Chapitre 9 : Confidences
POV Alistair
- Je dois vous raconter depuis les temps anciens pour que vous compreniez tout... Durant l'Âge des anciens, le monde n'était encore qu'une ébauche noyée dans le brouillard... Une terre rocheuse grisâtre d'arbres titanesques et de Dragons immortels. Vint alors l'avènement du Feu.
Alistair tiqua. Il avait déjà entendu Sirion mentionner le Feu avec une telle... Révérence ? Respect ? Mais sa mémoire lui faisait défaut à l'instant.
- Et avec le Feu vint la diversité. La chaleur et le froid. La vie et la mort. Et bien sûr... La Lumière et les Ténèbres. C'est alors qu'ils sortirent des Ténèbres. Et découvrirent les Âmes des Seigneurs à l'intérieur de la Flamme.
- ''Ils'' ? Demanda Leliana, mais le chevalier l'ignora.
- Nito, le premier s'entre les morts. La Sorcière d'Izalith, et ses filles du Chaos. Gwen, le Seigneur Solaire, accompagné de ses fidèles chevaliers. Et le furtif Pygmée, si facilement oubliable.
Chevalier solaire ! Cette fois Alistair en était sûr, il avait fait le lien.
- Pourvu de la force des Seigneurs, ils défièrent alors les Dragons. Les redoutables éclairs de Gwen fracassèrent leurs écailles de pierre. Les sorcières déchaînèrent contre eux des tempêtes de flammes, tandis que Nito semait dans leurs rangs les graines de la maladie et de la mort. Et en trahissant les siens, Seath l'écorché scella le funeste destin des Dragons. Les dieux recréèrent le monde ravagé par la guerre, et ainsi débuta l'âge du Feu...
- Un âge d'or je présume. Toute les religions parlent d'un âge d'or perdu. Glissa Zévran.
- Seath, le dragon ayant trahi les siens, se vit offrir le titre de Duc. Il créa la sorcellerie et fut le fondateur de l'académie draconique de Vinheim. La Sorcière d'Izalith et ses filles enseignèrent aux hommes l'art de manipuler la flamme de vie des êtres vivant, la pyromancie. Gwen et sa famille donnèrent aux hommes la possibilité de faire appel à la puissance de leur foi, en offrant à leurs prêtres et chevaliers de puissants miracles capable de rivaliser avec la magie. Oui, ce fut un âge d'or.
- Votre magie... A été créé par un dragon ? Andrasté, quelle abomination ! S'exclama Leliana, choquée. Comment vos gens peuvent-ils faire faire confiance à une magie enseignée par des faux dieux, et la qualifier de miracle ?
- Mais que de jalousie j'entends dans cette douce voix. Railla Morrigan, un sourire narquois aux lèvres. N'êtes vous pas simplement envieuse que votre dieu semble bien absent comparé aux sien ?
- C'est faux ! Je me lamente de voir tout un peuple dans les ténèbres de l'ignorance, asservi par des choses qui se prétendent divines ! Les tévintides ont fait la même chose, et ils ont déchaînés l'Engeance sur le monde avant d'être banni dans les profondeurs de la terre par le Créateur ! C'est un de ces monstres qui dirige à présent la horde d'engeances, un Archidémon !
Alistair sentait un mal de tête poindre. Même si il ne l'exprimait pas aussi fortement que la barde, il partageait son avis. Le parallèle avec les anciens dieux tévintides était très pertinent. Une scène s'imposa dans son esprit de nouveau, le moment ou la magie s'était éteinte devant le pouvoir de Sirion.
- Dites moi Sirion... était-ce un miracle que vous avez employé plus tôt, dans les ruines ?
La question d'Alistair coupa d'un seul coup Leliana dans son élan, et tout les regards se tournèrent de nouveau vers le chevalier, qui hocha la tête.
- Le Vœu de Silence. Il empêche tout usage de la magie, des miracles ou de la pyromancie autour de l'utilisateur pendant un certain temps.
- Il empêche l'utilisation de la magie ? Par le souffle du Créateur, j'avais raison, vous êtes un templier. Mais... S'interrogea le garde, soudainement moins assuré. Comment faite vous pour utiliser un tel pouvoir ? Les Templiers souvent consommer régulièrement du lyrium sous peine de perdre leurs pouvoirs, et vous n'en avez jamais pris.
- Je n'ai nul besoin de minerai magique ou d'un quelconque artifice. En tant que Chevalier Solaire et suivant du dieu de la guerre, ma foi seule me permet d'accomplir les miracles dont je connais les prières.
- C'est... C'est un mensonge... Balbutia Leliana, le doute plaqué sur son visage au point que c'en était douloureux à regarder. C'est de la magie, rien que de la magie, on doit vous tromper...
Alistair sentit son cœur se tordre devant la détresse de la belle rousse. Lui-même était retourné par les affirmations du chevalier, et il ne savait que croire. Il se rappela alors de la guérison d'Eamon, le pouvoir des cendres.
- Andrasté avait accomplis des miracles au nom du Créateur. C'est à sa mort qu'il s'est détourné des hommes, le Cantique le dit. Tant que nous serons en disgrâce à ses yeux, alors il ne répondra pas à nos prières, mais il est toujours là, j'en ai la conviction.
- Heureux soit les imbéciles incapable de doute. Persifla la sorcière, mais Alistair l'ignora en contemplant le sourire que Leliana lui donna.
- Ces débats théologiques sont particulièrement passionnants, mais je crois que le récit n'est pas terminé. Pointa Zévran en mimant un bâillement, ce qui lui valut un regard noir du templier.
Sirion inclina la tête un instant, puis reprit la parole. L'atmosphère changea lentement alors que ses mots s'élevaient dans les airs, sa voix devenant plus basse, plus profonde.
- Mais l'Âge du Feu n'était pas appelé à durer éternellement. Le Feu commençait à décliner, il était appelé à mourir pour laisser la place aux Ténèbres. Les hommes ne voyaient plus de Lumière, seulement des nuits sans fin.
- Vos dieux ne pouvaient-ils pas agir ? Repousser les Ténèbres ? Demanda Thorn, sceptique.
- Ils étaient des dieux, mais pas tout-puissants. Leur âge touchait à sa fin. Mais ils ont agis, confirma t-il en prenant une grande inspiration avant de continuer. La Sorcière d'Izalith tenta d'utiliser son Âme de Seigneur pour allumer un nouveau Feu. Elle en perdit le contrôle et devint le Foyer du Chaos, engloutissant la citée d'Izalith dans la lave et donnant naissance à des milliers de démons. Les Chevaliers de Gwen tentèrent de détruire l'abomination, mais en pure perte : la citée fut abandonnée. Toute les enfants de la Sorcière, sauf une, moururent ou furent... transformées en monstres...
La douleur dans la voix du chevalier surprit Alistair. Des souvenirs douloureux semblaient ressurgir de ses paroles, mais il les domina avant de continuer, les yeux brillants.
- Gwen, effrayé par l'arrivé des Ténèbres, décida de prolonger l'âge du Feu par tout les moyens nécessaires. Il commença par donner un morceau de son âme au dragon Seath, son plus proche conseiller et confident, ainsi qu'aux quatre plus grands rois humains. Ensuite, il plaça sa fille Gwenevere à la tête des dieux restant. Et enfin... enfin... Il se jeta dans la Première flamme. Consumant son âme et son être il devint un combustible vivant pour le Feu, pour prolonger l'âge de la Lumière.
Une des bûches du feu de camps s'effondra, faisant jaillir une pluie d'étincelles. Zévran se racla la gorge avant de lancer d'une voix qui se voulait vaguement intéressée :
- Quelle magnifique sacrifice, noble et désintéressé. L'histoire ne s'arrête pas là j'espère ?
- Presque. Malgré le sacrifice du souverain les Ténèbres progressaient. Et c'est à ce moment là que les porteurs de la Marque Sombre apparurent parmi les vivants. Ceux touchés par cette malédiction deviennent... Immortels.
Alistair leva un sourcil. La phrase repassa deux ou trois fois dans son esprit. Puis lorsqu'il se rendit compte qu'il avait bien entendu, il lâcha un trait d'humour incrédule.
- Parmi la liste des malédictions, devenir immortel me semble de loin l'une des plus acceptable...
- Non, c'est la pire. Le coupa abruptement Sirion, le visage fermé. Ceux qui sont touchés, à leur mort, reviennent à la vie un peu plus tard. Mais chaque mort emporte un morceau d'eux, petit à petit, jusqu'à ce qu'il ne reste plus du maudit qu'une Carcasse, un monstre vide de tout à l'exception de la haine de ceux qui vivent encore. La Marque Sombre fait de ses victimes des mort-vivants, condamné à mourir et revenir sans fin, jusqu'à ce que la douleur de vivre soit si forte qu'ils se couchent par terre et cessent de penser, dans l'espoir de ne plus souffrir. Ceux possédant une forte volonté, qui possèdent un but qu'ils sont déterminés à atteindre au delà de la mort, eux sont capable de rester humains. Mais même alors il suffit d'un seul instant de doute pour que la folie s'installe, que la Marque Sombre réclame son dû.
Cette fois, les visages horrifiés étaient unanimes. Seul Sten conservait une face de pierre comme à son habitude, et Alistair se raccrocha à ce visage pour retrouver ses esprits. Quelle horreur. Quelle monstruosité. Un tel destin... Il ne le souhaitait pas à son pire ennemi.
- Ainsi, les mort-vivants découverts sont traqués par le clergé et brûlés dans les Feux, utilisés comme combustible afin de repousser encore davantage les Ténèbres dont ils sont porteurs. Ceux qui échappent à ce destin sont dépouillés de leur titre, de leurs existences, parqués et envoyé dans l'Asile des mort-vivants, pour y atteindre la folie ou la fin du monde.
Le chevalier se leva, puis se débarrassa de son armure. Les gantelets, les brassards, puis le plastron de métal et de tissu. Il suspendit son geste un instant, promenant son regard sur le groupe. Alistair frissonna en croisant les yeux de Sirion, ces yeux roux dans laquelle dansait une flamme qui, il en était à présent certain, n'était pas un reflet de la lumière du camps. D'un mouvement brutal, il ôta sa chemise et se retourna, présentant son dos. Et la Marque Sombre apparut, cercle parfait de peau brûlée se détachant au creux de la colonne vertébrale, palpitant presque sous les yeux abasourdis du groupe.
- Je me rappelle encore de ma première mort. Raconta le... Le mort-vivant. J'accompagnais mon seigneur et tombait avec la troupe dans une embuscade de brigands. Je reçut un carreau dans la poitrine, tombait... Et me réveillait, la nuit venue, indemne. Revenant trouver mon seigneur, ce fut l'expression terrifié de mes compagnons qui me fit comprendre mon nouveau statut. Par égard à mes services rendu, je fus envoyé à l'Asile des mort-vivants...
L'abomination se remit en face d'eux, remettant sa chemise sans aucun signe de tension malgré ce qu'il venait de déclarer. Puis, d'une voix presque indifférente, il lâcha :
- Voilà pourquoi j'ai défendu la Dame-Sylve et ses loups. Son fardeau d'éternité est mien, mais contrairement à elle la mort ne peut m'en délivrer. A présent, allez vous me mettre à bas pour ce que je suis ou bien écouter la suite de mon histoire ?
POV Neutre
Le silence était aussi solide que du marbre, le crépitement du feu semblant s'être assourdis devant les révélations de Sirion. Celui-ci restait immobile, ne faisant pas un geste pour saisir une de ses multiples armes ou s'enfuir, ses yeux passant d'un vivant à l'autre. Mais il ne pouvait percer le secret de leurs pensées.
POV Leliena
Comment une telle chose... Ce qu'il avait dit, déclaré par un autre, aurait été rejeté comme une absurdité, le rejeton d'un manipulateur doté d'une imagination débordante. Mais pourtant... Son entraînement de barde orlésienne ne la trompait pas : que ce soit le langage du corps, les intonations de la voix, tout criait la sincérité. Mais tant de ses paroles étaient... Hérétiques. Rien dans ce qu'il avait dit ne correspondait au Cantique. De multiples dieux, des miracles accessibles au plus humble prêtre, une magie libre et sauvage... Le Créateur la pardonne, mais elle commençait à le croire au lieu de le penser dupé. Ses armes étranges, ses ignorances. La marque noire, elle l'avait vu dans son dos lorsqu'elle l'avait soigné, et elle n'avait toujours pas disparu depuis. Elle commençait seulement à en saisir toute les implications. Un homme immortel, quelqu'un ayant vu le monde pendant... Combien de personnes avait-il du laisser derrière ? Peut-être même une femme aimée, qu'il avait vu vieillir et mourir. Elle se rappelait ses pleurs, alors qu'elle chantait la chanson aux morts. Non, elle ne pouvait se résoudre à le chasser, à l'attaquer. Pas encore. Elle voulait entendre la suite, et alors seulement elle prendrait sa décision.
POV Morrigan
Ses contes étaient digne des plus grandes absurdités que la Chantrie aimait à répéter. Mais il n'y avait pas de foi débilitante dans ses paroles, mais le savoir de celui qui a vu et su. Un parfum d'authentique, de vécu. Et beaucoup trop de preuves s'accumulaient pour rejeter facilement ce qu'il disait. Le sort qu'il lui avait donné par exemple. Sa forme était étrange, son fonctionnement aberrant. Rien de ce que sa mère lui avait appris ne ressemblait à cela. Et ce qu'il avait fait dans les ruines. Ce moment lorsqu'elle avait sentis sa magie soudainement... Disparaître. Elle n'avait pas d'autre mots. Le mana ne répondait plus à ses commandes, la foudre avait disparu de ses doigts, et même son bâton était devenu aussi inerte que du bois mort. Et pire encore, elle n'avait pas pu se transformer. C'était comme si d'un seul ordre, il avait interdit à la magie de fonctionner. Alistair avait juste dans l'idée, mais son esprit limité ne comprenait pas la mesure de la chose. Ce n'était pas simplement ce que les Templiers faisaient. C'était cent fois plus puissant. Et la malédiction dont il se déclarait porteur. Elle n'était pas sûr qu'en penser. Atteindre l'immortalité était un exploit, mais les circonstances qui l'entourait étaient moins que désirables. A quoi bon vivre, si c'était pour se perdre soi-même ? Cet homme était dangereux, mais une source indéniable de savoir et de puissance. Elle brûlait d'entendre la suite, et elle espérait qu'aucun imbécile ne se lève pour hurler à l'abomination.
POV Thorn
Le Garde des Ombres sentait sa tête bourdonner, ses épaules écrasées par le poids de la décision qu'il devait prendre. Sirion mettait en sens dessus dessous chacune des expectations qu'il avait faite, ou plutôt qu'il avait tenté de ne pas faire. Morrigan lui avait dit de se méfier, mais il se rendait seulement maintenant compte à quel point elle avait raison. Un monstre... Ils voyageaient depuis le début avec un monstre. Une chose qui pourrait à tout instant devenir fou et les assassiner sans scrupule. Il avait vu sa force, son endurance, supérieur même à celle d'un Garde des Ombres ou du Qunari Sten. Il n'était peut-être pas fou, mais quel degré l'en séparait vraiment ? Quel fragile barrière mentale lui permettait de tenir en respect sa folie ? Et même alors… Il avait vu des choses improbables. Mais il avait besoin d'une confirmation de ses propres yeux. Voyant que sa décision semblait attendue, il leva la main et parla.
- Avez vous une preuve tangible à nous montrer de votre état ? Mis à part cette marque ?
Sirion acquiesça, à sa surprise, et dégaina son long coutelas doré. Les Gardes se raidirent, mais le mouvement suivant ne fut pas celui auquel ils s'attendaient. D'un seul geste vif, l'homme planta l'arme dans sa poitrine, la pivota et retira ensuite dans une gerbe de sang, le visage impassible. Thorn contempla sans trop y croire l'horrible plaie déversant du sang, puis la figure impassible de… Du mort-vivant qui le regardait. Une dizaine de secondes passèrent. Puis encore une autre. Mais Sirion était toujours debout, sans aucune manifestation de souffrance.
- Vous n'êtes pas censé mourir d'une blessure pareille ? S'étrangla Alistair d'une voix blanche.
- J'ai survécu à pire.
- Pire que... Sainte Andrasté, vous allez vous vider de votre sang ! Explosa Leliana, choquée.
Thorn regarda le mort-vivant repoussant les tentatives de la barde de lui faire des bandages, avant de brandir une figurine d'ivoire en récitant ce qui ressemblait à une prière. Une douce lumière dorée illumina la clairière, et la blessure s'effaça. Était-ce vraiment réel ? Il en aurait douté si il ne savait pas une chose : il n'avait pas assez d'imagination pour inventer tout ça. Mort-vivant, abomination, quel qu'il soit, Sirion s'était prouvé fiable et utile. Ils avaient déjà trop peu d'alliés, le rejeter était une folie. Avisant les étoiles et le feu déclinant, il se rendit compte à quel point la nuit avait avancée. Mais ils étaient dans le territoire dalatien. Les chances que des engeances s'approchent sans qu'il ne le remarquent était faible. Sa décision était prise.
- Sirion, peu m'importe ce que vous êtes. Vous avez prouvé que vous étiez loyal, et votre aide est précieuse. Vous restez avec nous. Déclara le Garde des Ombres.
- Heu… C'est que…
Un regard appuyé et Alistair se tu. Sirion se rhabilla, et l'elfe nota que la fraîcheur de la nuit ne semblait pas l'affecter. Ce n'était guère une surprise par rapport au reste, mais un détail de plus.
- Y a t-il d'autres différences entre vous et les humains normaux ? Demanda t-il, curieux.
Sirion s'arrêta, semblant confus un instant avant de se rasseoir et de répondre, lentement.
- Je n'y avais jamais vraiment… réfléchi. Nous n'avons que peu… plutôt, pas besoin d'eau et de nourriture. La plupart des poisons sont trop faibles pour nous affecter. Nous ne sommes pas touchés par les maladies également.
Cela pourrait-il inclure la souillure de l'engeance ? Se demanda l'elfe, l'esprit qui bouillonnait à présent. C'était… Inespéré. Rendre les gens immunisé à la souillure était peut-être possible. Que les elfes ne meurent plus sous les blessures de l'engeance.
- Continuez votre histoire. Déclara t-il en laissant l'idée dans un coin de sa tête. Vous n'êtes évidemment pas resté éternellement dans cet asile, à pourrir sur place.
POV Neutre
Image ô combien appropriée. Parce que seul le but que le Garde donnait actuellement, celui de détruire l'engeance et de payer sa dette, l'empêchait d'errer sans but pour éventuellement devenir une Carcasse. Et dans cet asile, ce fut très proche d'arriver.
- J'ignore combien de temps je suis resté dans ma cellule… Des années, des décennies, sans doutes des siècles. Mais je suis resté sain d'esprit. Et un jour, quelque chose rompit mon attente. Un homme lâcha un cadavre depuis le toit de ma cellule, la clé de la porte planté dans son torse.
- Macabre. Commenta Zévran. Pourquoi n'avoir pas juste lâché la clé ?
- Je sortis de ma prison, et retrouvait rapidement mon sauveur. Il s'appelait Oscar, Oscar d'Astora. Je le trouvait mortellement blessé, et il me confia alors ce qui lui était le plus précieux : sa fiole d'Estus, et la prophétie. C'était à cause de cette prophétie qu'il avait libéré tout les prisonniers de l'asile. Elle disait : Toi qui est mort-vivant, tu est élu. Tu t'échappera de l'Asile des mort-vivants, et entamera un pèlerinage sur la terre des Seigneurs. Lorsque tu aura sonné la Cloche de l'Éveil, le destin des mort-vivants tu connaîtra… Oscar n'avait plus la force de continuer. Il me demanda de partir, car lors de sa résurrection il ne serait plus qu'une carcasse. Je le laissais à son sort, récupérant une épée en bon état et un bouclier sur des Carcasses me barrant la route. Je me retrouvais finalement dans la cour de l'asile, et à ce moment le démon de l'asile m'attaqua.
- Un démon ? L'asile était gardé par un démon ? S'exclama Leliana, incrédule.
- Le garde idéal, aussi éternel que ses captifs, et bien plus puissant. C'était lui qui avait blessé Oscar. Mais je triomphais. A l'extérieur, j'atteignis le pic, et fut emporté dans les serres d'un corbeau géant, qui m'amena au sanctuaire de Lige-Feu.
- Je commence à croire que ma mère possède de la famille là-bas. Murmura Morrigan. Ce type d'action est sa spécialité.
- Là-bas, je découvrais un guerrier sans nom, qui avait abandonné la quête que j'entreprenais. J'appris ainsi qu'il y avait en réalité deux cloches. L'une d'entre elle était dans les hauteurs du village des morts-vivants, l'autre dans les profondeurs du Hameau du Crépuscule. Le Sanctuaire de Lige-Feu étant à la croisé des chemins, je choisis de commencer par celle du village. En chemin, je rencontrais celui qui devait devenir mon... ami. Solaire d'Astora. Un homme étrange. Optimiste, joyeux… Son aide me fut précieuse pour vaincre les gargouilles de pierre gardant la première Cloche. Je descendis ensuite dans le Hameau du crépuscule, et…
Sa voix se craquela.
- J'ignorais qui elle était à cet instant. Un obstacle sur le chemin de la Cloche, qui voulait ma mort pour des raisons qui ne m'effleuraient pas l'esprit. Un monstre au torse de femme juchée sur une grotesque araignée, une épée de feu à la main. Je l'ai tué, puis sonné la cloche qu'elle gardait. Et en empruntant dans un étroit passage, j'ai découvert sa raison. Identique en apparence, un torse de femme sur un corps d'araignée géante. Mais pâle comme la neige, mains jointes en une prière, les yeux éternellement clos. J'ai tenté de lui parler. Et elle m'a répondu, m'appelant Queelag. M'appelant sa sœur, car elle seule pouvait la comprendre. Elle ignorait, et moi aussi à ce moment, que nous ne nous comprenions uniquement grâce à ceci.
Il ôta de son doigt un anneau de bronze terni et le montra à tous, faisant jouer la lumière sur le métal gravé. Le bijou semblait simple, mais les gravures étaient d'une finesse remarquable, prouvant le talent de l'artisan.
- Son nom était Quelaan. C'était l'une des filles survivantes de la Sorcière d'Izalith, transformées par la Flamme du Chaos. Sa sœur s'était placé sur le chemin de la Cloche, tuant les mort-vivants voulant accomplir la prophétie afin lui offrir leur humanité, unique chose capable de soulager sa douleur. Et à présent elle me rassurait, m'affirmait faiblement que sa souffrance constante n'était pas un problème, parce que j'étais là, moi, sa sœur bien-aimée…
Sirion se tut, remettant l'anneau à son doigt. Il tenta de reprendre le fil du récit, mais sa gorge nouée par l'émotion bloqua les mots avant qu'ils ne sortent. Il lui fallut plusieurs minute de silence avant qu'il ne puisse parler de nouveau.
- Je la laissait là. Je ne pouvais rien faire pour elle, si ce n'est lui donner les humanités que j'avais collecté sur les Carcasses. Je revins au sanctuaire de Lige-Feu, et y découvrit l'origine du nom des cloches de l'éveil. Du sol avait jaillit un immense serpent à moustache, à l'haleine si atroce qu'elle pourrait assommer un démon sur place, réveillé par les cloches.
- Des moustaches ? Sur un serpent ? Vous amenez le bizarre à un nouveau niveau. Fit Alistair, qui peinait à s'imaginer la chose.
- Frampt le Cherche-Roi se présenta à moi comme un serpent primordial, allié de Gwen. Il me donna une tâche : triompher des épreuves de la forteresse de Sen, et rallier la cité des dieux, Anor Londo, afin d'y réclamer le Calice Royal. Les cloches de l'éveil avaient également réveillé les géant de la citadelle, les forçant à ouvrir les portes. Je regrettais vite de les avoir franchis. Si il y a un endroit qui a bien failli me rendre fou, ce n'est pas l'asile, mais cette maudite forteresse. Elle était remplis d'homme-serpent, certains sorciers. Des pièges lançant des dards empoisonnés, des lames géantes se balançant sur des ponts étroits sous les sorts des hommes-serpent, des trappes menant dans des gouffres remplis de pieux. Des Carcasses également, beaucoup de ceux ayant tentés avant moi l'ascension et ont renoncé pour devenir charognards sur les suivants.
- Je me demande comment vous vous y êtes pris pour survivre. Avec une telle expérience, les Corbeaux vous embaucheraient volontiers. Commenta Zévran.
- Je n'ai pas survécu. Répondit aigrement Sirion. Je suis mort dans chaque piège, chaque embuscade. J'ai été foudroyé des dizaines de fois par les sorciers lézards, transpercés par les pieux des trappes, égorgé par des carcasses dans des couloirs sombres, écrasés par les géants des sommets de la forteresse. Mais le golem fut le pire. Au sommet de la forteresse se dressait un golem d'acier de plus de dix mètres de hauts, armé d'une hache gigantesque. J'ai brisé un nombre incalculable d'épées, de haches et de masses sur ses jambes de métal avant d'être tranché ou broyé, pour remonter et réessayer en vain. Pour le vaincre, j'ai du changer d'approche. Je repartis vers le sanctuaire de Lige-Feu pour y retrouver Laurentius. C'était un pyromancien du Grand Marais, et puisque je l'avais sauvé d'un boucher Carcasse, il m'était reconnaissant. Assez pour m'offrir un apprentissage dans la pyromancie.
L'assemblé devint soudainement incroyablement attentive. Sirion leva la main droite, et une flamme rougeâtre y dansa avant d'être projeté dans le feu mourant, le ranimant dans une flambée spectaculaire éclairant la clairière entière.
- La pyromancie est un art bien distinct de la sorcellerie. Au lieu de prendre sa source dans l'âme, il vient du feu de la vie qui anime les choses, même les mort-vivants. Laurentius me céda une partie de sa flamme de vie afin d'embraser la mienne, me donnant accès aux pouvoirs du feu à travers ma main droite. C'est une forme de pouvoir simple, mais très puissante. Lorsque je me confrontais de nouveau au golem, je fis fondre sa jambe droite avant de le pousser dans le vide, l'envoyant se fracasser contre l'abîme en contrebas. Mais au sommet de la forteresse, je ne voyais que l'immense muraille de pierre séparant la cité d'Anor Londo des terres des hommes. J'ignorais comment y accéder. Du moins jusqu'à ce que des démons ailés me saisissent, et ne m'amène par les airs à une des tours des remparts.
- Vous en faites une habitude. Si nous disposions de tel moyens de transport, notre mission en serait grandement facilité. S'amusa Thorn.
- Anor Londo est… Magnifique. Souffla Sirion, les yeux dans le vague. Une citée gigantesque, toute en arches et en vitraux, rendue plus belle encore par le soleil au zénith. Aucune ville humaine ne s'en rapproche, de près où de loin… Mais l'endroit était vide, ses habitant partis. Les sentinelles royales et des chevaliers d'argents me barrèrent la route jusqu'à la citadelle, de même que d'autres démons ailés. Plus loin je retrouvais Solaire, qui était parvenu à la cité avant moi. Nous discutâmes plus avant, et ce fut à ce moment que nous devînmes véritablement amis. Il me fit alors une offre : devenir un chevalier solaire, comme lui. J'acceptais. Pénétrant plus avant dans la citadelle, je découvris ceux qui gardaient le Calice Royal. Le Tueur de Dragons Orstein, un des quatre chevaliers royaux de Gwen, et Smough, le bourreau. Je me devais de leur prouver ma valeur pour passer… Ce fut l'un des combats les plus difficiles de ma vie : Orstein était rapide, si rapide que l'œil ne pouvait le suivre, Smough était un colosse armé d'un marteau si lourd que même un démon ne pourrait le soulever. Sans l'assistance de Solaire, je n'aurais jamais pu les tuer tout les deux.
- Mais vous aviez dit que… Vous deviez prouver votre valeur, pas… Objecta Leliana avant de se faire couper.
- Ils avaient accomplis leur devoir de gardiens. Moi, j'avais une prophétie à accomplir. Lorsque je suis monté jusqu'à la chambre royale, je ne m'attendais cependant pas à la découvrir. Plus grande encore qu'Orstein, qui me dépassait de plusieurs têtes, je découvrais la souveraine d'Anor Londo. Gwenevere, Princesse Solaire et fille aînée de Gwen. Elle me félicita d'être arrivée jusqu'ici, puis me donna le Calice Royal. Elle me dit que j'étais l'héritier du Feu de ce monde, celui qui devait succéder à Gwen. Avant que je ne parte, elle m'accepta en tant que membre de la Garde de la Princesse, me donnant deux puissants miracles de guérisons avant de me dire de suivre les instructions de Frampt. Je me rendis au Sanctuaire de Lige-Feu en utilisant le pouvoir du Calice Royal, qui pouvait me transporter instantanément d'un Feu à l'autre.
- Aucun mage n'a le pouvoir de réaliser quelque chose de semblable. Même nos Archivistes n'ont pas souvenir d'un temps où nous possédions de tels pouvoirs. Murmura Thorn.
- Si tant est que nous les ayons jamais possédés. Piqua Zévran, qui garda son sourire entendu malgré les yeux roulants du garde.
- Frampt m'accueillit avec une joie frénétique, avant de m'amener dans les profondeurs du sanctuaire. Là, il me montra une immense arche de pierre scellée, la porte menant à la Première Flamme et à Gwen. Je déposais le Calice Royal sur l'autel, et une flamme claire s'y alluma. Alors seulement, Frampt consentit à tout me dire. J'étais l'élu parmi les mort-vivants, celui qui devait succéder au seigneur Gwen. Pour parvenir à déverrouiller le sceau qui menait au souverain, je devais apporter au Calice Royal des âmes d'une puissance immense, équivalentes à celle de Gwen lui-même. Et des êtes pareils, il n'en existait que peu.
- Quels furent donc les « heureux élus ? » Demanda sarcastiquement Morrigan.
- Seath l'écorché et les Quatre Rois, ayant hérités d'un fragment de l'âme de Gwen pour leurs services. Mais également… Nito, Premier d'entre les morts, et le Foyer du Chaos, anciennement la Sorcière d'Izalith.
Les noms passèrent, puis soudain le lien se fit dans les esprits. Leliana fut la plus prompte à réagir, celle ayant compris le plus vite et dont la simple compréhension de l'acte lui donnait le vertige, et sa voix était autant horrifiée qu'accusatrice.
- Non, c'est impossible ! Ce que vous deviez… Non, ce que vous avez fait !
- Essentiellement, on peut appeler cela un déicide. Confirma le mort-vivant hochant la tête avec gravité, le poids de l'acte semblant encore peser sur ses épaules...
