Chapitre 9 – Molly _alone
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Le soir du retour de Poudlard était toujours le plus animé et bruyant - chacun essayait de résumer 9 mois d'école en quelques mots à chaque membre de la famille, Arthur et Molly tentait de suivre, mais seule Ginny semblait réellement enregistrer ce qui se passait aux 4 coins de la table. Pour une fois, l'histoire de Ron l'emporta sur les récits de Quidditch et de farces des jumeaux : Nicolas Flamel, Touffu, la pierre philosophale, l'échiquier de McGonagall, le troll,… ça faisait beaucoup pour un élève de première année, qui n'était même pas allé hors des sentiers battus de son propre chef.
Les parents étaient étonnés que l'histoire n'ait pas fuité dans la presse : on ne pouvait pas décemment rappeler au monde des sorciers que Voldemort n'était pas mort. Cela soulèverait un vent de panique, alors que finalement, un enfant de 11 ans avait su le repousser. Jusqu'à quand, restait une autre question.
- Pomfresh a intercepté notre siège des toilettes, fit un des jumeaux, visiblement désolé.
- On n'offre pas des sièges de toilettes aux amis en convalescence, Fred, dit Molly.
- T'inquiète, m'man, la moitié de l'école a envoyé des bonbons à Harry, il en a jusqu'en septembre…
- Merci de ne pas m'appeler « m'man »…
La flemme de prononcer toutes les lettres du nom qu'ils continuaient à appeler à longueur de temps pour des choses aussi ridicules que la faim ou la chasse aux objets perdus, était bien la preuve qu'ils étaient tous des ados, à présent.
- Qui re-veut de la tarte à la rhubarbe ?
Sans surprise, la main de Ron fusa dans les airs. Molly espérait sincèrement qu'il faisait la même chose quand Minerva McGonagall lui posait une question.
Elle se souvenait encore de la fois où, à 4 ans, elle avait dû emmener un Ron malade à Sainte-Mangosute et que le Médicomage lui avait demandé :
- Il a pu manger un truc qu'il n'aurait pas dû ?
Molly avait alors fait une liste mentale des dernières explorations gustatives des Weasley. Savon goût citrouille, terre, boue, sable, fumier de dragon (alors que, miracle ! l'odeur avait réussi à faire fuir les gnomes autour de ses rhododendrons), Chocogrenouilles périmés,…
- Va falloir être plus précis sur ce que vous cherchez, avait-elle répondu.
Clairement, une année à Poudlard n'avait pas rassasié Ron.
- Vous savez déjà qui sera le remplaçant du professeur Quirrell ? demanda Bill, qui était de la partie.
- Pas encore… J'espère que ce sera un vampire, dit Ron.
- C'est possible ? fit Ginny, un peu effrayée.
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- Non, Ginny, il n'y a pas de vampire au château… fit Bill avec patience.
- Mais Ron dit qu'il y a un chien à trois têtes !
- Bien enfermé, dans un couloir interdit d'accès aux élèves… Et avec le raffut que ça a fait, je pense qu'il sera déplacé l'an prochain. Le seul endroit qui peut être vraiment dangereux, c'est la Forête interdite.
Ginny releva les yeux de son bol.
- Luna n'en démord pas, elle dit que sa tante s'est installée là-bas, qu'elle n'y est pas morte…
- Luna pense un tas de choses qui n'ont pas été prouvées… Jusqu'à preuve du contraire, aucune personne saine d'esprit ne disparait pendant 15 ans dans une forêt connue pour abriter pas mal de trucs dentus et cornus, sans donner de nouvelles à sa sœur jumelle.
Ginny ne pouvait pas le contredire. Elle mordit dans un croissant frais. Les autres dormaient encore, mais Bill s'était toujours levé tôt l'été pour aller jusqu'à la boulangerie de Loutry-Sainte-Chaspoule. Il avait commencé l'été de ses 10 ans, quand la livre moldue était moins forte que le cours du Gallion. On le regardait bizarrement au village : c'était l'enfant extrêmement poli et aimable qui était scolarisé à la maison, comme sa flopée de frères et sœurs. Certains au village pensaient qu'ils étaient membres d'une église extrêmement conservatrice, voire d'une secte, mais la plupart des Moldus ne faisaient pas attention à cette famille qui ne participait pas à la fête du village. Tous ses frères et sœur lui avaient demandé de travailler à la boulangerie pour pouvoir ramener les invendus le soir, mais ç'aurait été trop dangereux. Bill aurait dû s'inventer une autre vie, justifier le secret qui entourait le Terrier… A la place, il avait fait des stages comme conjureurs de mauvais sorts avec un collègue d'Arthur pendant 2 étés. Le début de sa carrière. Mais l'été, lorsqu'il passait voir sa famille pour quelques jours, c'était de nouveau le temps des croissants et des pains au chocolat.
- Tu crois que je serai à la hauteur ? fit Ginny.
D'un coup, sa flamboyante petite sœur semblait une toute petite fille.
- J'en suis certain, dit-il en serrant brièvement son épaule.
Il fit disparaître la toile d'araignée qui était apparue sur la lampe de la salle à manger durant la nuit - Ron n'allait pas tarder à se réveiller et il savait que même à son âge, il refuserait de manger avec ça au-dessus de sa tête.
- Allez, je file, Gin'… J'essaierai de passer vous voir quand vous serez au Chemin de Traverse.
- Tu pars quand pour l'Egypte ?
- Mi-septembre. Mais je t'écrirai, ne t'inquiète pas.
- Envoie-moi un scarabée, si tu peux…
- Il paraît que tes Chauve-Furies sont impressionnants… pas besoin de mes petits attrape-touristes… Et puis, tu pourras venir en acheter un toi-même, je sais que les parents viennent pour Noël…
Ginny sourit, rassurée. Elle pouvait tenir 4 mois. Elle serra son frère fort contre elle et il sourit gentiment dans ses longs cheveux roux.
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Molly regardait les 7 qui volaient dans le verger, l'air visiblement agacée.
- Qu'est-ce qui t'arrive ?
- Je fais à manger pour un régiment, j'instaure la règle « zéro reste », et pourtant, j'ai une armée de garçons filiformes… ! Je suis sûre que vivre au grand air n'est pas la seule raison…
- La génétique alors ? rit Arthur, qui avait toujours été maigrichon.
Elle leva un sourcil encore plus agacé.
– J'ai allaité ces 7 garnements, passé ma vie à crapahuter à leur suite - ce qu'on peut considérer un rythme plus efficace et constant que la salle de sport - je m'assois deux fois par jour à table avec eux, et je n'ai jamais perdu le moindre gramme entre mes grossesses… que dit la génétique à ça ?
- Que tu es bien comme tu es. Médicalement et esthétiquement parlant.
Molly se souviendrait toujours de la fois où il s'était planté devant la glace de leur chambre et qu'il lui avait demandé :
– Elle te plaît cette grande asperge myope qui perd déjà ses cheveux ?
- Beaucoup. Et tu ne perds pas tes cheveux.
- C'est camouflable sous les épis pour l'instant, mais ça ne saurait durer…
- Et toi, tu aimes cette grosse patate qui n'a plus le temps de bien se coiffer comme avant et qui remet toujours sa même robe de grossesse à tous les Bals du Ministère ?
- Comme une excellente pâtisserie dont on ne saurait se passer.
– Flatteur.
Et voilà, dix ans après, elle était toujours une excellente pâtisserie. Molly la Bonne Pâte. Bonjour le surnom.
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Salut Harry,
Comment ça va, les vacances ? Maman t'attend de pied ferme, mais il faut que tu nous dises quand tu veux qu'on vienne de chercher pour ne pas trop déranger tes Moldus... On avait dit fin juillet mais tu peux confirmer ?
Sinon, ma sœur ne parle que de toi depuis le début de l'été… C'est hyper lourd… Elle s'imagine, quoi ? Que je te connais moins qu'elle ? Les filles…
Sinon, les jumeaux ont réussi à casser la dernière assiette du service de mariage des parents… Tu aurais vu maman… Ils sont de corvée de vaisselle pendant deux semaines (oh yeah !). Tu verras ici, c'est pas le grand luxe et on travaille parfois comme des elfes de maison, mais tout va plus vite à 7…
Bref, j'attends de tes nouvelles pour te faire découvrir le Terrier.
Ron
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Salut Harry !
Je t'envoie le dernier numéro de Balai Magazine (les Canons de Chudley ont encore perdu contre les Tornades de Tutshill… mais de seulement de 60 points !), des fois que ça t'intéresse. Bill et Charlie sont hyper impressionnés que tu aies rejoint l'équipe en première année (Charlie était vert… Lui a dû attendre sa deuxième année pour qu'on reconnaisse son talent et il était un des plus jeunes recrutés avant que tu le détrônes…). Tu peux faire prendre l'air à ton Nimbus chez les Moldus ? Ils ne te mènent pas trop la vie dure ?
Ron
PS : tu peux reconfirmer la date où tu veux qu'on vienne te chercher ? Si on vient par Cheminette, il faut que Papa prévienne le Service des transports magiques en avance.
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Salut Harry !
Tu as reçu mes dernières lettres ? On ne sait jamais avec Errol, il est un peu vieux… Comment se passe le début de l'été ? Hermione m'a déjà envoyé une lettre parce qu'elle est toute fière d'avoir deviné la liste des livres (sauf pour la Défense contre les F.d.M.) de l'année, vu qu'elle a interrogé des élèves qui étaient en deuxième année… On parie qu'elle les aura lus avant la semaine prochaine ?
Sinon, tu veux venir à partir de quelle date à la maison ? (Maman demande parce qu'elle aimerait bien qu'on aille dans la maison de vacances de Tante Muriel avant ton arrivée)
Bref, j'y retourne avant que les jumeaux ne mettent la main sur mon balai (on peut jouer au Quidditch, ici)… DONNE DES NOUVELLES !
Ron
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Harry : REPONDS !
Les parents vont essayer de venir te chercher… Je crois que les parents sont presque plus inquiets que moi maintenant… Si tu reçois les lettres mais que tu ne peux pas répondre, tu veux bien faire un signe ? Larguer Hedwige, envoyer une lettre moldue (mon père adoooorerait, il attend qu'une chose : que tu arrives pour te poser toutes les questions qu'il a sur les Moldus), n'importe quoi !
Ron
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- Ca fait quatre lettres auxquelles il ne répond pas… Vous croyez qu'il lui est arrivé quelque chose ?
Les jumeaux et Percy ne semblaient pas penser que leur amitié avait été une chimère. Arthur confirma que les Moldus utilisaient les lettres, et surtout, y répondaient, bien qu'ils n'utilisent pas des hiboux (Ron avait à cette occasion était surpris d'entendre son père dire des Moldus qu'ils étaient timbrés… dans le doute, il posa la question à Harry dans une lettre, mais celle-ci revint, comme les premières sans réponses). Molly affirma que ce garçon qu'elle n'avait vu que quelques minutes voie 9 ¾ était quelqu'un de poli, qui aurait dû répondre à une invitation et trois lettres de son ami, et s'inquiéta outre mesure, comme la maman inquiète qu'elle était. Elle avait, soi-disant, un nez pour ces choses-là.
Ron rongea son frein pendant les deux semaines qui suivirent sa première lettre. Bien sûr, il ne pouvait pas forcer Harry à venir si lui ou ses Moldus ne le voulaient pas, mais il le voyait mal ignorer complètement ses lettres : elles devaient être interceptées d'une façon ou d'une autre.
- Mais à qui il écrit sans arrêt comme ça ? On l'aurait su si une fille lui tournait autour… Hermione mise à part… fit Fred.
- C'est sans doute Harry… dit George, peu étonné.
- Tu crois qu'ils préparent un coup ?
- Ce serait cool… fit George.
Mais Ron ne laissa rien trahir. Les jumeaux reportèrent donc leur attention sur un autre individu de la maisonnée : Percy les intriguait. Mais même quand ils essayèrent d'intercepter Hermès en l'appâtant avec des Miamhiboux, perchés sur leurs balais, ils n'eurent droit qu'à une enveloppe sans nom et magiquement scellé (leur mère laissait sa baguette à Percy pendant l'été, jugeant que lui, l'utiliserait de façon raisonnable.)
On frappa à la porte. Fred et George échangèrent un regard inquiet, et rangèrent leur attirail, et les ingrédients qu'ils étaient en train de tester sous leur lit. Depuis la mort de la mère de Luna Lovegood en pleine expérimentation magique, Molly était passé en mode anti-expériences auprès des jumeaux.
- Quelqu'un veut jouer à cache-cache ? fit timidement Ginny, un peu effrayée qu'on la traite de bébé. Les Moldus vont couper le maïs la semaine prochaine, faut en profiter…
Elle ne commenta pas l'odeur de poudre qui régnait dans la chambre des jumeaux, même si leurs expériences l'inquiétaient - elle ne savait pas ce qu'elle ferait sans ses grands-frères.
- Si tu arrives à sortir Percy de sa chambre, on arrive… sourit Fred.
- Tu crois qu'il passe ses journées face à son miroir ?
- Attends qu'il ait reçu son badge de préfet-en-chef…
- Il passera tellement de temps à l'admirer qu'il risque de rater le 1er septembre…
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Ron se souvenait du regard indifférent de Percy quand il lui avait cédé « dans sa grande bonté » le ronflant Croûtard, avant d'aller lisser les plumes de son magnifique Hermès.
Ron se souvenait du Miroir du Risèd et de ce qu'il y avait vu.
Ron se souvenait du Choixpeau, qui lui avait dit lors de son premier jour à Poudlard: « Ah ! Encore un Weasley », alors que lui avait toujours imaginé Poudlard comme le lieu où il serait justement plus qu' « un Weasley ».
Harry avait vu le Ron avant le Weasley, contrairement à un certain Serpentard gominé, et c'était pour cette raison qu'Harry était devenu son meilleur ami. Hermione avait bien jugé Drago : en choisissant Ron plutôt que Drago, Harry avait définitivement dit « non » à tous les anciens Mangemorts qui avaient attendu qu'il revienne dans le monde magique pour le jauger, évaluer ses chances de devenir le nouveau Vous-Savez-Qui.
Alors Ron allait secourir Harry Potter.
Il se sentait l'âme d'un héros pour la première fois depuis longtemps. Ce serait lui qui mènerait une expédition digne des jumeaux Weasley. Il avait été courageux, et intelligent quand il avait fallu arrêter Rogue/Quirrell/Voldemort/les méchants, quoi. Sa version à lui de sauver le monde.
A côté, sortir son meilleur ami d'une maison moldue devrait être du gâteau, non ?
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Un tournoi de Bataille explosive était parfait pour couvrir une conspiration. Mais c'était aussi la meilleure façon de rendre Molly folle.
- Dehors ! Il fait beau, trouvez un truc utile à faire mais de-hors !
- Maman est un peu sur les nerfs, non ? rit George en les emmenant près du massif de fleurs où se trouvait le terrier des gnomes.
Elle leur avait fait nettoyer toute la maison, persuadée qu'Harry arriverait bientôt. C'était presque pire qu'à l'époque où Muriel leur rendait visite et où c'était le nettoyage général. Elle semblait traiter Harry comme un invité VIP, bien que ses fils lui ait dit que c'était un garçon simple.
- On y va, cette nuit, d'accord ?
- Chuuut ! Tu veux que Ginny nous entende ?
Elle n'était pas du genre à cafarder mais elle aurait certainement insisté pour venir. Elle leur avait parlé d'Harry pendant la moitié de l'été…
- Oh, ce n'est pas d'elle qu'il faut se méfier… on ne va plus la tenir quand elle le verra.
- On emmène Percy ? fit Ron.
- NON MAIS ÇA VA PAS ?! chuchota Fred tellement fort que Ron sursauta.
- Bon, bon… c'est juste qu'il connait plein de sorts utiles et que lui, a son permis…
- Si tu préviens le petit soldat de maman, autant tracer tout de suite un trait sur tes plans…
Ron ne dit rien. Il avait apprécié que, pendant le dîner de leur retour, Percy tente de mettre en avant ce que Ron avait fait. Il avait semblé fier en parlant des 50 points qu'il avait gagné grâce aux échecs – jeu que Percy lui avait appris. Même si l'éloge était passée inaperçue, vu que les jumeaux s'étaient moqué de Percy qu'ils considéraient comme le relais officieux de l'école, le préfet, même hors de l'année scolaire. Ron avait noté le compliment… mais les jumeaux avaient raison : ce n'était pas un aventurier. Il risquait de tout faire rater.
- Cette nuit ?
- Cette nuit, dirent les jumeaux en chœur.
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- Je ne sais jamais ce qu'ils vont m'inventer de nouveau… fit Molly en regardant les marshmallows sauteurs que les jumeaux avaient mis au point danser dans les flammes du barbecue.
Comme pour confirmer ce constat défaitiste, ils utilisèrent la voiture volante la nuit suivante pour parcourir la moitié du pays et aller chercher Harry Potter chez lui. Rien que ça.
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Arthur remarqua l'air gêné d'Harry qui en était à accepter son troisième muffin. C'avait l'air d'être un garçon timide – ou intimidé par le monde de la magie.
- Ce n'est pas personnel, dit-il en se penchant vers lui. Molly pense qu'il est de son devoir de nourrir tout le monde. Mais promis, même si elle te farcit, elle ne te mangera pas.
Molly se retourna vers Arthur.
- Tu as dit quelque chose ?
- Que tu étais une cuisinière exceptionnelle, chérie…
Elle lui lança un regard soupçonneux, avant de reporter son attention sur l'émission « Salut les sorciers ! » qui parlait des bons plans pour la rentrée – utile quand on avait 5 têtes à fournir en livres, nécessaires d'apothicaire, et trousseau du parfait petit étudiant de Poudlard. Elle monta le son en entendant que Gilderoy Lockhart faisait une séance de dédicace à Fleury et Botts cette matinée-là.
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- Perdu ?! Comment ça perdu ?!
Ginny avait sincèrement la trouille. Cet homme devait bien faire 5 fois sa taille.
- Il a mal prononcé la destination, expliqua Molly à Hagrid. Mais il connait le Chemin de Traverse donc il visualisait la bonne destination… il n'a pas pu atterrir très loin.
Le demi-géant fronça ses sourcils broussailleux.
- Je vais ouvrir l'œil. Bon courage pour les courses, dit-il avec un clin d'œil de ses yeux noirs.
Ginny lui fit un sourire timide et le regarda partir.
- Pourquoi il est si grand ?
- Ce n'est pas une question polie, Ginny.
Molly pensait à un Sort d'Engorgement ou un accident magique – er ce n'était le genre de chose dont on parlait.
- Allons acheter tes robes…
D'occasion, cela va sans dire, pensa Ginny quand elle entra en soupirant dans une boutique miteuse du bout de la rue. Les jumeaux avaient disparu au Palais du Balai avec un ami de Poudlard rencontré dans la rue. Sa matinée ne fut pas vraiment animée avant qu'ils ne retrouvent Harry… et Draco Malfoy.
Elle ne l'avait jamais rencontré auparavant, mais elle n'eut aucun mal à reconnaître le fils de celui que son père lui avait toujours désigné comme un ancien Mangemort lorsqu'ils le voyaient au bal du Ministère.
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- Je te jure ! Qui sont les adultes, ici ? dit Molly en sortant Arthur de chez Fleury et Botts, honteuse.
Arthur avait un bleu sous la joue – rien dont il ne soit pas fier.
En sortant, elle croisa une femme blonde qui regardait son mari avec un air effaré.
Molly n'avait eu aucune raison de ne pas aimer Narcissa Malfoy. Elles n'étaient pas tout à fait de la même génération, s'étaient croisées seulement quelques mois à Poudlard, et, somme toute, elles ne se connaissaient pas. Les regards de mépris qu'elle avait lancés à sa famille pendant les bals de Noël du Ministère ne l'avaient pas choquée : les Malfoy en avaient pour la moitié de la salle.
C'était surtout l'inimitié tenace entre Arthur et Lucius, et aussi la manière dont chacune des deux femmes avaient vécu leur grossesse, qui les avaient montées l'une l'autre. Molly avait appris tardivement les difficultés qu'avait eues Lady Malfoy à avoir un enfant. Narcissa disait haut et fort qu'elle avait choisi de n'avoir qu'un enfant pour le choyer et lui offrir toutes ses chances. Le fait de garder une silhouette élégante avait également été mentionné. Mais Molly savait par ses anciennes collègues de Sainte-Mangouste qu'elle avait bataillé pendant des années pour avoir un enfant et qu'en avoir un autre l'aurait réellement mise en danger. Ce n'était pas vraiment une « faiblesse » que les pro-Sangs-purs voulaient qu'on ébruite. Molly n'en avait rien dit. Elle n'avait rien contre Narcissa.
Narcissa avait paru circonspecte lorsque Molly avait débarqué avec tous ses enfants pendant les bals. Le dédain avait finalement pris le dessus, mais Molly était presque sûre d'avoir déjà perçu des regards songeurs dans sa direction, pas totalement hostiles et peut-être envieux. Dans les yeux de Drago aussi… même si aujourd'hui il avait appris la leçon des Malfoy, et lançait des regards hautains aux Weasley, à Harry et aux Granger.
Molly et Narcissa ne se détestaient donc pas, même si en public, Narcissa faisait les remarques qu'il fallait. Le combat de coqs que se livraient leurs maris, en revanche, n'était pas prêt de s'arrêter…
- Woow, pensa Ron, tandis qu'ils remontaient l'artère principale.
Ce papa boxeur dont il ne soupçonnait pas l'existence (et l'efficacité du crochet gauche) était cool.
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Dans la Ford Anglia, Ginny et Molly étaient assises sur le siège avant et se tenaient la main – leur dernier moment de complicité mère/fille avant de passer voie 9 ¾.
Ginny avança d'un pas résolu vers la barrière entre les voies 9 et 10. Pas moyen qu'elle laisse paraître de fragilité le jour de sa rentrée.
La locomotive siffla. Les Weasley eurent tout juste le temps de faire monter tout le monde en voiture. Tout le monde ? Une seconde…
Molly recompta – réflexe bien ancré, à présent.
- Arthur, tu as vu Ron ? Et Harry ?
– Non, et toi ?
– Fred, George, vous savez où est votre frère ? cria-t-elle par la fenêtre du compartiment où ils étaient.
– Lequel ? sourit George tandis que le premier coup de sifflet les coupait.
– Ce n'est pas drôle ! Ron !
– Pas vu, dit Fred avec un sourire.
Le sourire de George se figea en voyant que ses parents étaient vraiment inquiets.
– Bah, on va le chercher, quelqu'un a dû l'enfermer dans le compartiment à bagages ou un truc du genre (c'était ce qu'eux, auraient fait à Ron lors de son premier trajet en Poudlard Express, s'il ne s'était pas assis avec Harry…) Peut-être qu'ils sont partis chercher un compartiment avec Hermione…
Mais Molly était presque sûre de l'avoir vue dans un autre compartiment avec un garçon qui devait être le fils Londubat. Elle lança un regard inquiet à la foule de parents. Elle eut juste le temps de crier « Ne faites pas trop de bêtises ! », son « au revoir » habituel, que le train s'ébranla. Elle avait cessé de dire « ne faites pas de bêtises » après leur première année… limiter la casse était déjà quelque chose.
Ils sortirent dans le Londres moldu. Ils cherchèrent la voiture. Et cherchèrent encore. Pas de voiture.
- Ils plaisantent, là ?
Pour toute réponse, Arthur fixa le ciel gris.
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- « Le réacteur d'invisibilité est tout à fait fiable» ?! cria Molly, une fois qu'elle eut menacé les journalistes à sa porte de lâcher la goule sur eux et refermé la porte. Désolé de te dire ça, mais ce tas de ferraille que tu as l'audace d'appeler une voiture n'avait pas de réacteur d'invisibilité hier, non monsieur !
Arthur la regarda, tout penaud.
- Il semblerait en effet…
Il la regarda partir à la recherche d'une des Beuglantes qu'elle réservait habituellement aux jumeaux, et regarda d'un air triste son cabanon. Molly en avait condamné l'accès jusqu'à nouvel ordre. Fini les objets moldus détournés – pour l'heure, il était comme un enfant puni qu'on avait privé de son jouet préféré. Et ses compagnons de jeux préférés étaient loin.
Il savait que ça passerait à Molly. Il avait une journée pour penser à quoi faire pour lui remonter le moral une fois qu'elle se rendrait compte que la maison était vide.
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Le Terrier était beaucoup trop silencieux. Molly tournait en rond. Elle passa et repassa devant le tableau de l'entrée, ce fatras organisé plein de tranches de vie des Weasley. Y étaient épinglés une photo prise lors d'un safari en Ford Anglia, une autre où Ron, vêtu d'orange et juché sur les épaules de son père, entonnait l'hymne des Canons de Chudley, des dessins d'enfants, un mélange de faire-part, de lettres et de factures importantes, de bons de réduction,… Ce panneau racontait leur vie plus fidèlement que leur livret de famille.
Molly s'assit, comme vaincue, sur le banc de la cuisine. Elle était désormais seule, sans enfant. C'était un tel déchirement… et ils le savaient.
Elle regarda le vaisselier où les bols de chacun de ses trésors étaient exposés. Le bol élégant de Bill, celui à motif de dragon de Charlie, le bol simple Igor la mandragore que Percy avait eu pour son 5ème anniversaire, les deux bols assortis des jumeaux, celui aux couleurs des Canons de Chudley et enfin, le petit bol rose de Ginny. Elle savait que Ginny en détestait la couleur, mais elle était sa seule fille – elle avait donc subi les tresses, les robes… et le bol rose à motif de princesse (Guenièvre, prétendument).
Dans le grenier de la maison trop calme, la goule tapait sur les tuyaux en plomb, telle le batteur des Bizarr'Sisters (mais avec un plus petit auditoire).
- Je sais ! A moi aussi ils me manquent ! cria Molly.
Plus d'enfants à la maison… les aînés sur le marché du travail… Seule avec Arthur, elle se sentait comme une jeune mariée, mais dans une maison trop grande.
Elle espérait qu'ils allaient bien, ses petits Weasley à elle, tandis qu'ils vivaient leur vie loin de leurs vieux parents.
Quand Harry avait dit avoir eu une année bien chargée, Molly n'avait pas imaginé qu'il avait dû faire face à une version affaiblie de Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom, ni que celui-ci se trouvait être son professeur de Défense contre les Forces du Mal…
Elle s'était réjoui que Ron soit revenu avec tant d'aventures extraordinaires à raconter – ç'avait enfin été son petit moment de gloire. Elle était heureuse qu'il soit ami avec Harry Potter… même si elle aurait préféré que le nouveau meilleur ami de son fils ne soit pas un aimant à ennuis… Surtout avec que ce que Ron avait dit sur Voldemort, à mi-mots. Il n'avait pas voulu en parler, mais les Weasley savaient. Apprendre qu'il était toujours vivant avait été comme un signal d'alarme dans leur tête, à Arthur et elle. Le danger était de nouveau présent dans leur vie. Lointain, mais plus proche que depuis 11 ans. Pourrait-on le vaincre définitivement cette fois-ci ?
Au moins, Gilderoy Lockhart veillait sur sa petite famille – elle avait attendu Dumbledore au tournant quant à la nomination du premier professeur de Défense que sa fille aurait. Elle n'avait pas été déçue. Lockhart savait ce qu'il faisait.
Elle n'imaginait pas encore qu'une nouvelle force maléfique s'attaquerait à sa précieuse Ginny. Que cela deviendrait une affaire aussi personnelle.
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Accio reviews :-) Et bonne rentrée à ceux d'entre vous qui rentrent à l'école !
