9.

Pour distraire son ami qui s'était réveillé d'humeur morose, Beebop avait projeté plusieurs de ses enregistrements, filmés sur l'Arcadia après les retrouvailles entre le jeune homme et son père, lors de ses rares venues à Heiligenstadt.

« Il faut absolument que ces moments reviennent ! Je les ai rêvés, ils ont été au-delà de mes espérances durant à peine trois ans… Et les Erguls sont devenus pires que tout ce qu'on pouvait imaginer. Jamais on a eu autant besoin de toi et de ton fabuleux Arcadia ! Cette Gamalthine t'a eu en traître, il faut rétablir l'équilibre. Je doute que tu acceptes que l'amiral Horrond t'engage, même libre, mais tu te battras auprès de Warius. Et je serai là moi aussi ! Là encore tu ne seras pas d'accord, mais à nouveau j'ai grandi et suivi une voie sans toi… A bientôt, mon papa, et on se mesurera enfin aux Erguls avec une véritable chance de notre côté ! ».

- La lieutenante Moryvis désire entrer, informa Rahog l'ordinateur central.

- De quoi ? !

- Vous avez rendez-vous avec elle pour finaliser les plans du dérivateur de particules.

- C'est vrai… Je suis vraiment très en retard ! Qu'elle patiente dans mon bureau.

- Elle y est déjà.

Alérian se précipita vers la salle de bain pour finir de se débarbouiller.

Et ce fut tiré à quatre épingles dans son uniforme noir et or qu'il se présenta à sa lieutenante.

- Encore une petite centaine d'années à cogiter ainsi et nous ferons du Starlight un Destroyer invincible !

- Je crains que nous n'ayons pas un siècle, capitaine.

- Alors on va faire au mieux, et au plus vite.

Alérian s'assit à la table de travail.

« On sera bien si on a encore un mois devant nous maintenant que nous sommes en plein territoire ennemis… ».

Il tourna l'écran de sa tablette vers la jeune femme au teint hâlé et au regard pétillant.

- Il y a une erreur dans cette équation, juste là, indiqua-t-il.

Danéïre eut un petit hoquet.

- J'avais pourtant tellement vérifié… Maintenant je sais pourquoi j'ai toujours détesté craquer sur un gars plus intelligent que moi, et aussi pourquoi je ne serai jamais que lieutenante dans ma salle des machines !

- Vous êtes la bonne personne au bon endroit, c'est tout ce qui compte.

- Merci.

- Je suis sincère.

- En ce cas, appliquez-vous cette formule, car c'est la vérité.

- Heu… ?

- Vous nous avez emmenés plus loin qu'aucun de nous n'aurait pu l'imaginer, pour ce premier vol. Et qu'importe s'il doit aussi être le dernier. Nous avons des souvenirs inestimables !

- Merci, fit à son tour Alérian en rosissant légèrement. Mais mon souhait le plus cher est de vous ramener à notre base de départ.

- Ce qui fait de vous un bon capitaine. Et je sais de quoi je parle, mon grand-père était amiral de la Flotte Indépendante avant Horrong et je n'ignore rien de toutes les subtilités Militaires !

Sentant la discussion dévier, lui échapper, Alérian appela Beebop.

- Petit déjeuner pour deux ! pria-t-il.


Avant de se rendre sur la passerelle pour prendre son service du matin, Alérian avait eu une courte communication avec le commandant du Karyu.

- Aucun changement dans notre cap, commandant Zéro ?

- Nous nous dirigeons vers la zone de glace de la Mer. Attention aux reflets, les légendes galactopolaines disent qu'elles peuvent nous faire voir le pire et le meilleur, mais tout ne demeure que mirages ! prévint une dernière fois Warius.

- Je sais. J'ai bien potassé les fichiers d'archives avant notre départ, et encore maintenant, à mesure que nous progressons. Nous serons tous sur nos gardes. La Furie n'aura pas raison de nous.

Warius fronça les sourcils.

- Quelle Furie ?

- Celle qui contrôle ces glaces galactiques. Elle adore s'approprier les âmes de ceux qui s'affolent des illusions qu'elle envoie !

Du doigt, Warius désigna le pendentif qui brillait intensément.

- J'aurais préféré que tes dons ne se raniment jamais, finalement.

- Il faudra faire avec ! conclut Alérian. Et la Furie passée, je me rapprocherai de mon père !