'appelle Isa.

&&G&&&&&&

Les vacances ! Les vacances, enfin ! Depuis le temps que je les attendais ! A bas les devoirs, bonjour les entraînements plus longs ! Et tout ce temps libre que nous pouvions passer entre amis. Que c'était bon de vivre ainsi ! Le seul hic c'était que j'avais rarement l'occasion de voir Isa. En réalité, les seules fois où je la voyais étaient celles où elle venait chercher Karl après l'entraînement. Elle restait toujours quelques minutes à discuter avec tout le monde. Je n'arrivais pas encore à me tenir au calme lorsque Karl était avec elle, aussi je profitais qu'il aille se changer pour rester avec tous les autres et lui parler. Mais à ces moments-là, Karl battait tous les records de temps pour se doucher et s'habiller avant d'emmener Isa loin de nous.

Cette fois-là n'échappa quasiment pas à la règle. Isa était venue, Karl partit immédiatement se changer. Toute l'équipe s'était alors entassée autour d'elle, et j'écoutais ce qu'ils se disaient. Mais quand Karl réapparut et qu'il resta cette fois plus longtemps avec tout le monde, mal à l'aise, j'allais me changer. Hermann me suivit malheureusement et me posa des questions auxquelles je ne voulais pas y répondre. Ce gars-là se tenait au courant de tout sur l'équipe ! Il savait tous les potins avant tout le monde et adorait les partager.

« Ne te fais une idée qui n'est pas vrai, » lui conseillai-je. « Je n'aimerais pas retrouver de rumeurs aux mauvaises oreilles ! »

« Il y en a des bonnes ? » me demanda-t-il dans un petit rire.

« Il y a des mauvaises bouches en tout cas ! »

Je m'empressai de couper court à une discussion qui m'aurait mis mal à l'aise surtout si toute l'équipe rentrait dans les vestiaires et sortait à la hâte. Une fois dehors, je ralentis le pas, respirant l'air libre, me disant que je profiterai bien du beau temps pour flâner dans les ruelles. Mais en sortant, j'aperçus Isa. Elle était appuyée sur le mur, elle semblait rêver. Elle portait de simples vêtements, et sa coiffure était tassée dans une simple queue de cheval, mais cette simplicité avec son air d'habituelle rêveuse, lui donnait tout son charme. A moins que ce ne soit parce que c'étaient mes yeux qui la regardaient. Car petit à petit, même si je ne me le disais pas complètement, je sentais en moi mes sentiments évoluer. Quand elle me vit approcher, elle me sourit chaleureusement et s'avança vers moi. Je regardais autour, attendant voir apparaître Karl dans les parages.

« Karl n'est pas là, » me dit-elle. « Il a eu un empêchement alors je me suis dit que l'on pouvait en profiter pour se voir. J'ai un peu de temps devant moi et depuis que l'on s'est…depuis l'autre fois, on n'a pas pu se revoir vraiment, alors… voilà. (« Elle est vraiment mignonne… » pensai-je à ce moment-là) Peut-être que Karl pourra nous rejoindre plus tard. »

« Ah…, » fis-je un peu déçu.

« Tu as quelque chose à faire ? Bon, alors ce n'est pas grave… Une autre fois… peut-être… »

Elle me salua et partit. Bien qu'Isa souriait, elle avait l'air triste et déçue. Ne voulant pas la laisser partir dans cette impression-là et comme je savais pertinemment que je n'avais rien à faire, je me précipitai pour la rejoindre.

« On peut sûrement faire chemin ensemble, » lui dis-je comme pour me justifier.

Un sourire se forma sur son visage et elle accepta avec plaisir. Ce fut essentiellement Isa qui mena la discussion. Vraiment, elle avait changé. Karl l'avait pris en main, et je devais avouer que c'était plus qu'efficace. Elle me parla de cette sortie qu'elle avait fait avec les joueurs de l'équipe, sortie qui avait été décisive pour elle, Isa s'excusa de ne pas m'avoir invité mais les circonstances… Coupant là sa discussion, elle se tourna vers moi, hésita quelques secondes et affirma qu'elle avait quelque chose de très important à me dire. Comme pour appuyer ce qu'elle venait de dire, on s'arrêtait.

« J'ai été sélectionné pour participer à un concours, » me dit-elle.

« Bravo ! » m'exclamai-je.

« Merci, » dit-elle. « Mais si je gagne, cela signifie que nous ne nous verrons plus. En effet, je partirai de l'Allemagne…pour le Japon. Et ce, jusqu'à ce que je termine mes études. Enfin, » rajouta-t-elle, « il faudrait que j'ai une bonne place aux placements de chaque examen, et ça, ce n'est pas gagné d'avance ! »

Quelle information ! J'en étais resté coi et pourtant, Isa attendait que je dise quelque chose. Et comme j'en étais quasiment incapable, je parvins tout juste à lui souhaiter du courage. Isa sourit et se contenta de ces quelques mots brefs. Nous reprenions notre route, mais un silence s'était installé. Un silence dans lequel je me répétai ce qu'elle venait d'annoncer. Elle, elle était sereine, elle avait pris sa décision. Mais moi, pour tout dire, j'avais envie de lui dire de ne pas le faire, de rester là avec moi. Et j'en étais incapable. Je venais à peine de me réconcilier avec elle que je devais me faire à l'idée de la perdre. Bien sûr, je pourrais toujours lui rendre visite au Japon et inversement, elle reviendra souvent voir sa famille et nous voir, mais ce n'était pas du tout pareil. La distance allait forcément l'éloigner de nous, de moi. C'était irréfutable.

« Je pourrais t'apprendre le Japonais, » m'exclamai-je enfin. « Qu'en dis-tu ? »

« Merci beaucoup Genzô, » dit-elle embarrassée, « mais quelqu'un me l'apprend déjà… Mais j'aimerais beaucoup que tu viennes avec l'équipe et Karl la prochaine fois, je suis certaine que l'on va s'amuser ! »

« C'est d'accord, » acceptai-je.

« Super ! Bon, nous voilà arriver, au revoir ! »

Avant de partir, elle s'approcha de moi et me baisa la joue délicatement. Surpris, je restais immobile. Elle rigola et partit de son côté, me laissant là. D'un coup, je me sentais parfaitement idiot, il était vrai qu'en Europe, faire la bise était quelque chose de naturel et d'amical et n'avait aucune autre signification particulière. Et puis, ce n'était pas comme si elle m'avait réellement embrassé !

Je la regardai s'en aller, se tenant droite alors que je la voyais courber avant. Elle avait évolué, elle exprimait sa personnalité et prenait à présent soin d'elle, de son corps comme du reste. Et si elle n'était toujours pas 'belle', je la trouvais embellie. Une fille amoureuse gagne en beauté, était-ce son cas ? Ou bien… était-ce moi ?

&&I&&&&&&

Les vacances ! Profiter d'un peu plus de temps libre, voir des amis et surtout travailler sans se presser ! Et puis, la bibliothèque de la ville était bien plus confortable que celle du lycée, bien que celle-ci ne soit pas des plus mauvaises, la différence se faisait dans le silence absolu de la bibliothèque de ville, et le chuchot incessant et irrespectueux de celle de mon école.

« Tu as fait deux fautes dans cet exercice, » déclara Shûzo à voix basse. « Quel progrès ! »

« Merci ! C'est entièrement grâce à toi, » fis-je, heureuse du résultat. « Tu es un bon professeur. »

« Je l'avoue ! Bon, la première se trouve ici, » expliqua-t-il en me pointant un endroit marqué au rouge. « Tu vois, ce n'est pas le bon kanji… »

Il était vraiment incroyable ! Shûzo savait parler l'anglais, le japonais, l'allemand et le français ! Même si je n'en étais pas loin, mon niveau dans l'anglais et le japonais ne pouvait se comparer au sien. Mais en plus d'être bon en langue, il excellait dans toutes les matières sans avoir réellement besoin de beaucoup travailler. Pour dire que s'il travaillait autant avec moi, c'était plus pour m'aider que pour lui-même.

De plus, il possédait une conception de la vie et de l'humain très particulière, assez réaliste à mon goût. Pour lui, être ou sortir avec quelqu'un cela ne signifiait pas grand-chose. Du moins, cela dépendait de comment on sortait avec la personne. Beaucoup de monde suppose qu'il suffit de sortir avec quelqu'un pour en être amoureux, alors que les sentiments ne se forment que grâce au temps et à l'effort que l'on fournit pour les créer. La différence se faisait donc dans l'effort que le couple faisait pour appliquer des sentiments conjoints.

Mais Shûzo n'était pas quelqu'un de très louable dans les sentiments. Bien qu'il sortait avec quelqu'un, il draguait tout ce qui bougeait et qui était féminin. Il avait beau dire qu'il ne ferait jamais rien avec ces conquêtes, ce n'était pas très respectueux de sa part.

« Tu es trop naïve ! » m'avait-il dit.

« Si tu veux, » lui répondis-je. « Bon, revenons au sujet, moi je dois faire encore cette série-là. »

« Moi j'ai terminé, » conclut-il. « Si tu n'as pas de problème particulier, je m'en vais. »

Et sans attendre aucune réponse, il partait. Très sympathique des fois, pensai-je ironiquement. C'était à moi d'apporter les anales ou de ranger ceux que l'on utilisait. Lui se contentait d'apporter sa trousse et quelques feuilles, rien de plus.

Ainsi se passait mes matinées, l'après-midi, je continuais de travailler chez moi et lorsque je terminais suffisamment de séries d'exercices et d'anales, je sortais m'aérer un peu. Parfois, j'amenais Jérémie s'amusait avec ses amis dans un parc au centre ville, point de rendez-vous habituel. Ce n'était pas tout près de chez moi, il faut dire et même si je n'aimais pas beaucoup cet endroit car on débouchait vite sur les bas quartiers, c'était aussi le seul point de ranimant que toutes les mamans connaissaient pour pouvoir amener leurs enfants.

Un jour, alors que Jérémie était quasiment le dernier des gosses à jouer encore, j'aperçus non loin de là une petite fille qui pleurait de chaudes larmes. Elle était accroupie, près d'un banc, et pleurait. Elle semblait être seule et, pensant qu'elle avait probablement égaré sa mère, je vins la voir, m'accroupissant devant elle.

« Mon frère, » pleurnichait-elle en prenant le mouchoir que je lui tendais. « Mon frère est pas venue me chercher… Pourtant, il a promis… mais il est pas là… »

« Sais-tu où tu habites ? » demandai-je.

« Non, » répondit-elle. « Je sais pas revenir chez moi… »

« Je peux t'aider si tu veux. »

« NAN ! » hurla-t-elle avant de continuer en pleurant : « mes parents ne veulent pas que je parle aux inconnus ! »

Tiens, tiens, l'habituel baratin parental, au moins, il aurait fallu que son frère soit plus consciencieux pour lui apprendre cette valeur-là. Réfléchissant un peu, je lui proposai de rester s'amuser avec Jérémie et moi-même, ainsi, expliquai-je, nous ne serions plus des inconnus. Elle accepta et je l'entraînais sur les manèges. Elle s'amusa beaucoup avec nous si bien qu'elle me dit son prénom, Emilie et m'indiqua tout ce dont elle se souvenait pour se rendre chez elle. C'était trop peu de détails pour que je sache où elle habitait. Il me fallait trouver l'écriteau qui indiquait « Du bout du monde » (était-ce un nom de rue ?), dans un endroit remplis d'immeubles, près d'un sex-shop (vive la référence pour son âge !) et d'une boulangerie. C'était bien trop vaste. Mais je ne m'imaginais pas un beau quartier, à mon avis, cette petite fille habitait dans les bas quartiers ! Aussi, je pris mon courage à deux mains, et tournant à droite, j'atteignis un endroit rempli d'immeubles. Je demandais à la petite si elle se souvenait de l'endroit, elle me répondit que oui. Mais à ce moment-là, Jérémie ne voulait plus avancer. L'endroit ne donnait pas confiance, aussi, comme je savais qu'il saurait se débrouiller, je lui donnai un peu de sous pour payer le bus et le laissai partir.

J'aperçus un écriteau sur lequel était marqué « Bateau-Sur-Mer ». L'écriteau que je devais chercher était probablement sur un bâtiment, c'était le nom du bâtiment ! En le trouvant, la petite fille sembla réagir et m'entraîna de force à l'intérieur. Elle me fit courir presque, grimpant les escaliers jusqu'au dernier étage et m'entraînant devant la porte 11 quelque chose, le dernier chiffre semblait avoir été arraché. Comme il semblait évident qu'elle avait retrouvé sa maison, je m'apprêtai à repartir quand elle revint me chercher. Emilie insista beaucoup pour que j'entre à la maison. Elle voulait probablement me remercier. L'appartement était tout petit, étroit, et les meubles s'entassaient si bien que je me demandais comment on pouvait y vivre. Pour parvenir au salon, c'était un réel exercice d'équilibre !

Emilie me laissa alors là et repartit dans une pièce où, très vite, une voix masculine surgit.

« Qu'est-ce que tu veux la mioche ? T'étais pas au parc toi ? QUOI ? Et pourquoi t'amènes une greluche chez moi ? »

De toute évidence, je n'allais certainement pas l'apprécier, et l'inverse semblait clair. Mais jamais je n'eus pensé que je me retrouvais face à lui. Dans mes cauchemars les pires, ce scénario-là ne m'était jamais venu car face à moi, à l'entrée de la chambre, se tenait Jonathan. Il semblait aussi surpris que moi, et son visage eut un profond rictus de dégoût.

« Qu'est-ce que tu fiches ici ? » grogna-t-il.

La politesse n'était décidément pas son fort. Mais je ne comptais pas non plus me laisser faire. Je n'avais strictement rien à me reprocher, ce qui n'était pas son cas !

« Il parait qu'un grand frère a laissé sa sœur dans un parc alors qu'elle ne savait pas rentrer chez elle, » déclarai-je.

« Très bien, » fit-il. « Mais pourquoi t'es entré ? Tu veux p't'être que je te serve le thé pour te remercier ? »

« Sans façon, » répondis-je en grimaçant. « Je m'en vais. »

« C'est ça, » siffla-t-il.

« C'est ça. »

Et je partis de l'appartement. Ouf ! Heureusement que je n'étais pas restée une seconde de plus ! Quel calvaire ! Me retrouver face à celui que je détestais le plus au monde !

Je descendis à la hâte les escaliers de l'immeuble et m'apprêtai à partir. Malheureusement, je ne pouvais pas bien m'en sortir après une rencontre avec le Crétin ! Devant moi, quatre garçons me bloquaient la route. Ils n'avaient pas bonne mine, et je craignais pour ma propre sécurité. Ils eurent tôt fait de me remarquer et aussitôt, ils s'avancèrent vers moi.

« Misère ! »

De droite ni de gauche, il n'y avait personne pour m'aider. J'étais seule face à quatre balourds ! Cette fois, je ne m'en sortirais pas aussi bien… Je tentai de m'enfuir, mais comme il n'y avait pas beaucoup d'issue, je dus foncer près d'eux et, malheureusement, ils étaient suffisamment rapides pour m'attraper en route. Deux se chargèrent de m'immobiliser, m'empêchant de trop remuer. Les deux autres se posèrent face à moi. Leurs regards m'inquiétaient, c'étaient des regards de fous. J'aurais voulu crier mais ma voix s'était enfuie au plus profond de ma gorge, mon estomac devint douloureux et nouer. La peur m'envahissait, mon cœur accélérait le rythme et mon esprit… lui, n'était déjà plus.

Ils m'entraînèrent de force dans une petite ruelle entre les deux bâtiments. Ils me plaquèrent contre le mur, et c'était à ce moment précis que tout se débloqua. Je me suis mise à hurler, je réagissais, frappant de mes pieds tout ce qui bougeait ou ne bougeait pas, mes mains étaient encore maintenues par les deux gaillards.

« Faites-la taire ! » hurla l'un deux.

Un troisième s'en chargea. Il me prit à la gorge avec tant de force que j'en eus le souffle coupé. Je réagissais de moins en moins tellement j'étais préoccupée à respirer. Et je les entendis rire. De frayeur et de dégoût, mes yeux se fermèrent et j'attendais alors que tout se passe, n'ayant plus aucun espoir. L'un deux, le dernier, se mit à déboutonner mon haut.

« Qu'est-ce que vous faites ? » hurla quelqu'un.

Il arrêta son geste et ils se tournèrent vers quelqu'un que je ne pouvais voir là où je me trouvais. De parce que ma tête était maintenue vers le haut, et de parce qu'un congénère me bloquait la vue.

« Tu veux nous rejoindre ? » ricana l'un.

« Tu peux avoir ton propre plaisir, » poursuivit celui qui me tenait au cou.

« Lâchez-la, » ordonna l'inconnu.

« Comment ? »

« Je vous ai dit de la lâcher, pouilleux ! »

« Tu te crois où là ? »

« Dans mon quartier, » grogna l'inconnu. « Je te signale, Blaize, qu'ici tu n'es pas dans ton territoire et que si je préviens les autres, tu risques de fort le regretter ! Alors, barrez-vous avant que je ne fasse vraiment quelque chose. »

Ils se toisèrent un moment. Le silence se fit, et, haletante, j'attendais que tout se joue. Finalement, ils me lâchèrent et déguerpirent. Je retombai comme une masse contre le mur, secouée par ce qui m'arrivait. J'avais failli me faire… ! C'était à deux doigts… ! Mais qui m'avait aidé ? Qui pouvait être assez bon pour cela ? Quand je l'aperçus alors qu'il se penchait vers moi, j'en eus le souffle coupé !

« Tu es décidément stupide comme fille, » grogna Jonathan. « Allez, debout ! »

Il me tira sans ménage et m'entraîna hors de ses quartiers. Il ne disait rien et marchait rapidement, tenant fermement mon bras. Je ne disais rien, j'étais complètement sous le choc, incapable de réagir. Il me laissa près du parc et rentra chez lui. Je n'eus pas le temps de le remercier de m'avoir aidé. Je me remettais en ordre et je rentrai chez moi, toujours secouée. Ca ! Si on me l'avait prédit, je ne l'aurais jamais cru ! Celui qui m'a toujours cherché des ennuis venait de me sauver d'une situation critique ! Je ne pouvais que lui en être reconnaissante, mais mon estime pour lui n'évolua que de peu.

-Fin du chapitre 8-